Fragments du passé
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Description

Thriller Romance - 330 pages


Lorsque Aurora Marshall se réveille sur un lit d’hôpital, elle ignore tout de son passé. Amnésique, elle se lance dans une quête dangereuse vers ses souvenirs perdus, bien loin d’imaginer que toute son existence repose sur un tissu de mensonges.


Sa rencontre avec Ryder, homme ténébreux et mystérieux, est-elle une providence ou une fatalité ? Peut-elle lui offrir sa confiance et s’ouvrir à lui, alors qu’un tueur en série sévit sur la ville ?



... Et si la prochaine cible du meurtrier, c’était elle !

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 27
EAN13 9782379612220
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Fragments du passé

LUCIE GOUDIN
LUCIE GOUDIN



Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-222-0
Réalisation de couverture : Didier de Vaujany
Photographie : LightField Studios
Il y a ces petits mensonges, petites lézardes dans le mur, que l’on peut pardonner. On les rebouche et on n’en parle plus. Et il y a ceux sur lesquels repose votre vie tout entière. Ils en sont les fondations. Quand celles-ci s’écroulent, tout le reste suit… inexorablement.

Chapitre 1

Mes paupières, aussi lourdes qu’une chape de plomb, eurent toutes les peines du monde à s’ouvrir. Quant au reste de mon corps, il me donna l’impression d’être en coton. Je peinais à bouger, comme si me mouvoir n’entrait pas dans mes fonctions, comme si toute vie m’avait soudainement désertée.
Je m’acharnais pour me réveiller.
La lumière vive du jour se fraya un chemin entre mes paupières. De cet éblouissement naquirent des picotements. Des larmes perlèrent. Je les accueillis pourtant avec joie. Elles étaient de bon augure, je parvenais à reprendre connaissance. Mes yeux se posèrent finalement sur le plafond blanc, puis sur les murs de la même couleur immaculée, dénués de décoration. Pas un seul cadre, pas une étagère.
Je devais sans doute cet aspect sobre du décor à ma vue. J’y voyais encore flou. Je demeurais calme, j’étais confiante. Quelques instants s’écouleraient avant que ça passe. Dans mon état normal, j’apercevrais enfin les tableaux réalisés à l’aide d’une palette semblable à un arc-en-ciel.
Je tournai la tête sur ma droite, ou du moins, bataillai-je pour y parvenir. Avais-je trop bu ? Étais-je encore sous les effets de l’alcool ? Je ne me souvenais pas d’avoir sifflé des verres. Ça devait pourtant être le cas, sinon comment expliquer les dimensions extravagantes de la porte de ma chambre qui, elle, m’apparaissait plus ou moins nettement ? J’avais l’impression que quantité de filtres se succédaient devant mes yeux.
Peut-être qu’en regardant de l’autre côté, ça irait mieux. Je m’appliquai à cette tâche ardue. J’avisai tout d’abord la fenêtre qui donnait sur un parc luxuriant où des arbres majestueux allaient à la rencontre des cieux. Le soleil déjà haut dans l’immensité bleu azur annonçait une journée chaude. Combien de temps avais-je dormi ? Mince ! J’avais vraiment dû forcer sur la bouteille. Je ne me souvenais ni de ma soirée ni du goût de l’alcool.
Au moins, je ne sentais la présence de personne à côté de moi. Cela dit, constater qu’un homme partageait mon lit m’aurait sûrement complètement réveillée. Bondir hors des draps pour m’éloigner d’un parfait inconnu aurait chassé les derniers vestiges tenaces de mon sommeil. Sauf que je ne me rappelais même pas avoir été abordée par qui que ce soit la veille. Mon Dieu, je nageais dans un véritable brouillard ! La fête avait dû être folle.
Ce fut à l’instant même où je voulus m’enquérir de l’heure que je réalisai, que tout, ou plutôt rien, me frappa de plein fouet. Mes yeux cherchèrent une table de nuit, un réveil ou un téléphone portable posé dessus qui m’indiquerait avec honte que j’avais été pire qu’une marmotte, pire qu’une adolescente le lendemain de sa première cuite.
Je ne trouvai rien de tout cela. Mes repaires s’étaient envolés, telle une fumée au gré du vent. À leur place, j’aperçus un petit meuble bleu constitué de deux tiroirs et d’une porte. Il me faudrait revoir mon intérieur de toute urgence. C’était affreux.
Un frisson glacé, de pure terreur, me traversa lorsque je vis également une tige porte-sérum sur roulettes. Plusieurs poches plus ou moins remplies y étaient accrochées. Celles-ci étaient reliées à mon bras gauche. Je paniquai. Enfin lucide, enfin débarrassée des affres du sommeil, j’eus tout le loisir de prendre conscience des deux cathéters qui perçaient mes mains et des tubes qui me rentraient dans le nez et la bouche. Un oxymètre de pouls me pinçait l’index. Un écran placé au-delà du seul petit meuble bipait de plus en plus frénétiquement au rythme de mon angoisse croissante. Des chiffres mouvants y étaient inscrits ainsi que des courbes.
C’était quoi ce bordel ?
Il me fallait appeler quelqu’un, n’importe qui, tant qu’il m’expliquait ce qui était en train de se passer.
Ma main se referma sur une manette ronde au bout de laquelle trônait un bouton rouge. J’appuyai dessus avec empressement. Si j’avais possédé toutes mes forces, j’aurais pu le broyer tant je cédais à l’angoisse. Ce nouveau constat sur mon état de santé ne me rassura guère.
Je tentai de reprendre ma respiration en même temps que mon calme. Ma gorge me brûla. Des perles inondèrent de nouveau mes yeux. Était-ce un cauchemar ? Comment étais-je supposée me réveiller ? Je remuai tant bien que mal les jambes en une vaine tentative de quitter ce songe étrange. Je me pétrifiai lorsqu’une de mes cuisses percuta une poche. On m’avait posé une foutue sonde afin de récolter mon urine.
Prise de panique, je voulus hurler. En vain. Tout comme mon corps qui bougeait tel un automate rouillé, ma voix resta bloquée au fond de mon être.
Finalement, l’immense porte s’ouvrit sur deux femmes en blouse blanche.
Je compris où je me trouvais. Qu’est-ce que je faisais dans un hôpital ?
— Mademoiselle Marshall ! Quelle surprise ! Vous êtes enfin réveillée.
Mademoiselle Marshall ? Je pensais avoir touché le fond, quelle méprise ! Ce fut en voulant me rappeler qui j’étais que la réalité me foudroya sur place. Je ne me souvenais de rien, ni de ma soirée de la veille ni de ma vie tout entière.
— Nous allons vous retirer tout ça, faire quelques examens médicaux et nous appellerons vos proches. C’est un vrai miracle que vous vivez, là.
Malgré mon envie de crier, l’horreur de la situation me tétanisa. Quel drame avais-je subi pour que je sois dans cet hôpital, sans aucun souvenir, sans la moindre bouée à laquelle me raccrocher ? Même mon prénom m’échappait !
Chapitre 2

Un cortège de médecins et d’infirmières défila au sein de ma chambre. Ils s’affairèrent dans un ballet étourdissant, s’assurant que le pire était derrière moi. Mon retour parmi les vivants les fascinait. Moi, je qualifiais plutôt cela de terrifiant.
Je restai muette, une bonne partie de leur consultation. Que pouvais-je bien dire de toute façon ? J’étais là, seule contre tous. Entre leurs mains, je devins une marionnette, palpée, contrôlée, examinée sous toutes les coutures. Et puis, je ne comprenais pas un traître mot de leur jargon médical.
— Vos parents sont sur la route, m’apprit soudain une infirmière tandis que la plupart de ses collègues avaient déserté. Comment vous sentez-vous ?
Je la fixai. Une réelle empathie couvait dans le bleu électrique de ses yeux, contrastant fortement avec ses cheveux blond cendré remontés en une queue de cheval imparfaite. On m’avait posé cette question une bonne dizaine de fois, ces dernières minutes. Jusqu’à maintenant, il n’y avait jamais eu d’inquiétude et d’empathie, rien qui puisse me mettre en confiance. Jusqu’à maintenant, je n’avais même pas été capable de parler, je ne communiquais qu’avec des gestes. Personne n’avait insisté, affirmant qu’il me fallait du temps pour réintégrer mon esprit et mon corps. Mais combien avais-je perdu de minutes ? D’heures ?
— Confuse, admis-je enfin d’une voix enrouée.
— Vous ne vous souvenez vraiment de rien ?
Je secouai la tête.
— Il est important que vous parliez, que vous vous confiez à quelqu’un, à un psychologue. C’est généralement l’étape du réveil suite au coma qui constitue un véritable traumatisme.
J’étais bien d’accord avec elle. J’avais l’impression d’être une coquille vide, que je n’existais pas. J’en avais mal au cœur. En prenant soin de bien articuler, je demandai :
— Pourquoi est-ce que je ne me souviens de rien ?
— Vous avez eu un grave accident qui vous a causé plusieurs lésions cérébrales. Cela dit, on ne peut jamais savoir à l’avance si le patient se souviendra ou non de son passé. Même si, dans votre état, malgré le rétablissement de votre corps, on se doutait bien qu’il y aurait une altération de la mémoire. Trois types de scénarios existaient et vous auriez pu vivre chacun d’entre eux.
— Décrivez-les-moi.
Ma voix se faisait un peu moins rocailleuse. Pendant combien de temps n’avais-je pas émis un son ? Toutes ces incertitudes qui fondaient sur moi me terrorisaient.
— Il y a ceux qui ont des souvenirs réels des événements passés. Cela leur permet de donner une cohérence à leur parcours de soins. Se projeter dans une perspective de rééducation est beaucoup plus simple pour ces personnes-là.
Très bien. Ça n’augurait rien de bon pour moi. Je soupirai. Je n’étais plus à ça près en mauvaises nouvelles.
— Il y a aussi les gens qui, comme vous, sortent d’un véritable trou noir, appelé aussi trou réa . Il est source d’anxiété et représente une véritable quête des sens. Cette phase de recherche peut très vite devenir obsessionnelle. Dans votre cas, ce sera beaucoup plus laborieux, car l’accident a détérioré toute votre mémoire.
Ses explications collaient parfaitement aux engrenages qui s’emboîtaient dans mon cerveau. Je désirais savoir qui j’étais, connaître le moindre événement de mon passé et plus particulièrement celui qui m’avait précipité dans un coma aussi dévastateur qu’une faux.
— La troisième catégorie de personnes repose sur des souvenirs qui n’ont jamais eu lieu. Ce sont généralement des faits réels mélangés à des délires. Il y a quelques années, nous avons eu le cas d’une femme qui au cours de son enfance avait connu une inondation. Suite à son réveil, elle pensait avoir été enfermée dans de l’eau, qu’elle étouffait. Et ça peut être n’importe quoi, une grotte, un huis clos. C’est bien souvent en lien avec un ancien traumatisme. Le problème, c’est que les patients ont du mal à faire face. La réalité leur échappe, ils construisent leur futur sur des expériences erronées. C’est pour cette raison qu’il est important de se confier.
J’éprouvai un bref soulagement. En préservant une mémoire vierge, je ne pouvais guère altérer la vérité.
— Parler permet aux patients sortant d’un coma de passer à l’étape suivante, de faire le deuil de leur vie d’avant, de se reconstruire plus facilement. N’hésitez surtout pas à vous rapprocher d’un psychologue.
— Pendant combien de temps suis-je restée ainsi ?
Un silence pesant s’installa. La gêne se peignit sur le visage de mon interlocutrice. Mes doigts trituraient ma chemise d’hôpital avec nervosité.
— Ça non plus, nous ne pouvions pas le prédire, dit-elle.
Je voyais ses mains trembler.
— Vous sortez de votre accident sans séquelles apparentes. Votre corps s’est formidablement remis, vous ne souffrez d’aucun handicap, si ce n’est celui de votre mémoire défaillante.
J’imaginais sans mal à quel point ce serait compliqué de vivre à partir de maintenant.
— Quant au cerveau et aux lésions qu’il a subies, poursuivit-elle, il fallait s’attendre à ce que les processus de réparation, de rééducation, de récupération et de compensation par les autres zones cérébrales surviennent tardivement. Vous auriez pu ne jamais vous réveiller.
Qu’allait-elle m’annoncer d’horrible pour pointer du doigt les points positifs de ma situation ?
— Ce n’est pas la réponse que j’attendais.
Même si je n’allais pas l’aimer, j’avais besoin de l’entendre.
— Vous êtes restée près de deux ans dans le coma.
Chapitre 3

Puisque personne n’avait daigné prononcer mon prénom et que j’avais été trop secouée pour le demander, je décidai de me nommer Bidule Marshall.
Un rapide résumé s’imposait. J’en avais besoin pour ne pas sombrer dans la folie.
Bidule venait de se réveiller d’un coma rivalisant avec le sommeil écourté d’un revenant et constatait qu’elle s’en sortait selon toute vraisemblance plutôt bien. Vous remarquerez également mon pessimisme. Je ne me comparais pas à une belle princesse attendant le baiser de son prince charmant.
Bref ! Bidule pourrait marcher sans aide, manger seule, reprendre une vie normale. Mais voilà, Bidule ne se souvenait absolument de rien. Bidule apprenait que son passé lui échappait comme un filet d’eau entre ses doigts et qu’elle avait perdu deux années de sa vie à dormir dans un lit d’hôpital, sans que personne sache si elle se réveillerait un jour.
À cette dernière pensée, un frisson me parcourut l’échine.
Deux ans, c’était long. Vingt-quatre mois. Cent-quatre semaines. Sept-cent-trente jours.
Dix-sept mille cinq cent vingt heures.
Plus d’un million de minutes.
Plus de soixante millions de secondes. Tellement de battements de cils durant lesquels mes paupières sont restées closes.
Deux longues années à respirer sans vivre.
Avait-on débattu afin de me garder en vie ? Quelqu’un avait-il voulu me débrancher pour me soulager de cette ignoble incertitude ? Pour voir ce qu’il se passerait et, le cas échéant, me regarder mourir ? Mon Dieu ! Si l’on m’avait exposé cette situation avant mon accident, qu’aurais-je décidé pour moi-même ? Si l’on m’avait demandé, innocemment :
— Si vous plongez dans un coma sans aucune certitude de réveil, préférez-vous l’acharnement thérapeutique ou partir ?
Bien sûr, on voulait toujours vivre. Pour cette raison, me serais-je mise à la place de mes proches ? N’était-ce pas leur insuffler de l’espoir là où il n’y en avait peut-être guère ? En me débranchant, n’était-ce pas les libérer eux aussi ?
Et enfin, il y avait la question :
— Si vous plongez dans un coma avec une chance de réveil, mais qu’en contrepartie vous êtes privée de vos mouvements, préférez-vous bénéficier de cette vie comme handicapée ou préférez-vous mettre fin à cette bataille ? Préférez-vous vivre ou mourir ?
Je n’avais aucune réponse à fournir à celle-ci. Essayer de choisir me faisait froid dans le dos.
Contre toute attente, le cheminement de mes pensées me fit voir le bon côté des choses. Je m’apaisai peu à peu. L’infirmière avait raison, j’étais en vie, sans séquelles physiques. Il me suffirait de forcer ma mémoire à me rendre ce qui faisait de moi celle que j’étais. Aimerais-je mes découvertes ? Je haussai les épaules. Peut-être que cette perte de souvenirs m’offrait une chance de me reconstruire différemment, de devenir meilleure. L’avenir me le dirait.
La porte de ma chambre s’ouvrit brusquement sur une femme autant élancée qu’élégante, aux cheveux bruns qui ne dépassaient pas sa nuque gracile. Ses yeux marron pétillaient. Sa peau bronzée, sa manucure parfaite témoignaient des soins coûteux auxquels elle se soumettait pour garder un semblant de jeunesse. Sous son maquillage, les quelques rides que j’entrevoyais me poussaient à dire qu’elle devait avoir la cinquantaine. Les bagues serties de pierres précieuses qui s’enroulaient à ses doigts m’indiquaient que la richesse faisait partie de son quotidien. Son sac à main de marque et ses talons vertigineux achevèrent mon inspection. Elle était déjà pendue à mon cou, pleurant et riant en même temps.
— Oh, ma chérie ! s’exclama-t-elle avec une émotion qui me fendit le cœur. Je suis tellement contente ! Tu ne peux pas imaginer ! Après tout ce temps, je commençais à penser comme ton père. Chéri, approche !
Euh… Que devais-je faire ? Ce contact me prenait au dépourvu. Étais-je tactile avant mon accident ou étais-je mal à l’aise face à des témoignages sincères d’amour, comme en ce moment même ?
Je ne le remarquai qu’à cet instant. Un homme avait suivi la femme au parfum sucré et restait à présent en retrait, près de la porte. Un peu plus grand qu’elle, il portait un costume trois-pièces impeccablement taillé. Ses cheveux coupés en brosse étaient d’un châtain tout à fait banal. Ses yeux marron foncé ne transmettaient aucune chaleur. Son visage taillé à la serpe trahissait une sévérité continuelle. Mâchoire crispée, droit comme un piquet, sa réaction face à nos retrouvailles s’opposait en tous points à celle de la femme qui me tenait dans ses bras et que je supposais être ma mère.
— Chéri ! Elle s’est réveillée ! C’est un miracle ! Comment vas-tu, ma chérie ?
Avait-elle été mise au courant de mon état ? Je devais le lui dire. J’ignorais comment le faire sans lui provoquer le même choc que j’avais subi. Contrairement au bégaiement que j’imaginais, les mots sortirent d’eux-mêmes sans que je puisse réfléchir longuement et prendre des pincettes :
— Qui êtes-vous ?
Je n’avais rien trouvé de mieux. Une douche froide n’aurait pas eu pire effet sur cette dame. Elle se redressa, me tint à bout de bras pour me contempler et se raidit. Sa joie envolée, son regard parcourait mon visage. Le sien se décomposait un peu plus chaque seconde.
— Quand le médecin nous a annoncé ta perte de mémoire, je pensais que ça ne concernait que ton accident… Oh, c’est terrible !
Un énième sanglot lui échappa. Celui-ci avait un goût de tristesse pure.
— Je suis ta maman. Tu ne te rappelles pas de moi ?
Sa peine m’attrista. Cette femme avait attendu deux ans pour finalement m’entendre dire que je ne la reconnaissais pas. J’avais mal pour elle, en plus d’avoir mal pour moi-même.
— Je suis désolée, déclarai-je d’une voix brisée. Je ne me souviens de rien. Je ne sais même pas qui je suis.
— Ce n’est pas grave, ça va revenir. Ne pleure plus. Le principal, c’est que tu es en vie. Hein, chéri ?!
À travers le rideau de mes larmes, je vis mon père acquiescer, un peu plus détendu de me savoir de nouveau parmi eux. Il congédia même des personnes qui attendaient au-delà de la porte. Je ne les vis pas, je les entendis simplement s’éloigner. Étaient-ce des infirmiers ?
Mon père s’approcha enfin, il s’assit sur le bord de mon lit, le faisant ployer sous son poids. Il se garda bien de me toucher. Je devinai que l’épanchement de ses sentiments ne faisait pas partie de ses passe-temps. Étais-je comme lui ? Ou tirais-je de ma mère ? Étais-je une femme transie d’amour ou étais-je davantage une solitaire asociale qui se retranchait dans son travail ? D’ailleurs, quelle profession exerçais-je ?
Je reniflai peu élégamment. Ma mère, malgré son apparence impeccable, se ficha de ce détail.
— Je vais avoir beaucoup de questions, dis-je dans un rire pour alléger l’atmosphère.
Elle m’embrassa sur le front avec une douceur qui apporta un baume à mon cœur abîmé.
— Nous t’aiderons, m’assura-t-elle. En attendant, tu vas rester ici quelque temps pour une rééducation qui te remettra d’aplomb. Après ça, nous rassemblerons tes affaires et quitterons cet endroit. Je ne veux plus jamais y revenir.



Tout le temps que je passai à réaliser des exercices physiques et intellectuels, je n’eus aucune visite. Ma mère m’appela une fois par jour pour prendre de mes nouvelles. D’après elle, mes parents suivaient à la lettre les injonctions du médecin. Il fallait que je me concentre sur mon corps plutôt que sur le reste. Il avait raison.
Cela dit, je n’étais pas totalement seule. J’entendais des pas furtifs dans le couloir près de ma porte. Sûrement le va-et-vient des médecins et des infirmières. Concentrée à me remettre en forme, je ne me posais pas trop de questions, ma plus grande hâte pour le moment étant de sortir d’ici.
La rééducation ne posa pas trop de problèmes. Dès le premier jour, il fut évident que j’avais gardé l’essentiel de mes acquis.
Marcher, je savais. M’habiller, je savais.
Compter aussi. Je m’en rendis compte lorsqu’en allant me chercher une boisson fraîche à la cafétéria de l’hôpital, je vis les boutons incrustés dans l’ascenseur.
Il était étrange que les choses simples de la vie ne m’aient pas quittée, mais, en revanche, que tout ce qui me concernait fût parti en fumée.
Chapitre 4

Le jour tant attendu arriva. Mes parents rappliquèrent, ainsi que quelques-uns de leurs employés. Je fis le tour de la pièce pour m’assurer de ne rien oublier et délaissai enfin ma chambre. Une fois dans l’ascenseur, ma langue se délia :
— C’était long.
— Désolée, ma chérie. Nous ne voulions pas attirer l’attention sur toi en venant ici trop souvent. Ça t’aurait perturbée, tu n’avais pas besoin de ça. J’espère que tu le comprends.
Le regard de mon père me dissuada d’ouvrir à nouveau la bouche, je me contentai de hausser les sourcils. Qui aurait pu se soucier de leurs allers-retours entre leur domicile et l’hôpital ? Sans doute voulaient-ils minimiser les risques de me voir paniquer. Leur fille avait évité de peu la mort, passé trop de temps dans le coma. Il y avait de quoi rendre psychotique la famille.
À l’accueil, un parfum familier attira mon attention. Cela me cloua sur place. L’un des gardes du corps de mon père s’arrêta avant de me percuter. Ma mère se rendit compte de mon arrêt et revint sur ses pas. Le sourire qui étirait ses lèvres vacillait telle une flamme.
— Un problème, Aurora ? me demanda-t-elle d’une voix purement maternelle.
— Non, je… Ce n’est rien.
Alors que nous nous remettions en marche pour sortir de ce lieu aseptisé, je jetai un regard par-dessus mon épaule, mue par mon instinct. Entre les deux armoires à glace qui servaient mon père, je distinguai un homme. Large d’épaules, de haute stature, il était penché sur le comptoir et parlait avec la personne chargée de l’accueil. Je ne voyais pas son visage, mais se dégageait de lui une aura de danger. Je frissonnai, me détournai. Quel monde allais-je voir se dérouler à mes pieds ?
Deux berlines noires aux vitres teintées nous attendaient. Les chauffeurs faisaient le pied de grue en attendant de reprendre la route. On aurait dit des clones tant ils se ressemblaient. Leurs vêtements similaires et leurs lunettes de soleil n’arrangeaient en rien cette impression.
— Je vous laisse, annonça mon père qui pianotait sur un téléphone portable sûrement dernier cri. J’ai une importante réunion. Passez une bonne journée.
Talonné par ses deux hommes de main, il s’éloigna vers la première voiture et disparut dans l’habitacle sans même jeter un regard derrière lui.
— Étais-je en froid avec… lui avant l’accident ?
Je n’arrivais pas à l’appeler papa.
— Oh, Aurora, ma chérie. Non, bien sûr que non. Ton père a toujours été distant. Il est difficile de cerner ses émotions. Je… je conçois que son indifférence doit être difficile à vivre pour toi.
Je ne comprenais pas comment une femme comme elle pouvait s’être entichée d’un bloc de glace pareil. Ils étaient de parfaits opposés… Quoique, les opposés s’attiraient, non ? À cette conclusion, la colère me balaya. C’était scandaleux ! Je me rappelais une citation aussi gnian-gnian alors que j’étais incapable de me souvenir de qui j’étais, des personnes que je fréquentais.
— Je m’y habituerai, je suppose.
Elle m’adressa un sourire contrit.
Nous nous installâmes sur la banquette arrière de la seconde voiture. L’instant d’après, elle s’insérait dans le flot de circulation de la ville grouillante de vie. Les buildings qui perçaient le ciel me donnèrent le tournis. Les klaxons, les personnes en train de héler des taxis, les chiens qui aboyaient en se croisant, après le calme de l’hôpital, tout cela me vrilla les tympans. Pendant deux ans, ce monde avait avancé sans moi et voilà que j’y étais propulsée, prisonnière d’un passé dont j’ignorais la consistance. Je devais prendre sur moi, chasser l’effroi, afin de mettre la main sur les pièces du puzzle.
Ma mère sentit la tempête intérieure que j’essuyais, car elle se mura dans le silence. Elle attendit que je fasse le premier pas, s’interdisant de me brusquer. Je l’en remerciai, touchée par son comportement.
— Comment est-ce arrivé ? L’accident, je veux dire.
— La voiture dans laquelle tu étais a été percutée par un camion.
Je ne cherchai pas à en savoir plus. Les images que j’imaginai me donnèrent froid dans le dos. Je passai à autre chose.
— Quel est mon âge ?
— Vingt-sept ans. Tu vis seule, dans un appartement au cœur du centre-ville. Avant que tu ne me le demandes, tu travaillais… tu travailles dans l’entreprise de ton père.
Avait-on parlé de moi au passé pendant ces deux dernières années ? Comme si je n’étais plus qu’un souvenir ?
— En quoi consistait mon travail ?
— Ton père est à la tête d’une entreprise prospère à l’origine de bon nombre des bâtiments que tu vois défiler. Il ne s’intéresse qu’à la finance et n’a toujours accepté que des projets misant sur des centres financiers.
Ce centre d’intérêt correspondait plutôt bien à l’image qu’il renvoyait. Comme si elle lisait dans mes pensées, ma mère reprit son monologue où elle l’avait arrêté :
— Je sais ce que tu penses. Tout le monde pense ça de lui. Ce n’est pas totalement vrai. Il ne se préoccupe pas seulement de lui. La preuve, il ne voulait pas te voir dans un job qui nuirait à sa réputation et ne serait pas à ta hauteur. Tu es une Marshall, disait-il, et ta place est au sommet. Il voulait le meilleur pour toi. Du coup, il t’a proposé de développer une branche au sein de son entreprise. Toi, l’électron libre, ça te convenait plus ou moins. Tu menais ton équipe, prenais les décisions nécessaires au bon déroulement des opérations sans devoir rendre des comptes à tout bout de champ à un supérieur qui t’aurait méprisée ou dévalorisée à cause de ton sexe.
Je déglutis. Je n’aimais pas la perspective que ma vie ait été régentée par mon père, même si à première vue ça partait d’un bon sentiment. Il me gardait sous sa coupe. Avais-je été heureuse dans mon travail ? N’avais-je pas abandonné des rêves professionnels pour combler son ego ? Je le découvrirais.
— Qu’ai-je développé au juste ?
— Le tourisme. Avant ton accident, tu as permis à la ville de s’octroyer plusieurs hôtels de luxe où la plus prestigieuse des suites coûte plusieurs centaines de dollars la nuit. Tu avais comme dernier projet d’investir dans une plage afin d’y construire un centre prestigieux et paradisiaque. Ton équipe ne s’est jamais résolue à aller jusqu’au bout sans toi. Tous disaient que ce serait te trahir.
Je haussai un sourcil et elle approfondit :
— Ce projet comptait beaucoup pour toi.
— Pourquoi ?
— Je l’ignore, Aurora. Tu restais mystérieuse à son sujet. À vrai dire, tu t’escrimais à ne jamais parler de ton travail avec moi. Tu affirmais que ce n’était pas bon de mélanger les affaires et les réunions familiales. Je ne pouvais que te donner raison.
Pour que j’en vienne à penser ainsi, mon père avait dû rendre bon nombre de repas infernaux. L’air triste de ma mère me le confirma. Je changeai de sujet :
— Avais-je des passe-temps ?
— Oui, tu aimais sortir avec tes amis, lire. Tu travaillais beaucoup. Dans ton adolescence, tu dansais, et puis tu t’es tournée vers l’équitation. À ma connaissance, tu ne pratiques plus aucun sport depuis plusieurs années.
— Comment j’étais ? demandai-je, soucieuse.
— Je ne vais pas être objective, rit-elle. À mes yeux, tu étais une jeune femme fabuleuse. Tu chérissais des associations, n’hésitais pas à leur faire des dons. Tu étais une bosseuse, têtue, mais juste. Un brin colérique aussi, ce qui n’est pas vraiment un défaut. Ton tempérament de feu t’a permis de réussir, de ne jamais rien lâcher.
— Je m’attendais presque à ce que tu me dises que j’étais une vraie garce, plaisantai-je.
— Et de qui aurais-tu tiré ce trait de caractère ?
— Pas de toi, en tout cas.
J’adorais déjà cette femme, je ne pus m’empêcher de lui sourire tendrement.
— Tes souvenirs te reviendront, m’assura-t-elle en pressant ma main entre ses doigts. J’en suis sûre.
Je ne sus quoi dire. Je l’espérais moi aussi, mais comment pouvais-je forcer mon cerveau à me restituer ce qu’il m’avait impitoyablement dérobé ?
— Ça ne va pas te plaire. J’aimerais rentrer chez moi et être seule.
Ma mère resta interdite de longues secondes.
— Mais tu viens à peine de sortir du coma. Ce serait de la folie !
— Je ne te le demanderais pas si je n’en avais pas besoin. J’ai dormi pendant deux ans et voir ce monde autour de moi me rend dingue. Il me faut du calme. D’autant plus qu’en regagnant mon intérieur, j’aurai peut-être un déclic.
Elle capitula, non sans douleur. Elle se pencha entre les deux sièges à l’avant et ordonna au chauffeur de changer de direction. Il ne dit rien, s’exécuta.
— Tu feras attention à toi. J’ai tellement eu peur de te perdre, je ne supporterai pas que tu subisses un nouveau malheur.
Que pouvait-il bien m’arriver en sécurité chez moi ? J’étais tirée d’affaire, non ?
Chapitre 5
 
Combien d’années avais-je vécues ici ? Dans cet intérieur chic ?
Avant, j’en connaissais chaque recoin. Aujourd’hui, je le découvrais comme pour la première fois. Le hall, aussi vaste que ma chambre d’hôpital, était affublé d’un guéridon noir et rouge magnifiquement sculpté et d’un placard où je découvris plusieurs vestes et manteaux. Un tableau couvrait presque tout un pan de mur et représentait un paysage idyllique où les couleurs se mariaient à la perfection. Le réalisme de cette œuvre me bluffa.
J’atterris dans un salon spacieux où un canapé d’angle reposait sur un immense tapis gris souris en compagnie d’une table basse en verre. Une télévision incurvée aux dimensions titanesques avait été accrochée sur le mur d’en face. Un home cinéma trônait à côté d’étagères couvertes de Blu-ray et de livres. Je m’y dirigeai pour découvrir mes — anciens ? — goûts.
Souviens-toi… l’été dernier . Tiens ! Étais-je une grande romantique qui attendait fleurs et chocolats à la Saint-Valentin ? Je lus le résumé au dos et fus surprise par son contenu. Les films d’horreur m’attiraient. Bon, ça ne faisait pas de moi une criminelle. Je continuai mon inspection : Alien , Cloverfield , Dernier train pour Busan , La famille Adams . OK, à la lecture de tous ces synopsis, je réalisai à quel point je devais être plus ou moins glauque. Je ne baissai pas les bras. J’allais bien trouver des films sans monstres terrifiants, zombies ou humour noir.
—  Le Seigneur des anneaux. Tiens, ça me paraît plutôt pas mal.
J’en pris un autre et grinçai des dents en lisant le titre :
—  Sans identité . Merci beaucoup pour cette piqûre de rappel. Je saurai me souvenir de vous, Liam Neeson !
Je soupirai et me détournai de cette étagère.
Le séjour se gratifiait d’une majestueuse baie vitrée. Grâce à elle, le soleil déversait ses rayons et illuminait le mobilier moderne. Une cuisine ouverte se tenait sur la droite avec tous les bijoux de technologie que l’on pouvait rêver d’y trouver. Avec rage, je constatai que je savais à quoi servait chacun d’entre eux.
En faisant volte-face, j’avisai une mezzanine qui offrait un coin de lecture douillet. Je gravis les marches quatre à quatre après avoir posé ma besace sur le plan de travail.
La mezzanine était un petit paradis à elle seule. Une méridienne trônait au milieu, un livre était posé dessus : Marche ou crève de Richard Bachman, plus connu sous le nom de Stephen King. Pour éviter d’accroître mon sentiment d’injustice, je fis l’impasse sur le fait que je me rappelais l’identité de celui qui se cachait derrière ce pseudonyme. Au vu de l’emplacement du marque-page, je venais à peine de le commencer. Un fauteuil vert bouteille aux accoudoirs de bois occupait un coin près du vide que surplombait un lampadaire plus moderne. Des bibliothèques anciennes occupaient le mur face à la rambarde.
— Je suis vraiment bizarre, pouffai-je, et chanceuse.
J’aurais pu tomber beaucoup plus mal. Je n’avais vraiment pas à me plaindre. Des gens vivaient dehors, ils mouraient de faim, de froid. À première vue, je ne manquais de rien, contrairement à de nombreuses familles qui s’interrogeaient sur leur futur, sur la consistance de leur prochain repas.
Je poursuivis ma visite, m’engageai dans l’unique couloir desservant quatre portes. La première donnait sur une impressionnante salle de bains. Deux vasques sur la droite étaient incrustées dans un meuble en bambou. Un large miroir le dominait et apportait une impression de grandeur surnaturelle à la pièce. Je pris un instant pour me contempler. Je n’avais pas osé le faire depuis mon réveil. En plus de découvrir qui j’étais, j’avais peur de voir à quoi je ressemblais physiquement. Allais-je me plaire ? Je lâchai un rire amer devant la stupidité de cette interrogation. Quoique… peut-être avais-je des défauts, des complexes ? Avec anxiété, je m’approchai et fis la connaissance d’une femme blonde comme les blés qui me regardait avec des yeux gris perçants. Dans leur abysse, j’y discernais une vive intelligence et une détermination farouche.
— Ça va ? Pas trop narcissique ? grommelai-je en achevant de me dévisager.
Un nez concave surplombait des lèvres ourlées affublées d’une belle teinte rose. J’évaluai ma taille à environ un mètre soixante-dix. Mon fessier comblait parfaitement mon jean et mes seins tendaient le tissu de mon débardeur. Je passai un doigt sous le vêtement et l’écartai de ma peau pour jeter un œil en dessous.
— Pas mal, approuvai-je. J’espère qu’ils ne sont pas refaits.
En tout cas, mon enveloppe charnelle me convenait.
Je poursuivis mon inspection de la pièce. Dans le fond à gauche, une baignoire de forme carrée avait été carrelée dans un camaïeu marron et orange. Sur la droite, une douche pouvant accueillir facilement plusieurs personnes lui faisait de la concurrence. Nul doute qu’après une dure journée, c’était l’endroit idéal pour se prélasser.
La porte suivante donnait sur un bureau où s’entassaient des paperasses. Je ne m’y attardai pas, songeant que mon travail n’avait pas été un des objectifs choisis par mes soins. J’ignorais encore si j’étais passionnée par ce que je faisais ou si j’avançais par devoir, pour ne pas décevoir mon père.
Dans les deux autres pièces, je découvris des chambres, décorées avec goût. Je me flattais en parvenant à ce constat. Je compris laquelle était la mienne quand mon regard se posa sur un cadre posé sur une table de nuit. On y voyait un couple enlacé. Je me reconnus. L’homme en revanche, eh bien, comme tout le reste, je ne le connaissais plus.
Je le détaillai. Ses dents blanches et bien alignées captaient le regard. Ses cheveux brun clair étaient parfaitement coiffés sur le modèle de mon père. Ses yeux marron en amande étaient rieurs, et l’arête de son nez n’était peut-être pas tout à fait droite. Il portait un costume cravate, flottait dans sa chemise. Il ne devait pas être un adepte des salles de sport, préférant se consacrer principalement à son job. Étions-nous heureux ensemble ? La photographie le laissait croire. Il fallait que je le contacte ! Lui dire que j’étais de retour. Si je l’avais aimé, je l’aimerais sans doute à nouveau. Et puis, peut-être pourrait-il m’éclairer sur mon passé.
Je revins à l’étage inférieur et fourrageai dans mon sac pour y trouver mon téléphone. Comme je m’y attendais après deux ans d’attente, il était éteint. Je cherchai mon chargeur et quand je l’eus trouvé, je pus rallumer mon portable.
Premier problème : code pin.
— Peut-être le même code que la porte d’entrée.
J’appuyai sur les touches 3-4-6-5. Erreur. Je soupirai.
— Ma date de naissance ?
Deuxième problème : quand étais-je née ?
Je fouillai à nouveau dans ma besace pour en sortir ma carte d’identité et créai ensuite plusieurs combinaisons à quatre chiffres.
0-3-1-0
0-3-9-2
1-3-9-2
Je pestai.
1-9-9-2
Je décidai d’intervertir le mois et le jour. En Amérique, le mois devançait le reste. Dans d’autres pays, ils ne voyaient pas les choses de la même façon. Eh ouais, je savais au moins ça !
1-0-0-3
Et mon téléphone s’ouvrit enfin. Je soupirai. Ma vie n’allait vraiment pas être facile. Un simple mot de passe me faisait déjà suer à grosses gouttes alors je n’osais pas imaginer mon retour au travail ou mes retrouvailles avec ma vie sociale.
Je parcourus mon répertoire et tous ces noms enregistrés me mirent la tête à l’envers. J’allai directement à la lettre M, et appelai ma mère :
— Aurora ? paniqua-t-elle d’emblée. Tout va bien ? Un problème ?
— Non, non, m’empressai-je de la rassurer. J’ai vu une photo de moi avec un homme. Nous avions l’air plus ou moins proches. Je dirais même que nous formions un couple. Pourrais-tu me donner son prénom ? J’aimerais l’appeler.
Le silence qui me répondit me força à regarder l’écran. J’étais encore en communication.
— Ma… Maman ?
— Je suis désolée, ma chérie. Oui, vous étiez ensemble. Mais tu comprends, deux ans, c’est long.
Il ne m’en fallut pas plus pour comprendre. Mon cœur saigna, je le subis comme une haute trahison.
— Au bout de...

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