Ne cherche pas et tu trouveras
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Description


"Ce qui nous manque n'est-il pas déjà là ?"
Le Zen, le Tao et le Yoga ont en commun de proposer un art de vivre le bonheur au quotidien. Le bonheur authentique pour ces trois philosophies, c'est la paix de l'esprit, la capacité à ressenti


"Ce qui nous manque n'est-il pas déjà là ?"



Le Zen, le Tao et le Yoga ont en commun de proposer un art de vivre le bonheur au quotidien. Le bonheur authentique pour ces trois philosophies, c'est la paix de l'esprit, la capacité à ressentir un état de plénitude constant dans lequel le désir et ses frustrations incessantes n'ont plus lieu d'être. Le bonheur ne naît pas d'une quête avide, mais du simple sentiment d'exister en harmonie avec soi-même et le monde.



Comment trouver ce bonheur véritable ? En comprenant et expérimentant les grands principes présentés dans ce livre : la pleine conscience de l'instant présent, le détachement de l'ego, la liberté, la participation du soi à l'unité du monde...




  • Introduction - Le bonheur introuvable


  • La liberté


  • Le non-désir


  • Le non-agir


  • Ici et maintenant, le présent


  • Le non-ego


  • La non-raison et l'unitude


  • Juste exister. Exister juste


  • La présence sans attente


  • Le spirituel


  • Tao, Yoga et Zen : l'Union


  • Qu'est-ce que la méditation ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 octobre 2013
Nombre de lectures 474
EAN13 9782212237276
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Zen, le Tao et le Yoga ont en commun de proposer un art de vivre le bonheur au quotidien. Le bonheur authentique pour ces trois philosophies, c'est la paix de l'esprit, la capacité à ressenti


"Ce qui nous manque n'est-il pas déjà là ?"



Le Zen, le Tao et le Yoga ont en commun de proposer un art de vivre le bonheur au quotidien. Le bonheur authentique pour ces trois philosophies, c'est la paix de l'esprit, la capacité à ressentir un état de plénitude constant dans lequel le désir et ses frustrations incessantes n'ont plus lieu d'être. Le bonheur ne naît pas d'une quête avide, mais du simple sentiment d'exister en harmonie avec soi-même et le monde.



Comment trouver ce bonheur véritable ? En comprenant et expérimentant les grands principes présentés dans ce livre : la pleine conscience de l'instant présent, le détachement de l'ego, la liberté, la participation du soi à l'unité du monde...




  • Introduction - Le bonheur introuvable


  • La liberté


  • Le non-désir


  • Le non-agir


  • Ici et maintenant, le présent


  • Le non-ego


  • La non-raison et l'unitude


  • Juste exister. Exister juste


  • La présence sans attente


  • Le spirituel


  • Tao, Yoga et Zen : l'Union


  • Qu'est-ce que la méditation ?

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“Ce qui nous manque n’est-il pas déjà là ?”

Le Zen, le Tao et le Yoga ont en commun de proposer un art de vivre le bonheur au quotidien. Le bonheur authentique pour ces trois philosophies, c’est la paix de l’esprit, la capacité à ressentir un état de plénitude constant dans lequel le désir et ses frustrations incessantes n’ont plus lieu d’être. Le bonheur ne naît pas d’une quête avide, mais du simple sentiment d’exister en harmonie avec soi-même et le monde.
Comment trouver ce bonheur véritable ? En comprenant et expérimentant les grands principes présentés dans ce livre : la pleine conscience de l’instant présent, le détachement de l’ego, la liberté, la participation du soi à l’unité du monde...

Philosophe, Denis Faïck est maître de conférences à la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Toulouse et enseigne au Département Arts et Culture de l’ISAE (Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace). Il est également professeur de Yoga.

Spiritualités laïques : des sages de tous horizons témoignent de leurs questionnements dans un langage accessible et vivant.
Denis Faïck
NE CHERCHE PAS ET TU TROUVERAS
L’ ART DE VIVRE INSPIRÉ DU Z EN, DU T AO ET DU Y OGA
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Avec la collaboration de Muriel Guaveïa
Dans la collection Spiritualités laïques
Kōshō Uchiyama, Ouvrir la main de la pensée
Federico Jōkō Procopio, Le Chemin de la sérénité
Pour contacter l’auteur Denis Faïck : denis.faick@free.fr
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2013
ISBN : 978-2-212-55750-3
TABLE DES MATIÈRES

Introduction - Le bonheur introuvable
Les raisons de l’échec
Revenir au commencement
Changer son regard
Où est l’essentiel ?
Quelques mots de l’auteur avant de commencer
1. La liberté
Le retour en soi
L’obstacle majeur : la séparation entre soi et le monde
Qu’est-ce qui nous sépare du monde ?
L’ego-centré
Prendre la décision d’être libre
L’optimisme de la liberté
Changer
La nature humaine selon une approche classique
La nature selon le Zen, le Tao et le Yoga
Tuer Bouddha
Désapprendre
Le concret et le quotidien
Il n’y a aucun secret
Rien n’est ailleurs
Le sens est en nous
La liberté est déjà là
Quelques questions à se poser pour commencer à sentir la liberté
2. Le non-désir
Prendre conscience du manque
Le manque perpétuel
Au petit bonheur la chance
S’occuper. Non se préoccuper
L’essentiel : « la banalité » mise en acte
Le contentement
Nous faisons l’obstacle
Un obstacle : « C’est la vie ! »
Au-delà du désir
La joie sans désir
Quelques questions à se poser pour s’orienter vers l’essentiel
3. Le non-agir
Agir dans l’instant
Rien dans le mental : la concentration
La force du roseau
Agir sans ego
Le retrait du Je
Le non-agir dans les arts martiaux
Le non-agir ou l’efficacité
Le mental comme source d’échec
Se laisser porter par le courant
Le non-agir : ne cherche pas et tu trouveras
Le non-agir : l’union avec le monde
Le Je comme cause des échecs
La promenade
Faire l’amour sans le faire
Quelques questions à se poser pour se libérer dans l’action
4. Ici et maintenant, le présent
Notre esprit est ailleurs
Dévoiler le présent
Le quotidien est essentiel
La peur tue le présent
Le présent est silence
Le mot qui révèle
Le présent est l’ouverture au possible
Le présent, force de la vie quotidienne
Le présent contre l’agitation
L’essentiel est là où je suis
Présent aux autres
Sortir des automatismes
Le présent ou la non-crainte
Quelques questions à se poser pour regarder l’essentiel
5. Le non-ego
L’ego comme problème
L’instinct de survie de l’ego
La souplesse de l’esprit
L’ego ou le manque quotidien
L’ego ou le regard « vieux »
Contre l’habitude
Zen, Tao et Yoga : une dissolution de l’ego
Ne plus s’identifier à l’ego
Qu’est-ce que le moi ?
Dans la méditation, il n’y a personne
Être, plutôt qu’être ceci ou cela
Être englobé dans un tout
« Mourir à soi »
L’ego dans les arts martiaux
K’ong-tseu et ses disciples
Quelques questions à se poser pour un retour sur soi
6. La non-raison et l’unitude
Raison et intuition
Se fondre en...
La non-logique
La spontanéité de l’intuition
La réalisation de l’Un
La fusion
L’omni-conscience
Qu’est-ce que vieillir ?
Quelques questions à se poser pour épanouir la vie quotidienne
7. Juste exister. Exister juste
Le détachement : la pleine conscience
Une joie sans cause
Une joie constante
Juste exister : sans qualités
Quelques questions à se poser pour juste être
8. La présence sans attente
Ne rien attendre
L’attente affaiblit
Ne plus manquer
Chemin faisant
Quelques questions à se poser pour prendre conscience
9. Le spirituel
Le sens du mot spirituel
Le spirituel : un accueil global
10. Tao, Yoga et Zen : l’Union
Tao
Yoga
Zen
11. Qu’est-ce que la méditation ?
Bibliographie
À Régine, Patricia, Richard, Frédéric et Michel Mes sœurs et frères
À Jean-Michel Lacassagne
À tous mes élèves du yoga
Toute vie intense ignore le besoin de sécurité
INTRODUCTION LE BONHEUR INTROUVABLE
L ES RAISONS DE L ’ ÉCHEC
N ous passons la moitié de notre vie à la rater.
Le bonheur est introuvable alors qu’on le cherche sans cesse. Il y a trois raisons essentielles à cela.
La première est l’exigence que le réel obéisse à nos désirs. Nous attendons constamment que le monde nous donne ce qui nous manque. Bien sûr, dans la grande majorité des cas, cela ne se produit pas, car nous cherchons dans un lieu où le bonheur n’a jamais été. Alors nous nous énervons contre le monde, contre notre malchance légendaire, précisément parce que nous pensons que la chance, c’est pour les autres.
La deuxième raison est la position centrale de l’ego, incapable de sortir de lui-même, toujours interprétant et vivant le monde sous le mode du Je. Nous échouons dans l’art de vivre parce que nous nous accrochons à notre petit moi, obstacle considérable devant le bonheur tant cherché.
La troisième raison, enfin, est la perpétuelle agitation de notre mental, toujours plein d’anticipations, de pensées, d’images, d’anxiété, de nostalgie, de douleurs passées, d’attentes. Nous sommes toujours « ailleurs » et jamais dans l’instant présent. Or l’instabilité vient de ce décalage. Les problèmes viennent souvent, non du monde lui-même, mais de notre interprétation, de nos projections, de nos espoirs et déceptions.
Pour commencer, il est bien nécessaire de prendre conscience de ces trois obstacles, condition du changement de soi-même.
R EVENIR AU COMMENCEMENT
Vouloir changer sa manière de vivre pour le Zen, le Tao et le Yoga, c’est opérer un « retrait de soi », une mise à distance de notre apport culturel, une mise entre parenthèses de nos comportements habituels et de notre psychologie. C’est précisément ce que Claude Lévi-Strauss 1 souligne dans le travail de l’ethnologue, ce « refus en soi » sans lequel rien n’est possible. Il s’agit d’être vierge, nu devant le différent, nu devant le changement. Or, même si une structure mentale est bien enracinée, il est possible de répondre à cette exigence « d’oubli de soi », soi étant ici l’ego.
Il convient pour commencer de prendre conscience de nos réflexes culturels qui posent des évidences a priori et de nos automatismes psychologiques, déjà bien modelés par toute la structure sous-jacente de notre propre civilisation et par nos expériences personnelles.
C HANGER SON REGARD
Sortir de l’échec dans notre quête, c’est s’ouvrir à une façon différente de voir les choses, qui s’oppose à notre habitude de comprendre, de juger, d’expliquer.
Nous sommes souvent fascinés par les sagesses venues « d’ailleurs », dans lesquelles nous pensons pouvoir trouver le bonheur. Mais cette fascination va souvent de pair avec une certaine incompréhension des notions en jeu dans ces philosophies 2 . Et en effet, comment, dans un monde de projets, de prévoyance, vivre dans l’instant présent ? Comment comprendre l’action sans action ; l’absence de désir alors qu’il semble être le moteur de l’existence ; la disparition de l’ego alors qu’il semble s’imposer de droit ?
Pour appréhender cela, notre regard est invité à changer de direction, à découvrir d’autres angles. Et ainsi, le regard lui-même se modifiera.
O Ù EST L ’ ESSENTIEL ?
Pour le découvrir, il faut changer d’orientation, d’habitude ; modifier son regard sur les choses ; faire le contraire, en définitive, de ce que nous faisons en général. Voilà ce que requiert l’essentiel. Un conte indien nous permettra de comprendre l’orientation que le Zen, le Tao et le Yoga donnent à la vie.
Il y a bien longtemps les hommes étaient des dieux. Ils abusèrent cependant de leur divinité, tant et si bien que Brahma décida de leur enlever leur pouvoir divin et de le dissimuler dans un endroit introuvable.
Brahma demanda conseil aux autres dieux afin de trouver la cachette idéale. L’un proposa le plus haut sommet des montagnes. Mais Brahma pensa que l’homme irait un jour ou l’autre jusque-là. Un autre proposa de l’ensevelir au centre de la terre. Toujours insatisfait, Brahma leur dit : « L’homme creusera un jour et le retrouvera. » Un autre encore proposa la profondeur des océans. « Mais l’homme explorera tôt ou tard le fond des mers », dit Brahma. Le problème semblait inextricable.
Après réflexion, Brahma trouva une réponse à la difficile question de la cachette. Il proposa de dissimuler le pouvoir divin de l’homme dans le seul lieu où il ne penserait jamais à chercher : « Son pouvoir sera caché au plus profond de lui-même. »
L’homme a tout exploré, tout découvert, mais il n’a pas regardé à l’intérieur. Le Zen, le Tao et le Yoga se rejoignent dans cette réorientation du regard. Ils proposent un retour à l’essentiel qui est déjà là. Leur voie est un retour en soi car nous avons déjà l’essentiel.
Un kōan 3 zen l’exprime bien :
Cherche ce qui te manque dans ce que tu as.
Q UELQUES MOTS DE L ’ AUTEUR AVANT DE COMMENCER
Sommes-nous juste là pour produire et consommer ? Juste là pour voir la vie arriver à son terme sans avoir vraiment vécu ? C’est la question qui a guidé mes recherches dans la culture occidentale, et j’ai voulu répondre non à cette question.
Une deuxième question s’est imposée à moi : comment, au quotidien, être autant qu’il est possible en harmonie, non seulement avec le cours des choses, mais aussi avec soi-même ?
J’ai ensuite poursuivi mon questionnement en élargissant l’horizon vers le Zen, le Tao et le Yoga. Qu’ont-ils à apprendre à un Occidental ?
J’ai alors expérimenté, j’ai vécu « sur le terrain » du yoga pour constater une nouvelle façon de sentir, de voir, de se mettre en relation avec soi et avec le monde, plus aisée, plus spontanée, plus paisible. Une façon nouvelle de vivre les choses.
Ce qui a guidé ce livre est le souhait de trouver dans le Zen, le Tao et le Yoga, ce qui peut aider un Occidental vivant dans sa propre culture.
Nous aborderons les enseignements essentiels de ces trois sagesses au fil de ce livre, mais nous y consacrerons également un chapitre en fin d’ouvrage pour satisfaire ceux qui ont la curiosité d’en savoir un peu plus sur le sens de ces philosophies.
_____________
1 . Ethnologue français (1908-2009) qui fut l’un des penseurs fondateurs du structuralisme.
2 . Philosophie désigne ici une voie de vie. Manière d’être, manière de percevoir, de sentir, d’être au monde et non une méthode rationnelle fondée sur la détermination de concepts selon un ordre logique.
3 . Un kōan est un énoncé énigmatique sans rapport avec la logique, que l’on trouve dans certaines écoles du bouddhisme chan ou zen. Ils sont utilisés afin de porter l’élève à la grande libération. Voir à cet égard le chapitre 6 La non-raison et l’unitude p. 115 .
1
LA LIBERTÉ
« L’acte est vierge, même répété ».
René Char
L E RETOUR EN SOI
L e bonheur est très souvent évoqué par ceux qui cherchent à mettre un terme à la souffrance, au mal-être qui perturbe la vie. La liberté l’est beaucoup moins alors qu’elle est fondamentalement liée au bonheur. En effet, être heureux, c’est d’abord sentir la liberté de se transformer .
Cette liberté ne concerne pas l’acquisition de droits dans le sens politique et juridique ; il ne s’agit pas de questionner l’existence sociale d’un individu. La liberté qui nous intéresse ici ne résout pas d’abord le problème des autres, celui de la vie collective, ou autrement dit du vivre-ensemble. Elle questionne d’abord le moi lui-même. Le problème n’est pas en premier lieu de construire un « espace de liberté » à l’extérieur, mais de trouver le sens de l’intériorité, de voir en soi sa véritable nature. Il s’agit donc de commencer par savoir ce que je suis.
Le questionnement de nos trois philosophies, Zen, Tao et Yoga, s’oriente précisément vers l’intériorité. Les problèmes ont leur résolution en nous-mêmes et non à l’extérieur.
L’ OBSTACLE MAJEUR : LA SÉPARATION ENTRE SOI ET LE MONDE
L’obstacle primordial au bien-vivre est la division séparatrice, cette déchirure qui oppose l’homme et le monde. Vivre, c’est très souvent chercher un équilibre difficile dans un monde hostile. Équilibre avec les autres, avec le travail, la famille, avec la réalité en général. Vivre est une constante et complexe adaptation qui nécessite des efforts. Nous sommes en lutte la plupart du temps et nous ressentons intimement la difficulté. La relation hommemonde est une relation compliquée, sous tension, avec, bien heureusement, des moments de relâchement.
Nos trois philosophies posent la question suivante : comment peut-on trouver l’harmonie, l’union qui permet d’établir un équilibre durable ? Comment s’unir à la réalité sans ce besoin incessant de lutter ?
Q U ’ EST-CE QUI NOUS SÉPARE DU MONDE ?
Spontanément la pensée nous sépare du monde. Elle nous en éloigne par le biais de jugements que le mental émet sans cesse pour estimer les choses avant même d’avoir vécu, d’avoir expérimenté, d’avoir saisi la réalité. On est à l’écart d’un monde qui souvent ne correspond pas à nos pensées. En faisant cela, l’esprit met en place une relation duelle avec le réel puisque « je » et le monde ne sont pas en accord. Nous nous trouvons donc « face » à la réalité plutôt qu’en elle.
Cette relation ardue est constituée au moins de trois éléments :
1/ Les mots, les verbes, les définitions, bref, le langage et la structure psychologique. Nous jugeons et interprétons le monde qui nous entoure selon un cadre prédéfini. À cause de cela, nous ne voyons pas les choses de façon immédiate mais avec une sorte de filtre. Ainsi, la relation homme-monde se noue toujours au travers d’une connaissance : je- concept -objet, ou je- théorie -objet, ou encore je- interprétation -objet, je- imagination -objet.
2/ L’imagination, quant à elle, interfère dans notre relation au réel. Nous plaquons sur les choses une série d’images qui viennent de l’éducation, de la culture, des peurs, des angoisses ; l’imagination anticipe, elle suppose, elle construit. Bref, elle travestit le monde. Au lieu de voir une forêt, nous pouvons voir un lieu peuplé, non d’arbres seulement, mais d’esprits. Nous pouvons voir le monde en noir en imaginant les catastrophes potentielles qui le menacent. Notre imagination nous éloigne donc du réel. L’image constitue une séparation entre nous et ce que nous considérons.
3/ Cette séparation se constate également dans la psychologie. En effet, c’est toujours un ego qui est devant le monde, qui le juge et l’interprète selon une subjectivité personnalisée. C’est notre regard qui observe le monde. C’est notre façon de voir, notre opinion, nos comportements, notre manière de parler, etc.
Or cette personnalisation de la relation au monde montre que la réalité est jugée par notre point de vue singulier. C’est ce point de vue qui est partiel car ce regard singulier a la prétention de juger la globalité des choses.
Poser la question de sa propre nature consiste donc d’abord à prendre conscience de son ego ; prendre conscience qu’il n’est pas le seul ; prendre conscience d’un tout qui nous dépasse et nous englobe.
L’ EGO-CENTRÉ 1
Les premières questions à se poser pour commencer à comprendre son intériorité sont les suivantes : comment peut-on résoudre le problème de la souffrance, et quelle est l’origine de cette souffrance ? Comment vivre mieux, comment vivre bien ?
Nous jugeons de la réalité sur des bases fragiles dans la mesure où l’objet interprété ne l’est pas en fonction de ce qu’il est, mais de ce que nous sommes . Il y a toujours une projection de soi dans l’objet ; le réel est ainsi « défiguré », modifié, transformé par un « regard ». Or la souffrance est précisément là : souvent ce qui est projeté ne correspond pas au réel. Ce décalage entraîne des mésinterprétations, des attentes déçues, des espoirs qui traînent en longueur, des comportements fondés sur des jugements erronés ou tronqués. Et cela est lié, selon ces philosophies, à l’importance démesurée que nous accordons à notre ego et à notre psychologie, alors même que l’ego est soumis aux fluctuations incontrôlables du monde extérieur en y réagissant constamment.
La combinaison de ces trois éléments est explosive :
1/ L’ego est tellement centré sur lui qu’il se projette tous azimuts.
2/ Le monde advient sans prendre en considération cet ego agité.
3/ Et enfin des mots, des verbes et des images nous mettent en lien avec le monde sans pour autant pénétrer le fond des choses, dans le sens de ce que Bergson écrit : « Enfin, pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. » 2
La résolution des problèmes a donc pour condition le dépassement de l’ego et des productions mentales. Il faut revenir à un soi épuré de cette psychologie qui nous sépare du réel, afin de poser sur le monde un regard porté par une conscience plus libre, plus ouverte, plus claire. Ainsi, l’intériorité ne sera plus cet ego fluctuant, centré et agité, mais une conscience profonde.
Voilà le point central : c’est à soi-même que l’on a affaire. La résolution de nos problèmes commence par un retour en soi, par une prise de conscience de nous-mêmes et de l’automatisme de nos pensées, de nos actes, de nos jugements. Or, pour commencer à faire cesser un automatisme, il faut en prendre conscience.
P RENDRE LA DÉCISION D ’ ÊTRE LIBRE
Décider de changer, fermement, résolument, c’est avant tout saisir cette liberté. C’est se savoir et se sentir libre. C’est être intimement persuadé que ce que nous sommes psychologiquement n’est pas une fatalité. C’est la liberté du recommencement ; celle de la libération. Mais pour ce faire, il convient de ne pas être « timide » dans la volonté de se transformer. Les tâtonnements et les balbutiements n’iront pas loin, car la force de tout ce qui nous conditionne prendra très vite le dessus. C’est élémentaire. Dans toutes les choses de la vie, l’approfondissement requiert un engagement, une présence stable, une pleine énergie. Ressentir la vie qui circule en soi, c’est être présent à son corps, le ressentir dans sa globalité, dans son unité. Il s’agit de revenir à son corps, de « l’habiter », d’éprouver la sensation subtile de la respiration, le mouvement du souffle. Ceci est simple puisqu’il s’agit de prendre une pleine conscience de ce qui est là, ici et maintenant : le corps et le souffle. Mais cette simplicité requiert que la conscience soit globale, à savoir qu’il n’y ait rien d’autre en elle. Approfondir c’est aller au fond, au centre, c’est aller vers l’essentiel.
Nous avons tous des qualités et des défauts qui nous collent à la peau. Le problème est que nous donnons à cette identité une fixité qui nous enferme. Sentir sa liberté c’est comprendre que cet « esclavage » n’est pas une fatalité. Et cela commence par les caractères les plus communs. Être timide, être colérique, être peureux, être obéissant, être fumeur... Mais la liberté est liée à une décision, à une orientation nouvelle.
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Se libérer...
Pour arrêter de fumer, par exemple, et se libérer de la dépendance, il faut au préalable en avoir pris la décision ferme. Personne n’arrête en essayant « juste pour voir », avec une petite envie, en se disant : « Ce serait pas mal d’arrêter ». Avec ce genre d’attitude, l’échec est assuré. La volonté de se libérer doit être profonde. Il faut savoir et sentir que l’on peut être tout à fait autre chose qu’un fumeur ou qu’une fumeuse, que cette définition que l’on s’est collée pendant un temps n’est qu’un attribut dont on peut se débarrasser. Face à tout ce que nous faisons par habitude, nous sommes libres de cesser la répétition. Au fond le problème ici n’est même pas de fumer. Car si je suis le « maître », alors il n’y a aucun problème. Mais cela est rare. Nous sommes plutôt « esclaves ». Les chemins du Zen, du Tao et du Yoga permettent de vivre cette liberté plus aisément, sans lutter constamment avec soi-même, sans efforts épuisants. Ils nous aident à nous libérer avec plus de sérénité. Être libre alors n’est pas un combat éreintant. Avec ces philosophies, la décision n’est pas une lutte violente qui nous ronge, mais une ferme et douce présence à soi.
Cela pourrait laisser penser que seuls les volontaires plein d’énergie vont expérimenter cette liberté et ce renouveau. Ce n’est pas le cas. La volonté doit être là, certes, mais l’énergie, si elle n’est pas à la base, peut venir par la suite. On peut commencer lentement, pas à pas, petit à petit. Cette pratique que l’on découvre peut précisément développer en nous le souhait d’aller plus loin et faire croître l’énergie, la conscience de plus en plus pleine et entière que nous pouvons changer, et donc augmenter notre liberté. Et une fois que nous avons vécu la liberté, alors la présence pleine est là. Globalement. Sereinement.
Mais à un moment ou à un autre le changement doit être profond. On peut pratiquer le Yoga intensément, chaque jour, vivre le plus sainement possible, s’investir dans le monde du yoga, manger bio, adopter un style de vie Yoga et être malgré tout totalement centré sur son ego, avec des habitudes, des réactions identiques face aux mêmes genres d’événements, de la vanité, etc. Dans ce cas là, on n’a strictement rien changé à sa vie. On n’est pas plus dans le Yoga qu’un autre. On n’est pas du tout dans le Yoga. En apparence, on peut montrer une sérénité, montrer que le corps et l’esprit sont unis et au fond notre mental est préoccupé, notre corps n’est qu’une façade. Là encore, pas de changement. Nous pouvons pratiquer le yoga pendant cinquante ans sans y être entré une minute. En revanche, nous pouvons y entrer dès le début, dès les premiers pas, par l’aptitude à recevoir le changement.
« Upasāka Lieou-keng dit un jour à Nan-tch’ouan : Dans ma maison, il y a une pierre qu’on peut soit dresser soit étendre. J’ai l’intention de la sculpter à l’image du Bouddha. Puis-je le faire ? Oui, tu peux, répondit Nan-tch’ouan. Upasāka Lieou-kang demanda à nouveau : Ne puis-je pas le faire ? Non, tu ne le peux pas, rétorqua Nan-tch’ouan. » 3
En demandant deux fois s’il peut le faire à Nan-tch’ouan, Upasāka Lieou-kang montre un besoin de garantie et n’est pas sûr de lui-même. Sûr de soi signifie ici avoir un ferme et solide engagement. Nan-tch’ouan perçoit ce manque et lui répond ensuite par la négative. Si tu hésites, alors ne le fais pas, car l’hésitation mène à l’échec.
Le retour sur soi est l’émergence d’une question intime. Est-il possible d’échapper à l’instabilité de l’existence ? Le changement commence dès que nous répondons par l’affirmative. Mais pour cela chaque ego doit « se mettre à l’envers », se vider de tout ce qui est perturbateur afin de laisser venir une claire vision des choses.
L’ OPTIMISME DE LA LIBERTÉ
Pour le Zen, le Tao et le Yoga, la liberté réalisée atténuera et supprimera la souffrance par la fin de l’asservissement à la subjectivité psychologique. Qu’est-ce que la souffrance ? Une conception erronée de la réalité ; l’attachement à un ego conçu comme nécessaire ; l’attachement à l’objet du désir ; l’enracinement dans le passé, la peur de la mort, l’inquiétude et ainsi globalement la projection hors de l’instant, hors de la présence. C’est l’une des leçons des Yoga-sûtras de Patanjali.
Le Zen, le Tao et le Yoga sont donc des voies optimistes selon lesquelles la souffrance existentielle, à savoir l’ensemble des maux, aussi bien d’ordre physique, psychologique que métaphysique, n’est pas une fatalité. Mais ces voies nous disent qu’échapper à la souffrance requiert un changement radical, non pas du monde lui-même, que l’on modifierait grâce à nos actions, mais de la façon dont nous percevons le réel et dont nous nous percevons nous-mêmes.
La liberté, ici, est la possibilité d’éradiquer le déséquilibre propre à l’existence. Il nous est donné l’aptitude à modifier notre façon d’être au monde.
Aucune habitude, aucune expérience, aucun vécu, aucun savoir, aucun caractère n’agit ainsi définitivement sur nous. Rien ne peut fixer notre comportement de façon irrévocable. Nous avons alors la capacité de penser, de parler, d’agir autrement . La liberté est l’aptitude à se déconditionner ; il s’agit de cette possibilité d’échapper à l’influence des circonstances du monde, d’échapper aux déterminismes 4 psychophysiologiques. La liberté implique de sortir des conditionnements physiques et mentaux qui font que nos réactions ou nos pensées suivent généralement le même cours, parce que nous les avons assimilées à ce que nous sommes. Ce principe philosophique est clair : l’homme peut être autre que ce qu’il croit être . Il y a toujours ainsi une « façon de s’en sortir ». La liberté dont il s’agit ici permet donc de remettre en cause notre fonctionnement psychologique et de savoir qu’il n’est pas définitif. L’enjeu est de taille, car cela signifie que les troubles et les souffrances ne sont pas irrémédiables.
C HANGER
Nos mouvements premiers sont tournés vers l’extérieur. Les sens nous relient au monde et aux multiples qualités qui le définissent. Or, contrairement à ce que l’on peut penser de prime abord, en nous portant vers le monde extérieur, loin de le contrôler, c’est lui qui nous contrôle. Nous attendons en effet qu’il comble nos désirs, ce qu’il fait rarement. Du coup, nous sommes influençables et changeants. Le besoin, la consommation, la convoitise orientent la vie vers l’extérieur. Qu’il s’agisse d’une nécessité vitale ou d’un désir, l’objet recherché est toujours à distance.
Le Yoga, le Zen et le Tao, malgré leurs différences, visent cette conscience qui saisit l’essence de l’homme, non dans ce que le monde fait de lui, mais dans sa nature, dans son intériorité profonde et originelle.
Penser la liberté est alors penser les conditions de transformation de notre être au monde , c’est-à-dire de notre façon d’y réagir, de le ressentir. C’est ainsi qu’il devient possible d’échapper à la réalité brute des phénomènes de la vie et d’accéder à une autre dimension, qui n’est pas ailleurs, mais bien ici, en soi-même. On considère ensuite cette réalité après avoir « changé son propre regard ». Ces philosophies proposent ainsi de nous libérer des traits psychologiques qui nous font voir le monde de façon partielle et erronée, de nous affranchir en nous détachant de l’influence constante de notre environnement 5 . Mais cette liberté n’est pas une sinécure, on s’en doute, parce que nous devons nous prendre en charge, nous débarrasser des structures sécurisantes. La liberté de recommencer requiert le courage de l’inédit. Pour faire table rase, il faut accepter de s’engager pleinement. Ces philosophies, qui requièrent l’autonomisation et la prise en charge de soi, affirment ainsi à la fois une haute liberté et un renouveau.
La première démarche est l’acceptation d’un retour en soi afin d’éclairer la nature de la conscience. Cette nature, ou autrement dit ce qui est origine et fondement, n’est en rien différent, ou opposé, ou séparé du monde.
Qu’est-ce que la nature ?
L A NATURE HUMAINE SELON UNE APPROCHE CLASSIQUE
L’essence, selon une approche classique, est un fond irrémédiable, fixe, définitif. Elle ne peut être remise en cause et s’actualise inévitablement, nous portant forcément à devenir ce que nous sommes. L’essence est tranchante et sans appel.
On peut aussi parler de nature, à condition de définir la nature comme un ensemble de qualités innées dont le développement automatique advient selon chaque espèce vivante, selon la constitution propre d’un individu, selon ses caractéristiques particulières, selon son idiosyncrasie 6 . Ici la nature est nécessairement. On parle alors d’une nature paresseuse ou d’une nature aimante. Ce qui définit cet état de chose est principalement l’impossibilité, pour l’individu, d’échapper ou de faire cesser ne serait-ce qu’un moment l’expression de cette nature.

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