De la mort à la résurrection
151 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

De la mort à la résurrection

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
151 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Si tout un chacun doit mourir un jour et, comme le mentionne plusieurs fois le Texte coranique, ' goûter la mort ' à chaque instant de son existence terrestre, comment peut-on envisager une autre vie après cette mort ? Ibn "Arabî donne des réponses à cette question ainsi qu'à bien d'autres aussi fondamentales, dans son oeuvre immense intitulée Les Conquêtes Mecquoises dont Maurice Gloton présente ici la traduction des chapitres 61 à 65 qui traitent directement de ce sujet : la réalité de l'Enfer et du Paradis, et leurs habitants ; l'Intermonde ; les différentes étapes vers le Jour de la Résurrection. Dans son introduction,Maurice Gloton expose les différentes phases posthumes que le Texte révélé présente dans de nombreuses sourates. Cet ouvrage original et captivant nous introduit dans un univers nouveau trop méconnu et souvent caricaturé par manque d'informations fiables et d'exégèses approfondies.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 44
EAN13 9791022500814
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,084€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les Éditions Albouraq – Héritage Spirituel –
Dar Albouraq ©
– Face à l’Université d’al-Azhar-Beyrouth –
B.P. : 13/5384
Beyrouth-Liban
Tél / fax : 00 96 11 788 059
Site Web : www.albouraq.com
E-mail : albouraq@albouraq.com
Distribué par :
Comptoir de vente :
Librairie de l’Orient
18, rue des Fossés Saint Bernard
75005 Paris
Tél. : 01 40 51 85 33
Fax : 01 40 46 06 46
– Face à l’Institut du Monde Arabe –
Site Web : www.orient-lib.com
E-mail : orient-lib@orient-lib.com
Albouraq Diffusion Distribution
Zone Industrielle
25, rue François de Tessan
77330 Ozoir-la-Ferrière
Tél. : 01 60 34 37 50
Fax : 01 60 34 35 63
E-mail : distribution@albouraq.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1428-2008
ISBN 978-2-84161-361-8– EAN 9782841613618
Ibn ‘Arabî
De la Mort à la Résurrection
Chapitres 61 à 65
des Ouvertures Spirituelles Mekkoises
Introduction, annotation et traduction
Par Maurice Gloton
Albouraq
Je tiens à exprimer ma reconnaissance à tous ceux et celles qui m'ont accompagné dans l'élaboration de cet ouvrage.
Je les remercie des suggestions et conseils qu'ils ont pu me donner au cours d'échanges de points de vue tant en ce qui concerne la traduction des textes que les aspects doctrinaux développés à ce sujet et qui ont inspiré l'annotation.
Ce livre leur est particulièrement dédié.
M.G.
SYSTÈME DE TRANSCRIPTION DES LETTRES ARABES ﺀ ’ (hamza) ﺍ a, â ﺏ b ﺕ t ﺙ th ﺝ j ﺡ h ﺥ kh ﺩ d ﺫ dh ﺭ r ﺯ z ﺱ s ﺵ sh ﺹ s ﺽ d ط t ظ zh ع ` غ gh ف f ق q ك k ل l م m ن n ه h و w, û ي y, î ´ a ( fatha ) u ( damma ) ˎ i ( kasra )
INTRODUCTION
I - Quelques considérations sur la vie et l’œuvre d’Ibn `Arabî
Ibn `Arabî rapporte : « En l’année 597 H., pendant le mois de Ramadân, j’entrai à Bougie. En cette ville, je rencontrai Abû `AbdAllâh al-`Arabî et des personnes éminentes. Une nuit, je vis que je m’unissais intimement ( nakahtu ) à toutes les étoiles ( nujûm ) du ciel. Chacune me procura une délectation spirituelle extrême. Cette conjonction achevée avec les étoiles, il me fut donné de m’unir intimement avec les lettres [célestes]. Je rapportai alors cette vision à quelqu’un pour qu’il en fasse part à un homme versé dans la connaissance de tels dévoilements. Je lui demandai qu’il ne lui mentionne pas mon nom. Quand il lui eut rapporté cette vision, il la prit en grande considération et dit : « Il s’agit de l’océan dont on ne peut atteindre le fond. Les connaissances sublimes aussi bien que celles des secrets et des caractéristiques des astres ( kawâkib ) que personne de cette époque ne réalisera s’ouvriront à celui qui a eu cette vision. » Il demeura silencieux un certain temps et ajouta : « Si celui qui a eu cette vision est dans cette ville, ce ne peut être que ce jeune andalou qui vient d’arriver » 1 .
Ce jeune andalou n’est autre qu’Ibn `Arabî, âgé alors de 37 ans et presque au milieu de sa vie. En effet, il naquit à Murcie, en al-Andalous , en l’an 560/1165 et mourut à Damas en 638/1240 à l’âge de 78 années lunaires.
Si nous venons de relater cet épisode important du parcours spirituel de la vie d’Ibn `Arabî, appelé aussi le plus grand Maître ( a sh - sh aykh al-akbar ), c’est que, dans le courant des cinq chapitres de son œuvre majeure, « Al-Futûhât al-Makkiyya », ou « Les Ouvertures ou Conquêtes Spirituelles Mekkoises », concernant l’eschatologie, que nous présentons en traduction, il mentionne certains signes du Zodiaque ( falak al-burûj ) en rapport avec les sept planètes, les vingt-huit constellations qui sont situées autour de l’Ecliptique, les phases lunaires, ainsi que les lettres cosmiques et sublimes et leurs correspondances avec les vingt-huit lettres de l’alphabet arabe. Ses connaissances liées à l’astrologie traditionnelle et à la science des lettres qu’il obtint pendant cette conjonction intime et spirituelle avec les étoiles dans leurs constitutions subtiles et avec les lettres sublimes, se reflètent dans les textes dont nous donnons la traduction. En l’absence de commentaires explicites de l’auteur sur ces données précises, nous exposerons, dans le cours de notre introduction, quelques réflexions en rapport avec ces thèmes, à l’aide de tableaux schématiques qui permettront de « situer », d’une certaine façon, les indications qu’il donne à ce sujet tout au long de ces cinq chapitres ainsi qu’aux chapitres 198 et 371 de son ouvrage majeur.
D’après la citation que nous venons de présenter, nous pouvons déjà entrevoir la typologie unique et la réalisation spirituelle exceptionnelle de Muhammad b. `Alî b. Muhammad Ibn al-`Arabî at-Tâ’î al-Hâtimî, de son nom complet. Dans toute son œuvre considérable - des centaines d’ouvrages tous importants par les thèmes traités, ne serait-ce que par la quantité de pages - il relate certains charismes dont il bénéficiait, les degrés les plus élevés qu’il avait atteints et les inspirations divines qui présidaient à la composition de ses nombreux écrits, la plume toujours guidée par l’Esprit.
On peut remarquer deux grandes périodes dans la vie d’Ibn `Arabî. La première va de sa naissance en 560/1165 en Andalousie musulmane jusqu’à son départ pour l’Orient en 598/1201. La seconde se situe à partir de cette date, à travers différentes régions du moyen orient islamique, plus particulièrement, en Syrie et à Damas où il résida et se fixa jusqu’à sa mort survenue en 638/1240.
L’ouvrage le plus complet que nous possédions actuellement sur la biographie et la bibliographie du Maître est celui de Claude Addas, intitulé Ibn `Arabî ou la Quête du Soufre Rouge , publié en 1989 aux Editions Gallimard.
Né à Murcie le 17 ramadân 560/1165, Ibn `Arabî part à Séville avec sa famille qui s’y établit en 568/1172.
C’est à Cordoue, en 575/1180, alors âgé de 15 ans, qu’il a un entretien avec le célèbre Averroès (Ibn Rushd), au seuil de sa vieillesse. Ce dernier, mort en 595/1198, était polygraphe et conjoignait les disciplines philosophiques, théologiques, juridiques et médicales.
En 580/1184, Ibn `Arabî entreprend son parcours spirituel et, un peu plus tard, au cimetière de Séville, il sera gratifié de l’illumination suprême. En 589/1193, à Algesiras, il a la vision de son destin.
En 590, à Tunis, il sait qu’il est l’Héritier de la Science muhammadienne.
En 593/1196, à Fès, il a aussi une vision de toutes les « phases » du Jugement dernier.
Pendant toute cette période, il rédige plusieurs traités dont le Kitâb al-Isrâ’ , le Livre du voyage nocturne , dans lequel il relate son ascension spirituelle jusqu’à Dieu.
En 595/1198, il fait ses adieux à ses maîtres sévillans. La même année, il rédige son ouvrage intitulé « Mawâqi` al-Nujûm », Les Couchants des Etoiles .
En 597/1200, il accède à la « Demeure de la Proximité », le plus haut degré que puisse atteindre un saint rapproché.
En 598/1202, à La Mekke, il se voit consacré Sceau de la sainteté muhammadienne. Cette même année, il rencontre Ni zh âm, fille de Abû Sh ujâ’ b. Rostem, qui sera l’inspiratrice de son recueil de poésies commentées intitulé : « Tarjumân al-A sh wâq », L’Interprète des Désirs 2 .
Toutes ces périodes seront fécondes en ouvrages divers dont la rédaction progressive de son œuvre maîtresse « Al-Futûhât al-Makkiyya », composée de 560 chapitres et dont il achève la première rédaction à Damas, en 629/1231 et la seconde, également à Damas en 636/1238 3 .
Dans cette même ville, inspiré par une vision directe du Prophète, il rédigea son célèbre traité intitulé « Fusûs al-Hikam », Les Chatons des Sagesses , en 627/1229, qui traite de la sagesse propre à certains prophètes et sages.
Il meurt à Damas et est enterré dans cette cité en 638/1240.
II – Présentation du thème principal
Pour bien ou mieux comprendre la position d'Ibn `Arabî sur la thématique de la mort et de la résurrection, il nous faut chercher dans le Qur'ân les fondements mêmes sur lesquels il ne cesse de s'appuyer dans tous ses ouvrages et en particulier dans son immense somme métaphysique qu'il a intitulée : Al-Futûhât al-Makkiyya , Les Ouvertures ou Conquêtes Spirituelles Mekkoises . Dans cette œuvre qui comporte habituellement quatre volumes grand format représentant plus de trois mille pages, cinq chapitres sont réservés au thème qui nous intéresse, à savoir :
1 – le chapitre 61 : De la connaissance de la Géhenne ;
2 – le chapitre 62 : Des degrés réservés au hôtes du Feu ;
3 – le chapitre 63 : De la permanence des êtres humains dans l'intermonde ;
4 – le chapitre 64 : De la connaissance de la Résurrection, de ses demeures et de ses significations ;
5 – le chapitre 65 : Du Jardin, de ses demeures et de ce qui s'y rapporte.
Les chapitres que nous venons d'énumérer se comprennent davantage si nous nous référons à un autre chapitre important de ce même ouvrage, le 198 ème , intitulé : De la connaissance du Nafas ar-Rahmân que nous pouvons traduire de manière différente selon les significations étymologiques qu'impliquent les deux termes qui composent cette expression prophétique : De la connaissance du Souffle ou du Respir du Tout Rayonnant d'Amour ou du Tout Miséricordieux , chapitre dans lequel le Maître situe différents « degrés » présents en Dieu et dans l'Existence universelle sous les aspects métacosmiques et cosmiques, donc depuis l'Essence de Dieu jusqu'au degré le plus manifesté et le plus parfait de Son Œuvre créatrice : l’Humain universel ou parfait ( al-insân al-kâmil ). Nous y reviendrons plus loin, mais nous pouvons déjà remarquer qu'Ibn `Arabî situe Jardins et Feux entre la Sphère du Zodiaque ou Sphère sans étoiles ( falak al-atlas ) et la Sphère des étoiles fixes ( falak al-kawâkib a th th âbita ) 4 . Il en tire des conclusions importantes touchant particulièrement au nombre trois dans l'économie des deux demeures de la vie ultime, c'est-à-dire Jardins paradisiaques ( jannât ) et Feux infernaux ( nîyâr pluriel de nâr ).
Un autre chapitre de cet ouvrage, le 371 ème , est réservé à la description des différents plans de l'Existence universelle, donc aussi aux demeures paradisiaques et infernales, chapitre qui, selon les dires mêmes de l'auteur, viendra ajouter quelques précisions concernant ces deux demeures.
Ce chapitre 371 comporte neuf schémas symbolisant les degrés ontologiques et cosmiques de l’Œuvre de Dieu dans l’Existence universelle qu’Ibn `Arabî commente dans neuf sections. Dans ce chapitre, on retrouve, commentés d’une autre manière, les principaux degrés existenciels, que le Maître expose au chapitre 198 . A la fin de notre introduction, nous présentons neuf schémas correspondant à ces neuf sections, en les commentant rapidement pour montrer, d’une manière plus concrète, comment ils se présentent par rapport aux étapes eschatologiques décrites avec plus de détails dans les cinq chapitres qui y sont consacrés.
Au fur et à mesure de son exposé, et pour le fonder sur la double autorité du Livre révélé et de la Sunna authentique, Ibn `Arabî ne cite que certains versets plus représentatifs qu'il a sélectionnés pour structurer les différentes articulations de son discours. Il faut préciser que le Texte coranique offre un panorama ample, et en même temps très détaillé, de la vie après la mort jusqu'à la Résurrection. Dans les cinq chapitres mentionnés, Ibn `Arabî ne fera pas l'exégèse de chaque passage du Qur'ân qui traite de ces thèmes, il en commentera certains qui lui paraissent plus essentiels ou plus représentatifs et ne le fera pas pour d'autres. Il est important aussi de signaler que, dans le Qur'ân, les descriptions que Dieu réserve à l'eschatologie ne sont pas présentées d'une manière organisée, l'ordre qui y préside n'étant pas celui d'un exposé rationnel selon la logique humaine. De ce fait, la composition du Texte coranique déroute souvent le mental, surtout celui d’un occidental habitué à classer les thèmes par catégories bien tranchées. De plus, de nombreuses séquences du Livre révélé, qui ont trait à l'eschatologie, abordent, bien des fois, plusieurs aspects ou phases intéressant notre sujet. Il est alors difficile, sinon impossible, de les classer suivant un ordre logique. Par ailleurs, dans ces cinq chapitres, Ibn `Arabî déroule un processus "ascendant" des étapes post mortem , en partant de la condition la plus inférieure, la Géhenne ou "l'Infernale" selon le sens étymologique de la racine de ce terme, pour aboutir au Jour de la Grande Résurrection, après lequel les êtres humains assumeront une condition soit infernale soit paradisiaque.
A - L’eschatologie selon le Qur’ân
Avant d'aborder la présentation des textes du Sh aykh al-Akbar, nous allons sélectionner les versets du Qur'ân les plus représentatifs des thèmes à l'étude. Pour cela, nous les classerons selon l'ordre suivant :
1 - La mort et ses affres.
2 - Les épreuves subies au tombeau.
3 – Le Jour de la séparation ou disjonction ou encore du « passage à la limite » ( yawm al-fasl ).
4 - L'évolution des êtres humains dans l'Intermonde ( barza kh ) , ou intervalle dans lequel ils se trouvent depuis la mort jusqu'à la Grande Résurrection, et les symboles afférents : la Trompe ( nâqûr ) ou le Cor ( sûr ), par exemple.
5 - La Vie ultime.
6 - Les Jardins paradisiaques, les Feux infernaux et les hôtes qui y demeurent. - Les Devançants, les compagnons de la Droite et ceux de la Gauche et quelles sont leurs conditions. Les noms donnés à ces "lieux".
7 - Le regard vers Dieu.
1 - La mort et ses affres
De nombreux versets (165) mentionnent la mort sous différents aspects et dans des contextes bien différents. Dans trois versets, il est précisé que « Toute âme goûte la mort » ( Kullu nafsin dh â'iqatu-l-mawti ). Il est bien évident que tout être généré ici-bas doit mourir. Mais cette affirmation implique plus qu'une simple constatation ! Cette âme, qui n'est pas l'âme désincarnée des philosophes, exige un support ou substrat corporel ici-bas et, après la mort, un équivalent ou, plus exactement, un substitut à celui-ci pour évoluer dans d'autres conditions d'existence. L'âme en question goûte, c’est-à-dire expérimente la mort, à chaque instant de son existence. C'est cette âme incorporée qui est en train de goûter cette mort progressive, depuis sa naissance en ce monde jusqu'à un terme qui a été fixé pour elle. Dans la phase ultime de sa vie sur terre, l'âme incorporée est ainsi décrite dans les versets 83 à 87 de la sourate 56 ( al-Wâqi`a ) :
Quand l'âme (du moribond) a atteint la gorge (83)
et qu'à ce moment vous (les assistants) êtes dans l'expectative (84),
pourtant Nous sommes plus près de lui (le mourant) que vous-mêmes, mais vous ne vous [en] apercevez pas (85),
et même si vous n'avez pas de compte à rendre, (86)
que ne la faites-vous revenir, si vous êtes véridiques ? (87).
L'agonie provoque chez l'être humain un état de grand trouble que le Créateur de toute chose décrit en un style saisissant ( Qur'ân 50-19 à 22) :
L'ivresse ( sakra ) de la mort a conduit à la vérité : c'est ce dont tu cherchais à te détourner ! (19)
Et l'on soufflera dans la Trompe ( Sûr ). Tel est le jour de la menace. (20)
Toute âme, alors, sera accompagnée d'un conducteur et d'un témoin. (21)
Tu étais dans l'indifférence de cela. Nous t'avons donc ôté ton voile ; aussi, en ce jour, ton regard est pénétrant . (22)
Dans certains événements catastrophiques, les affres de la mort concernent aussi bien l'individu que la collectivité humaine ( Qur'ân 22-1 & 2) :
Ô les êtres humains ! Protégez-vous de votre Seigneur ! Le séisme de l'Heure est une réalité imposante.
Le jour où vous le verrez, toute nourrice oubliera ce qu'elle allaitait, toute femme enceinte avortera de ce qu'elle portait, et tu verras les humains ivres alors qu'ils ne le seront pas. Car le châtiment qu'Allâh fait subir est rigoureux !
2 - Les épreuves subies au tombeau
Ce jour où interviendront de grands cataclysmes, les tombes seront bouleversées et les âmes mises en présence de ce qu'elles auront fait ( Qur'ân 82-1 à 5) :
Quand le ciel aura été disloqué. (1)
Quand les astres se seront dispersés, (2)
que les mers se seront déversées (3)
et que les tombes auront été bouleversées, (4)
toute âme aura discerné ce qu'elle avait accompli et différé. (5)
Ils disent : Quand nous serons perdus dans la terre, serons-nous alors dans une création nouvelle ? De plus, ils nient la rencontre de leur Seigneur.
Dis : l'Ange de la mort, qui est chargé de vous, vous recevra. Alors, à votre Seigneur vous serez ramenés ( Qur'ân 32-10 & 11).
3 - Le Jour du « passage à la limite », ou le Jour de la disjonction ( yawm al-fasl ).
Cinq versets, dans quatre sourates révélées à la Mekke, mentionnent l’expression « yawm al-fasl » que nous avons traduite par « le Jour du passage à la limite », en tenant compte du terme fasl , provenant de la racine F S L , qui signifie principalement : séparer, disjoindre, partager. Il s’agit des sourates et versets 37-21, 44-40, 77-13, 77-14 et 77-38, 78-17. L’expression en cause « yawm al-fasl » se situe dans des articulations du discours coranique qui se structurent de manière antithétique. L’harmonie et la beauté de l’environnement dans lequel les humains évoluent sont initialement présentées. Puis, cette expression charnière introduit des versets qui décrivent la fin d’un monde et, ensuite la rétribution négative que les êtres humains, qui ont mal cru, subiront après la mort. Citons les versets suivants qui illustrent ces événements de la fin des temps :
« … Nous avons édifié sept (cieux) bien établis au-dessus de vous -*- et Nous y avons placé un luminaire éblouissant. -*- Nous avons fait descendre des nuages une eau abondante, pour faire éclore par elle graines et végétation -*- et jardins luxuriants. -*- Le Jour du passage à la limite a été fixé. -*- Le Jour où l’on soufflera dans la Trompe, alors vous viendrez en multitude . -*- Le ciel aura été ouvert et sera devenu comme des portes, -*- Les montagnes seront ébranlées et apparaîtront comme une illusion. -*- Certes, la Géhenne se sera tenue en embuscade, -*- lieu de refuge pour les transgresseurs, -*- séjournant en elle indéfiniment … » ( Qur’ân 78-12 à 23).
Ce Jour du passage à la limite a une fonction « isthmique » qui fait la jonction entre deux conditions d’existence : une avant la mort et l’autre après celle-ci. C’est l’insufflation dans la Trompe cosmique qui détermine ces passages à la limite. Lorsqu’il est question de deux insufflations, comme dans les deux versets 39-68 & 69 5 , il s’agit de deux passages à des états posthumes distincts que les théologiens et les mystiques assimilent, d’une part à la petite Résurrection qui est la séparation de l’âme incorporée avec le corps physique, et d’autre part, à la grande Résurrection, lorsque les êtres sortiront de l’état intermédiaire, isthmique, et seront conduits à leur destination finale : jardins paradisiaques ou feux infernaux. Nous y reviendrons un peu plus loin.
4 - L'évolution des êtres humains dans l'intermonde ( barza kh ) ou intervalle dans lequel ils se trouvent depuis leur mort jusqu'à la Résurrection.
Après leur mort, les êtres évoluent dans l'intermonde ( barza kh ) jusqu'au Jour de la Résurrection selon les comportements qu'ils auront eus en ce monde-ci et en fonction des dispositions dans lesquelles ils se trouvent pour l'aborder. Ce domaine intermédiaire se situe entre notre monde élémentaire grossier et celui des principes spirituels ou encore entre vie ici-bas et vie ultime :
Au moment où la Mort vint à l'un d'eux, il dit : « Mon Seigneur ! Fais-moi revenir ! (99)
Peut-être me comporterai-je en être intègre dans ce que j'ai négligé ! » Non point ! C'est une parole qu'il exprime, mais derrière eux se trouve un isthme jusqu'au Jour où ils seront réveillés (yub`a th ûna)( Qur'ân 23-99 & 100).
Ces deux versets impliquent que, après leur mort, les êtres humains ne pourront plus revenir à une condition humaine propre à ce monde-ci. Il en résulte qu’après la mort ici-bas, la « réincarnation » ne peut être envisagée comme une perspective eschatologique régulière dans le cadre de l’Islam. La seule posibilité valable est alors la transmigration de l’âme ( tanâsu kh ) à travers des mondes étrangers à celui dans lequel les êtres humains se trouvent actuellement et dans lequel ils ne pourront plus revenir. Dans le même ordre d’idée, le verset suivant précise que Dieu créa sept cieux et autant de terres, chaque ciel et chaque terre ayant des propriétés bien différentes non identifiables humainement :
Allâh est Celui qui a créé sept cieux et autant de terres. Entre eux, Son Ordre descend afin que vous sachiez qu’Allâh évalue la mesure de toute réalité et qu’Allâh a d’ores et déjà embrassé toute réalité en (Sa) Science ( Qur’ân 65-12).
Et Dieu est intimement présent en eux qui célèbrent Sa Gloire :
Les sept cieux, la terre et ceux qui s’y trouvent célèbrent Sa Gloire pour Lui. Il n’existe aucune chose sans qu’elle glorifie par Sa Louange, mais vous ne discernez pas leur acte de glorification. Certes, Lui s’est révélé très Longanime, très Recouvreur des fautes ( Qur’ân 17-44).
N’avez-vous pas vu comment Allâh a créé sept cieux superposés ( Qur’ân 71-15).
C’est Lui qui a créé sept cieux en ordre hiérarchique. Tu ne vois pas de disharmonie dans ce qu’a créé le Tout Rayonnant d’Amour (ar-Rahmân). -*- Tourne alors le regard : Y vois-tu quelques fissures ? ( Qur’ân 67-3 & 4).
Le verset suivant, qui a fait l'objet de nombreux commentaires, surtout d'ordre mystique, peut s'interpréter dans le même sens, c'est-à-dire un monde, un plan d’existence, "situé" entre deux autres. Nous verrons comment Ibn `Arabî analyse amplement les données symboliques décrivant cet "Intermonde" ou "Interface", ce barza kh qui n'est déjà plus ce monde-ci mais pas encore celui de la Demeure ultime.
C'est Lui qui a laissé indépendantes les deux masses d'eau : l'une douce et savoureuse, l'autre salée et amère. Entre les deux, Il a mis un isthme et une barrière infranchissable ( Qur'ân 25-53).
Au terme de ce séjour, les êtres humains seront définitivement jaugés et jugés. Ils seront rétribués selon le degré de purification obtenue, ou selon leur déchéance confirmée. Leurs comportements en ce monde-ci détermineront en grande partie leur orientation, bonne ou mauvaise, dans cet intermonde où ils auront toujours la possibilité de s'améliorer ou de se pervertir davantage. Ils auront là un "avant-goût" de ce que sera pour eux le Paradis ou l'Enfer.
Comme nous l’avons signalé un peu plus haut, à l'issue du séjour des êtres humains dans cet intermonde, il sera soufflé dans la Trompe et tous les humains seront jugés, ils se dresseront et leur destination sera le Jardin ou le Feu :
Lorsqu'on soufflera dans la Trompe (nâqûr),
alors, ce jour-là sera un jour difficile,
pas du tout facile pour ceux qui rejettent la foi ( Qur'ân 74-8 à 10).
Ils n'ont pas évalué Allâh à sa vraie valeur. Il étreindra la Terre toute entière au Jour de la Résurrection et les Cieux seront repliés dans Sa Dextre. Gloire omniprésente à Lui. Il est Sublime au-delà de ce qu'ils associent ( Qur'ân 39-67).
On soufflera dans la Trompe (sûr) 6 . Alors, ceux qui sont dans les Cieux ainsi que ceux qui sont sur la terre s'évanouiront comme frappés par la foudre, sauf ceux qu'Allâh aura voulu [épargner]. Puis on y soufflera une autre fois et les voilà debout (qiyâm) dans l'expectative. (68)
La Terre resplendira de la Lumière de son Seigneur et l'écrit sera déposé. On amènera les prophètes et les témoins. Puis on décidera entre eux (les humains) selon la vérité. Ils ne seront pas lésés. (69)
Chaque âme sera rétribuée selon ce qu'elle aura accompli. Car Lui est infiniment savant de ce qu'ils accomplissent. (70)
Ceux qui avaient rejeté la foi seront poussés par vagues jusqu'à la Géhenne et quand alors ils y parviendront, ses portes seront ouvertes et leurs gardiens leur diront : "Des messagers choisis parmi vous ne sont-ils pas venus à vous, vous communiquant les Signes de votre Seigneur et vous avertissant de la rencontre de votre Jour que voici ?" Ils diront : "Si !" La parole concernant le châtiment s'est réalisée à l'encontre de ceux qui ont rejeté la foi. (71)
On a dit : "Franchissez les portes de la Géhenne en demeurant perpétuellement en elle !" Comme est mauvais le séjour de ceux qui s'enflent d'orgueil ! (72)
Ceux qui se sont prémunis de leur Seigneur sont conduits par groupes au Jardin jusqu'à ce qu'enfin ils y arrivent et que ses portes s'ouvrent. Ses gardiens leur diront : "Paix sur vous ! Vous avez été bons, entrez-y pour toujours". (73)
Ils diront : "La Louange est à Allâh qui a tenu Sa Promesse envers nous et nous a fait hériter de la Terre (analogue à cette nouvelle condition d’existence et sans commune mesure avec la terre d’ici bas). Nous prenons possession du Jardin là où nous voulons". Que la rétribution de ceux qui agissent (bien) est excellente ! (74)
Tu vois les Anges entourant le Trône , ils chantent la Gloire de leur Seigneur en Le louangeant ! Il a été jugé entre eux (les êtres humains) selon la Vérité. On dit : "La Louange est à Allâh le Seigneur des êtres de l'Univers (75)" ( Qur'ân 39-67 à 75).
Il est intéressant de relever, au verset 39-74, que Dieu fait dire aux hôtes du Jardin, qu’il leur sera accordé de pénétrer au Paradis là où ils voudront, compte tenu de leur purification obtenue par un comportement justifiant leur choix.
Dans le Qur'ân, on trouve aussi une description d'un lieu intermédiaire entre Janna et Nâr appelé al-'A`râf , les Franges ou encore la séparation élevée, terme qui ne se laisse pas traduire facilement. Ce vocable provient de la racine `A R F qui signifie principalement connaître, il s'agit d'un lieu élevé, d'une crête, d'une hauteur, d'une enceinte, etc. Fakhr ad-Dîn ar-Râzî, dans son grand commentaire du Qur’ân 7 , interprète ainsi ce terme : ce " lieu" serait une sorte de chemin de ronde élevé qui permettrait de reconnaître les hôtes de chacune des deux Demeures ultimes .
Voici une traduction des versets 44 à 50 de la sourate sept qui mentionnent cet épisode, dans un contexte réservé à la description de certaines tendances assumées par les hôtes destinés au Paradis ou à l'Enfer :
Les gens du Jardin interpelleront ainsi ceux du Feu : Nous avons bel et bien trouvé vrai ce que notre Seigneur nous avait promis. Et vous donc, avez-vous trouvé vrai ce dont votre Seigneur vous avait menacé ? Oui diront les autres ! Alors, parmi, eux un héraut proclamera : Que la réprobation d'Allâh soit sur les injustes (44),
sur eux qui détournaient de la Voie d'Allâh, qui désiraient la rendre tortueuse et qui niaient la vie ultime (45).
Entre les deux (demeures) se tient une séparation (hijâb) et sur les crêtes ('a`râf) des individus (rijâl) 8 qui reconnaissent chacun à son signe distinctif. Ils interpelleront ainsi les gens du Jardin : "Paix sur vous !" Ils ne pourront y entrer bien qu'ils le convoitent (46)
Quand leurs regards se porteront vers les gens du Feu, ils diront : "Notre Seigneur, ne nous place pas avec les tenants d'iniquité ! (47)
Les gens des Crêtes interpelleront certains individus qu'ils reconnaîtront à leurs signes distinctifs en leur disant : Ce que vous avez amassé et ce qui faisait votre orgueil ne vous a servi à rien ! (48)
N'est-ce pas ceux-là à qui vous juriez qu'Allâh ne ferait pas miséricorde ? Entrez vous autres dans le Jardin ! Aucune crainte sur vous, et vous ne serez point attristés. (49)
Les gens du Feu interpelleront les gens du Jardin : "Déversez sur nous de l'eau et de ce qu'Allâh vous a accordé". Mais les autres diront : "Allâh a interdit cela aux enfouisseurs de la foi" (50).
Un autre passage coranique vient corroborer cette dernière séquence : « Le jour où tu verras les porteurs et les porteuses de la foi, leur lumière évoluant devant eux et à leur droite, (on leur dira) : ‘‘Bonne nouvelle pour vous : Aujourd’hui des jardins (paradisiaques) sous lesquels coulent des ruisseaux. Vous résiderez perpétuellement en eux. Telle est la réussite majeure. -*- Le jour où les hypocrites, hommes et femmes, diront à ceux qui portent la foi : ‘‘Attendez-nous afin que nous empruntions de votre lumière !’’ Il est dit : ‘‘Revenez en arrière et cherchez donc à obtenir une lumière !’’ C’est alors qu’on a élevé entre eux une enceinte ( sûr ) ayant une porte : à l’intérieur est la miséricorde (rahma) et à l’extérieur, devant elle, le châtiment » ( Qur’ân 57-12 & 13).
De ces séquences, il résulte que ce lieu intermédiaire est un passage transitoire obligé qui se situe entre la mort et l'entrée dans l'une des deux demeures au Jour de la Résurrection.
Toutefois ce séjour dans l'une ou l'autre de ces demeures, après le Jour de la Résurrection, est-il définitif ? Les hôtes de l'Enfer y résideront-ils en permanence ? La Miséricorde universelle de Dieu qui précède Son Courroux, selon une nouvelle prophétique sûre, ou encore Sa Miséricorde qui s'étend à toute chose, selon le verset 7-156, n'est-elle pas « confirmée » par ces autres versets qui ont été amplement et diversement développés par les commentateurs musulmans du Qur'ân ? 9
Ceux qui se sont conduits avec infamie seront dans le Feu. Pour eux gémissements et sanglots . (106)
Ils y resteront perpétuellement tant que les cieux et la terre continueront d'exister, à moins que ton Seigneur ne l’ait voulu autrement, car Il ne cesse d'agir selon ce qu'Il vise. (107)
Quand aux bienheureux, ils resteront dans le Jardin perpétuellement tant que les cieux et la terre continueront d'exister, à moins que ton Seigneur ne l’ait voulu autrement comme un don permanent (108) ( Qur'ân 11-106 à 108).
Il existe encore un verset dans lequel il est dit que ceux qui séjournent dans la Géhenne y resteront un certain temps : « Certes, la Géhenne se tient en embuscade , -*- lieu de retour pour les transgresseurs. -*- séjournant en elle un grand laps de temps (ahqâban) » ( Qur’ân 78-21 à 23). Dans le lexique, le terme « ahqâb » prend les acceptions suivantes : espace de 80 ans minimum, grands laps de temps, âge, année.
Les trois versets, mentionnés ci-dessus, laissent entendre que, même les bienheureux, qui se trouvent au Paradis, peuvent en sortir si Dieu veut, ou que ces deux Demeures peuvent aussi disparaître. Devant cette information divine, certains mystiques musulmans, dont Ibn `Arabî, décrivent différents jardins informels supérieurs qui se trouvent au-delà de ceux qui sont mentionnés ici, au-delà de toute description formelle. Ils parleront alors du Paradis suprême relevant d’états informels et même de l'Essence divine. Peut-on en déduire que cette catégorie de bienheureux concerne les Devançants première catégorie sur les trois mentionnées dans la sourate 56 intitulée "l’Echéante" ( al-Wâqi`a ) aux versets 10 et 11 traduits ci-dessous ? :
Et les Devançants ! Les Devançants ! Ceux-là (seront) les Rapprochés .
D'ailleurs, le Texte révélé décrit différents Jardins paradisiaques et Feux infernaux qui font référence à des degrés hiérarchisés de béatitude pour les premiers et de déchéance pour les seconds. Nous y reviendrons un peu plus loin.
Mais que signifient ces deux termes, janna et nâr , que nous avons déjà rencontrés et qui qualifient les deux Demeures dernières ? Il est intéressant de relever les étymologies respectives concernant ces deux termes que l'on traduit généralement par "paradis" et enfer". A ces deux noms vient s’ajouter le vocable « jahannam » que nous avons aussi rencontré dans certains versets cités.
Al-Janna :
Le terme " janna " provient de la racine verbale J N N qui connote les sens principaux suivants : recouvrir, cacher, se couvrir de végétation, protéger, être possédé, c'est-à-dire être recouvert ou possédé par une entité extérieure qu'on ne voit pas, qui reste donc cachée à la vue ou au regard habituel. De cette étymologie découlent alors des mots coraniques apparentés par le sens : jardin ou végétation proliférante qui cache ce qui ne peut apparaître, bouclier qui protège ( junna ), fœtus ou embryon ( janîn , pl. = 'ajinna ), ce qui est caché par différentes enveloppes, le djinn ( jinn ) ou entité vivante subtile cachée à la perception ordinaire, et enfin le participe passif majnûn , qui signifie : recouvert, possédé, enveloppé.
An-Nâr :
Le vocable " nâr " que l'on traduit improprement par "enfer", c'est-àdire ce qui est inférieur, a pour origine la racine verbale N W R : briller, illuminer, rayonner, éclairer. Le mot " nûr ", lumière, est rattaché à cette étymologie. An-nâr , "le Feu" qui, dans le Qur'ân, décrit très souvent la condition posthume d'une catégorie d'êtres humains, a pour combustible une substance ignée, non purifiée, qui doit brûler pour que ces êtres se transforment et deviennent pure lumière. Cette transformation, ou plus exactement cette transmutation, peut s'effectuer ou bien dans cette vie par la foi, les œuvres intègres et la Grâce divine, ou bien dans l'intermonde ( barza kh ) pour que ces êtres deviennent ultimement pure lumière paradisiaque. On rapporte de Ibn `Abbâs ( in Ahmad Ibn Hanbal, tome I, page 284) que le Prophète a dit : " Ô mon Dieu ! Mets dans mon cœur une lumière, dans mon ouïe une lumière, dans ma vue une lumière, à ma droite une lumière, à ma gauche une lumière, devant-moi une lumière, derrière-moi une lumière, au-dessus de moi une lumière, en dessous de moi une lumière, fais-moi lumière ! "
Ces deux demeures dernières qualifiées de Janna (pluriel jannât ) et de Nâr sont décrites avec force détails expressifs dans de nombreuses sourates, surtout celles révélées à La Mekke. L'expression "la vie ultime" apparaît plusieurs fois dans le Texte coranique avec une connotation bonne ou mauvaise et quelquefois, dans une même séquence, avec ce double sens.
Al-Jahannam :
A ces deux vocables coraniques de janna et nâr vient s'ajouter celui de jahannam (Géhenne) dont l'étymologie indique qu'il s'agit d'un gouffre brûlant sans fond. C'est donc bien ce terme, rencontré 77 fois dans le Texte révélé, qu'il faut traduire par "enfer" ou encore par « l’Infernale ».
Dans le chapitre 61 qu’il consacre à la connaissance de la Géhenne, Ibn `Arabî cite une nouvelle prophétique qui fait ressortir l’aspect de profondeur insondable que le terme comporte. Citons-le :
« … Parmi les paroles extraordinaires qu'on nous a rapportées du Messager de Dieu sur lui la grâce et la paix de Dieu on trouve cellesci : Le Messager de Dieu était assis avec ses Compagnons dans la mosquée, lorsqu'ils entendirent un fracas terrible dont ils s'effrayèrent. Il leur demanda alors : « Connaissez-vous ce qu'est ce fracas ? » Dieu et Son Messager savent mieux, dirent-ils – « C'est une pierre, jetée du plus haut de la Géhenne depuis 70 ans, qui vient d'atteindre son fond et, en y parvenant, a produit ce fracas ! » A peine venait-il d'achever cette déclaration qu'on entendit un appel au secours provenant d'une maison habitée par l'un des Hypocrites qui venait de mourir. Or, il était âgé de 70 ans Le Messager de Dieu dit alors : « Dieu est infiniment grand ! » Les Compagnons savants du Prophète prirent conscience que cette pierre était cet hypocrite même et que depuis que Dieu l'avait créé il s'abîmait dans le Feu de la Géhenne, alors que, parvenu à cet âge en mourant il avait atteint le fond de celle-ci !... » Dieu a dit : « Assurément, les hypocrites sont dans le plus bas degré descendant du Feu » ( Qur’ân 4-145). « Ils entendirent ce fracas, de la part d’Allâh, qui fut produit afin qu'ils en tirent une leçon. Considère combien la parole prophétique est étonnante et combien est subtil son enseignement, comme est excellente son allusion et avenant son propos !... »
5 - La Vie ultime
On a souvent fait une critique sur le caractère "sensuel" des représentations coraniques concernant la vie future au Paradis ou en Enfer après le Jour de la Résurrection générale. Pourtant un dire célèbre du Prophète précise bien qu ' « au Paradis, il y a ce que nul œil n'a vu, nulle oreille entendu, et que nul cœur n'a appréhendé » . Cette tradition est corroborée par le verset suivant qui illustre bien le caractère symbolique, donc analogique, de ces descriptions :
« Annonce la bonne nouvelle à ceux qui ont porté la foi et ont accompli les œuvres intègres qu'ils auront des jardins (jannât) sous lesquels coulent des ruisseaux. Chaque fois qu'il leur sera accordé un de leurs fruits comme subsistance, ils diront : "Voici ce qui nous était accordé auparavant". Mais cela présente [seulement] une analogie (muta sh âbihân) [avec les réalités d'ici bas]. Là ils auront des êtres conjoints purs et là, ils demeureront immortels » ( Qur'ân 2-25).
Même quand l'expression " la vie ultime " n'est pas mentionnée explicitement, nous pourrons souvent constater qu'elle est sous-entendue dans de nombreux contextes qui précisent la rétribution ultime réservée aux hôtes du Paradis et de l'Enfer, après le Jugement définitif au Jour de la Résurrection. Citons quelques versets qui font état de la vie ultime qui survient en ce Jour de la Rétribution, passage instantané au delà du temps compté :
« Nous attribuons cette Demeure ultime (dâr al-â kh ira) à ceux qui ne visent pas l'élévation sur terre et n'y causent pas la corruption. L'issue finale est pour ceux qui se prémunissent.
Qui sera venu avec le beau comportement aura alors meilleur que cela ! Que celui qui sera venu avec le mauvais comportement [sache que] ceux qui commettent la mauvaise action ne seront rétribués que selon ce qu'ils auront fait » ( Qur'ân 28-83 & 84).
« On dit à ceux qui se préservèrent : " Qu'a fait descendre votre Seigneur ?" Ils dirent : "Un bien !" Ceux qui ont agi avec excellence dans cette vie immédiate auront un bien excellent. Or, la Demeure ultime est bien meilleure. Que de félicité procure la Demeure de ceux qui se prémunissent ! » ( Qur'ân 16-30).
6 - Les Jardins paradisiaques et les Feux infernaux
Dans le texte coranique, les appellations de jannât , de nâr et de jahannam se trouvent très souvent dans une même séquence. Il en est de même pour les êtres qui siègent respectivement en ces deux demeures ultimes : les gens de la Droite et les gens de la Gauche. La sourate 56 intitulée l'Echéante ( al-Wâqi`a ), est entièrement consacrée aux thèmes qui nous occupent dans cet ouvrage, et elle serait à citer et à être commentée depuis le début jusqu'à la fin. En effet, elle donne une illustration des phénomènes annonciateurs de la fin des temps, dramatiques ou non, et une description de la destinée heureuse ou malheureuse des êtres qui doivent nécessairement vivre, donc goûter, ces événements apocalyptiques présentés par l'Auteur divin en un style haletant qui leur convient. On remarquera que trois catégories d'êtres humains, et non pas deux, sont concernées par les demeures de l'ultimité : les " Devançants " ( as-sâbiqûn ), les gens de la Droite et les gens de la Gauche . Nous allons citer les 57 premiers versets sur les 96 que comporte cette sourate 56, al-Wâqi`a , qui ont trait directement à notre sujet. Nous les avons traduits en un français elliptique, pour mieux rendre le style très évocateur de ce texte : 01 Lorsque l'Echéante surviendra, 02 personne pour contester sa venue. 03 Abaissante, élevante. 04 Lorsque la terre aura été secouée avec violence, 05 que les montagnes seront débris dispersés 06 et devenues poussière éparse, 07 Vous formerez trois ordres 08 Et les gens du côté de la Dextre ! Que sont les gens du côté de la Dextre ? ( maymana ) 09 Et les gens du côté de la Senestre ! Que sont les gens du côté de la Senestre ? ( ma sh 'ama ) 10 Et les Devançants ! Les Devançants ( sâbiqûna ) ! 11 Ceux-là (seront) les Rapprochés ( muqarrabûn ) 12 dans les Jardins de la Félicité ( fî jannâtin-na`îm ). 13 Multitude parmi les Premiers (humains) 14 et rares parmi les Derniers (humains). 15 Sur des sièges de repos somptueux 16 s'y accoudant, en vis-à-vis. 17 Des jouvenceaux rendus immortels circulent autour d'eux, 18 avec des vases, des aiguières et une coupe pleine d'une liqueur limpide ruisselante 19 par laquelle ils ne sont ni troublés ni enivrés 20 et avec des fruits de ceux qu'ils préfèrent 21 et la chair d'oiseaux parmi ceux qu'ils désirent ; 22 avec des houris aux beaux yeux contrastés 23 très semblables à des perles enchassées, 24 en rétribution de ce qu'ils ont fait. 25 Ils n'entendront là ni futilité ni incitation transgressive 26 mais seulement une parole : Paix ! Paix ! 27 El les gens de la Droite ! ( yamîn ) Que sont les gens de la Droite ? 28 Ils seront parmi de riches lotus non épineux, 29 des bananiers aux fruits étagés, 30 dans un ombrage permanent, 31 parmi une eau répandue 32 et des fruits qui abondent, 33 inépuisables et toujours accessibles, 34 et sur des couches élevées. 35 Nous les avons (leurs compagnes) conçues parfaites. 36 Nous les avons faites intactes (ou vierges), 37 compagnes aimantes et aimées de même âge (ou = de même nature) 38 pour les gens de la Droite : 39 une multitude parmi les Premiers (humains) 40 et une multitude parmi les Derniers (humains). 41 Et les gens de la Gauche ! ( sh imâl ) Que sont les gens de la Gauche ? 42 Dans un vent brûlant et une eau bouillante, 43 sous l'ombre d'une épaisse fumée 44 sans fraîcheur ni douceur. 45 Certes, avant cela ils se trouvaient au comble du bien-être. 46 Ils s'obstinaient dans le parjure majeur 47 et disaient : "Quand nous serons morts, devenus poussière et ossements serons-nous réveillés 48 ainsi que nos premiers ancêtres ?" 49 Réponds : "Certes, les Premiers et les Derniers (humains) 50 seront bel et bien réunis en vue du rendez-vous (ou = du lieu de l'instant) d'un Jour connu." 51 Alors, vous qui vous égarez et usez de mensonges, 52 vous voici assurément mangeant d'un arbre (infernal) de Zaqqûm (cf. 33-62 et 44-43) 53 vous en remplissant ainsi les panses, 54 buvant sur cela de l'eau bouillante, 55 buvant comme le font les chameaux dévorés par la soif. 56 Tel est leur repas d'accueil au Jour de la Redevance. 57 C'est bien Nous qui vous avons créés : pourquoi donc ne l'approuvez-vous pas ?...
Dans toute son œuvre immense, Ibn `Arabî ne commentera de cette sourate que quelques versets qu'il citera très rapidement et succinctement parmi d'autres de teneur eschatologique semblable. André Miquel a consacré, au commentaire de cette sourate, tout un ouvrage 10 que nous avons amplement consulté compte tenu de la pertinence de son exégèse et de la présentation de certaines appréciations fort bien senties de Fakhr ad-Dîn ar-Râzî, extraites de son grand commentaire du Qur'ân intitulé : Mafâtîh al- gh ayb ( Les Clés du Mystère ).
L ES NOMS DONNÉS À CES DEUX DEMEURES
Les différents Jardins paradisiaques
Au chapitre 65 des Futûhât al-Makkiyya , Ibn `Arabî précise, avec la tradition, qu’il existe huit jardins hiérarchisés. Nous le citons :
« (1) Le Jardin le plus élevé est celui de ` Adn (d'Eden) ou de la Félicité qui constitue l'aspect central de ces jardins. C'est en lui que se trouve le Ka th îb , l'Amoncellement ou la Dune, là où les êtres humains seront rassemblés pour la Vision de Dieu le Réel ( ru’yat al-Haqq ). C'est le plus sublime des Jardins et il est comparable en excellence à la demeure du Roi. Huit enceintes le circonscrivent et entre chacune d’elle et la suivante, se place un jardin. Celui qui vient immédiatement après le Jardin de la Félicité est (2) le Jardin de Firdaws 11 qui se trouve au centre des Jardins eux-mêmes situés en dessous du Jardin de la Félicité et le plus excellent d'entre eux. Viennent ensuite (3) le Jardin de la Perpétuité ( jannat al- kh uld ), (4) le Jardin du Bien-être ( jannat an-na`îm ), (5) celui de la Retraite hospitalière ( jannat al-ma'wâ ), puis (6) celui de la Demeure circulaire de l'immunité ( dâr as-Salâm ) et enfin (7) la Demeure circulaire du Lieu vertical immuable ( dâr al-muqâma ). »
Le huitième lieu paradisiaque est appelé la Demeure circulaire ultime ( dâr al-â kh ira ). Chacune de ces dénominations fait référence à un ou plusieurs versets coraniques (cf. Qur'ân 61-12 23-11 25-15 10-9 59-15 6-127 & 10-25 35-35 29-64). Ce Paradis relève des états informels non individuels et « se situant » alors au-delà de la Sphère du Zodiaque ( falak al-burûj ).
Les différentes sortes de Feux infernaux
La Géhenne, nom générique pour indiquer l'abîme profond, soubassement de la Sphère cosmique où se trouve le Feu infernal, comporte sept portes, ainsi que l'indique les versets 43 & 44 de la sourate quinze intitulée al-Hijr :
« Certes, la Géhenne (jahannama) est le lieu promis à eux tous (qui suivent Iblîs, le Séducteur).
Elle a sept portes (sab`atu abwâb) et chaque porte détient un nombre déterminé d'entre eux » .
L'Auteur divin leur donne les noms suivants : "(1) Le Feu attisé ( jahîm ), (2) le Feu ardent ( saqar ), (3) le Feu à la brûlure intense ( sa`îr ), (4) le Feu à la glaciale brûlure desséchante ( hutama ), (5) le Feu qui flambe en s'élevant ( la zh â ), (6) le Feu à la chaleur excessive ( hâmiya ), (7) et le Feu du profond abîme ( hâwiya ).
7 - le regard vers Dieu
Seule la sourate 75, intitulée " al-qiyâma ", la Résurrection ou le Redressement , mentionne, aux versets 21 et 22 les visages qui contemplent, regardent ou observent, traductions possibles en fonction des sens voisins que comporte la racine verbale N ZH R .
En ce jour, des visages resplendissants , (wujûh un yawma'i dh in nâdirat un ) vers (ilâ) leur Seigneur, regardant ('ilâ rabbi-hâ nâ zh irat un ).
Le second verset contient la préposition " ilâ ", particule de finalité et de circonstance, qui indique le point d'arrivée dans le temps et l'espace, la direction, le but, la proximité. Dans la traduction, elle doit être valorisée en fonction du contexte de ce verset. Une autre réflexion s'impose. Dans ce contexte, ce ne sont pas les yeux qui regardent mais les visages ou les faces ( wujûh ). C'est toute la Face qui localise et focalise un ensemble complexe de facultés essentielles à l'être contemplant absorbé dans une prosternation de la face fondamentale dans laquelle les organes correspondants sont transformés, mieux, transfigurés, sublimés et valorisés, unifiés devant et par l'Unicité divine. N'est-ce pas cette transmutation finale de tout l'être qui constitue l'insurpassable félicité qui est décrite dans cet unique verset : " Allâh a promis, aux porteurs et aux porteuses de la foi, des jardins, sous lesquels coulent des ruisseaux, où ils demeurent perpétuellement, et d'agréables demeures dans des jardins de félicité. Et la Satisfaction provenant d'Allâh est infiniment plus grande. C'est cela la réussite sans limite ! ( Qur'ân 9-72).
° °    °
Au terme de cette incursion rapide dans le Texte sacré de l'Islam et aussi dans la Tradition prophétique authentique, ces deux principales sources d'autorité qui fondent l'exégèse musulmane et dans lesquelles Ibn `Arabî a abondamment puisé, nous pouvons reconnaître l'importance que l'Auteur divin attache à la vie ultime des êtres après leur mort, icibas, et combien elle est influencée et orientée par leur comportement individuel et collectif. Cet exposé ne se veut pas exhaustif de tous les aspects nombreux contenus dans le Qur'ân, c'est évident, mais il en donne une esquisse indispensable pour mieux situer la problématique eschatologique en Islam et la manière dont Ibn `Arabî s'en servira pour commenter les différentes phases par lesquelles l'être humain passe après la mort.
B – La thématique du traité
Dès le début du chapitre 61 consacré à la connaissance de la Géhenne, Ibn `Arabî la situe dans l'ascendant du signe du Taureau ( thawr ) alors que la planète Saturne ( zuhal ) se trouvait en lui. Dans l'ensemble des cinq chapitres à l'étude, il ne commentera pas cette indication lapidaire. Pour avoir une conception d'ensemble plus formalisée de cette affirmation, il faut se référer au très long chapitre 198 , mentionné plus haut, qu'il a intitulé : "De la connaissance du Souffle ( nafas ) " , chapitre dans lequel il traite, parmi d’autres thèmes nombreux, des correspondances existant entre les 12 signes zodiacaux et les 28 mansions célestes que traversent le soleil et la lune ainsi que les autres planètes du système solaire dans leur course à travers la sphère du Zodiaque.
La thématique du chapitre 198 , dans ses articulations principales, fait ressortir le rôle propagateur que joue, dans la structuration de l'Existence universelle, le Souffle existentiateur ( nafas îjâdî ) grâce auquel les 28 lettres consonnes de l'alphabet arabe sont produites et s'articulent selon leurs points naturels d'émission dans l'appareil phonatoire de l’être humain, en partant de la plus intérieure, la lettre hamza , pour aboutir à la plus extérieure, la lettre wâw , chacune de ces 28 consonnes étant assortie d'un degré dans la hiérarchie cosmique. D'autre part, ces 28 lettres articulées dans l'appareil phonatoire, sont aussi et fondamentalement, l'expression adéquate de 28 lettres prototypiques correspondant aux 28 mansions ou demeures ( manâzil ) divisant la sphère des étoiles fixes et que traverse la lune dans son parcours à travers la sphère du Zodiaque. L'être humain peut proférer ces 28 phonèmes fondamentaux à tout moment dans son appareil phonatoire conformé pour les recevoir et avoir alors, quand ils sont mis en œuvre et qu’ils entrent en composition, la possibilité de réaliser l’immense contenu des degrés hiérarchisés correspondants.
Deux degrés, parmi les 28 évoqués au chapitre 198, vont plus spécialement retenir notre attention dans cette partie de notre introduction : d'une part la Sphère de l'Atlas ou du Ciel sans étoiles, ou Sphère du Zodiaque ( falak al-burûj ) avec ses 12 tours ou signes ( burûj ), sphère à laquelle est attribuée, par le Maître, la lettre Jîm (j) et, d'autre part, la Sphère des étoiles fixes ( falak al-kawâkib a th - th âbita ), à laquelle est réservée la lettre sh în (sh), sphère qui comporte 28 mansions, demeures ou constellations ( manâzil ). Ces deux lettres j et sh sont respectivement 9 ème et 10 ème dans l’alphabet arabe phonétique et naturel. 12
Avant d'aborder ces deux chapitres dans lesquels Ibn `Arabî situe jardins paradisiaques et feux infernaux, il est intéressant de mentionner et de commenter rapidement les différents principes, degrés et entités, au nombre de cinquante , qu'il envisage, dans ce chapitre 198, en rapport avec le Souffle rayonnant d’amour ( nafas rahmânî ).
Il part de l’Essence divine et de Sa Réalité principielle sous dix aspects différents qu'il identifie de un à dix. Ensuite il traite des vingt-huit Lettres ou degrés cosmiques correspondant aux 28 lettres de l'alphabet arabe classées selon leurs points naturels d'émission, en partant de l'Intellect premier ( al-`aql al-awwal ), ou Calame suprême ( qalam a`lâ ) pour aboutir au trente-huitième qu'il attribue à l'Homme universel ou parfait ( insân kâmil ). Les douze sections finales concernent des infléchissements que prend le Souffle ou Respiration du Tout Rayonnant d'Amour.
Les tableaux suivants présentent, d'une manière très résumée, les cinquante sections du chapitre 198 consacré au Souffle du Tout rayonnant d’Amour.
1 - Le Degré divin 1 Commentaire du hadî th saint : J'étais un Trésor. Je n'étais pas connu. Aussi, J'ai aimé être connu. Je créai alors les créatures : Je Me suis fait connaître à elles et elles Me connurent . 2 Commentaire des deux noms kalâm et qawl (parole et profération ) 13 3 Commentaire du verset 16-98 : Quand tu énonces la Récitation coranique cherche la protection d'Allâh contre le Shaytân (Satan) proscrit . 4 Commentaire de l'expression Bi-smi-Llâh : Par le (ou Grâce au) Nom d'Allâh . 5 Commentaire du verset 16-40 : Notre seule Parole à une chose lorsque Nous l'avons visée est de lui dire : « Adviens » ! Et alors elle advient . 6 Commentaire de l'expression coranique : Al-Hamdu li-Allâh (la Louange est à Allâh). 7 Commentaire de l'expression coranique : Subhân Allâh (Proclamation de la Gloire omniprésente d'Allâh) 8 Commentaire de la formule coranique Allâh akbar (Allâh est infiniment grand) 9 Commentaire des 36 formules coraniques de l'Unicité divine Lâ ilâha illâ-Llâh (Nul dieu adoré sinon Allâh) 10 Commentaire de la formule prophétique : Lâ Hawla wa lâ Quwwata illâ bi-llâh (Nulle force et nulle puissance sinon par Allâh)
2 - Le Domaine des principes ou fonctions cosmiques n° lettre arabe principe et/ou fonction 11 ء hamza l’Intellect premier ( `aql awwal ) ou Calame ( qalam ) Le Respir du Tout Rayonnant d’Amour produit l’Intellect ( al-`aql ) et les intellects ( al-`uqûl ). Il s’agit du Calame suprême ( al-qalam al-a`lâ ) quand on rapporte ce terme aux données du Qur’ân : Nûn et par le Calame et ce qu’ils tracent ( Qur’ân 68-1). Son degré comporte deux modalités : l’assistance du Souffle divin ( al-‘imdâd al-ilâhî al-nafasî ) et le degré essentiel et surajouté. Le Calame suprême projette les choses et est luimême manifesté. Sans sortir de sa singularité foncière, il est incomposé ( basît ) en restant au degré informel. C’est cette Réalité qui inscrit toute chose dans l’Âme universelle. 14 12 ه hâ’ l’Âme universelle ( nafs kulliyya ) ou la Table préservée ( lawh mahfû zh ) Ce Souffle agit par le Calame sur la Table préservée ( al-lawh al-mahfû zh ) qui est l’Âme universelle ( an-nafs al-kulliyya ) et l’Esprit insufflé dans les formes appropriées après qu’elles soient parfaitement constituées. L’Âme universelle est "projetée" et de nature informelle. 13 ع `ayn la Nature universelle ( tabî`a ) Le Souffle miséricordieux s’exerce sur la Nature (universelle) ( al-tabî`a ) qui est la résultante de l’action du Qalam divin ou Intellect Premier sur la Table préservée de l’Âme universelle. Cette conjonction relève d’un « mariage » principiel. 14 ح hâ’ la Substance primordiale indifférenciée ( jawhar habâ’î ) Ce Souffle produit la Fine Substance élémentaire ( al-Habâ’ ) ou Substance primordiale indifférenciée ( al-jawhar al-habâ’î ) dans laquelle se manifestent les formes des corps ou formes spirituelles, subtiles et grossières et ce qui leur est apparenté dans le monde des composés. Comme la Nature universelle, elle n’a pas d’existence effective. Elle se révèle par l’ensemble de son « contenu » qui va constituer le "Corps universel" (spirituel, subtil et grossier). Le « mariage cosmique » entre la Tabî`a et la Habâ ’ va donner naissance au Corps universel.
3 - Les mondes intermédiaires 15 غ gh ayn le Corps universel ( jism kullî ) Le Souffle miséricordieux produit le Corps universel ( al-jism al-kullî ). Allâh met dans l’Âme la faculté d’agir par laquelle Il manifeste l’Aspect du Corps universel dans la Substance élémentaire indifférenciée par laquelle Il remplit le Vide ( kh alâ’ ) qui est une étendue ( imtidâd ) estimée qui, à ce degré, est dépourvue de corps. Ce Corps, à l’exemple du composé humain, comprend les trois aspects suivants : spirituel, psychique et grossier. 16 خ kh â’ la Conformation cosmique ( sh akl ) Le Respir du Tout Rayonnant d’Amour donne l’existence à la Forme ou Conformation cosmique ( sh akl ). Les êtres qui peuplent ce degré sont constitués par la Forme sous laquelle ils apparaissent : « Chacun se comporte selon sa conformation ( sh âkilatu-hu) » ( Qur’ân 17-84). 17 ق qâf le Trône divin (` ar sh ) Le Souffle produit le Trône ( al-`ar sh ) qui, dans sa réalité sphérique symbolique ( istidâra ), enveloppe le Cosmos entier, c’est-à-dire toute la manifestation formelle et informelle, donc spirituelle, subtile et grossière, et ce que celui-ci contient entièrement. « Le Tout Rayonnant d’Amour se maintient homogène sur le Trône » ( Qur’ân 20-5). Il est au-delà de la spatialité et de la temporalité, de la condition et du conditionné, du mouvement et du repos. Il repose sur l’Eau indifférenciée de la Toute Possibilité divine selon cet élément de verset : « …et Son Trône se trouvait sur l’Eau… » ( Qur’ân 11-7), cette Eau dont Allâh dit : « Nous avons fait procéder toute chose vivante de l’Eau » ( Qur’ân 21-30). Ce Trône est entouré par des Anges : « Tu vois les Anges entourant le Trône, ils chantent la Gloire de leur Enseigneur en Le louangeant… » ( Qur’ân 39-75). 18 ك kâf le Piédestal ( kursî ) Il produit le Piédestal ( kursî ) et les deux « Pieds » ou les deux polarités ( qadamân ) s’y « posent » provenant du Trône divin. Dieu dit : « …Son Piédestal s’étend aux cieux et à la terre… » ( Qur'ân 2-255). C'est un Corps sensible ( jism mahsûs ) qui contient en lui tous les aspects : perceptibles, subtils et spirituels, comme le corps humain vivant inclut en lui ces trois aspects. Il est dans le Trône comme l'anneau jeté dans le désert. Sur lui "reposent" les "deux Pieds" ( qadamân ) de Celui qui a établi Son Assise homogène sur le Trône. Il symbolise la première polarisation ou distinctivité pour que la manifestation formelle se produise. C'est à partir de lui que l'ordre ( amr ) et la défense ( nahy ) interviennent.
4 - Les sphères célestes 19 ج jîm la Sphère sans étoiles du Zodiaque ou abyssale ( falak al-atlas ) ou Sphère des Tours ( falak al-burûj ) Le Respir miséricordieux produit la Sphère sans étoiles ou Sphère abyssale ( al-falak al-atlas ). C'est la Sphère symbolique des Tours ou Sphère du Zodiaque ( falak al-burûj ) avec ses douze signes repères virtuels. On assigne à son mouvement interne ( haraka ) ni commencement ni terme, ainsi qu'à l'Avènement des Jours ( hudû th al-ayyâm ) qui se fait par l'existence de son mouvement interne et de sa gestion ou assistance ( wujûd harakati-hi wa isti`ânati-hi ) par le Nom "le Temps pur" ( ad-dahr ) indifférencié, sans durée et sans partition effective. De l'évaluation, la révolution ou la détermination virtuelle de ce Temps pur, les Jours cosmiques ( ayyâm ) sont estimés ainsi que les mois et les années qui s’actualisent dans la Sphère symbolique suivante. Cette sphère constitue le Toit ou V oûte du Jardin paradisiaque et non pas sa terre. 20 ش sh în la Sphère des étoiles fixes ( falak al-kawâkib ) Il donne l'existence à la Sphère des Etoiles fixes ( falak al-kawâkib al th âbita ). La Terre des Jardins paradisiaques ( al-jannât ) se situe à la partie supérieure de cette sphère symbolique et les Feux infernaux sont dans sa concavité jusqu’à son fondement ultime ou soubassement. 21 ي yâ’ Saturne ( zuhal ) Ce degré concerne le premier ciel qui est celui de la planète Saturne. Il régit le jour de samedi. Abraham y siège. Cette planète, et les suivantes, comprennent aussi bien la sphère physique que l’aspect subtil qui y est attaché. 22 ض dâd Jupiter ( mu sh tarî ) C’est le deuxième ciel qui est celui de Jupiter. Il régit le jour de jeudi. Moïse y siège. 23 ل lâm Mars ( miri kh ) C'est le troisième ciel, celui de Mars. Il régit le jour de mardi. Aaron y siège. 24 ن nûn Soleil ( sh ams ) C'est le quatrième ciel, celui du Soleil. Il régit le jour de dimanche. Idrîs (Enoch) y siège. 25 ر râ’ Vénus ( zuhra ) C'est le cinquième ciel, celui de Vénus. Il régit le jour de vendredi. Joseph y siège. 26 ط tâ’ Mercure ( `utarid ) C'est le sixième ciel, celui de Mercure. Il régit le jour de mercredi. Jésus y siège. 27 د dâl Lune ( qamar ) Le septième et dernier ciel, celui de la Lune. Il régit le jour de lundi. Adam y siège.
5 - Le domaine des quatre éléments 28 ت tâ’ le Feu ( nâr ) 29 ز zây l’Air ( hawâ’ ) 30 س sîn l’Eau ( mâ’ ) 31 ص sâd la Terre (` ard )
6 - Les trois règnes 32 ظ zh â’ les Minéraux ( ma`âdin ) 33 ث th â’ les Végétaux ( nabât ) 34 ذ dh â’ les Animaux ( hayawân )
7 - Les autres sortes d'êtres 35 ف fâ’ les Anges ( malâ’ika ) 36 ب bâ’ les Djins ( jinn ) 37 م mîm l’Homme ( insân ) 38 و wâw l’Homme universel ou parfait ( insân kâmil ) L'Homme parfait - synthèse de tous les degrés antérieurs 15
8 – Des modes d’intervention du Souffle 39 Du transfert d’une réalité à l’autre ( naql ). 40 De la manifestation et de l’occultation provenant des souffles. 41 De l’équilibre ( i`tidâl ) et de l’infléchissement ( inhirâf ). 42 De l’appui ( i`timâd ) sur l’imperfection ( nâqis ) et le fait d’y être attiré ( al-mayl ilay-hi ). 43 Du renouvellement (ou réitération = i`âda ). 44 Du subtil ( latîf ) et du grossier ( ka th îf ). 45 De l’appui (i`timâd) sur le fondement des réalités contingentes ( asl al-muhda th ât ). 46 De l’appui sur le monde à partir de sa génération : c’est le Livre tracé ( kitâb mastûr ) dans le Parchemin de l’Existence déployée ( raqq al-wujûd al-man sh ûr ) dans le monde des corps générés en relation avec le nom d’Allâh l’Extérieur ou le Manifeste ( zh âhir ). Ces termes techniques sont tous coraniques. 47 De l’appui sur la promesse ( wa`d ) avant qu’elle n’intervienne, c’est-à-dire s’appuyer sur le non manifesté en raison de la véracité de celle-ci. 48 De l’appui sur les réalités générées ( kanîyât ) et des ouvertures spirituelles ( futûh ) qui en résultent. 49 Des œuvres surérogatoires qui s’ajoutent aux prescriptions obligatoires qui se manifestent ou non. 50 Des principes qui se manifestent à travers le souffle de celui qui respire.
° ° °
Le terme " nafas " : souffle, respiration, haleine, qui n'est pas coranique, est employé par 'Ibn `Arabî dans l'intitulé du chapitre 198. Il provient de la racine N F S qui comporte des significations polysémiques importantes : avoir une action sur quelqu'un par le souffle et/ou le regard, relever de couches, être d'un grand prix, soulager, consoler, aspirer à quelque chose. A la 5 ème forme verbale ( tanaffasa ), elle prend le sens de respirer, soupirer, s'épanouir et à la 6 ème forme verbale ( tanâfasa ), celui d'aspirer intensément. Seules ces deux formes verbales sont employées dans le texte coranique :
Par l’aurore quand elle a répandu ses souffles (tanaffasa) ( Qur’ân 81-18).
Que ceux qui aspirent fortement à cela mettent tous leurs souffles (fa-l-yatanâfasi-l-mutanâfisûna) ( Qur’ân 83-26).
Ibn `Arabî se servira du terme mutanâfis (être qui respire, propage ou utilise son souffle) pour décrire l’être humain. Celui-ci oriente son souffle pour articuler les 28 lettres consonnes distinctes que comporte l'alphabet arabe, pour aussi composer des mots et pour obtenir les trois mouvements vocaliques A. U. I. utilisés en arabe et sans lesquels les lettres consonnes ne pourraient être prononcées et demeureraient inertes.
Citons le Maître : « … Le Principe est unique en tant que souffle mais multiple sous le rapport de ses 28 points d'arrêts [cosmiques et physiques]. En effet, l'Univers (` âlam ) est établi selon les 28 mansions ou demeures ( manâzil ) dans lesquelles les astres (mobiles = sayyâra ) évoluent et selon les 12 signes du Zodiaque ( burûj ), lieux de ces mansions issues de la Sphère céleste ( falak mustadîr ), à l'instar des points d'arrêts du souffle dans l'appareil phonatoire, en vue de l'existenciation de l'Univers et de ce qui est approprié à celui-ci. Chaque degré de l'Univers admet ces points d'arrêt que les lettres prototypiques ( a`yân al-hurûf ) font apparaître… ». L’appareil phonatoire humain peut alors être assimilé, symboliquement, à une sphère comme la sphère des étoiles fixes qui comporte 28 mansions ( manâzil ).
Pour établir le dynamisme existentiel du Nom divin « ar-Rahmân », Ibn `Arabî se fonde sur le Qur'ân et la Tradition prophétique ( sunna ). « C'est Lui qui, en six Jours, a créé les cieux et la terre et ce qui (se trouve) entre les deux, et Il s'est maintenu homogène sur le Trône, le Tout Rayonnant d'Amour. Interroge donc à ce sujet qui est bien informé ! » ( Qur'ân 25-59). « C'est Lui qui a créé les cieux et la terre en six Jours et Son Trône se trouvait sur l'Eau… » ( Qur'ân 11-7). Quand, dans les moments d'adversité, il recevait l'aide des Ansâr, le Prophète disait : " Le Souffle du Tout Rayonnant d'Amour me vient de la direction du Yémen , ou de la Droite ( Inna nafasa-r-Rahmâni ya'tî-nî min qabli-l-yamani ).
Ibn `Arabî assimile les 28 lettres aux 28 mansions, ou encore à 28 constellations, prises comme référence. Le soleil et la lune à sa suite, traversent ces 28 étapes dans leur cycle de rotation dans la zone des 12 signes zodiacaux ou partitions cosmiques équivalentes. Cette connaissance générale et universelle qu'il décrit est fondée, en partie, sur quelques versets coraniques et surtout sur une transmission régulière qui remonte à un temps qu'on ne peut préciser et qui relève en grande partie de la Tradition et de l'intuition. « C'est Lui qui a fait du soleil une illumination (diyâ') et de la lune une lumière (nûr). Il a déterminé pour celle-ci des phases (manâzil, ou = demeures, mansions) afin que vous connaissiez le nombre des années et le décompte des jours. Allâh n'a créé cela que par la Vérité. Il expose Ses signes distinctement à ceux qui sont capables de discernement » ( Qur'ân 10-5). « Le soleil parcourt un lieu constant qui lui est assigné. Telle est la détermination de l'Inaccessible, de l'Omniscient . ( Qur’ân 36-38) -*- Nous avons assigné à la lune des mansions jusqu'à ce qu'elle soit redevenue semblable à un croissant initial (` urjûn qadîm = litt. en forme de palme desséchée) ( Qur’ân 36-39) -*- Il ne convient pas au soleil de rattraper la lune ni à la nuit de devancer le jour. Chacun évolue dans une orbite (céleste) » ( Qur'ân 36-40). « Par le ciel doté de tours » (wa-s-samâ'i dh âti-l-burûj) ( Qur'ân 85-1).
Pour illustrer ces 28 degrés et les correspondances que le Sh aykh al-Akbar, Muyhî ad-Dîn Ibn `Arabî établit tout à la fois avec les lettres cosmiques et concrètes, avec certains Noms divins, avec les degrés existentiels correspondants et avec les 28 étoiles principales ou groupes d'étoiles sélectionnées situés sur le parcours du Soleil et de la Lune à travers la Sphère céleste dans laquelle ils évoluent, nous présentons cidessous, un tableau synoptique qui les récapitule. A la suite de celui-ci, nous traduisons les premières pages du chapitre 198 consacré au Souffle puis les sections 18, 19 et 20 du même chapitre, qui vont nous permettre de mieux comprendre les éléments qu’il comporte et alors de situer Paradis et Enfers dans l’analyse qu’Ibn `Arabî en fait, en particulier à la section 20.

Les 12 signes du Zodiaque, les 28 Mansions cosmiques, les 28 lettres de l’alphabet arabe et les Noms divins correspondants




° ° °
Les citations qui vont suivre, extraites toujours du très long chapitre 198 , vont amener progressivement, et d’une manière entrelacée, des digressions intéressantes concernant la description des deux demeures, paradisiaque et infernale. Certaines indications du Maître les concernant, ici, ne se retrouvent pas dans les cinq chapitres 61 à 65 traduits après cette introduction. Pour cette raison, les quelques passages traduits qui vont suivre immédiatement ajouteront des éléments importants en relation avec les thèmes principaux exposés dans les cinq chapitres en question. Certaines descriptions astrologiques que donne Ibn `Arabî seront plus facilement assimilables en consultant le tableau synoptique des signes du Zodiaque et des vingt-huit constellations que nous avons élaboré plus haut.
« ... 16 Le Messager de Dieu avant de savoir qu'il était immunisé contre les êtres humains par cette parole : "... Dieu t'a immunisé contre les êtres humains ..." ( Qur'ân 5-67), quand il entrait dans une demeure [pour la nuit] disait : " Celui qui nous garde la nuit ", bien qu'il savait que Dieu " est le gardien de toute chose " ( Qur'ân 11-57). Quand ses adversaires le traitaient durement, il disait : " Le Souffle du Tout Rayonnant d'Amour me vient du Yémen (ou de la Droite )" : il s'agissait alors des Ansâr [c’est-à-dire ceux qui, originaires de la ville de Médine, pour la plupart d’entre eux, assistèrent le Prophète].
« Sache que les réalités existenciées ( mawjûdât ) sont les Paroles de Dieu ( kalimât Allâh ) qui ne s'épuisent pas 17 . De la Réalité de Jésus ( wujûd `Îsâ ), Il a dit : " ...Et Sa Parole qu'Il projeta sur Marie... " ( Qur'ân 4-171) qui est Jésus.
« C'est pour cela que nous avons dit que les réalités existenciées sont les Paroles de Dieu en vertu des preuves traditionnelles ( dalâla sam`iyya ), car tout un chacun n'ajoute pas foi à ce que le dévoilement ( ka sh f ) et l'information ( ta`rîf ) divine nous ont accordé 18 .
« Selon l'usage, les paroles qui sont déterminées s'organisent en fonction de la disposition des lettres à partir du souffle émis par celui qui respire ( mutanaffis ), souffle qui s'interrompt dans les lieux d'émission et qui manifeste en eux les essences des lettres selon des agencements particuliers. C'est alors que les paroles prennent existence.
« Maintenant que j'ai attiré ton attention sur ce point et pour nous permettre d'évoquer le contenu de ce chapitre, sache que Dieu - Gloire à Lui - ne s'établit en équilibre ( istawâ’ ) sur Son Trône ( ‘ar sh ) que par le Nom « Le Tout Rayonnant d'Amour » ( ar-Rahmân ) pour informer que Dieu vise seulement l'existenciation ( îjâd ) par rayonnement d'Amour pour les réalités existenciées, sans mentionner un autre Nom que celui-ci. Il a relaté cet Etablissement « en équilibre » sur la créature la plus immense [le Trône] englobant intégralement le domaine des Corps [physiques, subtils et spirituels]. Les souffrances ( âlâm ) ne se produisent que sous l'effet de la composition corporelle ( tarkîb ), les (éléments) simples ( basâ'it ) par contre ne sont pas, en principe, susceptibles de les recevoir, mais dans leur signification, ils se réfèrent, pour l'Univers, à l'universalité du rayonnement d'Amour. L'arrivée des épreuves est une miséricorde ( rahma ), ainsi que nous l'avons signalé pour le médicament désagréable à boire, le but n'étant ni une punition ni de faire souffrir, mais bien de rétablir le bien-être et la santé.
« Après cela, sache que le Vrai s'est nommé l'Extérieur ( zh âhir ) et l'Intérieur ( bâtin ) : l'Extérieur à cause des formes dans lesquelles Il [paraît] évoluer et l'Intérieur en fonction de la signification principielle qui admet cette évolution et la manifestation ( zh uhûr ) à travers ces formes. Il est Celui qui connaît l'Inattesté ( gh ayb ) ( Qur'ân 13-9) en tant qu'Il est l'Intérieur et l'Attesté ( sh ahâda ) en tant qu'Il est l'Extérieur.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents