En chemin vers l unité
134 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

En chemin vers l'unité , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
134 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Pierre et Lucie ont soif d'unité. Mais comment la réaliser dans leurs propres vies, si pleines de contradictions? Comment la vivre aussi dans leur couple, alors que tant de choses les différencient? Et comment collaborer avec des chrétiens de toutes confessions? Que de défis et de combats! Contre le ''moi'' qui veut toujours dominer. Contre les esprits religieux qui cherchent toujours à diviser. Et pas de combats sans blessures! Mais que de joies aussi à laisser l'amour et la puissance de l'Esprit de vérité agir en eux dans la vie ordinaire de tous les jours! Et c'est Dieu qui est glorifié car Lui seul peut réaliser ce qu'aucun effort humain ne pourrait obtenir. Oui, la promesse de Jésus est encore vraie aujourd'hui: Si Sa parole est vécue, Lui la confirme par des signes et des miracles.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782918629160
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0658€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

EN CHEMIN
VERS L’UNITE
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Michel et Josette Furgier
 
© 2010, Michel et Josette Furgier
Aucun extrait de cette publication ne peut être reproduit ni transmis sous une forme quelconque, que ce soit par des moyens électroniques ou mécaniques, y compris la photocopie, l'enregistrement ou tout stockage ou report de données sans la permission écrite de l'éditeur.
Publié par Editions l'Oasis, année 2010.
Ce livre a été publié sous la division 'auto publication' des Editions l'Oasis. Les Editions l'Oasis déclinent toute responsabilité concernant d'éventuelles erreurs, aussi bien typographiques que grammaticales, et ne sont pas forcément en accord avec certains détails du contenu des livres publiés sous cette forme.
Dépôt légal: 4e trimestre 2010. Imprimé en France.
 
Couverture fait par Damien Baslé: www.damienbasle.com
 

Rte d'Oupia, 34210 Olonzac, France
tél (33) (0) 468 32 93 55 * fax (33) (0) 468 91 38 63
email: editionsoasis@wanadoo.fr * www.editionsoasis.com
Pour un catalogue gratuit de toutes les Editions Oasis, merci de nous contacter à l'adresse ci-dessus.
Boutique en ligne sécurisée sur www.editionsoasis.com.
 
Table des matières
INTRODUCTION
1. QUAND DIEU BÂTIT
LUCIE
PIERRE
DEUX CONVICTIONS
UN REGARD D’AMOUR
UNE PETITE LETTRE
EN ALGERIE
2. PROBLEMES DANS LE COUPLE
UN DRÔLE D’ATTELAGE
DESILLUSIONS
EN ROUTE POUR L’ASILE PSYCHIATRIQUE?
UN VRAI TYRAN
LUCIE SE SENT MOURIR
AU SECOURS D’UN FOYER EN DETRESSE
LES COMPTES DU MENAGE
QUELLE SOUMISSION?
"ENFIN!"
OBEISSANCE ET BENEDICTION
LA PLACE DU MARI
UN FAUX PASTEUR
"MONSIEUR PENTECÔTE"
LA SORTIE DU TUNNEL
LA PLACE DE L’EPOUSE
LA RAISON DU CONFLIT
3. EN FORMATION
L’ECOLE BIBLIQUE
DRAPS A RAPIECER ET CLOUS A DETORDRE
CONVERTIR "LA CATHOLIQUE"
OU EST PARTI PIERRE?
UN PETIT POÊLE
LUCIE "AU DESERT"
QUI FAUT-IL SUIVRE?
LES ENSEIGNEMENTS
POUR QUEL SERVICE?
EN HOLLANDE
LE BILAN
4. AU SERVICE DU CORPS DE CHRIST
UN GOUROU CHRETIEN
DES JONQUILLES
OU SONT LES AUTRES?
LA CARAVANE – LIBRAIRIE
DES ETUDIANTS
LA PREMIERE CONVENTION CHARISMATIQUE
DEUX PRETRES REMPLIS DE l’ESPRIT
DES GITANS
UNE FAMILLE JUIVE
LES ENFANTS DU CATECHISME
DES MEDIA CHRETIENS
UNE "VIE DE JESUS" ILLUSTREE
UN GROUPE DU RENOUVEAU
LA "RENEGATE"
L’EXCLUSION
ROULER SANS ESSENCE?
CONFLITS DANS LE GROUPE CHARISMATIQUE
BELLO SGUARDO
GUERISONS INTERIEURES
UN GROUPE DE MAISON
DES CHRETIENS TEMOINS DANS LEUR ENTREPRISE
A GAGNIERES
JERUSALEM: CONFERENCE MONDIALE SUR LE SAINT-ESPRIT
LES ELEVES DU COLLEGE
DES GROUPES D’ETUDE BIBLIQUE
QUAND DIEU GUERIT
ET QUAND DIEU NE GUERIT PAS
DELIVRANCES… ET CONTRE-COUPS
DELIVREE DU REJET
DELIVRE DE L’IMPURETE
LES RACINES D’AMERTUME
DES SECTES
LES HOMMES D’AFFAIRES DU PLEIN EVANGILE
UN ANGE GARDIEN
PARTAGER LA VISION DE L’UNITE
LE VASE ET LA TABLE
C’EST JESUS QUI BÂTIT
LA CHAPELLE DANS LE FLEUVE
UN MAILLON D’UNE CHAÎNE
5. ANNEXE
"SON Eglise" (Ecrit par Josette Furgier le 11 mars 1976)

 
INTRODUCTION
 
Ce livre est le témoignage authentique d’un couple, Pierre et Lucie, que les auteurs ont intimement connu et qui a désiré rester anonyme.
Chaque expérience dans laquelle le Seigneur les a conduits contenait pour eux un précieux enseignement. Ce ne sont pas des modèles à copier. Car la Sagesse de Dieu est infiniment variée et parfaitement adaptée à chaque personne et à chaque circonstance. Mais ils ont souhaité que ces expériences avec le Seigneur puissent en aider et encourager d’autres. Et surtout que la soif d’unité, dans l’amour et la vérité, que le Saint-Esprit a mise en eux soit contagieuse. N’est-ce pas le souhait le plus intense de Jésus: "Qu’ils soient UN comme le Père et Moi sommes UN" ?
Si les souffrances de Pierre et Lucie peuvent contribuer, pour une toute petite part, à " l’édification du Corps de Christ" , elles n’auront pas été vaines. Que le Seigneur soit glorifié pour tout ce qu’Il a pu accomplir en eux et à travers eux dans Sa Grâce.
Pour protéger les personnes dont la vie intérieure a été dévoilée ici, des prénoms ont été changés et la plupart des lieux géographiques n’ont pas été mentionnés.
Tout le texte a été corrigé par Françoise Sacépé. Qu’elle en soit chaleureusement remerciée.
 
1. QUAND DIEU BÂTIT
 
LUCIE
 
Le père de Lucie, catholique pratiquant, entraîne sa fille à la messe. La mère, athée, ne cesse de le contredire et refuse Dieu. Lucie a une grand-mère qui a la foi et qui lui dit: "Tu sais, tu as un Papa là-haut, un Père qui t’aime. Dieu est amour, il faut que tu y penses." Et un grand-père qui lui répète: "Méfie-toi. Les bonnes sœurs et les curés vont t’embobiner et tu ne pourras plus faire ce que tu veux." Lucie est tiraillée. Ces influences contradictoires la perturbent. Elle ne sait plus que croire. Elle est craintive, instable, mal dans sa peau. Cependant elle pense: "Quand même, Dieu existe!"
Quand elle observe les merveilles de la nature, Lucie se dit: "C’est magnifique! Dieu a fait des choses extraordinaires!" Mais quand elle regarde les gens, elle est moins enthousiaste. A la messe, l’Evangile l’attire mais la vue de Jésus crucifié la repousse. Le légalisme religieux ne lui permet pas de croire que Dieu est bon. Le salut par les œuvres s’enracine lentement dans son cœur, mais elle cherche à découvrir la vérité sur Dieu et sur Jésus.
_______
 
A l’âge de dix ans, on la place dans un internat religieux. Lucie se dit: "Là, je vais savoir qui a raison, mon grand-père ou ma grand-mère!" Elle commence à suivre tout ce qu’on lui indique: aller à la messe tous les matins, communier tous les matins, prier à toutes les heures, le Bénédicité avant les repas, la confession toutes les semaines… Lucie se dit: "Cela devient un peu barbant!" Mais elle continue puisqu’il n’y a pas d’autre solution.
La compagnie d’une jeune protestante aide Lucie à constater que la foi de cette fille est plus réelle que la sienne. La Bible est son livre favori. Grâce à elle qui est stable, paisible et si bien dans sa peau, la recherche de la vérité s’impose de plus en plus pour Lucie. Mais, traitée d’ "hérétique", la jeune protestante quitte l’internat. Lucie a compris que Protestants et Catholiques croient en Dieu, en Jésus Christ et à l’Esprit saint. Leur opposition la déconcerte.
Sa recherche de la vérité s’accentue encore. Quand on lui propose de faire des études pour passer un brevet de religion, elle accepte tout de suite. Elles ne sont que quelques-unes. Les autres leur disent: "Qu’est-ce que vous avez à vous lancer là-dedans? Vous voulez devenir bonnes sœurs?" Lucie répond: "Non, ce n’est pas cela. Mais je veux savoir." "Savoir quoi?" Lucie n’ose pas dire "savoir si Dieu existe" parce qu’elles vont lui demander "Qu’est-ce que tu fais ici?". Elle reçoit toute une pile de livres, la Morale, les Dogmes… qu’elle étudie très sérieusement. Elle pense que cela va faire aboutir sa recherche de Dieu. Mais chaque fois qu’elle va à la messe, elle écoute le passage d’Evangile et se dit: "C’est extraordinaire, ça me parle au cœur!" Alors qu’avec toutes les études de religion qu’elle fait, c’est son intelligence qui entre en action.
A la fin de ces études religieuses, elle passe son brevet, est très bien notée et ose poser une question au jury: "Je ne sais pas, je comprends l’Evangile, mais ce que j’ai étudié, je ne le comprends pas très bien…" On ne lui répond pas.
_________
 
Puis elle quitte l’internat et retourne dans sa famille sans être plus avancée. "Comment savoir si ma grand-mère avait raison? Je crois quand même que, si Dieu existe, Il se fera bien connaître! Puisque moi, je L’ai cherché sans le trouver". Elle sait que sa grand-mère avait une relation avec Dieu et c’est cela qui attire Lucie. "Si Dieu m’aime, comme elle disait, Il va me chercher!" Elle reste dans ces contradictions intérieures et se dit: "Lequel des deux a raison? L’étude de la Religion ne m’a pas apporté ce que je cherche…ma grand-mère ne pouvait pas me donner ce qu’elle avait… Que faut-il que je fasse?"
Les années passent. Elle trouve le monde très attrayant, la vie du monde bien agréable, comparés à ce qu’elle a vécu en internat et dans sa famille car ses parents étaient très sévères. Elle se dit: "Je vais prendre ma vie en mains et je cesse d’être le jouet de ceux qui veulent me dominer." Et elle vit la vie du monde. Mais là, elle vit des choses très pénibles, très douloureuses. Elle ne comprend pas pourquoi il lui arrive à elle des choses aussi pénibles. Elle regarde autour d’elle, les autres jeunes ont l’air de vivre très tranquillement et elle est toujours douloureusement atteinte. Les erreurs, les fautes, les épreuves s’accentuent. En elle, les contradictions deviennent de plus en plus fortes et elle ne peut plus les supporter.
Un jour, très malade, démunie, désespérée, dans une profonde dépression, il lui vient cette pensée: "Je vais crier à Dieu". Et c’est ce qu’elle fait. Un cri qui vient des profondeurs: "Mon Dieu, si vous existez, faites quelque chose pour moi, faites-vous connaître, maintenant . "
Lucie vient de crier à Dieu du fond de son désespoir. Parce que la Parole de Dieu dit: " Quand un malheureux crie, dans sa détresse, l’Eternel répond", Dieu lui répond. Et là, elle reçoit une pleine conviction, non pas seulement de l’existence de Dieu mais de l’Amour de Dieu pour elle. Elle ressent au plus profond de son être une vague de tendresse qui balaie son désespoir. C’est une révélation extraordinaire qui lui enlève toutes ses contradictions.
Presque aussitôt sa conscience se met à lui révéler ses fautes passées et présentes. Envahie par un flot de larmes et un vrai repentir, elle les confesse l’une après l’autre. Peu à peu une paix intérieure et une profonde reconnaissance la pénètrent. La certitude que Dieu l’aime telle qu’elle est lui apporte une sérénité inexplicable et même une joie débordante. Elle qui pleurait si souvent, qui était si triste!
Elle se retrouve à l’hôpital. Une joie profonde l’habite. La directrice, une religieuse, veut savoir ce qui lui est arrivé. Lucie lui raconte sa découverte de l’amour de Dieu. Elle la fait transférer dans le pavillon des malades mentales. Par miracle, Lucie parvient à s’enfuir de l’hôpital.
Autour d’elle, on dit: "Qu’est-ce qu’elle a cette femme tout d’un coup? Qu’est-ce qui lui arrive?" Lucie est dans la joie, elle ne peut pas l’expliquer, ne sait pas ce qui s’est passé. Mais elle a soif de parler à Dieu. Et elle entend Dieu lui répondre dans son cœur. Alors elle se met à prier tous les jours, matin, midi, soir, dans la journée, n’importe quand. Pour elle tout est sujet de prière. Elle parle à Dieu. Il est tellement présent pour elle, tellement vivant qu’elle dialogue avec Lui. Il est toujours là, partout où elle va. A l’extérieur elle Lui parle doucement; à la maison elle Lui parle à haute voix. "C’est quelque chose d’extraordinaire!"
_______
 
Un jour elle dit: "Mon Dieu, je suis toute seule et j’ai peur de m’égarer. Je ne connais pas grand-chose. Comment faire?…" Et elle demande: "Seigneur, ce que je veux, c’est un guide spirituel qui pourrait me conduire et m’encourager."
Lucie cherche le soutien du prêtre de la paroisse. Mais il se durcit: "Vous êtes divorcée, donc excommuniée." Oui, divorcée d’un mari violent, sadique et adultère! Le verdict de ce prêtre la révolte: "Qu’est-ce que c’est que ces règles qui condamnent la victime en même temps que le coupable!"
Elle continue à demander au Seigneur un guide spirituel. Quelquefois une petite voix intérieure un peu grinçante lui dit: "Est-ce que tu t’imagines que Dieu a inventé une religion pour toi toute seule?" Alors Lucie tombe à genoux et crie: "Mon Dieu, aidez-moi. Protégez-moi de l’orgueil." Cela arrive assez fréquemment. Etre toute seule, ce n’est pas facile. C’est merveilleux quand Dieu donne tout de suite des frères et des sœurs, toute une famille! Mais Lucie ne connaît pas cela.
En demandant un guide spirituel, Lucie s’attendait à ce que Dieu lui envoie un homme. Comme cet homme ne vient pas, elle entre dans une église, la première qu’elle rencontre. Mais elle ne se sent pas du tout à l’aise. Elle se sent reprise par la crainte… Elle se dit: "Non. Il y a quelque chose qui ne va pas et que je ne comprends pas." Et elle sort. Alors elle dit: "Mon Dieu, je ne sais plus où le chercher, ce guide spirituel!"
Et là, comme par hasard, elle lève les yeux et lit les affiches. Et quelque chose l’interpelle: il est question de la "Foire Exposition" "Ce n’est pas ce que je cherche!" Cependant elle décide d’aller voir cette foire. "Qu’est-ce que Dieu veut me dire?" Mais toutes ces choses magnifiques ne lui disent plus rien du tout. "Qu’est-ce que je fais là?" Elle avance doucement. Tout d’un coup, elle arrive devant un stand de la Bible. Après un temps d’hésitation, elle achète une Bible, la prend sous le bras… et son cœur est inondé de joie. Là elle sait qu’elle a obéi à Dieu. Cette joie rayonne au-dedans d’elle.
Lucie ne sait pas comment elle est rentrée chez elle. Mais elle est émerveillée, sans savoir pourquoi. Elle arrive à la maison et ouvre cette Bible. Elle ne se souvient plus sur quel passage elle est tombée, mais elle voit que Dieu parle. Dieu lui parle. "C’est extraordinaire!" Elle n’avait jamais pensé que Dieu pouvait parler par un livre. Et là, elle se met à dévorer la Parole de Dieu, elle en oublie même de manger. Elle la met sur la table et, à tout bout de champ, elle vient la lire. Et c’est toujours le même émerveillement: "C’est quelque chose d’extraordinaire, cette Parole de Dieu!"
Cela a duré ainsi… pendant huit ans. Lucie est toute seule, elle n’a que la Parole de Dieu pour la diriger, pour lui dire ce qu’il faut faire et ne pas faire. Elle se rend compte que, petit à petit, elle découvre Dieu dans Sa Parole et qu’elle ne prie plus comme avant. Avant, c’était le "Notre Père", le "Je vous salue Marie", des prières qu’on répétait. Elle essayait de penser à ce qu’elle disait. Maintenant, dans ses prières, elle parle à Dieu et il lui vient dans le cœur ce qu’elle a lu dans la Parole de Dieu. Elle est étonnée. Cela lui donne non seulement une paix intérieure mais une force, une conviction profonde. Cela s’établit en elle: elle sait. Tout d’un coup elle a compris quelque chose. Et rien ne pourrait lui faire renoncer à ce qu’elle a reçu là.
Alors elle se rend compte qu’elle n’a plus qu’une solution: "Seigneur, je te donne tout ce que je sais, tout ce que je ne sais pas. Depuis que je lis Ta Parole, je m’aperçois que je ne sais rien du tout. Mais ce que je veux, depuis que Tu m’as donné une vie nouvelle, c’est mieux t’aimer, Père." Et elle répète cela dans sa prière. Et plus elle répète cela, plus la présence de Dieu est forte.
Un jeune abbé lui rend visite. Il s’étonne qu’elle puisse lire la Bible toute seule. Lucie lui raconte ses expériences avec Dieu. Il s’émerveille, l’envie et lui propose: "Ecrivez à Sa Sainteté le Pape Pie XII pour obtenir l’annulation de votre mariage… Mais… cela coûte cher…" Lucie est écœurée.
Elle reçoit des visites, des gens qui viennent lui dire: "Mais vous êtes folle! Qu’est-ce que vous croyez? C’est un livre!" "Non. Pour moi, c’est autre chose, c’est Dieu qui parle." "Et vous êtes toute seule?" "Oui. Je cherche. Je voudrais rencontrer d’autres personnes avec qui je puisse partager." Mais chaque fois que Lucie essaie de partager, c’est terrible, elle n’y comprend plus rien. Ils ne sont pas sur la même longueur d’onde. Et pour elle, c’est très douloureux.
Un jour Lucie découvre dans sa Bible que le roi Salomon a demandé à Dieu: "Accorde-moi un cœur sage pour discerner". Elle se dit: "Si Salomon en avait besoin, à plus forte raison moi aussi, pour ne pas m’égarer et pour m’empêcher de tomber dans les pièges de la séduction!" Et elle prie: "Seigneur, accorde-moi Ta sagesse et le discernement." 
Elle revient toujours à Dieu, dans la prière, dans l’étude de Sa Parole. Et surtout elle chante et elle danse. C’est la fête. Elle sent la joie de Dieu monter en elle, l’amour de Dieu s’installe, il est là, il est sûr. Elle se dit: "Qu’est-ce que tu chantes? C’est bizarre!" D’habitude, quand on ne connaît pas les paroles, on dit "Tralala…" Mais elle dit des tas de syllabes. "Mais! Cela ne veut rien dire du tout!" Cependant cela lui fait tellement de bien! Elle est si heureuse! Elle ne se pose pas de questions. Elle danse. Puis elle s’avance, se prosterne et dit: "Seigneur, je viens me prosterner devant Toi."
Au cours de ces huit années d’étude de la Bible et d’expériences, Lucie est affranchie de la crainte des autres, débarrassée de ses contradictions et de ses vaines illusions, et surtout enracinée dans la certitude de l’amour de Dieu. Elle est parvenue à être enfin elle-même, avec sa faiblesse compensée par la force que Dieu lui accorde selon ses besoins, dans une relation intime avec Lui.
_________
 
Sa seconde expérience avec des protestants est décevante. Pierre, un réformé, vient louer une chambre chez elle. Lucie accepte d’avoir avec lui des partages de la Bible. Mais il amène une autre protestante, une adventiste, qui s’installe dans une autre chambre en location, et un troisième, un libéral, qu’il connaît. Chacun des trois est persuadé d’être seul "dans la Vérité". Ils ne sont d’accord entre eux que pour la "convertir" à leur religion et la "libérer" du Catholicisme. Pendant trois ans, Lucie subit cet esprit de clocher qui l’avait elle-même rendue si méfiante contre les autres religions chrétiennes. Elle se dit: "Pourquoi ces divisions? Et cet endoctrinement? Ce manque de respect des autres chrétiens? Jésus n’agissait pas ainsi!… Seigneur, protège ma foi. Je sais que Tu m’aimes et moi je T’aime. Je veux marcher avec Toi, guidée par ton Esprit saint."
 
Dans son épître aux chrétiens de la ville d’Ephèse, saint Paul explique:
"Mais la bonté de Dieu est si grande et son amour pour nous est tel que, lorsque nous étions encore spirituellement morts à cause de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ. C’est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés. Dans notre union avec Jésus-Christ, Dieu nous a ramenés à la vie avec Lui pour nous faire régner avec Lui dans le monde céleste. Il a fait cela afin de démontrer pour tous les temps à venir la richesse extraordinaire de sa grâce par la bonté qu’Il nous a manifestée en Jésus-Christ. Car c’est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés, au moyen de la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu; il n’est pas le résultat de vos efforts, et ainsi personne ne peut se vanter. Car c’est Dieu qui nous a formés; Il nous a créés, dans notre union avec Jésus-Christ, pour que nous menions une vie riche en œuvres bonnes, ces œuvres qu’Il a préparées d’avance afin que nous les pratiquions."
Pendant des années Lucie avait essayé de faire des tas de choses pour plaire à Dieu. Elle faisait tout ce qu’on lui disait, pas toujours de bon cœur, souvent en marmonnant. Mais elle le faisait quand même, par obéissance.
Puis, quand elle a crié à Dieu, Dieu est venu la rejoindre. La première chose qu’Il lui a montrée, c’est qu’Il l’aimait. La deuxième chose, c’est que ses fautes à elle la séparaient de Lui et qu’elle avait mené sa vie à son idée. Elle avait fait des bonnes choses… à son idée. Mais c’était son œuvre à elle. Comme elle faisait beaucoup d’efforts, elle était persuadée d’être méritante. Aller à la messe tous les matins et communier tous les matins, il fallait le faire, quand même!
Mais tout cela ne pouvait pas la rapprocher de Dieu. Et c’est Dieu qui est venu à elle quand elle a crié à Lui. Alors elle a demandé pardon pour avoir vécu comme cela, à son idée. Elle allait se confesser toutes les semaines et énumérait ses fautes, elle était un peu soulagée mais toujours elle faisait à son idée pour Dieu.
Puis elle a découvert cette relation intime avec Dieu. C’est une autre vie, une vie dans l’Amour. Désormais elle en est convaincue: Dieu l’aime , Dieu aime les autres, Dieu désire qu’elle fasse des choses bonnes, mais comme LUI les veut, comme LUI l’a décidé. Dieu veut l’aider à grandir. Elle ne peut pas rester toujours petite avec une petite foi. Il lui faut grandir et faire des expériences de foi. Elle en fera beaucoup.
Lucie, a découvert cette relation personnelle avec Dieu. Elle lui parle et Il lui répond. Elle essaie de comprendre ce qu’Il veut qu’elle fasse et elle le fait. C’est cela la vie avec Dieu: ce n’est pas la vie pour Dieu, c’est la vie avec Dieu.
 
_________________________________________________
PIERRE
 
Pierre est né dans une famille moitié protestante moitié catholique. Ses parents sont instituteurs laïques dans un petit village. La seule personne pratiquante est sa grand-mère maternelle. Elle a consenti au mariage de sa fille avec un catholique à condition que la cérémonie religieuse se fasse au temple réformé et que les enfants reçoivent le baptême protestant. Lorsque Pierre passe des vacances chez cette grand-mère, elle l’emmène au temple le dimanche. Mais le petit n’y comprend rien. Chez lui, on ne parle jamais de religion.
Tout change lorsque son père est guéri miraculeusement. Pierre a neuf ans. C’est le début de la seconde guerre mondiale. En I940, le père est rapatrié d’urgence du front belge après plusieurs graves crises d’angine de poitrine - ou infarctus. A l’hôpital militaire de la ville voisine, le médecin-chef ne lui donne comme espoir qu’une vie très diminuée ou une crise plus forte qui l’emportera. Mais une jeune infirmière protestante dit un jour au malade: "Il y a une parole de Dieu pour vous dans le Nouveau Testament." Et elle lui lit: "Ma grâce te suffit car Ma force s’accomplit dans la faiblesse." Le mourant saisit cette promesse comme un noyé s’accroche à une bouée de sauvetage. Peu de temps après, il revient à la maison en convalescence. Puis il reprend son métier d’instituteur, assume sa tâche jusqu’à la retraite… et deviendra centenaire.
Pendant sa convalescence il commente à l’enfant une "Vie de Jésus" illustrée qu’il a rapportée. C’est la première fois que Pierre entend parler de Dieu. Mais son père lui dit: "Maintenant, il faut que tu fasses ton examen de conscience chaque soir. Tu regardes comment s’est passée ta journée, et tu marques un plus ou un moins sur ce petit tableau." Pierre se fait son idée de Dieu: "C’est sûrement L’Instituteur Suprême, avec le plus gros crayon et le plus grand carnet de notes! Il écrit tout ce que je fais, il met une note pour tout." Hélas, lorsque Pierre fait son examen de conscience, il a rarement la moyenne!
__________
 
Deux ans plus tard, Pierre doit partir pour la ville. Il entre en sixième au lycée. Ses parents lui trouvent une famille qui accepte de le prendre en pension. C’est une famille catholique très pratiquante. Ils vont à la messe chaque matin. Et la dame n’a de cesse d’y entraîner Pierre et de l’obliger à communier. Quand ses parents viennent le voir, Pierre leur dit: "Je ne me plais pas dans cette famille" Ils lui en trouvent une autre, non pratiquante et chaleureuse.
Pierre essaie d’amadouer Dieu. Il va à l’école du dimanche, puis assiste au culte dans le grand temple solennel et froid; il passe l’après-midi avec les éclaireurs. Chaque matin et chaque soir, il fait sa prière et lit un passage du Nouveau Testament qu’on lui a remis. Mais il le lit avec sa tête, sans rien mettre en pratique .Et il se considère comme un bon chrétien, meilleur que ses copains catholiques! Alors qu’il n’a qu’un vernis religieux. Car le reste de la semaine il mène sa vie à son idée, comme avant. Il vit ainsi dans deux mondes différents qu’il n’arrive pas à raccorder.
A l’adolescence, pendant un camp d’éclaireurs, un copain de lycée qui se destine à être pasteur confie à Pierre sous la tente: "Je serai plutôt prof d’allemand." Pierre dit dans son cœur: "Je veux bien prendre sa place" A cette époque, on ne parle pas encore de la place des laïcs dans l’église, on est pasteur ou rien. Puis il oublie cet appel et cette promesse.
Après le baccalauréat, il va poursuivre ses études à Paris. La quatrième année, - à vingt deux ans – il se met à chercher Dieu. Mais tous ses jeûnes répétés, ses prières, ses lectures de la Bible n’aboutissent à rien. Cependant il retombe très souvent sur le Psaume 51, le ‘Miserere’: "O Dieu! Aie pitié de moi dans ta bonté… purifie-moi de mon péché… crée en moi un cœur pur…" C’est l’appel de Dieu à la repentance, mais Pierre ne le comprend pas. Il ne se voit pas tel qu il est. Le premier pas à faire, c’est l’humilité: admettre qu’il n’est pas ce qu’il paraît. Mais il se trouve des excuses et ne change pas. C’est de l’hypocrisie. Et il juge les autres.
Il est tourmenté par une idée: "A quoi sert ce métier d’enseignant auquel je me prépare? Qu’est-ce que cela peut bien apporter à ces jeunes qui ont des tas de problèmes? C’est la Bible qu’il faut leur enseigner!" Il cherche comment il pourrait faire quelque chose pour Dieu de plus utile et commence à délaisser ses études.
Il va passer les vacances de Pâques dans la jeune communauté de Taizé. Il loge et vit avec les Frères. Mais l’obligation du célibat le rebute. Alors il va se présenter à la Faculté de Théologie protestante de Paris. Mais sa candidature est refusée. Il est désorienté. Son père lui conseille: "Commence à travailler, cela te mettra du plomb dans la cervelle."
Pierre se résigne donc à enseigner. Il est nommé à l’autre bout de la France. Il continue à vouloir faire plaisir à Dieu – à son idée - en essayant de ressembler à Jésus le mieux possible: cheveux longs, barbe, pieds nus dans des sandales, nourriture frugale… Mais il n’arrive pas à vivre comme Jésus le demande dans les Evangiles. Il est seulement "religieux". Et insatisfait.
_____________________________________________________
DEUX CONVICTIONS
 
Lorsque Pierre commence à enseigner, à l’autre bout de la France, quelqu’un sur place lui trouve une chambre…chez Lucie qui en loue à des femmes dans son grand appartement et qui accepte exceptionnellement un homme "pour le dépanner". Mais Pierre s’y trouve bien et ne cherche rien d’autre. Cette location se prolongera pendant trois ans.
Au cours d’une promenade sur une route de campagne, barbu, chevelu, pieds nus dans ses sandales, un vieux sac sur le dos et un bâton à la main, Pierre voit deux gendarmes descendre de leur voiture. "Vos papiers, s’il vous plaît"… "Vous avez un travail?" "Oui. J’enseigne au collège de la ville voisine". "Excusez-nous. Nous vous avions pris pour le vagabond que plusieurs fermiers du voisinage nous ont signalé". Quand ils le quittent, Pierre entend l’autre gendarme s’exclamer: "Ben, je ne confierais pas mon gamin à un prof comme ça!"
Un jour, dans son cœur, une petite voix douce lui dit: "La femme que je te destine est dans cette maison.". Facile! Il n’y a que madame Lucie. Les jeunes enseignantes qui louent les autres chambres sont toutes parties en vacances. Pierre ne doute pas un instant qu’il a entendu la voix de Dieu. Le lendemain matin, il frappe à la porte de sa logeuse et lui dit avec enthousiasme: "Vous être la femme que Dieu me destine".
Or, quelques temps auparavant, elle avait eu l’occasion d’entrer dans la chambre de Pierre avec quelqu’un qui livrait un gros colis. Elle avait fait le tour de la pièce, regardé ce qu’il avait affiché aux murs et s’était dit: "Comme il est triste, ce garçon! Eh bien, je plains la pauvre fille qui va l’épouser. Elle ne va pas rire tous les jours!"
Aussi, lorsque Pierre vient lui faire sa déclaration, elle éclate de rire. Elle n’a pas envie d’être "la pauvre fille qui…". Mais il est tellement sûr de lui qu’il insiste, jusqu’à ce qu’elle accepte au moins qu’ils se fréquentent. Pour le décourager, Lucie lui raconte sa vie passée, ses souffrances, son divorce... Mais, au lieu de le rebuter, cela le remplit de compassion pour elle. Ce n’était pas l’effet escompté! Alors ils commencent à parler… de la Bible.
Cela faisait huit ans que Lucie avait fait sa rencontre avec Dieu et qu’elle lisait la Bible. Pierre, lui, lisait sa Bible tous les jours depuis l’âge de onze ans. Il est tout fier de réciter à Lucie des passages par cœur. Elle est très surprise de rencontrer quelqu’un qui connaît si bien sa Bible. Et cela l’impressionne, du moins au début. Mais elle observe et se dit: "Quand il parle de Dieu, il sait des tas de choses. Mais comment est-ce qu’il les vit avec Dieu?" Cependant elle accepte quand même qu’ils continuent à se voir. Et toujours ils parlent de Dieu.
Un jour, alors que Pierre parle de la Bible, une réflexion que Lucie se faisait depuis un certain temps lui échappe: "Monsieur, vous êtes fort en théorie, mais alors en pratique…!" Voyant l’effet produit sur lui, elle est un peu ennuyée. Pierre se dit: "Je fais pourtant tout ce que je peux pour ressembler à Jésus! Je jeûne, je prie très souvent… Que faut-il faire de plus?"
Peu avant les vacances de Pâques, Lucie demande à Pierre: "Seriez-vous capable d’accepter un travail de manœuvre?" Elle a vu travailler les manœuvres dans l’entreprise familiale de BTP. Pierre relève le défi. Le premier jour de congé, il part pour la grande ville voisine avec seulement son billet de train en poche et un petit balluchon. Toute la journée il cherche à se faire embaucher en se présentant comme "étudiant". Mais en vain. Le soir, affamé, les pieds en sang, il frappe à un presbytère. Une fenêtre s’ouvre au premier étage: "Que voulez-vous? Passez votre chemin." Finalement, à la nuit tombée, le patron d’une entreprise de Plâtrerie Peinture l’accueille, l’embauche et le fait coucher dans la cabine d’un des camions. Le lendemain matin, il lui donne une avance sur la paie et le confie au chef d’une petite équipe qui travaille dans les villas d’un lotissement. Pierre fait tous les nettoyages, badigeonne les murs plâtrés avant la pose des papiers peints et, finalement, pourra peindre en blanc une longue barrière en bois. Comme il dort à même le plancher, une voisine compatissante prête un lit de camp et une couverture. Il se nourrit de pain, de fromage et de fruits. Quand au retour il raconte à Lucie son aventure, elle n’en revient pas.
Lucie se dit: "On va voir la suite. C’est bien joli qu’il ait une conviction mais moi, j’en veux une aussi. On ne peut pas se marier sur une seule conviction!" Elle apprécie Pierre, lui trouve beaucoup de qualités. Mais elle se rend compte que quelque chose ne va pas. Alors elle pose la question à Dieu: "Seigneur, qu’est-ce qui ne va pas? Je n’ai pas de conviction personnelle. Et il semble qu’on n’est pas sur la même longueur d’onde. Seigneur, donne-moi une parole." Elle ouvre sa Bible et lit: "Qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres? " "Qu’est-ce que ça veut dire? Il y en a un dans la lumière et l’autre dans les ténèbres! Mais lequel des deux?…Seigneur, je veux une confirmation, parle-moi clairement." Elle ouvre encore sa Bible et trouve: "C’est pour la liberté que le Christ vous a affranchis" et "Ne vous mettez pas à nouveau sous un joug étranger".
Alors elle prie pendant plusieurs jours. Puis elle demande: "Seigneur, donne-moi exactement les paroles qu’il faut pour qu’il comprenne et que cela ne lui fasse pas trop de peine."
Et un jour elle dit à Pierre: "J’ai demandé à Dieu si ce mariage est vraiment Son plan pour nous deux. Et Il m’a fait comprendre que nous n’allons pas dans le même sens. Et que cet écart, qui paraît petit au départ, va s’agrandir de plus en plus. Nous ne serons heureux ni l’un ni l’autre." Bien sûr, elle voit que le coup est rude pour lui.
Il tente de renouer la relation plusieurs fois. Mais elle reste inébranlable dans sa décision.
________________________________________________
UN REGARD D’AMOUR
 
A la fin de l’année scolaire, Pierre part faire son service militaire à Angers, comme sursitaire. On lui donne de grosses chaussures à la place de ses sandales, on lui coupe les cheveux longs et la barbe… il ne ressemble plus beaucoup à Jésus! Et il est envahi d’une profonde tristesse.
Un dimanche, alors qu’il se traîne en ville, dépressif, il remarque une grande photo de Charles de Foucault. Il est interpellé par son regard rempli d’amour. Il lui semble voir le regard de Jésus Lui-même qui lui dit: "JE te connais jusqu’au fond et JE t’aime quand même." Cette révélation est un choc car il se connaît mal et ne s’aime pas. Il entre visiter l’exposition que des Pères Blancs ont consacrée à Charles de Foucault, dans la petite salle devant laquelle est placée cette photo.
Près de la sortie, un petit panneau présente deux portraits de Charles de Foucault avec la mention: "Avant et après". Pierre observe attentivement: le premier révèle le visage d’un jouisseur; dans le second, même le regard a changé. Pierre reste interloqué et se dit: "Comment est-ce possible?" Il remarque l’explication placée en dessous: Charles était un brillant officier, très fortuné, qui s’offrait toutes sortes de jouissances jusqu’au jour où il en a eu assez de cette vie mondaine, vaine et vide. Il a voulu changer de vie, est allé voir un prêtre: "Monsieur l’abbé, je n’ai pas la foi, je viens vous demander de m’instruire." Le prêtre a répondu: "Mettez-vous à genoux, confessez-vous à Dieu, vous croirez."
Cette petite phrase, Pierre la reçoit comme la réponse à sa recherche de Dieu - au fond, c’est le Psaume 51. Il se dit: "C’est ça qu’il faut que je fasse! Maintenant!" Il trouve à proximité une petite chapelle carmélite, entre, tombe à genoux et se met à pleurer. Puis il ouvre tout grand son cœur: "Mon Dieu, voilà où j’en suis, tout ce que j’ai voulu faire de bien sans y arriver, tout ce que je n’aurais pas voulu faire et que j’ai fais quand même… Je ne peux pas me changer et je ne veux plus vivre comme ça… Mon Dieu, si Tu existes vraiment, fais quelque chose pour moi." Pierre se souvient alors de Lucie qu’il aimerait tant épouser et ajoute: "Même si je ne dois jamais la revoir" Il dépose tout.
Alors il se passe quelque chose d’étrange pour un protestant. N’est-ce pas l’humour de Dieu? Pierre relève la tête. Il se trouve juste au pied d’un grand crucifix qu’il n’avait pas remarqué – chez les Protestants réformés, la croix est toujours vide. Ici, c’est une sculpture en bois peint, un Christ grandeur nature aux yeux ouverts, qui regarde précisément l’endroit où il est à genoux. Leurs regards se croisent. Et il semble soudain à Pierre que ce Christ est vivant, là, devant lui. Il s’est adressé à Dieu, parce qu’il ne connaît pas vraiment Jésus. Pour lui, c’est seulement un personnage historique. Mais Dieu lui répond par Jésus crucifié - on ne peut venir à Dieu que par Jésus. Pierre voit le sang qui coule de ses plaies. Et il entend une petite voix douce qui lui répète: "C’est pour toi… C’est pour toi…"
Sur le moment, il ne comprend rien. Mais il reçoit ces paroles comme une éponge s’imprègne d’eau. Il se relève et se sent si léger! Tout le pesant fardeau de ses vingt-cinq années de vie passée vient de lui être enlevé. En sortant de la chapelle, il a envie d’embrasser tout le monde, le soleil lui paraît bien plus brillant, le vert des arbres de l’avenue plus éclatant, les chants des oiseaux plus mélodieux… Il ne réalise pas que c’est lui qui a changé.
Et les surprises continuent. Le soir, lorsqu’il se met à lire sa Bible, comme d’habitude, ces textes autrefois familiers lui semblent nouveaux. Les paroles qu’il lisait avec sa tête lui parlent maintenant au cœur et produisent en lui une adhésion. Comme s’il avait subi un lavage de cerveau divin. Un voisin de chambrée catholique écoute des chansons du Père Duval et de Marie-Claire Pichaud sur un vieux tourne-disque. Pierre s’en laisse imprégner.
Peu après, il reçoit une inspiration: aller visiter quelqu’un à l’hospice de la ville. La religieuse qui le reçoit lui indique, au milieu de l’immense salle commune, un vieillard couché qui ne reçoit jamais de visite. Et, chaque dimanche, pendant un an, Pierre viendra passer l’après-midi avec lui. L’homme s’apprivoise, se confie, raconte ses souvenirs, joue aux dames… Pierre l’écoute. Le vieillard revit. Pour un garçon comme Pierre, fils unique, égocentrique, renfermé, c’est nouveau! Il ne réalise pas que ce sont les premiers signes de sa "vie nouvelle".
Comme il n’a pas compris ce qui lui est arrivé, il écrit une petite lettre à Lucie sans lui en parler.
__________________________________________________
UNE PETITE LETTRE
 
Lucie avait continué à prier pour lui: "Seigneur, aide-le à se tourner vers Toi. Il est très religieux, il a besoin de Te rencontrer." Quand elle lit cette lettre inattendue, elle est surprise et se dit: "Il s’est passé quelque chose!… Ce n’est plus le même garçon!" Elle n’en revient pas. "Mais Dieu m’a montré que notre mariage n’est pas dans Son plan… Donc c’est bien comme ça." Mais elle n’a plus la paix. Elle dit: "Seigneur, je ne comprends plus. Je croyais que j’avais fait Ta volonté. Et maintenant, tout d’un coup, je n’ai plus la paix à ce sujet!" Alors Dieu lui rappelle un songe qu’Il lui avait donné bien des années auparavant. Et Il lui dit: "Tu vois, tu n’as pas compris à ce moment-là. Mais maintenant tu dois comprendre. C’est le compagnon que Je te destine." "Non, Seigneur! Non! Il est trop jeune… et puis non, il est protestant...et puis non…" Mais, plus elle accumule les raisons, plus elle se sent triste. Elle lit et relit cette lettre. Et Dieu lui dit que Pierre n’est plus le même. Elle répond toujours humainement: "Non, ça n’ira pas, ce n’est pas possible! Et puis, moi, les Protestants…"
Alors le Seigneur lui rappelle un autre souvenir: quand elle était dans l’internat religieux, cette petite protestante qu’on avait placée à côté d’elle. Elle s’était mise à l’observer en classe. Et Lucie remarquait: quand toutes priaient le "Notre Père", la petite le priait de tout son cœur alors que Lucie n’arrivait pas à le réciter. Mais quand elles priaient la Vierge Marie, la tristesse descendait sur elle. Cela chagrinait Lucie qui se disait: "La pauvre petite! Pourquoi ça lui fait ça?" Alors Lucie avait prié: "Mon Dieu, qu’est-ce que je peux faire ou lui dire?" Un jour, après la prière, Lucie lui dit: "Tu sais ce qu’il faut que tu fasses? Pendant qu’on prie la Vierge Marie, récite un deuxième ‘Notre Père’". Alors elle récitait deux "Notre Père" l’un à la suite de l’autre. Lucie lui avait enlevé un fardeau. Et Dieu lui rappelle ce souvenir.
Lucie comprend: "Je suis à nouveau devant un choix: accepter d’épouser un protestant… Mais est-ce vraiment ça que Dieu veut?" Elle se couche le soir et, toute la nuit, elle est réveillée sans cesse. Une petite voix douce lui répète: "Réponds à sa lettre." Lucie discute. Finalement, elle va chercher cette lettre dans la poubelle et elle écrit à Pierre: "Ce serait peut-être bien qu’on se revoie." Rien de plus. En robe de chambre, elle descend aussitôt dans la nuit jeter sa lettre dans la boîte postale. Lorsqu’elle entend le bruit de sa chute, elle éprouve cette joie qui accompagne toujours un acte d’obéissance à Dieu.
Quelques temps après, ils se revoient dans un buffet de gare. Lucie reçoit alors dans son cœur la certitude que la conviction de Pierre vient bien de Dieu. Et le Seigneur lui donne, à elle aussi, la conviction. De son côté, Pierre réalise que le plan de Dieu passait par une condition à remplir. Il y a dans la Bible des " si" qui précèdent les promesses de Dieu.
Moins d’un an plus tard, ils se marient civilement. Ils n’ont pu trouver aucun pasteur et prêtre qui accepteraient de bénir ensemble leur union.
Avant le mariage, Lucie a prévenu: "J’ai donné à Jésus-Christ la première place dans ma vie. Tu ne pourras avoir que la seconde." Elle lui a raconté comment elle a rencontré Dieu et lui a donné l’entière direction de sa vie.
______________________________________________
EN ALGERIE
Trois jours après être passés devant le maire, Pierre est envoyé en Algérie en pleine guerre. Il cherche un guide spirituel et ne trouve aucun pasteur. Quelques mois plus tard, envoyé à Tiaret, il entre dans l’église pour se recueillir et prier dans le silence. L’église est vide. Seul un prêtre dit sa messe à l’autel, le dos tourné. Il semble parler à quelqu’un, se prosterner devant quelqu’un, comme s’ils dialoguaient. Pierre est frappé par la sincérité, l’humilité, la ferveur de ce prêtre et décide d’aller le voir. Reçu au presbytère avec bonté, il raconte son histoire. Et ce Père Blanc lui explique comment lui-même vit sa foi. Pierre note les quatre principes que l’abbé Gamba applique fidèlement dans sa propre vie. Et qu’il lui répètera dans leur correspondance jusqu’à sa mort: "S’abandonner à la divine Providence – Rendre grâce à Dieu pour tout – Sanctifier le moment présent – Etre vrai."
Mais Pierre a beaucoup de mal à mettre ces précieux conseils en pratique. Dans la petite chapelle d’Angers, il avait reçu – sans le comprendre – le pardon total de Dieu pour tous ses péchés passés, effacés par le Sang de Jésus. Mais Pierre veut se changer lui-même: il prend la place du Saint- Esprit. Il s’efforce de faire à nouveau des choses pour plaire à Dieu et devient de plus en plus "religieux", au lieu de continuer à se laisser guider par le Saint- Esprit. Il recommence à diriger sa vie lui-même comme cela lui semble bon. Qui a la première place dans sa vie? Le Moi.
Au lieu de rentrer en France, Pierre est "maintenu". Ces quatorze mois de séparation sont l’occasion d’un échange de correspondance qui leur permet de mieux se connaître - du moins elle le pense. Mais Pierre se livre peu dans ses lettres. Lucie raconte sa vie quotidienne avec Dieu. Lui parle plutôt de ses découvertes dans la Bible et lui envoie des dessins. Tous les aléas de la guerre d’Algérie donnent parfois à Lucie des incertitudes: "Quelle folie de m’être mariée pour risquer d’être veuve!" Mais Pierre revient sans une égratignure, selon la promesse que Dieu lui avait donnée avant le départ.
Après l’euphorie des retrouvailles, les difficultés commencent lorsque leurs caractères s’affrontent. Et Lucie va découvrir Pierre.
 
2. PROBLEMES DANS LE COUPLE
 
UN DRÔLE D’ATTELAGE
 
Qu’ont-ils de commun au départ? Pas l’origine: lui français de l’ouest – elle, née de parents italiens. Ni la religion: protestant – catholique. Ni le milieu social: fonctionnaires – entrepreneurs. Ni le métier: enseignant – créatrice de mode. Ni les âges: dix-huit ans d’écart. Ni les caractères. Ni… ni… ni… Seulement un goût partagé pour la nature et les arts.
Tout le monde prédit le naufrage de ce mariage.
Il faut dire qu’ils ne se sont mariés ni par amour ni sur un "coup de foudre", mais par obéissance à une conviction que chacun a reçue de Dieu. C’est cette base solide qui va leur permettre de tenir ensemble dans les tempêtes à venir. Et c’est l’Esprit saint qui va mettre Son Amour dans leurs cœurs. Dieu a rassemblé deux extrêmes pour en faire un couple uni en Lui.
Lucie réalise: "Dans mon premier songe, le petit balluchon que je portais précieusement avec mon jeune compagnon, c’était la Bible qu’il contenait!" Ils ne savent pas encore où ils vont, mais ils savent qu’ils doivent y aller ensemble.
________________________________________________
DESILLUSIONS
 
Peu après son retour d’Algérie, Pierre reçoit de sa grand-mère une somme d’argent. Ils vont à Lyon, au magasin des vêtements Bayard. En quelques heures, l’ex-barbu dégingandé à l’allure monastique devient un mannequin de mode. Lucie espérait un foulard ou quelque chose pour elle. Mais il ne leur reste plus que les billets de retour.
____________
 
Un peu plus tard, avec son premier salaire, Pierre revient les bras chargés de cahiers, d’un grand carton garni de papiers à dessin, de toiles sur cadre, de tubes de peinture à l’huile et de pinceaux. Il annonce, en mettant sur la table un peu d’argent: "J’ai fait mettre de côté les livres d’art et les tubes de gouache." Timidement, il précise: "Ce serait bien que j’aie pour moi la pièce la plus éclairée, avec une table pour bureau et une autre pour dessiner." Lucie est ahurie: "Son choix est déjà fait!" Elle regarde les petits billets froissés et les pièces de monnaie qu’il a sortis de sa poche, se rend compte du problème et dit: "Donne-moi un de tes cahiers pour les comptes du ménage."
Passionné depuis l’enfance pour le dessin et la peinture, Pierre rêve de devenir un artiste renommé. En dehors de ses cours qui l’accaparent, il dessine ou peint comme un forcené, le jour, la nuit. Cela empoisonne le foyer. Ils ne se voient presque pas. Pierre ne supporte pas la plus petite remarque de la part de Lucie. Il se sent rejeté et se plaint: "Tu me fous par terre!" Il est comme un ballon gonflé que quelqu’un viendrait piquer avec une aiguille. Il cherche à se valoriser mais n’arrive pas à la hauteur de son ambition. Comme il n’est jamais satisfait de ce qu’il fait, il se fâche et s’en prend à Lucie. Pour avoir la paix, elle se tait. Ce qu’il peint inquiète Lucie. Il essaie d’extérioriser son angoisse et son impureté dans ses tableaux à l’huile, mais cela ne règle rien.
Un après-midi, au retour de leur promenade, elle dispose dans un vase un délicat bouquet de fleurs des champs qu’elle a cueillies. Chacun se met à le peindre. Mais elle a le malheur de réussir son aquarelle mieux que lui. Pierre est dépité, jaloux, furieux. C’est lui le peintre! Lucie ne renouvellera pas l’expérience. Et il confisque son dessin.
____________
 
Dominé par l’ambition, Pierre essaie d’être un professeur hors pair. Au lycée de garçons, il ne parvient pas à s’imposer à ses élèves. Il succède à un collègue expérimenté qui obtenait d’excellents résultats. Les élèves savent faire la différence.
Le directeur lui impose de donner des cours d’histoire de l’art, obligatoires pour tous les élèves de terminale au lieu d’une option. Il y a des grincements de dents. Pour tenter de les intéresser, il ramène d’énormes bouquins et confie à Lucie le soin de préparer ses cours. Elle y passe des heures, écrit des pages… qu’il résume d’un trait de crayon en une seule. C’est lui le prof, non? Et souvent il exige qu’elle soit de son avis.
Lucie a un très bon piano, mais pas le temps de l’ouvrir.
Pierre donne la moitié de ses cours au lycée de filles. Cela le rend de plus en plus nerveux. Le soir, avant son retour, Lucie se demande: "Dans quel état va-t-il rentrer du travail? Dans l’exaltation ou au fond du trou?"
La directrice lui demande d’orner les salles d’exposition pour la fin de l’année scolaire: "Vous saurez faire aussi bien que votre prédécesseur!" L’amour-propre de Pierre ainsi sollicité, il entraîne Lucie à peindre avec lui des panneaux de trois à quatre mètres puis à les accrocher aux murs. Un travail éprouvant. Il veut "épater la galerie" et aussi égaler son prédécesseur. Pressés par le temps, ils travaillent tard le soir. Ils sont éreintés.
__________
 
Au milieu de tous ces conflits, ils ont en commun l’amour de la nature. Lucie remarque: "Pierre est d’humeur plus agréable en promenade qu’à la maison!" Quand ils peuvent s’évader, ces ballades sont un plaisir qui les rapproche et leur rappelle leur enfance campagnarde. Chaque promenade est une source de découvertes. Lucie remercie Dieu pour la beauté et l’harmonie de la nature qui ne cessent de la surprendre et de l’enchanter. "Quelle magnifique Création, faite pour notre bonheur! Pourquoi m’embarrasser de questions et de récriminations? Dieu aime chacun de nous!"
Ils passent les vacances d’été dans la vieille ferme du 19 ème siècle que Jean a héritée de son père. Pierre supporte mal les deux enfants de Lucie, à peine plus jeunes que lui, lorsqu’ils viennent en vacances. Jean a le caractère de sa mère: réfléchi, soupe au lait et bon cœur. Pierre, lui, est impulsif, têtu, égocentrique. Il y a parfois des frictions.
Cette vie à la campagne, au milieu des prairies en fleurs et des arbres d’essences variées, incite Lucie à louer le Créateur. A l’approche de la rentrée scolaire, il est difficile de repartir au moment où la forêt revêt son manteau multicolore.
____________________________________________________
EN ROUTE POUR L’ASILE PSYCHIATRIQUE?
 
Lorsque Lucie a rencontré l’Amour de Dieu et Lui a demandé pardon pour tout son passé, elle Lui a donné sa vie d’une façon totale et définitive. Elle croit que Pierre a fait de même. Mais il a seulement reçu le pardon de Dieu sans rien donner en retour. Et il se trouve très bien comme cela! Sa connaissance de la Bible ne règle pas ses problèmes. Il connaît Dieu au travers de la Bible, mais il ne Le connaît pas, LUI, personnellement. Il est devenu "religieux" mais ne s’est pas vraiment converti.
Lucie voit Pierre faire des efforts, entrecoupés de caprices. Tantôt il s’enferme dans des murs de protection, tantôt il cherche à se valoriser. Elle est perturbée par tant d’instabilité. Les crises d’épilepsie de Pierre ressurgissent, mais jamais au lycée. Ses transpirations nocturnes inquiètent Lucie.
La bonne volonté de Pierre est évidente. Par ses propres forces il essaie de s’améliorer, mais en vain. Il vit de terribles combats intérieurs! Il passe de l’euphorie à la culpabilité sans pouvoir se contrôler. Il accuse sa mère, son père, Lucie et tous ceux qu’il prétend être la cause de son délabrement psychique et moral.
Quand il raconte à Lucie son enfance de fils unique et l’attitude de ses parents, elle comprend. Il déchire avec rage les lettres que sa mère lui écrit. Lucie en récupère une, la recolle pour la lire et tout commence à devenir clair. Plus encore quand elle fait la connaissance des parents de Pierre.
Parfois découragé, il est prêt à tout abandonner, même son emploi. Un soir, accablé, il avoue à Lucie: "Je ne sais même pas qui je suis…" Il fait des cauchemars qui l’épouvantent. Il a des crises de profonde angoisse qui le paniquent et des pulsions incontrôlables; comme s’il y avait deux personnes en lui. Lucie craint qu’il ne soit en route pour l’asile psychiatrique.
_____________
 
Un jour, elle lui conseille vivement la lecture d’un livre du docteur Paul Tournier: "Médecine de la personne" . Ce médecin chrétien suisse s’intéresse à tout l’être humain, corps, âme et esprit. Depuis des années, il a découvert que beaucoup de problèmes physiques ont une origine psychique ou même spirituelle. Dans son livre il cite des cas concrets, des exemples vécus. En le lisant, Pierre souligne tout ce qui le concerne personnellement
Lucie le persuade d’aller à Genève le consulter. Paul Tournier accueille Pierre chaleureusement, l’installe dans un fauteuil confortable, près d’un bon feu de cheminée, et sa femme lui sert une boisson chaude. Puis il feuillette son livre et repère ce que Pierre a souligné. Pendant près d’une heure, il l’écoute avec une grande bienveillance.
Puis il explique à Pierre: "Vos parents n’ont pas pu vous donner ce qu’eux-mêmes n’avaient pas reçu. Vous devez l’accepter." A partir de ce jour-là, Pierre cesse de les juger et, plus tard, leur demande pardon.
Ensuite le docteur lui dit: "Vous avez le caractère de votre mère." C’est vrai, mais Pierre a du mal à l’admettre. Comme elle, il domine et manipule pour parvenir à ses fins: il utilise la séduction, les larmes, les raisonnements, la colère ou les reproches. Pierre reçoit le diagnostic mais rejette le remède.
Au retour, il se garde bien de raconter à Lucie ce que lui a dit le docteur Tournier. Mais elle l’avait discerné.
Les problèmes de Pierre minent leur vie de couple. Mais il ne veut pas l’admettre. Lucie essaie de tenir le cap en comptant sur Dieu pour Pierre et pour elle. "Connaissant l’étendue de la Grâce de Dieu dans ma propre vie, je ne peux pas désespérer pour lui!"
________________________________________________________
UN VRAI TYRAN
 
Leur vie de couple est de plus en plus difficile. Ils sont esclaves du caractère rigide et légaliste de Pierre. Parfois il se veut parfait, pour plaire à Dieu…et impressionner Lucie. Il s’impose – et lui impose – des obligations déconcertantes, concernant l’habillement par exemple. Disputes puis réconciliations dans la prière; partages bibliques où se confrontent parfois leurs divergences. Ce que Lucie essaie de lui faire comprendre le révolte. Un protestant connaît mieux sa Bible qu’une catholique, quand même!
Au cours d’une étude biblique, Pierre fait remarquer à Lucie: "L’homme est le chef de la femme." Un peu plus tard, il insiste: "La femme doit être soumise à son mari." Lucie, qui a vécu huit ans seule avec le Seigneur, a du mal à l’accepter. Elle veut être "l’Ancienne-qui-transmet-ses-expériences-avec-Dieu." Mais elle se dit: "Puisque c’est écrit, je vais essayer de m’y conformer…"
Ensemble ils tentent de rechercher ce qui est juste et vrai. Si Pierre s’entête, elle cède; si elle s’entête, lui a du mal à céder. Il veut conserver la direction de sa vie… et même celle de Lucie! Leur foyer bat de l’aile, chacun s’accroche à Dieu pour retrouver le calme et éviter la séparation.
________
Un jour Lucie proteste: "Seigneur, c’est ça le mari que Tu m’as choisi? Il est tyrannique, fantasque, et ne fait que ce qui lui plaît!…" "Oui, c’est vrai, mais Moi Je l’aime." "Tant mieux pour Toi, Seigneur. Eh bien, aime-le. Mais moi, je ne peux plus le supporter." Il faut du temps à Lucie pour retrouver son calme. "Pardon, Seigneur, aide-moi à l’aimer comme Tu l’aimes." Elle réalise: "J’exige de Pierre qu’il soit agréable alors qu’il vit un combat intérieur. J’oublie que Dieu m’appelle à être un instrument de Sa Miséricorde."
Une fois par semaine, quelques enfants protestants viennent chez eux. Pierre leur fait le catéchisme. Lucie écoute attentivement. "C’est bien, ce qu’il leur enseigne, Seigneur! Mais pourquoi lui ne le met pas en pratique?" "Et toi, tu fais tout bien?" lui demande la petite voix douce.
Excédée par cet homme déroutant et dominateur, Lucie commence à douter de la conversion de Pierre. Elle crie à Dieu: "Pourquoi nous as-tu voulus ensemble?"
L’assaut des vagues devient trop fort. La santé de Lucie se dégrade de jour en jour.
________________________________________________________
LUCIE SE SENT MOURIR
 
Lucie est étouffée par le tempérament de Pierre ou réagit violemment pour ne pas retomber dans son apathie originelle. Elle constate que leur "barque conjugale" a du mal à trouver son équilibre. Son point d’encrage est toujours: "Dieu nous a voulus ensemble et Il nous l’a manifesté. Donc, pas de rupture acceptable ni justifiable. Il faut tenir bon." Peu à peu, elle prend conscience que, derrière une bienveillance apparente, Pierre cache une jalousie et une volonté qui la serrent comme un étau. La joie de Lucie s’étiole et ses forces s’amenuisent.
Elle étudie sérieusement ce qui concerne " l’Eglise- Corps de Christ", qui comprend tous les rachetés par le sacrifice de Jésus. Pierre et elle sont inclus dans ce "Corps ", ils sont dépendants l’un de l’autre et doivent grandir ensemble dans l’Amour. En théorie, tout semble facile.
Mais leur vie de foyer est si houleuse que Lucie n’en peut plus. Elle peine à quitter son lit et réalise qu’elle va bientôt se trouver dans la présence de Dieu. Des analyses de sang révèlent une disparition progressive des globules rouges, mais n’en indiquent pas la cause. Lucie s’affaiblit de plus en plus et doit rester alitée. Elle dira plus tard à Pierre "J’étais épuisée, je me sentais mourir, j’étais contente de partir, je n’avais plus goût à la vie". Elle demande à Dieu: "Pardonne-moi l’erreur de ce mariage."
_________
 
Désormais Pierre doit tout faire à la maison, en plus de la préparation des cours et des corrections.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents