L’Église catholique et les relations avec les musulmans
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Description

Du concile Vatican II à Assise et la réunion planétaire des chefs religieux sous l’égide du pape Jean Paul II en 1986, et à Abu Dhabi avec la signature du document sur la Fraternité par le grand imam d’Al-Azhar et le pape François en 2019, le Vatican a amplifié le dialogue avec le monde musulman à l’échelle mondiale.

L’Église de France n’a pas été en reste. Ce dialogue est d’autant plus crucial que ces trois dernières décennies ont été marquées par l’essor d’un fanatisme politique et terroriste qui instrumentalise le fait religieux et menace le vivre-ensemble des communautés de foi.

Pour la première fois, voici réunis les discours, textes, déclarations, chartes et communiqués, tant catholiques que musulmans, produits depuis Vatican II. Un document exceptionnel qui permet de remonter aux sources mêmes du dialogue islamo-chrétien et de faire entendre comment les deux voix s’interpellent et se répondent. Une contribution décisive au cœur des questionnements de la société française face aux identitarismes de tous bords.

Un vibrant appel à l’estime mutuelle.

Préface de Mgr Jean-Marc Aveline

Postface de M. Mohammed Moussaoui


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782728930500
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La Conférence des Évêques de france
L’Église catholique et les relations avec les musulmans
Préface de MGR JEAN-MARC AVELINE Postface de M. MOHAMMED MOUSSAOUI
LES ÉDITIONS DU CERF
BAYARD ÉDITIONS – MAME – LES ÉDITIONS DU CERF Bayard Éditions – Mame – Les Éditions du Cerf, 2021 © Bayard Éditions, 2021 18, rue Barbès 92128 Montrouge Cedex
© Mame 57, rue Gaston Tessier 75019 Paris
© Les Éditions du Cerf , 2021 www.editionsducerf.fr 24, rue des Tanneries 75013 Paris
ISBN 978-2-728-93050-0
Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur.
En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit,
est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas.
Et voici le commandement que nous tenons de lui :
celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.
Première lettre de Jean 4, 20-21
Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté.
Mais il a voulu vous éprouver par le don qu’il vous a fait.
Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les bonnes actions.
Votre retour à tous se fera vers Dieu.
Il vous éclairera alors au sujet de vos différends.
Coran, Sourate 5, 48
Sommaire
Préface
Partie I – L’Église universelle
Introduction
I. Textes du Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen gentium – Extrait – 21 novembre 1964
16. Les non-chrétiens
Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, Nostra aetate #28 octobre 1965
1. Préambule
2. Les diverses religions non chrétiennes
3. La religion musulmane
4. La religion juive
5. La fraternité universelle excluant toute discrimination
II. Les papes et les relations avec les musulmans depuis le Concile Vatican II
Paul VI
Discours d’ouverture de la deuxième session du concile Vatican II, Extrait, 29 septembre 1963
Encyclique Ecclesiam suam , Extrait, 6 août 1964
Discours au chef des musulmans à Istanbul en Turquie, Extrait, 25 juillet 1967
Discours aux dignitaires et représentants de l’islam de l’Ouganda, Kampala, 1 er août 1969
Jean Paul II
Discours aux communautés de l’État de Kaduna (Nigeria) et en particulier à la population musulmane, Kaduna, 14 février 1982
Rencontre avec les jeunes musulmans à Casablanca, Maroc, 19 août 1985
Discours à la grande mosquée Omeyyade, Damas (Syrie), 6 mai 2001
Benoît XVI
Discours devant les représentants de diverses communautés musulmanes à Cologne à l’occasion des XX e Journées mondiales de la jeunesse, 20 août 2005
Discours lors de la rencontre avec le Président pour les affaires religieuses, au « Diyanet », Ankara, 28 novembre 2006
Audience générale, Vatican, 6 décembre 2006
Discours aux jeunes Libanais, chrétiens et musulmans, Extrait, 15 septembre 2012, Patriarcat maronite de Bkerké
Discours aux membres du gouvernement et des institutions de la République, au corps diplomatique, aux chefs religieux et aux représentants du monde de la culture, Palais présidentiel, Baabda, Extrait, 15 septembre 2012
François
Exhortation apostolique La Joie de l’Évangile, Extrait, 24 novembre 2013
Discours lors de la visite au grand Mufti de Jérusalem, Bâtiment du Grand Conseil sur l’esplanade des Mosquées (Jérusalem), 26 mai 2014
Salutation aux participants au colloque de l’Institut royal d’études interreligieuses d’Amman organisé par le CPDI. Petit salon de la Salle Paul VI, 4 mai 2016
Discours lors de la rencontre avec le Cheikh des musulmans du Caucase et avec les représentants des autres communautés religieuses. Voyage apostolique en Géorgie et Azerbaïdjan. Mosquée « Heydar Aliyev », Bakou, 2 octobre 2016
Discours aux participants à la conférence internationale pour la paix, Al-Azhar Conférence Center, Le Caire, 28 avril 2017
Discours au peuple marocain, aux autorités, aux représentants de la société civile et au corps diplomatique, Esplanade de la Tour Hassan (Rabat), 30 mars 2019
Discours aux prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises, Cathédrale de Rabat, 31 mars 2019
III. Textes du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux
Le témoignage chrétien dans un monde interreligieux : recommandations de conduite. Document du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et du Conseil œcuménique des Églises, janvier 2011
Réflexions du cardinal Francis Arinze, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux en vue de la rencontre du 24 janvier 2002 à Assise
Discours de cardinal Jean-Louis Tauran à la cérémonie d’inauguration du Centre pour le dialogue interreligieux et interculturel du roi Abdallah Bin Abdulaziz (KAICIID) – 26 novembre 2012
Messages pour la fin du Ramadan
Message pour la fin du Ramadan ‘Id al-Fitr 1423 H./2002 a.d. : Chrétiens et musulmans sur les voies de la paix
Message pour la fin du Ramadan ‘Id al-Fitr 1426 H./2005 a.d. : Continuer sur le chemin du dialogue
Message du Pape François aux musulmans du monde entier pour la fin du Ramadan (‘Id al-Fitr), Vatican, le 10 juillet 2013
Message pour la fin du Ramadan ‘Id al-Fitr 1435 H./2014 a.d. : En route vers une authentique fraternité entre chrétiens et musulmans
Message pour le mois du Ramadan et ‘Id al-Fitr 1437 H./2016 a.d. : Chrétiens et musulmans : bénéficiaires et instruments de la miséricorde divine
Message pour le mois du Ramadan et ‘Id al-Fitr 1438 H./2017 a.d. : Chrétiens et musulmans : ensemble pour la sauvegarde de la maison commune
Message pour le mois du Ramadan et ‘Id al-Fitr 1440 H./2019 a.d. : Chrétiens et musulmans : promouvoir la fraternité humaine
Message pour le mois du Ramadan et ‘Id al-Fitr 1441 H./2020 a.d. : Chrétiens et musulmans : protéger ensemble les lieux de culte
Partie II – L’Église de France
Introduction
Assemblée plénière des évêques de France, Lourdes 1998 : « Catholiques et musulmans : un chemin de rencontre »
Rencontres de croyants
De la rencontre au dialogue
Des chemins à ouvrir
Dialogue et témoignage
Commission doctrinale des évêques de France, 11 février 2008 : Comment chrétiens et musulmans parlent-ils de Dieu ?
Assemblée plénière des évêques de France, Lourdes 2015 – Service national pour les relations avec les musulmans (SNRM), Lettre de Mission
Partie III – La communauté musulmane
Introduction
I. Textes des origines
Ashtiname ou Pacte de Sainte Catherine ou Pacte du Prophète avec les moines du Mont Sinaï
Pacte de Najran
II. Textes contemporains
Message d’Amman 2004, Ramadan 1425 de l’Hégire, novembre 2004
Lettre ouverte à sa Sainteté le pape Benoît XVI
Il n’y a aucune contrainte en religion
La transcendance de Dieu
L’utilisation de la Raison
Qu’est-ce que « la guerre sainte » ?
Conversion forcée
Quelque chose de nouveau ?
Les « experts »
Christianisme et Islam
Lettre des 138
Une parole commune entre vous et nous (résumé et abrégé)
Une parole commune entre vous et nous
Personne n’accomplit chose meilleure
Déclaration de Marrakech sur les Droits des minorités religieuses dans le monde islamique, 27 janvier 2016
Rappel des principes universels et des valeurs fédératrices (ou consensuelles) prônées par l’islam :
La Charte de Médine, une base de référence pour garantir les droits des minorités religieuses en terre d’islam :
De la mise au point conceptuelle et l’exposé des fondements méthodologiques de la position canonique concernant les droits des minorités :
Compte tenu de ce qui précède, les conférenciers invitent :
En conclusion, les participants déclarent que :
Discours du Grand imam cheik Ahmed Al-Tayyib au pape François, Al-Azhar Conférence Center, Le Caire, Égypte, 28 avril 2017
Charte de La Mecque Mai 2019
Introduction
Principes
Partie IV – Les croyants en dialogue
Introduction
I. Le dialogue islamo-chrétien mis à l’épreuve
Déclarations chrétiennes
Message des évêques et délégués pour les rapports avec les musulmans en Europe participant à leur 4 e Rencontre organisée à Saint Maurice, Suisse, les 13-15 mai 2015, par le Conseil des conférences épiscopales d’Europe
Déclaration du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, Cité du Vatican, 22 avril 2015
Communiqué du Service national pour les relations avec les musulmans de la Conférence des évêques de France
« Utiliser le nom de Dieu pour justifier la voie de la violence et de la haine est un blasphème ! » Pape François, déclaration à l’issue de l’Angelus, Place Saint-Pierre, Rome, 15 novembre 2015
Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques, 15 novembre 2015
Homélie du cardinal André Vingt-Trois en la Cathédrale Notre-Dame de Paris, 15 novembre 2015
Prière de Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne
Homélie de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, aux funérailles du père Jacques Hamel, le 2 août 2016, en la Cathédrale de Rouen
Lettre de Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, au président du CFCM – 15 avril 2020
Déclarations musulmanes
Communiqué du Conseil français du culte musulman – 7 janvier 2015
Communiqué du Rassemblement des Musulmans de France
Communiqué de l’Union des Organisations Islamiques de France – 7 janvier 2015
Communiqué de l’Institut des Hautes Études Islamiques
Message adressé par le cheikh Kheled Bentounes, président d’honneur, à l’occasion de la célébration de la 1 ère décennie de l’association du cheikh Al’Alawu pour la culture et l’éducation soufie, décembre 2015
Le Conseil théologique musulman de France (CTMF). Paris, le 18 novembre 2015
Texte proposé par l’Union des Mosquées de France aux imams de France pour s’en inspirer à l’occasion du prêche du 20 novembre 2015.
Texte proposé par Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne, ancien membre du CFCM, pour le prêche du 20 novembre 2015, dans les mosquées du Rhône.
« Non au terrorisme ! » : les lignes directrices du prêche du vendredi post-attentats rédigé par le Conseil français du culte musulman, 19 novembre 2015
« Manifeste citoyen des musulmans de France » – 29 novembre 2015 – Paris
« Chers frères chrétiens : nous vous aimons ! » – 1 er août 2016 – Valence – Extraits
« Œuvrons ensemble avec tous nos concitoyens » – 25 mars 2020
« Quelle reprise des cérémonies religieuses après le confinement ? », 11 mai 2020, Extraits
II. Des textes en dialogue
Groupe de Recherches Islamo-Chrétien : Croire au lendemain d’un changement de siècle. GRIC international, 2002
Un monde en mutation radicale et accélérée
« Croire » dans le vocabulaire religieux
Un défi pour le croyant
Des croyants responsables face à Dieu et aux hommes
Conclusion
Lettre ouverte aux jeunes de France 3 e Forum islamo-chrétien, Lyon, le 1 er décembre 2013
Discours du pape François prononcé à la Rencontre internationale interreligieuse pour la fraternité humaine au Founder’s Memorial (Abu Dhabi)#4 février 2019
La famille humaine et le courage de l’altérité
Le dialogue et la prière
L’éducation et la justice
Le désert qui fleurit
Discours de son éminence le Grand Imam Dr Aḥmad al-Ṭayyib, Cheikh d’Al-Azhar et Président du Conseil des sages musulmans, prononcé à la Rencontre internationale interreligieuse pour la fraternité humaine au Founder’s Memorial (Abu Dhabi) - Lundi 4 février 2019
Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune. Sa Sainteté Pape François et Grand Imam d’Al-Azhar Ahmed al-Tayyib, Abu Dhabi – 4 février 2019
Avant-propos
Document sur la fraternité humaine Pour la paix mondiale et la coexistence commune
Conclusion
Document sur la Fraternité pour la Connaissance et la Coopération
Préambule
La Fraternité pour la Connaissance et la Coopération
Déclaration finale sur le XI e colloque entre le Centre pour le dialogue interreligieux et interculturel (CIID) de l’Organisation musulmane de la culture et des relations (ICRO) (Téhéran) et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (PCID), 11-12 novembre, Téhéran
III. Deux textes du dialogue judéo-islamo-chrétien
Mémorandum d’entente et d’amitié. Paris, septembre 2019
Préambule
Mémorandum
Suivi et terme du mémorandum
Charte de la nouvelle alliance de la Vertu. Abu Dhabi, décembre 2019
Préambule
Section 1 : Définitions et champ d’application
Section 2 : Motivations
Section 3 : Principes
Section 4 : Objectifs
Section 5 : Domaines et moyens
Section VI : Remarques finales
Postface
Annexe
De quelques précurseurs du dialogue entre chrétiens et musulmans
Pape Grégoire VII
Charles de Foucauld
Louis Massignon
Jean Mohamed Abd-el-Jalil
Louis Gardet
Georges Chehata Anawati
Albert Peyriguère
Ibn Arabi
Emir Abd el Kader
Tierno Bokar
Amadou Hampâté Bâ
Préface
Les relations entre chrétiens et musulmans sont au moins aussi anciennes que l’apparition de l’islam. Celui-ci s’est développé dans des régions très profondément marquées par les différentes tendances d’un christianisme oriental ancien qui ne s’aperçut pas immédiatement de la nouveauté que l’islam constituait {1} . Volontiers polémiques, ces relations anciennes ont permis toutefois de constituer, avec les héritages grecs et les connivences abrahamiques, un patrimoine commun qu’il faut sans doute redécouvrir. À tout le moins, ce patrimoine invite à reconnaître que christianisme et islam sont trop proches pour ne point se parler.
C’est sur cette base ancienne, patiemment redécouverte et fécondée par des expériences spirituelles nouvelles (on pense ici à un Charles de Foucauld ou un Louis Massignon et bien d’autres encore, tant chrétiens que musulmans), que put se jouer le tournant déterminant du concile Vatican II et, singulièrement, de la déclaration Nostra aetate . Les Pères conciliaires n’hésitent pas à déclarer : « L’Église regarde aussi avec estime les Musulmans qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes {2} . » Cette phrase, qui peut nous sembler banale aujourd’hui, marque en fait une étape capitale dans le rapport entre l’Église et les musulmans. On pouvait passer d’une vision « exclusiviste », où les rapports visent à la recherche de l’unique « vraie religion » ou à l’interrogation sur le « salut des infidèles », à une attitude de dialogue où l’autre, en l’occurrence le musulman, a véritablement quelque chose à dire de Dieu. Sans gommer les aspérités et les contradictions, sans nier non plus les résistances qu’une telle approche peut susciter tant chez certains chrétiens que chez certains musulmans, la porte était ouverte pour un véritable « dialogue », c’est-à-dire un échange des logoï , entre ces deux confessions du Dieu unique.
Ce dialogue a connu depuis de singuliers développements. Certains recueils, notamment le volume Le dialogue interreligieux dans l’enseignement officiel de l’Église {3} , manifestent cet essor. Mais ces compendia ont souvent la limite non seulement de ne considérer les choses qu’à partir du tournant de Vatican II, sans donner à voir ce qui l’a préparé, parfois des siècles auparavant, mais aussi de ne laisser résonner que la seule voix chrétienne. L’originalité du présent volume consiste à remonter aux sources mêmes du dialogue islamo-chrétien et à faire entendre les deux voix qui s’interpellent et se répondent. C’est d’autant plus important que ce dialogue revêt à la fois aujourd’hui une urgence et une difficulté nées des conditions sociopolitiques dans lequel il se déploie. L’atualité de ces dernières décennies a donné du grain à moudre aux « identités meurtrières » qu’annonçait Amin Maalouf dans son ouvrage désormais fameux {4} . Le dialogue islamo-chrétien a pu ainsi apparaître comme une naïveté ou un danger. Mais ces difficultés, bien loin de l’éteindre, lui ont permis d’atteindre aussi un nouveau regain de profondeur. En effet, les témoignages les plus anciens démontrent à l’évidence que les sources auxquelles s’abreuvent ensemble islam et christianisme les rapprochent suffisamment pour que leur dialogue ne soit pas qu’un échange poli sur des valeurs que l’on conteste d’autant moins qu’elles sont vagues. Leur échange peut concerner d’abord le fond même de l’expérience qu’ils donnent à vivre et la théologie qui en découle. C’est du fond de ces expériences et de la manière d’en rendre compte que naît une manière d’être au monde, embrassant la conception de l’être humain et de tous les aspects de son existence. C’est seulement en dépassant les amabilités d’une diplomatie vide et les saupoudrages d’une éthique superficielle que ce dialogue pourra donner toute sa mesure. Le pape François en fait d’ailleurs le principe de la fraternité humaine et de l’amitié sociale, n’hésitant pas à reconnaître tout ce que sa récente encyclique Fratelli tutti doit à sa rencontre avec le Grand Imam Ahmad al-Tayyib :

[...] si, pour la rédaction de Laudato si’ , j’ai trouvé une source d’inspiration chez mon frère Bartholomée, Patriarche orthodoxe qui a promu avec beaucoup de vigueur la sauvegarde de la création, dans ce cas-ci, je me suis particulièrement senti encouragé par le Grand Imam Ahmad Al-Tayyib que j’ai rencontré à Abu Dhabi pour rappeler que Dieu « a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux » {5} .
L’avenir de notre société, désormais pluri-religieuse, marquée en France par la présence séculaire du christianisme et l’arrivée significative de l’islam, ne peut se contenter d’un dialogue qui ne serait que l’auxiliaire de l’ordre public ou qui dériverait en simples échanges de façade entre responsables religieux. Il requiert d’abord des croyants suffisamment assurés dans leur foi, leur histoire et leur expérience pour les exposer à l’accueil (parfois critique) de l’autre. Il requiert un échange qui ne rejette pas dans l’ombre du tabou les aspérités et l’intimité de la vie intérieure. Il requiert un dialogue qui permette à chaque croyant, chrétien ou musulman, de trouver dans sa foi une source d’inspiration pour mieux servir la société humaine. Celle-ci ne pourra se bâtir que sur le fondement solide de la fraternité, née de l’inaliénable dignité de chaque être humain et donc de son expérience, personnelle, culturelle ou religieuse. Le christianisme comme l’islam sont les héritiers d’une sagesse séculaire sur ce point fondamental et ils doivent en offrir le témoignage à tous, en le faisant jaillir de leur échange. Il en va du destin de notre société car, comme l’écrivait encore le pape François,

il est inadmissible que, dans le débat public, seuls les puissants et les hommes ou femmes de science aient droit à la parole. Il doit y avoir de la place pour la réflexion qui procède d’un arrière-plan religieux, recueillant des siècles d’expérience et de sagesse {6} .
Confier sa foi à un autre est un acte d’amitié, à la fois personnelle et « sociale ». Fort de cette conviction, le chrétien que je suis ne peut pas ignorer la voix de son Seigneur : « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). Pour nous chrétiens, confier notre foi, c’est donner ce qui nous fait vivre. C’est cette inspiration qui a poussé le Service national des relations avec les musulmans de la Conférence des évêques de France à nous livrer ce volume. Il nous donne à la lire en actes, un peu comme un panorama de ces « leçons de choses » dont Jean-Paul II parlait à la suite de la rencontre d’Assise {7} . Je gage que cet instrument précieux pourra servir à tous, chrétiens et musulmans, afin d’écrire les nouvelles pages et d’inspirer les nouvelles expériences que nos relations attendent.
+ JEAN-MARC AVELINE
Archevêque de Marseille Président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux de la Conférence des évêques de France.
Partie I L’Église universelle
Introduction
Si l’on peut trouver dans la Bible de quoi fonder le dialogue, il est inutile d’y chercher quoi que ce soit concernant les musulmans puisque l’islam n’existera que six siècles après le christianisme.
C’est avec la naissance de l’islam, son expansion, la découverte de ce que le Coran dit du christianisme et des chrétiens, que l’islam apparaît dans les écrits des théologiens chrétiens. Ce sera surtout à travers les controverses développées au Moyen Âge entre penseurs, théologiens chrétiens et musulmans, que l’Église se prononcera.
Les chrétiens manifestant peu d’empathie pour l’islam et ses adeptes, les divergences théologiques sont mises en avant et dénoncées. La présentation coranique du dogme chrétien marquée par des formes déviées du christianisme présent en Arabie et sur ses pourtours, au temps du prophète Mohamed, marque profondément le regard porté par les musulmans sur les chrétiens qui, de leur côté, ne se reconnaissent pas dans l’image renvoyée. Ces derniers ne voient dans l’islam − cette religion venue après la révélation chrétienne considérée comme définitive – qu’une hérésie, œuvre du diable.
Pourtant, même au cœur des périodes conflictuelles, des ouvertures sont apparues, comme, dès le XI e siècle, un échange de correspondances étonnant entre le pape Grégoire VII et le prince En Nacer, ou la rencontre de 1219, en pleine croisade, entre François d’Assise et le sultan Al Kamil.
Cependant, si au Moyen Âge des attitudes positives se font jour, elles restent minoritaires et embryonnaires. Les relations entre chrétiens et musulmans à travers l’histoire sont marquées par des échanges culturels et économiques, des rencontres, souvent polémiques ou apologétiques, de nombreux conflits et des malentendus.
Il faudra attendre la réflexion spirituelle et théologique, nourrie de la connaissance de l’islam et de l’expérience de la rencontre de l’autre, d’un Charles de Foucauld (1858-1916), Louis Massignon (1883-1962), Albert Peyriguère (1883-1959), Jean Mohammed Abd el-Jalil (1904-1979), Louis Gardet (1904-1986), Georges Anawati (1905-1994) et d’autres, pour que s’opère un véritable changement de regard de l’Église catholique sur les croyants de l’islam {8} .
Ceux-ci sont des précurseurs du dialogue islamo-chrétien. Leur engagement ouvrira la voie aux textes du Concile Vatican II en ce domaine.
Dès l’ouverture de celui-ci, « l’Église regarde plus loin par-delà l’horizon de la chrétienté. [...] L’Église porte son regard au-delà de sa sphère propre, vers les autres religions qui gardent le sens et la notion du Dieu unique suprême et transcendant, créateur et providence {9} ».
Ainsi l’Église catholique, s’interrogeant sur la manière dont Dieu lui-même regarde le monde, va porter sur celui-ci en général, mais aussi sur les sociétés, les cultures et les religions, un nouveau regard. Ce changement de regard conduit l’Église à engager un dialogue avec ce monde. Cette attitude de l’Église s’ancre dans la manière dont Dieu lui-même s’est engagé dans le monde, prenant depuis les origines l’initiative d’ouvrir avec l’humanité tout entière « un dialogue long et divers {10} » qui trouve son expression la plus parfaite en son Fils Jésus Christ, le Verbe fait chair.
Ainsi l’Église catholique et chaque fidèle sont convoqués à devenir les partenaires de ce dialogue et à renouveler leur regard sur l’autre, tout autre, dans sa différence, y compris religieuse.
Les adeptes des autres religions − et spécifiquement les musulmans − ne sont plus envisagés comme des « infidèles », des hommes et des femmes perdus pour Dieu, mais bien comme des croyants « qui rendent un culte à Dieu par des actes de piété sincère {11} » et qui par là même sont inclus dans le plan de salut d’un Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés, quelle que soit la voie qu’ils empruntent, « d’une façon que Dieu connaît {12} ».
Si le concile Vatican II évoque les musulmans plus que l’islam en tant que tel, c’est bien dans les sociétés, les cultures et les religions et non seulement dans les individus que le Concile reconnaît, selon l’expression des Pères de l’Église, des « rayons de la vérité ».
Il s’agit donc bien d’envisager désormais un dialogue avec les musulmans et l’islam dont ils sont porteurs. Ainsi l’islam, même s’il reste une énigme dont Dieu seul révélera le sens, n’est plus considéré comme une hérésie, comme l’écrivait en son temps Jean Damascène {13} , mais comme un appel venu du Dieu Un qui « a parlé » à des hommes en un temps de l’Histoire, les enveloppant dans son dessein de salut. Le discours de Vatican II, respectueux de l’autre, quitte donc l’apologétique, les polémiques et le regard souvent très négatif porté au Moyen Âge et au-delà, sur l’islam et son prophète Mohamed.
Voilà pourquoi, institutionnellement et pour mettre en œuvre les orientations du Concile, est créé par le pape Paul VI, en 1974, le Secrétariat pour les non chrétiens avec une Commission pour les relations avec les musulmans . À l’initiative du pape Jean-Paul II, ce secrétariat devient en 1988 le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux .
À la suite du concile Vatican II, les papes qui se sont succédé, de Paul VI à François en passant par Jean-Paul II et Benoît XVI, s’engagent donc tous dans le dialogue avec les musulmans avec la diversité de ce qui les constitue et de leurs expressions. Ils le font par des rencontres, des paroles et des gestes, invitant les catholiques à recevoir cet engagement, non comme un choix passager ou facultatif, mais comme une mission {14} . Le dialogue est en effet partie intégrante de la mission évangélisatrice de l’Église {15} . Il est pour ce monde « une nécessité vitale {16} ».
Ce discours ecclésial qui part toujours de ce qui est commun, comme y insiste particulièrement Jean-Paul II s’appuyant sur Nostra aetate , ne fait pas pour autant fi des différences fondamentales. Elles sont envisagées non comme des obstacles au dialogue, mais comme des chemins à parcourir vers une communion déjà donnée et toujours à espérer.
Si le dialogue avec les musulmans est envisagé dans les prises de position de l’Église universelle comme un enjeu essentiel pour la construction de la paix et de la fraternité humaine, il puise plus profondément encore dans le regard que le Christ porte sur ceux et celles qu’Il rencontre.
C’est une invitation que fait l’Église catholique à envisager chacun, chacune, comme un sanctuaire invisible abritant la présence de Dieu, à regarder le musulman dans le meilleur de ce dont il est porteur, à explorer le sens de nos différences et à les recevoir comme un lieu que Dieu habite et où Il se révèle {17} .
I Textes du Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen gentium – Extrait – 21 novembre 1964

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