De la sagesse des Imams
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Description

Ce livre rassemble plusieurs conférences prononcées par Mortada Motahari à différentes occasions.Il explore la vie des « Imams purs », issus de la maison et descendance du Prophète de l'islam, marquée du sceau de l'infaillibilité. Depuis le premier d'entre eux, l'Imam 'Alî ibn Abî Tâlib, le « commandant des croyants », et ses deux fils l'Imam al-Hassan et l'Imam al-Hussein, le « maître des martyrs », jusqu'au dernier de cette lignée pure, l'Imam attendu et le Mahdî promis, en passant par les Imams Zayn al-'Abidîn, Ja'far al-Sâdiq, Mûsa al-Kâdhim, al-Ridâ, et al-'Askarî.L'auteur présente la méthode suivie et les épreuves traversées par chaque Imam dans son combat pour préserver la pureté originelle de l'islam, enseigner la doctrine islamique,et servir les intérêts des musulmans, sur les plans intellectuel, religieux, politique, culturel et social. Son analyse minutieuse et ses explications approfondies permettent de résoudre les contradictions qui ne sont qu'apparentes, en faisant apparaître les finalités communes, la sagesse prophétique, et l'esprit de justice et de vérité au service desquelles les Imams ont tous sacrifiés leur vie.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 octobre 2015
Nombre de lectures 17
EAN13 9791022501088
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,048€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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– Études –
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1431-2010
ISBN 978-2-84161-412-7 // EAN 9782841614127
De la sagesse des Imams

Par le martyr Mortada Motahari
Traduit à partir de l’arabe Par Fadwa Al-Khalili
Préambule
Le livre que vous avez entre les mains, chers lecteurs, est composé de plusieurs conférences que le martyr Motahari a prononcées en des lieux et des moments différents. Il se compose d’une introduction et de huit chapitres :
Le premier chapitre est une conférence ayant pour titre « les problèmes de l’Imam ‘Alî », prononcée le 21 ramadan 1390 dans la husayniyé al-Irshad.
Le second reprend deux conférences ayant pour thème « le traité de paix de l’imam al-Hassan » prononcées au mois de rabî‘ en 1350 au siège de l’Association islamique des médecins.
Le troisième est composé d’une courte étude sur l’Imam Zayn al-‘Abidîn que maître Motahari avait prononcée sous le titre de « la légende des treize » le 25 Muharram 1390, à Husayniyé al-Irshad.
Le quatrième chapitre reprend une étude sur l’Imam al-Sâdiq et la question du califat, suite à la conférence sur le traité de paix de l’imam al-Hassan et une étude sur « la question de la wilâya au temps de l’Imam al-Rida », conférences prononcées au siège de l’Association islamique des médecins.
Le cinquième chapitre est une conférence intitulée « les causes du martyre de l’Imam Mûsa al-Kâdhim » prononcée le 24 rajab en 1389, à la husayniyé al-Irshad.
Le sixième chapitre renferme une étude sur la question de « la nomination de l’Imam al-Rida à la succession du calife », objet de deux conférences prononcées au siège de l’Association islamique des médecins.
Le septième chapitre reprend une conférence intitulée « Un mot sur l’Imam al-Hassan al-Askarî » prononcée dans le cadre d’une série de conférences sur la vie du prophète, en 1354 (hijri shamsi).
Le huitième chapitre est composé de deux conférences sur l’Imam al-Mahdî, la première intitulée « une justice entière et parfaite », prononcée le 14 shaabân 1390 h. Et la seconde intitulée « Le Mahdi promis », prononcée une semaine plus tard, et toutes les deux à Husayniyé al-Irshad.
Comme le laisse entendre le titre du livre, choisi par le comité qui supervise la publication des œuvres du maître martyr, ce livre est une exploration de la biographie des imams purifiés. Il est évident que la narration de la biographie entière des imams purifiés et l’étude dans toutes ses dimensions, exigent des œuvres monumentales qu’un seul individu est incapable d’assumer.
Introduction
Comparaison entre la voie de l’imam al-Hussayn et celle des autres imams… l’arcane (ou la dissimulation)
Un thème mérite la recherche et l’étude, c’est celui de la comparaison entre la voie du maître des martyrs avec celle des autres imams purifiés. Certains peuvent considérer que la voie de l’imam al-Hussayn est en contradiction avec celle des autres infaillibles, tels que l’imam al-Hassan, l’Imam al-Bâqir ou l’imam al-Sâdiq, et même la voie du commandant des croyants, que les prières de Dieu soient sur eux tous, et considérer que l’imam al-Hussayn a adopté une méthode différente des autres imams.
Ces considérations suscitent dans les esprits un problème de taille qui semble insoluble, car il ne devrait pas y avoir de contradictions entre les infaillibles, et de plus, il faudrait que le partisan sache comment se comporter, dans la pratique. Quelle méthode adopter ?
Pour mieux clarifier le sujet, je dirai : la méthode utilisée par les shiites dans leur comportement avec les autres, et notamment les gouverneurs iniques, découle d’un thème que les responsables religieux ont montré et sur lequel ils ont insisté, c’est la méthode de l’arcane, de sorte que les termes « shiite » et « arcane » sont devenus indissociables, l’un impliquant l’autre. Tous les imams ont pratiqué et conseillé l’arcane.
Comment alors l’imam al-Hussayn s’est-il révolté et a contredit le principe de l’arcane ?
Si l’arcane est un droit, pourquoi l’imam al-Hussayn ne s’y est pas conformé, bien que les conditions prévalant à l’époque exigeaient l’arcane, du moins en apparence ? Si l’arcane n’est pas un droit, pourquoi les autres imams y ont eu recours, et l’ont même ordonnée ?
Cette question fait partie de la recherche sur les fondements, que l’on tienne ou non compte de l’accord entre les imams à son propos. Du point de vue de la théologie ou de la science des fondements, nous pouvons étudier si l’arcane peut être un droit et si elle est conforme à la raison et au Coran.
Nous devons d’abord dire que, malgré la réputation faisant de l’arcane une particularité shiite, ce qui n’est pas vrai, l’arcane se retrouve aussi chez les non shiites. Cette question ressemble à celle de l’altération du Coran, que certains considèrent comme une spécificité shiite, mais en réalité, même si des shiites clament l’altération du Coran, des sunnites, et non moins nombreux, affirment la même chose. Nous n’en parlons qu’à titre d’exemple, car nous ne voulons pas discuter de cette question.
Le sujet que nous voulons aborder et discuter plus largement est celui de l’adoption de l’arcane. Sur d’autres sujets aussi, nous pouvons remarquer, au premier abord, une contradiction ou une opposition, dans la vie des imams, entre les uns et les autres. Par exemple, il est possible que le messager agisse d’une certaine manière, et que le commandant des croyants fasse la même action, mais d’une autre manière, ou que l’imam al-Bâqir ou l’imam al-Sâdiq choisissent encore d’autres méthodes pour mener la même action. Ces contradictions ou oppositions apparentes peuvent être abondamment perçues ou remarquées, j’en citerai quelques-unes en exemples. Puisque nous considérons que tous les imams sont infaillibles et que tous leurs actes, comme leurs paroles, sont des témoignages et preuves, comment pouvons-nous donc nous comporter ? Quelle biographie suivre ? Quel acte prendre en exemple ?
Du moment que nous admettons l’imamat des Ahlul-Bayt , et que nous considérons que leurs paroles et leurs actes sont des témoignages et preuves ( hujja ), et que nous admettons que le noble messager nous a ordonnés de nous y référer, nos textes et écrits religieux sont très riches : nous avons des paroles, des récits, des maximes morales et sociales, mais aussi des invocations de valeur élevée qui sont, en soi, une branche immense du savoir et des enseignements musulmans dans différents domaines.
Les études statistiques soulignent que les six sahihs utilisés par les sunnites ne contiennent pas autant de hadîths que le livre al-Kâfî, à lui tout seul, où le lecteur trouve plus de 16 mille hadîths. C’est pourquoi le shiite a besoin de recourir à la méthode de l’analogie et de l’approbation, entre autres, et les shiites en sont toujours fiers.
Je voudrai cependant souligner que cet aspect qui semble une fierté pour les shiites est en même temps source de faiblesse. On dit par exemple : puisque les shiites n’ont pas un seul imam, mais quatorze, et que des récits à propos de chacun d’eux ont été rapportés, par des méthodes et moyens divers, il en découle nécessairement de l’égarement, de la perplexité ou de l’anxiété, et par conséquent, ils tombent dans un état d’anarchie, ne sachant comment se comporter. Ce qui peut constituer un bon moyen pour ceux qui visent la perversion de la religion, recherchant une couverture légale dans les textes islamiques pour leurs actes suspects et leurs paroles tendancieuses. Tous ceux qui veulent planifier un acte néfaste, peuvent se référer à un hadîth ou acte d’un des imams en vue de confirmer la légitimité de son acte ou la justesse de son point de vie, sans tenir compte des conditions et circonstances de la parole ou de l’acte de l’imam cité.
Il en découle éparpillement et anarchie, la perte du fondement moral et social constant. Malheur à la communauté qui ne possède pas un seul principe constant et où chaque individu pense à sa façon et se comporte tel qu’il veut ! C’est exactement la concrétisation du proverbe qui dit : si un malade est entouré de plusieurs médecins, il reste peu d’espoirs pour qu’il soit sauvé.
Ainsi, nous pouvons dire : si les savants ne font pas un effort réel pour étudier ces divers moyens et méthodes que nous remarquons dans les biographies des imams infaillibles, nous assisterons aux conséquences négatives que nous avons indiquées. Que nous ayions plusieurs imams dont les méthodes ont été différentes, ou que tous les imams aient agi de la même manière alors que nous percevons des différences apparentes entre eux, ou même si nous avons un seul imam qui a agi ou émis des jugements, dans des circonstances différentes, de différentes manières, si nous ne pouvons résoudre ces différences apparentes en nous basant sur un principe donné ou fixe, l’anarchie et l’éparpillement domineront inévitablement nos sociétés.
Lorsque nous étudions, à titre d’exemple, la biographie du messager, nous remarquons qu’il a vécu, matériellement, dans le renoncement et la pauvreté, mangeant du pain d’orge, revêtant des habits grossiers, habitant dans une demeure modeste, comme c’était également le cas pour le commandant des croyants. Et le noble Coran dit : « Vous avez, dans le prophète de Dieu, un si bel exemple pour celui qui espère en Dieu et au Jugement dernier, et qui évoque souvent le Nom de son Seigneur ». Il est donc réclamé à tous les musulmans d’imiter le mode de vie du messager, et de faire ce qu’il a fait.
Mais lorsque nous regardons du côté de l’imam al-Hassan al-Mujtaba, ou l’imam al-Sâdiq ou l’imam al-Rida, nous remarquons qu’au contraire, ils n’ont pas vécu dans le renoncement et la pauvreté, ils mangeaient bien, portaient des vêtements corrects, se déplaçaient en pompe… soit en d’autres termes, ils profitaient des bonnes choses de la vie. Lorsque l’imam al-Sâdiq se rendait en visite chez quelqu’un, et remarquait que ce dernier vivait dans une demeure étroite, bien que sa situation matérielle soit confortable, il lui disait : « pourquoi ne te mets-tu pas dans une demeure plus vaste ? L’autre disait : « j’ai hérité celle-ci de mon père, et il y vivait. » L’imam lui répondait : « Ton père était peut-être un sot ! Veux-tu être sot comme lui ? Veux-tu passer toute ta vie à payer pour la sottise de ton père ? »
Ce sont ces faits qui paraissent contradictoires en apparence, c’est là où gît l’éventuel point faible du shiisme…
En réalité, c’est plutôt le contraire. Je profiterai de cet exemple pour éclaircir comment le point fort de cette école gît précisément ici. En introduction, je dirai : si un imam infaillible avait vécu parmi nous, pendant vingt ans, il n’aurait pas assisté à des évolutions ou changements aussi complexes, nous permettant de remarquer les actions de cet imam dans des circonstances différentes, et sa manière de faire face aux formes et aspects variés des choses, nous faisant acquérir, de ce fait, la capacité et l’aptitude nécessaires pour savoir comment affronter ces questions dans ce monde en perpétuel changement, et comment appliquer les fondements religieux globaux sur les sujets différents, la religion étant une expression théorique et une application pratique, tout à fait comme les leçons théoriques et pratiques des sciences, où les leçons pratiques sont le moyen d’appliquer les théories sur des sujets partiels et divers.
Si l’imam infaillible avait vécu parmi nous pendant plus de deux-cent cinquante ans, par exemple, il aurait fait face à différentes sortes et multiples sujets, et il nous aurait montré comment résoudre chaque question selon ses propres circonstances et conjectures, nous aurions certainement mieux connu l’esprit des enseignements religieux et de ce fait, nous nous serions libérés de la rigidité de la pensée et de l’étroitesse de l’horizon, nous nous serions débarrassés de ce qui se nomme dans la terminologie logique : prendre les choses sans leurs causes, ou mêler l’accident à l’essence, ce qui veut dire que lorsque deux choses sont concomitantes, que l’une intervient dans l’évènement d’une troisième chose, alors que l’autre n’a aucune influence, sa présence étant due à une pure coïncidence pas plus, nous sommes alors saisi de doute et par l’erreur, nous imaginant que cette seconde chose est nécessaire pour l’avènement de la troisième, ou du moins participe avec la première, pour l’influencer et la rendre nécessaire…
Concernant les imams, il n’y a aucun doute que chacun d’eux a vécu à une période donnée et dans un environnement qui a ses propres exigences. Tout individu doit nécessairement suivre les exigences de son temps, et la religion accorde aux gens la liberté dans ce domaine. Grâce à la multiplicité des imams ou la longévité de l’un d’eux, l’être humain peut définir l’esprit des enseignements de l’islam ou bien les distinguer de ce qui dépend des exigences du siècle. Il prend l’esprit et délaisse ce qui a trait à ces exigences, tout à fait comme l’exemple cité à propos de la vie de renoncement, où le messager vivait dans la pauvreté alors que ce n’était pas le cas de l’imam al-Sâdiq.
Je vais à présent vous rapporter une histoire qui clarifie ce sujet :
Un hadîth connu rapporté par al-Kâfî et dans Tuhaf al-‘Uqûl raconte que Sufyân al-Thawrî est venu chez l’imam al-Sâdiq et a contesté le vêtement luxueux que ce dernier portait, disant que le messager ne portait pas de tels vêtements. L’imam lui répond : Crois-tu vraiment que le messager était tel que tu le dis et que les gens doivent s’y conformer jusqu’à la fin des temps ? Sais-tu que cela ne fait pas partie de la religion ? Il faut que tu sois raisonnable et que tu réfléchisses à la question de sorte que tu prennes en compte la période dans laquelle a vécu le messager de Dieu.
En ce temps, les gens moyens vivaient comme a vécu le prophète, et étant donné qu’il était le dirigeant et le chef, les gens mettaient à sa disposition leurs âmes et leurs fortunes, donc tout lui était possible, mais étant donné le niveau de vie des gens, en général, il ne se permettait aucune prérogative. L’islam conseille l’égalité et le réconfort, sa méthode consiste à rendre justice et à être équitable, il ordonne la bienveillance, la gentillesse, le comportement convenable dans la société, de sorte que le comportement de l’individu ne suscite pas de complexe dans le cœur des pauvres, que ni son compagnon ni son voisin ou quiconque ne soit heurté par son comportement.
Si, au temps du messager, le niveau de vie était comme il l’est actuellement, il ne se serait pas comporté comme il l’avait fait. Les gens sont libres de se vêtir comme ils l’entendent, de nouveaux ou de vieux vêtements, faits de tel ou tel tissu, la religion n’accorde pas d’importance à ces choses-là, mais accorde plutôt une grande importance aux fondements fixes et aux principes définis, qui ne se modifient pas avec le temps.
L’imam ajoute ensuite : moi, que tu vois vêtu luxueusement, je suis très attentionné aux droits légaux relatifs à ma fortune… C’est pourquoi je considère qu’il n’y a aucune contradiction, dans les fondements ou dans la signification, entre ma façon de faire et celle du prophète.
Un autre récit rapporte qu’au temps de l’imam al-Sâdiq, la sécheresse a sévi. L’imam dit à son magasinier : va vendre au marché le blé que nous avions emmagasiné, nous achèterons dorénavant notre pain, au jour le jour (le pain du marché était pétri avec un mélange de blé et d’orge). L’imam, ce faisant, voulait montrer comment l’islam impose aux musulmans un comportement bienveillant, juste et équitable, sans se soucier ensuite si le pain est pétri à la maison ou acheté au marché, s’il mange du pain de blé ou d’orge ou un mélange des deux, etc..
Ainsi, en remarquant la différence entre l’acte du messager de Dieu et celui de l’imam al-Sâdiq, nous comprenons mieux l’esprit de l’islam. Si l’imam al-Sâdiq ne nous avait pas montré cette question de façon si claire, nous aurions considéré cet aspect de l’acte du messager de Dieu, relatif à la période dans laquelle il a vécu, comme faisant partie de la religion islamique. Nous pouvons aussi rajouter le verset 21 de la sourate al-Ahzâb qui nous ordonne de prendre exemple sur le messager de Dieu.
Si nous constituons de cette question deux thèmes, l’un petit et l’autre grand, et concluons par la nécessité d’adopter une vie de pauvreté dans tous les cas, nous aurions entravé les gens par des chaînes jusqu’au jour de la résurrection. Mais l’explication fournie par l’imam al-Sâdiq qui a éclairci la différence entre sa manière de faire et celle du prophète est une leçon utile qui nous écarte de la sécheresse et de la rigidité intellectuelles, pour nous faire connaître l’esprit de l’islam et le sens de ses enseignements. Evidemment, l’imam nous montre dans ce récit la réalité mais admettons qu’il ne l’a pas fait, il nous faudra réfléchir et faire un effort de recherche pour découvrir que ces questions ne sont ni contradictoires ni opposées. Cette rigidité intellectuelle prévaut et notamment au sein des « akhbarites » qui interdisent même de fumer.
Ainsi, nous trouvons que l’un des moyens que nous devons adopter pour résoudre les contradictions présentes dans les différentes biographies est celui de « la solution coutumière » ou « la somme coutumière », consistant à tenir compte de la différence entre les exigences temporelles. Il est également possible d’utiliser ce moyen, même pour résoudre les contradictions verbales, bien que nos juristes ne s’y soient pas penchés jusque là.
Un autre exemple. On cita à ‘Alî le hadîth suivant : «cachez vos cheveux blancs, ne faites pas comme les juifs » qu’il rapportait sans s’y conformer, c’est-à-dire qu’il ne se teignait pas les cheveux pour cacher leur blancheur. ‘Alî dit : c’est une question propre à l’époque du prophète, une ruse militaire pour empêcher l’ennemi de croire que les musulmans à l’époque étaient un groupe de vieillards qui ne pouvaient ni fuir ni courir. Mais à présent, « à chacun ce qu’il préfère ». Si le commandant des croyants n’avait pas éclairci cette question, les gens auraient été contraints, jusqu’à la fin du temps, à se teindre les cheveux et les barbes. Il s’agit donc un des moyens de résoudre les contradictions, ce qui exige évidemment une large et profonde culture.
Je me souviens d’un savant cultivé jouissant d’une réflexion indépendante qui disait, lorsque le sujet de la délégation ( tafwîd ) était abordé, que Dieu, gloire à Lui, accordait à l’être humain un large champ de choix, hors des fondements globaux : « En étudiant la question de la délégation, nous devons prendre en compte cet important aspect, disant que nous avons un certain nombre de questions constituant l’esprit des enseignements religieux, ce sont les ordres divins globaux. Ces questions ne peuvent absolument pas être modifiées ou changées, car elles traitent des intérêts globaux et élevés de l’humanité… Tant qu’existe cette humanité, ces questions et ordres existent et sont d’actualité, et tant que l’être humain est humain, il doit se conformer et respecter ces ordres ».
Premier chapitre : Les problèmes de l’imam ‘Alî
L’imam ‘Alî a dit : « Abandonnez-moi et cherchez un autre que moi. Nous abordons une question qui se présente sous plusieurs aspects et formes, qui sont loin de satisfaire les cœurs et de tranquilliser les raisons, les horizons se sont bouchés, la preuve s’est dissimulée, et sachez que si je vous réponds, je ferai tel que je le comprends » ( Nahj al-Balâgha , sermon 90).
Nous savons que l’imam ‘Alî n’a cessé de déclarer, de montrer et d’expliquer, à toutes les occasions, au temps des califes, que le califat est son droit exclusif que personne ne peut lui contester. Mais nous savons qu’il s’est refusé de l’accepter (après l’assassinat de ‘Uthman, suite à la révolte sanglante contre lui) lorsque les gens se sont dirigés vers sa maison et l’ont entourée, voulant, avec insistance, lui prêter allégeance afin qu’il accède au pouvoir.
Les phrases que nous avons citées au début du chapitre sont tirées de Nahj al-Balâgha … L’imam dit : « Abandonnez-moi et cherchez un autre », ce qui veut dire allez vous choisir un autre calife. Puis l’imam explique pourquoi il refuse, afin que personne ne s’imagine qu’il ne se considère inapte au califat ou qu’il n’est pas le plus apte, parmi les gens, après le messager de Dieu, et le plus capable de gouverner. Il explique que la situation est très confuse, qu’un avenir très trouble se dessine à l’horizon, que des événements graves et confus se préparent, et que l’avenir qui nous attend n’est pas clairement défini, mais qu’il s’annonce explosif, véhiculant problèmes et séditions. « Les horizons se sont bouchés », la brume a bouché tous les horizons, de sorte que l’individu ne peut plus voir devant lui. Et la voie droite et claire n’est plus si évidente pour les gens qui ont du mal à la reconnaître. Mais il rappelle finalement une phrase signifiant la réalisation de l’argument-preuve, disant : « sachez que si je vous réponds, je ferai tel que je le comprends », ce qui veut dire que si j’accède à votre demande et accède au pouvoir, je vous conduirai selon mon savoir et ma réflexion, et non pas comme vous le souhaitez.
Ce qu’il dit, pour conclure, c’est abandonnez-moi à mes affaires, si je reste ministre à vos côtés est préférable que si je deviens votre commandant.
Ces paroles de ‘Alî montrent qu’il s’attendait à de graves et nombreux problèmes au cours de son califat, des problèmes tellement complexes et obscurs de sorte que les gens auront des difficultés à accepter et à comprendre les ordres de la direction légale, lors des prochains événements. C’est pourquoi il a refusé le califat et ce qu’il avait prévu s’est effectivement réalisé.
Quels sont les problèmes auxquels il a dû faire face ?
Je rappellerai certains, rapidement et concisément, afin d’exposer le plus grave, celui des Kharijites.
Le problème du meurtre de ‘Uthmân (l’hypocrisie)
Le premier problème qui a surgi et à propos duquel ‘Alî a dit qu’un sombre avenir attendait les musulmans, ce sont les conséquences du meurtre de ‘Uthmân. ‘Alî a accédé au califat d’une manière exceptionnelle, les révolutionnaires en colère ont tué le calife précédent et empêché de l’enterrer, puis ces révolutionnaires ont rejoint les rangs de ‘Alî. Qu’en pensaient les autres musulmans ?
Bien évidemment, le commun des gens ne pensaient pas comme les révolutionnaires. De même, ‘Alî lui-même n’était en accord ni avec les révolutionnaires, ni avec leurs adversaires, ni avec le commun des gens.
Si nous reprenons le dossier, nous voyons d’une part ‘Uthmân et sa cour, avec toute l’injustice et le préjudice commis, la remise des privilèges aux proches et aux membres de la tribu, et d’autre part, les groupes révoltés, en colère, venant de toutes parts, d’al-Hijâz, de Médine, de Basra, d’al-Kûfa et de l’Egypte, contester et critiquer, alors que ‘Uthmân refuse d’accéder à leurs demandes. ‘Alî fut étrangement l’intermédiaire entre les révolutionnaires et le calife, alors qu’il s’opposait à la ligne de ‘Uthmân. Mais en même temps, il ne voulait pas donner l’occasion aux révolutionnaires de tuer le calife, ouvrant ainsi la brèche de la sédition face aux musulmans. Ce sujet est une longue histoire.
‘Alî critiquait fortement l’attitude de ‘Uthmân et essayait de le détourner de la voie qu’il suivait en vue d’apaiser la colère des révolutionnaires, et stopper la sédition. Mais ni Uthman, ni ceux qui se tenaient dans ses rangs n’étaient prêts à changer de route. Les révolutionnaires, non plus, ne voulaient pas abandonner leurs revendications ni mettre fin au siège autour de la maison du calife.
Le résultat fut que les révolutionnaires mettent à exécution leurs menaces sans que ‘Alî y soit impliqué.
‘Alî savait que le meurtre de ‘Uthmân entraînerait nécessairement une sédition, notamment après que les historiens et sociologues contemporains, qui ont étudié l’histoire de l’islam en profondeur et détail, ont mis en évidence d’importants faits- et nous remarquons également que Nahj al-Balâgha avait pointé du doigt là-dessus, c’est le fait que certains partisans de ‘Uthmân ont été impliqués dans son assassinat. Ils espéraient que le meurtre de ‘Uthmân suscite une sédition dans le monde de l’islam pour pouvoir pêcher en eaux troubles.
Mu‘âwiya, tout particulièrement, est impliqué dans le meurtre de ‘Uthmân. Il a agi dans le secret jusqu’à ce que le feu de la sédition s’embrase, voulant profiter de ce meurtre pour réaliser ses ambitions et ses désirs.
Je voudrai insister ici sur un point important de ce problème auquel a fait face ‘Alî, c’est la disparité claire entre ses adversaires et les adversaires du prophète en son temps. Le prophète faisait face à un groupe de mécréants et de polythéistes qui le combattaient au nom du polythéisme… Ils réfutaient explicitement Dieu et l’Unicité, et Abu Sufyân insistait sur le mot d’ordre Aal Houbal . Le messager a réussi à les affronter et à leur résister par ce mot d’ordre clair : Dieu est le Plus Grand et Le Suprême.
Quant à ‘Alî, il affrontait une classe de savants hypocrites, qui manifestaient l’islam sans être réellement musulmans, leurs mots d’ordre étaient musulmans alors qu’ils agissaient contre l’islam.
Mu‘âwiya b. Abi Sufyân était comme son père, il possédait cet esprit sufyanite et visait des buts diaboliques, au nom du verset coranique : « Pour quiconque serait injustement tué, Nous donnons à son ayant cause le droit de d’exiger réparation. ». Il est vrai que ce mot d’ordre est attirant, mais personne ne demande à Mu‘âwiya qui l’a placé responsable du sang légal de ‘Uthmân ? La parenté de Mu‘âwiya est éloigné de celle de ‘Uthmân, à moins de revenir à quatre générations précédentes, ce qui veut dire qu’ils sont proches par le quatrième aïeul, alors que ‘Uthmân a des enfants et des parents plus proches de ‘Alî que de Mu‘âwiya. Comment Mu‘âwiya est-il passé par-dessus pour se poser en tant que responsable du sang ?
Quelle est la relation de ‘Alî avec le meurtre de ‘Uthmân ? ‘Alî n’est absolument pas impliqué dans ce meurtre, mais un personnage rusé et roublard comme Mu‘âwiya n’y prête pas attention, car il veut uniquement profiter de cet événement, de n’importe quelle manière.
Mu‘âwiya avait chuchoté, auparavant, à ses espions et collaborateurs qu’il avait envoyé chez ‘Uthmân, de lui ramener immédiatement les vêtements ensanglantés du calife lorsqu’il serait assassiné. Effectivement, à peine ‘Uthmân a-t-il été tué qu’ils exécutent ses ordres, avant même que le sang ne se soit asséché, envoyant ses vêtements ensanglantés avec les traces de l’épouse de ‘Uthmân 1 . A peine Mu‘âwiya reçoit le vêtement du calife, avec les doigts coupés, qu’il commence son jeu.. Il ordonne de pendre les doigts de l’épouse de ‘Uthmân aux côtés de sa tribune et se met à crier : « Ô vous les gens ! l’injustice s’est répandue, l’islam s’en est allé, ce sont les doigts coupés de l’épouse du calife » puis ordonne de pendre la chemise de ‘Uthmân sur un morceau de bois avant de s’asseoir à côté, à crier et à pleurer sur le calife injustement traité. Il passe un long moment, dans la province de Shâm, à lire les textes de condoléances en faveur de l’âme de ‘Uthmân, faisant pleurer les gens tout en les mobilisant pour réclamer vengeance.
Que voulaient-ils en réclamant la vengeance de ‘Uthmân ?
Le complot de Mu‘âwiya consistait à réclamer le sang de Uthmân auprès de ‘Alî, car ils prétendaient qu’il était associé dans l’assassinat du calife, la preuve étant que les révolutionnaires qui ont attaqué la maison de ‘Uthmân et l’ont tué se retrouvent à présent dans les rangs de ‘Alî et constituent une partie de son armée et de ses soldats !! Ce fut un problème provoqué et utilisé par des gens aux buts inavoués pour susciter deux grandes guerres : al-Jamal et Siffîn.
Une application sévère de la justice
Un autre problème auquel ‘Alî a fait face concerne sa manière de gouverner et le changement opéré dans la société musulmane au cours du califat des trois premiers califes. ‘Alî était ferme et solide, il ne s’amollissait pas lors de l’application des jugements de l’islam. Après le prophète, et pour de nombreuses années, les musulmans se sont peu à peu habitués aux privilèges accordés aux proches des califes et du pouvoir régnant, alors que ‘Alî affichait une rigidité extrême dans ces questions, disant : « Je ne suis pas de ceux qui s’écartent de la justice, même pas un brin de cheveu. » Même ses compagnons sont venus à lui un jour lui disant : « Nous nous sacrifions à toi mais assouplis un peu tes méthodes ». Il leur répondit, tranchant : « m’ordonnez-vous que je réclame la victoire par l’injustice ? Par Allah, cela ne se produira jamais », c’est-à-dire vous me demandez de réaliser mes buts en pratiquant l’injustice et en violant les droits des gens ? Cela ne se produira jamais de ma part.
La franchise et la sincérité en politique
Le troisième problème rencontré par ‘Alî au cours de son califat est celui de sa franchise et de sa sincérité dans les domaines du pouvoir et de la politique ; cette attitude n’était pas du goût de certains compagnons qui lui disaient : cela n’est guère possible, car la politique n’exige pas autant de franchise ni de spontanéité, il faudrait y associer un peu de ruse et de roublardise, qui sont le sel de la politique. Certains disaient même que ‘Alî n’avait pas un sens de la politique, contrairement à Mu‘âwiya qui est, à leurs yeux, un politique habile. ‘Alî, quant à lui, disait : « Par Allah, Mu‘âwiya n’est pas plus habile que moi, mais il trompe et ment, et sans ma haine de la tromperie, j’aurais été le plus habile, mais toute tromperie est mensonge, et tout mensonge est un péché. Chaque tricheur sera derrière une bannière qui le fera connaître le jour de la Résurrection. »
C’est la crainte de Dieu qui a mis la distance entre lui et ceux qui ont plongé dans les complots et les jeux politiques perfides et qui l’a poussé à être fidèle à la sincérité et la droiture dans tous les domaines de la vie, même dans la politique et le pouvoir. Nous pouvons comprendre de la dernière phrase « chaque tricheur sera derrière une bannière » que l’imam voulait mettre en garde les gens contre le fait d’être trompés et de suivre le gouverneur qui trompe et ment, pour ne pas se retrouver derrière sa bannière le jour de la résurrection, y trouvant un sort malheureux.
Les kharijites, le problème principal de ‘Alî
Avant d’aborder le sujet, nous ferons une courte introduction. La question essentielle que visait l’islam n’est pas, en premier lieu, la mobilisation des musulmans, et notamment l’avant-garde, sous la bannière du jihad, de la révolution, de la lutte et du soulèvement, mais plutôt l’éducation réaliste de l’avant-garde, par les enseignements de l’islam, dans toutes ses dimensions, comme le rappelle le noble verset : « …qui leur récitera Tes versets, leur enseignera l’Ecriture et la sagesse et les purifiera de leurs fausses croyances ! » Le prophète a éduqué la première génération des musulmans et lui a enseigné la religion, y allant progressivement, diffusant dans leurs esprits les enseignements et l’éducation islamiques jusqu’à ce qu’ils ont été en mesure de comprendre ce qu’est l’islam, profondément et fermement. Il est resté treize ans à la Mecque, su- bis sant toutes sortes de dommages et de tortures de la part de Quraysh, ordonnant sans cesse la patience et la tempérance. Combien de fois ses compagnons lui ont-ils demandé l’autorisation pour qu’ils puissent se défendre, disant : ô messager de Dieu, combien nous faut-il encore supporter les torts ? Jusqu’à quand ceux-là vont-ils continuer à exercer sur nous des chantages et nous humilier ? Jusqu’à quand vont-ils continuer à nous étendre sur les sables étendus et chauds écrasant nos poitrines par les rochers brûlants ? Jusqu’à quand allons-nous les autoriser à nous enflammer le corps avec leurs fouets ? Mais le messager ne donnait aucun ordre de lutte ni de défense. Lorsque l’attitude de Quraysh empire, il donne l’ordre d’émigrer, uniquement, à un groupe de musulmans, vers l’Ethiopie, remettant à plus tard la confrontation armée avec le groupe de mécréants, le temps que les musulmans parviennent au niveau requis pour le combat et la confrontation militaire.
Ainsi, le prophète est resté une période à la Mecque, à enseigner et éduquer, soit, en d’autres termes, à former le noyau essentiel de l’islam ; même ce groupe qu’il avait envoyé émigrer, composé environ de mille hommes et femmes, il l’avait choisi parmi ceux qui avaient reçu une éducation islamique entière et qui connaissaient parfaitement l’esprit de l’islam. La première condition pour tout mouvement ou renouveau consiste à trouver une base éduquée et instruite, composée de membres ayant appris les enseignements nécessaires, les fondements, les objectifs et les mesures pratiques exigées. Ceux-là peuvent se trouver sous la forme d’un noyau central, d’abord, avant d’être rejoints par des individus, leurs élèves, qui s’adaptent à leurs méthodes et leurs moyens. C’est le secret de la réussite de l’islam.
Cependant, au temps des califes, et notamment au temps de ‘Uthmân, ceux-là n’ont pas poursuivi la tâche éducative comme l’avait menée le prophète, l’ardeur et la vigueur se sont ramollies au regard de cette question extrêmement sensible, au moment où les conquêtes islamiques élargissaient le territoire de l’islam. Nous savons que les conquêtes ne font rien, quand elles sont isolées, car il faut préparer au départ les individus capables d’assumer les lourdes responsabilités. Et s’il faut absolument mener le jihâd , les conquêtes et s’étendre dans la région, il faut que cela puisse être adapté à l’approfondissement de la pensée islamique et à la diffusion de la culture islamique, afin que les peuples puissent entrer dans l’islam – ou bien ceux qui y sont attirés -, qu’ils comprennent la religion musulmane, qu’ils connaissent les fondements, les réalités et les buts de l’islam, et qu’ils maîtrisent à la fois l’enveloppe et le cœur de l’islam.
Mais du fait de la négligence qui a eu lieu au temps des califes, il en a résulté l’apparition d’une classe de musulmans qui aimaient l’islam, qui y croyaient mais qui ne connaissaient que l’apparence et l’enveloppe, qui ignoraient tout de l’esprit véritable et de la substance de l’islam. Cette classe n’avait pour souci que d’accomplir les rites et de prier, sans rechercher la connaissance ou essayer de connaître les objectifs de l’islam.
C’est la classe des individus qui vivaient en ascètes et ermites, dans une sainteté apparente, mais creuse. Lorsqu’ils se sont révoltés et ont annoncé leur désobéissance à ‘Alî, il leur délégua l’imam ‘Abdallah b. ‘Abbâs qui, à son retour, les décrit ainsi : « Leurs fronts sont couverts d’ulcères à force de se prosterner, les mains calleuses comme les chameaux, leurs chemises rapiécées et les manches relevées » ce qui signifie que les traces des blessures sont encore apparentes sur leurs fronts, à force de se prosterner sur le sable en signe de piété, de même et pour les mêmes raisons, leurs mains sont boursouflées, ils sont habillés de vieux vêtements, à cause de leur ascétisme, et leur allure générale témoigne qu’ils sont déterminés.
‘Alî décrit ainsi cette classe vivant dans l’ascétisme et l’ignorance : « creux, canailles, serviles, nains, rassemblés de toutes parts et devant être éduqués et instruits, ils ne sont ni des émigrés ni des ansârs (partisans), ni de ceux qui ont été éduqués par le messager de Dieu, ni de ceux qui l’ont suivi et emprunté sa voie », ce qui veut dire qu’ils sont un groupe dont les cœurs sont durs, dont les esprits sont rabaissés, serviles envers leurs passions et dénués de toute volonté autonome et de réflexion indépendante. Venus de toutes parts, personne ne sait d’où ni comment ils sont venus. Il leur fallait se mettre sur les bancs de l’école de l’islam pour apprendre les rudiments de la religion. Ils ne connaissent ni le Coran, ni ses significations, ne comprennent rien à la sunna, ils ne sont ni des émigrés ni des ansârs qui ont été éduqués par le messager de Dieu, ni de ceux qui l’ont suivi et emprunté sa voie.
Donc, ‘Alî prend les rênes du pouvoir dans des circonstances où cette classe apparaît parmi les musulmans. Ils étaient éparpillés dans l’ensemble de l’Etat islamique, et même parmi les soldats de l’armée de ‘Alî. Dans la guerre de Siffîn, lorsque Mu‘âwiya ressentit sa proche défaite, il demande conseil à ses compagnons, ‘Amr b. al-‘As lui conseille de lever les exemplaires du Coran sur les épées et d’appeler le camp de ‘Alî à prendre le Coran pour juge pour trancher le conflit. Le but de ce plan consistait à profiter de cette classe précisément et de la faire agir par cette ruse en la soulevant contre la direction légale, et par conséquent, soit l’équilibre militaire entre les deux camps est réalisé soit il penche du côté de Mu‘âwiya. C’est alors qu’ils ont levé les exemplaires du Coran sur les épées disant : ô vous les gens… Le Coran est entre nous, nous sommes tous les gens du Coran et les gens de la Qibla, pourquoi nous combattez-vous ? Si vous le voulez absolument, avancez donc et frappez ces nobles exemplaires du Coran.
En conséquence, cette classe dont nous avons parlé s’est immédiatement arrêtée de combattre, disant : Non, par Dieu, nous ne combattrons jamais le Coran. Puis ils sont venus vers ‘Alî, proclamant la fin du conflit, selon eux, puisque le Coran est intervenu entre les combattants et que la guerre n’avait plus lieu d’être ! Il leur dit : Non, ces gens mentent. Je leur avais proposé, dès le début, que le Coran soit juge entre nous, pour montrer lequel des camps est dans le vrai, mais ils ne m’ont pas écouté, et à présent, parce qu’ils ont failli perdre la guerre, ils essaient de faire de la couverture du Coran une armure pour les protéger et les sauver de la défaite. Ô vous les gens ! Ne vous laissez pas tromper par les paroles de ces gens-là, je suis devant vous, et je suis le Coran qui parle, je vous ordonne de poursuivre la guerre et d’aller de l’avant.
Ils répondent : Que cela est étrange ! Comment peux-tu dire ces paroles ? Jusqu’à présent, nous pensions que tu étais un homme bon, mais voilà que tu réclames les honneurs et les gains, pour toi-même. Tu nous demandes d’aller combattre le Coran. Non, nous ne le ferons pas.
La réponse de l’imam fut : Bien, si vous ne voulez pas combattre, mettez-vous de côté et laissez les autres poursuivre la guerre.
Mais ils n’ont même pas voulu cela. Mâlik al-Ashtar poursuivait son avancée et remportait victoire sur victoire. Ils réclament à ‘Alî d’ordonner le retour de Mâlik, car le combat contre le Coran n’est pas permis, leur pression était tellement forte que ‘Alî est contraint d’exécuter leurs demandes. Mais Mâlik al-Ashtar ne revient pas, il envoie plutôt une missive à l’imam, disant : Que je sois martyr, ô mon chef, il ne reste qu’une ou deux heures avant que l’armée de Mu‘âwiya ne soit entièrement défaite. Autorise-moi à poursuivre la lutte. Mais ceux-là insistaient et poursuivaient leurs pressions, disant : ô ‘Alî, ou bien tu fais revenir Mâlik, ou bien nous te découpons en morceaux, avec nos épées, ici-même. A présent, tu combats le Coran et nous ne le permettons pas. Il envoie dire à Mâlik : « ô Mâlik, si tu souhaites voir ton imam vivant à ton retour, reviens tout de suite ».
Mâlik revient, et la question des deux arbitres est alors proposée. Un groupe s’enthousiasme et insiste pour la réaliser. Mu‘âwiya nomme ‘Amru b. Al-‘As, le rusé, pour être l’un des deux, et ‘Alî propose Ibn ‘Abbâs, le savant attentionné, mais ils le refusent, disant : Non, Ibn ‘Abbâs fait partie de ta tribu, il est ton cousin, et nous voulons un individu qui ne t’est pas proche. L’imam propose alors Mâlik al-Ashtar, mais ils refusent, insistant pour nommer Abu Mûsa al-Ash‘arî.
Qui est Abu Mûsa al-Ash‘arî ? Faisait-il partie de l’armée de ‘Alî ? Non, mais il était gouverneur d’al-Kûfa, et a été démis de sa fonction par ‘Alî, alors calife. C’est pourquoi il lui vouait, en réalité, de la haine et de l’inimitié. Ils ont donc proposé ce personnage pour représenter leur camp, bien que ‘Alî ait refusé ce choix. A peine commence l’arbitrage qui ressemblait à une comédie plus qu’à autre chose, que Abu Mûsa sort défait face à la célèbre ruse de ‘Amru b. al-As, que l’histoire a notée.
C’est alors que ce groupe réalise son erreur, mais la manière de la reconnaître constitue en soi une autre erreur, plus grave et plus amère. Ils n’ont pas dit : nous avons commis une erreur le jour où nous avons réclamé la fin de la guerre contre Mu‘âwiya, notre guerre contre les soldats de Mu‘âwiya, portant les exemplaires du Coran à la pointe des épées, n’était pas une guerre contre le Coran. Ils n’ont pas admis leur erreur d’avoir nommé Abu Mûsa en tant qu’arbitre, alors qu’ils devaient accepter Ibn ‘Abbâs ou Mâlik al-Ashtar, mais ils dirent : le fait d’avoir accepté l’arbitrage au sujet de la religion de Dieu est une mécréance, à la base car le Coran dit : « Seul Dieu en décidera ». Ils sont venus vers ‘Alî et ont dit : tu as mécru, toi aussi, comme nous, en acceptant l’arbitrage, et tu dois te repentir à Dieu comme nous le faisons ! La réponse de l’imam fut : vous avez confondu les choses, l’arbitrage n’est pas de la mécréance, vous avez mal compris le Coran, car le verset «Seul Dieu en décidera» signifie que la loi est expliquée par Dieu le Tout-Puissant, ou par toute autre personne que Dieu autorise à le faire. L’arbitrage ne signifie pas se soumettre à autre que Dieu, les deux arbitres avaient pour fonction de juger d’après le texte du Coran, sans plus.
Mais quand ils ont insisté, l’imam leur dit : je n’ai pas commis de fautes pour que je l’admette, et je n’ai pas dit que ce qu’admet la législation est contraire à la législation, comment puis-je mentir à Dieu et à Son messager, disant que la nomination d’arbitres dans les conflits entre les gens constitue un acte mécréant et associateur ? Non, je ne le ferai pas, et si vous insistez, faites ce que bon vous semble et je n’ai rien à voir avec vous.
Comportement du commandant des croyants avec les Kharijites
Leur réaction a été de se séparer de la ligne de l’imam et de se révolter contre lui. Ils sont devenus le groupe nommé « kharijites », puis ont tenu, autant qu’ils pouvaient le faire, à faire du tort et à offenser l’imam. ‘Alî a, pour sa part, utilisé toute sa prudence avec eux tant qu’ils n’ont pas brandi leur épée. Il ne les a même pas privés de leurs droits financiers, ni limité leur liberté de mouvement. Ils venaient à lui et l’offensaient publiquement en l’insultant mais il gardait son calme et ne répondait pas.
Alors qu’il faisait son sermon à la tribune, par exemple, l’un d’eux se mettait à émettre des bruits malpolis. Un jour, une personne posa une question à l’imam, celui-ci répondit. Les voix de la foule s’élève pour exprimer l’approbation et l’admiration. Un kharijite présent dit alors : « Que Dieu combatte celui qui est si savant ». Les compagnons de ‘Alî voulurent le remettre à sa place, mais l’imam leur dit : Du calme, que voulez-vous de lui ? Il m’a insulté, vous devez uniquement répondre à l’insulte. Laissez-le tranquille.
Un autre jour, alors que ‘Alî dirigeait la prière (mais les kharijites ne le suivaient pas, puisqu’ils l’avaient apostasié), alors qu’il lisait al-hamd (la louange) et le verset, l’un d’eux nommé Ibn al-Kawwâ’ s’avance et commence à lire à haute voix : « Il t’a été révélé ainsi qu’à ceux qui t’ont précédé : « si jamais tu donnes des associés à Dieu, toutes tes œuvres seront réduites à néant.. », voulant dire : ô ‘Alî, nous admettons que tu es le premier à être entré dans l’islam, nous reconnaissons que tu as de fameux antécédents et que tu as rendu d’immenses services à la religion, et que ta dévotion est extrême, mais parce que tu es devenu impie et que tu as associé à Dieu (indiquant la question de l’arbitrage), Dieu a annulé tes actes et tu n’as aucune récompense auprès de Dieu !!
Que devait alors faire ‘Alî ? A peine le kharijite a-t-il commencé à réciter le verset que l’imam se tait, en application du noble verset : « Lorsque le Coran est récité, observez le silence et écoutez-le attentivement » (7 : 204), et lorsque l’autre s’est arrêté, l’imam reprend sa récitation. Le kharijite répète ainsi le verset, et à chaque fois, l’imam s’arrête, écoute puis reprend. La quatrième fois, l’imam poursuit sa prière sans lui prêter attention, et récite ce verset : « Sois donc patient ! La promesse de Dieu s’accomplira. Que ceux qui ne sont pas convaincus ne t’ébranlent pas » (30 : 60).
Les principes de l’école kharijite
Est-ce que les Kharijites se sont contentés de ces torts ? Non, s’ils l’avaient fait, ils n’auraient pas constitué un grand problème pour l’imam ‘Alî. Mais nous les voyons se réunir et se rassembler pour former un parti, ou plutôt scissionner en groupe islamiste (et lorsque je dis islamiste, je ne signifie pas qu’ils font en réalité partie des musulmans, parce qu’à nos yeux, ils sont impies et ont renié la religion), ils ont inventé une nouvelle école dans le monde de l’islam et lui ont fabriqué des principes et des ramifications. Ils ont dit : ne fait partie de nous que celui qui croit, en premier lieu, que ‘Uthmân, ‘Alî et Mu‘âwiya, ainsi que ceux qui ont accepté l’arbitrage, sont des impies, et nous à notre tour, nous avons été impies mais nous nous sommes repentis, et celui qui ne se repent pas, nous ne le considérons pas musulman, à tout jamais !
Ils ont également dit : ordonner le convenable et interdire le répréhensible est une question absolue, qui n’est limitée par aucune condition, il faut se soulever contre l’imam injuste quelles que soient les conditions, même s’il y a certitude de la vanité d’un tel soulèvement ! Cet avis juridique les a teintés d’une extrême violence et rudesse.
Ils ont instauré un autre principe, qui traduit leur ignorance et leur étroitesse d’esprit. Ils ont dit : l’acte fait partie de la foi, nous ne croyons pas en une foi séparée de l’acte. L’être humain, en devenant musulman lorsqu’il prononce les deux témoignages, doit lui associer l’accomplissement du devoir de la prière, du jeûne et de tous les actes de dévotion imposés. De même, il faut qu’il s’abstienne de boire de l’alcool, de jouer aux jeux de hasard, de s’écarter de l’adultère, du mensonge et de tous les péchés majeurs, afin qu’il puisse mériter le nom de musulman. Si le musulman ment une seule fois, il sort de l’islam et devient un impie impur ! De même, s’il médit, boit de l’alcool, même une seule fois, ou s’il commet un péché majeur, il sort de la religion de l’islam !
Ils se sont également construits un arsenal d’autres principes, dont on peut conclure qu’ils se considèrent eux-mêmes musulmans, les seuls, sur la surface de la terre, apostasiant ainsi les autres écoles, les rejetant hors du domaine de l’islam.
L’un des principes des kharijites est celui d’ordonner le convenable et d’interdire le répréhensible, de manière absolue, inconditionnellement et étant donné qu’ils ont alors considéré ‘Alî comme impie, il ne leur restait plus qu’à se révolter contre lui. Ils ont planté une tente hors du campement de ‘Alî et annoncé la révolte et la désobéissance, officiellement et sans préalable... Ils ont adopté, dans leur révolte, un moyen extrêmement rude et erroné. Du moment qu’ils ne considéraient pas les autres comme musulmans, ils ont décidé de ne pas ase lier à eux par des liens matrimoniaux et se sont interdits de consommer leurs bêtes. Ils sont allés jusqu’à légitimer leurs meurtres, le meurtre de leurs enfants et de leurs femmes, commettant plusieurs actes de brigandage et de pillage envers les musulmans, allant jusqu’au meurtre, leur situation étant devenue des plus étranges !
Un exemple de leurs actes criminels : un des compagnons du prophète passait près de leur région en compagnie de son épouse enceinte. Ils lui barrent la route, lui réclamant de se dédouaner de ‘Alî, mais ce dernier refuse. Ils le tuent et tuent son épouse en l’éventrant, prétendant qu’il était impie et que son sang est légitime. Autant ils se permettaient de violer les sacralités des autres, autant ils protégeaient les leurs. Un des leurs a osé une fois cueillir une datte d’un arbre appartenant à un autre membre de leur groupe, ils se sont alors jetés sur lui et l’ont vertement réprimandé, car à leurs yeux, il avait piétiné le droit de son frère musulman !
Comment ‘Ali a affronté les kharijites
Leur situation a tellement empiré que l’imam s’est trouvé contraint de camper en face d’eux. Ils étaient devenus nombreux, environ douze mille personnes, et constituaient un grave danger de sorte qu’il ne fallait ni leur faire des concessions, ni lâcher la corde. Il leur envoyé en délégué Ibn ‘Abbas, pour discuter et négocier. Mais ce dernier n’a pu rien faire, et revient bredouille.
Le commandant des croyants se dirige vers eux : la discussion porte des effets puisque plusieurs regrettent leurs actes précédents et demandent pardon. ‘Alî ordonne alors de planter une bannière devant son campement, annonçant qu’il accueillait tous les kharijites qui se repentaient, leur offrant la sécurité. Huit mille hommes se rassemblent alors sous la bannière, mais les quatre mille persistent dans leurs positions en annonçant que leur retour est impossible. C’est alors que l’imam lance son armée contre eux, les combattant vigoureusement, même s’ils étaient des pieux ascètes, des dévots soumis dont les ulcères aux fronts et les callosités aux mains étaient apparents, à force de prier et de se prosterner ! Il poursuit la lutte contre eux jusqu’à en finir ! Très peu réussissent à s’échapper, dont Abdel Rahman b. Muljam.
Il nous faut ici nous arrêter un instant pour considérer la grave décision prise par l’imam envers ce groupe égaré. Etait-il facile de prendre une telle décision pour une personne autre que l’imam ‘Alî ?
La grande majorité des musulmans et notamment ceux qui combattaient dans les rangs de ‘Alî considéraient que les membres de ce groupe étaient des musulmans, et que leurs divergences avec la direction ne les excluaient pas du champ de l’islam, d’autant plus qu’ils étaient des dévôts et des ascètes dont la dévotion avait laissé des traces apparentes. Ils se refusaient les moindres interdits et se montraient tellement attachés à la religion que seul un œil extrêmement perspicace pouvait les juger d’impiété et légaliser leur meurtre. En réalité, personne n’osait tuer un musulman pieux qui ne cesse de rappeler Dieu ou dont les lèvres n’arrêtaient pas de réciter le Coran, sauf deux sortes de gens :
La première : ceux qui ne croient pas en Dieu ni dans le Jour Dernier, ni dans l’islam, comme les gens de Yazîd qui ont tué al-Hussayn et ses compagnons.
La seconde : des gens ayant un savoir et une perspicacité qui leur permettent de percer le voile de la sainteté et de la grandeur, pour parvenir à la substance hypocrite et impie. Cette sorte de personnes se retrouve uniquement dans l’imam ‘Alî.
Le commandant des croyants dit, dans Nahj al-Balâgha : « J’ai crevé l’œil de la sédition, personne ne pouvait oser le faire, sauf moi, après que ses ténèbres se soient étendues et que sa rage se soit endurcie ».
Il dit, en toute fierté : c’est moi-même qui ait porté un coup décisif aux Kharijites, et personne d’autre n’a eu la hardiesse de supprimer ces scissionnistes ni d’éteindre le feu de leur sédition.
La première partie de la dernière expression indique l’obscurité des équivoques et des doutes dont les vagues parvenaient aux musulmans pour les inonder, rendant cette chose indécise pour eux, ne pouvant quitter cette zone d’indécision et de doute quant à ceux-là 2 . La seconde partie de cette expression exprime la grande capacité de ce mal à s’étendre parmi les musulmans s’ils fréquentaient ceux-là, tout comme se propage le mal de la rage parmi ceux qui fréquentent les chiens enragés. Tout comme chaque individu a le droit de tuer le chien enragé de peur d’être mordu, l’imam a pris le droit de tuer ceux qui représentent un danger pour l’islam. Il dit : j’ai vu ces chiens enragés et réalisé le danger qu’ils représentent pour l’islam et les musulmans, aujourd’hui et dans les siècles à venir. J’ai vu qu’il n’y a pas d’autre alternative que de les tuer, car leur mal se propage rapidement pour plonger la société musulmane dans la mer de la bêtise, de l’ignorance, de la rigidité et du rigorisme intellectuel.
Particularités des kharijites
Les kharijites jouissaient de plusieurs particularités :
L’une d’elles était leur grand courage, l’énorme sens de sacrifice dont ils étaient parés, car leur comportement découlait d’une profonde conviction dans leur doctrine. Des récits étranges sont rapportés dans l’histoire au sujet de leur hardiesse et leurs sacrifices au cours des combats.
L’autre particularité est qu’ils vivent dans l’austérité et se consacraient aux actes de dévotion. C’est pourquoi la majeure partie des musulmans a été prise par le doute en ce qui les concerne, et personne, hormis ‘Alî, n’a eu l’audace de les combattre.
La troisième particularité est leur complète ignorance et leur sottise incroyable qui rendaient leurs idées figées et pétrifiées, ne revenant jamais sur leurs convictions même si les preuves leur sont apportées.
La quatrième particularité est le rôle qu’ils ont joué et que jouent aujourd’hui leurs semblables, qui sont malheureusement nombreux dans le monde musulman, ce rôle consistant à aider les hypocrites et les tendancieux à exécuter leurs plans et à réaliser leurs buts hostiles à l’islam et aux musulmans.
L’imam ‘Alî s’adresse à eux en ces termes : « Puis vous êtes les maux des gens, et les flèches du diable… » Etrange ! Comment l’imam peut-il traiter ces gens dévots et saints, plongés dans la dévotion et l’ascétisme, par ces paroles si violentes ! Au moment où les autres les considéraient comme des musulmans dignes de respect. Mais l’analyse de l’imam qui l’a amené à les décrire ainsi est que, malgré leur apparence externe, ils ne sont en réalité qu’un moyen efficace entre les mains du diable, ils sont comme les flèches qu’il pose dans son arc pour viser ses buts hypocrites.
Des individus hypocrites comme Umrû b. al-‘As et Mu‘âwiya ont utilisé ces gens pieux en surface, comme outils pour parvenir à ce qu’ils voulaient. Ibn al-‘As et Mu‘âwiya, et leurs semblables, savent très bien qui est ‘Alî, car ils sont au courant de la situation et de la réalité des choses. Lorsqu’après son martyr, Mu’âwiya rencontrait un compagnon de ‘Alî et lui demandait de le lui décrire, il pleurait à chaudes larmes disant : « Il est impossible que le destin fasse naître un homme comme ‘Alî ». Mais il a préféré l’amour de ce monde-ci et était convaincu qu’il ne pouvait affronter une telle personnalité superbe par des moyens ordinaires, il n’a alors trouvé, pour réaliser ses buts, que ces kharijites, faciles à duper, et qui étaient prêts à répéter les fausses accusations que les tendancieux faisaient circuler, même au point d’accuser ‘Alî d’impiété et d’associationnisme.
Ce malheur perdure, à travers les siècles, jusqu’à ce jour. Nos savants et nos hommes sincères n’ont pas échappé aux pires accusations de ce genre.. Je vous citerai l’exemple suivant, afin de mettre en garde les musulmans contre le fait de ressembler aux Kharijites de Nahrawân et d’éviter d’être utilisés en tant que flèches par Satan.
Un ami m’appelle un jour, me disant : j’ai entendu une chose étrange concernant Iqbâl le Pakistanais, pour lequel vous avez rendu hommage il y a peu de temps. On raconte qu’il a insulté et humilié l’imam Ja‘far al-Sâdiq dans un de ses livres. Je réponds : qu’est-ce cela ? Il répond : lisez la dernière page du livre tel et tel. Je lui demandais : avez-vous lu vous-même cela ? – Non, répond-il, mais un ami de confiance me l’a rapporté. Je fus étourdi par la nouvelle. Je me dis alors comment un ami comme sayyid Sa‘îdî, qui a lu le recueil d’Iqbal, en entier, n’a pas fait attention à cela ? Je contacte alors sayyid Ghulam Rida Sa‘îdî et lui pose la question, il hésite puis me dit : je n’ai jamais lu une telle chose. Je lui demandais : comment alors un tel gros mensonge peut-il circuler ? Quelques instants plus tard, il se rappelle d’une chose et me dit : j’ai compris le secret. Le fond de l’histoire est qu’il y avait deux personnages, dont l’un nommé Ja‘far et l’autre Sâdiq, lorsque les Anglais ont occupé l’Inde et que les musulmans se sont révoltés contre eux, ces deux personnages ont collaboré avec les Anglais, ont porté un coup à ce réveil islamique et ont été la cause de leur défaite. Iqbal les a dénigrés dans son livre et je pense que l’équivoque vient de là. Je me dis : nous allons voir cela, par nous-mêmes. Nous avons trouvé le livre puis ouvert la page indiquée par notre ami, et voici ce que nous lisons : « Là où je trouve la ruine dans le monde, sachez que Ja‘far et Sâdiq en sont responsables. Deux pages précédentes, il dit : Ja‘far du Bengale et Sadiq de Ducan, tous les deux sont la honte de la religion, la honte de la vie et la honte de la patrie.
Iqbal mentionne bien que Ja‘far est du Bengale et Sâdiq de Ducan. Est-ce que l’imam Ja‘far al-Sâdiq était-il de ces régions ?
Lorsque nous avons mené une recherche historique, il nous est apparu que lorsque les Anglais avaient occupé l’Inde, il y avait deux chefs shiites, l’un appelé Sarâj Eddîne et l’autre Tifou Sultan (le premier était du sud de l’Inde et le second du nord), qui se sont révoltés contre les Anglais (et Iqbâl les a loués dans son livre de la meilleure manière qui soit). Les Anglais ont alors trouvé un personnage du nom de Ja‘far pour le placer contre Sarâj Eddîne et un autre du nom de Sâdiq pour le placer en face de Tifou Sultan, et ces deux personnages étaient des traîtres collaborateurs. Ils ont transmis des renseignements aux colons qui ont écrasé les deux révoltes avant d’asseoir leur pouvoir sur l’Inde pour trois siècles.
Et à présent, trois mois après avoir rendu cet hommage, rares sont les jours qui passent sans que je ne sois questionné à propos de ce poète, dont vous récitez les poésies d’éloge de Hussayn, pourquoi a-t-il insulté l’imam Ja‘far al-Sâdiq ?
Ce ridicule est cependant douloureux, lorsque la question a été reprise dans les instances non musulmanes, où les gens raillaient en disant : Iqbâl le pakistanais a dénigré Ja‘far le Bengali et Sâdiq le Ducanais, alors que les musulmans répètent : Iqbâl a insulté l’imam Ja‘far al-Sâdiq !
Nous ressentons une grande honte dans ces instances lorsque nous réalisons le niveau de réflexion si peu élevé des musulmans.
C’est l’état actuel des musulmans, et ce fut leur état dans le passé. Lorsque l’envoyé de ‘Alî se trouvait chez Mu‘âwiya au Sham, un jour de mercredi, Mu‘âwiya ordonne de faire l’appel à la prière du vendredi. Les gens se sont effectivement rassemblés et fait la prière du vendredi ! Personne n’a contesté ! Ensuite, l’envoyé est secrètement convoqué et Mu‘âwiya lui dit : « Va vers ‘Alî et dis-lui : je viens à toi avec cent mille épées, (des hommes) prêts à prier derrière moi un mercredi la prière du vendredi, sans broncher. Rends-toi compte de la situation et prépare-toi ».
Aujourd’hui, la hussayniyé d’al-Irshad est soumise à la pression car elle a soulevé un jour la question de la Palestine et a réclamé le soutien des Palestiniens. Cette nouvelle s’est rapidement propagée vers Israël par le biais de ses agents présents dans le royaume (ce qui nous fend le cœur, c’est la présence de ce nombre importants d’espions au service d’Israël), et pas un jour ne passe sans que la hussayniyé d’al-Irshad ne soit la cible des campagnes médiati

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