LES CHOSES BRISÉES
73 pages
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LES CHOSES BRISÉES , livre ebook

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Description

Elle déteste fumer, mais elle le fait quand même parce que ça lui rappelle des choses. Comme être jeune et amoureuse, comme rester dans les bars jusqu’au last call, comme avoir l’impression que la vie va quelque part. Son chum pose une main sur sa cuisse, encore. Il la regarde. Il a peur, et il ne veut pas le montrer. Elle lui fait peur, parce qu’elle l’aime. Parce qu’elle a le cœur assez grand pour ça.

Un recueil de courtes nouvelles intimistes qui explorent l'imperceptible, peuplées de gens qui n’ont rien à dire mais arrivent quand même à nous tordre le cœur. Des amies depuis longtemps perdues qui font semblant d’être encore là, des filles tristes ou blessées qui passent leur soirée à se demander si elles devraient prendre un autre verre, ou deux, ou dix, celles qui vivent des moments anodins qui les transforment ou les brisent. Ces instants de dislocation avec les autres, ou simplement en soi-même.

Parfois, ça fait du bien de casser un peu de vaisselle.

Catherine Côté est née en 1991 à Montréal. Elle lit des romans russes, des best-sellers d'horreur et de la poésie beatnik. Elle écrit aussi, quand le temps est bon. Et il est souvent bon.
Elle porte sa petite robe noire, sa fuck-me dress, comme elle aime l’appeler, sa robe courte à paillettes et ses talons hauts, tout pour montrer ses belles jambes, tout pour avoir froid en marchant dans la neige et la grisaille de janvier. Elle marche vers le bout d’un cul-de-sac, vers une maison de ville, le genre de bâtisse trop étroite, mais tout en hauteur, avec de la place pour installer un cinéma maison dans le grenier et des espèces de crawl space où la poussière s’amasse sans arrêt. Elle est déjà venue, à cette maison. En fait, elle venait toujours, quand elle était petite, avec ses parents, pour souper avec Marc, Dollie et les filles. Mais, ce soir, Dollie et les filles ne sont pas là, elles sont parties passer le week-end au lac. En fait, c’est pour ça qu’elle est là.
Elle le voit qui l’attend dans le salon. Il la laisse entrer, et en échange elle le laisse lui enlever sa robe, sa robe et ses bottes, elle le laisse embrasser ses seins et frotter sa barbe grisonnante contre sa peau nue. Elle ferme les yeux et s’imagine qu’il est quelqu’un d’autre pendant qu’il la tripote, et quand c’en est trop elle lui dit qu’elle le veut et qu’elle a envie de lui pour que ça se termine plus rapidement.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 avril 2019
Nombre de lectures 5
EAN13 9782764438275
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

De la même auteure
Menace au camp , Héritage jeunesse, coll. Frissons, 2019.
COLLECTIFS
Monstres et fantômes , Éditions Québec Amérique, coll. La Shop, 2018.
POÉSIE
Outardes , Éditions du passage, 2017.




Projet dirigé par Stéphane Dompierre, directeur littéraire

Conception graphique et mise en pages : Nathalie Caron
Révision linguistique : Sophie Sainte-Marie et Flore Boucher
En couverture : Photographie de aimy27feb / shutterstock.com, typographie Messina Sans de Nouvelle Administration
Conversion en ePub : Marylène Plante-Germain

Ouvrage composé en Minion Pro, un caractère originalement créé par Robert Slimbach en 1990.

Les choses brisées a été achevé d’imprimer au Canada sur papier « Enviro 100 » en avril 2019 sur les presses de l’imprimerie Gauvin à Gatineau, Québec, pour le compte des Éditions Québec Amérique.

Cette première impression a été tirée à 2000 exemplaires.

Québec Amérique
7240, rue Saint-Hubert
Montréal (Québec) Canada H2R 2N1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. We acknowledge the support of the Canada Council for the Arts.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre : Les choses brisées / Catherine Côté.
Noms : Côté, Catherine, auteur.
Collections : Shop (Québec Amérique)
Description : Mention de collection : La Shop
Identifiants : Canadiana 20190012676 | ISBN 9782764438251
Classification : LCC PS8605.O87316 C56 2019 | CDD C843/.6—dc23

ISBN 978-2-7644-3826-8 (PDF)
ISBN 978-2-7644-3827-5 (ePub)

Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2019
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2019

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© Éditions Québec Amérique inc., 2019.
quebec-amerique.com


Pour ma sœur, et toutes les maisons vides.


That’s the whole trouble. You can’t ever find a place that’s nice and peaceful, because there isn’t any. You may think there is, but once you get there, when you’re not looking, somebody’ll sneak up and write « Fuck you » right under your nose.
The Catcher in the Rye , J. D. Salinger
« And we could all have this, » she said. « And we could have everything and every day we make it more impossible. »
Hills Like White Elephants , Ernest Hemingway

Les mangeurs de spaghetti
C’est la première fois qu’elle va souper chez son chum. Elle s’est habillée comme d’habitude, sachant qu’elle n’est jamais habillée longtemps quand elle est avec lui. Son demi-sous-sol est petit et sale, avec des cernes de fumée de cigarette sur les murs et des rideaux de dentelle que sa mère lui a donnés. Il a l’air heureux de la voir. Il lui montre le chaudron de sauce à spaghetti avec un air fier lorsque son ami arrive.
L’ami vient lui rendre de l’argent, il lui en doit depuis longtemps. La fille est curieuse, mais ne veut pas poser de questions. Elle veut être belle, à la place, et rendre son chum fier. Fier d’être avec elle, fier de la recevoir à souper, fier de l’avoir dans son lit. Elle salue l’ami, puis elle s’installe à la table. Il essaie toujours de me voler mes blondes , que le chum lui avait dit, plus tôt. C’est son meilleur ami, et il essaie toujours de tout lui voler. La chasse, c’est son genre.
— Je peux rester à souper ? demande l’ami, et le chum dit oui .
Il a l’air de vouloir dire non . Il a l’air de vouloir mettre son ami à la porte, mais il dit oui . Il est poli, il est toujours poli. Même quand il va la quitter, quelques semaines plus tard, il va être poli. C’est tout ce qu’il sait faire. Ça et de la sauce à spaghetti.
L’ami s’installe à la table. La fille accepte un verre de vin, l’ami aussi. Ils parlent de choses et d’autres. Elle veut avoir l’air intelligente. Elle veut épater. Elle est amoureuse, elle a confiance en l’amour. Elle n’a encore rien compris.
Ils parlent beaucoup, elle et l’ami. Le chum parle peu. Il mange, il boit du vin. Il endure, lorsque son ami complimente sa blonde. Il le regarde la dévorer des yeux. Il touche la jambe de sa blonde sous la table. Il a hâte que son ami s’en aille.
L’ami demande ce qu’ils font ensemble. La fille répond qu’elle est en amour.
— Je ne crois pas à ça, l’amour, dit l’ami.
Il allume une cigarette, en offre une à la fille, qui dit oui . Elle ne fume jamais, mais elle en a envie, maintenant. Son chum, lui, a arrêté de fumer. Ou, plutôt, c’est ce qu’il fait croire à la fille, et c’est ce qu’il va lui faire croire pendant quelques semaines encore avant de se vendre malgré lui et qu’elle comprenne qu’il lui a menti pendant tout ce temps. Menti sur une petite chose, mais menti quand même.
Le chum la regarde fumer. Il a envie que son ami parte. Les assiettes sont vides depuis longtemps. Il a envie de boire autre chose, peut-être de caler au goulot le reste de la bouteille de vodka qui traîne sur le frigo. Il a des moments comme ça, des désirs de se détruire. Il a envie que son ami parte tout de suite.
— Pourquoi tu ne crois pas en l’amour ? demande la fille.
Elle trouve la conversation vide. Un peu convenue. Comme si c’était un script. Elle ne trouve rien d’inspirant à dire. Elle avale la fumée à pleins poumons. Pour s’emplir. Sinon ça fait trop vide, en dedans. C’est ce que ça lui fait, tout ce vin. Ça la vide.
— Pourquoi tu y crois, toi ? demande l’ami.
Il la dévore encore des yeux, par-dessus sa coupe de vin. Elle rit. Elle déteste son propre rire. L’ami la déstabilise. Elle a l’impression que ça commence à flancher, tout autour. Elle a confiance, pourtant. Elle cherchait l’amour depuis longtemps. Elle l’a trouvé, enfin. Alors elle a confiance. Elle n’aime pas débattre. Elle n’aime pas se justifier. Comme quand elle dit à son chum qu’elle l’aime, et qu’il lui répond qu’il ne la mérite pas. Dans ces temps-là, elle ne sait jamais quoi dire. Elle l’embrasse, c’est tout. Parce qu’elle a confiance. Parce qu’elle n’a pas encore compris que certaines personnes ne savent pas aimer. Qu’elles préfèrent fuir. Elle n’a pas compris.
— J’y crois, parce que je le vis, elle s’entend dire.
L’ami sourit. Il regarde le chum du coin de l’œil. Il la voudrait, cette fille. Lui non plus, il ne saurait pas l’aimer, mais il la voudrait. Juste pour savoir. Pour savoir ce que ça fait. Et pour qu’elle essaie de le convaincre, juste un peu plus fort, et un peu plus longtemps.
— Je crois que c’est une capacité, l’amour, murmure la fille.
Elle se sent idiote de dire une chose du genre. Elle a fini sa cigarette. La pièce pue. Elle déteste fumer, mais elle le fait quand même parce que ça lui rappelle des choses. Comme être jeune et amoureuse, comme rester dans les bars jusqu’au last call , comme avoir l’impression que la vie va quelque part. Son chum pose une main sur sa cuisse, encore. Il la regarde. Il a peur, et il ne veut pas le montrer. Elle lui fait peur, parce qu’elle l’aime. Parce qu’elle a le cœur assez grand pour ça.
L’ami finit par partir. La fille et son chum passent la nuit ensemble, et quelques autres encore avant la fin. Une nuit, elle se réveille parce que son chum la serre si fort qu’elle a peine à respirer. Elle sourit, elle croit que c’est bon signe. Elle n’a encore rien compris.

La petite robe noire
Elle porte sa petite robe noire, sa fuck-me dress , comme elle aime l’appeler, sa robe courte à paillettes et ses bottes à talons hauts, tout pour montrer ses belles cuisses, tout pour avoir froid en marchant dans la neige et la grisaille de janvier. Elle marche vers le bout d’un cul-de-sac, vers une maison de ville, le genre de bâtiment trop étroit, mais tout en hauteur, avec de la place pour installer un cinéma maison dans le grenier et des espèces de crawl space où la poussière s’amasse sans arrêt. Elle est déjà venue dans cette maison. En fait, elle y venait souvent quand elle était petite, avec ses parents et ses frères, pour voir Marc, Dollie et les filles. Mais, ce soir, Dollie et les filles ne sont pas là, elles sont parties passer le week-end au lac. En fait, c’est pour ça qu’elle est là.
Elle voit Marc qui l’attend dans le salon. Il la laisse entrer, et en échange elle le laisse lui enlever sa robe, sa robe et ses bottes, elle le laisse embrasser ses seins et frotter sa barbe grisonnante contre sa peau nue. Elle ferme les yeux et s’imagine qu’il est quelqu’un d’autre pendant qu’il la tripote, et quand c’en est trop elle lui dit qu’elle le veut et qu’elle a envie de lui pour que ça se termine plus rapidement.
Il la prend sur le sofa, devant la baie vitrée du salon, dans la lumière d’un lampadaire. Elle a mal quand il entre en elle, comme les autres fois, mais elle ne dit rien. Elle ne sait plus quoi dire. Elle n’essaie même plus de faire semblant. Elle le laisse faire, elle laisse ses bras tomber mollement derrière sa tête à lui et attend que ça soit terminé.
Ensuite, elle somnole un instant sur les coussins du sofa pendant que Marc va préparer du café.
Elle rêve de son père.
Elle rêve des funérailles et de tous ces gens qu’elle ne connaissait pas, qui lui serraient la main et l’embrassaient en lui disant à quel point ils étaient désolés. Elle rêve de la vieille employée du salon funéraire qui lui avait prêté un mouchoir en dentelle pour essuyer les grosses larmes noires de rimmel qui coulaient sur ses joues. Elle rêve du corps dans le cercueil. Elle ne l’a pas vu parce que le cercueil était fermé, mais elle a regardé assez d’émissions d’enquêtes pour savoir à quoi ressemble un cadavre. Elle rêve du jour de la mort de son père, et de son père qui lui avait dit dans un râle épouvantable qu’elle devait rester dans la maison, qu’elle ne devait jamais vendre la maison, jamais, qu’elle devait rester ici et s’enterrer dans la maison, dans la maison où elle avait grandi avec ses frères et où elle vivait quand sa mère était morte et où elle était revenue vivre parce que son père était mourant. Elle rêve de la maison, une grande maison de campagne sur le bord d’une longue route de gravier, une grande maison désormais vide, mais qui craque toujours, la nuit. Une grande maison qui lui donne des cauchemars.
Elle se réveille parce que Marc la secoue doucement et lui tend une tasse de café. Le café est bon et chaud, presque réconfortant, et surtout bien meilleur que le café instantané qu’elle boit chaque matin, dans la grande maison où elle avait grandi, mais qui était devenue celle de son père, et désormais celle de personne. La maison vers laquelle elle devra rentrer bientôt. La maison dont plus personne ne veut, surtout pas elle.
— As-tu besoin de quelque chose ?
— Non.
— As-tu froid ? Veux-tu manger ?
— Non, ça va.
Elle sourit à Marc, à cet homme plus vieux, un ami de son père. Elle sourit en essayant d’oublier les photos de famille qui, depuis les murs, la fixent et la jugent. Elle se dit un instant je brise des vies , puis elle ne se dit rien. Elle a envie d’appeler un ex. N’importe lequel. Elle a envie de se perdre dans une voix familière. Et de s’oublier, complètement. Elle n’arrive plus à le faire, plus comme avant.
Les phares d’une voiture sur la route l’éclairent un instant. Elle se retourne vers la rue, reconnaît la voiture. Elle se dit que Marc aussi l’a reconnue, puisqu’il ramasse sa robe et la lui tend, en indiquant la cuisine.
— Va t’habiller. Je vais trouver quelque chose.
Elle enfile sa robe en se cachant entre le réfrigérateur et le comptoir. Elle coiffe ses cheveux du bout des doigts, elle efface avec sa salive des marques de maquillage de ses paupières. Elle entend la porte s’ouvrir, puis se refermer, et un courant d’air froid déferle jusqu’à elle.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Maude a oublié son appareil, dit Dollie. Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as l’air bizarre.
— Hannah est ici. Je lui avais dit qu’elle pouvait passer si…
— Mais oui, bien sûr.
— Elle ne passe pas une bonne soirée. Elle est dans la cuisine.
Entendant des pas s’avancer dans le couloir, Hannah sort de sa cachette. Dollie soupire et la prend dans ses bras. Sa peau sent le parfum sucré et la lotion pour le corps. Elle a l’air vieille. Beaucoup plus que quand elle l’a vue au salon funéraire, beaucoup plus que sur les photos de famille. Elle a l’air beaucoup trop vieille. Marc a sans doute l’air vieux, lui aussi.
— Je suis contente que tu sois ici, dit Dollie. Écoute, tu peux rester aussi longtemps que tu veux. On est parties au lac pour la fin de semaine, alors si tu veux dormir dans le lit d’une des filles, je suis certaine que ça ne poserait pas de problème. Ça ne doit pas être évident, d’être toute seule dans la grande maison…
— C’est gentil, mais je pense que je vais rentrer.

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