Savoir écouter les chevaux : Une expérience sensible de la nature
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Description

Journaliste italienne installée à Paris, Alessandra est envoyée dans les Alpes italiennes faire un reportage sur un centre équestre, le Silverado.Une excellente idée de lecture pour tous les passionnés de chevaux et de nature ! À 1 500 mètres d'altitude, cet univers préservé, aux antipodes de la frénésie urbaine, lui dévoile soudain de nouveaux horizons. Le propriétaire, Renato Riccardi, est un « chuchoteur » ; il a acquis l'essentiel de sa connaissance subtile des chevaux et des lois de la nature auprès des Indiens d’Amérique, qui comptent parmi les peuples cavaliers mythiques.L'approche qu'il transmet ressemble davantage au yoga ou au tai chi qu'à l'équitation traditionnelle. Il s'agit d'une pratique équestre consciente, instinctive, non-violente, qui intègre un travail sur soi, par une écoute attentive de la nature, une relation harmonieuse avec le cheval, qui l'invitent à grandir en humanité. Alessandra est bouleversée par cette rencontre, par les mots qu'elle entend et les sensations nouvelles qu'elle éprouve. Renato l'emmène en randonnée à cheval sur les sentiers, lui permettant d'appréhender directement sa manière si particulière d'entrer en contact avec les chevaux et de vivre l'expérience d'un étonnant voyage intérieur.Dans cette communication « d’âme à âme », s'immergeant peu à peu dans la beauté et le silence de la montagne, elle affine sa compréhension du lien entre l'humain et la nature. Elle sent alors combien ce puissant sentiment d'unité peut changer en chacun d'entre nous le regard que nous portons sur le monde. Ce témoignage généreux et plein de sensibilité, aux portes de « l'équitation intérieure », de l'éthologie et de l’écologie profonde, inspirera les amoureux de la nature, les pratiquants orientés vers une approche « douce » du cheval, et aussi tous ceux qui rêvent tout simplement de monter un jour à cheval.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 juin 2013
Nombre de lectures 29
EAN13 9782840586463
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0474€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
4 e de couverture

Savoir écouter les chevaux
Une expérience sensible de la nature

Alessandra Moro-Buronzo Préface d’Olivia Adriaco

Journaliste italienne installée à Paris, Alessandra est envoyée dans les Alpes italiennes faire un reportage sur le centre équestre Silverado. A 1 500 mètres d’altitude, cet univers préservé, aux antipodes de la frénésie urbaine, lui dévoile soudain de nouveaux horizons.
Le propriétaire, Renato Riccardi, est un « chuchoteur » ; il a acquis l’essentiel de sa connaissance subtile des chevaux et des lois de la nature auprès des Indiens d’Amérique, qui comptent parmi les peuples cavaliers mythiques. L’approche qu’il transmet ressemble davantage au yoga ou au tai chi qu’à l’équitation traditionnelle. Il s’agit d’une pratique équestre consciente, instinctive, non-violente, qui intègre un travail sur soi, par une écoute attentive de la nature, une relation harmonieuse avec le cheval, qui l’invitent à grandir en humanité.
Alessandra est bouleversée par cette rencontre, par les mots qu’elle entend et les sensations nouvelles qu’elle éprouve. Renato l’emmène en randonnée à cheval sur les sentiers, lui permettant d’appréhender directement sa manière si particulière d’entrer en contact avec les chevaux et de vivre l’expérience d’un étonnant voyage intérieur. Dans cette communication « d’âme à âme », s’immergeant peu à peu dans la beauté et le silence de la montagne, elle affine sa compréhension du lien entre l’humain et la nature. Elle sent alors combien ce puissant sentiment d’unité peut changer en chacun d’entre nous le regard que nous portons sur le monde.

Ce témoignage généreux et plein de sensibilité, aux portes de « l’équitation intérieure », de l’éthologie et de l’écologie profonde, inspirera les amoureux de la nature, les pratiquants orientés vers une approche « douce » du cheval, et aussi tous ceux qui rêvent tout simplement de monter un jour à cheval.
Titre
Alessandra Moro Buronzo





SAVOIR ÉCOUTER LES CHEVAUX


Une expérience sensible de la nature



Éditions Le Souffle d'Or 5 allée du Torrent - 05000 Gap (France) Tél. 04 92 65 52 24 www.souffledor.fr
Dédicace










« À Lorenzo »
Préface
Depuis les temps les plus reculés, le cheval est le compagnon de l’homme dans ses luttes, ses travaux, ses jeux, ses élégances et ses pratiques sportives.
Si le chien est le meilleur ami de l’homme, le cheval est sans doute son meilleur allié. Il semble que la longue coexistence de ces deux êtres n’ait en rien diminué cette fascination que le cheval exerce sur l’homme. Il a trouvé dans le même animal la beauté, la force et la rapidité.
Jadis compagnon de lutte, maintenant compagnon de paix, il peuple toujours la vie et les rêves de l’homme. Pourtant, le mode de vie du cheval s’est beaucoup modifié : cheval loisir, cheval plaisir, telle est sa place aujourd’hui et l’équitation doit répondre aux besoins de toutes ses activités. Le Général Decarpentry disait qu’un cheval destiné à la haute équitation devait être d’abord un bon cheval d’extérieur, faute de quoi, il lui manquerait toujours quelque chose. Un colonel lui aurait répondu qu’il en serait de même pour un cavalier formé dans un manège. Il lui manquerait toujours quelque chose qui est « l’essentiel ».
« L’essentiel », c’est d’avoir le goût de laisser son cheval s’en aller généreusement à toutes les allures et d’avoir un cheval gai et confiant. L’équitation doit être une source de joie et de plaisir, une sorte d’ivresse bien heureuse. Telle est la place que le cheval occupe dans ma vie. Il est mon compagnon des bois, mon complice d’évasion et de liberté qu’il me fait partager.
Olivia Adriaco
ARRÊTE TON CŒUR PARTAGE MON SOUFFLE, LA MONTAGNE NOUS ÉCOUTE…







LE DÉPART LE VOYAGE L’ARRIVÉE
Je suis arrivée Je me suis assise
Il ne s’est rien passé…
Je suis rentrée : j’étais contente.
Le lendemain je suis repartie Je me suis assise
J’ai attendu
Il ne s’est rien passé…
Je suis rentrée : j’étais contente.
Le lendemain j’y suis retournée Je me suis assise
J’ai attendu
La communication est venue
Je suis rentrée : j’étais contente.
Le lendemain j’y suis retournée Je suis partie
Je suis retournée bouleversée Je suis rentrée : j’étais contente.
Le lendemain j’ai regardé dans mon coeur J’ai compris
Je suis contente.
LE DÉPART
C’est le moment qui correspond à notre prise de conscience. C’est le moment où l’on comprend que nous avons tous un voyage à faire dans la vie.






Ce livre est le récit d’une rencontre avec un monde très différent et très éloigné de celui que nous, citadins, avons l’habitude de fréquenter.
« Cet été s’annonce particulièrement pourri » dit mon mari en ôtant son imperméable avec précaution pour ne pas mouiller le magnifique parquet en chêne de notre entrée.
Nous vivons à Paris depuis dix ans et chaque mois de juin, mon époux répète la même phrase, ne se résignant pas à l’idée que l’été parisien ne ressemble, ni de loin ni de près, à l’été italien !
Nous sommes parfaitement intégrés dans la capitale française et nous ne regrettons pas notre pays natal, sauf pour certains détails, comme celui-ci. Paris est une ville magnifique, qui nous a accueillis avec ses rues animées, ses marchés colorés, ses cafés bondés dès le petit matin et ses magasins qui regorgent de tentations. Il faut un certain temps pour se faire aux rythmes implacables de la capitale, mais la vie y devient indéniablement plus agréable dès qu’on s’ouvre à la découverte de ses richesses humaines. On est surpris de trouver derrière la frénésie du quotidien des valeurs insoupçonnées et invisibles aux yeux du touriste pressé. Avec le temps, j’ai appris à discerner des gestes de solidarité qui ne cessent de m’étonner et de me faire apprécier ce peuple généreux. Ces aspects ne sautent pas tout de suite aux yeux, mais mon métier d’écrivain et de journaliste m’a permis d’entrer en contact avec des réalités humaines aussi intéressantes qu’enrichissantes.
C’est grâce aux opportunités que m’offre ce métier que cette histoire a pu voir le jour.
Un des journaux pour lesquels je travaille me demande un jour d’aller voir un centre équestre qui propose des randonnées à cheval dans les Alpes. Le sujet paraît intéressant, et il plaît beaucoup au rédacteur en chef car « c’est bien d’actualité », m’affirme-t-il d’un ton convaincu. L’équitation arrive en cinquième place dans les sports préférés des Français. C’est une passion qui se démocratise de plus en plus et gagne régulièrement des adhérents, en particulier chez les jeunes. Les centres équestres se multiplient et offrent des prestations attirantes, encore davantage appréciées si elles s’insèrent dans un cadre écologique.
« Il s’agit de se rendre dans une de ces villes de montagne qui ont accueilli les jeux olympiques d’hiver. Tu parles des coutumes locales, du paysage, et tu fais le portrait du propriétaire du centre équestre qui organise les randonnées. Il paraît qu’il s’agit d’un « chuchoteur ». Ça fait un sujet complet : tourisme, écologie et sport. Réfléchis et donne-moi ta réponse rapidement » me dit-il, en me serrant la main avant d’entamer la dernière réunion de la journée.
« Voilà une bonne idée, ce rédacteur ne manque pas de métier ! » pense-je en sortant du siège du journal, avant de plonger dans la foule des heures de pointe, au cœur d’un des quartiers populaires de la capitale. En rentrant, je me laisse bercer par le rythme du métro, tout en réfléchissant à la proposition : « C’est l’occasion d’associer mes engagements professionnels et les congés d’été qui arrivent. Je vais en Italie, je fais mon reportage, et après, je reste un peu de temps sur place en vacances ». L’idée me paraît bonne et je décide d’en parler à la maison.
« Le journal voudrait que je fasse un reportage sur un centre équestre qui se trouve dans les Alpes italiennes. Tu pourrais venir avec moi et nous y passerions une partie de nos vacances. Chéri, tu m’écoutes ? » Je regarde mon mari qui, au lieu de prêter l’oreille à mes paroles, est en train de lire, la tête plongée dans son journal.
« Je te parle, tu sais ? » insiste-je avec un ton faussement fâché, car je sais que l’odeur du quotidien fraîchement acheté exerce sur lui une attraction irrésistible.
« D’accord, mais quand je lui parle, il pourrait faire un effort » pense-je en le regardant, pendant qu’il lève les yeux vers moi, sans perdre son calme habituel.
« Ça devient sérieux » me dis-je, je connais bien le regard qui se dessine dans ses yeux.
« Chérie » commence-t-il d’un ton grave. Instinctivement, j’augmente la quantité de sucre que je suis en train de mettre dans son café, comme pour adoucir les mots qui vont suivre.
« Veux-tu comprendre que tu es épuisée ? », sa voix reste calme, mais ferme. « Tu as besoin de te reposer. Il ne faut pas trop tirer sur la corde, car elle peut se casser. Tôt ou tard, tu vas payer les conséquences de tes activités » poursuit-il en me regardant droit dans les yeux, tout en prenant la tasse que je lui tend.
Je sais qu’il a raison. Il a toujours raison quand il parle si calmement, les mains croisées sur son journal bien plié.
Il a raison, je le sais… Pourtant, j’accepte la proposition du journal et nous partons tous, pour un mois de vacances pour certains, et de travail mélangé aux vacances pour moi.
UN CENTRE ÉQUESTRE
Tous nos réveils ont l’air semblables et pourtant il y en a certains qui sont différents des autres, car ils annoncent des changements dans le cours de notre existence.
« Un beau centre équestre. Voilà ce que je vais trouver… ». Mes pensées se succèdent, avec une note de scepticisme, tandis que je suis la direction indiquée par le panneau au bout du sentier.
« La route est simple » m’a dit la voix d’une jeune femme au téléphone, « une fois que vous avez trouvé le panneau, vous passez le pont sur le torrent, et vous continuez le long du chemin principal. 600 mètres après, vous verrez une maison sur votre gauche : c’est le Silverado. Vous prenez le petit pont pour traverser le ruisseau et vous êtes arrivée. Vous ne pouvez pas vous tromper. »
Des centres équestres, j’en ai déjà vus dans le passé. Je ne suis pas experte en équitation, mais comme beaucoup, je me suis amusée en pratiquant un peu ce sport. Malheureusement je n’ai jamais vécu de bonnes expériences. Un même constat : ils se ressemblent tous. Mêmes odeurs, mêmes couleurs, mêmes boxes, même ambiance.
J’ai en mémoire une image que j’ai trop souvent vue : une enfilade de grosses têtes sortant des fenêtres carrées des boxes, les unes derrière les autres… Comme une file de spectateurs dans une sorte de ruche géante.
« Si seulement ils pouvaient s’évader… », voilà ce que je pensais quand, encore adolescente en Italie, je fréquentais un de ces centres pour amateurs pas très doués. D’après mon expérience, j’ai pu constater que les véritables cavaliers ne sont pas très nombreux ; pour la plupart, il s’agit plutôt d’« hippo-transportés », c’est-à-dire de gens qui se laissent transporter par le cheval, tout en ayant l’impression de le conduire selon leur volonté.
« Arrête de cogiter et ne te fais pas d’idées avant de voir ! » me dis-je d’un ton sévère, comme le ferait un mère avec sa fille.
« Respire profondément en revanche. Regarde ce qui t’entoure au lieu de te renfermer dans ta tête. Ouvre les yeux et profite du paysage. »
En inspirant l’air, je sens jusqu’au plus profond de mes narines tous les parfums du bois qui m’entoure.
Je marche le long du sentier qui monte doucement vers le Silverado, le centre que je ne vais pas tarder à découvrir. Un pas après l’autre, je sais que j’approche et comme cela m’arrive souvent avant de faire une interview, ou de rencontrer une personne, je m’amuse à un petit jeu. J’essaie d’imaginer l’individu qui va se trouver en face de moi, ainsi que le cadre et le scénario qui m’attendent. Il n’y a pas de limites à l’imagination. Pour le personnage, je ne sais pas : grand ou petit ? Un peu grossier ou plutôt version gentleman ? Murmure-t-il à l’oreille des chevaux comme Robert Redford dans le fameux film L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux , ou sera-t-il plutôt cow-boy comme John Wayne ? Sympathique, du style « je vous en prie, entrez, je suis à votre disposition » ou distant comme « dites-moi, vite, je n’ai pas de temps à perdre » ?
En ce qui concerne le décor, en revanche, c’est plus facile. Je n’ai qu’à piocher dans mes souvenirs plus ou moins lointains et broder le tableau qui me plaît le plus. Je vais sûrement trouver un bar avec une belle terrasse, les fleurs bien soignées, les chemins délimités par l’herbe verte fraîchement coupée et des gens bien habillés selon le style et la mode du club. Chaque détail trouvera sa place selon le style du club – ranch américain ou club à l’anglaise. Les leçons suivent toujours le même schéma, les mêmes mots sont répétés avec monotonie et les jeunes élèves rentrent dans un moule. Quant aux chevaux, toujours dans leurs boxes spacieux, ce seront des modèles esthétiquement propres et parfaits. Leur toilette est tellement minutieuse qu’on se demande si une telle propreté est véritablement nécessaire…
Je ressens encore une tristesse mélangée à de l’amertume quand je repense à une personne qui m’expliquait avec fierté qu’elle maintenait ses chevaux « à l’abri » dans les boxes, pour les protéger, mais aussi pour qu’ils aient vraiment envie de se dégourdir les jambes une fois dehors. Elle le faisait pour s’amuser, disait-elle. En effet, enfermés dans un espace restreint, les chevaux accumulent une grosse quantité d’énergie qu’ils pourront ensuite exploiter dans leurs sauts, une fois dans la carrière d’entraînement.
Je suis parfaitement consciente que tous les centres équestres ne sont pas comme cela, mais ayant vu de mauvais exemples, je suis prévenue. Il est vrai que les animaux sont en général au service de l’homme, mais cela ne doit pas se passer sans règles.
Vus sous cet angle du sport, nos critères pour choisir les chevaux se fondent surtout sur l’importance du nom qu’ils portent et sur l’image qu’ils véhiculent. Savoir que « c’est le fils de… » compte bien plus que repérer les capacités physiques de l’animal. Un critère sélectif, sans doute, mais nous savons aussi que les enfants d’Einstein n’ont pas fait de découvertes dans le domaine de la physique après leur père. Pas plus que ceux de Napoléon n’ont conquis de pays étrangers. Il vaudrait mieux penser que chaque personne a sa propre histoire, tout comme les chevaux, car les fils de Ribot n’ont jamais atteint les performances de leur père.
Toutefois, souvent les chevaux semblent ne pas se soucier de nos manies, parfois un peu farfelues. Ils restent étonnament tranquilles, malgré tout ce qu’on leur fait subir. Avec leurs cinq cents kilos, ils auraient pourtant la possibilité de saccager tout ce qui les entoure, mais peu d’entre eux se rebellent. Au contraire, ils se soumettent, ils en arrivent même à s’éteindre, à se vider : ils deviennent comme des automates, justes prêts à entrer dans le rectangle de sable et à obéir. Tranquillement, ils adoptent un rythme régulier, aux ordres de l’homme. Leurs yeux regardent loin, au-delà de la personne qui est devant eux, comme des êtres qui souffrent, résignés, sans jamais se plaindre. Une vague tristesse peut parfois se lire dans le regard de ces animaux qui, ne vivant pas dans un milieu favorable, ne peuvent pas jouir de ce que la nature a prévu pour eux.
SILVERADO
Il ne faut jamais oublier que quand on monte sur un cheval, on monte sur un être qui a son histoire, des sentiments, des sensations, des rêves, des souffrances, des peurs…
Pour dissiper cette sensation de mélancolie, je m’immerge dans la beauté de la nature et m’efforce de revenir au présent. Le sentier que j’ai emprunté après avoir garé la voiture près du pont, longe un petit ruisseau de montagne. Son eau limpide et fraîche court avec la vigueur « nouvelle » typique des jeunes créatures. Les plantes de la montagne déclinent une vaste gamme de verts qui vont des jeunes feuilles délicates aux vieux arbres qui assurent la beauté de ce site tout au long de l’année. Sur les bords du chemin, tout comme dans le pré qui s’ouvre à ma droite, mon regard est attiré par des petites fleurs qui, isolées ou en groupes, montrent leurs têtes au sein de l’herbe verte ou des arbustes sauvages.
Le bruit de l’eau n’est interrompu que par celui de mes pieds qui foulent la terre battue du chemin qui grimpe doucement. Je monte, le pas régulier, en créant un rythme qui me libère de mes tensions, et permet à mes sens de se laisser envahir par la beauté du paysage.
Petit à petit, un pas après l’autre, j’approche de ma destination. J’aperçois au loin une petite construction en bois, des voitures garées et du monde un peu partout. D’un seul coup, je me rends compte que je n’ai pas à faire ici avec les clichés que j’avais évoqués en marchant. Où est le beau tapis vert à l’anglaise ? Et le « club house » ? Les gens bien habillés ? Je regarde mieux, en m’attachant aux détails, mon attention s’aiguise dans le but de confirmer les idées que mon mental avait construites auparavant. Je cherche attentivement, mais je ne trouve pas ce que je veux. Tout ce que je vois, c’est un paysage harmonieux qui suit tout naturellement celui qui le précède, au-delà du dernier virage. Il s’agit d’un simple et magnifique paysage de montagne, dans lequel quelqu’un a construit une maison en bois. Je ne vois rien de tout ce que j’ai pu imaginer pendant les six cents mètres de marche pour arriver jusque là. C’en est même tellement éloigné que j’oublie que je suis dans un centre équestre et j’ai plutôt l’impression de rendre visite à un ami, chez lui.
« Peut-être que c’est vraiment comme ça » me dis-je « ce monsieur a probablement décidé de venir vivre ici et il s’est construit une petite maison ».
Au-delà du petit ruisseau, sur la pente de la montagne, se dresse en effet une jolie maisonnette en bois de deux étages. Juste devant, une terrasse, elle aussi en bois, où quelques personnes discutent paisiblement, assises sur des chaises. La maison semble de dimension modeste, mais ses proportions sont harmonieuses. Sur la gauche, au milieu d’une cour de gravier, trône une grande table, en bois elle aussi, avec une balançoire colorée au fond, signe que des enfants ne doivent pas être très loin.
De l’autre côté de la maison, toujours à partir du même bois, on a construit des boxes pour les chevaux. Deux couleurs de vernis – une foncée et une claire –, ils semblent vides. Des chevaux sont en effet dans la carrière qui se trouve en contrebas par rapport à la maison, juste à côté du ruisseau. Là, d’autres personnes sont assises sur des bancs, et observent le déroulement du cours. Elles ont probablement accompagné leurs enfants. Certaines ont un regard admiratif pour les progrès de ces petits, tandis que d’autres bavardent tranquillement dans la chaleur encore tiède du soleil du matin. Un peu plus haut, trois personnes sont assises dans une carriole en bois, comme celles qu’on utilisait dans le temps, traînées par des chevaux. Des cartes en main, elles sont sans doute en train de se mettre d’accord sur un itinéraire de balade.
Je regarde au-delà de la maisonnette, vers le haut, et je m’aperçois que d’autres chevaux se trouvent là, libres en apparence, dans des grands espaces rectangulaires seulement délimités par une cordelette colorée. Ils semblent vivre paisiblement leur existence, se confondant avec la nature environnante. En observant la disposition de ces structures, tout semble fait pour vivre en communion avec les chevaux.
« La construction est une vraie maison, mais le propriétaire a choisi une vie sans trop de confort pour pouvoir vivre près de ses chevaux ! » pense-je en essayant de traverser le ruisseau.
Pour accéder au centre, il faut en effet pouvoir passer de l’autre côté du petit cours d’eau. On peut soigneusement mettre les pieds sur des grosses pierres, comme le font joyeusement quelques enfants, ou bien franchir un petit pont de bois, comme préfèrent le faire deux adultes, probablement les parents des petits explorateurs. Je décide d’imiter les enfants et, bien plus gauchement qu’eux, je décide de traverser le petit torrent, en faisant attention à ne pas mettre les pieds dans l’eau, car même si elle n’est pas profonde, mes chaussures ne supporteraient pas une telle immersion.
Personne ne semble se préoccuper de ma présence, pas même les deux chèvres blanches très occupées à brouter l’herbe fraîche. Sans problème, je me dirige vers la maison, en continuant à observer ce qui m’entoure avec attention et curiosité.
Je sens que dans cet endroit règne une bonne atmosphère. Tout est calme et tout le monde a l’air tranquille. Personne ne parle fort, il n’y a pas de mouvements brusques. Et pourtant, il y a beaucoup de monde ! La seule fausse note, ce sont les voitures garées de l’autre côté du torrent, mais elles sont malheureusement partout, même en montagne à 1500 mètres d’altitude !
Je respire à fond deux ou trois fois, et je découvre, à l’intérieur de moi-même, des sensations agréables, bien qu’encore vagues. Il me semble que l’air est paisible et léger, il rentre subtilement dans mes narines. Je suis encore incapable de saisir ce qui se passe autour de moi ; il m’est impossible de mettre des mots pour étiqueter les sensations que je suis en train d’éprouver.
Il s’agit d’un de ces lieux que l’on aime tout de suite, dès qu’on le voit, sans savoir pourquoi. Je comprends que c’est un endroit dans lequel on doit aimer traîner, on a envie d’y rester le plus longtemps possible et sans pouvoir s’en expliquer les raisons, on doit avoir du mal à le quitter.
En plongeant dans mes sensations, je suis vite assaillie par les soupçons qui surgissent dans mon esprit. Fille de la civilisation moderne, je deviens méfiante quand je rencontre une réalité que j’ai du mal à identifier et par conséquence à dominer par mes pensées. Dès que je rencontre une situation que je ne connais pas et qui me trouble, je la fuis ou essaye de la rationaliser avant de pouvoir l’accepter.
Les questions défilent dans ma tête : « Comment peut-on vivre dans des conditions pareilles ? Peut-on y être heureux ? Je me suis sûrement trompée sur mes premières impressions… ».
Je cherche à tout prix une réponse rassurante, comme si je voulais me protéger de l’inconnu, de mes émotions et de mes sensations les plus profondes. Le pouvoir de rationalisation vient à mon secours pour m’éloigner d’un monde avec lequel je n’ai pas l’habitude de vivre.
Un tourbillon d’images s’impose d’abord ; puis, petit à petit, le calme s’installe dans mon esprit agité, si habitué à vivre dans le stress et dans l’action. J’ai fait des progrès au fil du temps, car contrairement à mon comportement dans le passé, j’ai maintenant un peu plus l’habitude de me laisser aller et d’accepter ce qui se présente. J’apprends à appréhender le monde d’une autre manière…
Le vent se lève et caresse mon visage. Soudain, je me souviens d’un grand maître tibétain que j’ai connu dans le passé, et de ses mots de sagesse. Il expliquait que toutes les choses importantes de la vie ne se montrent jamais de manière trop évidente : elles restent cachées par un voile, dont la vue peut même parfois déranger ou effrayer.
« Il faut descendre en profondeur pour aller à la rencontre des découvertes les plus importantes » avait-il l’habitude d’expliquer. Il disait aussi que la partie divine de la vie des êtres humains se manifeste dans leurs parties les plus intimes, celles que l’on ne voit presque jamais, pris comme nous sommes dans une vie frénétique.
En regardant le paysage, je réalise que l’harmonie est omniprésente. Les chevaux en bénéficient : ils sont paisibles, doux, voire presque relaxés.
Leurs corps puissants sont si calmes que leurs masses et leurs forces ne font pas peur. Ils restent là où ils sont, ils ont l’air insouciant de ce qui se passe autour, docilement libres.
Leur regard est doux et dégage une tranquillité profonde. Je passe ; ils me regardent, peut-être un peu somnolents, mais toujours attentifs.
« Il s’agit, sans aucun doute, d’un lieu spécial » me dis-je encore mentalement. Le moine tibétain l’aurait défini comme « un lieu de pouvoir ». Il avait l’habitude de dire que quand nous voulons construire quelque chose, nous devons choisir l’endroit idéal, car chaque partie de notre planète dégage des énergies différentes, plus ou moins fortes. Il y a des personnes en mesure de le ressentir et de les reconnaître et lui en faisait partie.
Une fois qu’on a trouvé un lieu avec les bonnes caractéristiques, il attirera les bonnes personnes. Ce seront principalement des personnes actives, celles qui construisent et qui laissent une trace positive de leur passage dans l’existence.
« Qu’est-ce qui fait en sorte qu’une personne puisse être appelée « spéciale » ? » nous demandait-il souvent.
« L’expérience de sa vie » répondions-nous, une fois la leçon bien apprise.
Je continue à marcher vers la maison, complètement absorbée par la réalité dans laquelle je suis immergée.
Je ne savais pas encore que cette matinée était le début d’un profond changement pour moi.
Nous ne pouvons pas savoir qu’il y a, dans notre vie, des jours qui commencent apparemment comme les autres, mais qui vont se révéler des moments spéciaux par la suite.
Tous nos réveils ont l’air semblables et pourtant certains sont différents des autres, car ils annoncent des changements dans le cours de notre existence.
Ce matin-là, j’aurais dû me rendre compte qu’il allait se passer quelque chose, mais je me suis lavée, habillée, coiffée comme d’habitude. Je n’avais détecté aucun signe. Et pourtant… j’aurais dû.
LA PHILOSOPHIE DU CENTRE
Un bon cavalier est comme un bon père, car il est capable de comprendre la valeur de l’équilibre et il sait que la violence n’ouvre de voies ni positives ni constructives.
« La philosophie de notre centre, le Silverado, peut se résumer dans une seule phrase : l’équitation est communication » dit, calmement, la voix ferme, un grand monsieur aux yeux bleus et à la barbe aux reflets blanchâtres.
Sans m’en rendre compte, je suis arrivée devant la maison en bois et je suis à présent sur la terrasse, à côté d’un petit groupe de quatre personnes attentives à ces paroles.
La communication est un sujet qui m’intéresse et qui m’a toujours passionnée. Il s’agit d’un des thèmes dont on parle le plus à notre époque. Tout le monde veut communiquer, même si peu de personnes y parviennent véritablement. Et voilà qu’à ma grande surprise, j’apprends qu’on s’intéresse à la communication, même à la montagne ! Malgré la méfiance et la prudence de mon esprit logique, je décide d’écouter la voix de mon intuition qui me suggère de prêter attention moi aussi à cet homme, qui semble sincère.
En rassemblant un peu mon courage, je m’approche encore et je m’intègre au petit groupe. Oubliant ma timidité habituelle en présence d’inconnus, j’entends une question sortir de ma bouche : « Monsieur, pouvez-vous nous en dire davantage ? ».
Le ton utilisé ne doit pas être très sympathique, à en juger les yeux qui se tournent vers moi. J’ai presque honte, comment ai-je pu sortir cette phrase sans réfléchir ?… Je voudrais m’excuser. Je suis là pour essayer de comprendre, trouver un sujet pour mon travail. C’est ma terrible habitude de poser des questions, de vouloir savoir, de creuser en profondeur. J’essaie de dire tout cela avec un regard qui s’adresse, une à une, à toutes les personnes présentes.
« Enchanté. Renato Riccardi. » Le grand monsieur me tend la main en se tournant vers moi, pas du tout gêné par ma question. Il est vêtu d’une sorte d’uniforme vert foncé, et porte un magnifique chapeau blanc, comme les cow-boys. Mise à part sa taille, bien supérieure à la moyenne, il n’y a rien de vraiment impressionnant en lui. Il est accueillant, le ton de sa voix est courtois, même s’il faut avouer que sa carrure impose naturellement du respect.
Reconnaissante pour son geste de courtoisie et d’ouverture, je lui serre vigoureusement la main, soulagée d’avoir été « acceptée » et introduite dans la conversation. Avec un calme contagieux, il continue sa réflexion, indépendamment de ma question, comme s’il ne l’avait même pas entendue.
« Vous devez savoir » dit-il, avec un regard qui semble aller au-delà de ma personne, « qu’il s’agit d’une forme de communication tellement raffinée et si difficile à réaliser, qu’elle permet à la personne qui la met en pratique, de grandir sur un plan personnel ».
La voix reste calme, à l’image de l’homme qui poursuit avec générosité, sans compter son temps, pour satisfaire notre soif de savoir et combler nos lacunes.
« Le cheval est un être sincère et, à la différence de l’homme, il n’a pas d’objectifs cachés. L’homme, par contre, veut soumettre le cheval et quand il n’y arrive pas, il se met en colère. Les hommes ont malheureusement l’habitude de croire qu’ils peuvent toujours gérer leur vie. Ils ont l’illusion – ou peut-être on le leur laisse croire –, qu’ils ont la capacité de maîtriser les événements, qu’ils sont les seuls maîtres de ce qui leur arrive.
Ces illusions tombent, une fois à cheval, quand ils sont bien obligés de changer leurs attitudes et leurs façons de faire, car ils entrent en contact avec une force qu’ils connaissent mal ou pas du tout. C’est un moment de crise ; le doute s’installe. Tous les points de repères auxquels ils étaient attachés tombent les uns après les autres.
Il faut considérer ce moment de la vie comme une chance que l’on a à notre portée : nous avons en fait la possibilité de changer et de comprendre qu’il faut apprendre à communiquer avec l’animal, si nous voulons réussir » conclut Renato.
Je regarde autour de moi ; il règne un grand silence. Je constate que le nombre de personnes a augmenté et que tout le monde est attentif aux mots qui flottent toujours dans l’air, avec gentillesse et fermeté.
J’écoute, je ne pers pas un seul mot de ce discours, je commence à apprendre quel est ce type de communication entre l’homme et le cheval qu’il faudrait être capable de mettre en place pour pratiquer l’équitation, du moins celle que l’on enseigne ici, d’après ce que je comprends.
Renato poursuit en mettant en évidence l’importance du tact.
« Pour monter, tout comme pour commencer à avancer, l’homme doit en effet inévitablement toucher le cheval avec ses mains et ses jambes. Il doit utiliser une communication tactile et ce contact est perçu par le cheval comme une sensation, qui peut être agréable ou désagréable.
L’autre forme de communication, souvent négligée, mais de grande importance, est plutôt « psychique ». Beaucoup plus difficile à définir et à saisir, il s’agit d’une réalité impalpable, mais qui apparaît très claire aux yeux d’un expert. » Renato s’explique devant un public qui a l’air de bien comprendre et de suivre ses propos.
« Il est possible de mieux comprendre cette idée de communication subtile et presque psychique, si l’on pense que l’état d’âme d’une personne qui monte à cheval se reflète toujours sur l’animal. Le cheval « voit » et « sent » l’individu sur son dos, et il le considère comme un être avec lequel il faut communiquer. Il est donc prêt à l’écouter et se prépare à cette communication. On s’en aperçoit à travers le mouvement de ses oreilles, la courbure de sa tête ou ses regards en arrière qui vérifient le comportement de son cavalier. En se comportant ainsi, le cheval montre qu’il est prêt à entrer en syntonie avec l’homme.
Quand je dis « homme », madame, ne m’en voulez pas » dit Renato en regardant une dame blonde qui l’écoute avec grande attention. « Par « homme » j’entends, bien évidemment « l’être humain ». C’est tout simplement plus court à prononcer !
– Mais c’est seulement le cheval qui communique avec l’homme ? » demande un monsieur, la cinquantaine, qui porte lui aussi un grand chapeau sur sa tête.
« L’homme, à son tour, doit instaurer le dialogue avec le cheval. C’est à ce moment-là qu’il va utiliser la communication tactile : ses mains deviennent un prolongement des rênes qui sont dans la bouche du cheval, tandis que ses jambes lui servent à indiquer la direction à prendre ainsi que la vitesse de la marche » répond Renato.
« Il s’agit de deux moyens tactiles très importants, qui doivent continuellement se perfectionner. Cela doit devenir un langage de plus en plus léger et délicat. Tout doit se faire en finesse, car le fait de trop tirer, ou de trop pousser, agite inutilement le cheval, l’empêchant de passer à un autre niveau de communication, plus subtile et plus raffinée.
Si la communication tactile se passe bien, on peut passer à un niveau de communication plus « psychologique », que certains n’hésitent pas à appeler même « spirituelle ». En effet, c’est une communication qui se fait presque « d’âme à âme », car le cheval perçoit l’état d’âme de son cavalier. Il y a des personnes qui montrent un calme apparent, mais qui, en réalité, sont très agitées dans la profondeur de leur cœur. Le cheval, lui, est en mesure de le ressentir, grâce à son instinct et il se comporte en conséquence.
L’exemple le plus évident de cette communication fine, délicate et subtile, on le retrouve dans le rapport de l’animal avec des handicapés. On s’aperçoit, en effet, que le cheval change complètement son comportement quand il a à faire avec des sujets porteurs de handicaps. Il ne se comporte pas avec eux comme avec les autres personnes.
Comprendre et communiquer avec un cheval, signifie aussi savoir accepter que, certains jours, il n’est pas en mesure de donner ce qu’on lui demande ; il faut donc pouvoir attendre le jour suivant, en respectant ses temps à lui.
Vous voyez, c’est qu’il ne faut pas oublier que le cheval est un animal doué d’une certaine intelligence. » Renato se tourne vers moi. Je remarque que son regard a changé au cours de son monologue. Il s’est fait plus aigu, plus limpide, plus concentré, mais neutre en même temps, comme si les mots coulaient à travers lui, à l’image du petit ruisseau en bas.
« Dans nombre de ses manifestations, son comportement peut nous faire penser à celui d’un enfant. Parfois un enfant boude et adopte des stratégies pour éviter d’exécuter ce que ses parents lui demandent. Le cheval peut faire de même. Il lui arrive, par exemple, de faire semblant de boiter pour faire descendre le cavalier de son dos, car, ce jour-là, il n’a pas envie de travailler, ou bien, comme tous les enfants, à un certain moment de sa vie, il arrive à un point de refus dans la poursuite de son éducation.
Parfois, par contre, son intelligence se manifeste d’une manière telle que nous avons du mal à évaluer ou à comprendre pleinement. Ce qu’il ne faut jamais essayer de faire, c’est de vouloir comprendre un cheval en partant des données typiques de l’intelligence humaine, car ce serait aller à un échec assuré. Le cheval n’est pas comme l’être humain, il a ses spécificités et il faut savoir les accueillir. C’est un animal pur et direct, essentiellement un mélange d’instincts et de sensibilité, sans encore la malice et la volonté de tricher. Ses besoins sont naturels : manger, boire, dormir, rester dans un endroit tranquille et dans un état de calme, le même qui leur permet, à l’état sauvage, de rester dans une prairie avec les loups autour. C’est dans un tel état que, attentif, il surveille les loups qui veulent peut-être attaquer un poulain, tout en continuant à brouter l’herbe fraîche que la prairie lui offre.
Le cavalier doit comprendre qu’il a affaire à un animal de cinq cents kilos, bien plus fort que lui, mais qui le suit docilement, sans jamais se rebeller. Pour cela il ne doit pas abuser de son compagnon. Il faut qu’il le respecte et qu’il l’aime », Renato conclut son intervention, interrompu par la sonnerie de son téléphone. Il s’excuse et s’éloigne discrètement.
Je reviens brusquement les pieds sur terre, car j’étais tellement prise par ces discours que j’avais oublié où je me trouvais. Jamais je n’ai entendu un homme parler avec autant de respect, de chaleur, de profondeur et de connaissance du monde équestre. Son idée est quelque part révolutionnaire dans notre culture : il est en train de me faire comprendre que ce n’est pas seulement le cheval qui doit s’adapter à l’homme, mais que l’homme trouvera son bonheur et sera sûrement gagnant, s’il s’adapte au cheval.
La silhouette d’un nouveau cavalier semble alors prendre forme et se dessiner clairement dans ma tête. En mettant ensemble les deux formes d’équitation, celle qui utilise les enseignements traditionnels occidentaux et celle qui veut développer une forme plus « subtile » comme il dit de communication avec le cheval, on pourra arriver à un meilleur résultat.
Sera-t-il ainsi possible d’aller enfin vers une équitation plus libre, spontanée et respectueuse du cheval ?
LA COMPRÉHENSION DU CHEVAL
Le départ momentané de l’orateur brise le silence du petit groupe attentif. J’en profite pour faire connaissance. Je découvre qu’il y en a beaucoup qui viennent de très loin parce qu’ils ont entendu parler de la qualité du travail et de l’attention qu’on accorde ici aux chevaux. D’autres viennent régulièrement pour sortir en balade avec Renato car ils aiment l’aventure et apprécient les randonnées en montagne avec lui.
Une dame aux yeux pétillants m’explique qu’ici « ce n’est pas comme ailleurs, c’est spécial ». Je ne comprends pas ce qu’elle veut dire, mais je n’ose pas aller plus loin, car Renato a raccroché et il est en train de revenir. Je sens que la discussion va reprendre.
« Où le cheval peut-il le mieux s’exprimer ? » demande effectivement tout de suite un monsieur, visiblement fasciné par le récit et qui, depuis le début, n’a pas détourné son regard du maître des lieux.
« La noblesse du cheval » répond Renato, « apparaît au grand jour quand les hommes lui permettent de s’exprimer et de prendre sa vraie place, comme l’avaient déjà compris certains peuples comme les Mongols, les cavaliers de l’Islam ou les Indiens d’Amérique.
En effet, toutes les grandes civilisations qui ont partagé leur vie avec les chevaux ont développé une culture et un savoir faire remarquables avec ces animaux.
Les Arabes, par exemple, ont sélectionné une race de chevaux à l’intelligence raffinée. Ils sont parvenus à un tel point d’équilibre que le cheval se donne complètement au cavalier, alors que ce dernier lui laisse toujours un espace de liberté, même limité. Un cheval dressé de cette manière n’exécute pas des ordres, comme le ferait une machine ; il garde en lui une étincelle de liberté, pendant toute sa vie.
Le cheval des Indiens d’Amérique, c’est-à-dire le poney indien américain, est un cheval rustique, habitué à parcourir de grandes distances et à vivre en liberté. Jamais attaché ou enfermé dans un enclos, il reste pourtant toujours à côté des campements montés par les êtres humains. Ce rapport unique et raffiné entre le cheval et le cavalier, souvenir des temps passés, existe encore aujourd’hui. Les Indiens sont de grands cavaliers, même si l’on devrait plutôt en parler au passé, leur vie étant aujourd’hui extrêmement pénible et restreinte, pour la plupart, à des réserves où ils essayent de conserver leur dignité humaine ; avec la fierté qui était propre à leurs ancêtres armés d’arcs et de flèches, qui chevauchaient sans selle et communiquaient avec l’animal à travers leurs jambes. Il est étonnant de voir comment cet animal accepte de porter l’homme, même dans des situations d’extrême danger, comme la chasse au bison ».
Renato soupire, et fait une longue pause pour allumer la pipe qu’il a soigneusement préparée pendant son discours.
« Des peuples ont découvert et développé une approche de communication naturelle avec le cheval » continue Renato. « En Occident, nous y sommes parvenus plus tard. Une partie des vérités déjà découvertes par d’autres civilisations ont été comprises grâce au génie de certains cavaliers illuminés, qui sont allés contre le système en place pour innover, comme l’Italien Caprilli par exemple. Ce maître de l’équitation a réussi à changer les habitudes occidentales concernant la façon de monter à cheval. »
« Qu’a-t-il fait ? » demande ma voisine, celle qui m’a expliqué que cet endroit était « unique ».
« Il a, tout simplement, abandonné toute la partie de l’équipement inutile, pour n’employer qu’un mors et une selle de base » lui répond Renato. « Son idée a été révolutionnaire » s’enthousiasme-t-il. « Il faut savoir que jusqu’à la première guerre mondiale, dans l’armée, on montait à cheval de façon lourde et coercitive. Les concepts concernant les chevaux étaient archaïques et erronés, comme le montrent les idées que l’on avait sur le saut. A l’époque, on pensait que le cheval sautait grâce au cavalier, qui l’aidait en tirant sur les rênes. On utilisait aussi des étriers très longs, qui laissaient le poids du cavalier reposer complètement sur le dos du cheval, ainsi qu’une très grande quantité de mors ».
« Tout ça est important… » dit, tout bas, un grand monsieur juste derrière moi, saisi par ce discours qui le fait visiblement voyager dans son imaginaire..
« Tout ce qui touche le cheval, directement et indirectement, est de très grande importance, car le tempérament du cheval se forme dès sa naissance, et se construit à chaque événement de sa vie » complète Renato. « Tout compte pour lui et tout aura un impact sur sa vie future : il est donc important de savoir comment il a été dressé, alimenté, quel rapport il a eu avec sa mère, la qualité du premier jour de dressage, etc. Le dressage se greffe ensuite sur le vécu de l’animal et il va avoir une importance capitale, il doit tenir compte de la destination et peut-être de l’usage qu’on voudra faire du cheval : compétition, saut, randonnée ou autre. C’est une phase très longue, qui dure au moins un an et qui s’imprime dans sa mémoire pour le reste de sa vie future. Une fois le dressage effectué, le cavalier pourra monter et communiquer avec le cheval à travers tout son corps, les jambes et les mains en particulier.
Il faut entrer progressivement en contact avec le cheval avec beaucoup de calme, on le fait tourner longuement pour qu’il arrive à atteindre ce calme.
– Calme ? » s’étonne un monsieur brun, resté silencieux jusqu’à ce moment tout en montrant son intérêt.
« La règle de base est d’arriver aux trois points fondamentaux de l’équitation naturelle : avant, calme et droit » reprend Renato, en rentrant un peu plus dans les détails.
« Avant » signifie qu’il faut créer une poussée pour qu’il avance. Le cheval a dans son postérieur toute l’énergie pour pouvoir marcher. Il s’agit d’une impulsion qui part du postérieur vers l’avant et lui permet d’avancer. Un bon cheval est celui qui est tout le temps dans cette impulsion, exactement comme les petites voitures à ressorts.
Pour créer cette situation, il faut entrer en contact avec le cheval à travers la première forme de communication, la tactile. Avec les jambes, nous créons l’impulsion pour avancer, le cheval charge son postérieur et dépose cette force dans les mains du cavalier. La résultante de cette force tombe exactement dans la bouche du cheval, où se trouve le mors. C’est pour cela qu’on peut dire que le cheval met sa force dans les mains du cavalier qui tient les rênes.
Le cheval doit être dressé en alternant un moment de trot, un arrêt, puis on repart en faisant des voltes, le tout suivi de nombreux exercices qui apprennent au cheval à poser son postérieur correctement. On remarque l’importance de cette position dans les statues équestres des rois. Il faut voir comment est positionné le cheval pour comprendre ce qu’est l’impulsion : les chevaux cabrés ont le postérieur en dessous et le cou très arqué. Cette position « ronde » permet au cheval de poser sa force motrice en dessous et, d’une poussée, de l’envoyer comme une résultante dans sa bouche.
Ce sont les jambes du cavalier qui créent cette poussée et les mains la corrigent selon les besoins.

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