Autre bout du monde L  03 : Se frayer un chemin
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Description

L'autre bout du monde
Tome 3 : Se frayer un chemin
Paul Savoie
Les Editions L'Interligne, 2017
ISBN 978-2-89699-533-2
L'autre bout du monde : Se frayer un chemin est un récit de voyage aux Philippines, où est née la conjointe du narrateur. Des fébriles préparatifs du départ, en passant par les multiples déplacements, jusqu'au retour et à ses attentes, ce livre raconte avec finesse et explore brillamment les dimensions externe et interne d'un homme sensible aux découvertes, aux questionnements et à la réflexion. L'auteur nous transporte dans ses bagages et nous fait vivre les émotions qui l'habitent. Ce récit inspirant montre les facettes d'un monde à connaître non pas comme un simple touriste, mais comme un humain à la rencontre d'autres humains. Voyager vers des destinations nouvelles permet aussi d'entreprendre un périple intérieur dont le globe-trotteur sort grandi. C'est le cas du narrateur.
Paul Savoie, originaire de Saint-Boniface, au Manitoba, vit en Ontario. Poète, romancier, nouvelliste et traducteur, il écrit de nombreux récits. En 2007 et en 2013, il obtient le Prix de poésie Trillium. Il a aussi mérité le prix Champlain en 2013, pour son recueil de nouvelles Dérapages, paru chez L'Interligne. Cet autre volet de ses récits de voyage assure le suivi du tome 2 : Trois temples. L'auteur a publié plus de 30 livres.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896995356
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0021€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’autre bout du monde Tome 3
 
Se frayer un chemin

Du même auteur
 
 
Chez le même éditeur
Dérapages , nouvelles, 2012
L’autre bout du monde , t. 1, récit, 2009 ; t. 2, Trois temples, récit, 2013
Acte de création , entretiens, 2006
Rivière et mer , poésie, préface de J. R. Léveillé, 2006
L’empire des rôdeurs , nouvelles, 2004
À tue-tête , récit, 1999
 
Chez d’autres éditeurs
L’incendiaire , en collaboration avec Dyane Léger, poésie, Montréal,
Éditions du Marais, 2008
Crac , poésie, Ottawa, Éditions David, 2006
Racines d’eau , poésie, Saint-Hippolyte, Éditions du Noroît, 1998
Fishing for Light , poésie, Windsor, ON, Black Moss Press, 1998
Oasis , poésie, avec cinq dessins de Françoise Tounissoux, Montréal,
Éditions du Noroît, 1995
Mains de père , récit, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 1995
Shadowing , poésie, Windsor, ON, Black Moss Press, 1994
Dead Matter , nouvelles, Toronto, Crypt Editions, 1994
Conversations dans l’Interzone , roman, avec Marguerite Andersen, Sudbury,
Prise de parole, 1994
Danse de l’ œ uf , poésie, Ottawa, Éditions du Vermillon, 1994
Amour flou , poèmes, Toronto, Éditions du GREF, 1993
Selected Poetry of Louis Riel , traduction, français-anglais de P. S., introduction
et notes de Glen Campbell, Toronto, Exile Editions, 1993
Contes statiques et névrotiques , nouvelles, Montréal, Guérin Littérature, 1991
Bois brûlé , poésie, avec huit dessins de Suzanne Gauthier, [Saint-
Lambert], Éditions du Noroît, 1989
The Meaning of Gardens , poésie, Windsor, ON, Black Moss Press, 1987
Soleil et ripaille, suivi de L’arc de poussière , poésie, Saint-Lambert
(Chambly), Éditions du Noroît, 1987
À la façon d’un charpentier , textes divers, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 1984
Acrobats , poésie, Toronto, Aya Press, 1979
La maison sans murs , poésie, ill. de Suzanne Gauthier, Hull, Éditions Asticou, 1979
Nahanni , poésie, dessin de Micheline Rochette, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 1976
Salamandre , poésie, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 1974








 


1
 
Attente
 
 
 
 
 
 
Bientôt ce sera le départ. E et moi planifions ce voyage depuis des mois déjà. Dommage que nous devions partir maintenant. Il aurait été préférable d’y aller pendant les Fêtes. Mais, à ce moment-là, les prix sont exorbitants, parce que c’est la saison la plus célébrée de l’année dans les Philippines. Nous avons choisi de partir pendant la semaine de relâche à l’université où j’enseigne quelques cours parce qu’il n’est pas question de nous rendre aux Philippines pendant les mois d’été, caractérisés par des chaleurs écrasantes. Donc nous n’avons pas eu tellement le choix. Autre problème de taille   : nous disposons de dix jours à peine. Or une décade, c’est peu lorsqu’on calcule les distances à franchir. Une vingtaine d’heures en avion. Puis un voyage supplémentaire d’au moins douze heures pour nous rendre au nord des Philippines depuis l’aéroport de Manille.
E est nerveuse. Pour plusieurs raisons. D’abord, elle a appris qu’au principal aéroport du Grand Manille, les préposés aux bagages et à la sécurité s’arrangent pour piéger les voyageurs. Un préposé dépose des cartouches dans un sac à dos ou une sacoche puis, après la vérification au moment de pénétrer dans l’aérogare, il demande à la victime d’ouvrir le sac ou la sacoche. Alors apparaissent les objets mystérieux, et le passager ou la passagère se fait accuser de contrebande, éventuel lement de terrorisme. Le préposé donne à la victime un choix : ou elle débourse sur-le-champ un montant assez élevé, l’équivalent de cinq cents dollars canadiens, ou on alerte la police. Le plus souvent, la personne piégée préfère débourser le montant demandé plutôt que d’avoir affaire à la police, qui semble dans le coup.
En apprenant cette nouvelle, nous avons songé à annuler notre voyage. Mais E n’a pas vu sa famille depuis une décennie. C’était lors de notre mariage. Peu de temps après, elle est venue au Canada et n’a pas pu y retourner avant maintenant. Ce voyage est d’autant plus essentiel que la santé de son père se dégrade. La situation urge. E craint de ne plus voir son père de son vivant, si elle tarde trop. Cela lui causerait une peine insurmontable. Elle s’en voudrait le restant de ses jours.
Donc, malgré les inconvénients, nous décidons de partir. Nous attendons le taxi, qui arrivera dans une quinzaine de minutes. Dehors, il fait vingt-cinq degrés sous zéro. Nous savons très bien qu’une fois rendus au terme de notre périple, il en fera trente. Donc une différence de plus de cinquante degrés.
Encore dix minutes.
Maintenant cinq.
E fait les cent pas.
Le taxi arrive. Nous sommes prêts.
 


2
 
Froid
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Afin d’éviter d’avoir à traîner nos manteaux d’hiver, nous nous limitons à des gilets, ce qui inquiète E . Mais elle sait que son supplice durera à peine quelques minutes. J’offre de m’occuper des valises. Lorsque le taxi arrivera, elle pourra attendre à l’intérieur de la maison jusqu’au moment du départ. Elle se précipitera alors vers l’extérieur, descendra à une vitesse éclair les quatre marches de l’escalier, franchira les quelques pas qui mènent au trottoir, s’installera à mes côtés dans le siège arrière, se collera contre moi afin de se réchauffer, puis se félicitera d’avoir échappé au danger qui la menaçait.
Car c’est toujours ainsi. Elle n’a jamais pu s’habituer au froid qui règne au Canada pendant une bonne partie de l’année tandis que moi, pendant la longue saison hivernale, je me trouve dans mon élément. Bientôt ce sera le contraire. Une fois rendu dans son coin de la planète, la chaleur m’assaillira. J’aurai toute la misère du monde à me rafraîchir. Ce sera à son tour de me dépanner, de proposer différentes stratégies susceptibles de prévenir ma sensation d’étouffement.
Elle est une créature de l’été, moi de l’hiver. Nous aurons toujours à nous arranger avec ces différences, à vivre à l’intérieur de ces polarités. E a dix jours devant elle pour ne pas avoir à grelotter. Et moi, sans doute, je passerai mes journées à suer. Suer comme aucun citoyen des Philippines ne sue. C’est comme ça. On rira de moi là-bas. Gentiment bien sûr. Moi aussi je rirais, à leur place.
 


3
 
Cadeaux
 
 
 
 
 
 
Nous avons acheté trois nouvelles valises pour le voyage, qui étaient en vente à La Baie. Il est de mise d’apporter des cadeaux, lorsqu’on revient de l’étranger pour visiter sa famille philippine. Des cadeaux pour tout le monde.
Depuis quelques mois, nous cherchons sans cesse des aubaines afin de nous approvisionner en biens de toutes sortes : vêtements, sacs à dos, chemises, jouets, espadrilles, T-shirts pour les jeunes, casquettes, disques compacts, livres pour enfants et une montre pour le père d’ E . Et puis il ne faut pas oublier la nourriture : bœuf en conserve, denrée qu’affectionne particulièrement la mère, viande fumée, palettes de chocolat pour la sœur d’ E , bonbons de toutes sortes. Nous entassons tout cela dans une de nos valises. C’est-à-dire qu’ E s’est arrangée pour que la valise contienne tous ces biens. Si on m’avait confié cette tâche, j’aurais tout entassé pêle-mêle et il aurait fallu remplir deux valises au lieu d’une. Il aurait manqué de place pour nos vêtements à nous, pour l’essentiel du voyage. De toute façon, j’aurais tout fait à la dernière minute, ce qui aurait rendu E dingue. Elle n’aurait pas pu tenir le coup. Et elle ne m’aurait jamais pardonné le désordre que je lui aurais fait subir.
Maintenant nous sommes prêts. Tout est bien rangé. Le plus difficile sera de retrouver mes choses au moment de déballer. Seulement alors, après une période de transition, pourrai-je revenir à mon état de désordre, le contre-courant zen de confusion auquel j’aspire. Le seul état dans lequel je ne me sens pas entièrement éparpillé.
 


4
 
Taxi
 
 
 
 
 
 
 
Le taxi arrive mais n’arrête pas devant notre maison. Le chauffeur a mal compris l’adresse qu’on lui a communiquée et s’est rendu à l’autre bout de la rue. Mais puisque c’est un cul-de-sac, il a dû rebrousser chemin. Je sors sur le perron et lui fais signe. Il stationne tout juste derrière ma Honda, garée dans l’entrée.
Il est 6 h 30. Le départ est prévu pour 10   h.
J’oriente le chauffeur de taxi pour qu’il se rende plus rapidement à l’aéroport. Le meilleur parcours consiste à passer par Black Creek Drive, à deux pas de chez nous, avant d’emprunter la 401.
À cette heure matinale, la circulation n’est pas trop dense. Pendant que nous avançons, le chauffeur, qui est jamaïcain, fait jouer de la musique reggae, ce qui me plaît énormément. En même temps, il appelle un de ses copains sur son cellulaire qui – nous explique-t-il – traverse un moment difficile. Il se doit de le réconforter. Par surcroît, quelqu’un de la compagnie de taxi l’appelle par intercom pour lui demander d’aller cueillir un client à Mississauga après nous avoir déposés à l’aéroport. Normalement ce type de jonglage est susceptible de me rendre nerveux, mais le chauffeur semble en mesure de mener simultanément plusieurs tâches. En ce sens, il est une créature très moderne.
La plupart de mes étudiants à l’université où j’enseigne ont perfectionné cet art, à tel point qu’ils seraient incapables d’attaquer une seule tâche à la fois. Pour ma part, lorsque je conduis ma voiture, je n’arrive pas à faire autrement que de me concentrer sur la route devant moi. J’ai réussi à ajouter une seule tâche additionnelle, celle de pitonner sur la radio. Mais je me limite à une ou deux interventions lors d’un déplacement. En faire une habitude me déconcentrerait et je risquerais de provoquer un accident.
Nous sommes maintenant sur la 401. Je viens de poser au chauffeur une question sur son pays. Il devient très animé, se retourne vers moi. Il parle de Kingston, la capitale de la Jamaïque, comme l’une des villes les plus dangereuses au monde. Mais il aime s’y rendre. Il sent l’énergie le traverser en un éclair chaque fois qu’il s’y retrouve. La folie du lieu reprend alors son empire sur lui. Il commence à revivre sur la corde raide.
Je sens que nous sommes maintenant sur la corde raide. Il se concentre de moins en moins sur la route. Je suis à la veille d’émettre un commentaire, mais il se retourne soudainement. Son copain, qui avait interrompu leur conversation pour aller aux toilettes, le rappelle. Les deux potes se remettent à parler.
Pendant ce temps, E regarde par la fenêtre. Elle ne semble pas se préoccuper de ce qui se passe autour d’elle. Elle pense sans doute à sa famille, qu’elle a hâte de revoir.
Les panneaux de signalisation indiquent que nous sommes dans la zone de l’aéroport. Je dis au chauffeur que nous voyageons avec Air Canada. Il nous dépose devant une grande porte coulissante. E se précipite à l’intérieur alors que j’empile nos bagages sur un chariot.
J’avance lentement vers l’édifice. Les portes s’ouvrent. J’entre.
 


5
 
Contretemps
 
 
 
 
 
 
Ce n’est qu’une fois à l’intérieur de l’aérogare que nous nous rendons compte que le chauffeur nous a déposés à l’étage des arrivées. Nous devons donc prendre l’ascenseur jusqu’à l’étage supérieur et nous rendre aux guichets des destinations internationales d’Air Canada. Une fois là, nous devons faire la queue. Une centaine de personnes se trouvent devant nous. Une agente d’Air Canada, d’une voix tonitruante, invite les gens à former une file ordonnée, les encourage à ne pas se bousculer. Seulement deux agentes sont affectées au comptoir d’enregistrement des bagages et d’émission des cartes d’embarquement. De temps en temps, certains groupes de passagers qui nous suivent sont invités à passer devant nous, afin de ne pas rater leur vol, qui précède le nôtre. En ce qui nous concerne, il n’y a pas de quoi paniquer. Nous sommes arrivés assez longtemps d’avance.
Une fois que nous avons déposé nos trois valises et obtenu nos cartes d’embarquement, nous passons à l’étape de la vérification. Tout se passe bien. Il faut bien sûr se défaire de tout. E dépose sacoche, gilet, clés, argent de poche dans les contenants prévus à cette fin. Pour ma part, je me débarrasse de tout, sauf des vêtements légers que j’ai choisi de porter pour le voyage. Une fois que nous avons traversé le quai et récupéré nos biens, nous nous dirigeons vers la salle d’attente de la porte n o 28. En principe, nous n’aurons qu’une heure à patienter là. Mais puisque c’est Air Canada, nous devons nous attendre au pire. Il y aura sûrement un contretemps.
Une fois bien installés dans nos sièges, nous apprenons qu’ à cause du froid extrême, il va falloir procéder à un sérieux dégivrage. Le vol sera donc retardé d’une heure. Bon. Je m’y attendais.
Afin de passer le temps, nous traversons à deux reprises l’étendue de l’aérogare. Ainsi nous réussissons à écouler une trentaine de minutes. Nous retournons à la salle d’attente et nous attendons l’annonce de l’embarquement, qui arrive à 11   h pile.
Nous embarquons et nous nous rendons à nos sièges. Nous apprenons alors que la dame au comptoir d’Air Canada ne nous a pas placés l’un à côté de l’autre. J’avais pourtant réservé nos sièges. Deux sièges juxtaposés, dont un sur l’allée pour

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