La famille aujourd’hui
139 pages
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Description

– Qu’est-ce qui fonde et fait vivre une famille ? A contrario, qu’est ce qui peut l’abîmer, la faire mourir ?
– Quel regard portons-nous sur la vie familiale pour en découvrir la beauté et la singularité, ce qu’il y a de commun entre les familles, mais aussi ce qui distingue chacune ?
– Quelles sont, dans une lumière d’espérance, les attentes, les besoins exprimés (ou pas) des familles aujourd’hui ?
– Quels sont les freins, les obstacles, les pièges à l’édification de la vie familiale ?

C’est à partir de ces questions que, durant trois ans, dans le cadre d’un séminaire tenu au Collège des Bernardins en partenariat avec la Fondation Apprentis d’Auteuil, des personnalités d’horizons très divers (professionnels de l’éducation, universitaires, psychologues, artistes, philosophes) se sont mises à l’écoute de la réalité familiale d’aujourd’hui, avec le souci constant de la rencontre authentique et de la sollicitude.

À travers la diversité de ses approches et de ses objets d’analyse, cet ouvrage entend partager les fruits multiples de cette expérience de recherche originale, tout en répondant à la complexité de bien des situations familiales. Il délivre également de nombreux conseils pratiques qui seront utiles aussi bien aux familles qu’aux professionnels de l’éducation.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 décembre 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9782728930791
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

SOUS LA DIRECTION DE PIERRE DURRANDE, AUGUSTIN MUTUALE & MARIE-PIERRE FRANCIS
La famille aujourd’hui
À l’écoute des cris du terrain
Exorde
De la communauté d’étude du mystère familial
Écouter et partager « les cris du terrain »
Emmanuel Levinas écrivait : « L’humanité débute par l’accueil de l’Autre, dans son étrangéité d’être unique, dans son altérité. L’humanité commence avec “bonjour”. »
Nous vous accueillons pour partager ensemble l’expérience vécue pendant pratiquement trois années dans le cadre d’un séminaire intitulé « Mystère familial ». Ce livre ne veut pas se résumer à constituer un témoignage ou bien une synthèse mais bien plutôt prendre la forme d’un fruit ; c’est-à-dire le fruit des rencontres faites chemin faisant.
Pendant presque trois années, des personnes ayant des personnalités différentes, avec des profils divers, et venant d’horizons variés, se sont rencontrées pour échanger, avec enthousiasme. Heureuses de se retrouver, joyeuses de prévoir la prochaine rencontre.
Qu’est-ce qui a fait qu’une telle communauté d’étude et d’échanges a pu se créer ?
Posons en premier deux pierres représentant ce qui se vivait entre elles : respect et sollicitude. Chaque parole avait une valeur et devait être écoutée. Il n’y avait pas une parole plus forte au motif qu’elle était énoncée par une personne plutôt que par une autre. La force d’une parole réside en ce qu’elle porte en elle et en la place que nous lui accordons. Ainsi, chacun avait une place, une parole possible.
Comme l’a écrit Leo Strauss dans son ouvrage Qu’est-ce que la philosophie politique ? : « Respecter les opinions est tout autre chose que les accepter pour vraies. » Nous nous permettions de mettre en discussion, d’interroger. Ce respect n’était pas rigide car il se couplait avec ce que nous nommons « la sollicitude » entre ces parents, universitaires, professionnels de l’éducation spécialisée, psychologues, artistes, bénévoles, etc.
Chacun s’est mis dans un état de disponibilité pour entendre la parole de l’autre. Il a sollicité cette parole. Nous nous approchions au plus près de chaque personne pour l’écouter car il s’agit bien de cela : chacun, à sa manière, nous ramenait au terrain.
Comme exprimé dans le titre du colloque organisé dans le cadre de ce séminaire, qui s’est tenu au Collège des Bernardins le 20 mars 2019 : « La famille : un défi, un mystère ? Qu’est-ce qui fait vivre et grandir la famille aujourd’hui ? » Ressaisissons-nous de ces mots.
Dans le cadre du séminaire, les participants, ainsi que les partenaires du séminaire de recherche, sont allés rencontrer des familles afin d’être à l’écoute de la parole du terrain dans ce que le quotidien comporte pour ces familles de joies, d’espérances, de difficultés, de doutes, d’échecs, de réussites.
À partir des interrogations suivantes :
– qu’est-ce qui fonde et fait vivre une famille ? A contrario , qu’est-ce qui peut l’abîmer, la faire mourir ?
– quel regard portons-nous sur la vie familiale pour en découvrir la beauté et la singularité, ce qu’il y a de commun entre les familles, mais aussi ce qui distingue chacune ?
– quelles sont, dans une lumière d’espérance, les attentes, les besoins exprimés (ou pas) des familles aujourd’hui ?
– quels sont les freins, les obstacles, les pièges à l’édification de la vie familiale ?
les uns et les autres se sont mis dans l’état de disponibilité, nécessaire et indispensable, pour entendre ce qui remontait.
Au-delà des propos convenus sur la « crise de la famille », ils ont saisi que les communautés familiales sont soumises à de fortes pressions et, notamment, à la progression de l’individualisme, à l’absence de repères, à la fragilité des liens, aux difficultés de transmission et de communication, à l’évolution du rapport à l’enfant, à l’immersion dans l’environnement numérique…
Ils ont relevé que toutes les familles sont bancales. Elles se construisent, au milieu de chemins plus ou moins tortueux, dans la fragilité humaine. Rien ne serait plus inquiétant que de vouloir édifier des communautés parfaites avec des membres imparfaits.
Ils ont compris que « le défi » que représente la famille peut aussi bien être vécu comme un lieu de fracture et de souffrance et/ou un lieu de présence et de sollicitude.
Ils ont pointé ce qui, dans une famille, peut constituer des obstacles qui entravent la rencontre, ainsi que ce qui peut favoriser celle-ci, et ce au milieu des bouleversements de la vie.
Ils ont enfin mis en exergue en quoi le regard, l’écoute et la parole sont les conditions de la vie et de la croissance de la famille et de chacun de ses membres, ce en quoi trouve son origine, d’une manière anthropologique, l’énergie créatrice et résiliente qui fait que la famille s’affirme comme un lieu d’hospitalité et d’accomplissement de la vie humaine.
Présentation de la méthodologie du séminaire
Par ces textes, nous vous invitons à partager les fruits d’une expérience vécue par la réunion de personnes en recherche. Mais de quelle recherche s’agit-il ici ?
Dans une situation de recherche, il y a toujours le risque de se comporter comme l’ivrogne – selon l’épistémologue Abraham Kaplan – qui, ayant perdu ses clés en cours de route, s’obstina à les chercher sous un réverbère parce que… c’était là qu’il y avait de la lumière. Bourdieu, Passeron et Chamboredon ont pointé les risques liés tant à un excès de rigorisme qu’à une forme exacerbée d’exhibitionnisme de l’arsenal méthodologique qui permettent à un chercheur d’être capable de répondre à une question avant même que celle-ci ne lui ait été posée.
Certes, il est important d’avoir une méthodologie sérieuse. Toutefois, il peut n’y avoir aucun rapport entre une méthodologie sérieuse et l’objet même de la recherche que le chercheur peut avoir perdu en cours de route. Je peux ainsi être très rigoureux sur le plan de la méthodologie et disposer d’une lumière parfaite sans que cela me soit d’aucune utilité si ce n’est pas là que j’ai perdu mes clés ; c’est-à-dire si ce n’est pas là que l’objet se trouve. Écoutons ainsi, dans l’ Éthique à Nicomaque , l’avertissement d’Aristote : « Il n’y a pas une méthode unique pour étudier les choses. »
Dans l’ouvrage S’engager dans la recherche en sciences humaines et sociales , Guy Berger et moi-même avons insisté sur le fait qu’il n’existe pas de recherche sans questionnement et sans orientation théorique. Cette orientation demeurerait purement incantatoire et répétitive si celle-ci n’était pas capable de provoquer, de rendre possible et finalement d’exiger en même temps un recueil organisé de situations et de données empiriques correspondant à ces situations. Ces données doivent avoir les caractéristiques suivantes : appropriées, pertinentes, significatives, discriminantes, valides.
Le chercheur doit apprendre à confronter des techniques, des approches, des perspectives (y compris théoriques) pour appréhender son objet et l’identifier. Le chercheur n’est pas un technicien spécialisé dans une technologie particulière ou dans l’usage d’un instrument. Il est plutôt un artisan « ingénieux » (au sens que Vico, puis quelques siècles plus tard Jean-Louis Lemoigne, donneront à l’ ingenium ) qui déploie sa boîte à outils et choisit l’instrument le plus pertinent et le plus économique : on ne traverse pas un désert avec un bateau ! Nous n’utilisons pas les mêmes outils pour explorer une forêt à cheval ou bien un fleuve en barque !
En prenant le sens étymologique du mot « méthode », il s’agit d’être sur la voie. En ce sens, la méthode me fait me déplacer. Or, la plupart des règles de méthodologie reposent sur l’idée inverse. J’ai « ma » question et j’exploite, de façon systématique, quelque chose sans jamais interroger « ma » question en changeant de place.
Mais qu’en est-il lorsque cet objet est lui-même un sujet, tout aussi capable que moi d’élaborer un projet, sur lequel il ne saurait être question de prendre le pouvoir – « d’obliger la nature à répondre à nos questions, de la conduire à la laisse », comme dirait Emmanuel Kant –, puisque la relation qui me lie à lui prend la forme essentielle du respect et qu’il ne s’agit pas seulement de le connaître mais d’écouter ce qu’il a à me dire, de le saisir comme une parole et comme un être raisonnable ?
Comme la science s’est construite sur l’idée d’un « sujet » en face d’un « objet », la science a complètement oublié que cet « objet » est un « sujet ».
Dans ce séminaire, nous avons opté pour ce que nous nommons une démarche s’inscrivant plus dans l’épistémologie de l’écoute que dans celle du regard.
Il ne s’agit pas seulement d’une différence d’ordre sensoriel mais bien de deux démarches distinctes. Nous sommes passés d’une épistémologie « positive et positiviste » à une épistémologie « clinique » caractérisée par le fait qu’elle prend toujours la forme d’un colloque singulier.
L’épistémologie du regard s’inscrit dans une méthodologie résolument volontariste de l’observation d’un « sujet-objet » alors qu’avec l’épistémologie de l’écoute, c’est un « sujet-sujet ». En effet, c’est l’autre qui parle et moi qui l’écoute. Je suis pris, tout à la fois, dans le rythme, le contenu et les intérêts de celui qui parle.
Attention : le regard se met en disponibilité comme le vitrail avec la lumière. Ce regard est à mettre dans l’épistémologie de l’écoute. L’écoute, c’est un regard qui se rend disponible à ce qui se passe. Ce regard ne fige pas, ne réduit la réalité à ce qu’il veut prouver. Il prend le risque de l’aventure.
C’est pourquoi nous avons opté pour une démarche implicative afin de pouvoir écouter « les cris du terrain ». Au départ, cette enquête ne constituait aucunement une technique de vérification mais bien plutôt une technique destinée à permettre de faire surgir de l’expérience. Il s’agissait de faire face au risque de ce que je ne sais pas, de rencontrer des situations, des événements, des expériences, des personnes.
Comment créer cette possibilité de généraliser ce que je trouve par l’intermédiaire d’une enquête purement clinique et locale ?
C’est le problème majeur du savoir anthropologique : comment une démarche clinique portant sur un objet délimité peut-elle donner des connaissances valides et universelles ?
Le chercheur anthropologue espère valider ses recherches cliniques grâce à d’autres expériences ou bien par ce qui a été vécu quelque part.
Nous avons tout d’abord écouté avec respect les personnes puis nous avons mis en discussion tout à la fois ce qu’elles avaient dit et notre manière de les écouter. Cette démarche a permis, tout au long de ce séminaire, et ce sur une période de trois années, de mettre en place le dispositif de travail suivant. L’équipe se rencontrait de façon pratiquement mensuelle sur une journée. Celle-ci commençait par une mise en discussion de la thématique par toute l’équipe après une première intervention. Ensuite, dans le cadre de petits groupes, il était procédé à une mise en interrogation des matériaux apportés par un membre du groupe ou bien par un membre extérieur proposant un témoignage sur le thème du jour. Toujours en petits groupes, nous avons mis en discussion les différentes observations et pistes. Chemin faisant, au fil des débats, et dans l’espace d’une amitié intellectuelle et humaine, des lignes fortes ont commencé à se dessiner par leur régularité mais aussi par leur robustesse. Elles sont devenues les thématiques que nous proposons aujourd’hui.
Ces thématiques sont les « cris du terrain » recueillis par la méthode épistémologique de l’écoute, c’est-à-dire une investigation discursive d’un sujet qui enquête sur un autre sujet. L’enquête libère la notion de méthode de la notion de vérification. Il s’agit d’être attentif à « comment » je cherche et « comment » je trouve. Cela permet de dire que la démarche clinique, démarche pure d’écoute, fait partie d’une méthode possible dans le domaine de la recherche. La recherche n’est pas que vérification, elle est aussi exploration.
Qu’il s’agisse de Platon ou d’Aristote, la science naît de l’étonnement. La mise en place, de façon automatique, de la démarche de l’hypothèse et de sa vérification, fait courir le risque qu’il n’y ait, au bout du compte, plus rien d’étonnant. Dans les sciences humaines, il est nécessaire de faire attention à ce que – à l’intérieur des démarches scientifiques – l’étonnement se renouvelle en permanence. Une recherche aboutie est, peut-être, une recherche dans laquelle le chercheur est plus étonné à la fin qu’au commencement.
Nous avons pris le temps qui précède, non pas pour justifier notre démarche, mais bien plutôt pour vous expliquer en quoi celle-ci nous a aidés à faire de ces années celles de la recherche.
Présentation du plan de l’ouvrage
C’est le terreau fertile des expériences vécues dans le cadre de ce séminaire qui est à l’origine de la naissance de cet ouvrage. Les différents textes qui le composent n’entendent pas être une simple juxtaposition mais bien plutôt une invitation à participer à nos « réunions » dans leurs différents aspects.
En effet, ces réunions représentent un itinéraire, un voyage où chacun s’est aventuré dans une direction qui a permis une ouverture vers une autre direction. Nous vous offrons ce que nous avons vécu ensemble. Par ces textes fondamentaux sur les liens familiaux – et des textes en prise avec le quotidien familial –, nous donnons à entendre ce qui a résonné en nous chemin faisant. C’est pourquoi les textes de cet ouvrage se répondent, se confrontent et se prolongent.
 Première partie – Les cris du terrain
Les textes, incarnés par les « cris du terrain », proposent une mosaïque de couleurs et de nuances ; une polyphonie de rires et/ou de larmes, des mots chaleureux et/ou empreints de brutalité.
Telle est la couleur de la première partie qui aborde les temps modernes par différentes médiations sociologiques et culturelles sur la chanson, la publicité, la sculpture, le théâtre.
Nous osons même un dialogue entre un sculpteur et une psychothérapeute. Là, on retrouve le double rapport de l’écoute-regard, du ressentir, de l’intelligence du cœur. Nous sommes dans les observations vivantes du monde qui passent par le prisme d’une sensibilité qui s’éprouve dans « nos temps modernes ». La littérature, l’artiste, l’art-thérapie ont cette capacité d’exprimer, dans un espace matériel et spatial, un condensé des situations dans une approche vivante.
 Deuxième partie – En quête des fondements
Viennent ensuite les textes fondamentaux qui sont autant de « capsules » qui donnent à penser, mais d’une pensée pleinement articulée avec la vie car elle fait entrevoir ce qui se tisse dans ces liens familiaux, qui sont vitaux. Tout le monde est concerné par la famille. Personne n’y échappe, d’une manière heureuse ou moins heureuse. Il s’agit de penser des liens qui font vivre en dépit de ceux qui font mourir.
Il s’agit de donner à penser le différentiel entre ce qui est là et ce à quoi on aspire, ce que l’on attend profondément pour l’autre. Cette édification de la famille dans ces textes a une portée profondément politique, qui est de bâtir une cité hospitalière. Ces textes proposent des fondations pour que les familles ne soient pas bâties sur des sables mouvants. Ces fondements se révèlent sources d’une eau vive pour irriguer les familles parfois asséchées en raison des conflits, des violences à l’intérieur et à l’extérieur, du manque de repères, etc.
 Troisième partie – La famille au quotidien
Nous prolongeons notre itinéraire avec ce que nous nommons « la famille au quotidien ». La démarche a consisté à demander aux personnes qui le souhaitaient de choisir un thème leur tenant à cœur et de le présenter sous la forme d’un mémento qui s’adresse aussi bien aux parents qu’aux professionnels du travail social. Nous sommes dans le quotidien et l’événement de la vie familiale en prenant en compte le contexte dans lequel se trouvent les personnes que nous rencontrons.
Notre objectif était de mettre à la disposition des professionnels des outils pour favoriser leur action ainsi que des aides pour accompagner la personne en souffrance.
Les thèmes ont été légitimés par leur pertinence concrète pour donner aux uns et aux autres les outils nécessaires pour affronter le quotidien de la famille tant par l’axe de la prévention que par celui du soin.
Chacun de ces mémentos touche au plus près ce que les gens vivent ; d’où cette démarche assez singulière et novatrice qui consiste à faire s’exprimer leurs auteurs. Nous avons eu ce privilège d’écouter chacun d’entre eux expliquer comment, pourquoi et pour quoi il avait choisi ce thème et l’avait traité comme il l’avait fait.
 Ouverture
Enfin, nous terminons cet ouvrage sur une ouverture, qui reflète aussi bien l’atmosphère du séminaire que son contenu.
C’est une composition qui se donne à lire comme un objet littéraire et qui se révèle profondément intime dans l’approfondissement de l’écoute. C’est un texte qui entre en résonance avec beaucoup d’autres textes. Il reprend à son compte, en l’ouvrant, la question de la cohésion familiale, de la place de chacun, de l’évolution de la famille…
Voilà ce que nous vous proposons de lire et d’entendre.
Tout au long de ce séminaire, nous nous sommes confrontés avec des questions, des témoignages, des constats qui parfois « plombaient » l’atmosphère, qui provoquaient la révolte ou le découragement selon les situations et les contextes évoqués. Il n’y a pas eu de naïveté dans nos discours. En effet, nous savions que les familles vivaient des choses difficiles, terribles, dures. Mais, tout au long de chaque journée de recherche, dans le respect et la sollicitude des échanges, nous pouvions repartir nourris par la réflexion et l’espoir.
Nous pouvons nous appuyer sur la vérité, la sollicitude et l’espérance dans le cadre des actions de prévention et de soin.
Il faut apporter une lumière qui donne du sens en tenant compte de chaque personne, de chaque famille, ainsi que de l’état actuel du monde avec ce qu’il comporte de fragilités et de blessures. Il est important de répondre au contexte social et historique par le dynamisme et la force de la sollicitude qui appellent chacune et chacun par son nom afin d’en faire un semeur en humanité. Cette visée entend s’incarner de façon concrète.
Bon voyage !
Augustin Mutuale .
Première partie
Les cris du terrain
1
Contribution
La famille, sujet et objet de la mutation sociale
Des années 1960 à nos jours
Lorsque l’on prend le temps d’échanger entre adultes – que ce soit dans un cadre informel ou dans celui d’un parcours de formation continue avec des professionnels – sur ce qu’est pour chacun la famille, il est intéressant de constater que tous, le plus souvent, se rejoignent dans une vision consensuelle. Un repère, un refuge, une valeur phare pour les Français , titrait à ce sujet l’hebdomadaire L’Express le 25 décembre 2014 en introduction d’un dossier spécial. Ce consensus cache une réalité plus complexe : pour se rejoindre sur une vision partagée, chacun, la plupart du temps, fait abstraction de toutes les nuances qui font qu’il est désormais tout sauf simple de prétendre offrir de la famille une définition unitaire. Le même dossier de L’Express ne s’y trompe pas lorsqu’il poursuit en ces termes : « Traditionnelle, recomposée, monoparentale, homoparentale… Si (presque) tous la plébiscitent, c’est qu’elle a su changer et épouser le désir de chacun d’être libre et ensemble… ou pas. »
L’évolution de la famille au cœur d’un bouleversement systémique
On ne peut interroger la question de l’évolution de la famille dans notre pays sans la relier à celle de la transformation rapide et radicale de la société française entre les années 1960 et aujourd’hui. Le psychosociologue Guy Le Bouëdec, auteur d’un article dans la revue Éducation permanente , écrivait à ce sujet en 2007 : « Celles et ceux dont l’éducation familiale et scolaire ainsi que l’insertion sociale et professionnelle se sont faites dans les années 1960 ont vécu la fin d’un monde. À quelques variations périphériques près, ce monde n’avait pas changé depuis plusieurs décennies sinon plusieurs siècles. »
Effectivement ce modèle social, à la fois matrimonial – c’est-à-dire fondé sur le mariage entre un homme et une femme – et patriarcal, avait survécu aux multiples événements ayant au long des siècles d’une manière ou d’une autre ébranlé son assise : les révolutions industrielles, engendrant l’exode rural et le déracinement de nombreuses familles ; les révolutions politiques (la Révolution française et ses répliques tout au long du xix e siècle) ébranlant la stabilité du modèle de vie sociale ; les guerres et conflits, bouleversant les équilibres démographiques, rebattant les cartes des places attribuées à chacun.
La stabilité de ce modèle social reposait avant tout sur la synergie entre ce que nous pourrions appeler les principaux intégrateurs sociaux, c’est-à-dire les institutions qui sont tout particulièrement à l’œuvre dans le processus éducatif de toute personne. La première d’entre elles est la famille. Les suivantes sont l’école, la religion, le travail et le politique au sens de l’organisation de la vie sociale. Cette énumération ne signifie pas qu’il n’existait pas d’autres institutions jouant ce rôle d’intégrateur social.
Fondamentalement, ces intégrateurs sociaux étaient tous porteurs de mêmes valeurs de vie sociale. Il y avait là une source de cohérence profonde, sur laquelle les parents pouvaient compter dans leur démarche d’éducation. Ainsi, de la famille, cellule de base de la vie sociale, à la « cité » – le politique –, c’est un parcours éducatif complet – socialement mais aussi psychiquement, affectivement, culturellement, intellectuellement, et spirituellement structurant – qui était porté par le système social.
Cette cohérence dépassait les clivages, qu’ils soient d’ordre politique ou religieux. Les clés du vivre-ensemble qu’un enfant recevait étaient les mêmes dans tous les espaces de vie qu’il traversait au fur et à mesure qu’il grandissait en autonomie.
Les années 1960 vont être marquées par la conjonction de multiples facteurs (révolution démographique, révolution économique, révolution intellectuelle, révolution agricole, révolution sociale, etc.) dont l’interaction va être à l’origine de cette métamorphose à la fois extrêmement rapide et massive. En quelques années, chacune des institutions évoquées ci-dessus a profondément muté et la cohérence entre elles a laissé place à une dissonance plus ou moins forte. Il en résulte que le modèle social jusqu’alors profondément éducatif (même si certains y verront d’abord un modèle contraignant et conditionnant) laisse aujourd’hui les parents, les éducateurs mais aussi les enfants et jeunes dans une situation d’isolement plus ou moins grand. Le même Guy Le Bouëdec précise à ce sujet : « Là où les institutions prescrivaient tout naturellement aux individus leurs devoirs et le sens de leurs pratiques, les personnes aujourd’hui, et pas seulement les jeunes, sont confrontées au défi de devoir choisir et déterminer par elles-mêmes les valeurs qu’elles entendent servir, le type d’hommes et d’intégration qu’elles entendent réaliser.

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