Appelée et envoyée malgré tout...
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Appelée et envoyée malgré tout... , livre ebook

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Description

Ce livre est le récit de toute une vie livrée à Dieu. C’est un service rempli d’abnégation, une vie de renoncement à soi même, certes mais une vie victorieuse, de joie, une vie de gagneuse d’âmes! L’auteur partage son existence à Madagascar et ensuite de l’appel qu’elle a reçu pour servir Dieu au sein de l’Armée du salut en France, mais surtout comment Dieu s’est révélé peu à peu à elle. Dieu appelle, et Il envoie où bon Lui semble, et Il bénit. Puisse le lecteur qui est appelé répondre présent! L’auteur est née le 5 août 1925 à Audincourt, dans le Doubs. La profession de son père a conduit la famille à vivre à Madagascar. En 1947 elle a obéi à Dieu en quittant la maison pour le suivre vers la France, d’abord comme candidate assistante, puis en devenant officière de l’Armée du salut. En 1954 le Seigneur l’a envoyée en Algérie, où elle a parlé de Jésus à ceux qui ne le connaissaient pas jusqu’en avril 1969. Elle vit maintenant à Alès.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782918629665
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0448€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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ISBN 978-2-918629-66-5
© 2012, Jeanne Brangier
Aucun extrait de cette publication ne peut être reproduit ni transmis sous une forme quelconque, que ce soit par des moyens électroniques ou mécaniques,
y compris la photocopie, l'enregistrement ou tout stockage ou report de
données sans la permission écrite de l'éditeur.
Sauf indications contraires, les textes cités sont tirés de la Nouvelle Bible Segond.
Publié par Editions l'Oasis, année 2012.
Ce livre a été publié sous la division 'auto publication' des Editions l'Oasis.
Les Editions l'Oasis déclinent toute responsabilité concernant d'éventuelles erreurs, aussi bien typographiques que grammaticales, et ne sont pas
forcément en accord avec certains détails du contenu des livres publiés sous cette forme.
Dépôt légal: 3e trimestre 2012.
Couverture faite par Damien Baslé: www.damienbasle.com
Imprimé en France - par IMEAF, 26160 La Bégude-de-Mazenc
Numéro d'impression 93655

Rte d'Oupia, 34210 Olonzac, France
tél (33) (0) 468 32 93 55
fax (33) (0) 468 91 38 63
email: editionsoasis@wanadoo.fr * www.editionsoasis.com
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Descriptif du livre

La profession de mon père a conduit ma famille à vivre à Madagascar. J'y ai vécu très heureuse (avec les épreuves que tout être humain traverse). Au
foyer de mes parents, j'ai eu le bonheur d'avoir une maman qui aimait Dieu et qui nous parlait de lui.
Dans ce livre, je vous ferai partager mon existence à Madagascar, et ensuite, je vous parlerai de l'appel que j'ai reçu pour servir Dieu au sein de l'Armée du salut en France, mais surtout comment il s'est révélé peu à peu à moi.
J'ai été fortement marquée par le peuple malgache que j'aimais. Certains
obstacles sont venus de ce que j'ai dû m'adapter à la France sur bien des
points. J'étais une Française, mais également une Malgache, chose qu'on ne comprenait pas toujours. J'ai su, dès l'âge de 9 ans, que Dieu m'appelait à le servir, mais au moment de mon adolescence, je ne voulais pas le servir ainsi.
Ce n'est qu'en 1947 que j'ai vraiment obéi à Dieu en quittant la maison pour le suivre, d'abord comme candidate assistante, puis en devenant officière de l'Armée du salut. Pendant assez longtemps, j'ai cru devoir servir Dieu à
Madagascar. Pourtant, il me voulait ailleurs. C'est ainsi qu'en fermant une porte, il en a ouvert une autre en m'envoyant en Algérie en 1954. Là, j'ai parlé de Jésus à ceux qui ne le connaissaient pas jusqu'en avril 1969.

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Préface

Je connais Jeanne Brangier depuis mon adolescence, c'est-à-dire depuis plus de... soixante-trois années ! Nous avons travaillé longtemps ensemble au
service du Maître.
La vie de Jeanne a toujours été et est encore un chant d'amour passionné pour son Seigneur. J'ai tout appris d'elle : la consécration, le travail assidu, l'abnégation, l'amour des âmes, en un mot, comment devenir un "berger".
Voilà ce que Jeanne a été pour moi et pour tous ceux qui nous entouraient.
Sa vie de prière fut un formidable exemple pour nous. À l'Armée du salut, sa vie de pureté était connue de tous. Il serait merveilleux de voir tous les serviteurs et servantes de Dieu marcher ainsi dans ce monde déchu.
Je vous prie d'accepter ces quelques lignes comme un hommage à Dieu, avec
ma profonde reconnaissance.
Josette Krieger-Castanet

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Dédicace

Je voudrais dire à ma sœur Élisabeth – ma chère Lily, comme je l'appelle –
combien je lui suis reconnaissante. Son aide m'a été précieuse tout au long de mon service pour Dieu. Je ne saurais énumérer le nombre de fois où elle m'a secourue.
Ma reconnaissance va aussi à mes très chers amis, Josette et Gérard Krieger.
Que la bénédiction de Dieu repose sur eux ! Josette a été ma compagne
d'œuvre au service du Seigneur et cette tâche suscitait parfois bien des
difficultés, mais Dieu nous a toujours apporté son secours et nous a permis de créer le groupe Évangile. Josette et Gérard veillent, depuis leur mariage, sur l'assemblée d'Alès qui se réunit au Faubourg du Soleil. Merci du fond du
cœur pour votre affection.
Je remercie aussi toutes les personnes et tous mes parents qui m'ont entourée de leur affection. Soyez bénis !
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Introduction
Plusieurs de mes amis m'ont encouragée à écrire ce livre qui n'est autre qu'un témoignage de la grâce de Dieu.
Au cours de mon enfance dans le sud de Madagascar, la nature était une
invitation à reconnaître la beauté de la création. Tout ce que mes yeux
admiraient me poussait à la méditation intérieure. C'est à 5 ans que j'ai fait l'expérience de la prière personnelle. J'ai su que Dieu entendait et qu'il répondait. À l'âge de 9 ans, au cours d'un congé de papa en France, j'ai assisté avec ma famille à une réunion dans la salle de l'Armée du salut à Audincourt.
C'était la première fois que j'entendais parler, de cette manière, de l'amour de Jésus, mort à notre place pour nous sauver. En écoutant ce message, j'ai été saisie. Une pensée s'est imposée à mon esprit : c'est ainsi qu'il faut parler de Jésus. En même temps est née dans mon cœur une certitude : plus tard, je
parlerais de la même manière de Jésus aux Malgaches.
J'eus à livrer bataille sur bataille durant mon adolescence. Finalement, le Seigneur remporta la victoire dans ma vie. En 1947, quand j'ai rejoint Paris, c'est lui-même qui m'a ouvert la porte du service en tant que candidate-assistante à l'Armée du salut. Cela correspondait entièrement à la mission que j'avais reçue d'annoncer ce que dit la Parole de Dieu. J'ai apporté ce message toute ma vie : Jésus est tout-puissant pour sauver tous ceux qui viennent à lui.
Il nous appelle à marcher à sa suite pour partager, le moment venu, sa joie dans le ciel.
Puis, de tout cœur, j'ai répondu à la demande de mes chefs en rejoignant un poste à Alger, au mois de juillet 1959. Auprès des Algériens, c'était vraiment la mission, et j'ai parlé sans relâche de Jésus à ceux qui ne le connaissaient pas.

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PREMIÈRE PARTIE
Une enfance heureuse

Mes parents
Audincourt, petite ville du pays de Montbéliard, fut pour notre famille un lieu cher et béni. Notre grand-père maternel, Jean Fournier, venu de l'Ardèche, y habitait avec sa famille. Leur maison était pour nous enfants le symbole du bonheur ; il y régnait une atmosphère de piété paisible et joyeuse. Grand-père était évangéliste et colporteur de la Mission intérieure de cette région.
Maman était toute petite quand mes grands-parents se sont installés à
Audincourt. C'est là qu'elle a rencontré mon cher papa.
La guerre de 1914-1918 avait pris fin et papa devait être démobilisé. Comme à Audincourt, l'Armée du salut avait un "Foyer du soldat", tout naturellement, il s'y rendit et pris part aux réunions. C'est ainsi qu'il fit la connaissance de toute la famille, et plus particulièrement de sa future épouse. Elle lui a tout de suite plu infiniment, au point qu'il formula un vœu en se disant à lui-même :
« Elle sera ma femme ! » Ils se sont fiancés avant son départ pour
Madagascar où il rejoignait ses parents. Louis Brangier, son père, était
instituteur. En fait, c'est lui qui supervisait là-bas la formation des
instituteurs.
Ils sont restés fiancés pendant quatre ans. Le travail de papa dans
l'administration, comme adjoint aux services civils, ne lui permettait pas de rejoindre sa bien-aimée. Leurs échanges épistolaires étaient leur unique
moyen de communication et, malheureusement, les lettres mettaient, d'un
côté comme de l'autre, un mois pour arriver au destinataire. Papa n'avait pas encore le droit de prendre des congés et il languissait tellement qu'il finit par demander à sa promise si elle voulait bien le rejoindre afin qu'ils se marient à Madagascar. Maman accepta, convaincue que c'était le chemin voulu par
Dieu. Et elle ne se trompait pas. Elle embarqua sur un bateau de la
Compagnie maritime havraise en partance pour cette terre lointaine.
Le mariage
Depuis Vatomandra, mon cher papa parcourut une longue distance à
bicyclette pour accueillir sa fiancée à Tamatave. Ses parents avaient tout

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préparé pour le mariage qui eut lieu le lendemain, le 15 novembre 1923. Ils s'installèrent ensuite à Vatomandra. Un pays inconnu, une langue inconnue, des coutumes différentes... maman dut tout apprendre. Petit à petit, elle
s'intégra et aima réellement sa nouvelle patrie et vécut en authentique
chrétienne au milieu des Malgaches.
Vint le moment où papa eut droit à un congé de six mois. Après avoir salué les siens, il partit avec maman pour la France. Une magnifique occasion de revoir la famille ! Ils visitèrent tantes et cousins puis s'installèrent à Audincourt et c'est là que je vins au monde, en été 1925. À peine un mois
plus tard, nous embarquâmes tous les trois pour Madagascar. Il faisait très chaud, la mer était agitée et, durant toute la traversée, mes parents eurent beaucoup de mal à calmer mes pleurs. Imaginez... 40 °C dans la cabine !
Dès son arrivée, papa reçut son affectation pour Tananarive, mais quelque
temps plus tard il fut muté à Fianarantsoa où ma sœur Élisabeth vit le jour.
On la surnomma affectueusement Lily. Cette ville de Betsileo fut pour nos
parents un lieu privilégié où ils firent connaissance d'un couple missionnaire M. et Mme Groult. Ils devinrent amis et mes parents les choisirent comme
parrain et marraine de ma sœur. Nous étions inséparables Lily et moi ; de
profonds liens nous unissaient. Nous partagions tout. Certains pensaient
même que nous étions jumelles.
À Madagascar existe un sérieux problème : le paludisme, aussi appelé
malaria. Les piqûres de moustiques inoculent cette maladie qui peut parfois avoir des conséquences graves. Il est important d'avoir des moustiquaires
pour se protéger et ne pas être "dévoré" pendant la nuit. Nous étions toujours couchées à l'abri de moustiquaires soigneusement examinées le lendemain
afin de déloger les intrus qui auraient réussi à passer. Nous prenions
régulièrement de la quinine. Malgré toutes ces précautions, j'ai été, à l'âge de 4 ans, si malade que mes parents ont eu très peur de me perdre. J'ai fait ce qu'on appelle une fièvre bilieuse hématurique et ma température est montée à 41 °C pendant douze jours. À l'hôpital, maman restait à mon chevet, tandis que papa s'occupait à la maison de la petite Lily qui n'avait que 2 ans. Des personnes que nous connaissions l'aidaient. La prière fut leur seul secours. Le personnel médical tenta beaucoup de choses sans succès. Le douzième jour,
Dieu répondit aux prières et la fièvre commença doucement à descendre. Le
médecin ordonna à mes parents de m'accompagner en France afin que je me
rétablisse complètement. Cette guérison nous a fait prendre conscience du fait 10
que Dieu n'avait pas voulu me reprendre à lui. Sa volonté était que je vive pour lui.
Convalescence
Papa a obtenu un congé. Je me vois encore dans ses bras, enveloppée dans
une couverture. Nous attendions le car pour Antsirabé et il faisait encore nuit.
J'entends les voix des personnes qui attendaient avec nous. Elles parlaient doucement, comme le font les Malgaches le matin de bonne heure. J'ai oublié le reste, j'étais si faible. Il m'a fallu même réapprendre à marcher, mais ce fut une joie immense de revoir notre famille française dispersée ici et là, aux quatre coins du pays. Nous avions des liens avec chacun. Pour deux petites filles comme nous, la France était un monde merveilleux. Nous avions tant de choses à découvrir. Je n'avais jamais vu de chèvres et quand ce fut le cas, j'ai dit à maman : « Regarde ce chien comme il est drôle ! »
Cependant, notre île comptait beaucoup pour nous. Papa était né près
d'Angoulême dans le village de Gond-Pontouvre, mais il était arrivé à
Madagascar à 5 ans. Ses parents avaient perdu une petite fille peu avant sa naissance. Pour une simple diarrhée, une tante lui avait administré un remède d'adulte bien trop fort pour elle. Sa mort fut une malheureuse tragédie. Notre grand-mère fut tellement choquée par ce drame qu'elle allaita papa avec un lait empoisonné. Grand-père qui était alors un simple instituteur dut dépenser tout son argent pour payer une nourrice et les soins nécessaires au
rétablissement de son fils. Les années passaient, mais l'enfant avait du mal à reprendre des forces. Pourtant, Dieu veillait. Une ouverture fut permise pour un poste à Madagascar, île nouvellement conquise. Le gouvernement français mettait en place l'enseignement de la langue française (ainsi que les autres disciplines) dans les grandes villes pour former des instituteurs malgaches.
Grand-père saisit cette opportunité accompagnée d'un meilleur salaire. Il
pourrait ainsi faire face aux dépenses occasionnées par la maladie de son
enfant. Ils s'expatrièrent en 1902. Mon père retrouva une meilleure santé due en partie à la découverte d'un médicament fabriqué à partir de la papaye.
Dieu continuait de veiller sur lui... Madagascar est cher à nos cœurs. Je dis souvent que c'est ma deuxième patrie !
Je reviens à notre séjour en France en vue de mon propre rétablissement.
Papa profita de ce temps de repos pour étudier afin d'obtenir de plus grandes responsabilités dans l'administration. Il se préparait pour passer un concours et son congé fut prolongé. Nous habitions Paris où il suivait des cours à

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l'École coloniale. Ce fut une excellente occasion pour maman de retrouver sa sœur Léa Fournier, diaconesse des « Sœurs de Reuilly ». Cette fraternité
habitait au cœur de l'hôpital et ma tante y était sœur-infirmière en chirurgie.
Nous profitions, Lily et moi, des cadeaux que les patients ne pouvaient pas lui faire personnellement. Nous étions gâtées à sa place et Léa était très heureuse de cette solution. À Noël, nous fûmes invitées à une célébration
autour d'un arbre tellement illuminé que nos yeux pétillèrent de bonheur. Que c'était beau ! J'ai gardé en mémoire la mélodie et le refrain d'un chant :
« Autour de l'arbre aux mille flammes,
Chantons en chœur !
Le vrai Noël est dans les âmes,
Chantons en chœur ! »
Je ne sais pas si j'ai bien compris cette phrase à l'époque, mais elle m'a marquée. Sans doute que le mot "vrai" associé à "Noël" a-t-il été compris autrement que l'aurait désiré l'auteur, mais plus tard, il a pris tout son sens pour moi.
Quelque temps après, nos parents nous ont confiées à nos grands-parents. Je me souviens d'un jour où nous étions dans le jardin avec grand-mère. Elle
avait pris un panier rempli de pommes de terre à éplucher. Pendant qu'elle bavardait avec la voisine, j'ai pensé lui rendre service en saisissant le couteau, et d'une main experte, j'ai immédiatement réussi à me faire une belle entaille au pouce ! Vite, il fallait arrêter le sang, et je courus à la cuisine
accompagnée de Lily. Nous avons rempli d'eau une cuvette et plongé mon
doigt dedans, mais à notre plus grande frayeur, le sang continuait de couler...
Bientôt, l'eau fut toute rouge. Effrayées, nous avons appelé notre grand-mère à l'aide. Elle me soigna et tout rentra dans l'ordre. Ce que je veux souligner là, c'est combien, Lily et moi étions proches. Par exemple, elle ne supportait pas les réflexions des enfants à mon égard parce que je louchais !
Maman était très ferme pour notre éducation, mais si bonne. Elle aimait Dieu et, à son contact, nous apprenions à l'aimer nous aussi. Chaque soir, depuis notre plus tendre enfance, elle venait prier avec nous. Elle s'agenouillait auprès de nos lits et nous enseignait comment prier. C'est ainsi que j'appris à avoir conscience de Dieu.

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Farafangana
Le jour arriva, un peu après mon cinquième anniversaire où nous dûmes
rentrer à Madagascar. Papa reçut sa nouvelle affectation pour la petite ville portuaire de Farafangana, sur la côte est. Nous étions émerveillées par la mer, la plage, le sable fin, les cocotiers. Quand leurs longues palmes tombaient au sol, elles devenaient pour nous des bateaux imaginaires. Nous voguions sur les mers pour de grands voyages. Dommage que nous ne soyons pas restées
bien longtemps dans cet endroit. J'y ai peu de souvenirs en dehors du soir où papa est rentré du travail avec un petit chat dans son chapeau.
– Comment allez-vous l'appeler ?
– Kikite.
Qui a eu l'idée de ce nom ? Je ne sais plus si c'est Lily ou moi. Toujours est-il qu'il fut baptisé ainsi.
Karianga
Nous nous sommes très vite attachées à cette petite bête qui nous suivit dans la très jolie bourgade de Karianga où papa fut nommé comme chef de poste.
Comme il était le seul représentant français pour toute cette région, son
travail consistait à inspecter les forêts, empêcher le trafic d'alcool de certains Malgaches qui fabriquaient du rhum sauvage avec la canne à sucre, aider la population à devenir autonome financièrement en créant de petites entreprises familiales comme la fabrication de bougies, etc. Papa était très occupé.
Karianga se trouvait à l'intérieur des terres. Montagnes et forêts, voilà ce que devait être notre nouvel environnement. Quitter le bord de mer m'attristait. Le voyage se fit en deux étapes. Tout d'abord en voiture jusqu'au district de Vondrozo, et ensuite, en filanzane (chaise à quatre porteurs) sous une pluie battante pendant plusieurs heures. Un exploit ! Il faisait déjà nuit quand nous sommes enfin arrivés. Malgré la lueur de la lampe à pétrole, la maison était très sombre... La fatigue du voyage, la peur de l'inconnu, tous ces
changements firent que je ne voulus rien manger. J'avais le cœur serré et je m'endormis comme une masse sur le grand lit.
Les enfants ont un grand pouvoir d'adaptation. La maison de Karianga devint très vite "notre" maison. À Madagascar, chaque peuple a sa manière de construire. Nous étions maintenant au milieu des Tanala, un peuple forestier, et leurs maisons étaient fabriquées à partir d'un arbre, le ravenala (l’arbre du

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voyageur). Ses différentes parties étaient utilisées comme matériaux pour la construction des cases végétales traditionnelles sur pilotis, fraîches et
fonctionnelles. Les pétioles fendus, appelés falafa , servaient à confectionner des panneaux muraux. Les feuilles une fois séchées, appelées raty , étaient utilisées pour la réalisation des couvertures et enfin du tronc, on tirait des planches souples, appelées rapaka , avec lesquelles on fabriquait le plancher.
Nous avions une maison de ce genre-là, spacieuse, avec trois pièces et une galerie tout autour. Il nous arrivait souvent de jouer sous la maison. Les pilotis, assez hauts, nous permettaient de passer aisément et de faire de belles parties de cache-cache.
Le village s'étendait sur deux pitons et notre maison était proche de la garde indigène qui fonctionnait comme une caserne. Ces gardes assuraient la
sécurité et à heures régulières, les clairons retentissaient. Le premier que l'on entendait sonnait à cinq heures. Nous n'avions pas besoin de réveille-matin !
Un seul magasin, bien achalandé avec des produits utiles pour les Malgaches ainsi que pour nous, était tenu par un Chinois. De l'alimentation aux produits de première nécessité, on y trouvait de tout. Quand maman y faisait ses
courses, elle nous ramenait des petits gâteaux, aussi minuscules que des
bonbons et qui se vendaient, comme eux, à la pièce.
Au centre du village, il y avait le temple protestant et, plus haut, presque à la lisière de la forêt se dressait l'Église catholique. Le prêtre était un
missionnaire souvent en tournée pour répandre l'Évangile pour lequel il
débordait de passion. Mes parents l'appréciaient beaucoup. Nous allions peu au village, préférant rester jouer à la maison ou faire des promenades avec notre petite bonne. Nous étions heureuses, Lily et moi. Notre vie se déroulait simplement. Le matin, nous admirions la rosée qui déposait ses perles un peu partout et particulièrement sur les grandes toiles d'araignées tendues comme des pièges entre les arbres pour attraper les insectes. Nous nous amusions à lancer des brindilles pour regarder les araignées se déplacer à toute vitesse pour les jeter. C'était intéressant de voir à quel point elles étaient habiles. Et puis, il y avait les lézards qui pondaient des œufs si minuscules que nous imaginions qu'en les mettant dans une boîte d'allumettes, ils écloraient. Nous aurions ainsi des bébés lézards à élever ! Ce ne fut pas faute d'essayer, mais notre impatience nous jouait des tours. À force de vouloir les regarder et les toucher, sur leur lit de coton, nous finissions par briser les coquilles, à notre plus grand désappointement. Nous étions toutes tristes. Les soirs de pleine lune, nous sortions dans la cour admirer les étoiles. Je ressentais une telle 14
impression d'immensité et de beauté que j'aimerais y être encore. En vérité, tout était beau dans la nature qui nous entourait. Aussi bien les toutes petites fleurs que les grands arbres me fascinaient. Tout ce que je voyais me touchait profondément et me préparait, encore inconsciemment, à adorer Dieu,
l'auteur de la Création.
Un soir, l'idée me prit d'aller chercher une poupée dans la petite maison
attenante à la nôtre. Il n'y avait qu'une pièce. On devait prendre une passerelle sans barrière pour y accéder. Maman utilisait cet endroit pour coudre et nous nous y retrouvions régulièrement pour étudier ou pour jouer. Il faisait déjà nuit, mais je savais assez bien me diriger sans lumière. Du moins, c'est ce que je croyais. Au lieu de poser le pied sur la passerelle, je l'ai placé dans le vide et patatras ! je suis tombée sur les pierres en contrebas. Je me suis mise à crier et aussitôt, j'ai été secourue. On m'a déposé délicatement sur mon lit et un médecin malgache est arrivé. J'avais le poignet cassé et quelques légères contusions. Je fus bien soignée et maman ne m'a pas grondée. Quel
soulagement ! Malgré cette mauvaise expérience, je n'ai jamais eu peur, par la suite, de marcher dans le noir.
Cependant, au cours des gros orages, je tremblais comme une feuille. Les
coups de tonnerre étaient si violents ! Et la foudre me terrorisait. Je l'avais déjà vue tomber sur une maison et cela m'avait fortement impressionnée. Je redoutais que la même chose nous arrive. Un jour que j'étais seule à la
maison, alors qu'il pleuvait des cordes, je me suis mise à genoux dans un petit renfoncement derrière la porte de notre chambre et j'ai supplié Dieu dans une courte prière : « Seigneur, garde-moi et garde la maison ». Je me suis relevée ayant l'assurance que Dieu m'avait entendue et que je n'avais plus rien à
craindre. Cette expérience toute simple a marqué ma vie. J'ai su que Dieu
exauçait les prières. Je n'ai plus eu autant peur des orages.
Assez souvent, maman nous racontait les histoires de la Bible. Un jeudi, elle nous prit à part dans la petite maison d'à côté pour nous parler de Jésus. Elle nous a expliqué comment le Seigneur avait été arrêté, puis jugé, battu et
condamné à mourir sur une croix. Tandis qu'elle nous parlait des souffrances qu'il avait subies pour nous, ses yeux se remplirent de larmes. J'étais
bouleversée en les voyant couler doucement sur son visage. Je n'ai jamais
oublié cet enseignement qui a largement contribué à me conduire à la foi et à l'amour pour Dieu.

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À Karianga, maman était la seule Européenne. Quand, de Farafangana, est arrivée une missionnaire norvégienne, elle fut ravie. Sa visite compta
énormément pour nous. Cette femme était une évangéliste qui parcourait
d'importantes distances à pied ou à vélo. Son ministère suscita beaucoup de conversions dans tout le secteur depuis Farafangana jusqu'à nous. Il y eut même un sorcier qui accepta Jésus comme son Sauveur. Quelle bénédiction !
Elle repose maintenant en paix à Madagascar. Ce n'est que plus tard que j'ai appris combien était grand son dévouement pour les âmes perdues.
Georges
L'arrivée d'une autre personne tant attendue nous remplit de joie. Celle de notre petit frère Georges. Nous étions en train de jouer au fond du jardin quand Kidiki, un homme qui travaillait chez nous, nous annonça « qu'il avait vu Georges arriver du ciel avec des ailes » ! Nous nous sommes précipitées pour admirer ce beau bébé dans son berceau. C'était amusant de participer à la préparation des biberons et des bouillies et d'aider maman dans les soins qu'elle lui prodiguait chaque jour. Ce que nous redoutions le plus, c'était les moustiques et Georges n'échappait pas à la cuillère de quinine. Il avait à peine 1 an quand il commença à la refuser. Il était devenu assez fort pour se débattre comme un lion, et il fallait toute une équipe pour lui tenir les mains, les pieds, la tête, le corps et même lui pincer le nez pour le forcer à avaler.
Tout petit, il se révoltait déjà ! Cela ne nous arrive-t-il pas de nous cabrer quand les choses ne vont pas comme nous le voudrions ? Mais Dieu, qui est
sage, permet certaines épreuves afin que nous grandissions dans la foi.
Maman avait une très belle voix et elle chantait souvent en travaillant dans la maison. C'était une autre manière de nous transmettre la foi. Elle nous
apprenait des cantiques d'enfants et mon petit frère participait joyeusement. À
2 ans, il chantait déjà :
« Un rayon de joie,
Un doux rayon de soleil que Jésus envoie,
Oh, quel bonheur sans pareil ! »
Papa restait avec nous toute la journée du dimanche. Il jouait du violon et improvisait de temps en temps un concert avec les morceaux de son
répertoire. J'étais si heureuse que j'aurais pu l'écouter pendant des heures.
Nous allions aussi nous promener dans les alentours de Karianga. Il y avait des fleurs un peu partout et j'aurais voulu toutes les cueillir ! J'aimais les 16
offrir à maman, surtout les pervenches roses qui poussaient le long des chemins. Parfois, papa me disait : « Jeanne, ma chérie, laisses-en ! » Je ne comprenais pas bien pourquoi je devais en laisser. Je ne savais pas encore que je risquais d'empêcher leur reproduction et que j'enlevais un peu de
beauté à la nature. Mais les choses étaient dites et je les comprendrais mieux en grandissant.
Sacrifices
La viande était vendue au marché en fin de semaine. Un vétérinaire la
contrôlait et accordait une autorisation pour la vente. Maman s'en informait et on lui présentait le carnet en règle. Mais, à la surprise de mes parents, il y eut une période, plusieurs jours de suite, où la viande était vendue chaque matin et le fameux carnet était présenté. C'était tout à fait inhabituel et maman posa des questions sans obtenir de réponse. Ce n'est qu'au moment où le prêtre
missionnaire revint de sa tournée qu'on apprit ce qui se passait. Des cris affreux, provenant de la forêt proche de son domicile, le réveillèrent en pleine nuit. Les habitants du village avaient consulté un sorcier et ce dernier leur avait dit que l'âme d'une personne décédée depuis peu réclamait des
sacrifices, car il n'y en avait pas eu assez lors de ses obsèques. Donc, durant la nuit, le sorcier hurlait et sacrifiait des animaux. Le lendemain, la viande de ces bêtes arrivait sur le marché ! Quand le prêtre comprit l'horreur de la situation, il convoqua les habitants de Karianga près de chez lui et leur
montra son fusil de chasse (utile pour tuer du gibier ou faire fuir les caïmans avant de traverser la rivière à gué). Il leur annonça que si la nuit suivante il y avait encore des cris dans la forêt, il tirerait en direction des hurlements... Le résultat fut immédiat. Plus aucun bruit nocturne, le calme revint. La vie reprit son cours normal bien que le sorcier ait gardé son importance.
Il faut savoir que sur toute l'île de Madagascar, les Malgaches vivent près de leurs défunts. Ils ont une véritable vénération pour eux. Ils ont aussi
terriblement peur des esprits et les sorciers fabriquent des amulettes et des fétiches pour les protéger de toutes sortes de maux. Au cas où les esprits leur voudraient du mal, ils doivent être apaisés. Enfant, j'ignorais bien sûr tous ces détails et je ne connaissais pas encore suffisamment le Seigneur, mais je

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