Le principe du juste milieu
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Description

Le monde actuel, désorienté, a besoin de revenir à la voie médiane, du chemin droit, du juste milieu. Le concept Ummatu al wassat, décisif pour relever les défis de notre temps est méconnu, incompris, perdu de vue par des extrêmes de tous bords. Mustapha Cherif remet à l'ordre du jour l'idée fondamentale de la « médianité », du « juste milieu », Al wassatiya, comme question qui détermine l'avenir du monde en général et des musulmans en particulier. Dans cet ouvrage synthèse, l'auteur explique et interprète, de manière nouvelle et pédagogique, ce qu'est la « communauté médiane », dans toutes ses dimensions et pour notre temps. Il donne à penser, responsabilise et ouvre des perspectives.

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Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 10
EAN13 9791022500722
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,064€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1435-2014
ISBN 978-2-84161-973-3 // EAN 9782841619733
LE PRINCIPE DU JUSTE MILIEU
D U MÊME AUTEUR
Culture et politique au Maghreb , Alger, 1989.
L’Islam à l’épreuve du temps , Publisud, Paris, 1991.
Islam et modernité , Enag, Alger 2000,
Dar Chourouk le Caire, en langue arabe.
L’Islam et la mondialisation , Anep, Alger 2002.
Jacques Berque, un précurseur, avec Jean Sur, Anep, Alger 2005.
Une voie Soufie dans le monde, collectif, Maisonneuve et Larose, Paris 2005.
L’Islam Tolérant ou intolérant ? , Odile Jacob, Paris 2006.
L’Islam et l’Occident, Rencontre avec Jacques Derrida,
Odile Jacob Paris 2006 et Barzakh Alger.
Sur les traces de Derrida , collectif, sous la direction de
Mustapha Cherif, Barzakh Alger et Actes Sud, Paris 2008.
Le Coran et notre temps , Albouraq, Paris 2012.
Le Prophète et notre temps, Albouraq, Paris 2012.
Rencontre avec le pape, Albouraq, Paris 2013.
Le défi du savoir en Algérie, Anep, Alger 2013.
Mustapha C HERIF
LE PRINCIPE DU JUSTE MILIEU
I NTRODUCTION
« C’est ainsi que nous avons fait de vous une communauté médiane, afin que vous soyez témoins à l’encontre des hommes et que l’Envoyé soit témoin à votre encontre… » (Coran II-143).
Le monde a plus que jamais besoin de revenir à la voie médiane du chemin droit. Le concept Ummatu al-wassat, la communauté médiane, juste, de la rectitude, cité par le Coran une seule fois sous cette forme, définit la somme des croyants musulmans, dans sa singularité. En son sein, durant des siècles, la compréhension de ce concept, a été intériorisée.
L’islam, religion, civilisation et culture, non seulement émancipe l’homme mais le responsabilise afin de réaliser la communauté médiane. S’il y a un concept qui caractérise l’islam, dans sa singularité et son universalité, c’est celui de « médianité ». Il concerne les aspects de la religion et de l’existence, le culte et la vie sociale, individuelle et collective, dans toutes ses dimensions. Interroger ce concept, c’est expliquer ce qu’est l’islam. La plupart des versets coraniques et des dires du Prophète, qui enseignent comment adorer le Divin, se comporter et vivre, concernent le concept de la voie médiane.
Aujourd’hui la dimension fondamentale de la « médianité », al-wassatiya , est remise en cause par des extrêmes. Bien que des dérives internes et des préjugés externes datent de quinze siècles, jamais l’image de l’islam n’a été autant déformée. Par les uns, des réactionnaires, archaïques, usurpateurs du nom, et par les autres, des non-musulmans portés par l’ambition d’hégémonie. Il ne suffit pas de proclamer que l’islam est la religion du droit chemin pour être compris. Il y a lieu de l’expliquer et de faire preuve d’un comportement digne.
L’islam, ce méconnu, se préoccupe à la fois de la condition terrestre et du devenir de l’humanité dans l’au-delà. Notre époque, qui est dominée par l’extrémisme, mérite de retrouver la voie de la rectitude, celle de la communauté médiane. Il reste à interroger les références fondatrices, le Coran et la Sunna du Prophète, ainsi que l’histoire de l’islam, pour comprendre ce concept, l’interpréter et le mettre en pratique.
Notre temps est celui des excès, du « culte du Veau d’or », de l’oubli de l’éthique et des prophètes, de la négation de la sacralité de la vie, de la profusion de l’athéisme dogmatique, et celle des fanatismes, des usurpations du nom, des faux croyants : « au point qu’ils démolirent à l’aide des croyants leurs demeures avec leurs propres mains. Méditez cette leçon, vous qui êtes doués d’intelligence ! » (Coran 59.2). Une partie des problèmes des musulmans découle d’une incompréhension du concept de « communauté médiane ».
Notre époque, celle des incertitudes, est aussi celle des opportunités, de la science, de la recherche de la justice et de la sagesse de la vie. Il devrait être possible aujourd’hui de restaurer une humanité de l’équilibre, de la mesure, de la communauté médiane. Dans ce sens, le Coran met en garde contre les excès : « O Mes créatures qui avez été excessives envers vous-mêmes, ne désespérez pas de la Miséricorde de Dieu » (39.53).
Il insiste sur le lien, sans confusion, ni opposition, entre les différentes dimensions de l’existence : religion et monde, corps et esprit, cœur et raison, temporel et spirituel, l’un et le multiple, l’individu et la communauté, la liberté et la loi. A contrario du monde actuel qui sépare tout.
Le Coran donne une version singulière, ouverte et nuancée, de différentes manières, de ce qu’est la « vérité ». Les discours dominants, au contraire, sont marqués par des prétentions, des contresens et des mésinterprétations. Chacun croit détenir la « vérité », toute la vérité ! La posture rigoriste fige la Parole révélée et rate la possibilité de l’interprétation. D’un autre côté, la vision occidentalisée, historiciste et matérialiste, prétend que la notion « d’islam » est une élaboration ultérieure au temps prophétique et appelle à remettre en cause des valeurs essentielles.
L’islam, méconnu et déformé, à cause de contre exemples dramatiques et amplifiés, et de l’histoire contradictoire du monde moderniste, rappelle que nul n’a le monopole de la vérité. Ce point de départ ouvre la possibilité d’un autre type de société, d’un vivre ensemble, de la Cité juste. Sa version dépasse la notion de tolérance qui ne fait que supporter. Il rend possible la reconnaissance du droit à la différence et d’une autre approche de la connaissance. Il appelle à affronter rationnellement l’épreuve du vivre et du pluralisme, en annonçant la finalité : « La vie dernière est meilleure pour toi que la vie ici-bas » (93.4).
Les musulmans aspirent à la voie juste, droite, médiane, qui est oubliée au point de sembler nouvelle, où leur vérité, « révélée », présentée comme parfaite, n’exclue pas la part que les autres peuples et communautés détiennent : « Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté, mais Il a voulu vous éprouver par le don de la différence, rivalisez donc d’efforts par l’émulation, dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez tous retour, et Il vous éclairera alors sur l’origine de vos différents ». (5.48)
La « médianité » n’est pas le repli sur soi ou l’imitation aveugle. Ni le rigorisme, ni l’occidentalisme. Ces approches ratent la possibilité d’une humanité équilibrée, d’une communauté ouverte et perdent de vue la cohérence du discours coranique et de l’exemple prophétique. Le refus du débat, l’orgueil et la prétention à détenir la vérité unique caractérisent les voies extrêmes.
Le Coran répond qu’il ne faut point s’abandonner à la lassitude face aux orgueilleux : « S’ils sont trop orgueilleux pour adorer leur Seigneur, qu’ils sachent que ceux qui sont proches de Lui célèbrent Ses louanges nuit et jour, sans jamais éprouver de lassitude » (41.38)
Le concept de « communauté médiane », dans laquelle nous nous reconnaissons et dont nous nous efforçons de traduire la singularité, permet de constater qu’aujourd’hui le musulman est pris entre deux abîmes, deux formes d’exclusions et de prétentions à détenir l’unique « vérité » : celle du libéralisme sauvage et celle du fanatisme religieux. La ligne médiane, sans relativisme, au sujet du sens de l’humain, peut desserrer l’étau dans lequel les extrêmes veulent l’enfermer.
Le concept d’« al-wassatiya », la médianité, question centrale comme son nom l’indique, n’est pas assez pensé. Il est lié à celui de l’unicité du Créateur, « Tawhid ». « Croire » c’est témoigner que « Dieu », le Créateur, est Un, Unique : « il n’y a pas de dieux sauf Dieu », que tout est relatif sauf l’Absolu et témoigner que le Prophète est son envoyé, ce qui renvoie à la mise en pratique de la voie, médiane, la Sunna , pour exister en vérité. Cette ligne n’est ni un compromis fragile, ni une logique de concession, mais un souci de cohérence, de totalité et de justesse.
Au temps classique, des penseurs ont traité de la question de la voie médiane, dans le contexte de leur époque. Abu Hamid al-Ghazâlî, dénommé la « preuve de l’islam », (1058-1111) dans « Ihya ‘ulum ad-din », « Revivification des sciences de la religion » , « Munqid min dal al » « Délivrance de l’erreur », et « Al-Iqtisad fi-l-I’tiqad », 1 traite de la question du « juste milieu dans la croyance » comme expression de la rectitude. Ibn Khaldûn (1332-1406) dans son ouvrage fondateur de la sociologie « Muqaddima» 2 , fait référence au concept de « médianité » pour cerner la problématique de la civilisation et de la société prospère.
Ces savants prennent en considération tout ce qui constitue le monde et la société, pour rechercher comment assurer la corrélation, l’élévation et l’équilibre de la condition humaine. La réflexion à la fois sur les frontières, les liens et la cohérence entre ce qui relève des capacités humaines de connaître et ce qui relève de la révélation divine ont préoccupé les penseurs musulmans.
Le concept de « médianité », que nous allons expliquer, s’appuie sur le refus de toute injustice, de tout excès et de toute idolâtrie. Il responsabilise et privilégie l’humain et appelle la communauté musulmane à être digne de son statut de témoin et d’excellence. Il se veut libérateur. À partir de la profession de foi, témoignage qui doit irriguer toute l’existence de chacun, rien ne vient faire écran entre l’humain et son origine et devenir. Il y a le monde et l’au-delà du monde, liés. Nous savons que le mot « monde » ne recouvre pas le même sens selon la pensée moderne et selon le monothéisme.
En islam, tout l’univers témoigne des signes du Créateur. Le monde repose sur une composition d’une précision infinie, à partir de l’unicité et de la logique médiane. Les calculs géométriques, mathématiques et physiques le prouvent. Le Coran y fait clairement allusion : « Il y a dans la création des cieux et de la terre, dans l’alternance du jour et de la nuit, dans la course des navires sur la mer, dans la modulation des vents et des nuages, il y a dans tout cela des signes pour un peuple capable de raisonner » (2.164)
Surmonter l’épreuve de l’existence, c’est pratiquer la juste mesure, en vue de comprendre qui nous sommes et quelle est notre destinée. Cela dépasse la simple religiosité. Les visionnaires, les poètes et les mystiques le savent. Il s’agit de reconnaître et trouver le sens, comme secret de l’existence, dans chaque atome de la vie, en nous, dans sa création et dans sa Parole révélée, comme le souligne Ibn Ata-Allah (1259-1309) : « Qu’a donc trouvé celui qui T’a perdu? Et qu’a donc perdu celui qui T’a trouvé? ».
Pour forger une humanité juste, une et diverse, le Coran propose le concept de « médianité », comme orientation première vers le « Vrai ». Il est du devoir de tout intellectuel, de tenter d’approfondir l’orientation fondamentale de « la communauté médiane ». Elle nous interpelle depuis longtemps.
Le concept central « al-wassatiya », présenté par le Coran et la Sunna comme la méthode pour apprendre à vivre de manière juste, surmonter les épreuves de l’existence et parvenir au statut d’humanité excellente, devrait retenir notre attention, d’autant qu’aujourd’hui des musulmans l’ont oublié : « Car ce ne sont pas les regards qui sont aveugles, mais sont aveugles les cœurs qui sont dans les poitrines » (22.46)
C HAPITRE 1.
L A LIGNE MÉDIANE EN RELIGION
« Soyez assidus aux prières, notamment à la prière médiane ! Et que le culte que vous rendez au Seigneur soit observé avec humilité ! » (2.238)
Sur le plan religieux, l’islam oriente les croyants et fait éclore des pratiques cultuelles équilibrées et précises, qui respectent la nature humaine et son souci d’harmonie, de totalité et d’équilibre. Ni formalisme, littéralisme et fidéisme, qui produisent du rigorisme, ni laxisme libertaire et perte de repères qui vident de leur sens la Loi religieuse. La communauté « médiane » signifie d’abord que l’extrémisme et la désorientation sont l’anti-religion : «Ô Gens du Livre, n’exagérez pas dans votre religion, et ne dites sur Dieu que la vérité » (4.171)
L’éminence
Le concept de « wassat » qualifie donc la communauté islamique, l’Umma . Le Coran précise le statut de faveur de l’Umma par trois critères : 1- Elle est la dernière en date sur le plan chronologique de l’histoire du salut, liée au caractère final et protégée par la révélation coranique. 2- : L ’Umma a la fonction de témoin, sur le plan du rapport à l’humanité, et du témoignage du Prophète vis-à-vis d’elle. Et 3- Elle est censée pratiquer l’équité, recommander le bien et dénoncer l’illicite.
En conséquence, sur ces bases, l ’Umma , est dotée de l’éminence, de la supériorité, de l’exemplarité : « Vous êtes la meilleure communauté qui n’ait jamais été donnée comme exemple aux hommes. En effet, vous recommandez le Bien, vous interdisez le Mal et vous croyez en Dieu » (3.110) Cet insigne privilège, n’est ni systématique, ni donné d’avance, il faut le mériter.
Le terme « al-wassat » linguistiquement est riche, polysémique. Il signifie plusieurs dimensions fondamentales : la médiane, le juste, la justice, l’équité, le meilleur, le supérieur, la qualité, le noble, l’exemple, le centre, le cœur, le juste milieu, la droiture, la rectitude, le lien. Le dictionnaire « Lissân al-‘arab » définit « al-wassat » principalement comme le meilleur et l’équitable.
La notion de « communauté » signifie l’ensemble des croyants musulmans, par delà leurs origines ethniques, leurs cultures et leurs nationalités. Elle n’exclue ni la diversité des situations, ni la pluralité des opinions. «La Umma» intègre la dimension de «peuple», qui est reconnue et affirmée par le Coran. Le sens de «communauté» transcende toutes les différences, admises comme richesses. Plus encore, la Umma islamique se veut ouverte à toutes les autres communautés religieuses et culturelles pour viser la communauté globale : l’humanité tout entière.
L’Umma islamique devrait avoir pour souci de donner l’exemple de l’humanisme authentique et de la cité juste, qui témoigne avec hauteur de vue de son sens plénier de l’existence. Cela veut dire que l’ Umma , en témoignant de sa foi, tout en recommandant le bien, dénonçant le blâmable et pratiquant l’équité, peut être la meilleure dans l’effort pour adorer, connaître et faire connaître Dieu : « Luttez comme il se doit pour la Cause de Dieu ! C’est Lui qui vous a élus, sans vous imposer aucune gêne dans votre religion, qui est la religion de votre père Abraham, lequel vous a lui-même déjà nommés «les musulmans», nom que vous portez dans ce Coran, afin que le Prophète soit témoin envers vous, et que vous soyez vous-mêmes témoins envers les hommes. » (22.78)
L’orientation
Le terme wassatan, signifie aussi la communauté médiane qui a pour mission et vocation de témoigner, orientée vers la Mecque, considérée par la tradition islamique comme le point d’origine et le centre de notre existence. La Mecque se situe entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud, au centre du monde.
En ce qui concerne la signification intérieure, la Mecque est reliée à l’au-delà sur le plan métaphysique et spirituel et appelle à traduire dans la pratique individuelle et collective le principe de « justice » auquel le mot wassat est lié. Le Juste étant un des noms de Dieu. La Mecque abrite la « Maison de Dieu », Beit-Allah , comme la surnomme le Coran, un trait d’union entre toutes les traditions religieuses du monde, le premier temple voué au Dieu Unique, bâti par Adam et reconstruit par Abraham et son fils Ismaïl, la Kaaba.
Sur le plan pratique, pour s’orienter, la Kaaba est la direction terrestre précise et fixe : « Tourne donc ta face dans la direction de la Mosquée sacrée. Où que vous soyez, tournez votre face dans sa direction » (2.144). La notion d’orientation, Qibla , comme centre avec ses attributs, est représentée par la Kaaba , symbole de la demeure céleste sur terre, qui rassemble tous les priants et les pèlerins du monde. Elle constitue l’orientation extérieure et intérieure commune des musulmans et symbolise leur orientation.
La Kaaba comme centre représente le seul lieu où les musulmans prient face à face et dans des directions opposées, car se trouvant au centre. Ils réalisent l’aboutissement du voyage spirituel terrestre de retour vers le Divin, en étant « centrés », bien orientés : « Dieu guide à sa Lumière qui Il veut » (24.35)
La Kaaba , en lien avec le Trône céleste, a la faculté d’unir les opposés et la multiplicité. Tout comme le cœur du musulman doit être capable de recevoir les théophanies plurielles, comme transcendance/immanence, de comprendre et s’enrichir des points de vue différents. Le musulman centré saisit le cœur de toutes les « traditions » religieuses qui bien que s’exprimant selon des voies, des symboles et des formes différentes, font signe vers le même fond, que tout est relatif sauf l’Absolu, il n’y a pas de dieux sauf Dieu, « La ilaha illa Allah », comme nous l’enseignent le Coran et le Prophète.
Ce qui n’exclut pas que tout l’horizon du monde est ouvert, lié à la vérité immuable : « Là où vous vous tournez est la Face de Dieu. » (2.114). Le cœur de l’Homme croyant lui même est un temple, un centre, comme le suggère des versets comme : « Dieu ouvre à l’islam le cœur de celui qu’Il veut diriger » (6.125), et plusieurs dires du Prophète.
La ligne médiane se veut la méthode coranique et prophétique de la position juste, équitable, équilibrée et mesurée. Ce n’est pas l’absence de position entre deux défauts ou erreurs. La position se veut claire, non pas seulement au centre entre des postures contradictoires, mais leur dépassement. Le Coran fait directement allusion à la nécessité de la subtilité : « En vérité, mon Seigneur est Subtil dans ce qu’Il veut » (12.100) Il ne faut donc pas s’arrêter aux apparences.
À l’exception d’une forme ascétique de la posture mystique, qui concerne une infime minorité, cas particuliers honorés, ceux qui selon la Parole coranique « nul commerce et négoce ne les détournent du souvenir de Dieu » (24-37), la ligne droite, juste et médiane en direction du commun des êtres appelle à ne pas s’enfermer, ne pas se couper du monde et des autres fonctions profanes, sociales et naturelles, pas de vie monastique, ni de célibat ; ni se limiter à des formalités, des principes vagues, abstraits, théoriques et utopiques.
La voie de la droiture, médiane, juste, signifie non pas se priver, ou préférer une activité ou un aspect par rapport à une autre, mais assumer et lier toutes les dimensions de l’existence. Pratiquer le « dhikr », penser en toutes circonstances et pour toutes activités au Divin, c’est la contemplation dans l’action. Même pour la récitation du Coran, la ligne médiane est recommandée : « Dis-leur : « Appelez-Le “Dieu” dans vos prières ou appelez-Le “le Miséricordieux”. Sous quelque nom que vous L’invoquiez, les plus beaux noms sont toujours les Siens !» N’élève pas trop la voix dans la salât et ne l’effectue pas non plus à voix basse. Mais entre les deux, adopte le juste milieu » (17.110)
Ni désespoir face à la dureté du monde, « et qui désespère de la miséricorde de son Seigneur, sinon les égarés ? » ( 15.56) , ni orgueil, illusion et prétention face à l’éblouissement du monde : « seuls les gens perdus se sentent à l’abri du stratagème de Dieu » (7.99). L’espérance et l’humilité doivent s’équilibrer pour montrer l’entière disponibilité en direction du Divin.
Les cinq piliers
Wassatan oriente vers la pratique du culte de manière constante, pour s’élever spirituellement. Assiduité et souplesse se conjuguent pour pratiquer le culte. Les cinq piliers de l’islam, Chahada, profession de foi, Salât , prière quotidienne, Zakat , don obligatoire de purification des biens, Siyyâm, jeûne, Hajj , pèlerinage, sont fondés sur la ligne centrale et médiane. Il faut les aborder comme repères décisifs, pour parvenir au degré de la médianité. La clef pour être musulman, la profession de foi, permet au croyant de mettre fin aux illusions, à la dispersion et à l’isolement de l’être. Il se rattache à l’essentiel, à l’Absolu et à Son messager le Prophète.
La prière, salât , cinq fois par jour, implique que le corps et l’esprit rompt régulièrement avec l’éphémère et font face à l’indicible pour communiquer avec Lui. Le croyant, de la rectitude, de la ligne médiane, découvre qu’il y a la prosternation du corps et plus encore celle du cœur, qui ne « relève » jamais la tête, comme le précise le Coran : « Ceux qui sont perpétuellement dans leurs prières » (70.23).
Le jeûne, siyâm, par l’abstinence permet de prendre du recul vis-à-vis des désirs et des besoins terrestres, pour la Seule Face de Dieu. Le don obligatoire de purification, Zakat , est fondé sur le juste partage, ni oubli de soi et des proches, ni égoïsme. Le pèlerinage, Hajj, se veut dépouillement et relation privilégiée avec le Créateur. La possibilité de l’accommodement, selon les contextes et les particularités, est ouverte. Le Coran précise : « Les gens doivent, pour Dieu, faire le pèlerinage de la Maison, mais pour ceux qui le peuvent » (3.97)
Pour le jeûne du mois de Ramadhan, les malades, la femme enceinte, les voyageurs dans un trajet pénible et d’autres cas de difficultés, sont exemptés et rattraperont lors de conditions meilleures. Au sujet de la prière, en s’inspirant du Coran, le Prophète dit : « Prie debout, si tu ne peux pas, prie assis et si tu ne peux pas prie sur le flanc. » (Bokhari). En outre, pratiquer les prières supplémentaires n’est pas une obligation, mais une recommandation, en fonction du temps libre : « Quand tu es libre, lève-toi prie donc et à ton Seigneur aspire » (94.7-8)
Être religieux, croyant, spirituel, selon la ligne médiane, ce n’est pas seulement pratiquer le culte, mais faire le bien : « La vérité est que quiconque se soumet à la Volonté divine tout en faisant le bien, c’est celui-là qui recevra sa récompense du Seigneur et qui n’aura à éprouver ni crainte ni peine. » (2.112) Une des prières musulmanes consiste à espérer parvenir à la médianité : « Que Dieu Le Tout Puissant nous guide sur la voie médiane et nous protège des excès ».
La vie concrète est concernée, tout en prenant du recul vis-à-vis de la frénésie du monde. Les références coraniques sont explicites , pour apprendre à vivre un rapport au monde pratique et précis, sans formalisme outre mesure. C’est un chemin à la fois ouvert et balisé, qui n’aveugle pas. Le but est de garder en vue que l’on est tenu d’assumer, de produire du bien, mortels mis à l’épreuve : « Certes, Nous vous soumettrons à quelques épreuves en vous exposant de temps à autre à la peur et à la faim, en vous faisant endurer quelques pertes dans vos biens, dans vos personnes et dans vos récoltes. Mais le Prophète peut annoncer une heureuse issue à ceux qui souffrent avec patience. » (2.15)
Le commun des Hommes ne sait pas adorer Dieu de manière intégrale, ni le reconnaître dans toutes Ses manifestations. La voie juste, médiane, enseigne comment adorer « Dieu », en s’élevant dans les degrés et étapes vers Sa Proximité. Les trois étapes ou degrés significatifs sont ceux de « l’islam » comme profession de foi ; de la croyance, « iman », comme pratique des cinq piliers de la foi ; et celle de l’excellence du bel agir, « al-Ihsan », à partir des œuvres surérogatoires, bienfaisantes et sages : « Pour tous il y a des degrés en rapport avec leurs actes » (6.132) ; « Nous élevons en degré qui Nous voulons » (12.76)
En conformité à cette logique coranique de l’élévation, Abu Hamed Al-Ghazali, dans « Ihyâ’ ulûm al-dîn », Revivification des sciences de la religion, décrit le cheminement du croyant de la voie droite qui cherche spirituellement à s’élever, sur la base du renoncement aux futilités du monde : «Sache que le renoncement en lui-même se différencie, en fonction de son intensité, en trois degrés. Premier degré : il s’agit du degré le plus bas, où l’on pratique le renoncement au monde, alors qu’en fait on le désire encore, que le cœur y incline encore et que l’âme s’en préoccupe encore. Cependant, on se bat contre lui et on le repousse. C’est là la pratique du renoncement initial (...) L’aspirant est en danger, car peut-être son âme triomphera-t-elle de lui, ses passions l’attireront-elles à nouveau au monde, l’y ramèneront et y trouvera-t-elle quelque délassement.
Deuxième degré : celui qui abandonne le monde spontanément par mépris pour lui en fonction de ce à quoi il aspire (...) Il s’étonnera presque de son renoncement et pensera en lui-même qu’il a abandonné quelque chose de valeur pour quelque chose d’une valeur plus grande. Cela aussi est une imperfection.
Troisième degré : Le plus élevé. Il consiste à renoncer spontanément, à renoncer dans son renoncement, sans avoir conscience de son renoncement, vu que dans ce cas le renonçant n’a pas conscience d’avoir abandonné quoi que ce soit, étant donné qu’il s’est rendu compte que le monde n’est rien (...) Un tel renonçant est à l’abri du danger de prendre à nouveau quelque intérêt au monde » (Chapitre le renoncement)
Lorsque les croyants persévèrent sur le chemin droit de la médianité, de l’élévation spirituelle, le Coran affirme : « Il les aimera et eux l’aimeront aussi » (5.54) et « Dieu aime vraiment ceux qui reviennent à Lui, Il aime ceux qui se purifient » (2.222) . Le Prophète, au sujet du croyant sur le chemin de la droiture, dit : « Dieu, qu’Il soit exalté, l’aime, et dés qu’Il l’aime, Il est son ouïe, sa vue, sa langue, sa main et ses facultés », tout en sachant que Dieu est l’essence de toute chose.
La communauté médiane, en termes de religion, est celle qui se garde de tout excès et toute ingratitude et vise l’excellence, étape par étape, station par station, pour maîtriser les passions et répondre au projet Divin : « Celui qui aura préservé son âme des passions, le paradis sera son refuge » (79. 40-41). Elle doit témoigner fidèlement sa reconnaissance au « Dieu » Unique, sans prétendre au monopole de la vérité. La sourate inaugurale du Coran, Al-Fatiha , pour bien marquer l’option juste de la ligne médiane, se termine sur l’expression « ni ni », qui réfute deux formes négatives de voies prétentieuses : « ni le chemin de ceux qui ont encouru Ta colère, ni de ceux qui se sont égarés. ».
Le modèle excellent
En termes d’expression de la foi, le concept de communauté médiane signifie « la droiture », al-istiqama, que le Prophète, modèle excellent, représente. Le chemin droit, sirâte al-mustaqim , voie de la rectitude, centrale et verticale, au singulier dans le Coran, est l’image parfaite de la voie mohammadienne. C’est le comportement juste de la médianité, le lien unissant le ciel et la terre, l’expression de la fonction califale, représentant du Divin, l’homme centré. C’est aussi au long de cette voie que se trouvent les tentations qui écartent les aspirants à Dieu. Ainsi, les hommes en quête du Divin seront éprouvés.
Une des prières centrales en islam est contenue dés la sourate de l’Ouverture, Al-Fatiha. Elle se fonde sur la recherche de la guidance, Al-huda, du « chemin droit », sirâte al-mustaqim, pour forger un honnête homme croyant. Rechercher l’agrément de « Dieu », c’est se comporter de manière droite, en se conformant à une éthique et une discipline précises, fixées par la Révélation et la Sunna, assumées et complétées par la raison humaine responsable, en fonction du contexte. Le Coran ordonne de vivre la religion correctement : « Pratiquez correctement la religion et ne vous divisez pas à ce sujet » (42.13), ce qui fait signe au juste, au bon sens et au consensus.
Le Prophète disait « je jeûne un jour et je romps un jour, je prie une partie de la nuit et je me repose l’autre partie ». Il ajoute : « Vis comme si tu ne devais jamais mourir et adore Dieu comme si tu devais mourir demain ». La médianité a pour but de permettre l’épanouissement de toutes les facultés humaines, tout en évitant toutes les formes d’excès. Ni dilution dans le monde, ni tourner le dos au monde. Ni vie aveuglée par la fascination du monde, l’assouvissement des désirs et des besoins infinis, ni privations excessives, mais maîtrise de soi : « En vérité, Nous avons fait de ce qui existe sur la Terre une parure pour elle, afin de mettre à l’épreuve les hommes et reconnaître ceux d’entre eux qui effectuent les œuvres les plus salutaires. » (18.7)
Le croyant sur le chemin juste, médian, découvre que les obligations imposées par la Loi libèrent, car elles sont des repères pour s’approcher de Celui qui Est. Le musulman qui approfondit la ligne médiane, aura encore plus de respect pour les règles de vie et d’adoration fixées par le Coran et détaillées par le Prophète. Contrairement aux allégations du courant historiciste qui veut faire croire que le concept « d’islam » et celui de « musulman » se sont forgés après l’ère prophétique, ils sont pleinement définis, explicités par le Coran et vécus comme tels, sur la base de la Sunna : «

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