La tentation du matérialisme: Réponses de l´islam
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Description

Dans cet ouvrage, le philosophe et érudit religieux iranien Mortada Motahari (1920-1979)s’interroge sur les causes expliquant l’attrait exercé par le matérialisme. Partant du fait quel’homme est, par nature, porté à reconnaître l’existence du Dieu unique, il considère lematérialisme comme une déviation contraire à la nature. La responsabilité de l’institutioncléricale, l’immaturité des conceptions philosophiques, sociales et politiques, ou encore lasécularisation sont les principales causes de matérialisme. Elles sont ici expliquées et réfutéespar l’auteur, qui présente la perspective de l’islam sur ces questions.

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Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 9
EAN13 9782841617197
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0325€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Poésie arabe en couverture:
Jusqu’à quand resteras-tu prisonnier des choses dont l’odeur et la couleur te plaisent ?
Jusqu’à quand courras-tu derrière la beauté et son contraire ?
Toute chose, belle ou laide, accapare ton esprit !
Si tu n’es aussi pur que la source de l’eau de vie ou celle de zamzam,
Tu finiras dans le sol, retournant pour toujours dans les profondeurs de la terre avec laquelle tu as été créé, au fin fond de ses entrailles.
Les Éditions Albouraq
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1431-2011
ISBN 978-2-84161-413-4 // EAN 9782841614134
La tentation du matérialisme
Solutions de l’islam
Mortada Motahari
Traduit par
Mohamad Abdeljalil
Introduction de l’auteur
La matière de ce livre est constituée, à l’origine, de deux cours que j’ai donnés, en 1968 et 1969, à l’Institut Supérieur, sur invitation de l’Association Islamique des Etudiants de cet Institut, et qui avaient pour titre « les motivations pour le matérialisme ».
Les étudiants, ayant manifesté leur désir de publier ces deux cours, les ont recopiés à partir d’un enregistrement, puis me les ont fait parvenir pour que je réajuste certaines formulations. Je m’étais, tout d’abord, contenté d’un tel réajustement formel mais, par la suite, alors que le livre était sous presse, je me suis ravisé et ai décidé d’y ajouter quelques précisions et explications, et un certain nombre d’autres sujets. Le volume des explications et détails ainsi ajoutés équivalait à trois fois le volume de la matière originelle des cours, si bien que, au lieu d’une brochure, c’est un livre qui a été ainsi réalisé !
Le sujet de notre recherche concerne un aspect de l’histoire des croyances humaines. Il est évident que l’analyse des faits historiques présente certaines difficultés car ceux-ci, en particulier lorsqu’il s’agit du développement des croyances humaines, sont liés à des facteurs complexes. Loin de moi la prétention que cette recherche soit intégrale et irréprochable, mais j’espère toutefois qu’elle ouvre la voie vers le but escompté. J’ai détaillé certaines parties et été bref dans d’autres, mais toutes sont extensibles. Quant à savoir si cette recherche est un échec ou un succès et si, en cas de succès, elle a atteint ses buts ou non, tout cela dépend des services qu’elle pourra rendre, de la position qu’elle pourra occuper et du soutien qu’elle obtiendra pour le but qu’elle s’est fixée.
Mortada Motahari
Machad 1391 H. (1971)
À propos du matérialisme
A - Le matérialisme
Etant donné que le sujet de notre recherche concerne les motivations poussant au matérialisme, nous devons tout d’abord, et avant d’entrer dans le vif du sujet, définir le terme « matérialisme » dans son acception courante. Le terme « matérialisme » a différents emplois qui ne peuvent pas tous concerner la présente étude.
On peut appeler « matérialisme », par exemple, la doctrine de « l’originalité de la matière », c’est-à-dire le fait de croire à la réalité extérieure et objective de la matière, par opposition à l’idéalisme, selon lequel la matière est une simple vue de l’esprit, quelque chose de conjoncturel, conceptuel et accidentel, dépourvu de toute réalité extérieure. Or, si l’on prend le terme dans ce sens, les théistes, qu’ils soient musulmans ou non, seraient des matérialistes, car ils croient tous que la matière a une réalité objective déterminée spatio-temporellement, qu’elle est une réalité développée, perfectionnée, sensible, concrète, non-intellectuelle, et ayant des effets précis. Le matérialisme donc, pris dans ce sens, ne s’oppose pas à la croyance en Dieu et en Son unicité ; au contraire, le monde de la nature, en tant qu’« œuvre » unique et « produit » unique, pourrait être le meilleur moyen de connaître Dieu, car c’est à travers l’observation des développements matériels méticuleux que nous pouvons découvrir la Sagesse et la Volonté divines. Par ailleurs, le Coran lui-même considère ces faits matériels comme des signes évidents qui amènent à reconnaître Dieu.
Le terme « matérialisme » pourrait être employé pour désigner le reniement de l’existence immatérielle, la limitation de l’existence au monde matériel, ainsi que la doctrine qui affirme que dans l’univers, toute existence est régie par les lois de la matière et est comprise dans le cadre de l’espace, du temps et de la sensibilité humaine. Selon cette doctrine matérialiste, en dehors de cette réalité tout est pure illusion.
Ce que nous étudierons dans ce livre, ce sont les motivations de cette tendance précise, les facteurs qui ont poussé certains hommes à la soutenir et à renier la métaphysique ainsi que tout être immatériel – et par conséquent Dieu – en considérant comme un pur néant tout ce qui se trouve au-delà de la matière.
B - La nature innée de l’homme est-elle monothéiste ou matérialiste ?
Dans ce livre, si nous nous interrogeons sur les motivations du matérialisme, c’est parce que nous croyons que la nature humaine, à l’origine, est unicitaire : la connaissance de l’unicité est originelle et primordiale, et le matérialisme n’en représente qu’une déviation. C’est donc parce que le matérialisme est contraire à la nature de l’homme, et constitue une exception à la règle, que nous nous interrogeons sur ses causes.
En d’autres termes, alors que la croyance en Dieu représente la position correcte et saine de l’homme, le matérialisme traduit un état maladif, déviant par rapport à son état naturel. Il est normal que l’on s’interroge sur les causes de la déviation et de la maladie, et non sur celles de l’état normal et sain qui correspond à la marche naturelle de l’ordre de la création. Cette vérité contredit tout à fait les théories que l’on nous présente aujourd’hui. En effet, contrairement aux chercheurs de ce que l’on nomme « l’histoire des religions » qui déploient leurs efforts en vue de traiter des causes des tendances religieuses, nous pensons qu’il n’y a pas lieu de s’interroger sur cette question, sachant que c’est la nature humaine innée qui pousse à cette tendance religieuse, mais qu’il faut plutôt nous interroger sur les causes du penchant irréligieux existant chez certaines personnes.
Il ne s’agit pas ici de traiter des détails de ce sujet, ni de prouver que le penchant religieux est inhérent à la vie humaine tandis que le penchant irréligieux y est intrus et accidentel ; car cela sort du cadre de notre présente étude et ne saurait être traité ici 1 . Néanmoins, il convient de noter que lorsque nous affirmons le caractère inné du penchant religieux, nous ne prétendons pas que la question de la religion ne soulève aucune interrogation, lorsqu’elle est posée sur le plan philosophique ou scientifique. Telle n’est point notre intention : pour nous cette question (de la religion) est tout autre et, bien qu’elle s’explique par la nature innée de l’homme, il est vrai que, lorsqu’elle se pose sur le plan intellectuel, elle peut soulever chez le néophyte des doutes, des interrogations et des suspicions que l’on peut dissiper par des réponses pertinentes.
Ainsi, nous ne voulons pas écarter les doutes soulevés – effectivement – chez certains, ni les considérer comme découlant de leur mauvaise foi. Au contraire, nous considérons certains doutes comme naturels, et nous pensons également qu’il est naturel que l’homme qui les éprouve essaie d’obtenir plus de détails pour pouvoir les dissiper. Dans un pareil cas, les doutes sont constructifs, car ils poussent à la précision et à la vérification, et ne visent qu’à la recherche de la vérité ; lorsqu’ils constituent un prélude à la certitude et à la prise de conscience, nous les considérons avec respect. Le doute ne devient un vice que lorsqu’il se transforme en une obsession destructrice qui préoccupe l’homme sur le plan de la pensée et de l’action, comme nous le remarquons chez certains pour qui le doute devient une fin en soi. Ceux-ci se délectent de ce don, et pensent qu’ils n’atteignent la perfection intellectuelle que lorsqu’ils parviennent à la phase du doute et de la tergiversation. Or, si le premier genre de doute est un prélude au perfectionnement, le second mène à la dégénérescence. C’est pourquoi nous disons que le doute est un tournant merveilleux, mais aussi une position négative.
La présente étude s’adresse à des individus et des groupes qui ont considéré le doute comme la dernière étape de leur cheminement et leur refuge final. Nous pensons que le matérialisme, bien qu’il se veuille une doctrine absolue et déterminée, et prétende que la connaissance a pour lui une valeur réelle, est une forme de scepticisme doctrinaire. C’est ce à quoi fait allusion le Coran dans le verset suivant : « Ils n’en ont aucune connaissance ; ils suivent une simple conjecture. La conjecture ne sert à rien contre la vérité. » (53 : 28)
C - Les racines historiques du matérialisme
Le matérialisme n’est pas une théorie récente. Il est absurde de penser qu’il serait l’un des résultats des derniers développements scientifiques, et que, à l’instar des autres théories scientifiques inconnues auparavant, il aurait pris naissance au cours des deux derniers siècles. Non, le matérialisme n’appartient guère aux siècles derniers ; il appartient aux pensées très anciennes puisque nous remarquons que, dans le domaine de la philosophie, de nombreux philosophes de la Grèce antique, antérieurs à l’époque de Socrate et à sa renaissance philosophique, furent des matérialistes niant toute existence qui ne soit pas matérielle. De même, nous remarquons que certains individus de la Jahiliyya 2 , contemporains de la mission prophétique de Muhammad, prophète de l’islam, professaient cette même croyance. C’est pourquoi le Coran a longuement évoqué leur pensée et a mené contre eux une lutte acharnée : « Ils disent : “Il n’y a pour nous que notre vie présente : nous vivons et nous mourons. Seul le temps qui passe nous fait périr.” Ils n’en savent rien ; ils ne se livrent qu’à des conjectures. » (45 : 24). Leurs propos, rapportés ici, montrent clairement qu’ils nient l’existence de Dieu et du Jour du Jugement.
D - Le matérialisme à l’époque islamique
En raison de la mention du terme dahr (« temps ») dans le verset cité précédemment, ceux qui niaient l’existence de Dieu ont été appelés dahriyyûn . On peut remarquer la présence de nombreux dahriyyûn et matérialistes tout au long de l’histoire de l’islam, notamment à l’époque abbasside durant laquelle diverses doctrines philosophiques se sont infiltrées dans la société musulmane. Certains de ces dahriyyûn ont profiter de la liberté de penser dans les domaines scientifique, philosophique et religieux (dans les limites évidemment où cette liberté ne contrariait pas la politique abbasside) pour afficher leurs croyances et leurs conduites matérialistes, et entrer dans la polémique avec les monothéistes. Ils exposaient leurs arguments et mettaient en doute ceux des monothéistes. Ils écoutaient les autres, et les autres les écoutaient. L’histoire de l’Islam regorge d’informations à leur sujet. A l’époque de l’Imam Ja‘far al-Sadiq, certains d’entre eux tenaient des réunions dans la Mosquée du Prophète à Médine, où ils débattaient de leurs idées.
Le livre L’Unicité d’al-Muffaddal ibn ‘Amr, l’un des compagnons de l’Imam al-Sadiq, est le produit d’une confrontation doctrinale avec ces matérialistes. Al-Muffaddal ibn ‘Amr raconte : « Je priais dans la Mosquée du Prophète. Alors que je méditais sur le rang élevé du Prophète, Abd al-Karim ibn Abi al-Awja, qui était un libre-penseur (selon l’expression de l’époque), vint s’asseoir non loin de moi. L’un de ses amis vint le rejoindre. Ils commencèrent à blasphémer, niant l’existence de Dieu et considérant le Prophète comme un grand penseur et un génie, et non comme un envoyé et messager de Dieu qui avait reçu une révélation divine. Ils se disaient que le Prophète ne fut qu’un génie qui présenta ses idées sous forme de Révélation pour pouvoir influencer les gens et qu’il n’existe en réalité ni Dieu, ni Révélation, ni Jour du Jugement. »
En les entendant proférer ces blasphèmes, al-Muffaddal fut bouleversé et réagit avec véhémence à leurs propos. Il alla ensuite voir l’Imam al-Sadiq, et lui rapporta ce qu’il avait entendu. L’Imam s’appliqua à le calmer et promit de lui apprendre les sciences des merveilles de la Création afin qu’il puisse affronter les idées des athées. Effectivement, l’Imam ne tarda pas, au cours de longues séances, à lui dispenser des cours qu’al-Muffaddal copia pour en faire un livre intitulé Tawhîd al-Muffaddal ( L’Unicité d’al-Muffaddal ) 3 .
E - Le matérialisme durant ces derniers siècles
Ce n’est qu’au cours des dix-huitième et dix-neuvième siècles, pas avant, que le matérialisme s’est érigé en école de pensée normative. L’affirmation selon laquelle il remonterait à certaines écoles grecques anciennes est sans fondement. Elle est due au fait que la plupart des historiens de la philosophie n’étaient pas des philosophes et de ce fait, ils ne pouvaient faire la distinction entre une école de pensée normative et une simple tendance à croire à la réalité de la matière. Ainsi, dès que ces historiens tombaient sur certains propos de quelques philosophes concernant l’ancienneté du mot « matière » ou autre chose de ce genre, ils s’imaginaient : qui dit matière dit aussi négation de Dieu et du monde métaphysique. C’est pourquoi nous disons que nous ne possédons aucune preuve de l’existence d’une école de pensée matérialiste (avant ces derniers siècles), et que dans ce domaine existaient seulement de simples tendances individuelles au matérialisme.
C’est pour cette raison, sans doute, que la possibilité de la formation du matérialisme en tant qu’école de pensée est directement liée à la science moderne et au progrès scientifique. Aussi est-il naturel que les matérialistes tentent de confirmer l’existence d’un tel lien, afin d’accréditer aux yeux des autres l’idée selon laquelle la maturation et l’épanouissement du matérialisme au cours des dix-huitième et dix-neuvième siècles seraient dus à l’apparition des théories scientifiques et au développement de la recherche expérimentale. Ce faisant, ils veulent pousser l’humanité à croire au matérialisme !
En fait, une telle idée relève plus d’une plaisanterie que d’une affirmation sérieuse. Car la tendance au matérialisme existait, au cours d’époques antérieures, aussi bien parmi les gens cultivés que parmi les ignorants. De nos jours, on trouve, toutes catégories sociales confondues, aussi bien des individus matérialistes – notamment parmi les savants – que des personnes ayant des tendances spiritualistes monothéistes et croyant à la métaphysique. Si donc l’assertion des matérialistes était fondée, la tendance au matérialisme devrait évoluer parallèlement au cheminement du développement scientifique et au nombre de grands savants dans le monde ; les matérialistes devraient être plus nombreux dans la classe des scientifiques qu’ailleurs ; le progrès scientifique de tout individu devrait aller de pair avec son matérialisme. Or, la réalité est tout autre. De nos jours, on rencontre des penseurs célèbres, tel Bertrand Russell qui se dit matérialiste dans une grande mesure, et qui affirme que « l’humanité est le produit de facteurs qui n’existent pas selon un ordre préalable ni en fonction d’une finalité, que l’origine de l’homme, le développement, l’évolution et même les sentiments humains tels que l’espoir, la peur, la foi, ne sont que des aspects de la rencontre fortuite de différents atomes » 4 . Il nie ainsi l’existence d’une force pensante et organisatrice derrière la création de cet univers, et ce, bien qu’il se considère parfois comme sceptique et agnostique. Mais on voit également des savants comme Einstein, le génie du vingtième siècle, qui déclare : « Il y a dans le monde de l’inconnu une force pensante et puissante ; la preuve de son existence est l’univers » 5 . cette déclaration s’oppose au matérialisme.
Ceci dit, peut-on prétendre dès lors que Russell avait une meilleure connaissance des notions scientifiques qu’Einstein !? Ou bien que tel philosophe des dix-huitième et dix-neuvième siècles connaissait les idées scientifiques de son époque alors que Pasteur, pratiquant monothéiste, les ignorait ! Peut-on prétendre que William James, ce savant monothéiste et dévot, ou d’autres comme Alexis Carl ou Bergson, ignoraient les idées scientifiques de leur époque, et pensaient avec une mentalité vieille de mille ans, alors que d’autres qui ne possédaient pas le dixième de leur savoir et ne croyaient pas en Dieu connaissaient mieux les théories modernes de cette époque-là ?
Il y a souvent deux genres de savant, l’un croyant, et l’autre matérialiste, ou deux genres de physiciens ou biologistes, l’un matérialiste, l’autre monothéiste. Il serait donc hasardeux et insensé de dire que le progrès scientifique a éliminé la croyance en la métaphysique.
Ce qu’il importe le plus de rechercher, c’est le facteur qui a favorisé la naissance, en Europe, du matérialisme en tant qu’école constituée qui regroupe beaucoup d’adeptes, tout en gardant présent à l’esprit que, contrairement à ce qui s’est passé aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, le vingtième siècle a freiné le progrès du matérialisme et lui a même fait perdre du terrain.
En fait, les tendances matérialistes générales sont dues à un enchaînement de causes historiques et sociales que l’on devrait étudier intégralement. Nous nous contenterons d’en aborder quelques-unes. Certaines personnes possèdent peut-être un plus grand savoir dans le domaine social – notamment en ce qui concerne l’histoire de l’Europe – et connaissent par conséquent d’autres causes. Quant à nous, nous mentionnerons les causes que nous avons pu déduire de nos connaissances en la matière.
II- La responsabilité de l’Eglise
De par l’immaturité de ses conceptions théologiques, ainsi que sa conduite inhumaine envers les gens en général, et les libres penseurs en particulier, l’Eglise constitue l’une des causes principales de la tendance du monde chrétien – et indirectement du monde non-chrétien – au matérialisme. Nous étudierons cette question en deux temps, en nous intéressant, en premier lieu, à l’immaturité des conceptions de l’Eglise en ce qui concerne Dieu et la métaphysique, et en second lieu, à la violence de l’Eglise.
Notons déjà, à propos du premier point, que la philosophie et la théologie furent confiées aux prêtres, au Moyen Age, si bien qu’une série de conceptions relatives à Dieu très enfantines et immatures virent le jour. Ces conceptions étaient tout à fait invraisemblables. Loin d’être en mesure de convaincre un homme intelligent et conscient, elles suscitaient chez lui un sentiment de rejet à leur égard, faisant de lui un ennemi du monothéisme.
A - L’immaturité des conceptions religieuses de l’Eglise
1 - La conception anthropomorphique de Dieu
L’Eglise conçoit Dieu sous une forme humaine, et le présente ainsi aux hommes. Dès leur enfance et sous l’influence de l’Eglise, les gens conçoivent Dieu à l’image de l’homme. Par la suite, lorsqu’ils grandissent et atteignent une certaine maturité intellectuelle, ils réalisent que cette image ne concorde pas avec les critères scientifiques et rationnels admis. D’un autre côté, la plupart des gens n’ont pas un esprit suffisamment critique pour comprendre que les questions métaphysiques peuvent avoir leur part de réalité et de vraisemblance mais que c’est l’Eglise qui les présente et applique mal. C’est la raison pour laquelle, lorsqu’ils constatent que les conceptions de l’Eglise ne correspondent pas aux données scientifiques, ils rejettent le principe de toute métaphysique.
Dernièrement, un livre intitulé La preuve de l’existence de Dieu , et rassemblant quarante articles écrits par des savants issus de spécialités différentes a été traduit en persan. Chacun de ces savants s’est appliqué à prouver l’existence de Dieu en s’appuyant sur les connaissances de sa spécialité. L’un d’eux, Walter Oscar Lidbirg, dans son étude expliquant la tendance de certaines personnes au matérialisme, a relevé deux facteurs, dont l’un est celui-là même que nous avons déjà mentionné, à savoir l’immaturité des conceptions exposées et transmises par l’Eglise. Si nous soulignons seulement la responsabilité de l’Eglise, cela ne signifie pas que nous insinuons pour autant que nos mosquées et nos tribunes religieuses soient tenues par des gens compétents, connaissant parfaitement les conceptions théologiques et les prescriptions islamiques. Nous mettons en avant l’Eglise parce que, d’une part, cette tendance matérialiste est le produit des sociétés chrétiennes, et non des sociétés musulmanes – et si on la retrouve parfois dans celles-ci elle traduit avant tout l’imitation d’un courant européen –, et que, d’autre part, il a toujours existé dans le milieu musulman – ce qui n’était pas le cas dans le milieu ecclésiastique – des penseurs et des philosophes formant une école capable de répondre aux interrogations de ceux qui se posaient des questions à ce sujet, et d’empêcher ainsi la situation de se dégrader et de devenir ce qu’elle est devenue en Europe. En tout cas, M. Walter Oscar Lidbirg expose ainsi les causes de la tendance au matérialisme : « Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi certains savants ne parviennent pas, à travers leurs recherches scientifiques, à reconnaître l’existence de Dieu. Nous en soulignerons deux. La première est que souvent la pression des conditions politiques, l’arbitraire social, et les conventions conduisent à rejeter Dieu. La seconde est que la pensée humaine se trouve toujours sous l’influence de certaines illusions et que, même si personne n’a aucune crainte de devoir subir un supplice physique ou moral, sa pensée n’en est pas pour autant tout à fait libre de choisir la voie juste. Dans les familles chrétiennes, la plupart des enfants, et ce dès leur plus jeune âge, conçoivent Dieu à l’image de l’homme. Lorsque ces enfants grandissent, entrent dans le monde adulte et se familiarisent avec les questions scientifiques, ils constatent que cette conception anthropomorphique de Dieu est défaillante et incapable de résister aux arguments logiques et aux conceptions scientifiques. Finalement, après avoir perdu tout espoir, les deux conceptions (celle apprise dès l’enfance à travers l’enseignement de l’Eglise et celle découverte par le contact avec la science) s’affrontant, ils rejettent complètement la croyance en Dieu et négligent toute pensée métaphysique. La raison majeure de cette issue est que les arguments logiques et les connaissances scientifiques parviennent à exercer leur influence et à modifier les croyances et les sentiments intimes que les individus éprouvaient antérieurement. Par conséquent, ceux-ci sentent que leur ancienne croyance était erronée. Cette raison, ainsi que d’autres facteurs psychologiques, provoquent donc chez eux une aversion pour cette conception, et les éloignent totalement de la connaissance de Dieu. » 6
En résumé, on remarque, dans le domaine de l’enseignement religieux – comme cela se passe parfois aussi chez nous –, que l’on inculque à l’enfant une conception avec des caractéristiques précises décrivant Dieu. Cette conception se fixe dans l’esprit de l’enfant. Lorsque celui-ci grandit et découvre d’autres notions et d’autres enseignements, il constate que ladite conception est irrationnelle et ne saurait exister et ce, quel que soit son objet, Dieu ou autre chose. Et sans se donner la peine de penser qu’au lieu de ce qu’il a appris, il pourrait exister une autre conception différente et plus juste, il renie la divinité en bloc. Ce qu’il renie dans son esprit, c’est justement ce en quoi ne croient pas les croyants. Car en réalité il ne renie que l’image inventée par sa secte et inspirée par des gens simples d’esprit. Il ne réalise pas que les vrais croyants renient aussi cette conception erronée qui lui a été inculquée et qu’il désavoue à présent. En fait, il ne renie pas l’existence de Dieu mais seulement l’idée faussée qu’on lui en a donnée. Dans son livre Dieu dans la nature, Flammarion écrit : « L’Eglise a présenté Dieu comme (un être) possédant deux yeux distants l’un de l’autre de trente mille kilomètres ! » Il est donc évident que ceux qui ont reçu une instruction, si infime soit-elle, ne peuvent croire à un tel être.
2 - Dieu selon Auguste Comte
Flammarion cite un propos d’Auguste Comte, fondateur de la doctrine scientifique du positivisme, tout à fait révélateur de l’idée que des savants comme lui pouvaient se faire de Dieu, idée qui avait cours, à cette époque-là, dans les milieux de l’Eglise. En effet, Auguste Comte écrit : « La science a démis le Père de la nature de sa fonction après avoir apprécié ses services provisoires et l’avoir conduit au sommet de sa grandeur. » Il signifiait par là que, par le passé, chaque fois qu’un évènement se produisait, on l’attribuait à Dieu. Ainsi, lorsqu’une personne se trouvait atteinte de fièvre, et que l’on soulevait la question de savoir qui a créé cette maladie, et pourquoi, on répondait que c’était Dieu. Evidemment, cette réponse ne signifiait pas que l’on attribuait la raison de cette fièvre à Dieu en Sa qualité de Régisseur de tous les êtres humains, mais

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