Blue Belle
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Description

Lysander est devenu le Huitième Roi des Cieux : Priam l’Attendu. Le Sauveur. L’Archange des Lumières.

Mais la pression que son peuple lui inflige en l’accablant d’espoirs et de rêves plus irréalisables les uns que les autres le pousse à la médiocrité. Dépassé par les événements, il ne sait plus comment gérer toutes ses responsabilités, qui l’écrasent et l’éloignent de ses proches. Et de Blue. Surtout de Blue...

Pourtant, il n’a plus le droit de flancher : c’est la dernière ligne droite, la dernière chance de rétablir l’équilibre depuis que le Tombeau des Archanges s’est révélé dans un puissant tremblement de terre qui a dévasté l’Égypte.

L’heure de l’Éveil a sonné.

Pour les Archanges, comme pour la Horde Infernale.

Lysander doit faire un choix terrible : sauver le monde ou... sauver Blue.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 16
EAN13 9791097232481
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

OCÉANE GHANEM


BLUE BELLE
Et le Tombeau des Archanges
© Océane Ghanem, 2019
© Éditions Plumes du Web, 2019
82700 Montech
www.plumesduweb.com

ISBN : 979-10-97232-48-1

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’Auteur ou de ses ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
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Prologue
Trivial – des siècles plus tôt.

Définition : Qui est banal, commun, qui relève du simple bon sens, de la réalité la plus évidente.

Trivial.
Ce n'était définitivement pas un nom qui faisait rêver. Mais il fallait être honnête : elle n'était pas non plus le genre de femme à susciter la passion. Alors, dans le fond, peut-être lui convenait-il. Après tout, Trivial était la banalité incarnée. Aussi fade et insipide qu'une salade à feuilles vertes dépourvue de vinaigrette et de petits croûtons de pain moelleux. Ces salades dont elle se gavait – matin, midi et soir – dans l’espoir inavoué d’aplanir ses rondeurs, mais qui ne réduisaient guère l'amplitude des bourrelets qui alourdissaient sa taille et ses hanches. Trivial était désespérément invisible ; éclipsée par cette débauche de beauté et de laideur qui caractérisaient son monde et qui se côtoyaient comme pour mieux la narguer et la repousser dans les ombres noires, si noires, de l’anonymat.
Elle était celle que personne ne regardait jamais. Celle dont personne ne se souvenait.
Qu'elle se pare des plus beaux tissus et des plus luxuriants atours ne changeait rien à son apparence. Aucune couleur ne flattait l'onyx dépoli de ses prunelles ; aucune robe, si coûteuse fût-elle, ne mettait en valeur la pigmentation particulièrement fade de son épiderme ; et aucune coiffure, de la cascade de boucles sauvages à la tresse élaborée de prude demoiselle, ne convenait à sa chevelure terne.
Trivial n'était pas belle. Et elle aurait pu vivre avec cette malédiction, si le destin ne s’était pas montré aussi narquois en confiant à Thèbes, sa sœur jumelle, la plus resplendissante beauté du monde – et de tous les autres, incontestablement.
C'était un affront avec lequel sa fierté délicate et son orgueil farouche ne parvenaient plus à vivre.
Sa sœur, plus vieille qu'elle d'une dizaine de minutes, lui avait volé tout ce qui aurait dû lui revenir de droit à la naissance : la beauté, la grâce, la générosité et la bonté. Thèbes était aussi blonde que les blés dorés à l’orée de l’été et dans ses grands yeux bleus, où pétillaient un millier d'étincelles turquoise qui faisaient ressortir le rose satiné de sa peau, on avait presque l'impression d'entrevoir le Paradis. En plus d'être grande et élancée, Thèbes avait un cou de cygne, aussi fin et fragile qu'une frêle colonne d’ivoire, et un port de tête altier qui lui avait ouvert des portes jusque-là closes pour les membres du petit peuple.
Thèbes n’était pas comme Trivial ; elle ne possédait pas une soif inextinguible de gloire, mais… elle se plaisait à flirter avec les plus hautes sphères de la population Angélique : les Archanges. Et plus particulièrement avec leur chef, le Suprême, l’Archange de l'Esprit, détenteur du Savoir Universel : Spirit.
Le premier amour de Trivial – et le dernier.
Oh, elle ne lui avait jamais parlé, au contraire de sa sœur. Non, elle n'avait jamais obtenu le privilège de jouir de sa compagnie, et ce qu’elle savait de lui provenait uniquement des ragots que l’on se répétait en murmurant dans les alcôves. Hélas, cela n'avait pas empêché son stupide cœur de s'éprendre du plus beau mâle ayant jamais foulé les Cieux.
Bien sûr, elle le trouvait vaniteux et arrogant. Trop, peut-être, pour tolérer sa compagnie. Mais il n'en demeurait pas moins qu’il possédait un visage d’une perfection insensée. Ses traits symétriques semblaient avoir été sculptés par la main délicate de Dieu – ou Conscience des Mondes, comme les anges se plaisaient à le nommer. Avec ses longs cheveux bruns aux reflets flamboyants, ses yeux violets et ses lèvres fines, à la courbe sensuelle, percées par deux anneaux en argent sertis d'améthystes, Spirit était le fantasme absolu, l'amant onirique dont toutes les femmes rêvaient de sentir la caresse dans les bras de la nuit.
Et sa sacro-sainte sœur, avec sa pureté angélique et sa taille fine, était très injustement parvenue à l'attirer dans ses filets empoisonnés. Trivial voyait dans cette conquête une véritable déclaration de guerre contre sa personne. La beauté, le mâle de ses rêves, et une place sur le trône ? Non. C'était intolérable.
Personne, aux Cieux, ne savait que Thèbes et Trivial étaient jumelles. Non seulement leurs physiques étaient diamétralement opposés l’un à l’autre, mais surtout, elles étaient les premières à être nées deux lors d’une même gestation. Une paire improbable. Un duo aux allures de mauvaise blague. Les doubles naissances étaient un privilège strictement humain – comme l’immortalité, celui des anges.
Son peuple avait tellement de difficultés à concevoir un enfant qu'une naissance était toujours jugée comme une bénédiction divine. Toutefois, recevoir la grâce d’accueillir deux enfants au lieu d'un seul... C’était comme aller à l’encontre des règles de la nature.
Ses parents, des crétins ignorants et superstitieux, avaient jugé préférable de taire son existence, de crainte que cette extrême prospérité ne soit, en réalité, l'œuvre du Malin. De fait, Trivial et Thèbes représentaient parfaitement cette dualité : aussi lumineuse que l'autre était sombre, aussi exceptionnelle que l'autre se montrait décevante.
Si Thèbes était un cadeau des Dieux, Trivial, en revanche, était peut-être bien un serpent empoisonné glissé par mégarde dans le nid d’oiseaux imprudents...
Avec un soupir de lassitude, Trivial jeta négligemment un regard par-dessus son épaule. Le sorcier était toujours sagement assis là où elle l'avait oublié, quelques heures plus tôt. Le dos bien droit et les mains croisées dans son giron, il affichait une expression affable et pleine de sollicitude. Les rayons du soleil éclairaient ses traits étonnamment virils pour un si jeune garçon, et s’il n’était pas aussi beau que Spirit, il avait un charme qui aurait pu la tenter, dans d’autres circonstances.
Répète, Ankur.
Petit indien d’à peine dix-huit ans, Ankur était un sorcier destiné à un grand avenir, détenteur d'un tel potentiel qu’il faisait pâlir d'envie les membres les plus émérites de son peuple. Pourtant, ce n’était pas son indicible pouvoir qui avait poussé Trivial à le prendre sous son aile. Non. C'était la noirceur délicieuse qui suintait de son âme par tous les pores de sa peau aux riches nuances ambrées qui l’avait immédiatement séduite.
Une noirceur qui trouvait un écho torturé à la sienne – la haine .
Trivial en était remplie à ras bord, jusqu’à la lie. Et Ankur aussi.
Comment ce détail avait-il pu échapper à la vigilance de Justice ? Elle n'en savait rien. C'était comme si la banalité de Trivial parvenait même à la dissimuler aux yeux perçants de l'Archange chargé de la traque des Déchus – ces anges malsains, pour qui la rédemption n'était guère plus qu'une chimère. Ou peut-être était-elle protégée par sa voix et l'étrange don qu'elle possédait de transformer les mensonges en vérités et les vérités en mensonges.
Les Archanges ont été créés par la Conscience des Mondes, Juge de l'Equilibre, pour protéger le Paradis, lieu faisant office de réceptacle pour les bonnes âmes. Pour ce faire, la Conscience leur a attribué un territoire de paix ; les Cieux. Une terre bénie, qui ne doit jamais être souillée, sous peine de contaminer le Paradis...
Trivial eut un mouvement d'humeur, trahissant son impatience.
Je sais tout cela, Ankur ! Ils nous bourrent le crâne avec ces inepties dès le berceau, pour mieux nous formater, nous modeler selon l'image qu'ils se font d'eux-mêmes.
Ankur s'excusa d'un humble signe de tête, toujours aussi paisible, et attendit que Trivial l'autorise à reprendre la parole pour poursuivre son explication.
Elle l'avait tellement bien élevé, ce jeune chien fou !
La Conscience en a fait de même avec Infernale, lieu de la damnation éternelle. Le territoire qui le protège, les Enfers, est une terre de souffrances, habitée par de viles créatures aux appétits destructeurs. Cependant, les Enfers n'ont pas de gardiens...
Tu oublies les OmbreMortes, le contredit-elle.
Il sourit.
Les premiers démons… ne sont pas les premiers nés, en réalité. La mémoire collective a érigé ces fantômes en gardien des Enfers, mais ils n’existent qu’à travers les autres espèces ; c’est une trop grande faiblesse pour un rôle d’une telle importance.
Ankur marqua une pause pour ménager ses effets.
Ce qui démontre une réelle entorse à l'équilibre. Une faille du système, en somme. Ou peut-être une omission mensongère.
Trivial haussa un sourcil.
Que suggères-tu ? Qu'on prenne rendez-vous avec la Conscience des Mondes et que l'on exige réparation ? C'est ridicule !
Elle avait demandé à Ankur de trouver un moyen discret et efficace pour se débarrasser de Thèbes et il venait d’échouer. Quel gâchis : elle allait sûrement devoir le tuer pour le punir de son incompétence.
Tandis qu'elle se résignait à user de sa voix pour le convaincre qu'il expérimentait le pire des supplices, la plus intolérable des douleurs, Ankur prononça les mots qui changèrent à jamais la destinée des mondes :
Non, mais j'ai peut-être un sort susceptible de te donner la plus puissante, la plus destructrice et la plus vorace de toutes les armées jamais créées.
Trivial se retourna, brusquement intéressée. Ankur ne lui offrait pas seulement le moyen de se débarrasser de sa sœur, il lui donnait en supplément la plus délicieuse des vengeances contre ce peuple pudibond qui n'avait de cesse de l'ignorer. De la battre à froid.
Supposons que chaque chose ait son inverse, comme l'a exigé la Conscience... Il doit exister, quelque part, cachées au fin fond des Enfers, treize créatures aussi ignobles et maléfiques que les Archanges sont superbes et vertueux.
Une belle théorie, Ankur, mais elle me semble un peu tirée par les cheveux.
Le sorcier lui adressa un sourire aussi nocif qu'une giclée de poison.
Pas si l'on en croit les rumeurs qui pullulent au cœur du Pandémonium. Les OmbreMortes ne garderaient pas uniquement le portail d’Infernal, mais aussi des créatures secrètes dont l’appétit pour le Mal est légendaire.
Trivial jeta un bref coup d'œil aux alentours. Ici, sur Terre, de telles paroles n'avaient aucune incidence. Mais aux Cieux, la simple mention des mots « Pandémonium » et « OmbreMorte » aurait suffi à rameuter toute une légion d'Archanges furieux. Parce qu'aux Cieux, et à cause d'Air, l'Archange qui contrôlaient chaque vent et chaque souffle d'une main de maître, rien ne tombait jamais dans l'oreille d'un sourd. Cette garce était capable d'entendre toutes les phrases prononcées et portées par les courants de l’air dont elle tirait le nom. Un don qui servait plutôt bien les manigances de Trivial, pour être honnête. Elle n'avait qu'à se servir de sa Voix pour la convaincre de son innocence et dissimuler ses méfaits derrière des mensonges dégoulinants d'une abnégation feinte et surjouée. Toutefois, cela obligeait Ankur et Trivial à s'entretenir sur Terre, fief des hommes, et à prendre le risque de se faire repérer par des démons – ou pire, des nephilims.
Oh, elle ne les craignait pas ! La vermine ne pouvait rien contre elle. Mais c'était toujours problématique d'expliquer à ses parents d'où provenait le sang qui lui encroûtait le corps et tachait ses ongles longs.
Et que disent-elles, ces rumeurs ?
Ankur rejeta sa longue chevelure noire par-dessus son épaule bronzée. Avec ses yeux clairs, d'un vert parsemé d'éclats mordorés, et ses douces lèvres rondes, on lui aurait donné le Bon Dieu sans confession. Et on s'en serait atrocement mordu les doigts !
Que les créatures sont figées à mi-chemin de la Vie, mais qu'elles sont si mauvaises que leur naissance déséquilibrerait l'univers. Car si nous ne pouvons pas être totalement bons, nous pouvons être définitivement mauvais.
Tu me mets l'eau à la bouche, petit. Dis-moi tout, immédiatement.
Ankur desserra son sherwani, une étrange chemise qui lui arrivait aux genoux, et dont elle lui avait fait cadeau pour qu'il cesse de se balader en guenilles trouées. Il tira un collier tissé dans de la ficelle usée par-dessus son col entrebâillé, les mains boursouflées et entaillées par son travail dans les champs, et lui montra le minuscule médaillon en fer qui pendouillait à son extrémité.
Le disque argenté exsudait d'une magie aussi noire que puissante.
Je n'ai pas suffisamment de pouvoir pour achever la naissance de ces créatures, mais je peux tenter un sort qui te permettrait d'entrer en contact avec Méphisto. C'est l'un des principaux seigneurs de l'Enfer, mais c'est un démon cornu, donc il ne pourra pas s’élever par-dessus les grottes souterraines.
Méphisto.
Trivial frémit.
Le démon était connu pour son amour impie de la raillerie méchante, son mépris de la vertu et son rire amer qui insultait jusqu'aux larmes. Tout comme elle, il éprouvait une joie féroce à l'idée d'infliger les plus abjectes douleurs aux innocents. C'était le plus fervent détracteur des Archanges, même s'ils n'avaient jamais guerroyé l'un en face de l'autre, puisque le démon était biologiquement incapable d'arpenter la Terre et les Cieux. Mais les nephilims ne cessaient de répéter qu'il lorgnait d’un œil avide sur les Souterrains, ces immenses cavernes labyrinthiques où les portails démoniaques pullulaient comme des champignons sur une souche pourrie.
Il réclamera de moi l'impossible.
Si tu tentes de le convoquer, la première chose qu'il exigera de toi, ce sera ton âme...
Trivial gloussa.
Quelle âme, Ankur ? En ai-je seulement une ?
Le jeune indien retroussa les lèvres dans une esquisse de sourire impitoyable.
Une très mauvaise, mais ça compte quand même. Ensuite, Méphisto exigera quelques siècles de servitude, bien sûr.
C'est trop. Surtout pour un résultat aussi aléatoire.
Ankur hocha la tête.
Nous n'aurons pas besoin de lui éternellement, objecta-t-il néanmoins, pragmatique. Nous pourrions... le convaincre d’une douce et belle voix de mettre un terme à son existence en allant se promener sur Terre, à l’air libre. N’en a-t-il jamais rêvé ?
La Voix de Trivial parvenait à duper les Archanges ; un vulgaire démon cornu ne lui opposerait aucune forme de résistance.
Je vois que tu y as longuement réfléchi.
Tu as promis que tu la convaincrais de m'aimer, si j'exauçais ton désir de vengeance.
Trivial fronça le nez, dégoûtée par cette odieuse faiblesse qu’Ankur affichait d’une façon si impudique – et si imprudente. Aussi puissant sorcier qu'il était, il n'existait aucun philtre d'amour susceptible d’offrir à Ankur ce à quoi il aspirait si vainement : l'amour maternel.
Trivial n'avait jamais éprouvé le besoin de se faire aimer de ses parents. Déjà parce qu’à l’instar de Thèbes, ils étaient immunisés contre sa Voix de Pouvoir. Mais surtout parce qu'elle ne les avait jamais aimés, elle non plus. Et tant s’en fallait. Du plus loin que remontait sa mémoire, Trivial n'avait jamais réussi à aimer autre chose que… la beauté éblouissante de Spirit. Ce que Thèbes savait parfaitement, rendant sa trahison d’autant plus insupportable.
La nuit porte conseil, petit, retrouvons-nous demain. Tu auras peut-être une idée moins farfelue à me soumettre.
Ankur se releva dès qu'elle l'autorisa à partir. Il joignit ses mains paume contre paume au-dessus de sa tête et s'inclina en soufflant :
Namasté, Vial.
Vial. Ankur ne l'appelait jamais par son prénom, ce qu'elle appréciait plus qu’elle n’était prête à l’admettre à haute voix.
Du coin de l’œil, elle le regarda s'éloigner vers le village de pauvres, aux vieilles cabanes de bois branlantes, en contrebas. Ankur refusait de quitter sa famille pour venir vivre aux Cieux, avec elle. Puisqu'il avait déjà été débusqué par les Salamandres –qui avaient assassiné son père, ses frères et ses sœurs avant de l'asservir, raison pour laquelle sa mère le détestait – Ankur n'avait plus rien à craindre des démons.
Dans le cas contraire, elle l'aurait déjà forcé à déménager en tuant cette mère qu’il s’épuisait à servir ; elle n'aurait jamais pris le risque de perdre un élément aussi performant.
La plus puissante et la plus destructrice de toutes les armées ?
Trivial médita cette idée jusqu'à tard, très tard dans la nuit. C'était tentant, indubitablement, mais peut-être trop risqué...
Allongée dans son lit, elle contemplait avec amertume la belle robe écarlate que la couturière du Château avait confectionnée pour Thèbes. Par convoitise, et poussée par une curiosité insatiable, Trivial l'avait subtilisée pour l'essayer en toute discrétion dans sa chambre, isolée à l’autre bout de la demeure qu’elle occupait avec sa sœur et ses parents. Bien sûr, la robe ne lui allait pas. Trivial était trop ronde pour pouvoir l'enfiler sans faire sauter toutes les coutures.
Soudain, un froissement d'ailes attira son attention. Un chuchotement faussement discret s'éleva par-dessous sa fenêtre entrouverte. Elle s'extirpa de son lit en silence, le cœur battant la chamade.
Qui est cette jeune femme qui loge chez vous ?
C'était la voix de Spirit.
Un peu trop vite, Thèbes lui répondit :
Personne qui n'en vaille la peine.
C'était la réponse lapidaire que sa sœur donnait toujours lorsqu'on l'interrogeait à son sujet. Et c'était la raison pour laquelle Trivial n'éprouvait aucun remord quant au fait d’ourdir son assassinat.
Je ne fais que te rendre la monnaie de ta pièce, grande sœur.
C’est-à-dire... insista-t-il, étonné de ne pas savoir, lui qui savait tout.
Sa sœur poussa un soupir très coquet.
Pourquoi me poses-tu ces questions ? Est-ce qu’elle t'intéresse ?
Pendant une seconde, Trivial craignit d'avoir été démasquée. Mais Spirit éclata alors d'un rire de gorge, grave et masculin, qui lui arracha une série de frissons le long de la colonne vertébrale.
Ne sois pas bête, voyons ! Je viens seulement de la remarquer, alors que cela doit faire plusieurs semaines qu'elle habite chez toi. Non ?
Trivial le ressentit comme un coup de poing dans le ventre. Elle vivait dans cette maison depuis toujours et côtoyait Spirit de loin depuis qu'il courtisait sa sœur, c'est-à-dire un peu plus de neuf mois.
Hum, oui, à peu de choses près...
Trivial n'entendit pas le reste de la conversation, car elle referma sa fenêtre et préféra retourner se coucher. Comme elle l'avait dit à Ankur, la nuit portait conseil. Et Trivial savait ce qu'il lui restait à faire. Après tout, que valait son âme ? Elle ne pourrait pas être pire que celle qu'elle était maintenant.
N’est-ce pas ?

Mais Trivial s’était trompée : elle devint pire, bien pire que tout ce qu'elle avait eu l'audace d'imaginer. Contrairement à ce qu'elle pensait, son âme n'avait jamais été totalement mauvaise, puisqu'elle en partageait un fragment avec Thèbes. Alors, après qu'un sort l'en eut dépouillée pour ramener la Horde à la vie, la noirceur qui couvait en Trivial déborda sur le monde, vague d'horreur et de chaos. Le premier à goûter à sa folie déchaînée, dénuée d’une quelconque forme de pitié, fut le démon Méphisto. Elle offrit le démon à la Horde, qui festoya de ses organes en hululant d'allégresse lors d’un banquet somptueux où vingt mille humains périrent dans d’atroces souffrances. Ensuite vint le tour d’Ankur. Son petit sorcier aux longues griffes... qui n'aurait jamais dû essayer de la trahir.
Trivial se demandait parfois s'il avait pris autant de plaisir qu'elle, lorsqu'elle avait forcé sa mère à l'aimer – dans la définition la plus physique du terme. Probablement pas. Elle ne l'avait pas tué, bien sûr ; cela n'aurait pas été drôle. Non, elle l'avait laissé vivre en lui ordonnant de rêver cette scène nuit après nuit... Après nuit. Jusqu’à la mort. Comme l'avait dit Ankur : nous ne pouvons pas être totalement bons, mais nous pouvons être totalement mauvais.
Et enfin, alors que le Mal l'avait déjà totalement et irrévocablement consumée, vint le tour de sa sœur, Thèbes, qu'elle parvint à décapiter en Grèce, grâce à la distraction des Archanges occupés par la Horde Infernale, s'attirant ainsi les foudres d'une entité qu'elle n'aurait jamais dû mettre en colère.
La Conscience des Mondes.
Pendant des siècles, pieds et poings liés par Le Destin, incapable d'agir, il l'avait observée, en attendant de trouver une faille, une faiblesse à exploiter. Puis La Conscience avait réalisé que pour l'arrêter, il allait lui falloir répéter l’histoire, en espérant une fin différente de celle déjà connue par le passé.
1.
La mort avait depuis longtemps apposé son baiser glacé sur le front de l'ange atrocement mutilé qui lui faisait face ; Blue sentait encore la caresse veloutée des lèvres de la Faucheuse vrombir dans l'air ambiant. Comme une menace. Une promesse inéluctable.
L'esprit empêtré dans un brouillard gluant, elle crut discerner le tic-tac persistant d'une horloge dans le lointain. Un son ironique, un tantinet narquois.
À bientôt, semblait-il lui souffler à travers le rythme immuable de ses percussions . Tic. Tac. Tic. Tac. Je t'attends pour notre prochaine valse.
Blue l'ignora – une tâche bien plus simple qu'elle ne l'avait imaginée, puisqu'une douleur atroce lui vrillait l’arrière de la nuque au moindre mouvement, annihilant jusqu’à ses capacités de réflexion basique. La douleur se déployait sous forme d'impulsions électriques de ses épaules contractées à ses orteils dénudés, faisant tressauter ses membres à chaque fois qu'elles effleuraient ou pinçaient un nerf sensibilisé par l’épuisement.
Déterminée à reprendre le contrôle de son corps, Blue inspira profondément à trois reprises, gonflant ses poumons à l'extrême, partagée entre l'envie de vivre et le besoin de se soustraire à la souffrance de rester éveillée. L'envie fut plus forte – et elle le serait toujours. L'oxygène afflua dans son sang, chantant à travers ses veines. Il dénoua ses muscles crispés et racornis autour de son squelette, comme s'ils craignaient de tomber à la moindre pression.
Blue se racla la gorge, un goût horrible sur la langue. Elle avait soif et elle avait faim. Son corps réclamait à manger et à boire… jusqu’à ce que ses vertèbres se détendent et que ses reins se cambrent sous une violente, quoique délicieuse, poussée d'adrénaline. Au bout de ses doigts gourds et bleuis par des ecchymoses post-mortem, une étincelle d'énergie crépita comme un petit feu follet.
D'un mouvement chancelant, Blue essaya de se redresser en appuyant ses paumes moites de part et d'autre de ses hanches, mais elle n’y parvint pas. Elle se trouvait dans une chambre funéraire, couchée à plat dos sur un autel encastré à mi-hauteur d'une colonne de marbre, uniquement vêtue d'un voile transparent et d'une camisole en soie diaphane. Ses avant-bras et ses cuisses étaient peinturlurés de runes célestes, de prières mélancoliques et de mots d'adieux. Au centre de sa poitrine, là où les battements de son cœur martelaient sa cage thoracique à tout rompre, une lettre était gravée à même sa peau, avec la finesse délicate d'une lame de scalpel. Un L majuscule et stylisé pour une revendication qui allait probablement au-delà de toutes les règles de bienséance angélique.
Une larme roula sur la joue de Blue et s'écrasa contre son genou, qu'elle avait enserré entre ses bras pour se balancer d’avant en arrière sur les talons.
Lysander.
Un léger vertige embrouilla ses pensées. Elle cilla, les paupières brûlantes. Ses tympans semblèrent se déboucher avec un ploc de bulle que l’on fait éclater avec une aiguille. La pression de l'air dans la pièce devint soudainement différente, plus réelle et… presque palpable.
La concentration de Blue s'effila comme une lame tranchante. Une clameur étonnamment suave s'éleva en volutes tentatrices.
D'une main, elle se couvrit la bouche et ravala un hoquet de stupeur. L’étrange musique charnelle provenait de l'âme piégée dans la dépouille de Scar, allongé à ses pieds, les ailes largement évasées dans son dos pour exposer toute la superbe de son plumage atypique.
L'appel de la Mort. De la Vie.
Un chant entêtant et hypnotique, qui mélangeait avec une justesse nostalgique les graves et les aigus, les notes longues et les sursauts bien trop rapides d'une mélodie impatiente de s’envoler vers d’autres contrées. La symphonie poussive et séduisante par sa lente persuasion résonnait comme un bourdonnement à l'orée de ses sens altérés : elle l'entendait sans réellement l'entendre. Elle la percevait à la fois avec ses oreilles et son âme ; ou peut-être ne l’entendait-elle ni avec les unes ni avec l'autre, mais avec quelque chose de complètement différent. Dans le fond, cela n’avait pas la moindre importance.
Là sans être là. Présent sans être vivant. Consistant sans être tangible.
L'appel provenait de la réalité parallèle dans laquelle son père évoluait avec tant d'aisance. Une dimension qu'elle domptait petit à petit, qu'elle apprivoisait à l'instinct, à l'audace.
Blue tendit la main vers Scar, qu'un voile de magie maintenait dans une stase gelée, à l'abri de la décomposition et de la décrépitude. L'étincelle virevoltante dans le centre de sa paume se mua en incendie ravageur. Des flammèches bleutées se répandirent de ses avant-bras jusqu'à ses épaules, sans lui brûler la peau, et descendirent le long de ses clavicules saillantes pour dévaler les arrondis concaves et convexes de ses seins et de ses hanches. Blue baignait littéralement dans le pouvoir et pourtant, jamais elle ne s'était sentie aussi faible qu'à cet instant.
La dépouille de Scar attira de nouveau son regard, comme si la nephilim n'était qu'une frisée de paille d'étain prise dans l’attraction d’un aimant.
Chaque mort que tu ramènes à la vie est une autre vie que tu condamnes. Tu donnes pour mieux prendre.
Ses actions passées avaient-elles mené à ce… massacre ?
L'abdomen de l'ange n'était plus qu'une bouillie maronnasse informe, percé, çà et là, par de profondes crevasses. Néanmoins, l'attention avec laquelle on avait maquillé les sévices qu'il avait subis rendait cette scène atroce presque belle. Presque supportable. Les bords de ses plaies boursoufflées étaient soulignés par un infime liseré d'or, lui-même cerclé par une large bande turquoise. Malgré la pénombre environnante, la poudre de poussière d'étoiles dont il était maculé du cou jusqu’aux chevilles faisait étinceler de mille éclats improbables sa peau grisâtre et parcheminée. Ses longs cheveux blonds avaient été brossés et tressés sur les tempes avec des dizaines de fils de fer décorés de breloques. Parmi les mèches dorées, Blue discerna une lame miniature à double tranchant, un cœur anatomique, une aile recourbée et une fleur de Lys. L'une de ses mains – celle dont il manquait quelques morceaux – était posée à plat sur son cœur. Autour de ses hanches, on avait pris soin de harnacher le ceinturon des soldats de la Garde du Roi, marqué à la boucle par l'écusson flambant neuf de Lysander, d'où pendait l'épée massive que Scar ne quittait jamais, même pas lorsqu’il passait à table. Mis à part son pantalon, ses bottes et ses armes, il ne portait rien. Juste des cicatrices et du métal. Humble et modeste.
Brave. Mais vaincu.
Le besoin de ramener les morts à la vie te fera perdre la raison : il est grisant, addictif et compulsif. Tu traqueras les dépouilles, tu tueras des innocents, tu te vautreras dans les charniers pour pouvoir ressusciter toujours plus de morts... Ainsi, tu finiras comme ton frère. Et le monde ne s'en relèvera pas.
L'avertissement de son père se perdit dans le silence oppressant que lui imposait Scar. La pierre plate et dépolie sur laquelle il était allongé portait une étrange inscription, à moitié effacée par l'usure du temps : celui qui vit par l'épée mourra par l'épée. Blue trouva cette maxime d’une beauté cruelle, terriblement injuste pour le pauvre Scar ; il était mort à cause de la fourberie de son frère, Dead Face, incapable de se défendre et inconscient de l'imminence de sa fin tragique. Par sa faute, aussi. Blue était forcée d’admettre sa culpabilité : s'il ne l'avait pas portée, peut-être aurait-il eu le temps de dévier sa trajectoire de l’éclair mortel, évitant ainsi le nid de racines acérées.
Cette pensée l'enragea.
Je vais me faire pardonner, promit-elle dans le vide.
Mais à qui cherchait-elle réellement des excuses ? À la Blue mortifiée par les conséquences de ses actes ? Ou à la Blue ivre de pouvoir ?
D'une brusque rotation des hanches, elle se laissa retomber aux côtés de Scar et écrasa ses ailes, flamboyantes comme un soleil à son zénith. Émue, elle tendit la main pour caresser le moignon du petit-doigt qu'il lui manquait. C'était à la fois lisse et rugueux. Et si terriblement froid...
Alors, elle prononça d'une voix tremblante :
Reviens.
Pour la quatrième fois de sa vie, Blue s'autorisa à imposer sa volonté à un mort. Elle lâcha la bride à sa puissance et s'en dépouilla comme d'une vieille mue gênante. La lumière émanant des flammes qui l’auréolaient s'amplifia et s’échauffa jusqu'à les engloutir, Scar et elle, dans une moiteur suffocante. Salvatrice. Ils étaient coupés du monde extérieur, réduisant l'univers à cet ordre unique : reviens. À cette exigence égoïste : reviens.
Rien ne comptait plus aux yeux de Blue. Même pas le « L » inscrit dans sa chair. Elle eut envie de vomir.
Reviens, s'écria-t-elle, dans un écho à sa propre voix. S'il te plaît...
Un tremblement agita les lèvres de Blue lorsqu'elle aperçut le tressaillement des cils de Scar. Soulagement et panique s'entremêlèrent dans une extase teintée de culpabilité.
Enivrée par le pouvoir, Blue fit don à Scar de toute son énergie et de toute l’ampleur de sa puissance, sans penser – paradoxalement – à conserver la moindre réserve. Se défaire ainsi de ses forces lui apporta plus de vigueur qu'un shoot de cocaïne pure.
Les ailes de Scar s'ébouriffèrent dans un chuintement grotesque. Soudain, le dos de Blue se mit à la démanger ; un tiraillement exaspérant qui se transforma trop rapidement en douleur. Une sensation de déchirure lui fit monter la bile aux lèvres. Elle grinça des dents, épuisée, tandis qu’un goût fade aux relents métalliques se déployait dans le fond de sa gorge, serrée sur un hurlement d'indignation qu'elle s'obligeait à retenir. C'était une épreuve très similaire à celle qu'elle endurait à chaque fois que ses ailes désespéraient de jaillir de leur carcan de peau, mais refusaient de céder à la toute dernière minute, à la toute dernière seconde. Blue tint le coup en se persuadant que, cette fois, elle ne subissait pas ces tourments pour rien.
Une traînée humide dégringola le long de sa colonne vertébrale. Un filet de sang.
Un autre pétale s'en était allé.
Arrête-toi. Arrête-toi. Arrête-toi.
Par esprit de contradiction, Blue nourrit plus férocement la lumière et le feu, les mains jointes et appuyées sur la poitrine immobile de l'ange.
Reviens !
Désormais, son dos ruisselait de sang et des larmes coulaient sans discontinuité sur ses joues. Mais elle ne s'arrêta pas, plus déterminée que jamais à triompher de ses faiblesses, à racheter ses fautes. Elle pressa le corps de Scar plus fort contre le sien.
En récompense à sa folie, Scar finit par pousser un piètre gémissement. Blue n'avait jamais entendu de son plus ridicule que ce drôle de miaulement provenant du fin fond de la gorge de l'ange guerrier ; ce fut plus fort qu'elle, un éclat de rire saugrenu s’échappa de ses lèvres entrouvertes. Et grâce à cela, l'emprise enivrante de la Mort relâcha ses griffes sur son esprit enfiévré.
Blue se sentit… rassasiée.
Scar inspira vivement, comme elle l'avait fait quelques minutes plus tôt en reprenant connaissance, et gonfla ses poumons d'une telle quantité d'air que sa cage thoracique doubla de volume.
Les flammes bleutées s'éteignirent et aspirèrent sa lumière ; du moins, Blue le crut-elle de prime abord, avec la pénombre qui revenait et masquait certains détails. En réalité, elles se fondirent sous sa peau et s'immergèrent à travers ses pores dilatés.
Scar ouvrit les yeux. Ils étaient aussi vifs et perçants que dans son souvenir.
Merci ! Merci ! Merci !
Blue ne l'avait pas condamné à la cécité, contrairement à l’une des prunelles de Sander… et d'une certaine façon, à l’absence de double-vue de Black.
Ils se dévisagèrent pendant ce qui lui parut être une éternité, mais peut-être cela ne dura-t-il qu'une poignée de secondes… Blue l'ignorait, incapable de comptabiliser le temps qui défilait sans cesse, sans jamais attendre qu'elle reprenne son souffle. Tout au long de cet échange silencieux, elle garda sa main posée à plat sur son cœur, dont les battements rapides et intenses rappelaient les tambours d'un orchestre.
Peu à peu, bien trop lentement, le regard de Scar s'éclaira, se réchauffa d'une prise de connaissance à peine soutenable. Une lueur s'alluma dans les tréfonds mouvementés de ses iris. Les pattes d'oie au coin de ses yeux se plissèrent. La ride verticale entre ses deux sourcils se creusa. Il se tâta le torse, n'osant pas détourner les yeux du visage de Blue, épouvanté à l'avance par la vision de ce qu'il pensait découvrir ; mais il était presque guéri... Et seul un enchevêtrement morbide de tissu cicatriciel marquait l'emplacement de ses blessures atroces.
Figé de stupeur, Scar resta bouche bée.
Blue vit qu'il lui manquait une canine et un sourire bancal retroussa la commissure de ses lèvres. Un sourire qui perdura jusqu'à ce que Scar ouvre la bouche.
Qui êtes-vous ?
Sa question était sérieuse, son appréhension sincère. Il ne la reconnaissait pas. Il avait perdu la mémoire. Lui aussi, mais d'une façon encore différente, elle l'avait rendu aveugle.
Un chagrin amer planta des crocs acérés dans son cœur, distillant une tristesse presque trop intime. Le L sur sa poitrine brûla d’un feu ardent.
Blue. Je m'appelle Blue.
Scar fit la moue.
Es-tu une déesse ?
Blue entrouvrit la bouche pour lui répondre, mais une voix bien trop familière résonna derrière elle avec la puissance belliqueuse d'un coup de feu, lui coupant la parole.
Qu'as-tu fait ? Comment as-tu...
Blue se retourna, repoussa les cheveux qui lui tombaient devant les yeux et affronta les yeux accusateurs de Frost.
Tu es comme lui...
Lui . Dead Face. Son frère.
Cette insulte tenait à peine du chuchotement. Frost était blême et échevelé. Habillé à la hâte, sa chemise et son pantalon étaient aussi froissés qu'une boule de papier. Avec ses ailes tombantes et ses cernes noirâtres, il ressemblait à un fou furieux.
Ton ami disait vrai : tu n'es peut-être pas immortelle, mais tu es invulnérable.
Son regard mentholé changea lorsqu’il regarda Scar. Son expression épouvantée s'adoucit presque imperceptiblement.
Et tu peux aussi ramener les morts à la vie.
La main de Scar s'enroula autour de sa camisole et la tira légèrement en arrière.
Tu es ma déesse, répéta l’ange amnésique, avec une assurance qui n'admettait aucune opposition. La Conscience me l’a soufflé à l’oreille. Je dois te protéger.
Frost baissa le regard vers Scar. Une incrédulité teintée d'une joie prudente se lut sur son visage marqué par la fatigue.
Mon frère...
Sa voix se brisa sous le coup de l'émotion. Il avança jusqu’à être suffisamment près pour lui poser une main sur l’épaule.
Bon retour parmi les tiens.
Scar se déroba à son contact, comme s’il l’avait brûlé, et broya la camisole de Blue dans son poing, la déchirant sur toute la longueur.
Qui êtes-vous ? Je ne vous reconnais pas !
Sa question désarçonna brièvement Frost, mais l'ange semblait trop soulagé par le retour de son meilleur ami pour s'émouvoir de l'amnésie qui l'accompagnait.
Je suis ton ami et ton compagnon d’armes. On se connaît depuis l'enfance. Tu as fait de moi le parrain de ta fille, Théa.
Blue se frotta la poitrine. Bien que touchée par ces retrouvailles, elle n'aspirait plus qu'à retrouver Lysander, son ange. Pour le serrer dans ses bras. L'embrasser. Sentir sa peau nue effleurer la sienne. Fusionner l'un dans l'autre à travers une étreinte aussi chaude que charnelle.
Un frisson hérissa les poils de ses avant-bras.
Elle voulait Lysander. Tout de suite. Et rien ne l'arrêterait.
Frost, où est Lysander ?
Après un temps de réflexion, l'ange cligna des yeux et plissa le front. Il ne l’aimait toujours pas, mais à présent, il la craignait trop pour la rabaisser comme il aimait tant le faire par le passé.
Euh... là ? Il est à ton enterrement.

Remerciements
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