La victoire de Vic : mi-fille, mi-garçon
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Description

Après le succès de sa première nouvelle intitulée « La Muscade », parue aux éditions du Net, en mars 2021, Emma Faumat, (nom de plume inspiré du prénom de ses trois filles : Manon, Faustine, Matéa), vous invite à vous plonger à présent sous un tout autre registre, à travers ce pétillant roman qui se veut être un message d’espoir, visant à mieux comprendre les non-genrés.
Passionnée par les transformations et bouleversements hormonaux de l’enfant à l’adulte et plus particulièrement par le phénomène social des genres, Emma Faumat, espère que ce court ouvrage amènera le lecteur vers une ouverture d’esprit sur la construction sociale des rapports entre les sexes.
Ce roman aura un sens s’il parvient à aider les jeunes lecteurs indécis à comprendre leur véritable identité, sans se laisser aveuglément influencer par les réseaux sociaux, leur famille ou la société binaire.
Laissez-vous distraire en parcourant les joies de l’enfance de Vic, puis sa quête d’identité, pour enfin avoir la joie de constater l’épanouissement d’un jeune étudiant canadien heureux.
Acceptez cette invitation au plus profond des abymes de l’enfant et de l’adolescent qui va tenter de s’exprimer sans tabou sur les stéréotypes de sexe et sur son ressenti intérieur.
De Victoire à Victor, il n’y a qu’une ouverture d’esprit à franchir, et qu’une lettre à s’affranchir, laissez votre cœur apprécier le bonheur de Vic.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 août 2021
Nombre de lectures 6
EAN13 9782312083100
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La victoire de Vic : mi-fille, mi-garçon
Emma Faumat
La victoire de Vic : mi-fille, mi-garçon
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2021
ISBN : 978-2-312-08310-0
Introduction
Que les choses soient claires entre nous chers lecteurs, je m’appelle dorénavant Victor et non Victoire ! Ainsi, toute mon histoire sera au masculin et non au féminin n’en déplaise à ma mère, à la société, ou à mes professeurs ! Afin de ne froisser personne, on m’appellera Vic , c’est plus simple et ça fait plus chic, non ? (C’est ma première note d’humour).
J’ai enfin pu me séparer de cette satanée lettre de fin.
J’ai attendu 12 ans, 11 mois et 29 jours pour qu’enfin cette lettre me fiche la paix !
Je suis né le jour de mes 13 ans !
Déjà, quand j’ai appris à lire en CP, je me suis rendu compte que la lettre « E » était une voyelle, par conséquent quelque chose de féminin ! J’en étais sûr, il y avait un problème avec mon prénom.
Lorsque je suis né, un vendredi 13, j’aurais dû me douter que cette date ne m’apporterait rien de bon.
Dans mon berceau transparent, à la maternité, il y avait une grande pancarte ros E accrochée au bout de mon lit, sur laquelle était écrit : Victoire – 4 kg 100 – 55cm.
Maman aurait dû se douter… Une petite fille ne peut pas peser autant ni être aussi grande ; mais personne n’a réagi. Enfin si ! Moi je réagissais !
À chaque fois qu’une tête se penchait sur mon couffin, en prononçant des « A-Reu », ou en s’esclaffant : « qu’est-ce qu’elle est mignonne cette petite ! qu’est-ce qu’elle est belle ! », je réagissais à ma manière, pleurant, hurlant, vociférant tel un petit animal meurtri.
Selon maman, mes pleurs auraient duré pendant les douze premiers mois de ma vie.
Maman était désespérée, elle ne comprenait pas. Personne ne comprenait en fait, plus les gens étaient gentils avec moi, plus ils m’admiraient et plus je pleurais.
Je ne me souviens pas grand-chose avant ma première rentrée à l’école maternelle ; Ce que je relate ici, c’est tout ce que maman m’a raconté et ce que j’ai pu constater dans les albums photos, méticuleusement classés par année.
Le plus exaspérant pour moi fut sans doute cette couleur ros E qui ne m’a pas abandonnée jusqu’à mes 13 ans ! Je déteste au plus haut point ce coloris pastel et fade ; mon premier biberon était ros E , tous mes pyjamas de bébé étaient ros E s, mes nounours étaient ros E s, ma chambre était… ah non ! J’allais dire une bêtise, ma chambre n’était pas ros E , elle était fuchsia. Je crois que c’était encore pire !
Déjà tout petit je pense que mon corps refusait la lettre « E ».
Puis à 13 ans, je suis né. Mais ça, je viens de vous le dire !
Il faut néanmoins que j’y revienne, car c’est à partir de ce jour que ma vraie vie va enfin commencer.
J’ai enfin pu occulter définitivement cette couleur ros E qui avait hanté toute ma jeunesse !
Vivre sans avoir honte d’exister, même si dans ma vie scolaire, rien, ni personne ne m’a aidé en ce sens.
Il m’a donc fallu affronter cette nouvelle vie à bras le corps, avec une seule idée en tête : me sortir de ce système français, où rien n’est fait pour que les non-genrés aient une vie épanouie.
Avec mes idées bien arrêtées, une famille aimante, et un papa hyper cool, j’allais tout mettre en œuvre, malgré la COVID 19 que nous avons pris en pleine face, pour me sortir de cette société qui ne m’a jamais aidé à me trouver.
Pour vivre ma vie de Vic, il m’est paru important que je me retrouve face à moi-même, dans une société qui m’accepte tel que je suis.
C’est ainsi que je viens de commencer ma vie d’adulte au Canada , et je compte bien y vivre quelques années. Je sens que je vais y retrouver cette estime de moi, qui va contribuer à me rendre plus heureux au milieu d’une société tolérante, entouré de personnes bienveillantes. Je mérite d’avoir une place quelque part et je crois que cette place je l’ai trouvée, elle va me permettre la prise de conscience de mes valeurs et me faire connaître le véritable bonheur.
État des lieux de ma situation
Ma vie a commencé en 2014, alors que je suis né en 2001 ! Cherchez l’erreur…
Aujourd’hui, en ce jour de décembre 2020, je ne veux plus jamais lire la presse pour y constater amèrement qu’un camarade transgenre s’est donné la mort ! Je ne veux plus jamais parcourir les réseaux sociaux et réaliser avec effroi l’existence d’autant d’actes d’homophobie sur cette planète ! Laissons les jeunes s’exprimer et ce, dès leur plus jeune âge.
Terminé le modèle, un papa, une maman, un garçon, une fille, une couleur pour chaque sexe.
La vie est multicolore et pleine de charme. Ouvrez-vous au monde en écarquillant grand vos mirettes car partout où vous irez si le soleil brille c’est pour vous ! Si le ciel est gris, c’est que derrière il y a une éclaircie, rien que pour faire battre votre petit cœur d’enfant.
Je veux me battre à travers mon histoire, pour qu’enfin les rayons jouets des magasins soient mixtes, que chaque enfant puisse choisir ses couleurs, ses tenues vestimentaires, sa coiffure, sans se laisser dicter des actes ou des idées qu’il n’aurait pas lui-même choisis.
Aujourd’hui à 19 ans 3/4, je peux enfin m’exprimer et vous raconter ma vie, sans rien occulter, en toute transparence.
Je suis issu d’une famille relativement aisée, j’ai grandi dans un petit village de campagne, entre montagne l’hiver et mer l’été.
Jusqu’à mes 13 ans j’ai vécu avec mes 2 parents dans notre grande maison familiale, j’avais ma propre chambre ros E , j’en ai longtemps voulu à maman !
Maintenant que je deviens la personne que j’ai toujours voulu être, je suis ouvert à la vie, j’ai enfin compris, qu’elle n’a fait que reproduire ce qui lui avait toujours été enseigné.
Aujourd’hui, je n’en veux plus du tout à ma mère.
Mais vous ? Parents, ou futurs parents en devenir, posez-vous les bonnes questions en éduquant vos enfants, ne laissez pas la société décider pour votre enfant.
C’est à l’enfant de faire ses propres choix, sans être influencé par ses parents, ni par la société.
On y vient tout doucement en France, mais nous n’en sommes qu’aux balbutiements.
J’aurai aimé naitre en Suède et pouvoir être reconnu en tant qu’individu non genré, et non comme la petite Victoire à travers laquelle j’ai vécu 13 années un peu chaotiques pour mon jeune esprit.
Je suis fier de maman, car nous avons à présent, elle et moi, d’immenses conversations pleines de sens et ce, malgré la distance qui nous sépare.
Maman n’est pas fermée comme je l’ai longtemps cru, elle a un cœur de mère et elle ne m’élèverait plus de la même manière si elle devait de nouveau me mettre au monde.
Je ne veux rien oublier de mes 13 premières années car finalement en y réfléchissant, c’est aussi ce qui m’a aidé à me construire différemment. De plus, je n’ai jamais été un enfant malheureux, je pense que mes parents m’aimaient chacun à leur manière et leur amour m’a aidé à faire de moi qui je suis aujourd’hui.
Qui sommes-nous d’ailleurs, pour savoir quelle méthode est la bonne pour éduquer un enfant ?
A vous, parents qui lirez peut-être ces premières pages (par précaution) avant de l’offrir à votre jeune ado, ne croyez pas que mon but est de vouloir l’influencer dans ses choix de vie ; bien au contraire, mon seul objectif est que l’enfant s’assume et aime la vie.
Je veux qu’il sache que quelque part, il y aura toujours une oreille attentive, qu’il pourra se confier sur son mal être et que personne ne devrait jamais le juger sur ses orientations identitaires.
Je veux aider l’enfant à faire les bons choix sans s’auto frustrer, juste pour se fondre dans le moule et faire plaisir à son enseignant de mathématiques ou à sa professeure de danse.
Qu’il s’appelle, Sam, Sacha, Bilal, Chris, Zac ou Vic, je veux lui expliquer que la vie mérite d’être vécue.
Qu’il vive avec 2 mamans ou 2 papas, ou dans un modèle conventionnel, son identité lui sera toujours propre et ses choix lui appartiennent.
A toi, qui aura envie de faire ma connaissance à travers mon histoire, que tu sois fille ou que tu sois garçon, ou ni l’un ni l’autre, ou les deux à la fois, toi qui liras ce livre, tu dois savoir que tu as aussi le droit de te tromper ! On ne te jugera pas. Personne n’en a le droit ! Prends le temps de comprendre qui tu es, qui tu veux devenir, écoute ton cœur.
Tu découvriras si ce n’est déjà fait, que beaucoup d’influenceurs sur tous les sites à la mode veulent t’aider en te proposant leurs conseils, si cela peut t’aider à y voir plus clair, pourquoi pas ? Personnellement, je n’utilise aucune de ses applications, car la vraie vie, quoi qu’on en dise, ce n’est pas sur les réseaux sociaux qu’on l’apprend. C’est toi qui va te la construire, en fonction de ce que tu ressens, de ce que tu souhaites profondément. Loin de moi l’idée de vouloir critiquer ce mouvement très à la mode chez les jeunes, mais je suis convaincu que ce qui compte vraiment, c’est une véritable oreille, quelqu’un de bienveillant capable de te guider dans tes choix, sans te juger, et le seul et véritable acteur de ta vie c’est toi, qui va apprendre à grandir dans un monde plus ou moins tolérant et qui t’acceptera tel que tu es : une personne formidable !
Savez-vous qui est mon influenceur préféré ? C’est ma grand-mère ! Elle m’a appris tout ce que je voulais savoir, et on n’a jamais eu besoin de se filmer pour cela.
Se faire étiqueter « gender fluid » parce que c’est tendance ? Pourquoi vouloir à tout prix définir un genre ?
N’oublie pas ceci : ton corps t’appartient. Mais ta tête aussi !
L’important c’est que tu sois heureux dans ton corps, quel que soit le sexe avec lequel tu es né !
Sois épanoui et assume-toi, tel que tu es.
Tu as sans doute remarqué qu’en France, nous sommes encore loin d’une société sans genre, il n’y a qu’à arpenter le rayon jouets des grands magasins pour le comprendre.
Mais je pense que la société évolue, les manières d’éduquer aussi, et je pense très honnêtement qu’à terme, tu pourras vivre ta vie dans une société plus ouverte qui tend à gommer les genres.
C’est déjà le cas dans certains pays, mais j’y reviendrais plus tard dans mon roman.
Efféminé, garçon manqué, coquette ou très mec, lorsque le moment sera venu, laisse ton esprit exprimer ses propres choix et ton corps suivra.
Il existe plein de partenaires sociaux, qui pourront t’aider dans tes étapes, si tu souhaites un jour aller au bout d’une démarche de reconstruction. Mais même si tu ne t’en sens pas capable, n’oublie pas ceci : la vie vaut la peine d’être vécue, et quelque part sur cette terre, des gens t’aiment pour ce que tu es : TOI.
Maintenant que j’ai fait ma petite leçon de vie, je peux enfin commencer les vraies présentations.
Oui mon nom est Victor, alias Vic pour les intimes, mais je suis né(e) Victoire.
J’étais un grand et gros bébé, pour ensuite me développer un peu « lentement » jusqu’à l’adolescence. Inconsciemment, mon corps ne voulait pas suivre la courbe… ni fille ni garçon déjà tout petit mon esprit était non binaire.
Elevé en petite fille (je ne mets pas de « E » volontairement), par une maman mondaine. Je ne me suis jamais senti très à l’aise avec ce petit corps filiforme qui semblait ne pas m’appartenir.
Ces petites culottes de fille, ces nattes, ces couleurs, rien n’allait avec mes façons de penser. Je savais que quelque chose ne collait pas mais je ne savais pas trop l’exprimer par des mots.
Très souvent je le manifestais par des actes et parfois par une question récurrente que je posais à maman et qui avait don de la mettre en colère !
« Dis maman pourquoi je ne suis pas né avec un zizi ? ».
Comme ma question n’a jamais obtenu de réponse, peut-être que maintenant que je suis majeur, je vais enfin pouvoir en choisir un ! Comme on choisit un jouet en vitrine… ?
Je plaisante… évidemment !
Avec ou sans, maintenant, j’assume mes choix ! Je me sens juste neutre, juste moi. Avec néanmoins ce léger penchant masculin qui m’a toujours attiré chez moi. Je verrais par la suite, si je reste sans genre, ou si j’assume pleinement une transition, une transformation…
Comme une hypothétique réponse à la question que je posais à maman, a vraiment tardé à venir à moi, j’ai passé toute mon enfance à vouloir faire pipi comme papa : debout ! Qu’est-ce que je me faisais gronder ! Car évidemment dépourvu de robinet apparent, j’en mettais un peu partout. Je crois même que je prenais un certain plaisir à ne pas faire attention pour encore une fois attirer l’attention sur moi.
Je le sais maintenant, j’avais besoin d’exister !
Uriner debout comme un garçon était pour moi le premier pas vers ma liberté de penser.
C’est vrai ça… qui a écrit que les filles devaient s’asseoir pour faire pipi ? Que les garçons devaient le faire debout ? Qui peut me donner la réponse ? Alors si on ne se sent ni fille ni garçon, on fait comment ? Accroupi sur une jambe ?
On ne rentre dans aucune case, on ne se reconnait pas sur les logos des portes de toilettes.
Alors autant tenter l’expérience et se faire une idée de ce qui nous convient le mieux, non ?
Cela m’a tout de même occasionné diverses punitions à l’école. Maman fut convoquée à plusieurs reprises. Et comble ! C’est elle qui se faisait rappeler à l’ordre !
« Mais enfin madame Martin ! Comment élevez-vous votre fille ? », elle ne répondait jamais.
La pauvre, elle faisait de son mieux !
J’étais un enfant docile, mais j’avais tout de même besoin d’exprimer mon mal être.
Les grosses bêtises pour attirer l’attention sont venues beaucoup plus tard, lorsque le couperet est enfin tombé.
Mais je ne vais pas en dire plus, je te laisse découvrir ma vie…
Ma naissance
Sur le frigo de la cuisine, c’est écrit en gros : vendredi 13 ! à la maison, on ne parle que de ça ! même à la télévision, dans la presse, à la française des jeux, sur le calendrier des postes, avec la date entourée d’un grand cœur ros E , bref une grande date pour ma mère :
C’était le jour prévu de son accouchement.
Fin prête depuis le matin, maman se lance dans la préparation de la valise de Victoire.
Eh oui, avant même que je ne sorte ma tête, elle avait déjà choisi mon prénom !
Depuis plus de 5 mois, maman savait qu’elle attendait une petite fille, enfin c’est ce qu’elle croyait !
Vu qu’elle avait toujours désiré une fille, tout avait été longuement préparé depuis bien avant l’annonce de la grossesse.
Papa avait été engagé pour peindre ma future chambre en ros E clair.
Ma grand-mère a été nominée tricoteuse particulière pour la future petite princesse à naître.
Maman avait conçu tous les faire part elle-même, pré-imprimés avec le prénom et même le jour prévu ! Je n’avais pas intérêt à me louper dans la date ! Restaient juste à mettre mon poids, ma taille et l’heure de ma naissance.
Je vous le donne en mille ? De quelle couleur étaient les faire part du jour J ? Bravo ! Je vous entends le prononcer, ça tombe bien, je n’ai pas envie de l’écrire. Déjà avant ma naissance, cette couleur me filait de l’urticaire.
C’était donc aujourd’hui le grand jour.
Pour l’heure, j’avais décidé d’être original, je suis sorti pile poil à 13 h 13 ! Comme ça, au moins maman s’en souviendrait.
Comme tout était décidé depuis fort longtemps, on me mit un bracelet ros E autour du poignet et on y inscrit en lettres énormes : VICTOIRE.
Tu parles d’une victoire, pour moi !
Toute ma vie allait être entre leurs mains, j’allais être une petite fille, on parlerait de moi au féminin, on m’habillerait de rosE, on m’obligerait à porter des robes, des jupes, on m’offrirait des poupons rosEs.
Maman était aux anges, sa première fille venait de naître, toute rougeaude, et déjà bien joufflue.
Mon poids aurait dû les interpeller !
J’avais un poids de petit garçon et non celui d’une fragile fillette.
Mais l’apparence (ce n’était qu’une apparence) de mon sexe était incontestable : je m’appellerai Victoire.
Pourtant malgré ce poids de bébé conséquent, mon petit corps a tout bonnement commencé à faire acte de rébellion, sans doute inconsciemment, mais je suis passé du gros bébé joufflu à un petit être chétif ; aujourd’hui je pense que ce petit corps n’arrivait pas à s’assumer.
On devrait pouvoir choisir son prénom et son propre sexe, voire pas de sexe du tout ? Juste choisir de naître et croquer la vie.
Mais non, dans la vraie vie, cela ne se passe pas ainsi ! J’ai appris bien plus tard que le prénom était choisi par les parents ; le sexe c’était le fruit du hasard (ou des chromosomes ?), mais peut-être qu’il était conditionné par le goût des couleurs claires et pastelles que la maman affichait partout ? Ou par les fraises qu’elle mangeait par kilos ?
Je ne sais pas en fait, je suis né ainsi ! Je n’ai pas eu le droit de choisir, mais je compte bien le faire un jour !
Choisir d’être moi, sans être jugé, sans influence de couleur, d’apparence, juste moi, Vic.
Victoire ou Victor
Telle était la question ? Beaucoup (à part ma mère) ont eu tendance à m’appeler Vic (ça m’arrangeait bien).
Chaque matin, maman tirait avec insistance sur mes fines boucles sans volume qui avaient poussé éparses au sommet de mon crâne rempli d’épis (à son grand désespoir).
Réussir chaque jour d’école à me faire des couettes ou des tresses (ce qu’elle rêvait sûrement depuis qu’elle était toute petite), relevait du défi.
Je ne me laissais pas faire. C’était une torture pour moi. Autant physique que morale d’ailleurs.
De quel droit m’obligeait-on à me coiffer de façon ridicule ? Je me suis souvent demandé si ma mère avait été privée de poupées lorsqu’elle était enfant ? Parce que lorsque je feuillette les pages de nos albums photos, j’ai vraiment la sensation que maman me considérait comme une poupée. Sa poupée !
Je crois, hélas, aussi loin que remontent mes souvenirs, ne jamais avoir eu un seul pantalon dans ma garde-robe. Jusqu’à mes 13 ans, maman m’achetait, chaque saison :
– une jupe,
– quatre robes,
– des chemisiers en dentelle,
– des souliers vernis…
Enfin tout ce qui, selon maman, me donnerait l’allure de la petite fille de ses rêves.
Plus elle m’habillait en Victoire et plus je revenais de l’école avec des vêtements déchirés et plus mon esprit cheminait (sans toutefois en être conscient), vers le futur adulte que je voulais devenir.
Je chutais souvent dans la cour de l’école ; mes parents étaient appelés par les instituteurs car je m’étais bagarré en récréation. L’école n’a jamais été mon truc, il fallait que j’existe, aussi je le manifestais à ma manière.
Mais à la maison, j’étais bien plus calme, heureux sans doute ? J’avais tout ce que je souhaitais, la musique, les activités ludiques en dehors de l’école, un père fier de moi et une maman aimante malgré son manque d’ouverture d’esprit.
Je ne me rebellais pas contre mes parents, ni même contre la société, j’étais relativement sage et docile. Cependant mon corps qui ne semblait pas m’appartenir était en lutte perpétuelle avec moi-même, ce qui m’occasionnait parfois dans ma vie d’enfant, des moments pas très clairs pour l’entourage qui n’avait aucune idée du combat intérieur que je menais.
Les nattes que maman s’était escrimée à me faire dès le matin au petit déjeuner étaient complètement défaites lorsqu’elle me récupérait après l’école, mes cheveux étaient toujours ébouriffés et mes genoux souvent égratignés.
Je pense que maman devait être parfois désespérée.
Au fil des années, plus elle jouait à la poupée avec moi et plus je me fermais à la société. Parfois même j’en devenais agressif.
Je n’avais hélas pas les mots pour exprimer mon mal être autrement que par cette agressivité, ou ce repli sur moi-même.
Maman m’a même envoyé voir un psychologue car elle n’arrivait vraiment pas à me comprendre. Il faut dire que je n’exprimais guère mon ressenti avec mes parents, je les laissais m’éduquer, car lorsqu’on est enfant, les personnes en qui on a le plus confiance doivent être en théorie ceux qui nous élèvent ? Je pense qu’ils m’éduquaient bien, à leur manière sans aucun doute, mais ne sachant pas moi-même ce qui clochait en moi, il m’était difficile de m’exprimer sur un éventuel désaccord d’éducation.
J’ai laissé maman me vêtir en fille !
Papa s’est plié aux ordres de maman : il a tapissé ma chambre sans broncher, avec des teintes que ma mère avait choisies.
Je ne me suis jamais plaint. J’aurais peut-être dû ? Cela m’aurait évité ces souffrances intérieures refoulées jusqu’à mes 13 ans.
Je n’étais juste pas né dans le bon corps ! Je m’étais bien gardé de l’exprimer à qui que ce soit car je pense que maman serait vite sombrée dans une bien triste dépression.
Au moment de Noël, lorsque maman me faisait découper les jouets des catalogues (alors que je ne savais pas encore lire), je cochais désespérément au fil des années, les beaux joujoux que je rêvais d’avoir dans la hotte de l’homme à barbe blanche et à houppelande rouge. Sur cette liste je me rappelle avoir collé les belles images d’un garage, d’une voiture, d’un établi, d’une perceuse, d’un punchingball ou d’un commissariat Playmobil ® .
Lorsque j’ai su écrire, j’y rajoutais à la main une phrase pleine de sens pour moi : « avoir un robinet pour faire pipi comme papa ».
Chaque 25 décembre lamentablement au pied du sapin il y avait : une maison de Barbie ® , un camping-car de la même marque, une poupée qui pleure, des contes de fées, de la dinette ou une marchande et ses légumes en plastique.
Sur chaque paquet soigneusement emballé, VICTOIRE était écrit en lettres dorées.
Rien de ce qui aurait pu me faire plaisir !
Et évidemment j’ai toujours attendu ce tuyau magique qui n’a jamais (mais jamais !), été déposé au pied du sapin !
Chaque matin de noël, en secret j’imaginais qu’au moins ce vœu serait exaucé, je me plantais devant le miroir de la salle de bain en observant ce sexe désespérément d’apparence féminine : Nada !!! Rien de rien ! Rien ne s’était développé pendant la nuit de Noël !
Qu’à cela ne tienne, je continuerais à le mettre sur ma liste ! Et en attendant, je poursuivais ma folle expérience du jet d’urine debout !
Comme d’habitude, maman finissait toujours par s’en rendre compte lorsqu’elle passait derrière !
J’ai passé la plupart de mes Noëls à pleurer au fond de mon lit. Maman ne comprenait toujours pas pourquoi j’étais si triste, un jour où il aurait fallu que je sois si gai. (j’allais pourtant bientôt découvrir que l’adjectif pouvait s’écrire et se vivre de différentes manières).
Pourquoi Maman n’avait jamais respecté ma liste de Noël ? J’avais toujours pris soin de découper tout ce que je voulais mettre dans cette jolie enveloppe destinée à ce vieux monsieur magique.
Mais chaque lendemain de noël ma colère montait ; je ressentais tout mon désarroi, les bras m’en tombaient ! Pourquoi personne ne voulait me comprendre ?
Si un jour, j’endosse le rôle de parent, je laisserai mon enfant choisir ses jouets, je retirerai les logos genrés sur les portes des toilettes, je lui laisserai le choix de jouer avec des poupées même s’il est né avec un sexe de garçon et à l’inverse jouer avec des tractopelles et y mettre de la dinette à l’intérieur.
J’aimerai tant, quand ce moment sera venu, que la société ait évolué et qu’elle ait effacé tous ces stéréotypes qui nous emprisonnent depuis des siècles.
Je suis très positif, car je pense très honnêtement que nous, les non genrés, nous serons bientôt reconnus et acceptés.
Même si nous devons traverser les océans pour y arriver, je suis convaincu que les êtres dans des cases vont finir par disparaitre et que la société nous permettra de nous épanouir sans tabou.
Ma mère
Je n’ai jamais bien compris en quoi consistait le métier de maman, de l’import-export dans le domaine de la mode, il me semble ? Tout ce que je me rappelle c’est qu’elle dirigeait une équipe de femmes et que cela avait dû lui monter à la tête.
Marie-Cécile, c’est le prénom de ma mère, elle était tout ce que je ne voulais pas devenir.
C’est peut-être dur à lire pour vous ? Pourtant j’aime maman plus que tout, mais je veux vivre la vie que j’ai choisie et pas celle qu’on a voulu m’imposer au travers d’une maman très féminine et pleine de principes d’éducation genrée que je ne souhaite pas reproduire moi-même plus tard, c’est pourquoi, je ne veux pas ressembler à ma mère, pourtant qu’est-ce qu’elle est jolie !
Une petite quarantaine d’années lorsqu’elle me mit au monde, belle comme une déesse, immensément grande, papa avait été sous son charme jusqu’à mon adolescence. Il faut dire qu’elle en imposait.
Toujours tirée à quatre épingles, de robes Chanel en tailleurs haute couture, sa vie était régentée par les trop nombreuses soirées mondaines qu’elle organisait à la maison.
Elle affectionnait les brunchs du dimanche matin, les robes longues, mais aussi les cérémonies bien trop présentes auxquelles il me fallait assister dans les tenues qu’elle m’avait choisies.
Elle possédait des principes d’éducation, que je n’ai jamais compris ! Papa non plus d’ailleurs ! Il fallait que toutes les petites filles soient féminines jusqu’au bout des ongles ! Elle présentait fièrement sa petite Victoire à tous ses amis mondains.
Elle avait épousé papa, rencontré lors d’une de ces soirées. Pourtant, bien souvent (par la suite), je l’entendais se confier à ses amies que sa vie était un échec.
Elle m’avait eu sur le tard, car elle avait toujours voulu privilégier sa carrière, plutôt que les couches.
Mais lorsque je suis arrivé dans sa vie, elle trouva le moyen de concilier sa carrière et sa vie de maman en m’incluant dans toutes ces réunions professionnelles.
Elle avait toujours du temps pour moi, finalement qu’est-ce que je le regrette ! Non , je plaisante, car si je suis le Vic que je suis aujourd’hui, c’est aussi parce que mon enfance a été très chic, avec des parents qui ne m’ont jamais mis de côté, et certainement pas maman, qui avait trouvé finalement le moyen de m’élever sans pour autant lever le pied sur sa carrière.
Je me rappelle que tous les ans, un samedi vers la mi-décembre, elle m’obligeait à me poster devant la télévision, et nous devions regarder, elle et moi, l’émission de miss France . Je les ai toujours trouvées pathétiques mais maman en raffolait, alors tout comme pour mes tenues ridicules, je ne pipais mot et je m’installais avec elle, souvent blotti dans ses bras ou je finissais par m’endormir avant l’élection finale.
Elle avait toujours rêvé de me voir un jour concourir à l’élection de miss France et je pense que si le gynécologue de mes 13 ans (celui-ci, je vous en parlerais plus longuement, un peu plus tard…) n’avait pas fait cette fabuleuse découverte, je serais bon à m’entraîner chaque mois à défiler devant les amies de maman, jusqu’à ce que j’atteigne mes 18 ans et que maman m’inscrive d’office aux concours de toutes les miss régionales avant la course finale.
Mon père
Papa, lui, était issu d’une famille de riches agriculteurs. Les tracteurs l’avaient longtemps fasciné. il vouait une admiration particulière à son propre père qui s’occupait de ses parcelles qu’il chérissait autant que sa propre épouse (ma fabuleuse mamie Jacquotte).
Ça, bien sûr maman ne le supportait pas.
En dehors de sa passion pour la terre, papa occupait aussi un poste de prestige : il était concessionnaire de véhicules de luxe (j’admirais tellement mon père !).
François, c’est le prénom de mon père, beau comme un dieu (j’en avais de la chance finalement, enfant d’un dieu et d’une déesse !).
Brun, un regard ténébreux qui avait sans doute fait craquer maman, mais ce qui le caractérisait c’était surtout son calme en toutes circonstances et son charisme.

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