Vingt leçons de philosophie par le meurtre , livre ebook

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Des leçons de philosophie « buissonnières » mêlant humour noir et codes du polar


Si Nietzsche se proposait de « philosopher avec un marteau », ces Vingt Leçons de philosophie par le meurtre ensaignent comment le faire avec une hache, un lacet de chaussure, des champignons ou une boule de pétanque.


Des histoires courtes et indépendantes, formant une unité cohérente


Autant de meurtres, autant de leçons buissonnières où l’on croise Descartes à sa fenêtre, Heidegger tuant le temps dans une gare, Wittgenstein en pèlerin à Lourdes, et Aristote lui-même, éberlué devant une langouste, renouvelant « l’étonnement que les choses soient ce qu’elles sont Delclos nous livre avec férocité et tendresse la méthode progressive pour devenir l’assassin des préjugés, de la bêtise et de la morosité, afin que chacun puisse se présenter dignement dans le monde selon la devise explosive : « Je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite. »

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Publié par

Date de parution

26 mai 2023

Nombre de lectures

6

EAN13

9782955675236

Langue

Français

Déjà paru
 
Wisielec, Hardcore ou la Tribulation
Jérôme Delclos, Vingt Leçons de philosophie par le meurtre
Jacques Barbaut, Alice à Zanzibar. 238 limericks suivis de leurs règles, d’une postface et d’un index
Laurent Thinès, La Vierge au Loup. Récit d’un psychopathe
Jérôme Delclos, Cendrillon en Pologne


Jérôme Delclos
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 
©Æthalidès, 2017, 2020
ISBN: 978-2-9556752-3-6
ISSN : 2556-014X
www.aethalides.com


 
 
 
 
 
 
 
Pour Rania Hanafi, lectrice de fond, et de cœur aussi.


 
 
 
 
 
 
 
 
On devrait philosopher comme si la « philosophie » n’existait pas, à la manière d’un troglodyte ébloui ou effaré par le défilé des fléaux qui se déroulent sous ses yeux.
 
Emil Cioran, Le Mauvais Démiurge


 
 
 
 
Leçon 1
Futiles images du bien
 
 
 
De bon matin, prends le chemin du bois, une cognée de bûcheron à l’épaule. Sifflote un air joyeux. Poste-toi en surplomb du sentier que ton ennemi a coutume d’emprunter pour la cueillette des champignons. En l’attendant, aiguise le tranchant de ton outil, sculpte un bâton de la pointe du canif, ou écoute ton cœur battre à tes tempes. Si tu fumes, veille à ne pas être la cause d’un incendie de forêt. Ton homme, portant canne et panier, est soudain en vue. Ne t’impatiente pas, laisse-le approcher du buisson qui te dissimule. Apprécie son regard scrutateur en quête de l’oronge vraie ou de la coulemelle. Si tu es en veine, tu capteras sur son visage l’illumination fugace que provoque la découverte du trésor comestible qui a pied et chapeau, parfois pores ou anneau, volve et non pas vulve. Sache admirer toute l’humanité qui émane de lui. Reconnais sur ses traits familiers la gamme des passions de la cueillette : la concentration d’esprit, l’espérance, la surprise, la joie, le dépit ou la lassitude. Des deux mains empoigne fermement ta hache, bondis d’un grand saut dans l’ombre de ta victime. Sans un mot, porte-lui généreusement par tout le corps force coups meurtriers, sans chercher à privilégier une région de l’individu au détriment des autres. Au contraire, fie-toi au hasard, qui fait souvent si bien les choses. Goûte le contraste saisissant entre le peu de résistance qu’opposent à l’acier les chairs pleines et molles du ventre, des fesses, le gras des cuisses, sans oublier les seins s’il s’agit d’une femme, et le démembrement sec et sonore de la charpente thoracique, des côtes, de l’épine dorsale. Sens comme se brise sous l’instrument la subtile marqueterie du crâne et des petits os de la face, l’explosion de l’arête nasale, les mandibules qui se démantibulent.
Quand tu sais ton œuvre achevée — mais l’est-elle jamais vraiment ? —, recule de deux pas pour mieux juger du résultat. Mesure maintenant toute la distance qui sépare ce qu’était il y a encore un instant ton ennemi de ce qu’il est devenu en si peu de temps. Mets cette occasion à profit pour méditer sur la vanité de la chair et l’inconstance de l’existence humaine. Pense à Bossuet, à son Sermon sur la mort  : « La nature d’un composé ne se remarque jamais plus distinctement que dans la dissolution de ses parties. Comme elles s’altèrent mutuellement par le mélange, il faut les séparer pour les bien connaître. » Transporte les parties séparées du composé dans les fougères qui bornent le sentier. Ne te sont-elles pas à présent bien mieux connues ? En manière d’oraison funèbre, continue à réciter Bossuet :
 
Ô fragile appui de notre être ! Ô fondement ruineux de notre substance ! In imagine ­pertransit homo . Ah ! vraiment l’homme passe de même qu’une ombre ou de même qu’une image en figure ; et comme lui-même n’est rien de solide, il ne poursuit que des choses vaines, l’image du bien, et non le bien même…
 
Ainsi en va-t-il des champignons : futiles images du bien, vaines idoles à jamais captives de l’œil éteint du mycologue avide, et non le bien lui-même dans sa vérité vraie.


 
 
 
 
Leçon 2
De l’estime de soi et de la générosité
 
 
 
Pour cette leçon, tu as besoin d’un grand couteau de boucher, d’une longueur de lame de trente à quarante centimètres. Demande à ton coutelier de te montrer plusieurs modèles, ne te décide pas à la légère. Vois si le manche te convient, si on l’a bien en main. Souviens-toi de ce que répétait souvent ton maître d’école : « Le bon ouvrier a toujours de bons outils. » Tu as choisi ce bel article, forgé à Thiers selon les règles de l’art ? Veille à ce que l’objet, de tradition modeste mais noble, soit bien emballé dans du papier kraft. Ne va pas te couper par négligence. Avant de prendre congé du commerçant, dis : « Je n’aime pas découper le gigot au couteau électrique. »
De retour à la maison, déplie ton précieux paquet brun. Essuie la lame. Il n’est rien de plus pénible au regard que ces inesthétiques empreintes digitales causées par la sueur, et qui ternissent l’acier. Entraîne-toi maintenant à manier le coutelas, à le brandir, à le planter de bas en haut dans une imaginaire ventripotence, à le ficher de haut en bas au creux vertébral d’une invisible paire d’omoplates. Mets-toi un peu de trois quarts, dans la position du coup droit au tennis. Ton geste y gagne en amplitude et en élégance. Quand l’instrument t’est aussi familier que sa flûte l’est au flûtiste, replace-le dans son écrin de papier. Pourquoi ne pas te préparer un bon café ? Tu l’as bien mérité. Sucre-le à ton goût. Bois-le pendant qu’il est chaud, sauf bien entendu si tu es de ces créatures avilies, que l’on n’ose dire humaines, et qui poussent l’abjection jusqu’à se délecter de café tiède.
Va jeter un coup d’œil à la fenêtre. Ouvre-la : quel temps fait-il ?
Referme la fenêtre. Selon les conditions météorologiques, mais aussi en fonction de ton style vestimentaire, choisis de te vêtir d’un manteau, d’un imperméable, d’un cache-poussière, ou encore d’un boubou africain, d’une djellaba marocaine, d’un poncho mexicain ou d’une parka de l’armée. Une tunique ample, une pèlerine, un coupe-vent, un surplis d’ecclésiastique, une robe de magistrat, d’avocat ou de grossesse, une aube de communiante, d’enfant de chœur, sont également appropriés à dissimuler aux regards indiscrets ton perce-chrétien.
Habitue-toi à marcher avec le couteau caché dans la manche, ou fiché sous le bras. Entraîne-toi à le dégainer rapidement, mais sans brusquerie inutile. Comme tout à l’heure, fais encore une série d’exercices consistant à brandir l’outil, le manipuler de bas en haut comme pour une « boutonnière », le plonger d’un coup sec, silencieusement, au centre d’une abdominalité idéale. Sans mouvements excessifs, sans cette dépense d’énergie inconsidérée qui caractérise tristement les dilettantes du crime, les imposteurs de l’éventration, les égorge-petit, répète les gestes calmes et sûrs pour paisiblement perforer, piquer, éborgner, estafiler, ouvrir la tripe ou le sourire, crever la carotide ou l’ombilic. Te sens-tu fin prêt, détendu, secrètement maître de ta technique ? Ne sois pas si présomptueux, il te reste encore beaucoup à apprendre. Tu as le trac ? C’est plutôt bon signe.
Attends la tombée de la nuit. Occupe-toi l’esprit : écoute un peu de musique, lis un poème, noircis une grille de mots croisés. Lorsque tu juges qu’il fait suffisamment sombre, sors dans la rue. Trouve un quartier peu fréquenté, une porte cochère mal éclairée. Là est ton domaine. Ici tu es chez toi. Patiente jusqu’à ce que ta victime se présente. Ne te précipite pas, reste tapi dans l’ombre. Laisse-la approcher, passer tout près de toi. Sans un mot, sans un bruit, sans un souffle, dégaine prestement ton coutelas à un empan à peine des épaules, à une lame de la nuque. à l’extrême pointe de l’instant fatal, tel l’Abraham kierkegaardien, renonce.
Tandis que tu regardes s’éloigner dans les ténèbres l’être à qui tu viens de sauver la vie, et qui jamais n’en saura rien, sens comme la certitude en toi du bien rafraîchit ton âme. N’est-ce point cela même que Descartes nomme « générosité », et « qui fait qu’un homme s’estime au plus haut point qu’il se peut estimer » pour ce qu’il, se faisant maître de lui-même, de ses désirs, de ses envies, de ses volontés, « se rend en quelque façon semblable à Dieu » ? Toutefois, si l’envie te prend subitement de verser un sanglot de gratitude sur toi-même, laisse-toi aller. Les dieux aussi ont leurs faiblesses.


 
 
 
 
Leçon 3
Solitude ontologico-existentiale de l’égorgeur nocturne
 
 
 
C’est l’été, la nuit claire. Tu hantes les allées de gravier de ce quartier résidentiel où se répètent ad infinitum la même concession pavillonnaire, le même carré tombal de ray-grass, le même tumulus de sable, les mêmes seaux, pelles et râteaux en matière plastique pour fossoyeurs joufflus en culottes courtes, le même barbecue noirâtre débordant de cendres grises, la mortifère haie de cyprès. à la lueur de la pleine lune, le mobilier de jardin est d’une blancheur spectrale. Tu avises une fenêtre laissée ouverte pour conjurer la moiteur étouffante, la meurtrière sombre créée par l’entrebâillement d’une baie vitrée. Qu’attends-tu ? Entre ! Déchausse-toi pour ne pas risquer de réveiller les occupants. Reste un moment immobile. Tes yeux s’accoutument progressivement à la demi-pénombre. Ton cœur bat trop fort ? Ne crains rien, tu es le seul à pouvoir l’entendre.
Là, calme-toi, respire. Tu as tout ton temps.
à présent, vois comme en ce lieu tout te semble à la fois familier et lointain, si aisément identifiable cependant qu’inconnu. Meubles de salon, bibelots, téléphone, chaîne hi-fi, téléviseur, porte-­revues, rayonnages de livres, de disques, gravures aux murs, affiches ou tableaux, c’est partout comme ici, ce p

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