L aventure mondiale du football africain
196 pages
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Description

Le football est certainement le sport collectif le plus populaire en Afrique. Longtemps marginalisé, le continent a effectué un parcours exceptionnel au cours des 40 dernières années. L'Afrique a pris goût à la compétition internationale où elle n'entend plus jouer les seconds rôles. Quelles sont les grandes occasions ayant permis à ce football d'asseoir sa notoriété à l'échelle planétaire ? Comment s'est opérée cette évolution et quels sont les principaux acteurs ayant contribué à façonner le nouveau visage du football en Afrique ?

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2011
Nombre de lectures 48
EAN13 9782296802148
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’aventure mondiale du football africain
Jean-Marie NZEKOUE
L’aventure mondiale du football africain
Rencontres historiques et résultats mémorables
L’Harmattan
Du même auteur
L’Afrique, côté cuisines, Collectif, Editions Syros La Découverte, 1994
Hommage du Cameroun au Pr Cheikh Anta Diop, Collectif, Editions Silex/Nouvelles du Sud, 2006
Afrique, faux débats et vrais défis, Editions L’Harmattan, 2008
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54280-8
EAN : 9782296542808
A tous les architectes du football africain
A tous les passionnés du football
INTRODUCTION
A LA CONQUÊTE DU MONDE
A l’heure où l’Afrique alimente de ses nombreux talents les plus grands championnats professionnels, l’accueil en 2010 de la toute première Coupe du monde FIFA sur le continent est venu couronner l’émergence du football africain sur la scène internationale. Un seul fait suffirait pour résumer la grande aventure du ballon rond en Afrique au cours des quarante dernières années. Le nombre des participants africains à cette compétition est passé de un en 1970 à cinq en 2006. Pour l’édition de 2010 ce nombre était, exceptionnellement, porté à six, du fait de la qualification automatique de l’Afrique du Sud en tant que pays hôte. Cette évolution remarquable est à mettre à l’actif de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) et de la Confédération Africaine de Football (CAF) qui ont beaucoup œuvré pour le progrès d’un football africain désormais émancipé, décomplexé, conscient de ses énormes potentialités et déterminé à imprimer sa marque lors des grands rendez-vous internationaux.
Si la présence des équipes africaines est régulière depuis longtemps aux Jeux olympiques, leur participation à la Coupe du monde de football est relativement récente. Pour une compétition dont la première édition remonte à 1930, seulement 13 pays africains différents ont eu à disputer jusqu’ici le tournoi mondial. Il aura fallu attendre 1970 pour enregistrer la première qualification d’un pays du continent. Cette année-là, le Maroc avait eu l’insigne honneur de défendre les couleurs du football africain. Placés dans une poule assez relevée, les représentants du Royaume chérifien avaient fait bonne figure, sans plus, face à des adversaires de taille. Malgré cette première participation mitigée, l’Afrique sera désormais plus présente aux Jeux olympiques, à la Coupe du monde FIFA et dans d’autres grandes compétitions sportives. Avec des fortunes diverses. Si l’humiliation de 1974 (défaite du Zaïre par 0 but contre 9 face à la Yougoslavie) a longtemps marqué les esprits et semé le doute sur la capacité des Africains à représenter valablement leur continent lors des grands rendez-vous internationaux, d’autres résultats, plus positifs, vont contribuer à consolider la légende du football africain. A ce jour, les différents représentants du continent, en Coupe du monde comme aux Jeux olympiques, ont disputé de nombreuses rencontres et remporté autant de victoires significatives, malgré les revers.
Alors qu’elles étaient pendant longtemps considérées comme des distributrices de points ou des faire-valoir, les équipes africaines ne se font plus de complexe. Elles sont devenues progressivement des adversaires attendus, voire redoutés. Par leur palmarès exceptionnel, quatre pays se sont particulièrement illustrés sur la scène internationale au cours des deux dernières décennies. Le Cameroun a été, tour à tour, quart de finaliste de la Coupe du monde de 1990 en Italie, médaillé d’or des Jeux olympiques de 2000 à Sydney et finaliste de la Coupe des Confédérations de 2003 en France. Après la médaille d’or remportée en 1996 aux Jeux olympiques d’Atlanta, puis les victoires retentissantes face à l’Espagne et à la Bulgarie à la Coupe du monde de 1998 en France, le Nigeria s’est illustré au plus haut niveau chez les -17 ans en gagnant au passage trois coupes du monde. Après le Cameroun en 1990, le Sénégal, auteur d’un « but chronique » contre la France lors de la Coupe du monde de 2002 organisée conjointement par le Japon et la Corée du Sud, est le deuxième pays africain à atteindre le niveau des quarts de finale. Une performance rééditée en 2010 par le Ghana qui a par ailleurs remporté plusieurs coupes du monde chez les -17 ans et les -20 ans en plus des nombreuses finales disputées.
A travers leurs « surprenantes » victoires ou leurs bonnes prestations face aux équipes plus cotées, d’autres sélections africaines sont entrées dans la légende. C’est le cas de l’Algérie, victorieuse de la RFA à la Coupe du monde de 1982, du Maroc qui triompha du Portugal, fit match nul contre la Pologne, puis l’Angleterre et se qualifia pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde de 1986 au Mexique, du Ghana, sorti victorieux des confrontations avec les Etats-Unis, puis la République tchèque, alors classée parmi les meilleures équipes mondiales, à la Coupe du monde de 2006 en Allemagne.
Autant d’exploits non exhaustifs qui ont contribué à écrire les plus belles pages du football africain et à consolider davantage sa réputation à l’échelle planétaire, bousculant au passage une hiérarchie mondiale longtemps verrouillée.
A l’heure du bilan, il est loisible de constater que c’est surtout dans des catégories inférieures (moins des 17 et moins des 20 ans) que l’Afrique s’est le plus illustrée sur la scène internationale en enfilant des trophées comme des perles. Depuis la création du Championnat du monde des moins de 16 ans devenu la Coupe du monde des moins de 17 ans, deux pays africains ont jusqu’ici exercé un quasi-monopole, disputant en tout 9 finales en 12 éditions. Il s’agit du Nigeria qui gagna la première édition organisée en 1985 en République populaire de Chine, puis les éditions de 1993 au Japon et de 2007 en Corée du Sud avant de rater d’un cheveu la finale de l’édition 2009 perdue à domicile face à la Suisse (0-1). Quant au Ghana, il s’est également imposé dans cette même catégorie en 1991 en Italie, puis en 1995 en Equateur. Même si à ce jour, aucun pays du continent n’a remporté le trophée tant convoité de la « grande » Coupe du monde FIFA, il n’en demeure pas moins que l’Afrique s’est déjà illustrée sur d’autres théâtres non moins prestigieux.
Il n’échappe plus désormais aux observateurs avertis que ce continent est devenu un réservoir inépuisable pour le football mondial. Avec des joueurs de renom évoluant dans les plus grands clubs européens et dont la présence est remarquée lors des compétitions internationales. La victoire de l’équipe des moins de 20 ans du Ghana face au Brésil lors de la dernière Coupe du monde de cette catégorie organisée en Egypte (octobre 2009) vient ainsi enrichir un palmarès déjà bien fourni. La tenue de la première Coupe du monde en terre africaine a marqué une nouvelle frontière pour le football africain qui s’était déjà taillé une réputation solidement établie.
Du Mexique (1970) à l’Afrique du Sud (2010), l’odyssée mondiale du football africain s’est révélée à la fois comme une grande aventure passionnante et un parcours à rebondissements. Le chemin aura été long, sinueux, éprouvant et jonché d’obstacles divers. Aujourd’hui comme hier, rien ne sera donné par procuration à l’Afrique. La voie vers une plus grande performance et un succès installés dans la durée reste étroite. Les goulots d’étranglement ne manquent pas. Sur le triple plan de l’organisation, des ressources et de la volonté.
Jusqu’ici, la plupart des participants africains aux grandes compétitions mondiales ont subi les conséquences d’une préparation bâclée, d’une organisation chaotique résultant d’une approche approximative, voire minimale. Il est loisible de constater qu’à chaque échéance capitale, des multiples défaillances enregistrées au plan administratif, technique ou tactique ont amoindri les chances des représentants africains d’aller plus loin dans la compétition. Le plus souvent, la persistance d’un environnement vicié ne permet pas aux joueurs d’exprimer pleinement leur talent dans la sérénité. La situation devient incontrôlable lorsque s’ajoutent la double pression psychologique et sociale et la précarité matérielle qui se traduit par d’interminables querelles au sujet du paiement hypothétique des primes de participation, parfois à quelques heures d’un match important. En se fondant sur les échecs du passé, certains observateurs sont d’avis que l’éventuel vainqueur africain de la Coupe du monde sera le pays qui aura surmonté certains obstacles récurrents. Ce qui suppose une meilleure préparation, une programmation étalée dans la durée, un chronogramme clair, offrant plus de visibilité, un compte à rebours détaillé intégrant des matchs amicaux de haut niveau, des choix techniques et tactiques, l’encadrement psychologique, l’évaluation des moyens matériels à mobiliser, etc.
Pour les plus pessimistes, l’Afrique ne pourra jamais atteindre ses ambitions malgré toute la logistique déployée, à cause d’un facteur inconnu : l’arbitrage. Procès d’intention ? Toujours est-il que certaines bévues à répétition sont de nature à semer le doute dans les esprits. Lors des matchs en Coupe du monde comme aux Jeux olympiques, les équipes africaines terminent généralement en infériorité numérique. Souvent par la faute de l’homme en noir (ou en jaune) qui serait moins tolérant envers les « petites » équipes par rapport à celles considérées comme « favorites » . Le cas le plus flagrant ayant entaché la phase qualificative pour la Coupe du monde de 2010 aura été sans doute l’erreur d’arbitrage sur la faute de main de Thierry Henry lors du match décisif opposant la France à l’Irlande. Le but français, consécutif à un acte de tricherie à quelques minutes de la fin d’une rencontre où les Irlandais tenaient pourtant le bon bout, a fait les choux gras de la presse internationale, suscitant au passage une polémique de portée planétaire et enflammant l’imagination des dessinateurs sur Internet.
Malgré les vives protestations en provenance du monde entier et la détermination des autorités irlandaises à faire rejouer le match, la FIFA est restée inflexible sur deux sacro-saints principes : la remise en cause des décisions prises par l’arbitre au cours d’une rencontre et l’introduction de l’assistance technique de la vidéo pour rattraper les éventuelles erreurs d’arbitrage. Le 2 décembre 2009, le Comité exécutif de la FIFA avait demandé à la Commission de discipline d’analyser la faute de main commise par le capitaine de l’équipe de France et ses éventuelles conséquences disciplinaires. Au cours de la séance du 18 janvier 2010, ladite commission est parvenue à la conclusion qu’elle n’avait pas de base juridique pour sanctionner Thierry Henry, « puisque la faute de main ne peut pas être considérée comme un fait grave tel que l’exige l’art.77a du Code disciplinaire de la FIFA. Aucun autre texte juridique ne permet à la Commission de sanctionner un fait ayant échappé aux officiels de matches. » En d’autres termes, punir un joueur pour une faute commise au cours d’une rencontre dont le résultat est homologué par ailleurs, reviendrait à remettre en cause l’arbitrage, institution en principe inattaquable.
Une position aussi figée ne pouvait que donner des mauvaises idées à d’autres tricheurs. Lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, certains arbitres ont atteint le sommet du ridicule en refusant des buts valables ou en accordant d’autres totalement imaginaires. Les Anglais, les Américains, les Mexicains, les Ivoiriens, entre autres, en ont fait les frais. On sait pourtant que l’usage de la main pour saisir le ballon ou un adversaire avait été interdit depuis 1849 au célèbre collège d’Eton en Angleterre, jetant ainsi les fondements du football moderne. En dépit de cette interdiction, la multiplication des erreurs d’arbitrage non sanctionnées, voire tolérées, relance l’éternel débat sur l’opportunité de la technologie pour aider à la prise de décision et contribuer ainsi à l’assainissement des bases éthiques et morales du sport-roi. D’aucuns en viennent à se demander si l’une des faiblesses d’une discipline aussi populaire que le football ne réside pas dans ce côté parfois aléatoire du verdict final (résultat) qui dépend largement de l’appréciation humaine (arbitrage) avec des erreurs subséquentes.
Pour certains observateurs, les nombreuses dérives constatées seraient liées, en grande partie, à la nature même du football, souvent victime de son propre succès et de la passion qu’il suscite chez les joueurs, les encadreurs et les spectateurs. Pour d’autres, les énormes enjeux (financiers, géopolitiques ou autres) liés à l’organisation des compétitions sportives majeures pourraient tuer finalement le beau jeu dans la mesure où les « grandes » équipes semblent bénéficier des circonstances atténuantes par rapport aux formations présumées plus faibles .
On ne peut manquer de rappeler à ce sujet les multiples frustrations subies par des sélections africaines lors des compétitions internationales et les conséquences éventuelles d’un arbitrage à plusieurs vitesses. Comme on pouvait le redouter, la Coupe du monde de 2010 ne s’est pas démarquée fondamentalement des précédentes. La multiplication des cas de tricherie, dans le football comme dans d’autres disciplines sportives, conduit à s’interroger sur la véritable portée d’un triomphe sans gloire. Devenue une véritable obsession dans le sport de haut niveau, la notion de « victoire à tout prix » ne peut que porter atteinte aux valeurs éthiques et morales ainsi qu’au fair-play que devrait véhiculer la pratique sportive.
Ce livre n’est pas une œuvre de spécialiste. C’est avant tout le révélateur d’une passion saine pour le football. En le rédigeant, nous n’avons nullement la prétention de faire valoir une quelconque expertise en la matière. Nous faisons plutôt œuvre de journaliste, de témoin de l’instant, de scribe de l’événementiel, d’observateur lucide et attentif à la marche du monde, du temps qui passe, de l’Histoire tout court et des grands événements qui s’y rattachent. Nous n’avons pas résisté au devoir, tout professionnel, d’être aux premières loges de l’actualité, de prêter l’œil et l’oreille aux faits et gestes qui marquent l’évolution du continent africain en matière de football dans un monde engagé dans le tourbillon de la mondialisation et des mutations diverses. Nous faisons également œuvre d’archiviste. La passion qui nous anime vient du souci de réunir, en un seul document, plusieurs éléments disparates se rapportant à un même sujet dont l’intérêt n’échappe à personne.
Ce livre se veut donc à la fois une série de reportages sur le vif et un catalogue d’événements majeurs ayant marqué l’histoire du ballon rond en Afrique au cours des quarante dernières années. Il serait d’ailleurs impossible de retracer en un seul ouvrage la grande aventure du football africain sur la scène internationale. Il a donc fallu opérer des choix qui pourraient paraître discutables à certains. Un exemple parmi tant d’autres : quelle date fallait-il retenir en priorité entre l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde 2010 à l’Afrique du Sud et le jour du démarrage de la compétition proprement dite ? Apparemment banale, la question méritait d’être tranchée. Il en existe bien d’autres.
Le contenu de l’ouvrage s’articule autour de 16 chapitres subdivisés en plusieurs sous-chapitres. En dehors du chapitre introductif, les 15 autres sont consacrés aux différentes compétitions internationales auxquelles ont pris part les pays africains au cours des quatre dernières décennies. La Coupe du monde de 1970 au Mexique constitue le point de départ alors que celle de 2010 en Afrique du Sud vient clôturer provisoirement le champ d’analyse. Partant du principe que l’on ne saurait crier victoire contre soi-même, les résultats enregistrés sur le continent, notamment en Coupe d’Afrique des Nations et au niveau des clubs, ont été volontairement laissés de côté. Seules ont été prises en compte les grandes conquêtes du football africain lors des deux grandes compétitions internationales que sont la Coupe du monde FIFA, toutes catégories confondues, et les Jeux olympiques. Il s’agit là, nous semble-t-il, d’échelles de valeur fiables permettant de mesurer les progrès accomplis sur la durée.
Au-delà des arbitrages, incontournables pour tout choix, un accent particulier a été accordé aux événements historiques, aux rencontres capitales, aux résultats mémorables ainsi qu’au contexte de leur production. En privilégiant évidemment les faits et des détails significatifs qui ont marqué la grande aventure du football africain dans les grandes arènes sportives du monde. Certes, on aurait tord de croire que tout est parfait dans l’univers du ballon rond africain qui souffre encore de nombreuses insuffisances au plan de l’organisation, des infrastructures ou du financement. Sans passer totalement sous silence ces difficultés récurrentes et préoccupantes, il nous a semblé nécessaire de mettre plus en exergue les acquis. A travers les victoires et d’autres résultats significatifs qui ont rehaussé l’image de l’Afrique en lui faisant franchir des nouveaux paliers sur l’échiquier du football mondial.
Malgré la persistance des pesanteurs, l’aventure mondiale du football africain est en marche et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Même si le fiasco sud-africain est encore frais dans les esprits, la possibilité pour un pays africain de gagner un jour la Coupe du monde ne relève plus de l’utopie. A condition de s’en donner les moyens. En accordant plus de visibilité et de consistance à la discipline individuelle et collective, au développement des ressources humaines et matérielles, à l’encadrement psychologique, etc. Cette nouvelle frontière à conquérir pourrait alimenter une nouvelle histoire, passionnante à raconter.
I. – L’AVENTURE EN MARCHE
1. Le continent du football
De tous les sports, le football est certainement celui qui offre le plus de visibilité aux principaux acteurs que sont les joueurs de champ. On ne saurait expliquer autrement la grande fascination qu’exerce sur des centaines de millions d’inconditionnels à travers le monde la pratique de ce jeu codifié par les Britanniques à la fin du XIX e siècle et qui s’est doté dès 1904 d’une fédération internationale. Au-delà de l’effet de mode, l’incroyable capacité de séduction du football tient sans doute à la nature même de cette discipline sportive. Selon certains observateurs, la simplicité des règles du jeu et la modicité des moyens nécessaires à sa pratique (une simple boule de chiffons suffit parfois pour livrer un match) expliquent en partie une certaine démocratisation du football qui s’enracine, avec un égal succès, dans différents pays. Qu’ils soient du Nord ou du Sud, riches ou pauvres.
Indépendamment de son statut social ou de son aisance matérielle, tout citoyen du monde est d’autant plus attiré par le football que c’est l’une des rares disciplines sportives à laquelle l’être humain peut s’identifier d’emblée. Ceci ne relève pas du hasard. Comme son nom (en anglais) l’indique, le football se pratique avec l’instrument le plus commun et le plus utilisé par l’homme : les pieds. Autant dire que la première qualité d’un bon joueur de foot réside dans le talent individuel, la qualité athlétique, la maîtrise technique et surtout cette admirable capacité de jongler avec le ballon dans toutes les postures.
Certains sociologues trouvent même des similitudes, voire des affinités entre ce jeu et les habitudes du citoyen ordinaire. D’aucuns laissent entendre que la pratique de ce sport serait compatible avec le mode de vie traditionnel en Afrique où une place importante est accordée à l’effort physique. Sur un continent où la mobilisation des ressources du corps demeure encore un facteur de production non négligeable, la présence des grands champions dans divers disciplines comme l’athlétisme, le basket-ball ou le football n’aurait rien de surprenant.
Pour d’autres spécialistes, l’impact du football dans les pays pauvres dépasse de loin la simple dimension sportive. « Cette pratique sportive peut avoir des retombées bénéfiques pour l’économie et attirer d’importants investissements. Dans la plupart des pays africains où la construction d’un Etat central fort présente encore des insuffisances, le football peut permettre de transcender les divisions ethniques et contribuer à consolider le sentiment d’unité nationale, d’appartenance à une même communauté de destin. En l’absence de force économique ou militaire probante, le football peut être un excellent canal d’expression de certains pays sur la scène internationale », estime l’universitaire Paul Darby, auteur du livre intitulé Africa, football and FIFA .
Une opinion partagée par Jean-Marc Guillou, promoteur d’un centre de formation en Côte d’Ivoire, pour qui « le football est un facteur de développement pour des pays africains. Au même titre que la musique ou l’art, c’est une activité susceptible de donner confiance et de valoriser les Africains. Mais pour faire d’une équipe nationale de football la vitrine d’un pays, des investissements nécessaires sont souvent hors de portée. » Il n’empêche que les progrès sont visibles, malgré les obstacles. Longtemps en retrait, la place du continent dans le football mondial est sans commune mesure avec son poids réel dans les affaires du monde.
2. De la CAF et de la FIFA
En matière de football, deux grandes compétitions permettent d’établir, tous les quatre ans, la hiérarchie mondiale dans cette discipline : les Jeux olympiques et la Coupe du monde de la FIFA. Si le principe d’universalité a permit aux pays africains de prendre part depuis longtemps aux Olympiades, la présence du continent à la Coupe du monde est relativement récente. Pour une compétition relativement ancienne, il aura fallu attendre la huitième édition en 1970 au Mexique pour enregistrer la participation du Maroc en tant que premier pays à représenter l’Afrique. Quatre années plus tard, c’était au tour du Zaïre d’entrer dans l’arène internationale, devenant ainsi le premier pays d’Afrique subsaharienne à se qualifier pour cette neuvième édition disputée en RFA. Depuis lors, une grande compétition sportive internationale ne s’est plus déroulée sans la présence des pays africains qui ne se contentent plus seulement de participer. Le football africain ne se raconte plus uniquement. Il se vit désormais dans les grandes enceintes sportives du monde. Quelques indices permettent de confirmer sa relative bonne santé sur le continent. Il n’y a pas de grande aventure sans des grandes structures et des grands hommes pour les conduire.
Au départ, était donc la Confédération Africaine de Football (CAF). A titre de rappel, c’est un organisme qui regroupe, sous l’égide de la FIFA, les fédérations de football du continent africain. C’est en 1956 que les quatre pays africains membres de la FIFA (Égypte, Soudan, Afrique du Sud, Éthiopie) se mirent ensemble pour créer une confédération africaine et organiser dans la foulée une compétition continentale. Les statuts seront approuvés par la FIFA en 1957. Cette même année, la première compétition continentale fut organisée au Soudan. Il existe plusieurs sous-confédérations régionales au sein de la CAF. Chacune regroupe les fédérations d’une partie du continent et organise des compétitions régionales tant au niveau des sélections nationales qu’à celui des clubs. L’ensemble du continent est également divisé en zones géographiques. Cette répartition sert notamment lors des tirages au sort des compétitions ou lors des Jeux africains.
La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est la principale compétition continentale organisée par la CAF. S’y ajoutent : le Championnat Africain du Football Féminin, le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), les Coupes d’Afrique des -17 ans et des -20 ans. De moindre envergure, la Ligue des champions de la CAF est un tournoi qui gagne en audience grâce au professionnalisme croissant dans l’organisation comme dans la médiatisation. Les passions déchainées lors de l’attribution du Ballon d’or africain constituent les signes d’une notoriété en progrès constant.
Incontestablement, le résultat le plus remarquable obtenu à ce jour par la CAF est l’émergence du football africain sur la scène mondiale. Le développement spectaculaire enregistré au cours des deux dernières décennies et les résultats significatifs engrangés lors des différentes compétitions internationales ne relèvent pas du hasard. Ils sont à mettre à l’actif des instances dirigeantes et de l’équipe mobilisée en permanence autour d’Issa Hayatou, le président de la Confédération Africaine de Football.
Succédant en 1988 à l’Ethiopien Ydnekatchew Tessama après une courte période intérimaire assurée par l’Egyptien Mohamed Abdelhalim, ce natif de Garoua dans la région du Nord au Cameroun, est de la trempe des hommes qui ne s’avouent jamais vaincus avant d’avoir tout donné. Non sans mal, il a su s’entourer des collaborateurs partageant une vision commune, une même ambition de hisser le football africain vers les sommets de la hiérarchie mondiale. Fédérant autour de lui les aspirations les plus nobles, abandonnant la navigation à vue et l’amateurisme d’alors pour adopter une démarche plus professionnelle privilégiant la planification et la culture du résultat par paliers visibles, Issa Hayatou, par ailleurs l’un des vice-présidents de la FIFA, a su insuffler une nouvelle dynamique au football africain dont les avancées, sur le double plan continental et international, n’échappent plus aux observateurs avertis. On en veut pour preuve l’accroissement du nombre d’équipes africaines participant aux Jeux olympiques comme en Coupe du monde. Pour cette dernière compétition, on est passé, progressivement, de 1 représentant en 1970 au Mexique, à 2 en 1982 en Espagne, à 3 en 1994 aux Etats-Unis, puis à 5 en 1998 en France. Pour la Coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud, le continent a été exceptionnellement représenté par 6 équipes dont celle du pays organisateur.
Cet accroissement arithmétique n’a rien d’anecdotique. C’est la face visible d’une mutation en profondeur, malgré un parcours encore parsemé d’obstacles. Certes, aucun pays membre de la CAF n’a encore disputé une finale de la Coupe du Monde, mais les différentes étapes franchies à ce jour sont remarquables. En 1986, le Maroc a propulsé, pour la première fois, l’Afrique en huitièmes de finale. En 1998, le Nigeria a fait de même.
Le Cameroun en 1990, le Sénégal en 2002 puis le Ghana en 2010 ont fait mieux en disputant les quarts de finale. En se fondant sur les progrès déjà accomplis, on était en droit de penser que les équipes africaines franchiraient un nouveau palier en Afrique du Sud, en relevant au passage des nouveaux défis. Un espoir déçu, car hormis le Ghana la prestation globale des équipes africaines n’a pas été à la hauteur des attentes.
Le rôle de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) dans le développement du football africain est tout aussi remarquable. Surtout depuis l’organisation de la première Coupe du monde en Afrique. Dans sa tentative de combler le retard des ligues nationales et d’encourager les investissements publics, la FIFA a initié en 1999 le programme Goal consacré au développement de la pratique du football dans des pays en voie de développement. Cette vaste initiative couvre une centaine de projets dans divers domaines comme la construction ou la rénovation des terrains, la création des centres de formation, la formation à la médecine sportive et à l’arbitrage. Malgré la controverse au sujet de la gestion et de l’utilisation de certains fonds, cette initiative louable commence à faire tache d’huile sur le continent, ouvrant du coup des nouvelles perspectives à plusieurs pays jusque-là enfermés dans une sorte de ghetto footballistique.
3. Palmarès étoffé
Sur un plan plus global, le palmarès du football africain s’est progressivement étoffé dans toutes les compétitions mondiales. Pour une confédération relativement jeune, on ne saurait faire la fine bouche devant trois quarts de finale de Coupe du monde, une finale de Coupe des Confédérations, deux médailles d’or olympiques, six coupes du monde au total chez les -17 ans et les -20 ans. On remarquera à ce propos que depuis une vingtaine d’années, les représentants du continent dans les compétitions internationales font plus que de la simple figuration. Les conquêtes sont nombreuses. De la vaillante participation de la Tunisie à la Coupe du monde de 1978 jusqu’aux exploits du Maroc en 1986, du Nigeria en 1994, du Cameroun en 1982 puis en 1990, du Sénégal en 2002, du Ghana en 2010 en passant par les multiples victoires des équipes juniors du Nigeria et du Ghana en Coupe du monde de leur catégorie. Dernier cas en date, le triomphe des jeunes Ghanéens à la Coupe du monde des -20 ans (Egypte 2009) est venu s’ajouter aux multiples titres remportés ailleurs, sans oublier les médailles d’or olympiques consécutives du Nigeria (1996) et du Cameroun (2000).
La présence régulière des équipes africaines dans la hiérarchie mondiale du football connait également une percée remarquable. Il y a vingt ans à peine, des pays comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, l’Egypte ou le Ghana figuraient dans les profondeurs du classement mondial. Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux sont aux premières loges. Dans le dernier classement de l’année publié le 16 décembre 2009 par la FIFA, le Cameroun occupait le 11 e rang mondial, suivi par la Côte d’Ivoire (16 e) , le Nigeria (22 e ), l’Egypte (24 e ) et l’Algérie (26 e ). Ce classement a connu toutefois des bouleversements à l’issue du Mondial sudafricain. On note ainsi la remontée spectaculaire de l’Egypte et du Ghana aux 10 e et 23 e places alors que le Cameroun a été rétrogradé à la 40 e place. En même temps qu’elle reflète la dynamique globale d’une discipline sportive en pleine mutation, la progression régulière de certaines équipes dans la hiérarchie mondiale fait honneur à tout un continent qui n’a plus de raison d’afficher profil bas lors des grands rendez-vous internationaux.
Les éléments positifs sont tellement nombreux qu’on ne saurait faire un décompte exhaustif des facteurs ayant contribué à bâtir la légende du sport-roi. Bien que le football africain soit déjà campé sur des bases relativement solides, le développement de cette discipline sportive reste toutefois à consolider. A titre anecdotique, deux rencontres mémorables disputées par des équipes nationales africaines figurent au palmarès des « matchs de légende » établi par la FIFA : le match Angleterre-Cameroun du 1 er juillet 1990 (3-2) et le match Espagne-Nigeria du 13 juin 1998 (1-2).
Par ailleurs, il n’y a pas meilleur témoignage sur cette évolution remarquable que le regain d’intérêt que suscitent désormais les compétitions sportives organisées sur le continent même. Grâce à l’amélioration de la qualité du jeu, au développement des télécommunications, à la révolution numérique et à l’intense campagne de marketing menée auprès des sponsors et partenaires divers, la dimension économique du football africain n’échappe plus aux observateurs avertis. Il est réconfortant de constater que la Coupe d’Afrique des Nations que s’arrachent les régisseurs, plusieurs années à l’avance, est devenue l’un des événements sportifs les plus regardés dans le monde. En Afrique aussi, la Ligue des champions s’impose comme une compétition très attractive et lucrative. Pour tous ceux qui désespéraient d’un football africain abonné au dénuement et à la mendicité, il n’y a pas de démenti plus cinglant. Tant sont multiples les conquêtes d’un sport désormais émancipé, décomplexé, débarrassé progressivement des vieux démons de l’amateurisme. Malgré les résultats décevants de la dernière Coupe du monde, le parcours accompli au cours des quarante dernières années est digne de respect. Et l’aventure continue.
II. – 1970 LE MAROC OUVRE LE BAL
1. Grande première
Pour les connaisseurs, 1970 restera une année charnière dans l’histoire de la Coupe du monde de football, notamment en ce qui concerne la participation de l’Afrique à cette compétition. Après l’Angleterre quatre ans plus tôt, il revient au Mexique d’accueillir cette neuvième édition qui va comporter plusieurs innovations. Pour la première fois, l’introduction de la télévision à grande échelle va donner lieu à des spectacles de portée planétaire. Pour répondre à la demande des chaînes de télévision, le coup d’envoi de certains matchs est fixé à midi. Une décision qui n’est pas toujours du goût des joueurs et des entraîneurs en raison de la chaleur intense régnant au Mexique à cette heure du jour.
Ce grand rendez-vous du ballon rond va permettre au Brésil d’asseoir davantage sa domination sur le football mondial en remportant le troisième trophée de son histoire, après avoir battu en finale l’Italie. Sur l’ensemble de la compétition, l’équipe brésilienne va faire forte impression, étalant aux yeux du monde ses impressionnantes qualités techniques et tactiques. Avec un jeu collectif bien léché et des exploits individuels de légende. Etant déjà le pays le plus titré du monde à cette époque, le géant latino-américain va alors illuminer la planète foot de sa pléiade de stars dont Rivelino, Jaïrzinho, Gerson et autre Carlos Alberto. La compétition va contribuer surtout à révéler davantage au monde Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, unanimement reconnu comme le plus grand artiste du ballon rond de tous les temps. La terre mexicaine va aussi porter bonheur à ce fair-play si rare de nos jours. Pour la première fois, un tournoi mondial s’achève sans enregistrer l’expulsion d’un seul joueur de champ. Et l’Afrique dans tout cela ? Objectivement, la décennie 70 n’a jamais revêtu de signification particulière pour les observateurs du football africain et pour cause : il n’existe aucun fait d’armes qui puisse raviver la mémoire collective. Il n’en demeure pas moins que l’accueil de la prestigieuse compétition par le Mexique va marquer d’une pierre blanche l’émergence du football africain sur la scène mondiale. Le continent qui regardait jusque-là en spectateur le grand rendez-vous du football mondial, va entrer de plein pied dans la compétition à travers un représentant : le Maroc. S’il reste vrai que l’Egypte était déjà présente à la Coupe du monde de 1934, c’était en réalité une qualification au rabais, sans disputer le moindre tournoi éliminatoire. Historiquement, le Maroc est donc le premier représentant de la Confédération Africaine de Football (CAF) à se qualifier pour une phase finale de la Coupe du monde FIFA.
2. Promesses du futur
La nouveauté aidant, les Marocains sont, avec les Péruviens, les coqueluches du premier tour. Entrainée par le technicien yougoslave Blagoje Vidinic, l’équipe marocaine dispose alors d’une génération de joueurs talentueux à l’instar de Houmane Jarir, Abdallah Lamrani, Kessem Slimani, Mohamed El-Filali et Driss Bamouss qui ont ainsi l’occasion d’émerger sur la scène mondiale. Ils vont le faire avec leurs moyens. Même si le représentant africain n’a pas brillé particulièrement à cette occasion, (deux défaites au premier tour et dernier de la poule), sa résistance héroïque lors de la première sortie du 3 juin 1970 devant la République Fédérale d’Allemagne va marquer les esprits. A cette occasion, les Lions de l’Atlas se sont permis le luxe d’ouvrir le score par Jarir Houmane avant de succomber à la fougue de la redoutable machine allemande qui va s’imposer finalement par 2 buts contre 1. Malgré la défaite, la performance est remarquable face à l’équipe finaliste de la précédente édition (1966). Alors qu’on s’attend à la même détermination lors du deuxième match disputé le 6 juin 1970, les Marocains vont s’effondrer littéralement face au Pérou (3-0) avant de terminer en beauté face à la Bulgarie (1-1). Ce dernier match de poule, disputé le 11 juin 1970, va clôturer leur participation à la neuvième édition de la Coupe du monde. De son côté, le Pérou va atteindre les quarts de finale et résister vaillamment face au Brésil avant de s’incliner finalement sur le score de 4 buts à 2. Au-delà de la prestation sur le terrain, la simple présence du Maroc à un tournoi d’une telle envergure constituait déjà un événement peu banal et marquait une étape non négligeable dans l’évolution du football africain. Dès lors, un déclic va s’opérer et rien ne sera plus comme avant. On s’en rendra compte progressivement à travers une présence plus régulière des pays africains lors des rassemblements de l’élite mondiale du football.
III. – 1974 LE ZAÏRE BOIT LA TASSE
1. Passe de deux
Déjà championne du monde en 1954, la République Fédérale d’Allemagne accueille vingt ans plus tard la Coupe du monde, du 13 juin au 7 juillet 1974. Seize équipes réparties en quatre poules prennent part à la compétition remportée finalement par le pays hôte. Après des débuts difficiles, la RFA va monter progressivement en puissance sous la férule d’un joueur de grand talent : Franz Beckenbauer.
Quatre années après le Maroc (Mexique 1970), un pays africain prend part au tournoi. Au coup d’envoi de la compétition, le Zaïre est loin de faire pâle figure. Tout le long des années 70, aucun observateur averti du football africain ne pouvait objectivement ignorer les exploits des joueurs d’exception comme Ilunga Mwepu, Boba Lobilo, Mantantu Kidumu, Etepe Kakoko, Mulamba Ndaye ou Mwamba Kazadi, l’emblématique gardien de but, et bien d’autres qui faisaient le bonheur des spectateurs sur tous les stades africains.
C’est dire que le football zaïrois est au sommet de son art avant le démarrage de cette Coupe du monde. Grâce à un volontarisme teinté de populisme, le pays rayonne alors sur le double plan diplomatique et sportif, occupant de ce fait une position dominante sur le continent. Des clubs emblématiques comme AS Vita , Tout Puissant Mazembe et Bilima sont redoutés partout. Quant aux Léopards, la fameuse équipe nationale, elle fait alors vibrer le pays à travers ses multiples exploits aux quatre coins de l’Afrique.
Les mêmes joueurs qui seront humiliés plus tard sur les stades d’Allemagne étaient considérés quelques mois auparavant comme des épouvantails sur le continent. Ils s’étaient illustrés particulièrement en remportant la Coupe d’Afrique des Nations de 1974. Autant dire que leur toute première qualification pour la Coupe du monde n’était pas du tout usurpée. Leur simple statut d’unique représentant africain ne pouvait que susciter beaucoup de curiosité hors du continent et beaucoup d’espoir chez leurs nombreux supporters. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les dirigeants zaïrois ont engagé un entraîneur pétri d’expérience : le Yougoslave Blagoje Vidinic, celui-là même qui avait fait bonne figure avec le Maroc à la précédente Coupe du monde de 1970 au Mexique. Avec ce technicien alors considéré comme l’un des meilleurs à son poste, avec des joueurs talentueux et volontaires, les fauves zaïrois ont fière allure. Tout au moins sur le papier. On s’attend logiquement à ce qu’ils défendent valablement la réputation naissante du football africain. L’attente sera déçue.
2. Défaite mémorable
Unique représentant du continent, le Zaïre se retrouve dans le groupe 2, en compagnie de la Yougoslavie, du Brésil et de l’Ecosse. Face à ces adversaires sans grande référence (hormis le Brésil), les Zaïrois vont pourtant encaisser la bagatelle de…14 buts au terme de leurs trois sorties, sans en marquer un seul. Opposée à la Yougoslavie, l’équipe-totem du maréchal Mobutu Sese Seko coule à pic en prenant 9 buts sans broncher. C’est alors la plus lourde défaite de la compétition, avant celle d’Haïti, écrasé par la Pologne (7-0). Même si on ne voyait pas le Zaïre remporter la Coupe du monde dès sa première tentative, sa piètre prestation est vécue sur l’ensemble du continent comme une terrible humiliation.
A défaut de victoire, on s’attendait au moins à ce que l’équipe zaïroise fasse au moins bonne figure, en limitant au besoin les dégâts. Elle va certes illuminer la compétition de quelques étincelles mais sans éblouir outre mesure. Avec le recul, la mauvaise tournure des événements semble inexplicable, d’autant plus que les joueurs n’ont pas toujours donné l’impression d’avoir tout essayé. La déception sera d’autant plus grande qu’en ces années-là, le Zaïre s’impose progressivement comme une puissance régionale africaine. Porté par une économie et une monnaie relativement stables, le pays se veut alors le porte-flambeau de la conscience noire et le fait savoir à travers les déclarations tonitruantes de son leader. Surfant sur la vague nationaliste et populiste, prêchant le rejet des influences étrangères et le retour aux sources, le président Mobutu qui a troqué le costume occidental pour le bien nommé abacost navigue à plein régime dans la fameuse politique de l’authenticité. Pour les inconditionnels de cette vision du monde, la défaite ne sera que plus amère. Inconsolables dans la débâcle, les Léopards peuvent bénéficier de quelques circonstances atténuantes. Comme l’expulsion, dès la 22 ème minute, de Mulamba Ndaye, l’un de leurs maîtres à jouer. Certains observateurs mettent aussi leur mauvaise performance sur le compte d’un certain complexe d’infériorité qui aurait longtemps hypothéqué les chances des équipes africaines face à des adversaires d’autres continents. Fidèles à la fameuse devise olympique qui fait primer la participation sur les performances sportives, les Africains avaient toujours donné jusque-là l’impression de se contenter de très peu. A tel point qu’on avait fini par envisager toute confrontation sportive avec le reste du monde sous le prisme de l’échec. Autant de raisons qui pourraient expliquer les désillusions à répétition au fil des compétitions.
Quoiqu’il en soit, l’humiliation aura servi de détonateur pour des futures conquêtes. Selon certains observateurs, l’évolution du football africain va amorcer désormais un tournant décisif. A la fin des années 70, la tendance au défaitisme, longtemps enracinée dans le subconscient collectif, va prendre du recul et être reléguée progressivement au rayon des souvenirs.
Depuis lors, plusieurs pays africains ont lavé l’affront de 1974. Malgré la mémorable déculottée, une nouvelle ère va s’ouvrir au football africain à partir de la Coupe du monde de 1978 en Argentine. D’abord en Coupe du monde avec une série de victoires consécutives : de la Tunisie face au Mexique (3-1) en 1978, de l’Algérie face à la République Fédérale d’Allemagne (2-1) en 1982, du Cameroun face à l’Argentine (1-0) en 1990, du Nigeria face à l’Espagne (2-1) en 1998, du Sénégal face à la France (1-0) en 2002, du Ghana qui a remporté en octobre 2009 la Coupe du monde juniors face au Brésil (4-3). La moisson engrangée aux Jeux olympiques est également significative avec les triomphes du Nigeria (Atlanta 1994) face à l’Argentine et du Cameroun (Sydney 2000) face à l’Espagne. Progressivement, le football africain va prendre du galon et poursuivre sa mue en se débarrassant au passage des vieux complexes qui avaient longtemps plombé sa progression. Ayant acquis une respectabilité certaine, les équipes du continent seront désormais très attendues dans les grandes compétitions internationales où leurs ambitions ne se limiteront plus seulement au seul souci de représentativité.
IV. – 1978 LA TUNISIE BRISE LE SIGNE INDIEN
1. L’honneur à défendre
Après la prestation catastrophique de 1974, l’Afrique a visiblement envie d’effacer les mauvais souvenirs d’un passé douloureux. Rien de mieux qu’une brillante performance de son représentant dans une compétition internationale d’envergure pour redorer le blason d’un football traîné dans la boue. L’édition de la Coupe du monde de 1978 organisée dans une Argentine sous la férule des généraux, offre ainsi l’occasion idéale pour procéder au rachat. Opportunité d’autant plus précieuse à saisir que l’Afrique n’a toujours droit qu’à un seul représentant jusqu’en 1982. Après le Zaïre quatre ans plus tôt, c’est à la Tunisie que revient donc le privilège de défendre la réputation du football africain.
Pour beaucoup de nostalgiques, l’épopée de 1978 est restée longtemps gravée dans les mémoires. Venue presque incognito, la Tunisie va marquer sa première participation en Coupe du monde par une honorable prestation. Sans briller particulièrement, les poulains d’Abdelmajid Chetali vont s’acquitter honorablement de leur tâche, en alliant la vivacité technique à une rigueur toute allemande. Soucieux dès le départ de conjurer les déceptions du passé et d’écrire une nouvelle page du ballon rond en Afrique, les Aigles de Carthage , considérés au départ comme l’équipe la plus faible du groupe, vont démontrer le contraire par leur capacité à rivaliser avec la RFA, la Pologne et le Mexique. Pour tenir tête aux meilleurs, l’équipe tunisienne peut compter sur une génération de joueurs talentueux. A l’instar de Dhiab Tarak, le Ballon d’or africain , du feu-follet Lahzami Temine ou du gardien de but Moktar Naili qui fit un temps ombrage au légendaire Attouga. Alors qu’on redoute avec raison l’entrée en matière, la première sortie tunisienne, le 2 juin 1978 contre le Mexique, va se solder par une brillante victoire (3-1). Mais ce large succès a été long à se dessiner. Après un début quelque peu équilibré, la Tunisie parait même subir un moment le coup du sort en encaissant un premier but sur pénalty exécuté par Arturo Vasquez à la toute dernière minute de la première manche. Alors qu’on les croit abattus en plein vol, les coéquipiers de Dhiab Tarak vont revenir des vestiaires gonflés à bloc. La deuxième mi-temps commence à peine quand l’égalisation intervient à la 55 ème minute par l’intenable Ali Kaabi. Malgré les multiples tentatives du Mexique pour revenir au score, la Tunisie va enfoncer le clou, successivement par Nejib Ghommdidh à la 79 ème minute et par Moktar Dhouib à trois minutes de la fin du temps réglementaire. Ce succès sans bavure face à un habitué des joutes internationales ne peut que donner des ailes supplémentaires aux Tunisiens. Le résultat est d’autant plus spectaculaire et significatif que la Tunisie a été menée au score dès la première mi-temps. Après la courte défaite (1-0) subie le 6 juin face à la Pologne, l’équipe nord-africaine va nourrir pendant longtemps des regrets après le but chanceux de Lato suite à une erreur défensive de Kaabi.
De l’avis des observateurs, la Tunisie a dominé une grande partie de la rencontre, ratant de peu l’égalisation lorsqu’un tir vicieux de Temine percute la barre transversale à dix minutes de la fin. Malgré ce faux pas, les Tunisiens terminent en beauté, le 12 juin 1978, en tenant tête (0-0) à la République Fédérale d’Allemagne, championne du monde en titre. Cette prestation remarquable est largement due aux exploits du gardien tunisien Naili. Dans un véritable état de grâce, ce dernier va faire des arrêts spectaculaires devant des attaquants percutants comme Dieter Müller et Klaus Fisher.
Dès le départ, les Aigles de Carthage ont adopté une tactique originale faisant la part belle à une défense en zone rigoureuse constituée de cinq arrières qui n’hésitent pas à remonter pour porter le danger dans l’arrière-garde allemande où opèrent pourtant des cerbères tels que Russman, Vogts et Kaltz. Malgré quelques rares occasions, les Allemands, pourtant si brillants face au Mexique (6-0), sont comme tétanisés, n’arrivant pas à trouver la moindre faille chez l’adversaire du jour.
Finalement, la partie va s’achever sur un match nul peu flatteur pour des champions du monde en titre qui peuvent néanmoins conserver un point d’avance, si précieux au décompte final. En lui-même, ce match nul vierge est trompeur car il traduit mal la prestation héroïque des Africains sans grande expérience face à l’armada allemande. L’équipe d’outre-Rhin compte alors en son sein des monuments vivants à l’instar de Berti Vogts, Rainer Bonhof, Klaus Fisher, Karl-Heinz Rummenigge et autre Sepp Maïer, le légendaire gardien de but, et d’autres héros de la Coupe du monde de 1974 remportée à domicile.
2. Prestation honorable
A l’issue de la compétition, et même sans accéder au second tour, la Tunisie va établir un record sans précédent jusque-là. En s’imposant nettement face au Mexique (3-1), elle entre dans l’histoire comme la première équipe africaine à remporter un match en phase finale de la Coupe du monde.

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