L estime de soi
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L'estime de soi

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Description


Je m'estime, tu m'estimes, on s'estime !



Qu'est-ce que l'estime de soi ? C'est un état fluctuant qui se construit, se déconstruit et se reconstruit au jour le jour, au gré des circonstances heureuses et malheureuses de la vie. Il nous permet de nous appuyer sur nous-mêmes tout en tenant compte des autres et de leur reconnaissance.



Pourquoi n'avons-nous pas confiance en nous ? Qu'est-ce qui nous empêche de changer ? Comment se forme une estime de soi bien tempérée ?



Reconquérir son territoire, reconnaître et valoriser ses différences, arrêter de se faire du cinéma, soigner ses amis, écouter son corps, avoir un projet de vie... telles sont quelques-unes des pistes que propose cet ouvrage pour développer une saine estime de soi et la cultiver dans sa vie d'adulte, en famille, en couple et au travail.




  • Avant-propos - Emergence d'une valeur nouvelle : l'estime de soi


  • L'estime de soi : une relation entre soi et les autres


    • Qu'entend-on par estime de soi ?


    • L'autre, frein ou moteur de l'estime de soi ?




  • Estime ou mésestime de soi : origines et mécanismes


    • S'estimer : un long chemin qui passe par soi


    • Les altérations de l'estime de soi




  • Entretenir et réparer son estime de soi au quotidien


    • Se prendre en main pour vivre mieux avec les autres


    • S'épanouir en couple et en famille


    • Se réaliser dans sa vie professionnelle



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 décembre 2016
Nombre de lectures 81
EAN13 9782212095579
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0032€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Je m’estime, tu m’estimes, on s’estime !
Qu’est-ce que l’estime de soi ? C’est un état fluctuant qui se construit, se déconstruit et se reconstruit au jour le jour, au gré des circonstances heureuses et malheureuses de la vie. Il nous permet de nous appuyer sur nous-mêmes tout en tenant compte des autres et de leur reconnaissance. Pourquoi n’avons-nous pas confiance en nous ? Qu’est-ce qui nous empêche de changer ? Comment se forme une estime de soi bien tempérée ?
Reconquérir son territoire, reconnaître et valoriser ses différences, arrêter de se faire du cinéma, soigner ses amis, écouter son corps, avoir un projet de vie… telles sont quelques-unes des pistes que propose cet ouvrage pour développer une saine estime de soi et la cultiver dans sa vie d’adulte, en famille, en couple et au travail.
Marie-Joseph Chalvin , spécialiste de l’analyse transactionnelle et de l’affirmation de soi est l’auteur de nombreux livres sur la pédagogie.
Marie-Joseph Chalvin
L’estime de soi
Apprendre à s’aimer avec ou sans les autres
Douzième tirage 2017
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Cet ouvrage a fait l’objet d’un relookage (nouvelle couverture) à l’occasion de son douzième tirage. Le texte reste inchangé par rapport au tirage précédent.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2005, 2007, pour le texte de la présente édition © Groupe Eyrolles, 2017, pour la nouvelle présentation ISBN : 978-2-212-56586-7
Ouvrages publiés par Marie-Joseph Chalvin
L’art de vivre en famille , Arnaud Franel, 1999.
Qui sont vraiment nos politiques ?, Eyrolles, 2006.
Comment réussir avec les profs de vos enfants , ESF Éditeur, 1984.
Comment réussir avec ses élèves , ESF Éditeur, 1995.
Parents : aidez vos enfants à réussir , Eyrolles, 2004.
Dans la collection « Outils pour la classe » :
Deux cerveaux pour la classe , Nathan, 2004.
Enseignement et analyse Transactionnelle , Nathan, 2000.
Prévenir conflits et violence , Nathan, 2004.
En collaboration avec Laurent Chevallier :
Joseph Chevallier, Lettres du Tonkin et du Laos (1901-1903) , « Mémoires asiatiques », L’Harmattan, 1995.
En collaboration avec Véronique Girard :
Un corps pour comprendre et apprendre , Nathan, 1999.
Table des matières

Avant-propos – Émergence d’une valeur nouvelle : l’estime de soi
Luxe de privilégiés ou besoin impérieux ?
La naissance de l’individu
De l’intimité à l’extimité
P REMIÈRE PARTIE
L’estime de soi : une relation entre soi et les autres
Chapitre 1 – Qu’entend-on par estime de soi ?
Tordre le cou à quelques idées reçues sur l’estime de soi
Qu’est-ce que l’estime de soi ?
Faites le point !
Chapitre 2 – L’autre, frein ou moteur de l’estime de soi ?
Survivre sans Autrui ?
L’Autre : un frein à l’estime de soi.
L’Autre : un élément moteur de l’estime de soi
Organiser la cohabitation
À la recherche de votre zone aveugle
D EUXIÈME PARTIE
Estime ou mésestime de soi : origines et mécanismes
Chapitre 3 – S’estimer : un long chemin qui passe par soi
À la recherche de son identité
Aux origines de l’estime de soi
Le moi s’exprime dans la confiance en soi
Un mince espace de liberté pour bâtir son estime de soi
« Se déraciner pour s’enraciner ? »
Chapitre 4 – Les altérations de l’estime de soi
Les mamandises…
Les complexes, pannes de l’estime de soi
Les positions de vie négatives
Les sept poisons mortels pour l’estime de soi
T ROISIÈME PARTIE
Entretenir et réparer son estime de soi au quotidien
Chapitre 5 – Se prendre en main pour vivre mieux avec les autres
Reconquérir son territoire
Décrypter les messages envoyés par son corps.
Comprendre ses sentiments et ses émotions
Apprendre à s’apprécier
Entretenir son réseau relationnel
Se mettre aux commandes de sa vie
Se fixer une stratégie pour progresser
Chapitre 6 – S’épanouir en couple et en famille
Construire son estime de soi au jour le jour
Accroître son estime de soi en faisant grandir celle de ses enfants
Chapitre 7 – Se réaliser dans sa vie professionnelle
Quel est votre niveau d’estime de vous-même au travail ?
Travailler, oui mais pas à n’importe quelles conditions !
Créer des conditions propices à l’estime de soi au travail
S’investir pour développer son estime de soi au travail
Conserver son estime de soi en situation difficile
Conclusion
Foire aux questions
Bibliographie
Avant-propos
Émergence d’une valeur nouvelle : l’estime de soi
L’épanouissement de l’individu en famille, en couple, ou au travail, est devenu l’une des principales préoccupations actuelles. Culte de soi, exaltation de soi, amour de soi, estime de soi… sont autant d’expressions contemporaines qui mettent en évidence cette nouvelle aspiration, ancrée en chacun de nous, à être, devenir, rester pleinement soi-même. Nombreux sont ceux qui se fixent pour objectif de se réaliser pleinement : ils veulent à la fois se sentir mieux avec eux-mêmes et bien au milieu des autres. La multiplication des publications, des formations et des cabinets de développement personnel est la meilleure preuve de l’émergence de cette soif, encore inassouvie.
Les seniors observent avec incompréhension ou étonnement la détermination dont font preuve les générations les plus jeunes pour gagner en estime d’elles-mêmes. Le culte de soi ne figurait pas au rang de leurs préoccupations, il s’agit en effet d’une valeur récente qui s’est affirmée vers 1950 aux États-Unis, puis épanouie vers 1980 dans le reste des pays occidentaux. Valeur occidentale, elle a besoin d’une certaine prospérité pour s’épanouir.
L’estime que nous nous portons se développe à partir de notre propre perception de notre valeur, de nos compétences, de nos points forts et de nos faiblesses. Elle se construit et se reconstruit sans cesse, au gré des circonstances heureuses ou malheureuses de la vie. Cette image de nous-mêmes est mise à l’épreuve dans notre vie quotidienne, au cours des activités que nous entreprenons et des contacts que nous établissons avec les autres, indispensables et terribles compagnons sans lesquels la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue. L’estime de soi s’élabore avec le double objectif d’être reconnu par l’Autre, tout en s’en protégeant.
Certaines personnes se déstabilisent rapidement et manquent tellement de confiance en elles qu’elles perdent toute autonomie ; d’autres au contraire ont une telle estime d’elles-mêmes, qu’elles se coupent des autres et se font rejeter. Cette belle et juste notion d’estime de soi est parfois pervertie en une recherche exclusive de réalisation et de bonheur personnels, qui ne tient pas compte du contexte social. En gommant ainsi l’impact de l’environnement, les personnes absorbées dans cette quête recherchent désespérément un accomplissement totalement « égocentré », se replient sur leurs propres aspirations, et ne trouvent au bout du compte que frustrations et dévalorisation d’elles-mêmes et des autres.
Seule une estime de soi bien tempérée permet d’être soi-même en tenant compte des autres et des aléas de la vie.
Cet ouvrage se donne pour objectif de recadrer la notion d’estime de soi, pour en faire un outil pratique qui permette de s’épanouir tout en respectant son environnement extérieur, de se connaître en se reconnaissant dans le regard des autres, de se faire accepter sans perdre son identité, et d’échapper ainsi à la solitude ou au rejet.
Des suggestions et des démarches sont proposées pour se montrer moins vulnérable devant l’adversité, savoir rebondir après l’échec, résister au découragement, s’accepter sans faux-fuyant, refuser le déni et apprendre à s’appuyer sur ses aptitudes personnelles pour vivre mieux au milieu des autres.
Luxe de privilégiés ou besoin impérieux ?
« Quand tu auras à manger à ta faim, tu pourras penser à autre chose » indique un proverbe chinois 1 . « Il faut un minimum de confort pour un minimum de vertu » disait de son côté le pape Pie XI 2 .
Ces deux préceptes résument en quelques mots la théorie d’Abraham Maslow 3 , qui assure que tout être humain est assujetti à un certain nombre de besoins qu’il doit assouvir, avant de pouvoir prétendre mobiliser son esprit sur de nobles causes. Il distingue ainsi cinq besoins fondamentaux, superposés comme les étages d’un immeuble.
Nous devons obligatoirement passer par le rez-de-chaussée pour entrer, nous gravissons généralement ensuite les quatre étages par l’escalier, en effectuant une pause à chaque étage, mais nous pouvons éviter un étage en prenant l’ascenseur ou redescendre au rez-de-chaussée au gré des circonstances. Si la connaissance d’un étage – même incomplète ou superficielle – nous satisfait rapidement, nous succombons alors au désir de visiter le suivant.
Le rez-de-chaussée représente nos besoins fondamentaux de survie, les besoins physiologiques ( physiological needs ) : eau, nourriture, abri… Si nos conditions de vie ou des circonstances inattendues nous en privent, toutes nos capacités seront employées à les rechercher. Il devient alors très difficile de mobiliser son intelligence pour prendre de la hauteur et respecter les autres. La télévision l’illustre parfois avec de douloureuses images, comme les scènes de pillage ou d’assaut des camions venant apporter les premiers secours en cas de catastrophe naturelle.
Le premier étage est celui des besoins de sécurité ( safety needs ). Les humains ont de multiples raisons de se sentir en danger et de multiples parades pour se préserver, qui vont de la clôture protectrice avec système d’alarme intégré à un ensemble de valeurs ou une conception logique et rassurante du monde. Il n’en reste pas moins qu’un événement inattendu et douloureux peut obliger à faire une halte forcée à cet étage : maladie, chômage, catastrophe naturelle, revers quelconque…
Avec l’estomac creux ou la peur au ventre, il est presque impossible de penser à réaliser de grandes choses pour soi et les autres. De nombreux pays du Tiers-monde, laissés-pour-compte des pays développés, peinent à gravir les escaliers. Nous les jugeons parfois sévèrement, nous penchant vers eux du balcon des étages supérieurs. Les Chinois supportent sans se révolter un régime qui ne respecte pas les Droits de l’Homme : ne sont-ils pas occupés à satisfaire leurs deux premiers besoins fondamentaux ? Les Africains ne respectent pas les lois de l’environnement : n’ont-ils pas pour priorité d’assouvir la faim qui les tenaille ?
Le deuxième étage est celui des besoins de relations et d’échanges ( love needs ). En effet, manger à sa faim et jouir d’un minimum de sécurité ne suffit pas à nous satisfaire. Dès que ces besoins sont assouvis, nous sommes envahis par un désir impérieux de contacts, de relations chaleureuses et vraies, d’amitié et d’amour. Il est évident que, dans la réalité quotidienne, les frontières entre les besoins sont plus floues : il est possible de vivre une relation amoureuse sans avoir assouvi ses besoins physiologiques, cependant ces liens, menacés par un environnement hostile, seront plus fragiles. On voit également des solidarités indéfectibles se manifester quand la sécurité est mise en péril, mais elles sont moins « choisies » que marquées par la nécessité de se serrer les coudes.
Charles Aznavour illustre cette situation avec humour :
« Nous étions si pauvres que nous n’avions pas de quoi manger chaque jour. Mon père disait : “Si tu n’as pas de pain chez toi, descends dans la rue. Tu vois un ami passer, tu lui dis : Tu ne sais pas où manger ? Va donc acheter le pain et viens manger à la maison !” »
On distingue généralement le besoin de reconnaissance individuelle (« je t’aime pour toi »), du besoin d’appartenance à un groupe ou à une communauté 4 . Des relations décevantes, le rejet ou le manque de reconnaissance nous mettent en difficulté pour atteindre l’étage suivant.
Le troisième étage nous propose d’assouvir nos besoins d’estime ( esteem needs ). De nombreux Français ayant satisfait les trois besoins précédents, en grande partie grâce à la société, font de ce besoin d’estime leur principale préoccupation. Tout ce qui fait obstacle à leur épanouissement personnel est alors ressenti comme un manque insupportable et une réelle souffrance. L’absence d’estime de soi génère des sentiments d’infériorité et de découragement qui empêchent de se réaliser pleinement. Chacun s’emploie donc à satisfaire d’une part son désir de liberté, d’indépendance, de respect et de confiance en lui, et d’autre part son désir d’être apprécié des autres et de gagner leur estime. Il ne peut cependant y prétendre sans s’être assuré de la solidité des étages inférieurs et particulièrement du deuxième : la véritable estime de soi passe par le maintien de relations enrichissantes.
Une solide estime de soi incite à se hisser vers le quatrième et dernier étage, qui est celui de l’accomplissement ou de la réalisation de soi ( self-actualisation needs ). Dans les pays développés du monde occidental, de nombreuses personnes se mobilisent pour la satisfaction de ce besoin, qui vise à découvrir leur potentiel personnel et à le mettre en valeur. De nombreux cabinets et des publications diverses nous proposent de procéder à cette « mise à jour » de nos potentialités : questionnaires, bilans personnels et professionnels, coaching…
Cette recherche pour « devenir de plus en plus ce que l’on est, ou devenir tout ce que l’on est capable d’être » 5 est un véritable luxe, puisqu’elle n’est pas d’actualité pour ceux qui manquent du nécessaire pour vivre ou survivre. En revanche, pour les nantis que nous sommes, cette soif d’estime de nous-mêmes n’est pas considérée comme un luxe superflu mais comme un besoin fondamental inéluctable, qui structure notre vie, canalise notre énergie et déclenche nos motivations.
Souvent générateur de conflits interpersonnels et d’anxiété, ce luxe n’est pas toujours « confortable ». En effet, celui qui se soucie de se réaliser pleinement doit parfois subir les critiques : on lui reproche de se compliquer la vie ou d’être trop exigeant. S’il en souffre, il a parfois lui aussi la dent dure envers ceux qui accumulent des biens pour combler un besoin de sécurité insatisfait. Il se moque de leur manque de perspectives tandis qu’eux le taxent d’égoïste. L’incompréhension est de mise et l’anxiété est grande pour ceux qui ont à faire des choix complexes et décider seuls de l’orientation de leur vie.
La naissance de l’individu
La notion d’estime de soi est inséparable de la notion d’individu. Pour pouvoir se pencher sur soi et penser à s’occuper de ses propres aspirations, il est nécessaire d’avoir le droit d’exister et de disposer des moyens de survivre hors d’un groupe, c’est-à-dire d’être un individu à part entière. En ce sens, l’estime de soi est tributaire de l’évolution des sociétés et de leur essor économique 6 .
Dans les sociétés primitives, la survie de chacun dépendait de sa capacité à se faire accepter dans un groupe. La solitude, le rejet ou l’exclusion entraînaient la mort. Pour subsister, il fallait donc être conforme et associé : chaque individu était soumis aux exigences du groupe et dépendait essentiellement de l’estime des autres.
Dans les sociétés monarchiques, un ensemble de normes morales obligeaient l’individu, le « sujet », à s’effacer devant son Dieu, son roi, son seigneur et son prochain. Il acceptait de taire ses pulsions et s’interdisait toute tentative de se mettre en valeur, dans l’espoir de « gagner son ciel ».
Grâce aux humanistes et au mouvement des Lumières, l’individu s’émancipe progressivement. Avec la Révolution de 1789 et la Déclaration des droits de l’homme, il reçoit enfin un statut, des libertés et peut prétendre à l’égalité entre tous 7 . L’individualisme s’érige alors en valeur universelle, chacun se réjouit d’avoir coupé la « corde liberticide », mais la route est encore longue avant de pouvoir prétendre cultiver son ego et se définir en tant qu’individu original, non interchangeable.
De 1789 à nos jours, il faudra encore conjuguer plusieurs avancées sociales et une transformation profonde des mentalités, pour établir un terrain favorable à l’épanouissement de l’individu, et pouvoir prétendre cultiver l’estime de soi : Le niveau de vie des pays occidentaux, malgré ses insuffisances et ses injustices, permet de nos jours à la majorité des individus d’avoir une certaine autonomie et de se savoir protégés des mauvais coups du destin. L’institution de l’école obligatoire accorde à tous le droit d’apprendre et de se cultiver, pour s’ouvrir l’esprit et augmenter son potentiel, afin d’échapper au déterminisme socio-économique. Au cours des années soixante, le reflux des espoirs de changement global et collectif de la société, la crise du communisme et l’échec des tentatives d’autogestion ont favorisé l’affirmation de la suprématie de l’individu sur la collectivité. Le vent de liberté qui souffle en 1968 transforme profondément les liens traditionnels qui régissent le groupe familial et les autres groupes d’appartenance. Il est devenu possible de se proclamer libre de toute contrainte et seul responsable de ses engagements. Les normes morales, jusqu’alors édictées de l’extérieur, sont considérées comme un frein à l’épanouissement personnel. Elles s’effacent devant une nouvelle morale, fondée sur les normes psychologiques : la parole est donnée aux convictions intimes et personnelles, dans lesquelles le facteur émotionnel prend une place prépondérante. Les médias portent ces nouvelles valeurs dans chaque foyer, même dans les endroits les plus reculés. La force et le poids des images bousculent les traditions et font tomber les derniers bastions de résistance.
Ainsi libéré de nombreuses contraintes matérielles, familiales et morales, l’individu commence à cultiver son jardin personnel à l’abri du regard des autres, à juger les situations selon ses réactions intérieures et à se consacrer à la découverte de ses potentialités. Il a gagné sa liberté et n’est pas près d’y renoncer ; en contrepartie, il est entré dans un monde où règnent l’incertitude et la solitude.
Depuis bientôt quarante ans, l’estime de soi s’affirme comme une valeur indispensable à tous ceux qui veulent exister, se montrer solides dans l’adversité et se différencier des autres. Cependant, le chemin qui y conduit est parfois long et tortueux. Est-ce pour y arriver plus vite que l’on observe, depuis quelques années, un nouveau glissement assez spectaculaire ? L’exploration et la contemplation de soi requièrent de plus en plus l’assentiment des autres, il devient donc nécessaire de s’exposer à leur regard.
De l’intimité à l’extimité
Le psychiatre Serge Tisseron a forgé le néologisme extimité 8 pour nommer ce phénomène de société qui consiste à mettre à nu en public, sans pudeur ni gêne, ses pensées les plus personnelles ou son corps. Il choisit pour illustrer sa réflexion l’émission de télévision Loft Story, qui a provoqué des réactions si passionnelles. Dépassant l’émoi, il prend de la hauteur vis-à-vis de l’événement pour en faire le révélateur d’un profond changement de société.
Le sociologue François de Singly valide cette analyse en expliquant :
« Les frontières de la vie privée et de la vie publique sont – avec la téléréalité, les nouvelles technologies, la révélation des secrets de famille – de plus en plus floues. L’extimité, ce besoin de dire, de rendre public son intimité, affecte presque tout le monde […] Rendre visible qui on est devient un impératif social. » 9
Ce nouveau comportement a de nombreux détracteurs, qui y voient une manifestation de narcissisme maladif, de surestimation de soi ou d’égoïsme patent, expliquant et justifiant les dysfonctionnements de la société, la disparition du civisme et de la civilité. À force de cultiver l’estime de soi, disent-ils, on en oublierait d’estimer l’autre.
Pourtant, certains psychologues présentent une autre lecture de ce comportement. Parmi eux, Serge Tisseron fait une analyse plus optimiste de l’émergence de ce nouveau phénomène. Il considère que cette manière de faire n’est pas gratuite, elle est au contraire le fruit d’une stratégie inconsciente pour gagner en estime de soi. Livrer ses émotions et ses intuitions, se raconter, parler de son monde intérieur, écrire, décrire et dévoiler certains secrets viserait à mieux se connaître. Se mettre en scène sans pudeur, pratiquer les confidences et les témoignages permet en effet d’étudier la réaction des autres et d’en tirer des conséquences pour orienter sa vie : gommer les comportements qui sont mal perçus, adopter ceux qui déclenchent la sympathie… Ce nouveau type de communication fonctionnerait donc comme un boomerang lancé vers les autres, qui reviendrait vers soi chargé d’idées enrichissantes pour vivre mieux et découvrir en soi un potentiel encore inexploré.
L’extimité aurait ainsi pour but de procéder à une « auto-création » de soi, de manière plus rapide et efficace qu’avec les traditionnelles pratiques de l’introspection. Il s’agirait donc de satisfaire le besoin d’accomplissement de soi : la nouvelle génération aurait ainsi atteint le dernier étage de l’immeuble des besoins fondamentaux, laissant derrière elle les « grincheux » des générations précédentes ! Certains participants aux émissions si décriées de téléréalité témoignent en ce sens : ils soutiennent que leur présence sur les plateaux de télévision a provoqué chez eux un véritable changement en profondeur de leur comportement. Certains certifient s’être « trouvés », d’autres « se sentir mieux avec eux-mêmes »…
On serait cependant en droit de se demander si ce besoin de rendre publique son intimité ne constituerait pas plutôt un aveu de faiblesse. Ce besoin de retour permanent vers les autres semble en effet signaler une difficulté à être soi sans la confirmation d’un public choisi. Ce n’est pas l’hypothèse de Serge Tisseron, qui souligne que l’excès d’extimité commence à influencer les comportements de ceux qui s’y livrent (volontairement ou malgré eux), en déclenchant de salutaires réactions de défense et de protection de soi, qui ne peuvent exister sans une bonne estime de soi. Noyés dans un tourbillon d’images et de paroles, ceux qui s’exposent sont en mesure de craindre que l’on dévoile leur jardin personnel, cet espace intime 10 où ils gardent précieusement leurs secrets. Ils savent alors ruser pour éviter l’intrusion des regards indiscrets : ils revendiquent le droit d’être eux-mêmes et annoncent clairement « L’intimité, c’est là où je veux et quand je veux. » 11 Ayant appris à percevoir la frontière entre espace public et espace privé, ils choisissent ce qu’ils veulent montrer ou dire, cacher ou taire.

1. Proverbe cité en septembre 2004 aux actualités de RTL par un responsable chinois, pour commenter la nouvelle possibilité offerte aux Chinois de venir faire du tourisme en France.
2. Pie XI (1857-1939) a publié en 1931 une encyclique réclamant une meilleure répartition des biens de consommation et une plus grande justice sociale.
3. Abraham Maslow (1908-1970), psychologue américain, a défini dès 1940 une hiérarchie des besoins chez chaque individu. Après avoir étudié les effets de la frustration, il a mis l’accent sur la motivation déclenchée par le désir de satisfaire ces différents besoins.
4. Il est intéressant de noter que A. Maslow, qui a élaboré son modèle en 1940, l’a commenté et révisé en 1970, après la grande vague soixante-huitarde : « Je considère à présent que ce livre affichait un parti pris trop marqué en faveur de l’individu et contre les groupes… De fait, je me sens autorisé, pour de nombreuses raisons empiriques, à affirmer que les besoins fondamentaux des hommes ne peuvent être satisfaits que par et à travers d’autres êtres humains, c’est-à-dire la société. Le besoin de communauté (appartenance, contact, groupe) lui-même est un besoin fondamental. » ( L’accomplissement de soi , Eyrolles, 2004).
5. A. Maslow, L’accomplissement de soi , Eyrolles, 2004.
6. Il est intéressant de constater que l’économiste américain W. W. Rostow ( Les étapes de la croissance économique , Seuil, 1999) arrive aux mêmes conclusions que le psychologue Abraham Maslow. Il décrit la croissance économique d’une société en cinq étapes successives, qui lui permettent de passer de la société de subsistance à la société de consommation avec une intervention de plus en plus importante de l’État. La réalité économique de chaque étape correspond à la hiérarchie des besoins physiologiques et psychologiques de Maslow.
7. Selon l’expression de F. de Singly ( Les uns avec les autres , Armand Colin, 2003).
8. « Je propose donc d’appeler extimité le mouvement qui pousse chacun à mettre en avant une partie de sa vie intime, autant physique que psychique. » (S. Tisseron, L’intimité surexposée , Hachette Littératures, 2002).
9. Extrait de « La parole aux lecteurs » du Nouvel Observateur du 19 juin 2004 : Enfin le « mariage libre » !
10. Serge Tisseron décrit trois espaces distincts : l’espace public, ce que l’on partage avec le plus grand nombre, l’espace privé, ce que l’on partage avec des personnes choisies, l’espace intime ce que l’on ne partage pas, ou seulement avec quelques très proches… et aussi ce que chacun ignore de lui-même. Ce dernier espace constitue à la fois son jardin secret et l’inconnu. « Le droit à avoir un espace intime est essentiel pour chacun d’entre nous, et ce, aussi bien du point de vue mental que social. »
11. S. Tisseron, L’intimité surexposée , Hachette Littératures, 2002.
P REMIÈRE PARTIE
L’estime de soi : une relation entre soi et les autres
Chapitre Qu’entend-on par estime de soi ? 1
Autrefois, les bibliothèques familiales abritaient des ouvrages de morale, écrits par des penseurs de tous horizons : philosophes athées ou spiritualistes, ecclésiastiques ou directeurs de conscience. On trouvait souvent, sur les mêmes rayons, des ouvrages de savoirvivre rédigés par des dames de la haute société.
À notre époque, ces écrits ont été remplacés par un autre type de publications, dont les auteurs sont d’éminents membres de la faculté, médecins, psychiatres ou psychanalystes. Tous nous livrent le mode d’emploi pour être mieux avec nous-mêmes et améliorer notre santé corporelle, mentale et psychologique. Dans cette jungle de conseils multiples et souvent contradictoires, il est difficile de se faire une idée claire pour se fixer une ligne de conduite.
Le temps où celui qui avouait suivre une thérapie ou faire une psychanalyse prenait le risque d’être taxé de malade semble bien loin, c’était pourtant il y a à peine une dizaine d’années ! Encore marginales il y a trente ans, les psychothérapies se sont en effet banalisées, au point d’apparaître comme un phénomène de société. Ceux qui s’y montrent réticents – ou ne peuvent y accéder pour de multiples raisons – se sentent presque un peu marginalisés.
En tant que fait de société massif, et semble-t-il incontournable, la quête d’estime de soi trouve un écho dans les médias. Elle en serait devenue, dit-on, la préoccupation essentielle et la principale source de revenus. Journaux, radios, télévisions et agences publicitaires s’en sont emparés : pour réussir une bonne campagne, un zeste d’estime de soi constitue toujours un plus. Après le fameux « Avec Carrefour, je positive ! », les agences ont exploré ce filon et continuent de le décliner : on nous conseille de manger des céréales pour « améliorer notre bien-être intérieur », on nous invite au « salon du mieuxêtre », un journaliste prend congé de ses auditeurs en disant : « Au revoir, portez-vous bien et prenez soin de vous ! »
L’impact de nombreuses émissions consacrées à ce thème et l’intérêt qu’elles suscitent auprès d’un large public ont contribué à nous familiariser avec le langage des techniques du développement personnel. Ce jargon est aujourd’hui dans toutes les bouches et tous les foyers :
« J’arrête de complexer. »,
« J’ai décidé de lâcher prise. »,
« Je veux devenir moi-même. »,
« Je me réconcilie avec mon passé. »,
« J’apprends à vivre mes différences. »,
« Je laisse libre cours à mes émotions. »…
Les divers médias ont entrepris un véritable effort de pédagogie, mais cette entreprise se heurte à la complexité du fonctionnement psychologique de l’être humain. Cette conjonction entre souci de vulgarisation et réalité complexe jette la confusion dans les esprits, elle est à l’origine de certaines idées reçues sur l’estime de soi.
Tordre le cou à quelques idées reçues sur l’estime de soi
Les concepts qui sous-tendent la notion d’estime de soi ont été résumés à l’extrême pour devenir accessibles au plus grand nombre. Réduits à quelques idées-phares, ils ont subi de cruelles simplifications et des distorsions importantes. Des slogans-choc sont ainsi érigés en mode d’emploi pour évoluer et accroître son estime de soi. Séduisants, ils semblent indiquer la direction à suivre. Ils dictent des comportements qui donnent l’illusion d’une amélioration, sans toujours apporter le bien-être escompté. Pire encore, les résultats obtenus se situent parfois aux antipodes de l’état recherché. Promesses grandioses ou jugements définitifs, ces idées reçues nous laissent croire à l’impossible ou bloquent nos élans. Que nous les imaginions réalisables sur le champ ou inaccessibles, elles nous poussent à gaspiller notre énergie et perturbent notre équilibre personnel.
Les croyances erronées sur la notion d’estime de soi déclenchent en effet des comportements maladroits et inadaptés, peu compatibles avec un travail de développement personnel : résignation passive, euphorie, agressivité, volontarisme, séduction ou demande de surprotection… Cependant, comme ces idées fausses recèlent une part de vérité, nous nous appliquons à les mettre en œuvre avec persistance et détermination.
Voici les dix croyances 1 le plus souvent observées chez ceux qui pensent que l’estime de soi est inaccessible. Partant battus, ils forcent le trait et se font de fausses représentations de la démarche qui mène à l’estime de soi. S’engager sur la voie du changement commence par le repérage préalable de ses croyances bloquantes afin de les troquer contre des croyances dynamisantes.
Cependant, comme dans tout travail de développement personnel extrêmement individualisé, les remarques et les conseils donnés ici ne conviennent pas forcément à tous : éclairants et utiles pour les uns, ils peuvent se montrer peu fondés et inadaptés aux yeux des autres. Si la mise en application de l’une ou l’autre de ces idées vous a aidé, et vous aide encore, à acquérir et à développer une véritable estime de vous-même, ne vous laissez pas troubler. Continuez à faire ce qui vous permet d’être mieux à la fois avec vous-même et avec les autres, c’est le seul critère fiable pour « estimer l’estime de soi ».
On n’a pas tous tiré le gros lot !
« L’estime de soi ? On l’a ou on ne l’a pas, ça ne s’apprend pas… » « On ne se refait pas, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on est. »
Tout se joue avant six ans 2 . Le titre de ce best-seller mondial, paru en France en 1972, est devenu une croyance solidement ancrée dans les cerveaux. Qu’elles aient lu le livre ou non, de nombreuses personnes sont persuadées qu’elles ne peuvent plus rien faire pour s’améliorer après cet âge fatidique. Ceux qui abordent ainsi un travail personnel sont mal partis pour acquérir une bonne estime d’eux-mêmes, car ils adoptent une attitude fataliste et défaitiste : « À quoi bon chercher à me prendre en main ? Je n’ai pas de chance dans la vie, je n’ai pas tiré le gros lot ! » Ils utilisent cet « argument massue » qui leur permet de justifier le fait de ne pas agir.
L’éducation reçue avant six ans est certes primordiale dans la construction de l’estime de soi, cependant il est toujours possible de se prendre en main et de « re-décider » sa vie.
Pourquoi ne suis-je ni Wonderwoman ni Superman ?
Certaines personnes sont si exigeantes avec elles-mêmes qu’elles ne se montrent pas satisfaites tant qu’elles n’ont pas atteint la perfection. Pourtant, en les voyant vivre, il arrive qu’on cherche à les féliciter : « Tu es vraiment chouette, j’aimerais avoir ton aisance et ton assurance. »
Celui qui ose faire ainsi état de son admiration prend le risque de se faire rabrouer : « Arrête de dire n’importe quoi ! Ce n’est pas parce que je réussis ça que je suis bien dans ma peau, si tu savais… » Suit alors une longue série de faits qui prouvent que, malgré de bonnes aptitudes à l’estime de soi, cette personne n’arrive pas à s’en féliciter car elle se focalise sur les domaines où il reste des progrès à faire. Elle a le sentiment profond que « ce n’est jamais ça ». Qu’il s’agisse de difficultés dans sa vie professionnelle « Je me sens bien quand je suis chez moi, mais dès que j’entre au bureau je craque… », ou personnelle « Ça va bien avec mon partenaire, mais mes enfants me vampirisent », elle ne pourra pas dire qu’elle s’estime tant que ces problèmes ne seront pas résolus.
Persuadée qu’il est possible d’arriver à tout maîtriser parfaitement dans sa vie, jamais contente, elle entre dans un cycle infernal où se succèdent les moments de tension et d’efforts pour arriver à changer, et les moments de cafard et de déprime. Elle a l’impression de s’acharner pour rien et sombre dans un désagréable sentiment d’incapacité à vivre pleinement sa vie.
La vie se déroule sur plusieurs scènes (vie privée, vie publique, regard sur soi, regard sur les autres), on ne peut pas toujours être un excellent acteur sur tous les plateaux !
Bonheur à perpétuité
« Le bonheur ? C’est possible ! »
Si l’on en croit la presse spécialisée, le bonheur est l’issue heureuse et quasi automatique d’un travail sur soi. On peut – et on doit – atteindre le bonheur grâce à une démarche volontaire. Il n’est pas seulement « dans le pré », mais aussi au bout du chemin parcouru par tous ceux qui se montrent capables de « positiver » ! Une vie idyllique est alors envisageable : la joie nous accompagnant au quotidien doit contribuer à éloigner tous les obstacles, on nous promet « l’euphorie perpétuelle » 3 .
Faire la paix avec soi et augmenter ses plages de bonheur en améliorant son niveau d’estime de soi sont des ambitions tout à fait légitimes. En revanche, croire à la possibilité d’atteindre un bonheur sans nuage, et de le conserver en permanence, nous conduit à « faire nous-mêmes notre malheur » 4 .
L’attitude euphorique, que nous faisons nôtre une fois cette croyance acquise, a deux inconvénients majeurs : elle maquille la réalité en l’expurgeant de ses désagréments, et excède notre entourage. De nombreuses voix s’élèvent actuellement contre cette nouvelle « tyrannie du bonheur », qui énerve et culpabilise ceux qui ne sont pas heureux 5 .
« Ah ! Si j’étais heureux, qu’est-ce que je serais heureux ! » 6
De fait, croire que l’on peut échapper aux incertitudes et aux inconvénients de la vie génère frustration, déception et anxiété.
La dictature de l’émotion
Notre société nous a longtemps appris à refouler nos émotions, au point que certaines personnes étaient – ou sont encore – incapables de les ressentir et de les identifier. Depuis une quarantaine d’années, la tendance s’inverse : nous vivons à l’âge de « la dictature de l’émotion » 7 .
« Vos émotions sont intelligentes : écoutez-les ! Laissez-leur la parole pour trouver le soi caché au fond de soi. » entend-on dire de tous côtés. Pour répondre à ces nouvelles injonctions, nous avons tendance à adopter une attitude libérée et à nous méfier de la raison. À trop réfléchir, ne se prive-t-on pas de l’énergie née de l’élan spontané ? Fions-nous donc à nos intuitions, libérons-nous de toutes contraintes, obéissons à nos pulsions, apprenons à assouvir nos envies, à combler nos désirs !
Accéder à ses émotions permet de mieux vivre sa vie. Cependant, il ne faut pas croire qu’en les exprimant on s’en débarrasse définitivement. Ceux qui lâchent la bride à leurs émotions se répandent et s’épanchent jusqu’à l’indécence. Non seulement ils n’en sont pas libérés, mais ils se retrouvent de plus rapidement isolés, blessés, rejetés par leur entourage sans l’avoir voulu.
L’opportunité de refaire sa vie
« Votre vie vous plaît-elle ? », « Voulez-vous changer de vie ? »
« Êtes-vous satisfait(e) de votre couple ? », « Comment rompre sans drame ? »
« Changez ce qui vous déplaît en vous… »
Le flou qui règne autour de la notion d’estime de soi permet de la considérer comme une panacée universelle, dotée d’effets bienfaisants et tout particulièrement de la faculté de changer radicalement de personnalité. Nombreuses sont les personnes mal dans leur peau, mal dans leur vie, mal avec les autres, qui entreprennent l’aventure d’une thérapie ou d’une formation avec le fol espoir de s’y dissoudre, pour renaître transfigurées et prêtes à assumer une nouvelle vie aux merveilleuses perspectives. Ceux qui croient à ces fallacieuses promesses pêchent par excès d’optimisme et sont voués à la déception.
Ils ont cependant raison d’entamer une réflexion approfondie sur leur vie et de se prendre en main, mais ils suivent une fausse piste en décidant de changer de peau, de partenaire, d’air, ou plus radicalement de vie. Cette fuite en avant ne résout rien en profondeur. Rapidement rappelées à la réalité, ces personnes constateront que ce remède miracle s’accompagne – comme tous les médicaments, de désagréables effets secondaires : bouche amère, tête lourde, anxiété voire dépression…
Un corps de rêve
Les progrès rapides et fabuleux de la chirurgie esthétique, de la diététique et de la médecine nous incitent à penser qu’un changement de corps permet à lui seul d’acquérir l’estime de soi. Couper ici, tailler là, en rajouter ailleurs, poncer, raboter, enduire, suffirait à garantir cette miraculeuse opération. En faisant disparaître un détail corporel jugé disgracieux, on ferait naître un sentiment profond d’amour de soi. Cette vision mécanique de l’être humain laisse perplexe… En effet, notre corps est beaucoup plus éphémère et vulnérable que notre esprit. Ce combat pour soigner les apparences n’est-il pas aussi irréaliste que terriblement coûteux ?
Il n’est pas question de nier le bien-fondé de ces pratiques : vérifier et soigner son apparence est la meilleure preuve que l’on s’aime et que l’on s’accepte. C’est également la meilleure façon de se respecter. Avoir recours à la chirurgie pour faire disparaître ou modifier un détail qui nous déplaît peut permettre de gagner en assurance et de se sentir mieux.
En revanche, la démarche qui consiste à consacrer l’essentiel de son temps à prendre un soin excessif de son corps et de son apparence 8 est une fausse piste qui ne donne de satisfaction qu’à très court terme, sans régler les problèmes sous-jacents. Cette attitude encourage à établir ses relations sur des rapports de séduction : on appâte, on attire les autres. La satisfaction issue de cette attraction que l’on exerce sur les autres donne le sentiment d’accroître son estime de soi. Mais ce souci excessif de peaufiner sa façade pour cacher d’éventuelles lézardes intérieures peut devenir une véritable tyrannie, et déclencher une grande fatigue, celle de vouloir paraître soi. Par ailleurs, si un travail en profondeur n’a pas été accompli en parallèle, ce qui reste caché derrière la façade se révèle peu à peu avec ses contradictions.
Il suffit de vouloir…
Certaines personnes dynamiques annoncent triomphalement à qui veut l’entendre : « Moi, je ne me pose pas de questions sur moi… Je n’ai pas de problèmes, il suffit de se prendre en main. J’ai décidé d’arrêter de complexer pour un rien, il faut se déculpabiliser pour ne pas se gâcher la vie. Résultat, je suis zen. »
Ce faisant, elles ne font pas exactement de la prose sans le savoir, comme Monsieur Jourdain, mais pratiquent plutôt l’autosuggestion, que le pharmacien Émile Coué 9 conseillait à ses clients.
Il est certes salutaire de cesser de se poser de multiples questions pour comprendre les raisons profondes et les intentions cachées de ses attitudes et de ses comportements. Cependant, affirmer haut et fort que l’on est satisfait de soi n’est pas forcément un signe d’estime de soi. Une attitude volontariste peut masquer un déni, même si elle signale également une forte énergie.
Du haut de sa tour d’ivoire
On assiste parfois à un curieux phénomène de distorsion de la notion d’estime de soi, qui se manifeste par un extraordinaire intérêt pour soi au détriment de l’autre.
Les partisans de cette école, au lieu d’essayer d’être bien avec euxmêmes pour être bien avec les autres, pratiquent la dictature du « moi d’abord ! ». Seuls maîtres à bord, ils se complaisent dans la contemplation de leur image. Trop occupés par eux-mêmes pour s’occuper des autres, ils les assujettissent et les utilisent en cas de besoin pour réaliser leurs projets immédiats. À les observer, on serait tenté de les taxer d’égoïstes, mais ils vivent en réalité ce repli sur eux-mêmes comme une ascèse, qui mobilise leur réflexion et les mène à faire des choix parfois difficiles. Ils se consument avec le fol espoir de se trouver, de découvrir le sens de leur vie, de faire la paix en eux pour arriver à vivre dans la plénitude. Ils disent et répètent souvent : « Je prends du temps pour moi. », « Je travaille pour moi. », « Je m’occupe de moi. »
Leur attitude égocentrique et revendicative devient parfois blessante, car on croit les entendre annoncer ouvertement : « Je pense à moi d’abord et tant pis pour les autres ! » On a du mal à les comprendre…
« Les autres ? Connais pas ! »
« Moi, ça va ! Le problème c’est les autres ! »
Certaines personnes conçoivent l’estime de soi comme une manière de développer avant tout et presque exclusivement leurs propres potentialités. Elles ont pour point commun avec les tenants de la tour d’ivoire le repli sur soi et l’isolement, mais leurs objectifs et l’attitude qui en découle les placent aux antipodes.
Leur conception de l’estime de soi consiste à se protéger en se montrant soit indifférent aux autres, soit agressif. Ils campent sur la défensive, derrière les créneaux de leur forteresse. On les voit fuir leurs responsabilités en bottant en touche : « C’est ton problème. », ou affirmer bien fort leur droit à la différence : « J’ai le droit de vivre ma vie ! » Ils se plaisent également à signaler qu’ils ont une excellente connaissance de leur personnalité : « Je me connais bien, je peux vous assurer que celui qui va pouvoir me révéler quelque chose sur moi n’est pas encore né ! » Ils se font une gloire de maîtriser leurs émotions et de savoir mentir à bon escient.
Leur agressivité et leurs comportements excessifs semblent incompatibles avec la définition habituellement donnée de l’estime de soi. Cependant, la vie en société se charge de nous apprendre combien il est malaisé de trouver l’équilibre entre confiance et méfiance, entre spontanéité et maîtrise de soi, entre vérité vraie et maquillage subtil de la réalité… Estime de soi ne rime ni avec insouciance, ni avec témérité !
Le droit à la plainte
Certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres. Elles attribuent leur fragilité émotionnelle à une blessure ancienne ; certaines l’ont identifiée, d’autres n’en ont pas trouvé l’origine, les dernières préfèrent ne pas la chercher. Quel que soit leur parcours, elles ont plus que d’autres besoin de se protéger de toutes les flèches qui pourraient réveiller cette douleur, toujours prête à se raviver. Leur blessure devient leur bouclier protecteur.
Dès qu’elles se sentent en difficulté, elles cherchent à échapper à la frustration, aux critiques, ou au conflit en se plaignant, espérant attirer ainsi l’estime des autres. La plainte joue le rôle d’une muraille derrière laquelle elles maintiennent leur douleur emprisonnée, de façon à se faire entourer par les autres, les accuser de ne pas en faire assez pour les aider et éviter de changer. Bien qu’il arrive qu’on vante leur courage, leur persévérance, leur force d’âme et qu’on leur donne cette protection qu’elles recherchent, la tactique de la plainte déclenche le plus souvent des réactions de rejet, par un entourage qui se sent manipulé.
Cette stratégie va à l’encontre de l’estime de soi, en rassemblant la contemplation exclusive de soi, le déni de la réalité et la revendication. Comme le faisait déjà remarquer Nietzsche, « il y a dans toute plainte une dose subtile de vengeance » 10 .
Qu’est-ce que l’estime de soi ?
De l’examen de ces dix idées reçues se dégage une impression assez vague du concept d’estime de soi.
Un mot-valise
La notion d’estime de soi se range en effet dans la catégorie des « mots-valises ». Ce type de mots ou d’expressions – violence, civilité, respect, donner du sens et aussi… estime de soi, surgit sous le feu des projecteurs pour désigner un manque qu’il est soudain urgent de combler. Ils sont utilisés par exemple pour signaler un équilibre rompu ou un besoin à satisfaire. Chaque mot-valise fait l’amalgame entre des notions très différentes, parfois même hétéroclites. Mais comme dans la valise, où sont entassées toutes sortes d’objets plus ou moins utiles, il arrive que l’on ait oublié d’y mettre l’indispensable ! Les mots-valises occultent parfois l’essentiel…
La valise de l’estime de soi déborde de tant d’éléments divers qu’il serait vain de prétendre être exhaustif. On y trouve côte à côte : le moi dans tous ses états, conscients et inconscients, les autres et leur regard acéré ou bienveillant, l’espace privé et ses représentations, l’espace public et ses contraintes, le passé et le présent, le corps et la santé, le bien-être et le mal-être… Chaque individu fait sa valise à sa façon. Même si les éléments de base y sont toujours présents, certaines personnes sont plutôt centrées sur l’exploration et le développement de leurs ressources personnelles, tandis que d’autres donnent plus d’importance à leur entourage… Mais quand on fait l’inventaire, il arrive que manque cruellement l’élément nécessaire et primordial pour trouver l’heureux équilibre souhaité.
Cet ouvrage se propose de donner de nombreux conseils et de multiples pistes à explorer pour permettre à chacun de mettre dans sa valise ce dont il a besoin dans l’immédiat pour gagner en estime de lui-même. Nous avons chacun notre cheminement particulier, les suggestions données ne correspondent donc pas forcément à tous. Il est donc conseillé de faire le point sur son niveau d’estime de soi (voir questionnaire en fin de chapitre p. 39 ) et de lister les actions à mener ou les changements à opérer pour ne pas oublier de mettre l’essentiel dans sa valise.
Deux ou trois choses que je sais d’elle…
Notion complexe s’il en est, l’estime de soi dépend du regard que l’on porte sur soi et ses performances en chacun des domaines suivants : l’apparence physique et l’aptitude à aimer et à accepter son corps ; la reconnaissance de ses atouts par soi-même et par son entourage ; la réussite de sa vie privée et professionnelle ; la réussite de sa vie affective, amicale et sentimentale.
L’absence de satisfaction dans un seul de ces domaines – même si l’on a une bonne estime de soi dans les trois autres domaines – est capable de créer une frustration et donc un sentiment général d’absence d’estime de soi. C’est pourquoi il est parfois si difficile de communiquer avec les autres : une brillante réussite professionnelle ou une expérience de couple réussie peut mener à croire que l’on est satisfait de soi sur tous les plans, ce qui est rarement le cas.
Comme il serait vain de chercher à définir précisément cette notion si complexe, nous préférons donner ici la liste des dix ingrédients qui composent une bonne estime de soi. Nous aurons l’occasion dans les chapitres suivants d’étudier les mécanismes qui nous empêchent de cultiver ces ingrédients et d’indiquer des pistes pour y remédier.
S’accepter
L’estime de soi consiste à découvrir ce qui fait de chacun de nous un être humain unique au monde et donc différent des autres. Il est important de se voir tel que l’on est sans se mentir ou chercher à embellir la réalité.
Bien que nous soyons tous différents, nous avons pourtant besoin de nous comparer aux autres. La normalité est cependant une affaire de statistiques et de moyennes, elle nuit à l’estime de soi. Se respecter en s’acceptant tel que l’on est, avec ses forces et ses faiblesses est une marque d’estime de soi.
Écouter ses émotions, utiliser ses sentiments, maîtriser ses pulsions
Les émotions fonctionnent comme des radars : elles nous préviennent de ce qui va nous arriver, et nous aident à anticiper sur les événements, à ressentir ce qui nous motive et ce qui nous déplaît. Elles peuvent cependant nous entraîner vers des « ruminations » très négatives, et nous faire perdre le sens de la réalité, en même temps que notre estime de nous-mêmes. La boîte de Pandore 11 ne s’ouvre pas sans réflexion préalable : les émotions ont besoin d’être clarifiées avant d’être exprimées librement. Apprendre à transformer une émotion en sentiment, puis en stratégie de communication, permet d’échapper à la tyrannie de ses pulsions.
Comprendre l’origine de ses colères, de ses tristesses ou de ses peurs, et en combattre certaines rend plus ouvert et accessible aux autres, en faisant disparaître la méfiance excessive. Une bonne capacité à interpréter les émotions ressenties favorise l’empathie. En apprivoisant ses émotions, il devient possible d’aller de l’avant et de se prendre en main pour faire le deuil de certains espoirs et vivre sa vie avec plus de réalisme.
Apprendre la liberté en se fixant des bornes
Estime de soi rime avec respect : respect de soi mais aussi des autres. Or, comme le dit la maxime : « La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. » Il peut sembler paradoxal de réunir le souci de gagner sa liberté et l’acceptation de bornes et de limites. Il est pourtant démontré qu’une liberté excessive fait naître en nous l’insécurité et l’instabilité. Une société sans règles va à la dérive, un individu sans repères est comme un bateau ivre, qui perd le cap et ne sait plus vers quel objectif il se dirige.
Une bonne estime de soi se construit grâce au choix libre et raisonné de normes de vie. Ce choix suppose un esprit critique, car il faut trier et réactualiser les valeurs et les normes que nous avons reçues, pour garder seulement celles qui sont indispensables à nos yeux. Accepter sans se rebeller les normes sociales qui assurent la liberté de tous suppose aussi une bonne ouverture aux autres.
Prendre la mesure de son territoire
Nous vivons tous sur un territoire invisible qui est notre propriété. Ce territoire est plus ou moins spacieux, plus ou moins bien protégé des intrusions. Celui qui a une saine estime de lui-même connaît bien cet espace privé dans lequel il se sent chez lui, il l’entretient avec soin. Une faible estime de soi s’accompagne d’une mauvaise maîtrise de son territoire.
Rester soi sans se faire avoir et gagner, ou garder, son indépendance sont les deux principales préoccupations de ceux qui veulent améliorer leur estime d’eux-mêmes. Respecter les autres est une chose mais il est aussi important de recevoir leur respect en retour… ce qui n’est pas toujours le cas. Certains échanges nous font perdre toute confiance en nos capacités et nous pouvons parfois perdre totalement pied.
Comment se protéger pour moins s’user au contact des autres et devenir moins vulnérable, tout en conservant une relation enrichissante ? C’est le défi qui doit être relevé pour améliorer l’estime de soi. Il faut savoir placer clairement ses frontières entre ses territoires public, privé et intime et les ouvrir judicieusement, ce qui permet de garder aussi son indépendance et sa liberté de pensée, tout en affirmant son droit à la différence.
Accepter de négocier
Accroître son estime de soi consiste à vaincre la peur de « se faire avoir » et suppose donc une bonne connaissance de soi et de ses capacités.
Ceux qui ont fait un vrai bilan sans concession de leurs forces, de leurs limites et de leurs fragilités, et qui les acceptent avec modestie, sont dans la situation idéale pour exister au milieu des autres. Ils sont alors capables de négocier quand il le faut avec prudence et vigilance. Prêts à changer de point de vue si on les convainc d’une erreur, ils savent aussi se mettre en retrait quand ils ne font pas le poids, et tirer profit de leur avantage quand ils sont en position favorable.
Rester solide face au jugement des autres
Comment rester serein et stable sous le regard des autres ? Il s’agit d’une véritable épreuve : nous attendons beaucoup des autres et nous sommes parfois déstabilisés et déçus de ce que nous récoltons.
Il nous arrive de rejeter des remarques pourtant valorisantes, et d’accepter sans réserve et avec une certaine avidité des jugements dépréciatifs.
L’estime de soi demande un certain détachement vis-à-vis des autres. On ne peut pas plaire à tout le monde et il n’est pas question de s’en faire une obligation. Osons donc plaire et déplaire sans nous en faire ! Cette position de bon sens n’est pas si facile à adopter : une bonne dose d’indépendance et d’assurance est nécessaire pour accepter de plaire mais surtout de déplaire, ou supporter l’indifférence des autres sans en être affecté.
Ceux qui possèdent cette force intérieure sont capables d’accepter les compliments et de recevoir les critiques, mais aussi de travailler dans l’ombre sans être admirés ni reconnus. Sûrs de leur valeur, ils n’en souffrent pas car ils donnent en permanence le meilleur d’euxmêmes.
Accepter que les autres se trompent sur soi
Nous nous épuisons souvent à essayer de convaincre les autres de notre bonne foi, à leur expliquer les raisons de nos comportements, à tenter de changer leur jugement à notre propos : « Tu n’as rien compris ! », « Ce n’est pas du tout ce que tu crois. », « Je ne suis pas du tout comme ça. », « Ce n’est pas mon genre. »… Nous nous escrimons à nous justifier, alors que c’est bien souvent totalement inutile, et parfois même assez risqué ! Ces tentatives d’explication sont à l’origine de conflits et de désagréables séquences dont nous sortons épuisés.
Ceux qui calculent clairement les enjeux et s’appuient sur une bonne connaissance d’eux-mêmes acceptent que les autres ne les comprennent pas et ne cherchent pas à les faire changer de point de vue. Leurs certitudes solides sur eux-mêmes les rendent autonomes, moins dépendants de l’approbation des autres.
Faire face au conflit
Le conflit fait si peur que nous sommes souvent prêts à toutes les compromissions pour l’éviter. Il n’y a cependant pas de quoi être fier de soi quand on cherche à masquer les différends ou à arranger les choses… Le conflit mérite une réhabilitation, il n’est pas si négatif qu’on le pense. Il a le mérite de réajuster les comportements et de débloquer des situations qui nous empêchent de nous épanouir et d’être nous-mêmes. En l’envisageant comme un outil utile pour démêler des situations inextricables ou pesantes, nous devenons plus solides pour y faire face. Pour faire valoir son point de vue, redéfinir les limites de son territoire, ou dire son désaccord, il faut accepter de prendre le risque de se confronter à l’autre, et parfois de l’affronter !
Ceux qui ont acquis de bonnes certitudes sur leurs points forts et leurs points faibles sont plus facilement prêts à se remettre en cause, car ils sont capables de tenir le coup face à la contradiction, aux désaccords et aux conflits.
Endurer plutôt que résister
Personne ne pouvant prétendre échapper aux traumatismes, à la critique, à la douleur, au deuil, à la vieillesse ou à la mort, mieux vaut prendre le parti de regarder en face les difficultés, plutôt que de pratiquer la technique de l’autruche qui s’enfonce la tête dans le sable pour tenter d’être épargnée. Celui qui sait rebondir après l’échec ou qui tient le coup devant l’adversité a de quoi être fier et se féliciter. Celui qui échoue, ou qui se sent agressé sans savoir comment réagir, se plonge dans le doute et la dépréciation…
Comme les adeptes des sports de fond, il est préférable de privilégier l’endurance plutôt que la résistance devant les coups durs. En effet, un sportif « résistant » assure sa victoire en faisant appel à ses réserves d’énergie, prenant alors le risque de s’épuiser, tandis qu’un sportif « endurant » gagne sans entamer ses réserves, ce qui lui permet de retrouver très vite la forme après l’effort.
Si l’on applique cette loi venue du sport à l’estime de soi, on peut dire que ce n’est pas grave de perdre pied si l’on se sait capable de retrouver complètement, et le plus rapidement possible, sa confiance en soi. Une estime de soi suffisante permet de récupérer rapidement son énergie après avoir subi un revers. Celui qui, ayant peur d’être déstabilisé, se cramponne pour ne pas subir de difficultés, risque d’être plus fortement affecté que celui qui accepte tranquillement l’éventualité de moments difficiles à vivre.
Être réaliste
Au terme de l’énumération des différents ingrédients qui composent une bonne estime de soi, vous serez peut-être frappé de constater que cet état est aussi instable et sensible qu’un baromètre. Que les autres vous acceptent ou vous reconnaissent et le mercure est au beau temps, qu’ils vous rejettent et vous critiquent et la colonne de mercure baisse immédiatement.
L’estime de soi est donc un état fragile, fluctuant, sans cesse menacé, à construire et à reconstruire sans cesse, parfois à reconquérir… Et pourtant, les plus réalistes ne se découragent pas et mettent tout en œuvre pour l’atteindre, malgré sa nature insaisissable et son aspect inaccessible. Ils se connaissent suffisamment pour trouver en eux les ressources nécessaires pour rebondir et les moyens de surmonter les obstacles. Ils savent se donner l’énergie nécessaire pour continuer ce travail sur eux-mêmes, tout en se félicitant de ce qu’ils entreprennent pour progresser. N’ayant pas peur des autres, ils savent tirer profit de ce que leur contact peut leur apporter.
L’ensemble de ces dix points esquisse le portrait d’une personne qui possède une excellente estime de soi. Vous pourrez les utiliser pour identifier : les comportements que vous mettez déjà facilement en pratique ; les comportements que vous adoptez parfois mais qui ont besoin d’être consolidés ; les comportements qui vous semblent encore inaccessibles.
Faites le point !
Quel est votre niveau d’estime de vous-même ?
Ce questionnaire se propose de vous aider à faire le point sur votre niveau d’estime de vous-même 12 . Il est à considérer comme un test de personnalité à valeur indicative : il vous renvoie l’image que vous avez de vous-même, ici et maintenant, et constitue un point de départ pour une réflexion sur vos comportements.
Pour chaque affirmation du tableau, inscrivez une croix dans la colonne qui coïncide le mieux avec votre point de vue habituel. « Ça me ressemble » signifie que vous reconnaissez l’un de vos comportements familiers, « Ça ne me ressemble pas » indique que vous avez rarement recours à ce type de comportement. Répondez à ce questionnaire sans chercher l’exactitude absolue, et si une question vous laisse perplexe, laissez-la sans réponse.
Ça me ressemble Ça ne me ressemble pas 1 J’ai mon jardin secret que je ne partage qu’avec quelques personnes. 2 Je n’ai pas peur de l’avenir pour mon couple. 3 Je me plais quand je me vois en photo. 4 Je fais attention à mon corps et j’ai de bons résultats. 5 Quand on me contredit, j’écoute et je maintiens mon point de vue s’il est justifié. 6 J’ai de l’assurance. 7 Je réussis bien professionnellement. 8 J’ai bien organisé ma vie privée et j’en suis fier(e). 9 Je ne suis pas jaloux(se), je fais confiance à mon partenaire. 10 Mon corps et ma corpulence ne m’ont jamais posé le moindre problème. 11 Je suis adroit(e) dans les relations. 12 Quand je perds, je sais quoi faire pour rebondir. 13 J’ai de la chance en amour. 14 Les hommes (les femmes) me jettent des regards admiratifs. 15 Je connais mes faiblesses, mais personne n’est parfait.
Ça me ressemble Ça ne me ressemble pas 16 Je réussis à équilibrer ma vie professionnelle et ma vie privée. 17 Je suis sensible et sentimental(e), je ne le regrette pas. 18 J’aime ma voix. 19 Je m’adapte bien dans un groupe, même si je ne connais personne.

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