Faire face au trouble de la personnalité borderline
83 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Faire face au trouble de la personnalité borderline , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
83 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Un livre pour comprendre et agir.Ce livre met en lumière ce qu’est le trouble de la personnalité Borderline (TPB), afin de connaître ses symptômes et leurs conséquences. Il décrit les différentes thérapies les plus efficaces et donne des outils pratiques pour maîtriser ses émotions.Il permet de mieux connaître ce trouble encore mal diagnostiqué afin de mieux accompagner les personnes qui en souffrent.Il s'adresse aux personnes atteintes du trouble de la personnalité borderline, leurs proches, les professionnels de santé.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 septembre 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782340059023
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0800€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

PRÉFACE
Utiliser le terme borderline aujourd’hui suscite souvent des réactions inappropriées d’incompréhension ou de déni. Les idées reçues autour de ce trouble sont encore trop répandues, qu’il s’agisse des professionnels de la santé mentale ou des patients eux-mêmes, sans parler du grand public, pour lequel ce terme n’a pas de signification bien précise.
La définition de ce trouble de la personnalité, que d’autres considèrent comme une réelle maladie ayant un début, un milieu et une fin, a représenté un progrès, car cela a permis d’identifier un ensemble cohérent de symptômes comportementaux et une psychopathologie. Cela a aussi suscité la mise au point d’outils thérapeutiques et de psychothérapies structurées d’inspirations diverses destinés plus spécialement à ce trouble.
Trop souvent encore, psychologues et psychiatres ont une connaissance approximative de ce trouble qu’ils ont vite fait, parfois, de confondre avec des troubles de l’humeur uni- ou bipolaires. L’errance diagnostique, qu’il s’agisse d’une méconnaissance du trouble ou d’un refus de donner le diagnostic au patient, est une source de retard à la mise en œuvre de thérapeutiques efficaces.
Les patients atteints de trouble borderline sont souvent difficiles à prendre en charge si bien que beaucoup préfèrent ne pas s’en occuper. À l’inverse, de plus en plus de thérapeutes se sont spécialisés dans l’aide aux borderline, ce qui a représenté un progrès considérable. Parmi eux, il faut citer les deux auteurs de ce livre, Madame Manon Beaudoin et Monsieur Pierre Nantas, qui depuis des années, dans leur cabinet, à l’hôpital et au sein de l’AFORPEL (Association pour la formation et la promotion de l’état limite), ont apporté beaucoup à la connaissance et à la prise en charge de ce trouble, aussi bien par les thérapies individuelles que les psychothérapies de groupe, les groupes de parole, et par leurs liens avec les services hospitalo-universitaires.
Dans ce livre, ils ont donné du trouble borderline une présentation aussi accessible que fine au plan clinique. Ils ont également décrit certaines thérapeutiques psychologiques pouvant être mises en œuvre. Ils ont enfin fourni des exemples cliniques qui rendent la lecture de ce livre très vivante et très enrichissante.
Il faut les remercier vivement d’avoir entrepris cet effort, qui complète avantageusement les autres ouvrages parus sur ce sujet. On ne peut que recommander leur livre aux patients, à leur entourage et à tous ceux qui veulent se former à la prise en charge des patients atteints du trouble de la personnalité état limite.
Bernard Granger


INTRODUCTION
« Avoir un trouble de la personnalité limite, c’est un peu comme être né sans épiderme émotionnel, sans barrière pour prévenir les coups émotionnels, réels ou perçus. Ce qui, pour d’autres, n’aurait pu être qu’un affront sans importance, était pour moi une catastrophe émotionnelle, et ce qui, pour d’autres, aurait pu être un simple mal de tête, en termes d’émotions, était pour moi une tumeur au cerveau. Cette réaction était spontanée, je ne la choisissais pas. De même, la rage, qui est souvent l’une des caractéristiques du trouble de la personnalité limite et qui semble sans commune mesure avec les événements, n’est pas simplement un accès de colère ou une façon d’attirer l’attention. Pour moi, c’était une réaction à une douleur envahissante qui me rappelait mon passé. »
Williams, 1998
Borderline ! Un terme « grand public » et « médiatisé » qu’on entend fréquemment. Un terme flou qui suscite encore de nombreuses interrogations dans la population, mais également auprès des professionnels de santé. Le trouble de la personnalité Borderline (TPB) est une affection complexe, souvent mal connue et pas toujours très prise au sérieux. C’est pourtant le trouble de la personnalité le plus fréquemment rencontré et qui nécessite une prise en charge thérapeutique et médicamenteuse adaptée. Il se caractérise par des critères bien spécifiques (DSM-V) et de manière plus générale par une instabilité émotionnelle, de l’image de soi, relationnelle et comportementale.
Depuis 2004, l’AFORPEL (Association pour la formation et la promotion de l’État limite) se consacre à promouvoir la reconnaissance du trouble et de ses spécificités. Son fondateur et président, Pierre Nantas est psychothérapeute et auteur de plusieurs livres à succès. Manon Beaudoin, vice-présidente de l’AFORPEL était anciennement une comédienne. Elle est aujourd’hui psychologue, titulaire d’un master en psychologie de la santé. Tous les deux se rencontrent en 2015 et décident de « repenser » l’AFORPEL afin de lui donner plus d’envergure auprès des professionnels et du grand public.
Leur ambition commune pour faire connaître plus largement le TPB les conduit à créer des projets novateurs au sein de l’Association et d’écrire ensemble ce livre. Au cours de ces cinq dernières années, ils ont pu unir leurs compétences pour œuvrer vers une meilleure compréhension du trouble. Ils se sont intéressés d’une part, à ce que vivent les patients, leurs proches et d’autre part à former les professionnels de santé à la prise en charge spécifique que requière le TPB.
Pour les proches, ils ont développé des programmes thérapeutiques adaptés et mis en place des réunions mensuelles. Ces dernières ont pour but d’aider, de soutenir et de permettre aux proches des personnes borderline de comprendre davantage les spécificités du trouble. Ces rencontres ont aussi pour vocation de permettre aux personnes de s’exprimer, de partager leurs expériences respectives et de trouver du réconfort au travers des échanges entre les participants.
En 2019, Pierre et Manon se sont également lancés dans le projet de créer des réunions pour les personnes atteintes du TPB : les « Borderline Anonyme ». Aujourd’hui, ces réunions hebdomadaires permettent à des personnes en souffrance de se retrouver anonymement et de pouvoir exprimer, en groupe ou par visioconférences, leurs difficultés quotidiennes. Elles sont encadrées par deux animateurs de groupe qui ont été spécialement formés par l’AFORPEL. Ces réunions ont été pensées pour favoriser l’accès à la parole des personnes en souffrance, sans pour autant prétendre se substituer aux prises en charge individuelles généralement coûteuses. L’objectif principal de ce dispositif est d’offrir aux personnes borderline qui ressentent un sentiment de rejet et d’abandon, souvent doublé d’un sentiment de honte ou d’auto-dévalorisations, de sortir de leur isolement social et affectif.
Poursuivant sa mission, l’AFORPEL propose aujourd’hui aux thérapeutes, des sessions de formation et de perfectionnement ainsi que la possibilité d’être supervisés individuellement ou en groupe dans le cadre de réunions d’intervision qui permettent aux différents professionnels de pouvoir échanger à propos de leurs pratiques sont régulièrement organisées. Enfin, depuis sa création, l’AFORPEL a organisé de nombreux colloques pour le grand public et les professionnels traitant des thèmes en rapport avec le trouble de la personnalité borderline.
C’est un fait, ces patients se retrouvent encore bien souvent démunis, voire en errance thérapeutique face à la méconnaissance du TPB par un grand nombre de professionnels de santé qui le confondent encore trop souvent avec le trouble bipolaire ou maniaco-dépressif 1 . Il n’est donc pas rare que certains patients arrivent dans nos cabinets avec des diagnostics erronés et des prises en charge inadaptées. On ne le répétera jamais assez, le trouble bipolaire est un trouble de l’humeur alors que le TPB est un trouble de personnalité, il est donc normal que les modalités de prises en charge (médicamenteuses et thérapeutiques) diffèrent.
Un livre pour comprendre et agir
Pour Manon et Pierre, ce livre est l’aboutissement d’une rencontre. Il exprime leur volonté commune, personnelle et professionnelle d’œuvrer tant pour les patients, les proches, que pour les professionnels de santé, vers une reconnaissance et une compréhension plus élaborée et documentée, du trouble de la personnalité Borderline.
Cet ouvrage a pour objectif de mettre en lumière ce qu’est le trouble de la personnalité Borderline, afin d’y voir plus clair entre tout ce que l’on peut entendre à propos de ce trouble et la réalité des symptômes et des conséquences qui lui sont associées.
Il s’adresse aux personnes avec un trouble de la personnalité borderline, à tous leurs proches, à ceux qui se reconnaissent dans les caractéristiques du TPB, mais il ne manquera pas d’intéresser aussi tous les professionnels de santé désireux d’approfondir leurs connaissances.
La première partie permettra au lecteur de devenir « un expert » de ce trouble. Elle est consacrée à la compréhension du TPB, son contexte historique, sa genèse et son évolution. En reprenant les différents critères diagnostiques, nous vous proposerons de faire votre propre auto-évaluation. Nous vous expliquerons pourquoi il n’est pas toujours évident de poser un diagnostic au regard des différentes comorbidités associées au TPB. Enfin, nous aborderons en détail le rôle de l’attachement et des traumatismes de l’enfance responsables de l’émergence du TPB et des états de stress post- traumatiques associés.
La seconde partie de cet ouvrage sera consacrée à la description des thérapies les plus efficaces ainsi que du rôle clé de l’alliance thérapeutique dans la prise en charge du TPB. Nous vous proposerons également quelques outils pour apprendre à gérer vos émotions.
Il est important de garder l’espoir d’une stabilisation, car il est possible de construire une vie qui a du sens pour soi.
DESSIN DE CHESHIRE




1 .Le trouble bipolaire est décrit classiquement comme une affection psychiatrique, intermittente, cyclique et périodique, qui comporte une alternance d’épisodes d’exaltation maniaque ou hypomaniaque, avec dépression de l’humeur et ralentissement psychomoteur.


PRÉAMBULE
« Borderline, et toi tu ne serais pas un peu Border ? » Le mot « Borderline » fait partie aujourd’hui du vocabulaire courant. C’est un mot à la « mode » pour décrire des personnes « extrêmes », « caractérielles », « à la limite », « impulsives ». Et pourtant, le trouble de la Personnalité Borderline est une véritable souffrance quotidienne pour les personnes qui en sont atteintes !
À titre d’illustration, nous avons choisi de recueillir un témoignage. Il illustre les différents symptômes du TPB et permet de comprendre plus intimement ce que traversent ces personnes dites « hypersensibles », très souvent taxées « d’extrêmes » ou « de dramatiques ».
« Chers lecteurs, personnes qui se retrouvent dans le TPB, proches, conjoints, conjointes, à vous professionnels de santé,
Vous étiez peut-être prêts à cet instant précis à tout laisser tomber. En vous invitant à lire ces quelques lignes, j’aimerais avant tout pouvoir vous parler de ce mal qui me ronge, à celles et ceux qui, comme moi, se retrouvent dans l’impasse et bien souvent emmurés dans des chaînes de honte. J’ai le sentiment d’avoir passé ma vie à chercher, à comprendre, mais, et surtout à faire en sorte d’être comprise. Le combat est devenu celui de la validation. La validation, en ce sens, fait référence au besoin d’être reconnue émotionnellement et aussi dans mes agissements parfois extrêmes et dichotomiques. Sans cette validation d’autrui, mes états et réactions émotionnels m’ont longtemps fait ressentir que je n’étais pas à ma place, rejetée, voire même abandonnée. De toute évidence je ne savais pas qui j’étais .
“Le chaînon manquant”
J’ai vainement essayé de contrôler ces peurs irrationnelles d’être abandonnée, des peurs qui m’ont fait souvent perdre des êtres que j’ai profondément aimés. Tester le lien pouvait être pour moi une manière de contrôler l’amour absolu de l’autre. De toute évidence, dans les relations sentimentales, je ne pouvais pas vivre sans l’Autre, j’avais l’impression de ne pas pouvoir fonctionner seule. Cette peur de la solitude et de la perte de l’être aimé m’a poussé à des actions que je regrette : j’ai été intrusive, débordante, colérique, menaçante et même humiliante. Je me suis aussi faite du mal tant l’abîme de la solitude m’était insupportable.
Sachez que dans ces moments, nous perdons totalement le contrôle de nous-mêmes. Nous pouvons être cruels et le regretter en même temps… et pourtant nous ne pouvons agir sur cette déferlante émotionnelle, tant la menace du moment nous paraît réelle.
Pour la plupart d’entre nous, nous avons grandi dans une atmosphère ou nous ne nous sentions pas en sécurité. Nous avons connu l’abus ou la violence. Dans ces moments-là, il se peut qu’un mot ou une situation involontaire de votre part fassent rejaillir le pire en nous. Même si vous essayez de nous apaiser, de nous rassurer au maximum, sachez que nos crises se déclenchent presque par réflexe, en réaction à des moments difficiles que nous avons eu à traverser enfant. Nous avons très tôt dû apprendre à survivre et aujourd’hui il nous est difficile d’apprendre à vivre. Sachez que vous n’êtes pas responsable et que nous savons au fond de nous, que vous faites de votre mieux.
“Chaos social !”
Mes relations ont souvent été chaotiques. “Les rencontres vont et viennent comme des vagues”… Avant qu’elles n’aient le temps de prendre forme, elles se sont en réalité déjà brisées. Et pourtant, j’ai toujours été avide de relations. Il y a quelque chose en moi qui me pousse toujours aller vers les autres, comme une curiosité bienveillante, une authenticité du lien. J’ai toujours eu peur des relations ! À chaque rencontre, c’était le même scénario : état d’hypervigilance absolue jusqu’à friser l’état de parano ! Je n’avais confiance en personne ! Je parvenais “à jouer les rencontres” sans aucun problème ni aucune timidité, mais dès qu’il s’agissait d’être un peu plus intime, je fuyais. Une fois la rencontre plus installée, sans très bien comprendre pourquoi, je vivais comme une sorte d’accélération, comme si les freins lâchaient. L’Autre devenait le Tout et souvent je n’avais plus aucune emprise sur la relation – avec pertes et fracas, je savais que ce que je redoutais le plus était en train de se produire sans que je ne puisse agir dessus. J’avais envie d’être continuellement avec la personne, comme si elle devenait en l’espace d’un très court temps, une entité toujours connue, le centre “quasi mystique” de mon univers. Puis plus rien ne comptait, allant parfois jusqu’à l’obsession. Souvent mes proches ont cherché à me prévenir, mais je n’entendais rien. Le tourbillon émotionnel était bien trop fort. L’Autre, par son amour souvent réciproque, était devenu un sas de sécurité. J’ai appris avec le temps et le travail sur moi-même qu’un sas n’était en réalité qu’à la fois une porte d’entrée et de sortie. En clair, rien de plus insécure que d’être à l’entrée de chez soi, sans jamais pouvoir mettre un pied à l’intérieur !
Une autre de mes difficultés dans le lien à l’Autre était les brusques changements d’attitude. Au sein d’une discussion, si la personne adoptait un point de vue différent du mien, je pouvais me sentir profondément rejetée et me mettre très en colère. Je ressentais un sentiment d’injustice et pouvais devenir très cassante dans mes propos. J’ai bien conscience que cela peut paraître effrayant, voire carrément repoussant ! Avec du recul, j’ai compris que ces changements brusques étaient en réalité impulsés par de la peur du jugement et du rejet. Nous percevons du danger dans beaucoup de situations et la colère, pour nous, est souvent un bouclier pour nous protéger.
“Le miroir brisé”
Même après des années, j’avais encore cette image de moi floue, perturbée, fugace. Je ne parvenais pas à définir mon identité. De haut en bas ou de bas en haut ! Je pouvais parfois ressentir une confiance absolue, se traduisant par une forme d’excitation, d’intensité, comme si rien ne pouvait se mettre en travers de mon chemin (un état quasi maniaque). Et soudainement, après un mot, une réflexion, un regard (même ceux qui n’existaient que dans mon imagination !), je pouvais me mettre à douter de moi. C’était la panique, la descente, je ne savais plus qui j’étais, je ne savais plus où j’étais, ni même vers qui me tourner. Ces passages d’un état émotionnel à l’autre étaient très déstabilisants : les montagnes russes ! Parfois j’éprouvais de la colère face à ce revirement émotionnel brutal. Ce sentiment de ne pas savoir qui j’étais, de ne pas savoir quel costume je devais porter. Il y avait comme des “trous manquants” dans cette image de moi-même. De la permanence à l’impermanence, en quelques secondes à peine mon monde pouvait s’effondrer. J’ai compris beaucoup plus tard que dans notre perception il y a beaucoup de discontinuité. Je portais un nouveau costume à chaque nouvelle rencontre. Je cherchais constamment à être la personne qui pourrait être appréciée, aimée, reconnue… alors que j’avais la sensation d’être la plus nulle, la plus imparfaite, une imposture. Parfois même, j’ai cherché à plaire à des personnes qui m’ont fait du mal ou qui se trouvaient être à l’opposé de mes valeurs personnelles.
Heureusement pour beaucoup d’entre nous, nous avons pu nous développer dans des milieux professionnels. D’ailleurs la différence est parfois franche et vous pourriez avoir du mal à nous reconnaître tant nous pouvons agir différemment. Nous pouvons alors paraître extrêmement à l’aise, contenus, sociables, vifs et créatifs.
“Switch”
L’impulsivité c’est quand les émotions deviennent trop fortes et débordantes. J’ai essayé de poser des mots pour décrire ce qu’il se passe à cet instant précis. Ce mot, je l’ai nommé “switch”. Switch c’est ce moment de bascule dans lequel je me sens perdre le contrôle de moi-même. Switch et moi, nous ne sommes souvent pas “raccord” et surtout pas en accord. À chaque fois que Switch s’exprime, il brise tout sur son passage et devient juste une envie irrépressible d’arrêter cette surcharge. Oui, il fallait que ce trop-plein d’émotions s’arrête. Dans ces moments, les mots, les pensées et les sentiments se mélangent. Je n’avais plus aucun accès à la partie rationnelle de mon cerveau. Switch m’a fait souvent me mettre en danger. Je pouvais compulsivement acheter des objets inutiles, manger, boire, cloper, avaler des cachets, conduire à toute allure et traverser les rues sans me soucier du passage des voitures. Par tous les moyens, je souhaitais que cette souffrance émotionnelle s’arrête, se taise et s’apaise. Switch c’était comme un arrêt sur image : une réaction immédiate, une urgence à agir pour que le “trop” cesse. Le problème avec Switch, c’est que généralement il me faisait ressentir une culpabilité et un sentiment de honte intense. Et plus j’avais honte, plus je cherchais à être parfaite, à être dans l’hyper contrôle de moi-même, de mon image et de mes émotions. Plus le contrôle émotionnel prenait le pas sur moi, plus je sentais Switch grandir en moi. Mais plus Switch était là, plus j’avais une image de moi négative, plus fort il revenait et plus fort encore je le culpabilisais.
“J’me blesse”
Un jour, j’ai compris que la souffrance ne pouvait s’arrêter qu’au détriment de me faire du mal. Les pensées pouvaient tourner en boucle des heures durant, j’étais épuisée. Je préparerais les pires scénarios jusqu’à ressentir l’envie irrépressible de me jeter par la fenêtre pour faire taire le flot impétueux des pensées.
Face à cette agitation, j’ai trouvé du soulagement dans des gestes de scarifications et des alcoolisations massives ou je me retrouvais dans des situations de mise en danger extrêmes avec des inconnus. Je me sentais immédiatement soulagée. J’avais l’impression que ma souffrance pouvait s’exorciser et surtout qu’elle existait. Et ça fonctionnait. Une fois la crise retombée, je me sentais atrocement honteuse d’avoir commis de tels actes.
“Des vagues à l’âme”
Les émotions, je n’ai longtemps rien compris de ce que cela signifiait. Je ne comprenais pas et je n’en pouvais plus. Certains matins, je pouvais me réveiller en joie, pleine d’énergie, sensible à la beauté du monde, comme transcendée par tout ce qui m’entourait. Et puis au fil de la journée, sans très bien comprendre pourquoi, je la sentais disparaître, laissant place à la morosité, la mélancolie, quand ce n’était pas des vagues d’angoisse qui m’aspiraient avec elles. Dans ces moments, les commentaires comme “Tu as tout pour être heureuse, tu es jeune, brillante” accentuaient encore plus mon mal-être. Je me sentais incomprise de tous. J’en venais presque à culpabiliser mes ressentis par peur des réflexions de mon entourage. Je me sentais atrocement triste, prisonnière de ces changements d’humeurs sur lesquels je n’avais aucune prise. Ayant peur des moindres remarques, j’ai fini par les taire, me recroquevillant sur moi-même, me sentant presque illégitime de ressentir ce que je vivais intérieurement.
“Le puits sans fond”
J’ai toujours eu du mal à savoir qui j’étais. Des vagues à l’âme déconcertants, mais aussi de puissants moments où je n’avais plus accès à rien. Je ne ressentais plus rien. Juste un corps que je devais traîner. Un corps qui m’était bien souvent douloureux, mais annihilé de toutes émotions. Cette sensation, c’est comme devenir le fantôme de soi-même. Il m’arrivait de me retrouver dans des soirées, ou je ne me sentais pas à ma place, comme si des trous manquants m’empêchaient d’être présente. Souvent, cela se traduisait chez moi par de l’ennui. C’était l’ennui d’être à la fois avec moi-même, de me traîner, de “faire semblant” et d’être entourée. J’ai bien souvent trouvé réconfort dans l’humour, mais pourtant ce sentiment de vide était permanent. J’ai eu longtemps peur de la hauteur de ce vide, car dans ces moments tout semblait perdre de son intérêt, de sa saveur. C’était être comme un enfant sans défense : l’insécurité était intolérable. L’alcool, les mises en danger fréquentes pouvaient être un moyen pour moi de me sentir vivante. En franchissant les limites, je ressentais enfin de la profondeur à mon existence.
“La valse à mille temps”
J’ai toujours été quelqu’un de colérique. C’est un mot qui revenait souvent. Même petite, mes parents m’ont toujours décrite comme quelqu’un qui ne supportait pas la frustration et qui pouvait exploser si je n’avais pas ce que je voulais. En grandissant, un moment de frustration (une attente un peu trop longue, une incompréhension, un objet qui s’arrête brutalement de fonctionner) pouvait me mettre hors de moi. C’était l’explosion : cris, provocations, casser des objets, étaient autant de comportements colériques que je ne parvenais pas à maîtriser. Une fois, alors que ma télévision ne fonctionnait plus, j’ai explosé tout ce qu’il y avait dans la pièce. Bien sûr, comme à chaque fois, comme à chaque comportement explosif, je le regrettais par la suite. De toute évidence, j’ai longtemps été confuse en moi-même, je ne comprenais pas cette différence entre la personne calme et douce que je pouvais être et la furie qui pouvait se réveiller en moi.
“Parano”
C’est vrai que j’ai peur des gens. Je fais en permanence attention à tout ce que je dis et tout ce que je fais. C’est comme si mes yeux ne pouvaient se détacher des agissements d’autrui. Ça devenait une analyse sans fin. Au moindre mouvement, le mécanisme se mettait en route et je ne pouvais plus l’arrêter. Cette peur constante qu’on puisse me nuire, me détruire prenait toute la place. J’avais la sensation de marcher continuellement sur un fil, comme si ma vie dépendait uniquement de ce que les autres pensaient ou disaient de moi. Cet état de stress extrême durait rarement plus que quelques heures, mais je déconnectais complètement de la réalité. Cette dernière était vécue à travers le filtre de ma parano et je cherchais sans cesse à me rassurer. C’était l’enfer. Je ressentais comme une impression d’être à côté de moi, de ne plus m’appartenir, tellement la peur m’envahissait, jusqu’à l’épuisement physique et psychique. »
Comme le montre ce témoignage, le trouble de la personnalité Borderline (TPB) est une vraie source de souffrance pour les personnes qui en sont atteintes. Force est de constater que si le TPB est de plus en plus fréquent dans la population générale il est paradoxalement, mal identifié/perçu et encore trop souvent mal diagnostiqué par les professionnels de santé en France. Cet état de fait impacte bien souvent et négativement la vie des personnes qui en souffrent, mais également leur entourage. Au contraire de nos pays voisins, les professionnels de santé sont également encore trop peu formés à la prise en charge de ce trouble.
À travers cet ouvrage, Pierre Nantas et Manon Beaudoin souhaitent vous offrir une vision plus complète de cette pathologie et vous donner des clés pour optimiser une prise charge thérapeutique adaptée et réussie.


PREMIÈRE PARTIE
DEVENIR UN EXPERT DE SON TROUBLE


1
LA PERSONNALITÉ, LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ, LE TEMPÉRAMENT
« La personnalité s’affirme par ses limites ».
André Gide, Journal (1889-1939)
La personnalité
La personnalité peut être définie comme un système dynamique qui maintient son équilibre interne tout en répondant aux stimulations de son environnement d’une manière adaptée.
En d’autres termes, on peut donc dire que la personnalité désigne la manière dont un individu pense, réfléchit et agit en fonction d’une situation donnée. La personnalité est une organisation, un système plus ou moins ferme de traits qui caractérisent une personne dans son unité, sa singularité et sa permanence vis-à-vis de son entourage et par rapport à elle-même.
Les traits de personnalité sont un ensemble de particularités psychologiques profondément ancrées dans un individu qui s’expriment dans pratiquement tous les aspects du fonctionnement mental la manière de penser, d’aimer, de communiquer sur le plan familial, social, et professionnel.
Les traits sont considérés comme des sous-dimensions de la personnalité, alors que le type de personnalité , appelé aussi « dimension de la personnalité », englobe les différents traits (ou sous-dimensions). Les traits sont des prédispositions stables qui permettent de décrire la probabilité et le changement de l’action lors d’une situation spécifique. Certains auteurs définissent les traits de personnalité comme étant « des dimensions décrivant des différences individuelles dans les tendances à manifester des configurations cohérentes et systématiques de pensées, d’émotions et d’actions ». Selon cette définition, les traits reflètent donc les styles cognitifs, émotionnels, comportementaux, expérientiels et motivationnels propres à chaque individu.
Selon Hansenne, un trait de personnalité représente « une caractéristique durable, la disposition à se conduire d’une manière particulière dans des situations diverses ».
Le trouble de la personnalité
Le trouble de la personnalité est un concept utilisé en psychiatrie qui désigne un syndrome présentant une séquence évolutive particulière.
Ce concept ne doit pas être confondu avec celui de la « maladie » qui est une entité morbide naturelle qui repose sur une étiologie, mais aussi, le plus souvent, sur une physiopathologie définie, traumatique, ou infectieuse. En psychiatrie le statut de maladie ne concerne que les troubles psychotiques secondaires à l’absorption de substances (ou à un désordre organique autre).
Un trouble de la personnalité est un mode durable de l’expérience vécue :
■ qui dévie notablement de ce qui attendu dans la culture de l’individu,
■ qui est rigide et envahit des situations personnelles et sociales très diverses,
■ qui est stable dans le temps,
■ dont les premières manifestations apparaissent au plus tard à l’adolescence ou au début de l’âge adulte,
■ et qui est la source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.
Chez les borderline, la personnalité est « troublée » par des traits (schémas omniprésents et persistants de pensées, de perceptions, de réactions et de relations aux autres) qui perturbent ses capacités d’ajustement et nuisent considérablement à sa capacité à fonctionner, ce qui entraîne une souffrance importante pour la personne.
Comme nous le détaillerons plus loin, les traits de la personnalité borderline sont divers, nombreux, et parfois antagonistes. Les plus importants sont sans doute l’intolérance à la solitude et la peur de l’abandon qui peuvent conduire la personne à recourir à des actes d’autodestructions pour gérer la solitude ou éviter d’être seules ou abandonnée. Par exemple, elles peuvent tenter de se suicider afin de communiquer leur détresse et de faire en sorte qu’on vienne les secourir et prendre soin d’elles. Parfois, hélas, la tentative se termine par la mort 1 .
Souvent, d’autres troubles accompagnent le trouble de la personnalité borderline. À savoir :
■ la dépression,
■ les troubles anxieux (tels que le trouble panique),
■ les troubles de stress post-traumatique,
■ les troubles des conduites alimentaires,
■ les troubles liés à l’usage de substances.
Le tempérament
Depuis l’époque antique, avec les travaux d’Hippocrate 2 , le tempérament est décrit comme étant « des manières d’être » qui peuvent trouver leur origine dans les humeurs . Selon Hippocrate, les qualités physiques des quatre éléments fondamentaux (l’air, la terre, l’eau et le feu) ont une influence sur les humeurs du corps humain.
Inspiré par la théorie d’Hippocrate, Claude Galien 3 détermine quatre types de tempéraments tels que le tempérament flegmatique, le tempérament sanguin, le tempérament mélancolique, et le tempérament colérique . Empédocle ( VI e siècle av. J.-C.) avait quant à lui rattaché les tempéraments décrits par Hippocrate à des liquides organiques (également qualifiés d’humeurs) : le tempérament flegmatique correspondait à la lymphe , le tempérament sanguin correspondait au sang , le tempérament mélancolique correspondait à la bile noire et le tempérament colérique correspondait à la bile jaune . La prédominance de l’une ou l’autre humeur déterminait le tempérament. Selon cette conception, le flegmatique correspondait donc à un individu apathique, le sanguin à un individu optimiste, le mélancolique à un individu triste, morose et le colérique correspondait à un individu irascible, fort et combatif.
Si ce rapide inventaire démontre que la terminologie du terme tempérament a été marquée par diverses approches au fil des temps, il est également intéressant de noter que la notion de tempérament est aujourd’hui de plus en plus prise en considération par les chercheurs qui étudient le concept de la personnalité. Selon Allport (1937), par exemple, le tempérament constitue les phénomènes caractérisant la nature émotionnelle d’un individu, ce qui inclut sa susceptibilité aux stimulations émotionnelles, la force et la rapidité de sa réponse, la nature de son humeur prédominante, et toutes les particularités relatives aux fluctuations et à l’intensité de l’humeur, ces phénomènes sont d’origine héréditaire . Cette définition du tempérament souligne la relation entre le tempérament d’une personne et sa nature émotionnelle, la nature et la fluctuation de l’humeur, sa capacité de réaction, insistant sur le caractère héréditaire du tempérament. Quant à Kagan, il affirme que le tempérament désigne toute caractéristique émotionnelle ou comportementale distinctive et relativement stable qui apparaît dans l’enfance sous l’influence de l’héritage biologique, notamment de différences dans la neurochimie du cerveau.
Aujourd’hui, le « modèle biosocial » de la personnalité de Cloninger associe trois tempéraments avec des variables biologiques (systèmes neurotransmetteurs). À la différence de la classification de Galien, le modèle de Cloninger repose sur diverses études de validation. Il définit le tempérament comme une dimension de la personnalité qui se caractérise comme héréditaire, c’est-à-dire transmissible, stable durant la vie de l’individu, émotionnelle à tendance automatique, non influencée par les apprentissages socioculturels . Pissolo et Lépine reprennent la notion de Cloninger en énonçant que le tempérament est associé aux aspects génétiques de la personnalité, alors que le caractère renvoie à sa part apprise .
En bref : Le tempérament est une forme de caractéristiques individuelles qui diffèrent entre-elles, qui apparaissent tôt, demeurent relativement stables et qui ont des origines biologiques et héréditaires.


1 .En France, on estime que le trouble borderline serait responsable de plus de 2 000 suicides par an, principalement des personnes âgées de 17 à 25 ans.
2 .Hippocrate de Cos, né vers 460 av. J.-C. sur l’île de Cos et mort en 377 av. J.-C. à Larissa, est un médecin grec du siècle de Périclès, mais aussi philosophe, considéré traditionnellement comme le « père de la médecine ».
3 .Médecin (125-200 ap. J.-C.).


2
FAIRE LA DIFFÉRENCE ENTRE PERSONNALITÉ NORMALE ET TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ
« Le psychothérapeute doit considérer chaque patient et chaque cas comme inédit, comme unique, merveilleux et exceptionnel. Seulement de cette manière, il sera plus proche de la vérité. »
C.G. Jung
Comme nous l’avons vu précédemment, il existe un large consensus sur la définition du terme de personnalité. De manière générale, nous pourrions la définir comme un ensemble de caractéristiques d’une personne qui influence de façon unique son rapport au monde (ses pensées, ses comportements, sa motivation, etc.) Les traits de personnalités, quant à eux, sont des caractéristiques individuelles stables et généralement consistantes dans le temps, qui permettent de nous différencier les uns des autres .
Un trouble de la personnalité se décèle lorsque certains traits deviennent envahissants, rigides et inadaptés . Ils entraînent une altération du quotidien et impactent de nombreux domaines de vie comme les relations avec les proches, sociales, professionnelles. La personne qui souffre d’un trouble de la personnalité se sent généralement « mise à part, différente ». Cette détresse significative est souvent l’objet de la démarche (demande de prise en charge) de soin thérapeutique. Cependant, pour aider au mieux les personnes en détresse, il est essentiel de faire poser un diagnostic adéquat par un professionnel de santé confort par le biais d’entretiens ou de tests standardisés.
Une question essentielle : Le diagnostic !
Différentes approches diagnostiques existent (et peuvent coexister). On peut citer les approches dimensionnelles , par exemple le « Big Five 1 » (approche dimensionnelle de la personnalité) : principalement utilisé par les professionnels des ressources humaines, ce test permet de mesurer cinq grandes dimensions de la personnalité pour situer les employés dans l’entreprise. Ces dimensions sont considérées comme étant les traits sous-jacents qui composent la personnalité globale d’un individu. : l’Ouverture aux expériences (acceptation d’expériences nouvelles, besoin de variété, curiosité et sensibilité artistique), la Conscience ou caractère consciencieux (tendance à l’auto contrôle, ordonné, responsable, fiable), l’Extraversion-Introversion (l’extraversion se définit par le fait d’être sociable, agréable, vivace, énergique, impulsif ; a contrario l’Introversion se définit par le fait d’être timide, réservé et tranquille), l’ Agréabilité (aimable, sympathie, confiance), et le Trait névrotique (instabilité émotionnelle, anxiété, irritable, colérique).
Nous nous intéresserons ici aux approches catégorielles (retenues par les classifications internationales les plus utilisées), comme le DSM-V 2 ou la CIM-10 3 .
■ D’après le DSM V, un trouble de personnalité se déclare généralement, à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte (parfois visible dès l’enfance), beaucoup des traits/symptômes s’amendent avec l’âge. La prévalence moyenne des troubles de la personnalité est évaluée entre 6 % et 15 % de la population générale et se définit comme un « Mode durable des conduites et de l’expérience vécue qui dévie notablement de ce qui est attendu dans la culture de l’individu, qui est envahissant et rigide, qui apparaît à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, qui est stable dans le temps et qui est source de souffrance ou d’une altération du fonctionnement ».
Le DSM V recense dix types de troubles de la personnalité, classé en trois groupes (ABC) :
■ Groupe A (se définit généralement par des comportements étranges ou excentriques)
◆ Paranoïa : méfiance et soupçon envers les autres.
◆ Schizoïde : détachement des autres.
◆ Schizotypique : idées et conduites excentriques.
■ Groupe B (se définit généralement par des comportements dramatiques, émotionnels ou erratiques)
◆ Antisocial : mépris envers les autres.
◆ Borderline : impulsivité marquée et instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et de ses affects .
◆ Narcissique : fantasmes et comportements grandioses, besoin d’être vue et défaut d’empathie.
◆ Histrionique : réponses émotionnelles excessives et besoin d’attention.
■ Groupe C (se définit généralement par des comportements anxieux ou craintifs)
◆ Évitant : évite le contact avec les autres, visions d’elle-même très négative et sensible au rejet.
◆ Dépendant : soumission et besoin important d’être pris en charge.
◆ Obsessionnel compulsif : perfectionniste, rigidité et obstination.
Poser un diagnostic précis permet à la personne de bénéficier d’un suivi thérapeutique adapté et de travailler plus spécifiquement sur la source et le changement de ces symptômes, et non de « l’enfermer » ou la « catégoriser », comme le présentent encore certains professionnels de santé . Loin de stigmatiser le patient, une prise en charge adaptée lui permettra au contraire, de comprendre son fonctionnement cognitif, émotionnel et comportemental et l’amènera à s’accepter telle qu’il est, tout en œuvrant vers des changements (cognitifs, émotionnels et comportementaux) et de ce fait, progresser vers une réduction de ses symptômes (détresse).


1 .Ernest Tupes et Raymond Christal sont les premiers à avoir avancé le modèle, en s’inspirant des travaux réalisés au sein du laboratoire du personnel de l’U.S. Air Force à la fin des années 1950.
2 . Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux, version 5, APA, 2013.
3 .La CIM (Classification internationale des maladies), dont l’appellation complète est la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, est une classification médicale publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).


3
LES ÉMOTIONS, IMPOSSIBLE DE S’EN PASSER !
« Une émotion renvoie à ce qu’elle signifie.
Et ce qu’elle signifie, c’est la totalité des rapports de la réalité humaine au monde.
Le passage à l’émotion est une modification totale de “l’être dans le monde”. »
Sartre, 1963
Peur, joie, tristesse, surprise, colère… Les émotions sont un phénomène complexe et parfois difficile à comprendre pour la personne qui les expérimente (ou qui les subit). En effet, comme elles font partie intégrante de notre vie, elles alimentent nos journées, et cela n’est pas toujours facile d’apprendre à vivre avec. Pas facile de vivre avec, mais impossible de vivre sans ! Nos émotions nous permettent chaque jour de survivre ! D’ailleurs, si nous en étions dépourvus, comment pourrions-nous nous écarter d’un danger ? Écouter nos besoins primaires ? Un système émotionnel a une fonction de survie. D’après Joseph Ledoux 1 , notre système émotionnel s’est développé dans notre cerveau tout au long de l’évolution et nous en avons besoin pour répondre à nos besoins vitaux et notre propre survie. En effet, pour survivre, la peur est une émotion capitale : elle nous permet de fuir dans des situations où il y a un danger. Pour lui les êtres humains réagissent de façon primitive. Il les compare à des « Lézards émotionnels ». Ses recherches seront capitales. Il découvre notamment l’existence et l’implication de l’amygdale dans le circuit de la peur. S’il n’est pas le premier à avoir fait des recherches sur les émotions, c’est l’un des pionniers à avoir mis l’accent sur le rôle de l’amygdale et de la peur (le circuit de la peur). L’amygdale peut s’activer dans des contextes inappropriés provoquant alors des peurs irrationnelles, des phobies. D’autres structures cérébrales ont une implication dans le fonctionnement de nos émotions. Notre esprit est le produit de parties communes comme notre système sensoriel, de mémoire, de langage et de conscience, et de ces connexions (synapses) entre ces différentes parties. La synapse est définie comme une zone située entre ces parties et assure la transmission des informations entre elles. Ces connexions font que nous sommes tous des êtres constitués différemment sur le plan biologique, c’est l’identité biologique. Ledoux décrit trois domaines essentiels pour comprendre l’esprit et ce comment il fonctionne : les émotions, les cognitions et le passage à l’action. Ces recherches permettront des avancées importantes sur le plan thérapeutique. Comme on peut l’observer à travers les recherches de Ledoux, nos émotions influent sur nos perceptions et nos réactions. Elles nous permettent de nous adapter à chaque situation et de faire face. Bien qu’elles soient essentielles dans nos vies

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents