Histoire de la Ville de Saint-Nazaire & de la région environnante (Tome Ier)
251 pages
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Description

Parue en 1925, cette monumentale histoire de la ville de Saint-Nazaire (plus de 1000 pages) est un véritable monument de l’histoire régionale et l’œuvre de toute une vie. Elle est due à Henri Moret, qui fut directeur des bureaux de l’administration municipale de Saint-Nazaire, entre 1881 à 1896 et auteur, également, d’une histoire du Croisic.


Rééditée plusieurs fois en fac-similé, cette Histoire de Saint-Nazaire méritait enfin une nouvelle édition, entièrement recomposée et proposée en trois tomes : Tome Ier : des origines à la Révolution ; Tome 2 : la Révolution ; Tome 3 : du début du XIXe siècle au début du XXe siècle.


Des mégalithes de la Préhistoire en passant par la bourgade moyenâgeuse partie prenante de la vicomté de Donges, puis de la vicomté de Saint-Nazaire, bien modeste face à ses voisines, les cités prestigieuses que sont Guérande et Le Croisic, simple « havre » idéalement situé, mais pas encore port, le village ne compte que 600 habitant au milieu du XVIIIe siècle et à peine 3.000 à la veille de la Révolution.


Au travers des diverses archives compulsées, voici reconstruit minutieusement, ce qu’a été le passé ancien de Saint-Nazaire.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782824050690
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Même auteur, même éditeur
Histoire de la Ville de Saint-Nazaire, tome 2 : la Révolution.
Histoire de la Ville de Saint-Nazaire, tome 3 : du XIX e au XX e siècle.





isbn

Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain
Pour la présente édition : © edr/ EDITION S des régionalismes ™ — 2013
Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte–Grenier — 17160 cressé
ISBN 978.2.8240.0167.8 (papier)
ISBN 978.2.8240.5069.0 (numérique : pdf/epub)
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.


AUTEUR

henri MORET




TITRE

Histoire de la ville de Saint-Nazaire ET DE LA Région environnante tome i er : des origines à la Révolution

Illustrations d’Alexandre Auffray




PRÉFACE
I l ne nous a pas semblé possible de nous dispenser d’écrire les lignes liminaires qui vont suivre. Notre premier devoir n’est-il pas de nous faire tout d’abord connaître aux lecteurs de ce livre ? Si nous n’avons pas constamment habité la ville de Saint-Nazaire, nous l’avons du moins toujours connue ; c’est-à-dire que jamais nous ne l’avons longtemps perdue de vue : l’ayant au reste choisie comme résidence définitive, nous y avons dès lors « droit de cité ». Appelé, voilà plus de quarante ans, de l’un des services publics du chef-lieu du département de la Loire-Inférieure à la direction des bureaux de l’administration municipale nazairienne, nous avons participé, de 1881 à 1896, à toutes les affaires communales qui ont été traitées par l’édilité.
Dès l’origine, nous avons senti l’inconvénient qu’il y a pour une cité importante de n’avoir point son histoire écrite. Ce sont à chaque instant des recherches ardues à effectuer ; recherches parfois heureuses, souvent stériles, qui exigent, en tout cas, un temps incroyable. Car l’histoire n’est pas seulement une résurrection curieuse du passé, elle est aussi la tradition immuable : elle constitue la pérennité des choses, et fournit les enseignements et les exemples si précieux pour ceux qui assument la charge difficile de veiller aux intérêts de toute sorte d’une communauté. Nous avons donc tout naturellement souhaité que fût rédigée l’histoire particulière qui faisait défaut.
Il y a eu, avant notre travail, des ébauches de l’histoire de Saint-Nazaire. Dès 1876, M. René Kerviler paraissait devoir être l’historien désiré de la ville. Il est mort sans avoir laissé l’œuvre attendue. En 1904, M. A. Galibourg, ancien bâtonnier du conseil de l’ordre des avocats, déclarait dans une notice assez développée, qui parut en tête d’un annuaire local, qu’il se proposait de faire l’historique que M. Kerviler n’avait pu achever ; mais jusqu’ici, il n’a pas, que nous sachions, donné suite à ce projet. Voyant que le temps s’écoulait et que personne n’entreprenait l’ouvrage, nous nous y sommes consacré : Saint-Nazaire a maintenant son histoire.
Ce qu’est cette histoire, il ne nous appartient pas de le dire. Ce que nous pouvons toutefois affirmer, c’est que, pour la partie ancienne, elle repose sur des documents rares, clairsemés, et, par conséquent, malaisés à découvrir ; nous ajouterons que, dans son ensemble, elle est l’expression vraie, impartiale des faits que nous ont révélés les textes dont nous avons pu prendre communication. Rien de fictif n’est venu de nous ; si quelquefois nous nous sommes trouvé dans l’obligation de recourir à des conjectures, nous n’avons jamais manqué de le déclarer. Au-dessus de tout, nous avons placé le respect de la vérité.
Quant à indiquer par le menu les sources où nous avons puisé, nous n’y parviendrions pas. Pour la partie préhistorique, nous nous sommes surtout inspiré de l’ouvrage de haute érudition qu’est l’ Histoire de la Gaule de l’éminent membre de l’Institut Camille JULLIAN, à qui, après l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l’Académie Française vient d’ouvrir ses portes. À la bibliothèque municipale de la ville de Nantes, avec, pour guide, l’obligeant et érudit M. Giraud-Mangin, nous croyons avoir lu tout ce qui jusqu’à ce jour a été écrit sur Saint-Nazaire. Aux archives départementales, nous nous sommes documenté de notre mieux. À Saint-Nazaire, nous avons parcouru, à la mairie, la totalité des anciens registres paroissiaux et tous les procès-verbaux du conseil municipal ; nous y avons, d’ailleurs, très librement compulsé l’ensemble des pièces qui constituent les archives de la ville. Ce qui reste des archives de la paroisse Saint-Nazaire nous a été communiqué, avec la plus grande complaisance, par M. le chanoine Joalland, curé. À l’imprimerie du Courrier de Saint-Nazaire et à la bibliothèque de la rue Thiers, nous avons consulté, en toute latitude, les collections de journaux périodiques existantes. À la chambre de commerce, la série des procès-verbaux des séances de la compagnie a aimablement été mise à notre disposition. À partir du moment où nous avons reconnu combien il était désirable d’avoir une histoire complète de Saint-Nazaire, sans nous inquiéter de savoir qui rédigerait jamais cette histoire, nous nous sommes attaché à prendre toutes les notes susceptibles d’intéresser un auteur. Cette précaution nous a été d’un grand secours ; nos notes personnelles tiennent dans notre texte une place importante. Il nous est arrivé çà et là de relever dans notre récent ouvrage, Le Croisic, certains détails sur la région ; nous n’avons pas abusé de cette faculté d’emprunter à notre propre fonds. Enfin, on se demandera peut-être si la tradition ne nous a pas quelquefois servi. Nous pouvons dire qu’à Saint-Nazaire — ville jeune, ville très cosmopolite — il n’y a pas de « tradition » : quelques menus récits de coutumes que nous n’avons eu garde de négliger, très peu, et c’est tout. MM. le chanoine André, le marquis de Beauchesne, W. Chaffot, Chevrel, J. Esnault, A. Galibourg, L. Guyot, J. Hémery, A. Lecomte, le comte de Parscau du Plessix, Et. Peschard, Lud. Vielle, etc., nous ont donné des renseignements précieux, dont nous ne voulons pas manquer de les remercier dans cette introduction.
Ainsi nanti, nous nous sommes mis à la composition de notre livre ; nous y avons apporté tout le soin dont nous sommes capable. Pour la partie antérieure à la Révolution, nous avons fait usage d’à peu près tous les matériaux que nous avions réussi à rassembler. Pour la période ultérieure, étant bien plus amplement pourvu, nous avons pu négliger les faits insignifiants, les régimes temporaires, disparus, la plupart des projets mort-nés. Puis nous avons relaté, aussi brièvement qu’il se pouvait, les événements d’ordre secondaire. Les faits majeurs, dont la physionomie exacte et complète nous a fort préoccupé, ont été traités de manière à ce qu’une trop grande concision ne nuisît pas à la clarté.
Henri Moret
Saint-Nazaire, le 1 er janvier 1925

Saint-Nazaire — L’ancienne ville.



PREMIÈRE PARTIE : De l’Origine de la Cité à la Révolution
CHAPITRE I er : La Gaule préhistorique. Les mégalithes de Saint-Nazaire
Q ue le monde soit infiniment ancien, qu’il ne le soit que relativement, c’est un thème à controverses que nous n’avons point à reprendre : aussi bien chaque secte philosophique, chaque communion religieuse pour ainsi dire a entendu pénétrer le secret de la création, et il faut équitablement accorder aux docteurs chrétiens qu’ils se sont fait de ce sujet cosmogonique l’idée la plus nette. Si néanmoins, au début de cet ouvrage, nous croyons devoir remonter autant que possible à l’origine des sociétés humaines, c’est pour répondre à une préoccupation de filiation ancestrale, qui pique inévitablement et particulièrement la curiosité de quiconque se consacre à l’étude de l’histoire d’un peuple.
Les premiers des hommes qui occupèrent le sol sur quel nous vivons habitèrent à n’en pas douter des cavernes. Ils surent évidemment polir le bois, l’os et la pierre. Plus tard, ils découvrirent l’emploi des métaux, et, par l’alliage du cuivre et de l’étain, ils obtinrent le bronze : l’analyse a révélé que le produit du mélange effectué renfermait de quatre-vingt-quatre à quatre-vingt-onze parties de cuivre et de neuf à seize parties d’étain. Le pays ne manquait d’aucune des matières minérales auxquelles eurent recours les aïeux pour les besoins ou pour les plaisirs de leur vie. Il renfermait d’innombrables blocs de silex ; beaucoup de régions du centre et du sud avaient des mines de cuivre facilement exploitables ; des gisements d’étain existaient dans le Limousin, le Bourbonnais, la Cornouailles, etc., etc. ; des forêts couvrant au moins les deux tiers de la surface habitée fournissaient à profusion le bois qu’il y avait lieu d’utiliser pour la fonte ; quant au dur granit pour les sépultures et autres usages, il abondait sous les terres arables centrales et armoricaines.
Par son admirable structure, la clémence de son climat, la variété de ses productions, la fertilité prodigieuse de son sol, la France préhistorique, que longtemps nous appellerons la Gaule, constituait déjà un monde assez avancé, se suffisant absolument à lui-même, mais que sa situation géographique exposait fort à d’inquiétantes invasions. De sorte que le pays se trouvait sujet à deux destinées des plus contraires : c’était à la fois un centre d’existence patriarcale, très sédentaire et une contrée fatalement troublée par des passages désastreux de nomades. Aucune partie de l’Europe ne fut autant que la Gaule soumise aux influences alternatives, opposées du Nord et du Midi. C’est que les nations des mers septentrionales et celles des bords de la Méditerranée pouvaient également la considérer comme un prolongement, une dépendance de leurs territoires respectifs : c’est en Gaule que les populations du Nord éprouvaient les sensations joyeuses, vivifiantes du Midi, et c’est là aussi que jusqu’au jour où César fit franchir à ses légions les « portes de la nuit », les Méditerranéens eurent la sensation mystérieuse du climat boréal. En substance, la région était pour tous ce qu’elle est demeurée, c’est-à-dire une véritable zone de transition, comprenant les terres les plus chaudes du Nord et les terres les plus fraîches du Midi.
L’incertitude la plus absolue, la plus déconcertante couvre d’un voile impénétrable la formation de la plupart des vieilles cités ; les relations des historiens et des géographes de l’antiquité sont d’une désespérante concision ; ce n’est que par présomptions, par déductions hypothétiques que le narrateur contemporain, qui tend à ressusciter le très lointain passé d’une agglomération urbaine, est dans la nécessité d’élaborer son œuvre. Nous ne pouvons donc nous dispenser de recourir à cet expédient. Que conjecturer dès lors, relativement à la naissance de Saint-Nazaire ? Rien que de plausible, voulons-nous espérer. Considérons d’abord la topographie sommaire du lieu : un point de démarcation fort nettement marqué entre la Loire et la mer ; une faible éminence granitique d’une dizaine de mètres d’altitude moyenne, mais très détachée, très saillante à la limite extrême de l’estuaire, située à l’ouest-nord-ouest d’une autre pointe moins en relief et moins considérable, celle de Mindin, qui, sous le rapport hydrographique, présente toutefois, sur la rive gauche du fleuve, à l’embouchure, les mêmes caractères remarquables que la pointe de Saint-Nazaire, sur la rive droite. Les marins ont surnommé « Clef de la Loire » la ligne idéale qui sépare les eaux fluviales de celles de l’Océan, le détroit d’environ deux mille mètres de largeur qui existe entre les deux petits caps, et c’est sans nul doute à cause de cette pittoresque métaphore qu’au-dessus d’une galère sous voiles, une clef figure dans les armes de Saint-Nazaire. C’est sur le promontoire septentrional, celui de la rive droite, par 47°16’17’’ de latitude nord et 4°32’3’’ de longitude ouest, qu’était anciennement assise la ville de Saint-Nazaire ; c’est encore là, d’ailleurs, qu’elle s’étale en partie.
Aux temps très primitifs du trafic et de l’exploitation mari­times, alors que la science nautique établissait ses toutes premières bases, la navigation était soumise aux vicissitudes les plus nombreuses. C’était la recherche judicieuse, perspicace d’un endroit convenable, facilement accessible pour l’embarquement et le débarquement ; l’ignorance évidente des parages à parcourir, de leurs inconvénients et de leurs avantages ; le défaut de connaissance des pays les plus propices aux opérations commerciales, aux relations d’affaires. Il fallait, en d’autres termes, partir d’un lieu parfaitement choisi, trouver, en route, où et près de qui se renseigner, se ménager des abris, soit pour s’y réfugier, le cas échéant, soit pour y faire des escales normales. Par sa position providentiellement favorable, Saint-Nazaire réunissait toutes les conditions susceptibles d’attirer les navigateurs. L’anse spacieuse et fort sûre de la Ville-Halluard, qui s’étendait du rocher saillant de Penhouët à la pointe de Saint-Nazaire, cette pointe surtout constituant, au septentrion, contre les tempêtes d’entre sud et ouest, une protection incomparablement efficace, et couvrant, du côté opposé, des criques la plupart du temps accessibles aux barques, formaient un port naturel de choix.
Tout d’abord, des pêcheurs se sont vraisemblablement établis sur le promontoire de Saint-Nazaire. Les Phéniciens (1) , les Grecs, les Carthaginois et autres peuples éloignés, qui commerçaient, dit-on, avec la tribu des Vénètes, la plus antique, croyons-nous, la plus importante, en tout cas, de la côte, y fondèrent assurément des établissements. Quels exactement ? Nous l’ignorons tout à fait. Ces établissements s’appelèrent-ils, en définitive, Brivates Portus ou Corbilo ? La question, bien des fois posée, n’a point été résolue.
Brivates Portus ! Corbilo ! appellations éphémères, très antérieures au moyen âge, inusitées depuis bien des siècles ! Deux noms étroitement associés, qui ont fait verser bien de l’encre ! Pendant que Kerviler, sans rencontrer beaucoup de contradiction, estime , que Brivates Portus a fort bien pu être le très ancien port de Saint-Nazaire, des auteurs placent Corbilo à Blain, à Couëron, à Nantes. C. Jullian, de l’Institut, n’hésite pas à situer à Nantes même le port fameux de Corbilo .
Il paraît toutefois manifeste que dans les comptoirs créés, les transactions commerciales, — vraisemblablement des échanges, — s’opéraient avec une simplicité et une confiance réciproques, que les circonstances imposaient. Ce que plus tard nos ancêtres immédiats ont fait dans les Indes, en Amérique et en Océanie, les premiers trafiquants de la Méditerranée le firent indubitablement sur le littoral de l’Atlantique : sans armes, l’étranger débarquait sur la grève libre et y étalait ses marchandises ; il y trouvait par compensation les produits que de bonne foi l’indigène apportait au débarcadère. Avec la conquête romaine se manifestèrent à n’en point douter les tares occultes mêlées, par l’esprit du mal, aux rayonnants progrès de la civilisation ; avec elle disparut la probité native des premiers négociants ; avec elle se fit jour la duplicité et s’épanouit sans vergogne la prédominance si méprisable en soi de la force sur le droit.
Le doux et crédule chroniqueur de Batz, Alain Bouchard, si diversement apprécié, ne craint pas de faire sienne, après Robert Wace (1155), la fable séduisante de Geoffroy de Monmouth. On sait que ce dernier écrivain veut que son invraisemblable Brutus, fils de Sylvius, petit-fils d’Enée, — du valeureux, de l’invincible Enée, fils d’Anchise et de Vénus, miraculeusement échappé au massacre de Troie, une dizaine de siècles avant Jésus-Christ, d’Enée pour qui la reine fondatrice de Carthage, Didon, conçut l’ardent et fatal amour dont elle mourut, d’Enée, enfin, le vengeur de Pallas ; le vainqueur du redoutable Turnus, de la mort de qui Lavinie, fille de Latinus, fut le prix, — soit le père des différentes nations bretonnes. Il fait donc arriver S. Brutus dans notre estuaire, et veut qu’il jette les ancres de son navire « à l’entrée de la rivière de Loire, où est à présent Saint-Nazaire  ».
D’Argentré prend également au sérieux le récit merveilleux de Monmouth. Avec une parfaite bonhomie, il écrit que « le port du Croisic », — ancien, il le faut bien, autant que le havre de Saint-Nazaire, — « s’est d’abord appelé Trosic , pou la venue et édification de Brutus ».
Il est à remarquer que les traditions les plus reculées représentent Enée comme ayant régné sur les Troyens, après la destruction de la famille de Priam.
D’après les poèmes homériques, Enée, par son père, Anehise, appartenait à la maison royale de Troie. Quand, devant les murs de cette ville, Neptune — le dieu qui ébranle la terre — soustrait si à propos Enée aux coups redoutables d’Achille, il a préalablement déclaré aux Immortels : « Il est dans sa destinée d’échapper à la mort, afin qu’elle ne disparaisse pas sans laisser de rejeton, cette race de Dardanus que le fils de Saturne (Jupiter) a le plus tendrement chérie entre tous les enfants qui sont nés de lui et de femmes mortelles : car c’est Enée qui régnera sur les Troyens, lui et les fils de ses fils qui naîtront postérieurement ». ( Iliade , chant XX). Dans la légende choisie par Virgile, c’est Jupiter lui-même qui dérobe Enée à l’épée d’Achille.
Le passage d’Homère qui précède est très important ; car non seulement il nous fait écarter la trop imaginaire souche généalogique bénévolement proposée aux bretons par les conteurs, mais encore il détruit formellement la fameuse légende de l’origine troyenne de Rome, et la chimère de la famille des Césars, qui, prétendant qu’après la prise de Troie, Enée était venu se réfugier en Italie, voulait établir sa filiation de Vénus, par le fils, d’Anchise.
L’historien et le poète communient au surplus dans la fiction. Carthage a été bâtie deux cents ans environ après la prise de Troie. En chantant aux Romains l’origine de leur haine contre l’orgueilleuse Carthage, en inventant, pour les intéresser à son épopée, les amours du pieux Enée et de la jalouse Didon, Virgile ignorait-il que ces fabuleux amants étaient nés à deux siècles d’intervalle ?
Faut-il autrement personnifier le quasi divin Brutus des vieux chroniqueurs ? Faut-il présumer qu’il n’est autre que Décimus Brutus, le lieutenant de César qui soi-disant réunit à l’embouchure de la Loire précisément, la flotte qui devait se mesurer contre celle des Vénètes ? C’est là une question très incidente, destinée à l’opinion, et à laquelle nous ne répondrons point, — surtout par l’affirmative.
Au septième siècle avant notre ère, les populations de la Gaule vivaient étroitement attachées à leur sol : l’horizon de leurs pensées habituelles, l’influence de leurs dieux ne dépassaient pas les bornes de la tribu ; aucune invasion, aucune expédition de conquête n’est partie de chez eux ; contre les nations qui franchirent le périmètre de leur territoire, elles ne tentèrent, semble-t-il, nul retour offensif. C’étaient des peuples de mêmes aspirations, guidés par des sentiments de paix communs. Les Grecs nous ont les premiers parlé d’eux. Pour désigner l’ensemble des habitants du pays gaulois, les explorateurs les plus anciens n’employèrent jamais d’autre vocable que celui de Ligures . Il est présumable que l’élément essentiel de l’unité des Ligures était la langue.
Ce n’était point pourtant une race absolument particulière à la Gaule. La tradition avait conservé la notion très précise d’une période fort longue où les Ligures occupaient, en Occident, tous les territoires avoisinant le grand golfe de l’Atlantique ; mais de combien de migrations, de mélanges les Ligures étaient-ils issus ? Dans quelle proportion descendaient-ils des Aryas dont les enfants, un jour, devaient peupler l’Europe, des Aryas qui, après avoir successivement quitté l’Asie, marchèrent, rapporte-t-on, droit devant eux, dans la direction du soleil couchant, jusqu’à ce que leurs groupes les plus avancés eussent atteint la vaste mer d’Occident ? Dans quelle autre mesure descendaient-ils des hommes qui s’étaient succédé dans la contrée, de ceux qui avaient vécu dans les cavernes, de ceux qui avaient appris à tailler la pierre et à fabriquer le bronze ? On l’ignore et on l’ignorera probablement toujours. De ce que nous savons, on peut certainement inférer que les Ligures ont été tout au moins une population de marins aux prouesses hardies, et que de toutes les nations de l’antiquité, nulle ne fut moins mobile que la leur. L’époque ligure doit, d’ailleurs, être considérée comme la conséquence d’un insondable passé.
On a dit et répété qu’à l’âge du bronze a succédé l’âge du fer . Il ne faut pas être absolu dans l’ordre de règne admis. Des auteurs croient non sans raison que la forge, c’est-à-dire la préparation du fer, a précédé tous les autres arts industriels, pour les créer. Les apparences sont souvent trompeuses ; personne n’ignore que le fer, le cuivre et l’étain sont des corps dits simples, très facilement attaqués par l’oxygène, et que le bronze aussi appelé airain est un alliage qui peut, sans s’altérer, traverser des siècles, survivre là où le fer absolument oxydable est rongé par les effets du temps.
Ce sont les intérêts commerciaux qui toujours rapprochèrent le plus et le mieux les hommes. C’est de la Grèce que se répandit d’abord sur les territoires ligures l’esprit mercantile qui les révéla au monde civilisé d’alors. L’histoire proprement dite de la Gaule remonte à la fondation de Marseille par les Grecs Phocéens. C’est vers l’an 600 avant Jésus-Christ que les aventuriers grecs de Phocée l’Asiatique apparurent dans le bassin Occidental de la Méditerranée, pour réaliser le rêve qui les hantait d’y fonder un empire commercial. Cette époque est approximativement aussi celle de l’immigration des Celtes ou Gaulois dans la région qui leur doit son nom. C’est après le débarquement des Grecs à Marseille que naquirent en Gaule des villes, des cités et des empires.
L’origine de Marseille est poétiquement enveloppée de piété pacifique et de grâce féminine. Un songe émanant des dieux détermine l’exode des Phocéens ; une inspiration céleste leur promet une nouvelle patrie ; le geste d’une vierge barbare leur donne la terre souhaitée. Entre Grecs et Gaulois, les rapports seront du reste fort longtemps des plus intimes.
Dans le même moment, avons-nous dit, les peuples du Nord se portent contre ceux du Midi. L’invasion celtique est contemporaine du règne du roi de Perse Cyrus ; elle est la première positivement connue des grandes migrations humaines qui troublèrent l’unité tacitement établie en Gaule. Donc, pendant que les Phocéens tentaient de s’assurer la suprématie en Méditerranée, les Celtes d’outre-Rhin se mettaient en mouvement pour atteindre les terres superbes dont les Grecs convoitaient les rivages. Avec une certaine vraisemblance, on peut situer l’habitat primordial des Celtes dans les plaines les plus basses de l’Allemagne septentrionale, dans les îles, au Danemark, sur les côtes extrêmes de la mer du Nord : la Frise et le Jutland furent, en un mot, les territoires de la plus antique patrie européenne des émigrés de l’Arie.
La dénomination de Celtes était celle que se donnaient à eux-mêmes les indigènes des tribus sans doute confédérées des parages de la mer Frisonne. Les Celtes, en tout cas ; ne différaient pas sensiblement des autres populations de la Basse-Allemagne et des bords de la Baltique ; leur langue, d’origine aryenne, était celle dont les langues germaniques, bien que très éloignées d’elle, sont actuellement les petites-filles ou les petites-nièces.
Avant les Celtes, d’autres Asiatiques ont dû sortir de ces bassins de la mer du Nord et de la Baltique pour gagner le sud-ouest, comme après les Celtes en provinrent les Cimbres, les Franks, les Normands, etc… Les replis de la mer Frisonne ont de tout temps été le centre de thalassocraties riches et tracassières, plus clairement désignées par les noms de Saxons, Angles, Danois, Jutes, etc., ou par ceux de Brème ; Hambourg, Lubeck, etc… La source principale de la richesse de ces petits empires maritimes était l’industrie métallurgique où ils excellaient. Nulle part dans le monde atlantique ancien il n’a été produit, en bronze, — poignards, épées, bijoux, — de plus belles pièces qu’entre Hambourg et Stockholm ; c’est là et non pas dans la Gaule, fort attardée au polissage de la pierre, que s’épanouissait littéralement la « force de l’airain ». La race celte, remarquablement prolifique, d’un courage à toute épreuve, était aussi caractérisée par son esprit d’aventure et par sa convoitise du bien d’autrui.
En résumé, cinq siècles et demi environ avant l’ère chrétienne, quittant les côtes peu hospitalières de la Baltique et de la mer du Nord, les Celtes se dirigèrent vers l’occident de l’Europe. Ils prirent la voie naturelle que leur offrait la plaine de la Basse-Allemagne, route qu’un millénaire plus tard, à la chute imminente de l’empire romain, emprunteront à leur tour les Franks. Aux abords du Rhin, ils rencontrèrent les premières tribus ligures, qui tentèrent évidemment de s’opposer à leur passage, et les défirent. Ils ne s’arrêtèrent pour s’y établir que dans la Gaule centrale, la Celtique proprement dénommée, au sud de l’immense forêt des Ardennes, dans les bassins de la Seine et de la Loire. Ils imposèrent aux populations subjuguées leur domination et leur nom : le vocable de Ligures disparut dès lors des contrées occupées. La conquête subie et bientôt incontestée, la fusion entre les deux peuples, peu dissemblables sous bien des rapports, s’effectua avec une grande rapidité. Nous ne devons plus connaître que sous le nom de Celtes le mélange de Celtoligures qui s’opéra. Les Celtes réussirent à fonder un empire durable et à laisser des terres à leurs descendants.
Le désir de conquêtes qui avait poussé les Celtes en Gaule gagna rapidement leurs voisins les plus proches ; des bandes de transrhénans se hâtèrent d’accourir à la curée. Ces nouveaux arrivés : Belges, Gésates, etc., furent désignés sous l’appellation de Galates, dont les Romains firent : Galli , les Gaulois. Les termes « Galates » et « Gaulois » sont, par conséquent, synonymes. Pris dans un sens générique, le mot : Gaulois désigne, d’ailleurs, les Celtes et les Belges ou Galates, et l’expression : Gaule, la contrée de l’Europe occidentale où ces races se sont confondues. Les invasions galloises ont duré pendant six générations à peine, à peu près deux siècles.
Ce sont les Belges, parents et compétiteurs des Celtes, qui conquirent la rive anglaise et qui s’établirent le long des côtes normandes et armoricaines ; ce sont eux qui ont le plus contribué à faire de l’Armorique (du breton : ar , pays ; mor , mer, maritime) une région gauloise. Sauf les Belges fixés sur les côtes de l’Océan, qui, dans la suite, s’appelleront Bretons, dans l’île de Bretagne (Grande-Bretagne ou Britannia ), Gaëls, en Irlande, et simplement Gaulois, en Armorique, les Gaulois n’étaient pas des navigateurs.
Vers l’an 500, Carthage envoya l’amiral Himilcon explorer les rivages du nord de l’Europe. C’est lui, croit-on bien, qui le premier a reconnu les Vénètes du Morbihan (du bret. : mor , mer ; bihan , petite).
Cent ans après, les Celtoligures ou Gaulois, au nombre de trois cent mille, suivis, comme il était d’usage, de leurs femmes et de leurs enfants, partirent, sous la conduite de Bellovèse et de Sergovèse, leurs princes, pour conquérir et se partager les vallées du Pô et du Danube. Dans le nord de l’Italie ( l’Etrurie ), où ils pénétrèrent par surprise, ils eurent la victoire facile. Une seconde Celtique, pour ainsi dire aussi riche et aussi populeuse que celle dont elle était issue, s’épanouit immédiatement dans la plaine italienne.
La nouvelle Celtique fut vite atteinte de la même soif de conquêtes que celle qui avait tourmenté l’ancienne. Le 18 juillet 390, la terreur panique des Romains livra aux Celtes le champ de bataille de l’Allia, et tout de suite la ville de Rome. En 349, les Celtes campèrent sur le mont Albain. Rome réussit toutefois à leur imposer comme barrière méridionale la chaîne des Apennins.
Les Gaulois allèrent sur les terres danubiennes et en Orient. Ils imposèrent leur puissance à la moitié du monde ancien.
Dans la dernière partie du quatrième siècle avant Jésus-Christ, l’armateur marseillais Pythéas releva le cap Saint-Mathieu, l’île d’Ouessant et les petits archipels des parages. Là il apprit le nom de la peuplade qui vivait sur le continent : celle des Ostimiens ou Osismiens, et entendit parler de Corbilo , — Nantes, à notre avis, — « à l’embouchure d’un fleuve existant plus au sud ».
C’est par les routes naturelles (océans, fleuves, rivières, vallées, cols) qu’aux premières lueurs de l’histoire, eurent lieu, entre les nations, les relations de toute sorte, les échanges commerciaux notamment. Comme la terre, la mer a ses voies de pénétration et ses carrefours. On n’ignore pas que les parties élevées de l’Armorique, qu’une arête montagneuse sépare en deux versants, étaient en général recouvertes de bois. Cette vaste forêt centrale, qui s’interposait entre les différentes tribus du nord et du sud de l’importante péninsule, ne leur laissait comme moyen de communication pratique que l’Océan.
C’est au surplus par l’Océan Atlantique, — la Mer Extérieure des anciens, — que la Gaule est en rapport avec les îles du Royaume-Uni d’Angleterre, ses voisines. La raison par excellence de la notoriété qu’eurent jadis les ports maritimes gaulois de l’ouest, fut précisément qu’ils étaient les têtes des voies navigables vers la Grande-Bretagne. À cet avantage commun, les ports de la basse Loire ont toujours réuni celui d’être, à juste titre, considérés comme servant le mieux les intérêts du commerce intérieur. Économiquement la Loire joue, en effet, un rôle très particulier. Elle entre en Armorique en dépassant la petite ville d’Ingrandes-sur-Loire. C’est là que la terre de Bretagne commence à border la droite du puissant fleuve, lequel ne coule entre deux rives bretonnes que beaucoup plus bas, à partir de La Chapelle-Basse-Mer (rive gauche) et exactement du confluent de la Divatte. La Loire achève son cours à la base même de la grande presqu’île armoricaine, en se jetant dans la mer à Saint-Nazaire que plus de cent kilomètres séparent d’Ingrandes. Nul fleuve français ne pénètre aussi profondément qu’elle dans la citadelle montagneuse du centre ; aucun cours d’eau national n’étend en affluents, de chaque côté de son lit, d’aussi longues artères propres à l’activité de la batellerie ; aucun n’étale sur ses bords des rives si riches et si enchanteresses.
Relativement moins riante, moins pittoresque, moins poétique dans son ensemble, la Loire, maritime, la basse Loire est cependant encore bien belle à contempler, bien intéressante à parcourir. Des magnifiques quais de Nantes à l’Océan, de l’endroit où l’Erdre, — si agréablement indolente, — et la Sèvre nantaise, — où se reflète le charme des sites merveilleux parmi lesquels elle ravine son lit, — mêlent, dans une symétrie qu’on dirait artificielle, leurs eaux vert foncé aux eaux de nuance plus claire du grand fleuve, que de choses remplies d’attraits ! Sur une rive et sur l’autre alternativement, au pied des riches coteaux qui enserrent la ravissante vallée, ce sont des chantiers de construction pour la marine, vastes encore que forcément limités, des fabriques considérables, d’où sortent les produits industriels les plus variés, des ateliers de l’État : l’arsenal d’Indret. Ce sont aussi les digues interminables, grâce auxquelles ont été partiellement fixés les limons et les sables charriés par les courants ; les pâturages abondants et frais qui recouvrent la surface des fertiles alluvions ainsi créées ; puis, au point terminal de l’archipel étendu, qui, considéré du bras du Petit-Carnet, se confond, au nord, avec les prairies renommées, d’où émergent le Sillon de Bretagne et la coquette petite ville de Savenay, Paimbœuf.
Savenay ! Paimbœuf ! Quel retour mélancolique, involontaire vers le passé ces noms provoquent ! Et in Arcadia ego ! Cités infortunées ! Toutes les deux dépouillées par cette autre ville, une bourgade, il y a soixante-dix ans, dont, en doublant la pointe du Fer-à-Cheval, dans le tableau éloigné dont le promontoire fortifié de l’Eve forme le fond, là où l’onde commence à être d’azur, on aperçoit, légèrement voilée par l’atmosphère brumeuse du couchant, la forme indécise, Saint-Nazaire.
Au deuxième siècle avant notre ère, « grâce à l’accès que la Loire donnait dans le continent, les Namnètes étaient les seuls Armoricains à posséder un grand port de transit, — Nantes ou Corbilo , — visité des négociants de Marseille et domicile permanent des riches trafiquants indigènes » ( Camille Jullian , Hist de la Gaule).
À partir de leurs sources, l’Allier et la Loire arrosaient successivement les pays des Arvernes, des Eduens, des Bituriges, des Sénons, des Carnutes. Turons, en Touraine ; Cénomans et Andes, dans la Sarthe et en Anjou, occupaient le bassin moyen de la Loire. Les Namnètes, à qui la ville de Nantes doit très indiscutablement son nom, s’étaient réservé la double courbe inférieure du fleuve, depuis Ancenis jusqu’à l’embouchure. À ne s’y point méprendre, Saint-Nazaire faisait partie intégrante du territoire des Namnètes.
En dépit de l’invasion belge, des populations anciennes exemptes de mélange, nombreuses et bien vivaces, existaient en Armorique. Les Osismiens (ou peut-être : Ostimiens) dispersés à l’extrémité du Finistère, à Brest, à Douarnenez, à Audierne, avaient une origine fort antérieure à l’intrusion des Belges dans la contrée. Les autres Gaulois se divisaient en deux groupes : celui des peuplades nées de l’invasion la plus ancienne — celle des Celtes — et celui des sujets descendant des derniers immigrés — les Belges, etc. Sauf à l’extrême ouest de la péninsule, les tribus armoricaines tenaient généralement de l’une et de l’autre branches. La Celtique présentant les caractères de filiation directe les plus manifestes, occupait une étendue circulaire dont le centre géométrique se trouvait vers le Puy-de-Dôme, et dont le bout des rayons, à l’ouest, atteignait les embouchures de la Loire et de la Garonne.
Les temps infiniment reculés des cavernes et ceux de la pierre polie ont, nous l’avons retenu, précédé l’époque ligure. Les dolmens, les menhirs, les alignements épars sur le territoire de la Gaule sont des vestiges laissés par le monde ligure ; ces mégalithes et des objets divers recueillis çà et là donnent à la population ligure la physionomie d’une race laborieuse, et, répétons-le, sédentaire. L’homogénéité des monuments funéraires des Ligures atteste, d’ailleurs, que ce peuple avait une religion faite de traditions et de croyances.

Dolmen des Trois-Pierres.
Dans cette communauté si ancienne du peuple ligure, dans un état social encore si fruste, les traditions devaient être surtout la perpétuation de sentiments mystiques immuables. Et quelles étaient ces traditions ? On l’ignore dans l’ensemble ; mais l’une d’elles, — le culte des morts, — est bien évidente. Dès lors, il faut logiquement en inférer que ce culte était une manifestation de la foi innée dans la survivance, dont est pénétrée l’âme de la plupart des humains, le fruit d’une doctrine spiritualiste acceptée. Aussi ces dolmens et ces hirmens que nous rencontrons dispersés sur le sol, dont nos lois n’assurent pas suffisamment la préservation, ces humbles monuments que peut-être utilisa la piété de plusieurs âges, ne sont-ils pas seulement pour nous de méditatifs tombeaux ; ce sont, en outre, de très vénérables édifices religieux dont l’attrait prenant nous inspire un vif respect mêlé d’un profond intérêt.
Le terme « dolmen » est une expression formée des deux mots bretons : daul , table, et : men , pierre ; il signifie donc littéralement : table de pierre. L’étymologie exprime parfaitement l’objet.
À l’origine, les dolmens étaient entièrement recouverts d’une épaisse couche de terre. Si la plupart aujourd’hui montrent à découvert leurs imposants squelettes, c’est le fait des intempéries et des hasards des fouilles dont ils ont été l’objet : fouilles résultant de la légitime curiosité des archéologues, fouilles déterminées par de grossières superstitions ou par de stupides présomptions de trésors enfouis ; c’est aussi la conséquence de mesures de destruction des « pierres idolâtriques », préconisées ou ordonnées par une autorité religieuse intolérante.
Les populations dolméniques avaient une prédilection marquée pour les régions maritimes. Aussi, d’une extrémité de la péninsule bretonne à l’autre, les antiquités préhistoriques sont-elles infiniment plus abondantes le long des côtes que dans l’intérieur. C’est, sans tenir compte de l’importance considérable qu’ont constamment value au pays les avantages d’une situation naturelle particulièrement favorable, ce qui explique le grand nombre relatif de monuments mégalithiques découverts, identifiés dans la zone continentale nazairienne.
De tous les mégalithes de la contrée, le dolmen porticelle, c’est-à-dire ressemblant à un portique, des « Trois-Pierres », que personnellement nous avons connu dans la partie haute d’un champ dépendant de la ferme du Bois-Savary, qu’on apercevait fort distinctement, en allant à Guérande, à peu près dans l’ouest du village de la Ville-Halluard, à droite, sur un point dominant les deux rives de l’estuaire et la rade, maintenant en pleine ville, dans un square planté de chênes verts, au croisement des rues du...

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