Chronique du jugement dernier
377 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Chronique du jugement dernier , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
377 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Contrairement à ce que la plupart des chrétiens croient, le jugement dernier va commencer par la maison de Dieu, formée par les communautés judéo-chrétiennes. L’Apôtre Pierre précise bien « c’est par nous qu’il [le jugement dernier] commence » (1 Pierre 4 : 17). Le jugement dernier est avant tout une affaire de famille qui concernera en premier lieu les juifs (Matthieu 19 : 28) et nous les chrétiens qui obéissons à l’évangile de Dieu (1 Pierre 4 : 17). Cet ouvrage est une esquisse théologique sur le jugement dernier, ainsi qu'un appel à d'importantes réformes au sein de l'Eglise catholique en prélude à la parousie du Seigneur Jésus. Après une première partie consacrée à l’alliance abrahamique, ainsi qu’à son héritage exclusif par Isaac, ce livre dans sa deuxième partie tente de s’incruster dans la quintessence du jugement dernier, pour en faire ressortir le déterminant sous le prisme des saintes écritures. L’originalité de ce livre est qu’il aborde sous un angle nouveau avec des révélations inédites depuis deux mille ans de chrétienté deux événements cruciaux des évangiles : le triple reniement de l‘Apôtre Pierre, scellé par deux chants de coq (Marc 14 : 30) et le pouvoir des clés eschatologiques destinées par Jésus à l’Apôtre Pierre (Matthieu 16 : 19). Ce livre constitue à lui seul un chambardement théologique de tout l’ordre de la chrétienté depuis plusieurs siècles et sonne comme un « Big Bang » christologique. Plus qu’un pré-procès eschatologique, ce livre est une lumière prophétique qui vient éclairer l’obscurité de l’âme mariale catholique en invitant l’Eglise à plusieurs reformes. L’auteur de ce livre est KOGOE Eyoukéliyè Jean-Baptiste, un informaticien travaillant dans une organisation régionale ouest africaine. Il est né au TOGO le 28 mai 1978, est veuf depuis 2013 et père de 3 enfants ; c’est un fervent fidèle, croyant et pratiquant de l’Eglise pentecôtiste.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782369571926
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1050€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Chronique du jugement dernier
 
(Esquisse théologique
de conversion du juif et du catholique)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
KOGOE Eyoukeliye Jean-Baptiste
 
© 2018, KOGOE Eyoukeliye Jean-Baptiste
 
Aucun extrait de cette publication ne peut être reproduit ni transmis sous une forme quelconque, que ce soit par des moyens électroniques ou mécaniques, y compris la photocopie, l'enregistrement ou tout stockage ou report de données sans la permission écrite de l'éditeur.
Ce livre a été publié sous la division auto-publication ‘Publiez votre livre !’ des Éditions l'Oasis. Les Éditions l'Oasis déclinent toute responsabilité concernant d'éventuelles erreurs, aussi bien typographiques que grammaticales, et ne sont pas forcément en accord avec certains détails du contenu des livres publiés sous cette forme.
Sauf mention contraire, toutes les références bibliques sont tirées de la Bible Louis-Segond éd. 1910
Dépôt légal : 4e trimestre 2018.
Imprimé en France.
 

9, Rte d'Oupia, 34 210
Olonzac, France
Tél (33) (0) 468 32 93 55
Fax (33) (0) 468 91 38 63
Email:contact@editionsoasis.com
9, Rte d'Oupia, 34 210
Olonzac, France
Tél (33) (0) 468 32 93 55
Fax (33) (0) 468 91 38 63
Email:contact@editionsoasis.com
Boutique en ligne sécurisée sur www.editionsoasis.com.
Vous avez écrit un livre, et vous cherchez un éditeur ? Vous pouvez publier votre livre via Éditions l'Oasis ! RDV sur notre site, rubrique ‘Publiez votre livre !’ pour plus d’informations.
 
Table des matières
 
Introduction
I Le silence subversif
1.        Le fils prophétique d’Abraham
2.        Le fils unique d’Abraham
3.        Isaac, le seul sacrifice agréable à Dieu
4.        Du principe de non-rétroactivité de la parole de Dieu
II Prémices du jugement des nations par le Seigneur Jésus
1.        Les « anti-Dieu » « du dehors » exclus de facto du royaume des cieux
2.        Le menteur
3.        L’antéchrist de la maison
a) La négation du Père
b) La négation du Fils
b-1) Là où l’apôtre Pierre n’a jamais voulu aller
b-2) Le paquage marial
b-3) Crucifix : La croix de la prédication et de la foi vaine en Jésus ou la croix masochisto-sadducéenne
c) L’allégorie des deux Jean-Baptistes
III Petra
1.        Jésus est Dieu
2.        Le Saint-Esprit est Dieu
3.        La Sainte Trinité
4.        Immersion dans la maison de l’Éternel
5.        La Procréation Divinement Assistée (PDA) et la Gestation Pour Dieu (GPD)
IV Voici l’époux, allez à sa rencontre !
1.        L’apôtre Pierre, l’unique héritier de toutes les trois (03) clés du royaume des cieux
2.        L’incontournable issue «idoloclaste » et iconoclaste
3.        De l’incertitude de l’Assomption de Marie à la certitude de la « Descension » de Jésus-Christ ou la fête du futur certain
4.        Du chapelet marial au chapelet de la rédemption trinitaire
5.        Du Rosaire marial au « Septaire » trinitaire et la semaine de la Grande Repentance et du Pardon
6.        Les statistiques célestes
7.        Sacralité du dialogue intra religieux judéo-chrétien
Bibliographie

Abréviations
 
BA : Bibliothèque augustinienne (Œuvres de saint Augustin), Paris.
PG : Patrologiae cursus, Series graeca, Migne, Paris.
PL : Patrologiae cursus, Series latina, Migne, Paris.
SC : Sources chrétiennes, Paris.
NDLR : Note de la rédaction.
 
 
 
Introduction
 
 

«E
n vertu des articles […] du code […], vous êtes condamné à […] », tel est en règle générale, l’énoncé que prend la plupart des verdicts de condamnation. Ainsi, l’on ne peut condamner une personne lors d’un jugement qu’en vertu d’un code bien établi, répandu et connu de tous. Qu’en sera-t-il du jugement dernier ? Dieu peut-il nous condamner sans nous avoir au préalable légué le « Code » sur lequel sera fondé le jugement dernier ? À plusieurs reprises dans les Saintes Écritures, Dieu a montré qu’il ne se fondait pas sur l’arbitraire, mais plutôt sur la force et l’autorité de sa parole donnée à son peuple. Sa parole tient donc office de « Code » devant régenter non seulement notre vie, nos comportements et nos attitudes envers l’altérité d’une part et le divin de l’autre ; mais aussi et surtout le jugement qui attend ceux qui n’entendent pas se soumettre à ce « Code ».
Parmi les plus grandes énigmes de l’humanité, celle de notre destin eschatologique tient une bonne place. Lors de la prochaine apparition du Fils de l’homme sur la nuée, quel sort sera réservé à notre corps embrigadé dans la poussière ? Quel est le déterminant qui impactera nos sorts en tant que communautés religieuses lors du jugement dernier ? Dans l’application du « Code » divin dont se référeront les douze juges eschatologiques (Cf. Matthieu 19 : 28), quel article sera le fondement du jugement des nations ? Après une première partie consacrée à l’alliance abrahamique, ainsi qu’à son héritage exclusif par Isaac, ce livre dans sa deuxième partie tente de s’incruster dans la quintessence du jugement dernier, pour en faire ressortir le déterminant sous le prisme des Saintes Écritures.
En prélude à ce jugement, les Saintes Écritures nous ont annoncé la venue du prophète Élie, pour préparer à Dieu un peuple saint, favorable et disposé à recevoir son Messie. Qui est cet Élie eschatologique réellement ? Jésus à plusieurs reprises a annoncé à ses disciples qu’Élie était déjà venu en la personne de Jean-Baptiste, fils de Zacharie, le sacrificateur. Toutefois, avec les chambardements et les soubresauts séculiers qui ont marqué l’Église, le Messie saurait-il revenir pour une seconde fois sans que Dieu n’envoie devant lui une seconde fois le prophète Élie ? Doit-on aujourd’hui parler d’un Élie ou de plusieurs Élie ? Quelle place ces personnages tiennent dans l’ordre de la révélation divine et dans le royaume des cieux ?
La problématique du triple reniement de l’apôtre Pierre, scellé par les deux chants du coq est analysée dans toutes ses dimensions matérielle, théologique et spirituelle, pour en faire sortir les révélations cachées dans la parole de Jésus à Pierre : « Je te le dis en vérité, toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois » (Marc 14 : 30). Les thématiques comme la mort de Pierre, les représentations dans l’Église catholique, les noces de Cana, le crucifix sont également abordées aux regards des Saintes Écritures.
 
Dans sa troisième partie, ce livre traite de ce que devrait être le fondement de la foi en Christ, le Messie tant attendu par le peuple juif et les chrétiens (catholiques et protestants). Dans la quatrième et dernière partie, est dévoilée l’énigme des clés eschatologiques remises exclusivement à Pierre par Jésus à Césarée de Philippe, quand il lui annonçait : « ¹⁹ Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16 : 19). Cette partie traite également des questions théologiques liées aux statuts et représentations dans l’Église, au culte à Marie, au chapelet, à l’Assomption, etc., ainsi que de la nécessité d’engager des réformes au niveau de l’Église catholique en prélude à la « Descension » eschatologique du Seigneur Jésus. Parmi ces réformes trônent en bonne place : l’ « idoloclasme » et l’iconoclasme, la fête de la « Descension », le nouveau chapelet trinitaire, le « Septaire » trinitaire, la semaine de la Grande Repentance et du Pardon. Enfin, une exhortation est lancée à toute la communauté « jacobienne », représentée par les deux Israël, celui selon l’Esprit et celui selon la chair à faire un mouvement convergent, vers l’unité de la foi, l’entente mutuelle et la communion fraternelle, bien au-delà des recommandations du concile Vatican II.
 
 
I Le silence subversif
 
  Le fils prophétique d’Abraham
 

L
’histoire du patriarche Abraham ne commence pas comme l’on a l’habitude de l’enseigner dans la Genèse notamment au chapitre 12 verset 1, où l’Éternel lui est apparu pour lui annoncer ses promesses. Dans le back stage de l’histoire du personnage biblique on apprend qu’il est le fils de Térach, qui l’engendra à l’âge de soixante-dix ans, ainsi que ses frères Nachor et Haran. Les souches de l’histoire familiale sont décrites dans Genèse chapitre 11 comme suit :
 
« ²⁷ Voici la postérité de Térach. Térach engendra Abram, Nachor et Haran. -Haran engendra Lot. ²⁸ Et Haran mourut en présence de Térach, son père, au pays de sa naissance, à Ur en Chaldée. - ²⁹ Abram et Nachor prirent des femmes : le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor était Milca, fille d’Haran, père de Milca et père de Jisca. ³⁰ Saraï était stérile : elle n’avait point d’enfants. ³¹ Térach prit Abram, son fils, et Lot, fils d’Haran, fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils. Ils sortirent ensemble d’Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu’à Charan, et ils y habitèrent. ³² Les jours de Térach furent de deux cent cinq ans ; et Térach mourut à Charan » (Genèse 11 : 27 – 32).
 
À peine entamé, le récit familial s’annonce de manière tragique avec la mort d’Haran père de Lot ; la narration prend l’allure d’un drame familial, que peu de parents au monde ont vécu et, plante le décor funeste dans lequel baignent Térach et les siens. Ensuite, le mariage des deux autres frères restants en vie, c’est-à-dire Abraham et Nachor, aurait pu annoncer le tournant d’une nouvelle page, plus heureuse dans la vie familiale encore empreinte de la mort de Haran « en présence de Térach, son père », qui sombra dans l’agonie de son absence. Douleur profonde pour Térach et sa maison. Mais hélas, Saraï, la femme d’Abraham « était stérile », elle n’avait et ne pouvait pas donner d’enfant, donc ne pouvait pas donner la vie. Une absence de vie, signe encore une fois de mort, s’installe mais cette fois-ci de manière permanente et durable dans la maison de Térach. C’est dans ce contexte mortifère que Térach prend avec lui, les siens que la mort a marqué, c’est-à-dire son fils Abraham et sa femme stérile Saraï et Lot, son petit-fils orphelin, pour un périple vers de nouvelles terres, comme un exode semblant avoir pour but inavoué d’exorciser la mort et son annihilation de tout espoir de vie. Toutefois, le voyage ne s’achève pas avant que le père Térach ne trépasse à Charan ; encore une fois la mort a frappé avant qu’elle ne soit extirpée de la famille. Toute relance et tout sursaut tendant à la vaincre semblent être voués à l’échec 1 .
 
Lorsque l’Éternel apparut à Abraham plus tard à Charan et lui dit : « Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. ² Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. ³ Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12 : 1 - 3) ; il ne s’imaginait sans doute pas la profondeur et la portée de l’aventure qu’il allait vivre en quittant son pays, sa patrie et la maison de son père pour Canaan, une terre que l’Éternel lui a promise, pour lui et sa descendance. Au-delà de cette triple rupture (« pays », « patrie » et « maison du père ») d’avec ses souches mésopotamiennes, c’est l’avenir et le destin spirituel de l’humanité dont il s’agit ; mieux, c’est l’histoire du Dieu unique et vivant qu’Abraham est en train d’écrire. Les clés du succès ou de l’échec de l’enracinement de l’histoire de Dieu n’ont jamais été autant reposées sur les épaules d’un homme avant lui.
 
L’exode d’Abraham à Canaan est marqué au chapitre 15 par la première annonce de la venue d’un héritier, « sortie de ses entrailles », c’est-à-dire la naissance d’un fils biologique à Abraham. En effet :
 
« ¹ Après ces événements, la parole de l’Éternel fut adressée à Abram dans une vision, et il dit : Abram, ne crains point ; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande. ² Abram répondit : Seigneur Éternel, que me donneras-tu ? Je m’en vais sans enfants ; et l’héritier de ma maison, c’est Eliézer de Damas. ³ Et Abram dit : Voici, tu ne m’as pas donné de postérité, et celui qui est né dans ma maison sera mon héritier. ⁴ Alors la parole de l’Éternel lui fut adressée ainsi : Ce n’est pas lui qui sera ton héritier, mais c’est celui qui sortira de tes entrailles qui sera ton héritier. ⁵ Et après l’avoir conduit dehors, il dit : Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit : Telle sera ta postérité. ⁶ Abram eut confiance en l’Éternel, qui le lui imputa à justice. ⁷ L’Éternel lui dit encore : Je suis l’Éternel, qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée, pour te donner en possession ce pays » (Genèse 15 : 1 – 7).
L’Éternel rassure Abraham de ne rien craindre, car il est « son bouclier ». Cette parole de Dieu à Abraham peut paraître quelque peu surprenante. Que peut craindre Abraham ? Les représailles des 4 rois mésopotamiens qu’il vient de vaincre dans une bataille qui lui a permis de libérer son neveu Lot (Genèse 14) ? La rancœur du roi de Sodome avec qui il a refusé de traiter alliance (Genèse 14) ? Le passage ne précise pas l’objet de la probable crainte d’Abraham. Ce qui reste indubitable, c’est que Dieu promet une très grande récompense à celui-là même qui a refusé la proposition du roi de Sodome de garder pour lui le butin de la victoire de la guerre des 4 rois (Genèse 14), ne voulant pas traiter alliance avec le roi d’un peuple rebelle vis-à-vis de Dieu. Dieu saura-t-il convaincre, Abraham qui a marqué son détachement des biens terrestres et mis sous éteignoir, la convoitise dont il avait fait preuve en Égypte ? Les versets 2 et 3 montrent que le désir d’Abraham n’est pas marqué par les biens ou les possessions, mais toute son attention se porte vers la promesse de descendance. À quoi bon posséder, si l’on ne peut léguer les possessions à un héritier ? Abraham s’en plaint même : «Voici, tu ne m’as pas donné de postérité », puis « Je m’en vais sans enfants ; et l’héritier de ma maison, c’est Eliézer de Damas ». Dans sa réponse, face au mécontentement d’Abraham, l’Éternel émet des propos prophétiques, il exclut le fait qu’Eliézer de Damas soit le futur héritier d’Abraham et, lui annonce par la même occasion, la naissance d’un futur enfant biologique. Dieu fit sortir Abraham et le fit contempler le ciel, pour lui annoncer que la descendance, qui sera issue du fils désormais promis sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel. Désormais qu’Abraham a fait face à Melchisédek (roi de justice) pour reconnaître la présence de Dieu avec lui et lui a payé « la dime de tout » et qu’il a tourné le dos à la convoitise lorsqu’il a refusé de posséder le butin a lui offert par le roi de Sodome, il peut dorénavant tourner ses « regards vers le ciel », vers la prophétie, les promesses divines et la « très grande récompense ». Cette récompense se précise, elle consiste en une descendance innombrable à partir du fils prophétique qui va naître. Abraham a considéré comme fiable, celui qui vient de parler et sa parole digne de foi, ce qui lui permet de s’appuyer sur elle 2 . Abraham a bâti sa foi sur ces paroles de l’Éternel « qui le lui imputa à justice ». A la fin de ce premier dialogue entre Abraham et Dieu, ce dernier fait une révélation très surprenante pour le lecteur : « Je suis l’Éternel, qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée, pour te donner en possession ce pays ». Ainsi donc, le lecteur apprend que la décision de Térach de quitter Ur en Chaldée pour Canaan, a été incitée de façon cachée par l’Éternel lui-même. Dieu révèle ainsi un de ses secrets : il agissait en sourdine au sein de la famille de Térach depuis Ur en Chaldée.
La naissance d’Isaac a été précédée de deux annonciations, la première à Genèse chapitre 17 versets 1 à 22 et la deuxième à Genèse 18 versets 9 à 15. à la première annonciation :
 
« ¹ Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel apparut à Abram, et lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant. Marche devant ma face, et sois intègre. ² J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’infini. ³ Abram tomba sur sa face ; et Dieu lui parla, en disant : ⁴ Voici mon alliance, que je fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations. ⁵ On ne t’appellera plus Abram ; mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d’une multitude de nations. ⁶ Je te rendrai fécond à l’infini, je ferai de toi des nations ; et des rois sortiront de toi. ⁷ J’établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations : ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi. ⁸ Je te donnerai, et à tes descendants après toi, le pays que tu habites comme étranger, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle, et je serai leur Dieu […] ¹⁵ Dieu dit à Abraham : Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï ; mais son nom sera Sara. ¹⁶ Je la bénirai, et je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d’elle. ¹⁷ Abraham tomba sur sa face ; il rit et dit en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ? ¹⁸ Et Abraham dit à Dieu : Oh ! qu’Ismaël vive devant ta face ! ¹⁹ Dieu dit : Certainement Sara, ta femme, t’enfantera un fils ; et tu l’appelleras du nom d’Isaac. J’établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui. ²⁰ A l’ égard d’Ismaël, je t’ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l’infini ; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation. ²¹ J’établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera à cette époque-ci de l’année prochaine. ²² Lorsqu’il eut achevé de lui parler, Dieu s’éleva au-dessus d’Abraham » (Genèse 17 : 1 – 22).
 
Genèse chapitre 16 a été marqué par la naissance d’un fils à Abraham lorsque celui-ci était âgé de quatre-vingt-six ans. Cette naissance presque impromptue a été à l’origine de scènes de ménages dans le couple d’Abraham avec Sara. Il aura fallu l’intervention de l’ange de Dieu pour mettre les choses en ordre. Abraham à la suite de la naissance d’Ismaël est resté treize années dans une certaine «  aridité spirituelle » , sans aucune connexion spectaculaire et notable avec Dieu. A quoi rime ce silence de la part de l’Éternel ? Lui reproche-t-il quelque chose ? Dans l’introduction de son discours en Genèse chapitre 17, l’Éternel se laisse entrevoir par un nouveau nom : « Je suis le Dieu tout-puissant », c’est-à-dire El-Shaddaï. C’est la première fois dans les Saintes Écritures qu’apparaît ce nom de Dieu. Pourquoi l’Éternel a-t-il crut bon de s’identifier sous ce nouveau vocal qui réaffirme sa force, sa grandeur, sa puissance et sa pleine autorité ? La lecture de la seconde phrase de l’Éternel permet de discerner les probables raisons pour lesquelles, il s’est présenté ainsi. En effet, L’Éternel instruit Abraham de « marcher devant sa face et d’être intègre ». Marcher devant la face de Dieu, en d’autres termes se laisser découvrir et guider par l’Éternel dans toutes ses entreprises. Abraham est incité à suivre les pas d’un autre « marcheur » avant lui, Hénoc qui « marcha avec Dieu ; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit » (Genèse 5 : 24). Cette intimité avec Dieu a fait défaut à Abraham lorsqu’il écouta la voix de sa femme Sara et prit sa servante Agar pour femme, au lieu de se focaliser sur son Dieu qui lui a fait les promesses de descendance innombrable. Abraham a manqué d’intégrité vis-à-vis d’abord de sa relation avec Sara qu’il n’a pas honorée en allant vers la servante de celle-ci et vis-à-vis de Dieu dont il a sous-estimé la plénitude de force. C’est dans ce contexte que l’Éternel se présente à lui comme El-Shaddaï, le Dieu tout-puissant qui lui a fait des promesses et qui garde sa parole pour l’accomplir le moment venu. Treize ans donc de «  sécheresse spirituelle » . Treize ans qu’Abraham va de l’avant avec l’idée qu’Ismaël est le début et le gage de la réalisation de la promesse d’une descendance innombrable. Treize ans aussi que Sara vit dans une frustration que l’on imagine de plus en plus désespérée, tandis que l’Éternel ne semble pas avoir répondu à son désir de justice (cf. Genèse 16 : 5) 3 . La lecture de la parole de Dieu qui suit, laisse le lecteur très perplexe, car l’Éternel parle d’une alliance et d’une fécondité future d’Abraham ; à se demander si l’Éternel avait-il oublié qu’Abraham avait déjà un fils « né de sa semence » en la personne d’Ismaël ? Certainement pas ; ses desseins ne se calquaient assurément pas sur les plans humains et terrestres de Sara, l’entremetteuse. Ainsi, Abram devient Abraham et Saraï devient Sara. Saraï qui fut pendant des décennies « ma princesse » pour Abraham, qui en a fait son objet, la chosifiant en Égypte (Genèse 12 : 10 - 20) pour assouvir sa convoitise teintée de crainte non justifiée, est dorénavant rebaptisée Sara, c’est-à-dire « la princesse ». Cette femme affranchie de la tutelle des hommes, qui retrouve son honneur, sa respectabilité et prend sa destinée en main, un destin de future mère des rois. Cet ajustement de la relation entre Abraham et Sara aurait-il pour conséquence une fécondité bien réelle que Dieu annonce ensuite ? En effet, il déclare que la bénédiction qu’Abraham a reçue dès le début de son aventure (Genèse 12 : 1 - 3) est aussi pour Sara. Jusqu’ici, elle n’a jamais été explicitement associée aux promesses de descendance ni à la bénédiction susceptible de rendre possible leur réalisation. C’est seulement maintenant que Dieu la déclare bénie et féconde. Ne serait-ce pas lié à la circoncision ? Ce rite modifie radicalement la position d’Abraham de porteur de la bénédiction vis-à-vis de sa femme en le libérant des effets néfastes de la convoitise, elle pourra à son tour bénéficier de sa bénédiction, car la bénédiction ne peut circuler que là où se nouent de justes relations libérées de la convoitise 4 .
 
En réalité, l’Éternel dit à Abraham : « Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï ; mais son nom sera Sara. ¹⁶ Je la bénirai, et je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d’elle » (Genèse 17 : 15 - 16). Cette annonciation initiale de l’Éternel a de quoi faire planer le doute dans le cœur d’Abraham ; car son couple avec Sara est pris dans un grand guêpier depuis leurs séjours à Ur en Chaldée jusqu’à l’exode à Canaan. Il n’est pas un secret pour le lecteur que, sa femme Sara était prise dans le piège de la stérilité : « ³⁰ Saraï était stérile : elle n’avait point d’enfants » (Genèse 11 : 30). Sara était entrelacée par le handicap de l’infertilité dû à sa « double » ménopause (90 ans = 45 ans âge de la ménopause X 2) et émoussée par son âge très avancé, quatre-vingt-dix ans qui lui a retiré tous désirs conjugaux, elle avait perdu son alacrité. C’est dans ce contexte qu’ « ¹⁷ Abraham tomba sur sa face ; il rit, et dit en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ? » (Genèse 17 : 17). Ce rire d’incrédulité ne s’est pas arrêté à Abraham seul, car lors de la deuxième annonciation de la naissance d’Isaac au chapitre 18 du livre de la Genèse, les 3 hommes qui allaient à Sodome ont visité Abraham ; il les a gratifiés d’un très bon repas après quoi ils dirent à Abraham : «Où est Sara, ta femme ? Il répondit : Elle est là, dans la tente. ¹⁰ L’un d’entre eux dit : Je reviendrai vers toi à cette même époque ; et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l’entrée de la tente, qui était derrière lui. ¹¹ Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge : et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants. ¹² Elle rit en elle-même, en disant : Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs ? Mon seigneur aussi est vieux. ¹³ L’Éternel dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant : Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, moi qui suis vieille ? ¹⁴ Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l’Éternel ? Au temps fixé, je reviendrai vers toi, à cette même époque ; et Sara aura un fils. ¹⁵ Sara mentit, en disant : Je n’ai pas ri. Car elle eut peur. Mais il dit : Au contraire, tu as ri » (Genèse 18 : 9 - 15). C’est dans cette ambiance faite de rire, de scepticisme, d’une triple condamnation biologique (stérilité, « double » ménopause, manque de désir sexuel) que le miracle va se produire. L’Éternel va manifester sa grandeur dans ce chaos d’impossibilités qui retenait la promesse d’Abraham captive depuis des dizaines d’années. C’est ainsi qu’ «³ Abraham donna le nom d’Isaac au fils qui lui était né, que Sara lui avait enfanté » (Genèse 21 : 3). Il est à noter que le nom Isaac signifie en hébreu « il rira ». Les triples barrières de Sara ont de ce fait été brisées et ce qui était impossible aux yeux des hommes est devenu possible par Dieu. Le fils de la promesse Isaac étant né, il ne reste plus aux hommes qui apprendront la nouvelle que le rire (Genèse 21 : 6) face à cette anormalité sociobiologique d’une part et, d’autre part, emportés par une joie tintée de crainte devant les prouesses de ce Dieu dont les limites sont de plus en plus insaisissables.
 
L’annonce de la future naissance d’Isaac a suscité du scepticisme chez Abraham, qui semble avoir mis sous éteignoir la prophétie que l’Éternel lui avait faite en Genèse chapitre 15 en lui annonçant la venue d’un héritier « sortie de ses entrailles ». Voici treize années qu’il chemine « tout seul » avec l’idée qu’Ismaël serait cet héritier tant attendu que Dieu lui a promis et en qui la promesse de descendance innombrable serait réalisée. Encore une seconde fois, Abraham se trompe de cible, non sans avoir fait un petit saut qualitatif, car contrairement à Eliézer de Damas qui était tout simplement né dans sa maison, Ismaël, lui est le fruit de ses entrailles. Treize ans en effet qu’il passe son temps à fonder tous ses espoirs sur ce fils. Treize années d’errance et d’illusions, pendant lesquelles il a ses regards tournés vers les acquis terrestres au lieu de toujours porter ses regards vers les promesses du ciel (cf. Genèse 15 : 5). Au-delà de ce doute né des obstacles biologiques qui les entouraient Sara et lui, c’est la crainte de voir annuler par la naissance d’un nouveau fils les promesses faites à Ismaël qui l’a fait sortir de ses gonds : « Oh ! qu’Ismaël vive devant ta face ! ». Abraham par cette sortie entrevoit certainement l’exercice difficile et crucial qui l’attend : celle du transfert affectif d’Ismaël à Isaac qu’il devra ou sera contraint d’opérer à la naissance du fils de la promesse, Isaac ; en cela il a été clairvoyant. Cette sortie inopinée d’Abraham n’a pas changé les projets de Dieu vis-à-vis d’Isaac, ni inversé la tendance en faveur d’Ismaël. En effet, Dieu a promis à Abraham (Genèse 17) puis à Sara (Genèse 18) qu’ils auront ensemble un enfant et non à Agar, donc le projet de Dieu dans la vie d’Abraham devrait se réaliser par Sara. Même si, cette dernière a donné sa servante à son mari. Ismaël sera béni, certes, en devenant « une grande nation », mais il n’aura pas de vis-à-vis avec Dieu ; les deux n’auront pas ce face-à-face qui détermine et lie les acteurs d’une alliance divine.
 
Tout comme Jésus, Isaac est un fils prophétique, car sa conception et sa naissance ont été annoncées à Abraham à l’avance par un ange de Dieu, ce qui n’est pas le cas d’Ismaël qui est un enfant de fait ; pur produit de la volonté et des plans humains. La volonté divine d’alliance loin de s’aligner sur les réalités humaines d’Abraham notamment celles causées par la naissance préalable d’un fils Ismaël s’est frayée elle-même son propre passage. De la promesse divine d’un fils, aux inquiétudes, à l’impatience et la naissance du fils Isaac tant espéré ; toute l’histoire d’Abraham depuis son départ de la maison familiale est focalisée sur la venue de ce fils. Isaac est au centre de la raison d’être d’Abraham, car il capitalise à lui seul tout le bien-fondé de la bénédiction et de l’alliance entre Dieu et Abraham. Dieu, constant dans sa fidélité et ses promesses, « Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé  » (Genèse 21 : 2).
 
  Le fils unique d’Abraham
 

E
n Genèse chapitre 16 verset 2, Sara la femme d’Abraham lui fait une proposition indécente : « Voici, l’Éternel m’a rendue stérile ; viens, je te prie, vers ma servante ; peut-être aurai-je par elle des enfants ». La stérilité de Sara qui avait déjà été annoncée avec emphase en Genèse chapitre 11 verset 30, refait surface cette fois-ci au sein du couple. Sara se plaint de son sort et attribue son infertilité à Dieu quoiqu’elle ait été constatée depuis Ur en Chaldée, lorsqu’elle vivait avec son mari dans la maison familiale. Le désir d’avoir un enfant obsède Sara jusqu’au point de vouloir briser les codes sociétaux, en proposant sa domestique Agar à son mari dans l’espoir d’avoir un enfant à travers elle et d’être construite comme une femme entière grâce à cette maternité de substitution 5 . En jetant son regard sur le sein de sa servante et en voulant l’exploiter à des fins personnelles, l’indéboulonnable prophétie de progéniture, Sara n’expose pas par là un acte de convoitise ? L’acte de Sara n’était pas isolé, elle ne comptait pas s’arrêter là, car elle ne fait pas mention d’avoir un enfant mais plutôt « des enfants » d’Agar, sa servante ; laissant ainsi paraître d’éventuels projets «  d’usine à bébés » . Sara pensait-elle peut-être entrer dans les desseins de Dieu de descendances innombrables promises à Abraham grâce à cette «  planche à enfants » qu’elle vient de trouver en sa servante Agar. Et Abraham, crut-il bon de vouloir « donner un petit coup de pouce à Dieu » face à ses difficultés de paternité en oubliant que Dieu est tout suffisant dans ses décisions et se donne lui-même les moyens d’accomplir ses projets dans nos vies ? Cette attitude du couple peut se lire sous l’angle de la folie de l’homme tentant d’accomplir lui seul, les promesses de Dieu. Mais de qui vient cette idée bancale sur le plan de la foi, qui vient à l’esprit de Sara ? De l’Éternel lui-même ou du diable ? Abraham ne se pose pas ces questions, il n’oppose pas de résistance à la convoitise de sa femme ; il s’y soumet oubliant de s’appuyer sur la capacité du Dieu tout-puissant à réaliser par lui-même les promesses qu’il lui a faites. La comparaison scénique faite par l’exégète belge André Wénin à ce sujet est très intéressante et mérite d’être soulignée ici. En effet, la phrase « Abraham écouta la voix de Saraï » (Genèse 16 : 2) rappelle les reproches faits par Dieu à l’homme au jardin d’Eden pour n’avoir pas résisté à la tentation et à la proposition de sa femme en ces termes : « Tu as écouté la voix de ta femme » (Genèse 3 : 17). Le lien entre ces événements est saisissant, car de même que l’homme dans le jardin d’Éden se laisse entrainer par la convoitise de sa femme à l’écoute du serpent en mangeant le fruit défendu, de même Abraham se laisse entrainer par Sara dans son désir pressant d’avoir un enfant 6 . Ainsi, « Saraï, femme d’Abram, prit Agar, l’Égyptienne, sa servante, et la donna pour femme à Abram, son mari, après qu’Abram eut habité dix années dans le pays de Canaan. ⁴ Il alla vers Agar, et elle devint enceinte » (Genèse 16 : 3 - 4). André Wénin pousse plus loin l’analyse scénique en comparant Genèse 16 verset 3 à Genèse 3 verset 6 :
 
Et elle prit … et elle en donna aussi à son homme … et il en mangea (Genèse 3 : 6).
Et Sara prit … et elle donna à Abraham son homme … et il vint vers Agar (Genèse 16 : 3).
 
D’après lui, les gestes sont semblables. En effet, guidée par sa convoitise Éve ou Sara prend et donne à son homme (mari) qui consomme sans dire un mot. Seul change l’objet pris et donné. Sara et Abraham reproduisent comme dans le jardin d’Éden le rapport entre l’homme et la femme faussé par la convoitise. Cette situation anormale ne tarde pas à dégénérer lorsque se sachant enceinte, Agar « regarda sa maîtresse avec mépris » (Genèse 16 : 4), ce qui n’a pas manqué de créer une scène de ménage dans la maison d’Abraham. Agar qui jadis était une simple domestique est désormais non seulement « épouse » mais aussi « femme » avec tous les attributs de fécondité. Ce ménage à trois imaginé et mis en scène par Sara ne tient pas le coup des rivalités entre les deux femmes. Abraham décide alors de mettre de l’ordre dans les choses, car en disant à Sara « Voici, ta servante est en ton pouvoir, agis à son égard comme tu le trouveras bon » (Genèse 16 : 6), il renonce à son mariage avec Agar et ne reconnaît que Sara comme son unique épouse. Il replace Agar sous l’autorité de Sara qui est légitimée comme seule épouse d’Abraham; puis celle-ci ne tarde pas à exercer des brimades envers Agar. Ces brimades conduiront Agar dans le désert où le messager de Dieu ne lui laisse d’autre choix que de « retourner vers sa maîtresse de s’humilier sous sa main » (Genèse 16 : 9). En d’autres termes, pour l’Ange de Dieu, Agar n’est pas étrangère à ce qui lui arrive, il lui recommande de retourner se mettre entièrement sous l’autorité de sa maîtresse sans protestations ni murmures. En l’invitant à entrer dans le jeu, à s’humilier devant celle qui veut l’humilier, le messager lui suggère d’adopter une attitude successible d’émousser, voire de désamorcer, la vindicte de sa maîtresse 7 . Agar s’y soumet apparemment. Quoique le narrateur ne donne pas de détails sur son retour dans la maison d’Abraham, il laisse un indice qui tend à le prouver en Genèse chapitre 16 verset 15. Le jeu de la convoitise n’aura en définitive profité à personne dans le couple Abraham/Sara. En effet, cet enfant né d’Agar auquel Abraham donne le nom d’Ismaël n’appartient finalement ni à Sara qui en avait émis le souhait (Genèse 16 : 2), ni réellement à Abraham, car comme l’a dit l’Ange de Dieu : « Il sera comme un âne sauvage ; sa main sera contre tous, et la main de tous sera contre lui ; et il habitera en face de tous ses frères » (Genèse 16 : 12). L’Éternel a mis fin définitivement aux desseins de convoitise de Sara, car « l’usine à bébés » qu’elle avait prévue au travers de sa servante Agar, n’a au final produit qu’une chimère. En effet, malgré le retour d’Agar dans la maison d’Abraham après sa fuite loin de Sara face à sa maltraitance et les nombreuses années qu’elle y a passé, Agar n’a pas fait d’autres enfants à Abraham. Comme si, le mariage qui avait été organisé par Sara (Genèse 16 : 3) et que l’ange de Dieu n’a pas avalisé en la traitant de « servante de Sara » (Genèse 16 : 8), « sa maîtresse » (Genèse 16 : 9) avait été entièrement dissout par Dieu.
 
Les circonstances de la naissance tardive d’Isaac semblent laisser croire à l’existence à un moment donné de tension entre Abraham et sa femme Sara d’un côté et les projets divins de l’autre. En effet, après l’incident peu honorable de Genèse chapitre 16 avec la naissance d’Ismaël, l’Éternel est tombé dans un silence assourdissant pendant treize années. A quoi ont servi ces treize années de double « rupture » relationnelle entre Dieu et Abraham d’une part et narrative d’autre part ? Dieu était-il « fâché » contre Abraham ? Ou mieux serait-ce le temps nécessaire à Abraham pour rompre d’avec la convoitise ? Le temps de la méditation, de l’introspection et du renoncement à soi ? Le narrateur ne dit rien à ce sujet, mais ce long silence de Dieu envers Abraham peut paraître tout de même suspect pour quelqu’un qui « fut appelé ami de Dieu » (Jacques 2 : 23). Toujours est-il que treize ans plus tard l’Éternel apparaît à Abraham et lui annonce la naissance prochaine d’un fils nommé Isaac. Un second fils pour quoi faire ? Qu’est-ce qui différencierait ce second fils Isaac du précédent Ismaël ? Pourquoi l’Éternel ne fait-il pas avec ce qui existe déjà à savoir Ismaël ? À la lecture de l’intervention divine à Genèse chapitre 17 versets 15 à 22 on s’aperçoit que deux faits majeurs différencient les deux enfants biologiques d’Abraham : d’une part, Isaac engendrera des Rois tandis qu’Ismaël n’engendrera que des princes, c’est-à-dire de simples chefs ou leaders tribaux et, d’autre part l’alliance entre Dieu et Abraham et avec sa descendance après lui pour devenir leur Dieu (symbolisée par la circoncision) se perpétuera non pas à travers Ismaël mais uniquement et exclusivement à travers Isaac, le fils prophétique d’Abraham. « ²¹ J’établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera à cette époque-ci de l’année prochaine » (Genèse 17 : 21), c’est ainsi que l’Éternel annonce qu’il se réserve le fils de la promesse Isaac, afin de tisser une alliance avec lui et par ricochet toute sa descendance après lui. Ce choix électif (élection divine) d’Isaac n’est pas un hasard, car Isaac est le seul fils de la maison d’Abraham qui soit conçu et né pleinement dans l’alliance ( Brit Milah ). En effet, Isaac a été conçu à la fois après la circoncision d’Abraham à quatre-vingt-dix-neuf ans et la nomination (le changement de nom) par Dieu de sa mère de Saraï à Sara. C’est tout naturel que l’alliance de Dieu avec Abraham soit transmise et maintenue de génération en génération à travers le seul-là même qui est le fruit de cette alliance, à savoir Isaac.
 
Isaac naquit lorsque Abraham avait cent ans et chose non anodine, Abraham organisa un grand festin le jour où Isaac fut sevré (Cf. Genèse 21 : 8). Quel sens pouvait avoir cette réjouissance pour Abraham, sachant que le récit de Genèse chapitre 16 ne relate aucune fête ni lors de la naissance d’Ismaël, ni lors de son sevrage. Avec plus d’approches, il ressort que c’est la première fois dans la vie de patriarche qu’il organise une grande fête et qu’elle soit à l’honneur de son fils promis Isaac. Après avoir attendu un quart de siècle la réalisation des promesses divines à son égard, Abraham peut enfin se réjouir et se consoler, car l’héritier promis et tant attendu est né et a fait son premier pas dans le monde par la rupture de son cordon alimentaire. Abraham voit enfin le bout du tunnel se concrétiser par le biais de la réponse de l’Éternel face à son angoisse principale : « l’héritier de ma maison est Eliézer de Damas » (Genèse 15 : 2). Le cycle des héritiers provisoires qu’ils soient circonstanciels (Eliézer de Damas) ou par défaut (Ismaël) est complètement révolu, maintenant s’ouvre à Abraham une nouvelle Ère, celle de l’assurance d’une « descendance qui lui est propre » (Genèse 21 : 12) et par laquelle se transmettra l’alliance que Dieu a conclue avec lui. Au cours de cette fête «⁹ Sara vit rire le fils qu’Agar, l’Égyptienne, avait enfanté à Abraham ; ¹⁰ et elle dit à Abraham : Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac. ¹¹ Cette parole déplut fort aux yeux d’Abraham, à cause de son fils. ¹² Mais Dieu dit à Abraham : Que cela ne déplaise pas à tes yeux, à cause de l’enfant et de ta servante. Accorde à Sara tout ce qu’elle te demandera ; car c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre » (Genèse 21 : 9-11). Le rire d’Ismaël aurait dû plutôt rencontrer l’assentiment de Sara, car n’a-t-elle pas prédit que Dieu l’a fait un sujet de rire et que quiconque apprendra la naissance d’Isaac rira d’elle (Genèse 21 : 6) ? En quoi le rire de cet adolescent est-il si particulier pour provoquer l’ire de Sara ? Probablement Sara a-t-elle vu à travers ce rire une expression de mépris et de dédain provenant de surcroît du fils de sa servante Agar l’Égyptienne ; une attitude qu’elle ne saurait tolérer. Cette tension née dans la maison d’Abraham ne témoigne-t-elle pas là l’expression de l’antagonisme entre les projets divins et la volonté humaine ? Cette volonté humaine qui a poussé Sara à donner sa servante à son mari Abraham pour avoir un enfant d’elle sans laisser Dieu lui-même agir pour concrétiser sa promesse de descendance qu’il a faite à Abraham. Sara inaugure là ce qui pourrait être appelé la guerre des fruits , cette rivalité, ce conflit inévitable et incessant entre le fruit de la chair (Ismaël) et le fruit de l’esprit (Isaac). En effet, Ismaël est le fruit des œuvres de la chair, de la convoitise et de la cassure des règles sociales, il était dans ces conditions prévisibles qu’un conflit allait naître à la venue d’Isaac, le fils promis à Abraham. Dans ce conflit indirect qui opposait Ismaël à Isaac, l’Éternel a tranché en sa propre faveur, c’est-à-dire en faveur de la justesse de sa volonté et de ses projets dans la vie d’Abraham. C’est ainsi, qu’Ismaël est désavoué par Dieu et renvoyé avec sa mère Agar dans le désert suite à son rire de dérision qui peut passer pour un acte de défiance envers celui qui est destiné à hériter de l’alliance de Dieu avec Abraham, à savoir Isaac. Après, cet incident en Genèse 21, marqué par le renvoi d’Ismaël, Isaac est devenu le seul et unique fils qu’il restait à Abraham. Dieu, d’un autre côté a dans son dialogue avec Abraham fait allusion à Agar par deux fois et toutes les deux fois il a utilisé le terme « ta servante » pour la désigner. En employant ce terme, Dieu montre sa distance teintée de désapprobation d’avec les intrigues organisées par Sara au début de Genèse chapitre 16 ; l’Éternel montre ainsi qu’il n’a jamais donné son accord ni approuvé l’union entre Abraham et « sa servante » Agar, l’Égyptienne. Sur le plan divin Agar n’a jamais été la femme d’Abraham. En laissant Ismaël et sa mère Agar partir, Abraham marque sa rupture d’avec la chair et les fruits de la chair. C’est un renoncement au moi, le moi charnel qui l’empêchait de se dépouiller des œuvres terrestres pour laisser Dieu agir entièrement dans sa vie. Ce renoncement au moi de la chair n’a pas été facile pour Abraham, car il n’est un secret de polichinelle qu’Abraham aimait Ismaël. Deux évènements majeurs le prouvent, premièrement lorsqu’il intercède auprès de Dieu en faveur d’Ismaël : « Oh ! qu’Ismaël vive devant ta face !  » (Genèse 17 : 18) pensant à juste titre que l’annonce de la naissance prochaine d’un nouveau fils Isaac annulerait la promesse déjà faite par l’ange de Dieu à Genèse 16 ; et deuxièmement quand il fut obligé à contrecoeur face à l’ordre divin de se séparer de son fils Ismaël (Genèse 21 : 11 - 12). Cette rupture était nécessaire pour la consolidation de son vis-à-vis avec YHWH.
 
Il est à remarquer que Sara malgré son attitude peu courtoise vis-à-vis d’Agar, sa servante, a toujours toutes les deux fois été soutenue dans ses positions par l’Éternel. L’ange de l’Éternel n’a jamais condamné, critiqué ou récriminé le comportement de Sara bien au contraire, il l’a soutenue à chaque fois en disant : « Retourne vers ta maîtresse, et humilie-toi sous sa main » (Genèse 16 : 9) à Agar et « Que cela ne déplaise pas à tes yeux, à cause de l’enfant et de ta servante. Accorde à Sara tout ce qu’elle te demandera ; car c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre » (Genèse 21 : 12) envers Abraham. L’attitude de Sara était-elle alignée sur celle de Dieu ? En tout état de cause, Sara était une alliée de Dieu, le seul canal par lequel devrait s’accomplir les projets et promesses de Dieu dans la vie d’Abraham. Est-ce peut-être pour cela qu’elle devait dans une certaine mesure être « ménagée » par Dieu ? L’Éternel de son côté aurait pu se contenter de la descendance qu’Agar la servante et concubine d’Abraham avait commencé à lui donner avec la naissance d’Ismaël (Genèse chapitre 16) ; en ce sens que Dieu aurait pu « adopter » Ismaël mais tel ne fut pas le cas, car Ismaël n’était pas dans le plan de Dieu qui avait d’autres desseins pour Abraham à travers Sara sa femme. Toutefois YHWH a pris soin de bénir Ismaël qui sera aussi « une grande nation » et du sein duquel sortiront « douze princes » (Genèse 17 : 20), c’est-à-dire douze chefs de tribus. La bénédiction d’Ismaël n’est pas à regarder de près identique à celle d’Isaac, car le premier engendrera de simples chefs tribaux là où le second « des rois de peuples » (Genèse 17 : 16). Si Dieu par ses bénédictions a aimé Isaac avant même qu’il ne soit conçu dans le sein de sa mère Sara, il a d’un autre côté pris acte de la grossesse d’Ismaël, « Voici, tu es enceinte » (Genèse 16 : 11) et eu compassion de sa condition et lui a accordé une bénédiction compassionnelle : « Tu enfanteras un fils, à qui tu donneras le nom d’Ismaël ; car l’Éternel t’a entendue dans ton affliction » (Genèse 16 : 11). Lorsqu’elle n’est pas une bénédiction de faits accomplis, puisque l’ange de Dieu dit à Agar « Voici, tu es enceinte », la bénédiction d’Ismaël est une bénédiction au forceps. En effet, toutes les 3 fois qu’Ismaël a été béni par Dieu, cela l’a été soit du fait des œuvres antagonistes de Sara (Genèse 16 : 6 et 21 : 9), soit par l’intervention et plaidoyer d’Abraham lui-même (Genèse 17 : 18). Ismaël n’a pas bénéficié comme Isaac d’une bénédiction pensée, murie, programmée, planifiée et mise en œuvre par Dieu lui-même. La bénédiction d’Ismaël est une bénédiction de fait accompli à tel point que Dieu semble se sentir obligé de justifier à Abraham la bénédiction de descendance qu’il accorde à Ismaël : « Car il est ta postérité » (Genèse 21 : 13). À la bénédiction compassionnelle provoquée (par Sara) d’Ismaël, s’oppose la bénédiction programmatique divine d’Isaac. Cette programmation de YHWH, n’a pu être déroutée par les supplications d’Abraham, car lorsque ce dernier dit à Dieu : «¹⁸ Oh ! qu’Ismaël vive devant ta face ! ¹⁹ Dieu dit : Certainement Sara, ta femme, t’enfantera un fils ; et tu l’appelleras du nom d’Isaac. J’établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui. ²⁰ A l’égard d’Ismaël, je t’ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l’infini ; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation. ²¹ J’établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera à cette époque-ci de l’année prochaine. ²² Lorsqu’il eut achevé de lui parler, Dieu s’éleva au-dessus d’Abraham » (Genèse 17 : 18 – 22). Comme pour se faire bien entendre d’Abraham, YHWH insiste par deux fois en ces termes : « J’établirai mon alliance avec lui [Isaac] comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui » et « J’établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera à cette époque-ci de l’année prochaine ». Ceci pour ne pas laisser l’ombre d’un doute ou une quelconque confusion quant à la destinée d’Isaac et marquer sa particularité d’unique héritier de l’alliance entre Dieu et Abraham. C’est dans ces conditions que Dieu en Genèse chapitre 22 verset 2 s’adresse à Abraham en ces termes : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai ». En ordonnant à Abraham « Prends ton fils, ton unique [le seul que moi l’Éternel j’ai projeté de te donner et que je t’ai donné], celui que tu aimes [le plus] », YHWH ne laisse aucun doute sur le fils dont il s’agit. L’Éternel déclare qu’Isaac est « unique », l’univocité dans ce contexte est assez distincte, non seulement aux yeux de son père Abraham avec qui il forme « un », une seule personne au vu de l’alliance avec Dieu après les désaveux divins et le renvoi d’Ismaël par Abraham sur recommandation de l’Éternel, mais aussi aux yeux de Dieu qui voit Isaac comme seul et unique héritier de son alliance avec Abraham. Isaac n’est pas seulement le seul héritier des richesses spirituelles, c’est-à-dire de la promesse divine, il est aussi le seul héritier des richesses matérielles d’Abraham. Comme l’a dit le serviteur d’Abraham lorsqu’il a été invité dans la famille de Rebecca la future femme d’Isaac : «³⁵ L’Éternel a comblé de bénédictions mon seigneur, qui est devenu puissant. Il lui a donné des brebis et des bœufs, de l’argent et de l’or, des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes. ³⁶ Sara, la femme de mon seigneur, a enfanté dans sa vieillesse un fils à mon seigneur ; et il lui a donné tout ce qu’il possède » (Genèse 24 : 35 – 36). Le serviteur d’Abraham, l’intendant de ses biens a fait étalage devant Rebecca, son père, sa mère et son frère Laban des richesses qu’Abraham avait accumulées durant tous ses périples à savoir : des brebis et des bœufs, de l’argent et de l’or, des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes. Il n’a pas laissé planer l’ombre d’aucun doute sur la personne à qui était destiné ce riche et somptueux héritage. Abraham a donné tout son héritage et ce de manière exclusive à Isaac, le fils que Sara sa femme l’a enfanté dans sa vieillesse. Pourquoi Abraham a-t-il donné un héritage anticipé à Isaac avant sa mort ? La réponse viendra à Genèse chapitre 25 verset 6. Peut-être voulait-il s’assurer qu’Isaac possèdera l’exclusivité de ses biens et qu’il n’apparaisse aucune contestation « testamentaire », c’est pourquoi il s’est érigé lui-même en exécuta ire de son propre testament. Mais au-delà du motif testamentaire, Abraham voulait singulariser l’élection d’Isaac, comme celui-là même par qui l’alliance sera maintenue, une alliance perpétuelle en vertu de laquelle, l’Éternel sera le Dieu d’Abraham et le Dieu de sa postérité en Isaac (Cf. Genèse 17 : 7). L’attitude d’Abraham en « donnant tous ses biens à Isaac » (Genèse 25 : 5) est à l’image de celle de Dieu, le Père, qui comme Abraham a donné tous ses biens à « son fils », « son unique », « celui qu’il aime », Jésus, « afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle» (Jean 3 : 16). Jésus lui-même a revendiqué cet héritage en disant : « Tout ce que le Père a est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera » (Jean 16 : 15).
 
  Isaac, le seul sacrifice agréable à Dieu
 

«A
près ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit : Abraham ! Et il répondit : Me voici ! ² Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. ³ Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l’holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit. ⁴ Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin. ⁵ Et Abraham dit à ses serviteurs : Restez ici avec l’âne ; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous. ⁶Abraham prit le bois pour l’holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchèrent tous deux ensemble. ⁷ Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit : Mon père ! Et il répondit : Me voici, mon fils ! Isaac reprit : Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? ⁸ Abraham répondit : Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau pour l’holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble. ⁹ Lorsqu’ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. ¹⁰ Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. ¹¹ Alors l’ange de l’Éternel l’appela des cieux, et dit : Abraham ! Abraham ! Et il répondit : Me voici ! ¹² L’ange dit : N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. ¹³ Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes ; et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils. ¹⁴ Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova-Jiré. C’est pourquoi l’on dit aujourd’hui : A la montagne de l’Éternel il sera pourvu. ¹⁵ L’ange de l’Éternel appela une seconde fois Abraham des cieux, ¹⁶ et dit : Je le jure par moi-même, parole de l’Éternel ! parce que tu as fait cela, et que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique, ¹⁷ je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer ; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. ¹⁸ Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix. ¹⁹ Abraham étant retourné vers ses serviteurs, ils se levèrent et s’en allèrent ensemble à Beer-Schéba ; car Abraham demeurait à Beer-Schéba » (Genèse 22 : 1-19)
 
Abraham a obéi à Dieu à bien d’occasions au cours de son alliance avec lui, mais aucune épreuve n’a été aussi déconcertante et déroutante que celle où Dieu lui a ordonnée, dans Genèse chapitre 22 verset 2 : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai ». Face à cette requête inattendue de Dieu, Abraham ne se doute pas contrairement au lecteur qu’il s’agit d’une « épreuve » à laquelle Dieu le soumet. Une épreuve à trois options possibles :
 

(a)  L’option humaniste, qui consistait par compassion pour cet enfant innocent qui n’a pas demandé à naître et qui est venu au monde par la seule volonté divine, à dialoguer et négocier avec Dieu afin de chercher à savoir le vrai mobile du sacrifice demandé ; puis pourquoi pas proposer lui-même une solution de remplacement par un agneau, un bélier ou autre animal. Abraham aurait pu parlementer longuement avec Dieu, comme il l’a si bien fait à propos de la destruction de Sodome et Gomorrhe : « Feras-tu aussi périr le juste avec le méchant ? […] ²⁵ Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu’il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d’agir ! loin de toi ! Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice ? » (Genèse 18 : 23-25) ; d’autant plus que ce jeune enfant était l’archétype même du juste, qu’Abraham avait tant de zèle et d’empressement à défendre.
 

(b)  L’option « JONASienne », qui offrait à Abraham la possibilité d’un refus ou d’une fuite en recevant cet ordre divin, comme l’a fait après lui le prophète Jonas. En effet, « ¹ La parole de l’Éternel fut adressée à Jonas, fils d’Amitthaï, en ces mots : ² Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle ! car sa méchanceté est montée jusqu’à moi. ³ Et Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face de l’Éternel. Il descendit à Japho, et il trouva un navire qui allait à Tarsis ; il paya le prix du transport, et s’embarqua pour aller avec les passagers à Tarsis, loin de la face de l’Éternel » (Jonas 1 : 1 - 3).


(c)  L’option souveraine, qui sous-entendait une obéissance et une soumission entière et totale à un ordre de Dieu qui met le croyant à l’épreuve de manière incompréhensible et mystérieuse.
 
Quoique l’option humaniste ait été la plus réaliste et la plus cartésienne d’une part, et d’autre part que cette demande de Dieu soit très surprenante parce qu’Isaac était le fils de la promesse, Abraham a marqué son obéissance absolue à cet ordre divin et a rendu ainsi à Dieu la gloire qui lui revient. En effet, Abraham n’a pas tergiversé à la suite de la requête de Dieu, « il se leva de bon matin », il fit lui-même les préparatifs en vue du voyage sacrificiel. Le narrateur aurait pu s’attendre, qu’Abraham délègue les travaux relatifs au sacrifice de son fils Isaac à ses « deux serviteurs », mais tel n’a pas été le cas, il fendit lui-même le bois pour l’holocauste. Qu’est-ce qui l’a poussé à fendre lui-même le bois ? Ne voulait peut-être-t-il pas d’ingérence extérieure dans son intimité avec Dieu ou voulait-il peut être s’assurer soi-même que les préparatifs de l’holocauste se dérouleraient bien sans couac, ce qui exigerait qu’il soit personnellement à la manœuvre ? En tout état de cause le récit ne précise pas dans quel état psychologique il était pendant qu’il fendait le bois. Etait-il triste en pensant peut-être à la perte prochaine de son fils unique Isaac ou s’interrogeait-il sur la nature de ce Dieu aux désirs ineffables ? Toujours est-il que sa femme Sara ne s’est doutée de rien ; elle n’a à la lecture du récit rien soupçonné. Abraham qui ne laisse pas paraître ses émotions, a réussi à tenir le secret devant sa femme Sara, ses deux serviteurs, qu’il gruge qu’il ira à la montagne de Morija avec Isaac, « pour adorer » et revenir ; même son fils Isaac qu’il s’apprête à sacrifier et qui est le premier de la scène à trouver incohérent l’absence de l’agneau pour l’holocauste est trompé par son père. Malgré les trois journées de marche pour atteindre la montagne de Morija, Abraham n’a pas changé de position, ni infléchi sa dévotion à Dieu. Il a su écarter avec ruse toutes les tentatives pouvant tenter à être un obstacle dans l’accomplissement de la demande de Dieu. L’obéissance d’Abraham à un ordre divin si bouleversant prouve son amour, sa fidélité et sa foi au Dieu souverain qu’il a appris à connaitre depuis qu’il a quitté son pays, sa patrie et la maison de son père, d’Ur en Chaldée à Canaan en passant par Charan.
 
La requête de Dieu à Abraham peut d’un certain point de vue paraître très choquante et inconcevable d’autant plus qu’il a attendu pendant un très long et difficile moment la venue de ce fils prodigue et que notre Dieu a de tout temps été dépeint comme bon et miséricordieux. Il est, certes, vrai qu’Isaac était de son père comme le dit l’Éternel lui-même dans Genèse chapitre 15 verset 4 : « ⁴ Alors la parole de l’Éternel lui fut adressée ainsi : Ce n’est pas lui [Eliézer de Damas] qui sera ton héritier, mais c’est celui qui sortira de tes entrailles qui sera ton héritier   » ; mais la question qui se pose est celle-ci : Isaac appartenait-il réellement à son père Abraham ? Ou est-il le produit d’un don de Dieu ? Un don dont peut disposer à sa propre guise le généreux donateur ? Nous sommes ici en face d’un processus de détachement-attachement ; par son action lors de la ligature d’Isaac, Abraham se détache par rétrocession du don que Dieu lui a fait en son fils Isaac et par là même prouve son obéissance, sa confiance et son attachement absolu à Dieu. Abraham parce qu’il a reconnu Isaac comme un don et qu’il ne s’en ai pas accaparé pour lui tout seul est devenu d’une certaine manière un partenaire vis-à-vis de Dieu dans une communion réciproque où le don n’est plus à sens unique mais à double sens puisqu’il est partagé 8 . En « sacrifiant » Isaac, Abraham renonce à son avenir, au projet de bénédiction de Dieu à travers Isaac et par ricochet à l’avenir de toutes les nations de la terre, il fait preuve d’un amour pur et désintéressé envers Dieu. L’explication du don par André WENIN mérite ici d’être entièrement exposée, d’après lui :
 
« Un don constitue en lui-même un test, au sens où, indépendamment de la volonté du donateur, il met en place un dispositif permettant de se dévoiler une vérité cachée […] Car la façon de recevoir manifeste quelque chose de celui qui reçoit, selon qu’il voit dans le don un objet à prendre et à posséder, ou un signe invitant à nouer ou à cultiver une alliance avec celui qui offre. En d’autres termes, dans un cadeau, on peut privilégier la chose offerte ou la relation que le cadeau cherche à créer ou à entretenir en la manifestant. Tel est ici le cœur du test d’Abraham dans le cadre de la relation à Dieu qui s’est nouée il y a longtemps déjà et qui a pris les traits d’une alliance formelle un an avant la naissance d’Isaac (Genèse 17). Si Isaac est un don de Dieu à Abraham, comment ce dernier le recevra-t-il ? Va-t-il se l’accaparer, le tenir jalousement comme un objet qui lui appartient, qu’il possède ? Va-t-il, dans une dynamique inspirée par la convoitise, vouloir le garder pour lui et contrôler son avenir ? Va-t-il, au contraire dans la dynamique d’une alliance librement acceptée, le considérer comme un don, c’est-à-dire un signe échangé entre Dieu et lui – ce qui est précisément un sacrifice dans la symbolique biblique ? Le laissera-t-il être entre Dieu et lui un signe de leur volonté mutuelle de relation en vue de la vie ? 9 ».
 
Abraham ne s’est à aucun moment du récit de Genèse 22 dérogé au test ; il s’y est soumis avec un certain zèle une certaine détermination à sacrifier son fils Isaac, sans sous-traiter à qui que ce soit les différentes étapes du processus. Il a fait le choix de la rétrocession de don marquant ainsi qu’il est prêt à sacrifier tout ce qu’il a de plus cher au monde à savoir, « son fils, son unique, celui qu’il aime », pour sauvegarder sa relation avec Dieu. Une seconde fois après avoir quitté « son pays, sa patrie, la maison de son père » (Cf. Genèse 12 : 1), Abraham s’apprêtait n’eut été l’intervention insistante de l’ange de Dieu (Genèse 22 : 11 - 12) à faire un nouveau triple sacrifice, ultime cette fois-ci.
 
Le procédé de rétrocession de don prouve à suffisance que le fils qui a été sacrifié par Abraham ne pouvait pas être Ismaël, car Ismaël n’est pas un fils promis, il est le produit d’une manigance humaine (Genèse 16 : 1 - 4), voire même d’un auto-complot involontaire contre les projets de Dieu dans la vie d’Abraham. En ne gardant pas jalousement pour lui seul et en se détachant de son fils unique pour privilégier sa relation avec Dieu (« tu n’as pas refusé ton fils, ton unique » Genèse 22 : 16), Abraham n’avait plus de fils d’avec Sara sa femme, car il a renoncé à la paternité et au désir de convoitise par la possession à soi ; l’enfant ne lui appartenait plus désormais il était retourné à son créateur/donateur : le Dieu vivant qui devra assurer et garantir son avenir dans l’alliance. Tout comme Job l’avait déclaré : « L’Éternel a donné, et l’Éternel a ôté ; que le nom de l’Éternel soit béni ! » (Job 1 : 21). C’est tout naturellement que lorsque Abraham descend de la montagne, la Bible ne parle plus d’Isaac, il semble retourner seul vers ses serviteurs avec qui ils rejoignent tous ensemble Beer-Schéba. La vie de son fils Isaac a été offerte à Dieu, qui a tissé par là même une alliance avec lui ; il ne reste qu’à Abraham que la garantie de promesses, de bénédictions et d’un lendemain radieux pour lui et sa postérité. Une postérité en ce qui concerne celle issue de la branche d’Isaac qu’il vient de perdre spirituellement, car appartenant désormais à Dieu, qui en fera son peuple à lui seul. La seconde intervention de l’ange lors de cette « sacrificature » est à elle seule évocatrice du nouveau lien qui lie désormais Isaac à l’Éternel, ainsi l’ange prend la parole : « ¹⁶ et dit : Je le jure par moi-même, parole de l’Éternel ! parce que tu as fait cela, et que tu n’as pas refusé [à moi] ton fils, ton unique » (Genèse 22 : 16). Dieu semble désormais ré-posséder, cet enfant qu’il avait offert à Abraham, il reprend possession de son don pour en assurer et garantir lui-même le destin prophétique. A Abraham qui s’est séparé et désapproprié son fils unique Isaac, il ne reste plus que la promesse de bénédictions et de victoires réaffirmée et scellée d’un serment : « Je le jure par moi-même, parole de l’Éternel » (Genèse 22 : 16).
 
« Ce que donne à lire dans cette histoire grâce au choix d’Abraham (choix de l’option souveraine – NDLR), c’est que le don et la loi qui le frappe cachent Dieu autant qu’ils le révèlent. Le don semble parler d’un Dieu qui désire la vie et son épanouissement en bonheur ; la parole de la loi semble au contraire dévoiler en lui une volonté de mort, de malheur. Par-delà ces apparences, ce que raconte l’aventure d’Abraham, c’est que don et loi cachent l’essentiel du désir de Dieu qui est désir de rencontre, de face-à-face et d’alliance. […] il apparaît qu’articulés l’un à l’autre, don et loi sont radicalement ordonnés à un troisième terme, la communion dans la liberté. Le don peut alors apparaître dans sa vérité d’invitation discrète d’Adonaï à la rencontre, tandis que la loi prévient le risque de détourner le don de son sens. La fonction de la loi serait donc de contester une certaine manière de posséder le don qui consisterait à ne pas mettre de limite au désir ; elle serait de ménager de la sorte une place pour un possible au-delà du don : la reconnaissance de celui qui donne 10 ».
 
Abraham porte ainsi un grand message d’espérance, un espoir profond en un avenir sûr et déjà provisionné à l’avance par l’Éternel le Dieu tout-puissant et tout suffisant. Aux versets 4 à 8 il est écrit : « ⁴ Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin. ⁵ Et Abraham dit à ses serviteurs : Restez ici avec l’âne ; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous. ⁶ Abraham prit le bois pour l’holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchèrent tous deux ensemble. ⁷ Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit : Mon père ! Et il répondit : Me voici, mon fils ! Isaac reprit : Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? ⁸ Abraham répondit : Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau pour l’holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble ». En affirmant à son fils Isaac, que Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau pour l’holocauste, Abraham fait preuve d’une grande foi envers Dieu, et cette foi est portée par son fils prophétique Isaac, qui est le fruit du véritable premier miracle de Dieu dans sa vie. Il s’est confié totalement à celui « qui donne la vie aux morts, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient » (Romains 4 : 17).
 
Tout comme Isaac, Jésus par la croix qu’il a portée jusqu’au lieu du crâne qui se nomme en hébreu Golgotha (Jean 19 : 17), s’est chargé d’un fardeau, mais celui de nos iniquités, de nos maladies, de nos souffrances, de nos faiblesses, de nos infirmités, de nos angoisses, de nos craintes, de nos problèmes, de nos difficultés et de nos peines, tel un agneau sacrificiel innocent qui va à la boucherie sans coup férir. Le prophète Ésaïe ne l’a-t-il pas décrit en ces termes : « ⁷ Il a été maltraité et opprimé, Et il n’a point ouvert la bouche, Semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n’a point ouvert la bouche » (Ésaïe 53 : 7). Dans Matthieu chapitre 8 versets 16 à 17, il est écrit : « ¹⁶ Le soir, on amena auprès de Jésus plusieurs démoniaques. Il chassa les esprits par sa parole, et il guérit tous les malades, ¹⁷ afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète : Il a pris nos infirmités, et il s’est chargé de nos maladies ». Isaac est la préfiguration de Jésus qui portera la croix (le bois) sur laquelle il va être sacrifié, comme Isaac aussi a porté le bois sur lequel il serait sacrifié. Tout comme Jésus, Isaac, lorsqu’il voit le couteau dans la main de son père Abraham prêt à le sacrifier, n’oppose pas la moindre résistance ; il se montre obéissant et montre sa confiance absolue en son père Abraham comme Jésus lorsqu’il déclare à Dieu au jardin de Gethsémané : « Mon Père, s’il n’est pas possible que cette coupe s’éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Matthieu 26 : 42).
 
En Isaac, Abraham voit la source de la fortification de sa foi et il est très confiant en l’Éternel et en sa capacité de trouver une solution à cette épreuve, comme il l’a déjà faite en lui donnant son héritier Isaac fruit du miracle annonciateur de la grande bénédiction d’Abraham en son fils Isaac, alors qu’il avait désespéré longtemps en avoir un et qu’il avait décidé de confier plutôt ses biens à son serviteur Eliézer de Damas. La foi d’Abraham n’a pas été une foi de manches courtes ou une foi de l’instant présent, c’est une foi portée résolument vers l’avenir, car après avoir sacrifié et brûlé le bélier à la place de son fils Isaac, Abraham donna à ce lieu situé sur une montagne au pays de Morija, le nom de Jehova-Jiré qui signifie, l’Éternel pourvoira. Il est à noter tout le sens du temps de la conjugaison du verbe. En effet, le verbe pourvoir n’est conjugué ni au passé comme l’on pouvait s’y attendre, car le bélier avait été déjà pourvu par Dieu pour le sacrifice et l’holocauste était fini, ni au présent comme l’on pouvait s’y résoudre, mais au futur. La foi d’Abraham semble prendre un tournant décisif et entrer dans une nouvelle dimension face à ce miracle de confirmation, qui propulse sa foi au-delà des limites humaines de l’espérance par laquelle, il prend possession des prophéties et des promesses de Dieu sur son avenir. Il s’agit ici de l’expression d’une foi pleine, entière et dévouée à l’Éternel et d’un cap résolument tourné vers un avenir dans lequel, les incertitudes n’existent plus et quand bien même elles arriveraient à exister constitueraient le terreau stimulateur du renforcement de ladite foi. En baptisant ce lieu Jehova-Jiré c’est-à-dire l’Éternel pourvoira, Abraham prophétise sur ce qui allait se passer environ deux mille ans après lui en ces mêmes lieux à Jérusalem. Dans le livre de 2 Chroniques chapitre 3 verset 1, il est écrit : « ¹ Salomon commença à bâtir la maison de l’Éternel à Jérusalem, sur la montagne de Morija, qui avait été indiquée à David, son père, dans le lieu préparé par David sur l’aire d’Ornan, le Jébusien ». Deux mille ans environ après le sacrifice d’Abraham sur la montagne de Morija, un autre agneau celui dont Jean-Baptiste parlait en disant : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. ³⁰ C’est celui dont j’ai dit : Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi » (Jean 1 : 29-30), a été pourvu et sacrifié comme l’avait annoncé Abraham à Jérusalem. Jésus lui-même ne dit-il pas à ce effet : « ⁵⁶ Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour : il l’a vu, et il s’est réjoui » (Jean 8 : 56) ? L’Éternel avait pourvu un agneau qui a été immolé pour qu’Isaac ne meure pas et deux mille ans après, il a pourvu dans les mêmes environ de la montagne de Morija, son fils unique et bien aimé afin de nous sauver, nous aussi de la mort en apportant le salut à nos âmes. Là où l’holocauste d’un bélier a sauvé la vie d’un seul en l’occurrence Isaac, la mort par crucifixion de Jésus en sauve une multitude d’hommes pécheurs issus de tous les peuples de la terre et ce de manière perpétuelle ; au-delà du sacrifice raté d’Isaac, le sacrifice effectif de Jésus prend une dimension nouvelle, car il est universel et définitif. Ainsi, donc à travers le sacrifice suprême de Jésus sur la croix et le salut qu’il amène, « toutes les nations de la terre » sont entrées en possession de leurs bénédictions abrahamiques.
 
Abraham est l’exemple que tout croyant doit suivre sur le chemin de la justification, car « ⁶ Abram eut confiance en l’Éternel, qui le lui imputa à justice » (Genèse 15 : 6). Notre justification aujourd’hui est portée par notre foi dans le Seigneur Jésus qui a été crucifié pour nos péchés. En effet, Jésus est celui qui n’a point connu de péché et est devenu par la volonté de Dieu péché pour nous afin que nous devenions en lui justice de Dieu (2 Corinthiens 5 : 21).
Le choix électif du fils d’Abraham qui devait être sacrifié pour YHWH s’est opéré dans l’alliance de la circoncision. Ainsi :
« ⁹ Dieu dit à Abraham : Toi, tu garderas mon alliance, toi et tes descendants après toi, selon leurs générations. ¹⁰ C’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi : tout mâle parmi vous sera circoncis. ¹¹ Vous vous circoncirez ; et ce sera un signe d’alliance entre moi et vous. ¹² A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race. ¹³ On devra circoncire celui qui est né dans la maison et celui qui est acquis à prix d’argent ; et mon alliance sera dans votre chair une alliance perpétuelle. ¹⁴ Un mâle incirconcis, qui n’aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple : il aura violé mon alliance » (Genèse 17 : 9 – 14).
La circoncision appelée Brit Milah en hébreu est pratiquée le 8 ème jour, car au-delà des six premiers jours réservés à la création du monde, une fois le Sabbat (jour du repos consacré à Dieu) passé, le 8 ème jour est le premier jour qui ouvre le cycle d’une « nouvelle création » plus humaine par opposition au premier cycle prérogative divine, réservé à Dieu et à son œuvre. Le 8 ème jour est celui de la véritable naissance de l’homme dans la communauté humaine et la circoncision y tire tous ses droits de pratique. La circoncision traduit l’alliance entre Dieu et les hommes et est marquée en permanence sur l’organe de reproduction mâle, comme le sceau d’obéissance, de la fidélité humaine et de la fidélité divine. La non-circoncision est vis-à-vis de Dieu un motif implacable de bannissement de la descendance d’Abraham et par ricochet du judaïsme, car la circoncision est un acte fondateur, ses stigmates consacrent la vie et représentent le pacte dans la chair qui lie Dieu à Abraham et sa descendance. Ainsi, « ¹⁴ un mâle incirconcis, qui n’aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple : il aura violé mon alliance [l’alliance avec Dieu] » (Genèse 17 : 14). Il s’agit d’un signe de consécration, de mise à part et d’appartenance à l’Éternel. Toutefois cette sentence contre les incirconcis à l’âge de huit jours a été annulée environ deux millénaires plus tard à la croix par le Seigneur Jésus, car « ¹⁴ il a effacé l’acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l’a détruit en le clouant à la croix » (Colossiens 2 : 14). Le huitième jour de la circoncision revêt une importance aussi capitale que la circoncision elle-même, car Dieu n’ordonne pas de circonscrire le nouveau-né juste après qu’il soit né, ni au-delà du huitième jour, mais dit plutôt «¹² A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race » (Genèse 17 : 12). Cette alliance du huitième jour a été fidèlement perpétuée ; « ainsi, Abraham, ayant engendré Isaac, le circoncit le huitième jour ; Isaac engendra et circoncit Jacob, et Jacob les douze patriarches » (Actes 7 : 8). La loi de Moïse l’a réaffirmé dans Lévitique chapitre 12 verset 3 : « ³ Le huitième jour, l’enfant sera circoncis ».

La circoncision est une marque distinctive inscrite « dans la chair, pour toujours » qui consacre la mise à part qu’est l’élection. En effet, comme le suggère Genèse chapitre 17 verset 7, ce qui distingue Abraham et son clan c’est qu’ils ont l’Éternel pour Dieu, celui qui fait être en séparant, en distinguant, et donc en posant des limites en vue d’alliances fécondes. C’est le cœur de la différence d’Abraham et des peuples qui naîtront de lui : s’allier avec un tel Dieu rend « autre » face aux nations. La distinction n’est donc pas à comprendre comme une coupure radicale, mais comme un impératif de non-confusion qui fait du clan de l’élu une nation unique parmi les autres. Le fait que ce signe distinctif reste caché par le vêtement suggère qu’il ne s’agit pas de revendiquer cette singularité avec arrogance, mais de se le rappeler à soi-même. Ceci prend sens sur l’arrière-plan de la dispersion des nations à Babel (Genèse 11 : 1 - 9) : la distinction physique du groupe d’Abraham par la circoncision rend impossible, la régression vers la confusion « babélique » où tous ne sont qu’un. Un groupe au moins se singularisera toujours par la différence inscrite dans la chair de ses mâles. À nouveau, mais au niveau des nations cette fois, une telle différence peut ouvrir une dynamique d’union qui ne soit ni fusion ni absorption : celle de l’alliance, qui suppose le respect de la différence de chacun. C'est ainsi qu’au plan collectif aussi, la circoncision fait signe et appelle à l’alliance 11 . Tout comme un acte de naissance, cette mise à part comme élu de Dieu et membre de la nation divine doit se faire par le marqueur identitaire qu’est la circoncision exactement le huitième jour de la naissance de l’enfant sans quoi, le nouveau-né sera apatride.
 
Isaac, qu’Abraham a circoncis le huitième jour, comme Dieu le lui avait ordonné (Genèse 21 : 4), contrairement à Ismaël et Abraham lui-même n’a pas connu dans sa vie «  d’apatridie spirituelle  », car étant le premier né dans toute l’histoire biblique à être circoncis exactement le huitième jour de sa naissance, il n’a pas vécu de période d’errance identitaire, religieuse passé ses huit premiers jours de naissance ; ce qui fait de lui le premier agneau-homme non divin « sans défaut » de l’histoire de toutes les religions abrahamiques. Ainsi, Isaac qui est le fruit matériel et l’héritier de l’alliance entre Dieu et Abraham a fait son entrée dans ladite alliance le huitième jour de sa naissance comme l’Éternel l’a exigé. L’offrande d’Abraham au Mont Morija pour être agréée et acceptée de Dieu se devait d’être une offrande sans tache, sans anomalie, sans défaut comme l’Éternel lui-même l’a demandé à Moïse dans Lévitique chapitre 22 versets 17 à 20 : « ¹⁷ L’Éternel parla à Moïse, et dit : ¹⁸ Parle à Aaron et à ses fils, et à tous les enfants d’Israël, et tu leur diras : Tout homme de la maison d’Israël ou des étrangers en Israël, qui offrira un holocauste à l’Éternel, soit pour l’accomplissement d’un vœu, soit comme offrande volontaire, ¹⁹ prendra un mâle sans défaut parmi les bœufs, les agneaux ou les chèvres, afin que sa victime soit agréée. ²⁰ Vous n’en offrirez aucune qui ait un défaut, car elle ne serait pas agréée ». Dans toute la maison d’Abraham seul Isaac remplissait ces conditions du fait de sa circoncision le huitième jour de sa naissance, exactement dans les mêmes termes et conditions fixées par l’Éternel lui-même. De ce fait Isaac était le seul non seulement parmi les fils d’Abraham mais aussi dans toute sa cour dont le sacrifice pouvait plaire à Dieu, car « sans défaut », puisque circonscrit dans la chair exactement au huitième jour comme l’a prescrit l’Éternel dans son alliance qu’il a faite avec Abraham. Le sacrifice d’un autre fils d’Abraham, Ismaël notamment n’aurait pas pu être agréé par l’Éternel, car il a été « spirituellement apatride » pendant 13 années et cela constituait en son temps un défaut majeur. En effet, « ²⁴ Abraham était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, lorsqu’il fut circoncis. ²⁵ Ismaël, son fils, était âgé de treize ans lorsqu’il fut circoncis. ²⁶ Ce même jour, Abraham fut circoncis, ainsi qu’Ismaël, son fils. ²⁷ Et tous les gens de sa maison, nés dans sa maison, ou acquis à prix d’argent des étrangers, furent circoncis avec lui » (Genèse 17 : 24 - 27).
 
Tous comme pour Jésus, « fils de Dieu », « fils unique du Père » et « fils bien aimé de Dieu », l’agneau (le fils) qui est immolé par Abraham se devait d’avoir un très grand prix pour celui qui fait l’offrande ; dans le cas d’espèce c’est Isaac seul qui détenait ces trois attributs, car « fils », « fils unique » d’Abraham et « fils bien aimé » de son père. Il détient dans la maison d’Abraham, son père, l’exclusivité de la conjonction de ces trois attributs. Le sacrifice d’Abraham n’a de prix que l’importance ou la valeur qu’il donne à son offrande. L’épreuve d’Abraham se devait d’être dure et pénible pour justifier la profondeur de sa foi. De ce fait plus grand est l’amour d’Abraham envers son fils Isaac, parfait et merveilleux sera la valeur de son sacrifice. « ¹⁶ Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l’eau. Et voici, les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. ¹⁷ Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection » (Matthieu 3 : 17). Par ces paroles Dieu révèle au monde entier son amour entier envers son fils Jésus, qu’il livrera lui-même au supplice de la croix pour nos péchés et nous délivrer de la mort. Dieu n’a pas épargné son fils qu’il a sacrifié pour nous, de même Abraham n’a pas hésité à sacrifier « son fils », « son unique », « celui qu’il aime » pour Dieu. En ce sens, Abraham préfigure Dieu le Père « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique [Jésus], afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3 : 16). Dans les deux cas, qu’il s’agisse d’Isaac ou de Jésus avec l’immense douleur que peut causer la triple rupture d’avec «son fils », « son unique », « celui qu’on aime » le plus on assiste à une gradation de l’impensable voire de l’impossible. C’est dans ce chaos de l’inimaginable qu’Abraham d’une part a manifesté sa dévotion à YHWH et d’autre part Dieu a révélé son incommensurable amour envers les hommes. Envers Abraham, YHWH a fait preuve de bienveillance lorsque son Ange lui a dit : « N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique ». Dieu n’a pas voulu qu’Abraham sacrifiât son fils Isaac, il n’a pas voulu qu’il hypothéquât l’avenir de toutes les nations de la terre ; l’épreuve de la ligature d’Isaac sur le Mont Morija a suffi devant l’Éternel pour sa justification ; c’est ainsi que les écritures révèlent qu’ « Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice ; et il fut appelé ami de Dieu » (Jacques 2 : 23).
Celui qui offre un holocauste signifie son besoin d’expiation/rachat et sa consécration entière au Seigneur. Il rend ainsi témoignage à sa foi en Dieu et à sa volonté de lui obéir. En agissant de la sorte, on peut penser que le Dieu d’Abraham avait une visée pédagogique. Son intention était de rappeler au patriarche, au cas où il l’aurait oublié, qu’Isaac portait en lui la promesse du salut du monde et que sans l’œuvre de rédemption divine, il n’y avait ni réconciliation, ni renouvellement de la relation de l’homme pécheur avec son ultime Vis-à-vis. En d’autres termes, la mise à l’épreuve se présente au lecteur comme un acte prophétique ou un geste symbolique qui l’invite à la réflexion et à une prise de position au salut 12 . Si l’agneau-homme qu’a voulu sacrifier Abraham il y a plus de deux mille ans avant notre ère sur le Mont Morija pour Dieu a été presque « sans défaut », car circonscrit le huitième jour comme l’a prescrit YHWH, l’agneau-homme que Dieu lui-même va sacrifier deux mille ans plus tard dans les mêmes environs à Jérusalem pour le salut de tous les hommes sera marqué quant à lui du sceau d’une septuple circoncision : la circoncision de la chair (Luc 2 : 21), la circoncision du cœur, des lèvres et des oreilles, car « parole faite chair » (Jean 1 : 14), la circoncision du sang, car ce sang rédempteur qui nous sauve n’est en aucune manière quelconque mais « le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache » (1 Pierre 1 : 19), la circoncision de l’esprit, car conçu du Saint-Esprit (Luc 1 : 35) et la circoncision de l’âme sans laquelle son âme aurait connu la corruption (Actes 13 : 37). En effet, Jésus a été conçu sans péché, car conçu du Saint-Esprit, a été circoncis dans la chair le huitième jour tout comme Isaac, Jacob et les douze patriarches (Actes 7 : 8), a vécu sans péché, est mort et ressuscité le troisième jour sans péché. Là où la « sacrificature » d’Isaac ne pouvait racheter l’humanité en rupture d’avec Dieu, la mort de Jésus « frappé pour les péchés du monde » (Ésaïe 53 : 8) est un sacrifice parfait et efficace qui rachète toute l’humanité. L’apôtre Pierre ne se retient pas de rajouter que nous sommes rachetés non pas par des choses périssables, par l’argent ou par l’or « mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache » (1 Pierre 1 : 19). Jésus est le sacrifice suprême de Dieu pour son peuple, c’est pourquoi il « apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l’attendent pour leur salut » (Hébreux 9 : 28). Si l’Éternel avait vu en David un homme selon son cœur (1 Samuel 13 : 14), en Jésus se réalise le sacrifice selon le cœur de Dieu.
 
  Du principe de non-rétroactivité de la parole de Dieu
 

G
enèse chapitre 22 marque la fin de la très longue communion conversationnelle entre Abraham et Dieu qui a duré des dizaines d’années depuis son départ de Charan en Genèse chapitre 12. Ce silence de Dieu est-il un signe qui traduit peut-être qu’Abraham ait atteint le sommet de sa maturité spirituelle avec le sacrifice/ligature d’Isaac ? Probablement, si l’on s’en tient à la tension narrative maximale que le récit suscite chez le lecteur. Sans nul doute avec l’épreuve de la ligature d’Isaac, Abraham est à l’apogée de sa vie spirituelle. Le récit de la Genèse ne relate aucune autre intervention divine dans la vie du patriarche. En Genèse chapitre 23 on apprend la mort de Sara, « à Kirjath-Arba, qui est Hébron, dans le pays de Canaan » (Genèse 23 : 2). Ce deuil lourdement ressenti par Abraham lui donnera l’occasion de voir un début de réalisation de la promesse divine notamment celle relative au don de terres. En effet, Abraham est à la recherche de sépulcre pour « enterrer son mort et l’ôter de devant de lui » (Genèse 23 : 4), pour ce faire, il va s’adresser aux fils de Heth afin d’acquérir la caverne de Macpéla qui appartient à Ephron, fils de Tsochar pour quatre cents sicles d’argent ayant cours chez le marchand. La requête d’Abraham reçoit non sans quelques détours l’avis favorable des Hethiens. C’est ainsi que « ¹⁷ Le champ d’Ephron à Macpéla, vis-à-vis de Mamré, le champ et la caverne qui y est, et tous les arbres qui sont dans le champ et dans toutes ses limites alentour, ¹⁸ devinrent ainsi la propriété d’Abraham, aux yeux des fils de Heth et de tous ceux qui entraient par la porte de sa ville. ¹⁹Après cela, Abraham enterra Sara, sa femme, dans la caverne du champ de Macpéla, vis-à-vis de Mamré, qui est Hébron, dans le pays de Canaan. ²⁰ Le champ et la caverne qui y est demeurèrent à Abraham comme possession sépulcrale, acquise des fils de Heth » (Genèse 23 : 17 – 20). Abraham grâce à cette acquisition devient propriétaire terrien et marque symboliquement une victoire face au clan du sol ; il peut dorénavant se tourner vers la réalisation de sa deuxième bénédiction, celle d’une innombrable descendance.
Abraham, après avoir fait jurer son serviteur, le plus ancien de sa maison, l’intendant de ses biens de ne pas prendre pour son fils Isaac une femme parmi les Cananéennes, mais de retourner plutôt dans son pays, sa patrie en Mésopotamie pour lui prendre une femme ; ce dernier partit à la ville de Nachor frère d’Abraham à Paddam-Aram. Arrivé à Aram près d’un puits, il reposa les chameaux et invoqua l’Éternel dans un stratagème qui devait lui servir à savoir quelle fille était la mieux indiquée pour femme au fils d’Abraham, Isaac. Rebacca, fille de Bethuel, fils de Milca et Nachor, frère d’Abraham est celle-là qui a réussi le test. En effet, la jeune fille a été au-delà des espérances et fait preuve d’une grande gentillesse et d’un grand dévouement face à cet inconnu qu’est le serviteur d’Abraham ; elle fait non seulement boire le serviteur et tous ses chameaux mais aussi l’invite à passer la nuit dans la maison familiale avec ses chameaux qui pourront y bénéficier de la paille et du fourrage en abondance. Le serviteur se rendit dans la maison de Bethuel et s’empressa de demander la main de Rebecca qui lui fit accordée. Le lendemain matin au moment de partir avec le serviteur d’Abraham, la famille de Rebecca la bénirent et lui dirent : « O notre sœur, puisses-tu devenir des milliers de myriades, et que ta postérité possède la porte de ses ennemis ! » (Genèse 24 : 60). Le terme utilisé ici « des milliers de myriades », c’est-à-dire une quantité innombrable fait penser au comparatif « comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer » (Genèse 22 : 17). Cette bénédiction familiale de Rebecca rappelle sans aucun doute celle qui est liée à Abraham. En effet, sans qu’ils ne se connaissent au préalable la mère et le frère de Rebecca prononcent à son endroit des bénédictions d’hyper fécondité, de pouvoir et de victoire de sa descendance sur ses ennemis, pareil aux propos de l’Ange de Dieu lors de sa seconde intervention pendant la ligature d’Isaac (Cf. Genèse 22 : 17). Cette convergence de vision entre la famille de Rébecca et YHWH est un marqueur électif pour Rebecca qui confirme sans aucun doute qu’elle est celle par qui se réaliseront les promesses divines dans la vie d’Abraham. De son sein sortira certainement cette descendance innombrable et puissante promise à Abraham.
Le récit de Genèse 24 laisse apparaître un caractère noble chez ce jeune homme de quarante ans, Isaac. En effet, quand le serviteur et Rebecca sont arrivés chez lui vers le puits de Lachaï-roï, Isaac était en train de méditer dans les champs. Sur quoi méditait-il ? Sur l’absence de sa mère dont la mort a été annoncée précédemment en Genèse 23 ? Sur son célibat ? Sur son avenir ? Le récit ne laisse à priori rien transparaitre. Toutefois, l’attitude d’Isaac qui « conduisit Rebecca dans la tente de Sara, sa mère » (Genèse 24 : 67), laisse suggérer qu’il n’avait pas encore définitivement fait le deuil de sa mère. Le décès de sa mère l’a laissé solitaire et il ne s’est pas encore détaché de cette emprunte maternelle ; c’est dans ce contexte qu’ « il prit Rebecca, qui devint sa femme, et il l’aima. Ainsi fut consolé Isaac, après avoir perdu sa mère » (Genèse 24 : 67). Isaac qui sort d’une période de souffrance et de tristesse se voit consolé par cette affection et ce refuge que lui procure le mariage. Ce mariage qui s’annonçait sous les meilleurs auspices, devient une source de tristesse, car Rebecca la femme d’Isaac était stérile tout comme Sara la mère d’Isaac avant elle. La question qui survient est qu’en suivant le serviteur d’Abraham, en disant « J’irai » (Genèse 24 : 58), Rebecca a-t-elle réellement coupé le pont d’avec ses racines : son pays, sa patrie et la maison de son père à l’instar d’Abraham ? Pourquoi le climat mortifère de la maison de Térach, le père d’Abraham lui est toujours collé à son sein et qu’il la rende stérile comme Sara ? En tout état de cause, Isaac fait le même constat que sa mère : c’est de l’Éternel que cela est venu (Cf. Genèse 16 : 2), mais contrairement à l’attitude de cette dernière, Isaac ne se laisse pas tombé dans la convoitise, il ne cherche pas de solution de rechange, il ne se fie pas à lui-même et met toute son espérance en Dieu. Durant vingt années, Dieu mis leur foi à l’épreuve et «²¹ Isaac implora l’Éternel pour sa femme, car elle était stérile, et l’Éternel l’exauça : Rebecca, sa femme, devint enceinte » (Genèse 25 : 21). Le comportement d’Isaac et Rebecca est bien meilleur que celui d’Abraham et Sara (Genèse 16 : 1 - 4), car ils n’ont pas eu d’attitude dénuée de piété devant leur problème de natalité. La foi et la persévérance d’Isaac feront que Rébecca lorsque les jumeaux s’entrepoussaient dans son ventre, ne s’est pas fiée à elle-même, elle alla consulter l’Éternel qui lui répondit : « Deux nations sont dans ton ventre, et deux peuples se sépareront au sortir de tes entrailles ; un de ces peuples sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera assujetti au plus petit » (Genèse 25 : 23). L’apôtre Paul dira à propos de ce choix divin : « quoique les enfants ne fussent pas encore nés et qu’ils n’eussent fait ni bien ni mal, -afin que le dessein d’élection de Dieu subsistât, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle, - ¹² il fut dit à Rébecca : L’aîné sera assujetti au plus jeune ; ¹³ selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob Et j’ai haï Esaü. ¹⁴ Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? Loin de là ! ¹⁵ Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’ai compassion. ¹⁶ Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Romains 9 : 11 – 16). Au jour de la naissance comme l’avait prédit l’Éternel, « il y avait deux jumeaux dans son ventre. ²⁵ Le premier sortit entièrement roux, comme un manteau de poil ; et on lui donna le nom d’Esaü. ²⁶ Ensuite sortit son frère, dont la main tenait le talon d’Esaü ; et on lui donna le nom de Jacob [qui signifie : qui supplante]. Isaac était âgé de soixante ans, lorsqu’ils naquirent » (Genèse 25 : 24 – 26).
Lorsque survint dans le pays comme du temps d’Abraham une famine, Isaac se tourne vers celui avec qui son père Abraham a fait alliance (Genèse 21 : 29 – 32), Abimelec, le roi des Philistins, à Guérar et l’Éternel lui apparut pour la première fois et lui dit : « Ne descends pas en Égypte, demeure dans le pays que je te dirai. ³ Séjourne dans ce pays-ci : je serai avec toi, et je te bénirai, car je donnerai toutes ces contrées à toi et à ta postérité, et je tiendrai le serment que j’ai fait à Abraham, ton père. ⁴ Je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel ; je donnerai à ta postérité toutes ces contrées ; et toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, ⁵ parce qu’Abraham a obéi à ma voix, et qu’il a observé mes ordres, mes commandements, mes statuts et mes lois » (Genèse 26 : 2 – 5). Dieu réitère ici à Isaac les trois promesses déjà faites à son père Abraham notamment la promesse de terres, la promesse de descendance innombrable et la promesse d’être dans le futur une bénédiction pour toutes les nations de la terre. Isaac obéi à l’ordre de Dieu et « sema dans ce pays [à Guérar], et il recueillit cette année le centuple ; car l’Éternel le bénit. ¹³ Cet homme [Isaac] devint riche, et il alla s’enrichissant de plus en plus, jusqu’à ce qu’il devint fort riche. ¹⁴ Il avait des troupeaux de menu bétail et des troupeaux de gros bétail, et un grand nombre de serviteurs : aussi les Philistins lui portèrent envie » (Genèse 26 : 12 – 14). Tout comme son père Abraham, l’Éternel avait béni Isaac en toute chose (Genèse 24 : 1). Cette bénédiction abrahamique sera confirmée à Jacob lorsqu’il sera contraint de fuir chez son oncle maternel Laban frère de Rebecca sa mère à Paddam-Aram, craignant d’être tué par Ésaü son frère à qui il a usurpé la bénédiction paternelle. Sur le chemin de Charan, l’Éternel lui apparut dans une vision et lui dit : « Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham, ton père, et le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité. ¹⁴ Ta postérité sera comme la poussière de la terre ; tu t’étendras à l’occident et à l’orient, au septentrion et au midi ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité. ¹⁵ Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays ; car je ne t’abandonnerai point, que je n’aie exécuté ce que je te dis » (Genèse 28 : 13 – 15).
Sur deux générations après lui, le Dieu d’Abraham a maintenu ses promesses sans varier d’un seul iota ; ainsi peut-il être appelé, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob ; comme le déclare les écritures : « ¹⁷ toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation » (Jacques 1 : 17). L’Éternel est le même hier, aujourd’hui et éternellement, en lui il n’y a aucun balbutiement, aucun doute. De tous les attributs de Dieu, le plus substantiel à son essence est la fidélité et l’immuabilité de sa parole. Ismaël est né selon la chair, de lui ne pouvait pas venir « la descendance » d’Abraham, car ce ne sont pas ceux qui sont nés d’Abraham qui peuvent être appelés fils d’Abraham ou héritiers d’Abraham selon la promesse. Ce sont ceux qui sont nés selon l’Esprit comme Isaac qui sont appelés fils d’Abraham. YHWH n’a-t-il pas dit à Abraham « c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre » (Genèse 21 : 12) ? Et l’apôtre Paul n’a-t-il pas dit aux Galates : « Pour vous, frères, comme Isaac, vous êtes les enfants de la promesse » (Galates 4 : 28) ? Nous ne sommes pas fils de l’esclave, mais tout comme Isaac nous sommes fils de la femme libre (Galates 4 : 31). Nous sommes libres parce que affranchis de nos péchés et de la condamnation qui pesait sur nous. Jésus disait à ce propos : «  Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; ³² vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira […] ³⁴ En vérité, en vérité, je vous le dis, leur répliqua Jésus, quiconque se livre au péché est esclave du péché. ³⁵ Or, l’esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; le fils y demeure toujours. ³⁶ Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8 : 31 - 36). Nous qui sommes en Christ nous sommes de la prospérité d’Abraham donc héritiers selon la promesse de Dieu (Cf. Galates 3 : 29). L’apôtre Paul n’ajoute-t-il pas à ce propos : « pour être la postérité d’Abraham, ils ne sont pas tous ses enfants ; mais il est dit : En Isaac sera nommée pour toi une postérité, ⁸ c’est-à-dire que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais que ce sont les enfants de la promesse qui sont regardés comme la postérité » (Romains 9 : 7 – 8). De la même manière que la chair ne peut comprendre les œuvres, les desseins de Dieu, de même Ismaël le fils de la servante est l’image de l’homme qui est sous le coup de la servitude de la loi. Ismaël préfigurait ce conflit permanent entre la « nouvelle nature » fruit de l’Esprit (Isaac) et les convoitises de la chair, « ¹⁷ Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés entre eux » (Galates 5 : 17). Quoique à première vue les paroles de Sara demandant à Abraham de chasser sa servante Agar et son fils Ismaël puissent paraître dures, elle est en harmonie avec les pensées divines. « La princesse » qui a depuis Genèse 17 ajusté sa relation avec Dieu montre par cette défense d’Isaac comme l’héritier exclusif de la promesse, un meilleur degré de discernement spirituel que son mari Abraham. De même aujourd’hui chacun de nous doit pouvoir chasser son Ismaël, chasser tout ce qui nous lie à cette servante et son fils, c’est-à-dire les fruits de la chair et rejeter tout ce qui tend à nous amener sous le joug de la loi, nous qui sommes nés de la femme libre. L’apôtre Paul ne nous enseignait-il pas en ces mots : « ²⁸ Pour vous, frères, comme Isaac, vous êtes enfants de la promesse ; ²⁹ et de même qu’alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’Esprit, ainsi en est-il encore maintenant. ³⁰ Mais que dit l’Ecriture ? Chasse l’esclave et son fils, car le fils de l’esclave n’héritera pas avec le fils de la femme libre. ³¹ C’est pourquoi, frères, nous ne sommes pas enfants de l’esclave, mais de la femme libre » (Galates 4 : 28-31). En tant que croyant pour rentrer en possession de nos promesses divines et de l’héritage réservé aux élus de Dieu, il faut nous débarrasser de notre Ismaël ; briser de tels liens n’est certes pas facile comme ce fut le cas d’Abraham, mais « ³⁶ Si donc le Fils [Jésus] vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8 : 36). À travers Jésus, chaque croyant devient héritier. Il s’agit ici d’un salut universel qui ne connaît pas les limites des frontières, du sexe, de l’âge, de la race et qui fait de nous les enfants de la promesse.
Ismaël est un fils par défaut d’Abraham, désavoué en plus par Dieu (Genèse 21) et renvoyé avec sa mère Agar dans le désert suite à son rire de dérision qui peut passer pour un acte de contestation des droits légitimes et exclusifs, voire de défiance envers celui qui est destiné à hériter de l’alliance de Dieu avec Abraham à savoir Isaac. Ce rire prémonitoire à la limite subversif n’était-il pas le signe avant-coureur de ce qui allait se concrétiser après deux mille ans et plusieurs siècles après quand le Coran à défaut de subtiliser le nom d’Isaac lors du sacrifice d’Abraham, ce qui allait paraître peut être trop grossier, a passé carrément sous silence son nom ? En effet, Le Coran en ne nommant pas explicitement le fils qu’Abraham a voulu sacrifier lorsqu’il rapporte l’histoire du sacrifice d’Abraham tant à vouloir par un silence subversif passer par pertes et profits le nom d’Isaac. L’évènement du sacrifice d’Abraham est un marqueur trop fondamental pour les religions monothéistes, pour accepter de passer sous silence le nom du fils qu’Abraham voulait sacrifier à Dieu. Est-ce un oubli ? Une omission involontaire ou volontaire ? Une tentative révisionniste et d’escroquerie religieuse ? Ce qui est sûr, c’est qu’en choisissant de garder le silence sur le nom du fils qu’Abraham a voulu sacrifier, le Coran a réussi à apporter du grain au moulin à tous les adeptes anciens et contemporains de la subversion spirituelle tendant à faire passer Ismaël pour le fils sacrifié. Comment faut-il qualifier ce silence ? Est-il un silence coupable ? Ou un silence innocent ? La certitude qui se dégage au vu de développements de l’actualité religieuse mondiale marquée par l’affirmation des musulmans qui stipulent eux tous presque unanimement qu’Abraham a voulu plutôt sacrifier son fils Ismaël, est que le silence du Coran ne peut être qualifié que de silence subversif . Tous les ennemis d’Israël notamment ceux du monde islamique, arabes et musulmans qui ont fait de la haine et de la destruction d’Israël le socle existentiel de leur théologie doivent comprendre que toute tentative de vouloir renverser l’ordre divin sur Israël est une malédiction contre soi. Comme l’a dit de manière justement très caricaturale l’oracle de Dieu de Balaam lorsque Balak roi de Moab a envoyé vers lui des messagers pour lui demander : « ⁶ Viens, je te prie, maudis-moi ce peuple [Israël], car il est plus puissant que moi ; peut-être ainsi pourrai-je le battre et le chasserai-je du pays, car je sais que celui que tu bénis est béni, et que celui que tu maudis est maudit » (Nombre 22 : 6), Dieu dit à Balaam : « Tu n’iras point avec eux [les Moabites et les Madianites, que Balak le roi de Moab a envoyés vers Balaam pour venir maudire Israël] ; tu ne maudiras point ce peuple [Israël], car il est béni » (Nombre 22 : 12) […] « Dieu n’est point un homme pour mentir, Ni fils d’un homme pour se repentir. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ? Ce qu’il a déclaré, ne l’exécutera-t-il pas ? » (Nombre 23 : 19) poursuivit Balaak dans son oracle. Assurément la parole de Dieu ne saurait être rétroactive.
 
II Prémices du jugement des nations par le Seigneur Jésus
 
  Les «   anti-Dieu   » «   du dehors   » exclus de facto du royaume des cieux
 

À
la suite d’une grande famine, le patriarche Jacob et soixante-dix de ses descendants ont émigré vers l’Égypte où son fils Joseph était vice-roi pour se mettre à l’abri du besoin. Les descendants de Jacob furent féconds et très prospères en Égypte, ce qui suscita la crainte du pharaon qui craignait que les Juifs ne se rebellent un jour contre son pays. Ainsi, il soumit tout le peuple juif en esclavage et l’accablait de corvées et de travaux pénibles. À cette époque, un homme de la maison de Lévi qui avait pris une fille de la maison de Lévi, a eu un fils qui échappa à l’infanticide décrété par pharaon sur tout nouveau-né juif, car il fut adopté par la fille de pharaon qui lui a donné le nom de Moïse, ce qui signifie « retiré des eaux » (Genèse 2 : 10). Moïse devenu grand attaqua et tua un Égyptien qui maltraitait un juif ; la nouvelle du crime parvint aux oreilles de pharaon qui cherchait à le faire mourir. Moïse sachant cela s’enfuit sur le territoire de Madian, où il se fait adopter par Jethro, le sacrificateur de Madian dont il finit par épouser la fille nommée Séphora. Pendant son séjour à Madian Moïse fut témoin et acteur d’une scène dont les portées symboliques et spirituelles sont d’une importance capitale dans sa mission de dépositaire de la loi. En effet :
« ¹ Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian ; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb. ² L’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Moïse regarda ; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point. ³ Moïse dit : Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point. ⁴ L’Éternel vit qu’il se détournait pour voir ; et Dieu l’appela du milieu du buisson, et dit : Moïse ! Moïse ! Et il répondit : Me voici ! ⁵ Dieu dit : N’approche pas d’ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. ⁶ Et il ajouta : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu. ⁷ L’Éternel dit : J’ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs. ⁸ Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel, dans les lieux qu’habitent les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens. ⁹ Voici, les cris d’Israël sont venus jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font souffrir les Égyptiens. ¹⁰ Maintenant, va, je t’enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les enfants d’Israël. ¹¹ Moïse dit à Dieu : Qui suis-je, pour aller vers Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les enfants d’Israël ? ¹² Dieu dit : Je serai avec toi ; et ceci sera pour toi le signe que c’est moi qui t’envoie : quand tu auras fait sortir d’Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne. ¹³ Moïse dit à Dieu : J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? ¹⁴ Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle ”je suis” m’a envoyé vers vous. ¹⁵ Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël : L’Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération » (Exode 3 : 1 – 15).
Moïse assiste ici à une théophanie toute particulière à Horeb sur le mont Sinaï, l’apparition divine à laquelle il prend part se manifeste sous la forme d’un buisson ardent qui ne se consumait point. D’où peut donc provenir ce feu inattendu et imprévu sur une montagne reculée au-delà du désert ? Ce feu sortit de nulle part sur une montagne fait écho à un autre feu tout aussi mystérieux sur une autre montagne aussi : le mont Carmel, quelques siècles après. En effet, depuis plus de trois ans qu’aucune goutte de pluie ne tombait plus sur la Samarie sur ordre d’Élie qui avait fermé le ciel après qu’Achab ait abandonné les commandements de Dieu. La famine était très grande dans le Royaume d’Israël, même le bétail n’avait plus d’herbe pour se nourrir et l’Éternel dit à Élie : « Va, présente-toi devant Achab, et je ferai tomber de la pluie sur la face du sol » (1 Rois 18 : 1). Après avoir reçu cet ordre, Élie alla voir le roi Achab pour lui demander de rassembler tout Israël, ainsi que les quatre cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cent prophètes d’Astarté qui mangeaient à la table de sa femme Jézabel à la montagne de Carmel. Tout Israël et les huit cent cinquante faux prophètes de Baal et d’Astarté étaient rassemblés au mont Carmel lorsque Élie, le seul rescapé du «  prophéticide  » organisé par Jézabel prit la parole et lança le défi suivant au peuple : « Jusqu’à quand clocherez-vous des deux côtés ? Si l’Éternel est Dieu, allez après lui ; si c’est Baal, allez après lui ! […] Je suis resté seul des prophètes de l’Éternel, et il y a quatre cent cinquante prophètes de Baal. ²³ Que l’on nous donne deux taureaux ; qu’ils choisissent pour eux l’un des taureaux, qu’ils le coupent par morceaux, et qu’ils le placent sur le bois, sans y mettre le feu ; et moi, je préparerai l’autre taureau, et je le placerai sur le bois, sans y mettre le feu. ²⁴ Puis invoquez le nom de votre dieu ; et moi, j’invoquerai le nom de l’Éternel. Le dieu qui répondra par le feu, c’est celui-là qui sera Dieu » (1 Rois 18 : 21 – 24). Tout le peuple acquiesça. C’est ainsi que les prophètes de Baal préparèrent le taureau qu’on leur donna et invoquèrent le nom de Baal, mais il n’y eu ni voix, ni réponse, ni action de Baal du matin jusqu’à midi. Élie se mit à se moquer d’eux en disant : « Criez à haute voix, puisqu’il est dieu ; il pense à quelque chose, ou il est occupé, ou il est en voyage ; peut-être qu’il dort, et il se réveillera » (1 Rois 18 : 27). Les faux prophètes redoublèrent d’ardeur, crièrent à haute voix, se mutilèrent le corps avec des épées et des lances, mais leurs faux dieux ne prononcèrent aucune parole, ne firent aucune action, ni aucun signe. Élie rétablit alors l’autel de l’Éternel qui avait été renversé en prenant douze pierres d’après les douze tribus d’Israël ; il arrangea le bois, coupa le taureau en morceaux et fit verser par trois fois de suite quatre cruches d’eau sur l’holocauste et le bois ce qui remplit le fossé à ras bord. Ensuite, Élie invoqua l’Éternel en ces mots : « Éternel, Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël ! que l’on sache aujourd’hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur, et que j’ai fait toutes ces choses par ta parole ! ³⁷ Réponds-moi, Éternel, réponds-moi, afin que ce peuple reconnaisse que c’est toi, Éternel, qui es Dieu, et que c’est toi qui ramènes leur cœur ! » (1 Rois 18 : 36 – 37). Soudain, le feu de Dieu tomba et consuma l’holocauste, le bois, les pierres et la terre, et il absorba l’eau qui était dans le fossé. Stupéfait le peuple n’eut d’autre choix que de se prosterner le visage contre terre : « C’est l’Éternel qui est Dieu !

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents