Le Rosaire
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Description

Le Rosaire est une prière populaire que l'Eglise a recommandée et favorisée à de nombreuses reprises. Il se situe dans la ligne spirituelle d'un christianisme qui, après 2000 ans, n'a rien perdu de la fraîcheur des origines et qui se sent poussé à avancer au large pour redire que le Christ est Seigneur et Sauveur, le point vers lequel convergent les désirs de l'histoire et de la civilisation.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2011
Nombre de lectures 48
EAN13 9782296474437
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Rosaire

Une grande prière
de la spiritualité catholique
Religions et Spiritualité
dirigée par Richard Moreau,
Professeur émérite à l’Université de Paris XII
et André Thayse,
Professeur émérite à l’Université de Louvain
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux.
Dernières parutions
Bernard FELIX, Rencontres avec Jésus , 2011.
André THAYSE, Regards sur la foi à l’écoute de la science , 2011 .
Francis LAPIERRE, Saint Paul et les Evangiles , 2011.
Maurice VERFAILLIE, L’Identité religieuse au sein de l’adventisme (1850-2006), 2011.
Philippe BEITIA, Les traditions concernant les personnages de la Bible dans les martyrologes latins , 2011.
Dr Francis WEILL, Dictionnaire alphabétique des psaumes , 2011 .
Céline COUCHOURON-GURUNG, Les Témoins de Jéhovah en France. Sociologie d’une controverse , 2011.
Pierre HAUDEBERT, Théologie lucanienne. Quelques aperçus , 2010.
Pierre EGLOFF, La Messe sur l’univers. Les Nourritures du Ciel et de la Terre, 2010.
Marie LUCIEN, 10 maîtres de vie dans la Bible , 2010.
Philippe BEITIA, Le baptême et l’initiation chrétienne en Espagne du III e au VII e siècle , 2010.
Michel GIGAND, Michel LEFORT, Jean-Marie PEYNARD, José REIS et Claude SIMON, La sortie de religion est-ce une chance ? ,2010.
Francis LAPIERRE, Saint Luc en Actes ? , 2010.
Philippe Beitia


Le Rosaire

Une grande prière
de la spiritualité catholique
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55504-4
EAN : 9782296555044

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Introduction
Le Rosaire est une prière populaire que l’Eglise a recommandée et favorisée à de nombreuses reprises. Les spirituels et les saints l’ont tenue en haute estime et l’ont propagée avec zèle et amour. Les pasteurs en ont attendu des fruits tant pour l’Eglise que pour la société dans laquelle ils vivaient. Car le Rosaire est un résumé de l’Evangile. Qui part de l’Evangile et mène à l’Evangile.
Le Magistère de l’Eglise y a vu une prière d’une grande signification, destinée à porter des fruits de sainteté. Elle se situe bien dans la ligne spirituelle d’un christianisme qui, après deux mille ans, n’a rien perdu de la fraîcheur des origines et qui se sent poussé par l’Esprit de Dieu à avancer au large pour redire, et même pour crier au monde, que le Christ est Seigneur et Sauveur, qu’il est le chemin, la vérité et la vie, qu’il est la fin de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire et de la civilisation {1} .
En effet, tout en ayant une caractéristique mariale, – notera Jean-Paul II – le Rosaire est une prière dont le Christ est le centre. Dans la sobriété de ses éléments, il concentre en lui la profondeur de tout le message évangélique, dont il est presque un résumé. En lui résonne à nouveau la prière de Marie, son Magnificat permanent pour l’œuvre de l’Incarnation rédemptrice qui a commencé dans son sein virginal.
Avec lui, le peuple chrétien se met à l’école de Marie, pour se laisser introduire dans la contemplation de la beauté du visage du Christ et dans l’expérience de la profondeur de son amour. Par le Rosaire, le croyant puise d’abondantes grâces, les recevant presque des mains mêmes de la Mère du Rédempteur {2} . Pour s’engager au service du Christ, de son Royaume, de sa mission.
1 Origine du Rosaire
Le Rosaire est une prière répétitive. Il se compose de quinze dizaines de Je vous salue , Marie (ou de vingt dizaines, si l’on suit la réforme de Jean-Paul II {3} ), précédées du Notre Père et conclues par la doxologie trinitaire : Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit , comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen. On y médite les mystères joyeux {4} , les mystères douloureux {5} , éventuellement les mystères lumineux {6} et les mystères glorieux {7} du Christ et de sa Mère. D’ordinaire, c’est une partie du rosaire, le chapelet - composé de cinq dizaines -, que des chrétiens disent chaque jour {8} . Le Rosaire s’enracine dans la prière mariale qui s’est développée très tôt dans l’histoire de l’Eglise {9} .
1. Les origines
Le titre de Theotokos , de Mère de Dieu, la piété chrétienne le donne, en effet, à Marie depuis le III e siècle, dans une vieille prière grecque traduite ensuite en latin, le Sub tuum praesidium :
Sous ta protection, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu. Ne rejette pas nos prières dans nos nécessités mais délivre-nous de tout danger, Vierge glorieuse et bénie.
Au V e siècle, Nestorius conteste à la Vierge le titre de Mère de Dieu. Il la qualifie uniquement de Christotokos , de Mère du Christ. Pour lui, Marie n’est mère que de l’homme Jésus et non pas du Dieu fait homme. Le concile d’Ephèse de 431 va contester cela et rappeler que Marie est la Mère de l’unique personne du Christ, Dieu fait homme. Le Concile de Chalcédoine de 451 va approfondir cette union de Dieu et de l’homme en la personne de Jésus. C’est à partir de ces deux conciles que la prière à la Vierge va connaître un nouvel essor.
Des invocations à la Vierge vont être intégrées dans les sermons des prédicateurs. Elles reprendront en partie la salutation de l’Ange Gabriel lors de l’Annonciation – Réjouis-toi, Comblé de grâces, le Seigneur est avec toi –. Un exemple en est l’homélie prononcée au concile d’Ephèse {10} . C’est le sermon marial le plus célèbre de l’antiquité chrétienne même si on ne sait pas avec certitude qui l’a prononcé. On peut y lire ce qui suit :
Nous te saluons, Marie, Mère de Dieu, trésor sacré de tout l’univers, sans déclin, couronne de la virginité, sceptre de la foi orthodoxe, temple indestructible, demeure de l’incommen-surable, Mère et Vierge, à cause de qui est appelé béni, dans les saints évangiles, celui qui vient au du Seigneur.
Nous te saluons, toi qui as contenu dans ton sein virginal celui que les deux ne peuvent contenir ; toi par qui la Trinité est glorifiée et adorée sur toute la terre ; par qui le ciel exulte ; par qui les anges et les anges sont dans la joie ; par qui les démons sont mis en déroute ; par qui le tentateur est tombé du ciel ; par qui la créature déchue est élevée au ciel ; par qui le monde entier captif de l’idolâtrie est parvenu à la connaissance de la vérité ; par qui le saint baptême est accordé à ceux qui croient, avec l’huile d’allégresse ; par qui, sur toute la terre, les Eglises ont été fondées ; par qui les nations païennes sont amenées à la conversion .
Il arrive que le prédicateur dise Réjouis-toi en donnant quelque titre à la Vierge - certains sont très prolixes et reprennent diverses images de la Bible - et qu’à son tour l’assemblée réponde : Réjouis-toi , Comblé de grâces, le Seigneur est avec toi. C’est ainsi que sera composé la très célèbre hymne acathiste, un poème très populaire que l’on date du VI e siècle. Il est composé de vingt quatre strophes et d’acclamations parmi lesquelles la salutation de l’Ange revient cent cinquante fois. En voici la première strophe {11} :
Un ange, parmi ceux qui se tiennent devant la Gloire du Seigneur fut envoyé dire à la Mère de Dieu : « Réjouis-toi ! Il incline les deux et descend, Celui qui vient demeurer en toi dans toute sa plénitude. Je le vois dans ton sein prendre chair à ma salutation ». Avec allégresse l’ange l’acclame : Réjouis-toi en qui resplendit la joie du Salut ! Réjouis-toi en qui s’éteint la sombre malédiction ! Réjouis-toi en qui Adam est relevé de sa chute ! Réjouis-toi en qui Eve est libérée de ses larmes !
Réjouis-toi Montagne dont la hauteur dépasse la pensée des hommes ! Réjouis-toi Abîme à la profondeur insondable même aux anges !
Réjouis-toi tu deviens le Trône du Roi ! Réjouis-toi tu portes en ton sein Celui qui porte tout ! Réjouis-toi Etoile qui annonce le Lever du Soleil ! Réjouis-toi tu accueilles en ta chair ton enfant et ton Dieu ! Réjouis-toi ! tu es la première de la Création Nouvelle ! Réjouis-toi en toi nous adorons l’Artisan de l’Univers !
En Occident, l’origine de l’Ave Maria , du Je vous salue Marie provient de la liturgie.
Le chant d’offertoire du IV e dimanche de l’avent – où l’on contemple la figure de Marie – unit les paroles adressées à la Vierge par l’Ange {12} et par Elisabeth {13} : Salut, Marie , pleine de grâce , le Seigneur est avec toi : tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni. Certains pensent que cette antienne de l’avent a été reprise à la fête de l’annonciation. Mais, on n’en trouve pas trace dans la prière populaire.
2. Le Moyen-âge
L’hymne acathiste sera traduite en latin au IX e siècle et sera à l’origine d’une dévotion marquée par l’usage de la partie biblique – de la première partie – de l’ Ave Maria. Dans les monastères et dans les milieux populaires, on va aimer répéter cette prière. On va la dire plusieurs fois par jour.
Ce sont les cent-cinquante psaumes qui sont la partie la plus importante de l’Office divin célébré par les prêtres et les autres clercs. Ils sont dits en latin. Tout le monde ne peut pas les dire car beaucoup de laïcs sont illettrés au Moyen-âge. Pour ces derniers, on va créer des prières qui seront au nombre de cent-cinquante et qui vont remplacer les psaumes. Dans les monastères, les moines qui ne sont pas prêtres devront dire cent cinquante Notre Père dans certaines circonstances.
Aussi qualifiera-t-on de psautier toutes séries de prières de cent cinquante unités. Il y a eu d’abord le psautier des Pater - des Notre Père -. Viendra ensuite le psautier des Ave - des Je vous salue -. Pour compter ces prières, on va utiliser des cordelettes avec des nœuds reprenant ainsi un objet dont se servent les musulmans pour évoquer les divers noms de Dieu. En Irlande, les psaumes sont divisés en trois groupes de cinquante. Le moine non-prêtre devra donc réciter cinquante psaumes ou cinquante Notre Père pour les défunts de la communauté.
Au XIII e siècle, l’habitude de réciter les Ave Maria par cinquantaine s’est répandue chez les cisterciens, les dominicaines et les béguines des Pays Bas. La triple cinquantaine de Je vous salue sera appelée Psautier de la Vierge .
Dans les mêmes milieux, on va désigner cette prière du nom de chapelet. Ce mot désigne la couronne de fleurs qu’un jeune homme dépose sur la tête de sa belle. Désormais, c’est une couronne d’ Ave Mairia que des chrétiens dévots de la Vierge vont tresser pour elle. Ce type de prière mariale va se répandre chez les chartreux, les cisterciens, les dominicains. Dans le peuple chrétien aussi. Avec le temps, il donnera naissance au Rosaire qui ne trouvera sa forme définitive qu’au XVI e siècle.
Ces psautiers des Pater et des Ave n’étaient pas satisfaisants. Un chartreux portant le nom de Henri Eger de Kalcar {14} va unir la prière du Seigneur et celle adressée à la Vierge. Lors d’une apparition, la Mère de Dieu lui aurait dit comment il pourrait composer un psautier de Marie plus parfait. Il consistera en un Pater suivi d’une dizaine d’Ave repris quinze fois. On les dira en trois fois, lentement, dans un esprit de contemplation. Les frères illettrés pourront ainsi s’unir à l’office choral célébré par les prêtres du monastère en disant en silence et avec dévotion ce Psautier de la Bienheureuse Vierge Marie . Henri de Kalcar fait connaître ce type de prière à un prieur d’Angleterre. Elle connaîtra une certaine faveur et se répandre sur cette île.
A partir du milieu du Moyen-âge, l’attention va se porter sur les scènes de la vie de Jésus. Notamment sur sa naissance et sur son amère passion. La vie terrestre de Jésus, sa vie historique va devenir objet de contemplation, au détriment de son mystère pascal de résurrection et de gloire. Des chaînes de prières vont naître : on va contempler la vie humaine du Seigneur et de sa Mère, son enfance et sa passion, notamment. D’où la dévotion aux joies et aux douleurs du Christ et de la Vierge. Là où on médite sur un thème spécial en disant les Ave du Psautier de la Vierge , on consacre la première cinquantaine à l’enfance de Jésus, la seconde à sa Passion, la dernière aux joies de la Vierge lors de la glorification de son Fils et de sa propre Assomption. Se profilent déjà les mystères joyeux, douloureux et glorieux de ce qui deviendra le Rosaire.
Ces chaînes de prières sont d’une grande diversité. Les joies et les souffrances du Christ sont réparties de manière différente. Parmi les nombreuses formules qui se répandent, il faut faire une place à part à celle d’un autre chartreux, Dominique de Prusse (1409). Partant du Psautier de Marie d’Henri de Kalcar, s’inspirant de traités de deux de ses coreligionnaires – La Recommandation du Rosaire d’Adolphe d’Essen et La Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ et de sa Bienheureuse Mère Marie ou Méditations extraites de la vie du Christ de Ludolphe de Saxe -, il a l’idée de composer cinquante formules - on les appellera clausules - qui résument les événements et les paroles de la vie du Christ qu’il soude à l’Ave Maria - qui, pour le moment, ne contient que les paroles de l’Ange et d’Elisabeth -. Ainsi, par exemple, pour faire mémoire de la Résurrection, notre chartreux ajoute-t-il : Jésus, le fruit de tes entrailles, qui est sorti vivant et glorieux du tombeau, est béni. On peut ainsi contempler tout le mystère du Christ.
3. Alain de la Roche
Alain de la Roche (1428-1478) naît en Bretagne. Il entre chez les dominicains et fait profession à Dinan. Il passe de la province de France à la congrégation réformée de Hollande. Il y sera prédicateur et professeur. Il sera en contact avec les milieux cartusiens. Il a certainement connu le Psautier de Marie de Henri de Kalcar et le Rosaire de Dominique de Prusse. Il prêchera la dévotion au Psautier de Marie. Il en fait la prière officielle de la Confrérie de la Vierge Marie et de Saint Dominique qu’il fonde en 1470, dans l’église des dominicains de Douai.
Il va contribuer à arrimer ce qui va devenir le Rosaire à l’Ordre des prêcheurs.
Ce à cause d’une mauvaise lecture. Dans le Mariale de Jean du Mont, un dominicain devenu évêque de Trèves, Alain lit le récit de ce qu’il croit être une apparition de la Vierge à saint Dominique à qui elle demande de répandre la prière du Rosaire. Or, Jean du Mont était un ami des chartreux et notamment de Dominique de Prusse. Le Dominique dont il parle n’est certainement pas le fondateur de l’Ordre des prêcheurs mais Dominique de Prusse qui a amélioré le Psautier de Marie. Alain de la Roche l’aura confondu avec saint Dominique. Ce qui favorisera l’annexion du Rosaire par les dominicains… ainsi que la représentation de saint Dominique le recevant des mains de la Mère de Dieu. Cette légende passera dans les textes officiels des papes.
Alain de la Roche va diffuser le Psautier de Marie. Il décrit des miracles qui se produisent lorsqu’on utilise cette prière. En la récitant, on obtient d’abondantes indulgences. On pense qu’elles aident à éviter le feu du purgatoire. On les recherche. Cette prière assure protection contre la foudre, le tonnerre, les brigands, les voleurs, les meurtriers, les ennemis de l’enfer… et cela, sans bourse délier. Tout cela est une propagande efficace pour la Confrérie de la Vierge Marie et de Saint Dominique dont le Psautier est la prière officielle.
Notre dominicain recommande, durant cette prière, de contempler la Vierge avec l’Enfant lors de la première cinquantaine, l’Homme des douleurs lors de la seconde, la gloire du ciel et celle des saints lors de la troisième. Déjà se profilent les mystères joyeux, douloureux et glorieux.
Le mérite d’Alain de la Roche, c’est de lier cette prière à la prédication de l’évangile et à une confrérie.
2 Les interventions du pape saint Pie V
1. Le pape Pie V
Antonio Ghislieri est un petit berger gardant les moutons dans la campagne lombarde.
La générosité d’un voisin l’enverra à l’école chez les dominicains. A 14 ans, il entre dans l’Ordre des prêcheurs et prend le nom de Michele. Toute sa vie, il sera fidèle à ses voeux religieux et gardera la pauvreté jusque dans les fastes pontificaux. En 1550, il est nommé Grand Inquisiteur dans un diocèse très exposé à la prédication protestante. Six ans plus tard, il est élu pape et prend le nom de Pie V. Il consacrera son pontificat à l’application de la Réforme Catholique définie au Concile de Trente, dans toute l’Eglise, avec une attention particulière pour les diocèses du Nouveau Monde.
Suite aux décisions du Concile, il promulgue le missel et le bréviaire romains qu’il impose quasiment à toute l’Eglise d’Occident, dans un but d’unification de la liturgie de la messe et de l’office. Il fait aussi élaborer le catéchisme officiel. Il contre la diffusion des thèses protestantes en encourageant les théologiens et en indiquant les livres dangereux pour la foi. Sa réforme marquera l’Eglise durant plusieurs siècles.
C’est au Pape saint Pie V que l’on doit aussi le Rosaire telle que nous l’avons connu jusqu’à la réforme de Jean-Paul II. C’est lui également qui établit le texte définitif du Je vous salue Marie.
2. Pie V et le Rosaire
Nous avons vu que, pour honorer la Vierge, on se sert de la salutation de l’ange à laquelle on joint la bénédiction d’Elisabeth. Dans divers pays, on s’en tient, au XVI e siècle, à cette formule. A Rome, le pape Pie V va y faire une addition : celle où l’on demande à Marie de prier pour nous. Il fait imprimer le texte définitif de l’Ave Maria dans le bréviaire romain (1568), livre officiel de la prière de l’Eglise à l’usage des clercs. Ces derniers doivent dire, avant les offices, le Pater et l’ Ave Maria dont le texte est maintenant le suivant {15} :
Ave, Maria, gratia plena, Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui Jesus. Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.
Certes, il faudra bien un siècle avant que cette formule soit reçue telle quelle dans l’Eglise.
C’est aussi à cette même époque que sont déterminés les quinze mystères joyeux, douloureux et glorieux. Il est vrai que suite aux initiatives de Dominique de Prusse et d’Alain de la Roche on était arrivé à des exagérations. Certains Rosaire étaient composés de cent cinquante mystères !!
Mais il y aura plus. Le Pape saint Pie V favorisera le Rosaire par le bref Consueverunt Romani Pontifices et par la constitution apostolique Salvatoris Domini du 5 mars 1571, après la victoire de Lépante.
C’est le 15 septembre 1569 que Pie V promulgue le bref Consueverunt Romani Pontifices.
Saint Pie V, à la suite d’Alain de la Roche, pense que c’est saint Dominique qui a institué le Rosaire. Il établit un parallèle entre les cent cinquante psaumes de la Bible et le même nombre d’ Ave Maria , précédé de l’Oraison Dominicale. Il s’agit de méditer les mystères qui rappellent la vie entière de Notre Seigneur Jésus - Christ.
Mais le pape attend surtout de la prière du Rosaire l’aide du ciel dans les difficultés que traverse l’Eglise de son époque. Au temps de saint Dominique, aux yeux de Pie V, les fidèles accueillant [cette forme de prière] avec ferveur s’enflammèrent bientôt par cette méditation , et se transformèrent en d’autres hommes,. les ténèbres de l’hérésie reculèrent , la lumière de la foi reparut. Aussi, l’évêque de Rome compte-t-il sur la même grâce et recommande-t-il cette prière mariale en un temps où l’Eglise militante […] est agitée par tant d’hérésies, et si affreusement blessée et affligée par les guerres et la dépravation des mœurs. Des indulgences sont accordées à ceux qui s’inscriront dans la confrérie du Rosaire ou qui pratiqueront cette prière {16} .
Les Turcs menacent l’Europe. A l’appel du Pape, une coalition de forces navales chrétiennes va affronter la flotte musulmane en Méditerranée et la défaire complètement grâce à sa supériorité technique, le 7 octobre 1571. Le 7 octobre est le premier dimanche du mois, jour où se rassemblent les confréries du Rosaire. Il sera marqué par une procession d’intercession. Aussi verra-t-on dans la victoire de Lépante une intervention de la Vierge Marie en faveur des chrétiens. C’est l’interprétation qu’en donnera Pie V dans sa constitution apostolique du 5 mars 1572 adressée à la confrérie du Rosaire de Martorell, près de Barcelone : il y verra l’effet de l’intercession miséricordieuse de la Mère de Dieu :
Nous étendons [Notre] sollicitude à tout ce qui peut honorer la très glorieuse Marie, toujours vierge, qui dans son chaste sein, a conçu par l’opération du Saint Esprit le Sauveur du monde, et qui, en vraie Mère de Miséricorde, l’incline à la clémence et comme consolatrice du genre humain, ne cesse de répandre devant lui sa prière pour le salut des fidèles accablés sous le poids de leurs fautes.
Nous tenons en particulier à ce que ne soit jamais oublié le souvenir de la grande victoire, obtenue de Dieu par les mérites et l’intercession de cette glorieuse Vierge, le 7 octobre 1571, contre les Turcs, ennemis de la foi catholique {17} .
Dans ce même texte, Pie V précise que la commémoration de Notre Dame de la Victoire aura lieu le premier dimanche d’octobre {18} . Dans un premier temps, cette fête sera célébrée dans les églises ayant une confrérie du Rosaire avant d’être étendue à des régions à l’occasion du centenaire de la bataille de Lépante (1671) ou de nouvelles victoires contre le danger turc comme la délivrance de Vienne en 1683. En 1716, après le succès du prince Eugène de Savoie à la bataille de Peterwaradin, le 5 août - jour de la fête de Notre Dame des Neiges où les confrères du Rosaire et un peuple immense implorent la Vierge à Rome pour être libérés du joug musulman - et la défaite du sultan Achmet III à Corfou, le 22 du même mois, le pape Clément XI étendra la fête du Rosaire à l’Eglise universelle. Toutes choses qui seront consignées dans les leçons du second Nocturne des matines de la fête du Rosaire {19} . On ne peut pas mépriser ce que le Rosaire a signifié pour la défense de la paix menacée par des conflits armés qui pouvaient mettre en danger la foi chrétienne.
C’est un message semblable que délivrera la Vierge, à Fatima, en 1917 : Priez le Rosaire pour que cesse la guerre. Aussi les leçons de l’office du 7 octobre invitent-elles à avoir une grande dévotion envers la Mère de Dieu qui , chaque fois qu’on le lui a demandé par la prière du Rosaire a donné [aux chrétiens] la victoire sur leurs ennemis de la terre. On attend d’elle qu’elle leur accorde également d’être victorieux de ceux de l’Enfer {20} . Nous y reviendrons.
3 La prière du Rosaire au XVI e et au XVIIe siècle
La prière du Rosaire va être, aux XVI e -XVII e siècles, une prière personnelle. Elle sera aussi la prière publique des confréries du même nom.
1. Le témoignage des spirituels et des saints
1. 1. Sainte Thérèse d’Avila
Née dans une noble famille d’Avila en Castille, Thérèse (1515 - 1582) entre à 20 ans au Carmel. Elle se rend compte que les pratiques religieuses de cet Ordre se sont dégradées et elle veut le réformer pour le faire revenir à la règle primitive, malgré bien des résistances. Elle fonde de nombreux couvents en Espagne. Elle vit des expériences mystiques très fortes et rencontre saint Jean de la Croix, lui même mystique. Elle nous a laissé des écrits de haute spiritualité, en particulier Le château intérieur de l’âme. C’est une extraordinaire méthode de prière qui la range parmi les meilleurs guides de l’oraison contemplative {21} . Elle évoquera le chapelet :
Je recherchais la solitude pour réciter mes prières qui étaient nombreuses, et en particulier le chapelet, car ma mère aimait beaucoup cette dévotion, et elle s’appliquait à nous l’inculquer {22} .
1. 2. Saint François de Sales
Fils d’une noble famille savoyarde restée catholique en pays calviniste, François de Sales (1567-1622) est destiné à une brillante carrière juridique. Son père l’envoie étudier à Paris. Mais il y découvre la théologie et les problèmes de la prédestination, soulevés par les calvinistes. Scrupuleux, il se croit prédestiné à être damné. Le désespoir le submerge jusqu’au jour où il découvre le Souvenez-vous , prière mariale attribuée à saint Bernard. Il retrouve la paix. La paix intérieure sera l’un des grands messages de sa vie. Il conduira sur cette voie sainte Jeanne de Chantai. Il en traitera dans son Introduction à la vie dévote. Prêtre, puis évêque de Genève, il réside à Annecy, car Genève est la Rome des calvinistes. Il tente de faire revenir les protestants à la foi catholique par la prédication, les débats, les écrits {23} . Il fréquente les grands spirituels de l’époque, soutient la réforme des carmels de sainte Thérèse d’Avila, la fondation de l’Oratoire de France par Pierre de Bérulle (1611). Lui-même fonde l’Ordre des visitandines pour mettre la vie religieuse à la portée des femmes de faible santé.
Son Introduction à la vie dévote est un ouvrage qui s’adresse à chaque baptisé. Il y rappelle que tout laïc peut se sanctifier en faisant joyeusement son devoir d’état où s’exprime la volonté de Dieu.
Dans ce livre, François de Sales indique que le chapelet est une très utile manière de prier. Il faut, bien entendu, savoir le dire. Il recommande les petits opuscules qui enseignent la façon de le réciter {24} .
Lui-même donnera des conseils pour le dire. Voici la méthode qu’il propose. Il l’a rédigée le 14 août 1606 à Saint Jean d’Aulps.
En disant le Je crois en Dieu , celui qui récite le chapelet doit se mettre en présence de Dieu. En disant le Notre Père qui suit, il doit demander au Seigneur qu’il veuille bien agréer le service qu’il lui rend et d’être assisté par lui dans cette prière. En disant les trois Je vous salue , il demande l’assistance de la Vierge Marie et la salue comme Fille du Père, Mère du Fils de Dieu et Epouse bien aimée du Saint Esprit.
Sur chaque dizaine -poursuit-il- vous penserez à un des mystères du Rosaire , selon le loisir que vous aurez, vous ressouvenant de celui que vous vous proposerez, principalement en prononçant les très saints noms de Marie et de Jésus, les passant par votre bouche avec une grande révérence de cœur et de corps. S’il vous vient quelques autres sentiments, comme la douleur de vos péchés passés, ou le propos de vous amender, vous le pourrez méditer tout le long du chapelet, le mieux que vous pourrez, vous ressouvenant de ce sentiment, ou autre que Dieu vous inspirera, principalement lorsque vous prononcez les deux très saints noms de Jésus et de Marie.
En disant la doxologie trinitaire qui conclut la dernière dizaine, celui qui dit le chapelet doit remercier Dieu de la grâce qu’il lui a faite de pouvoir le dire. Sur les trois grains qui suivent, il est appelé à saluer la Vierge Marie et à lui demander d’offrir son intelligence au Père pour qu’il puisse contempler sa miséricorde, sa mémoire au Fils pour avoir continuellement dans la pensée sa mort et sa passion, sa volonté au Saint Esprit afin d’être enflammé de son amour. Au gros grain qui est avant la croix, il doit supplier Dieu de tout agréer pour sa gloire et le bien de son Eglise, de le conserver en son sein, d’y ramener tous ceux qui se sont dévoyés – il pense aux protestants – et prier pour ses amis. Il doit le terminer en disant sur la croix le Je crois en Dieu , tout comme au début et achever par le signe de croix.
Le chapelet, le chrétien doit le porter à la ceinture ou d’une autre manière visible comme une sainte marque par laquelle [il veut] protester qu’[il] désire être serviteur de Dieu, notre Sauveur, et de sa très sacrée Epouse, Vierge et Mère, et de vivre en vrai enfant de la sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine {25} .
1. 3. Timoteo Ricci
Le dominicain Timoteo Ricci va être à l’origine d’une initiative qui favorise et stimule la prière personnelle du Rosaire. En 1629, alors qu’une épidémie de peste sévit à Bologne, il institue dans le couvent dominicain de cette ville la Bussola dei ora perpetua del Rosario. Il s’agit de 8760 billets qui correspondent aux 8760 heures d’une année. Celui qui désire consacrer une heure de son temps à méditer et à réciter les mystères du Rosaire en tire un. La prière mariale est dite à l’intention des agonisants, pour la conversion des pécheurs, pour la paix publique. Le succès de cette initiative est immense. A telle enseigne qu’elle s’enracinera à Bologne, se répandra en Allemagne et en France sous l’autorité des fils de saint Dominique.
Elle recevra l’approbation du pape Alexandre VII en 1656 et se poursuit encore aujourd’hui. Pauline Jaricot proposera quelque chose de semblable au XIX e siècle, à Lyon.
1. 4. Saint Vincent de Paul
Vincent de Paul (1581-1660) veut devenir prêtre pour échapper à sa condition paysanne. A 19 ans, il monte donc à Paris parce qu’il ne trouve pas d’établissement qui lui convienne. Il devient curé de Clichy un village des environs de la capitale, aumônier de la reine Margot, précepteur dans la grande famille des Gondi. Entre temps, il rencontre Bérulle qui lui fait découvrir ce qu’est la grâce sacerdotale et les devoirs qui s’y rattachent. Il renonce alors à ses bénéfices, couche sur la paille et ne pense plus qu’à Dieu. Il postule pour une paroisse rurale à Châtillon-les-Dombes et c’est là qu’il fait l’expérience de la grande misère spirituelle et physique des campagnes françaises. Sa vocation de champion de la charité s’affermit. Rappelé auprès des Gondi, il accepte et enrichit son expérience comme aumônier des galères dont Monsieur de Gondi est le général. Ami et confident de saint François de Sales, il trouve en lui l’homme de douceur dont il a besoin, car son tempérament est celui d’un homme de feu. Pour les oubliés de la société - malades, galériens, réfugiés, illettrés, enfants trouvés – il fonde successivement les Confréries de Charité, la Congréga-tion de la Mission (Lazaristes) et, avec sainte Louise de Marillac, la Compagnie des Filles de la Charité.
Il portait toujours un chapelet, tant pour le dire souvent, comme il faisait, que pour faire par cette marque extérieure une profession ouverte de sa dévotion et vénération envers la Reine du Ciel et se déclarer publiquement pour l’un de ses très fidèles et dévots serviteurs {26} .
Dans ses conférences aux Filles de la Charité, saint Vincent donne tout un enseignement sur le chapelet. Il les invite à le porter ostensiblement {27} et à être fidèle à cette prière tous les jours :
Vous récitez encore votre chapelet à plusieurs reprises, comme une dizaine après l’oraison du matin, deux, à l’église, avant la messe, ou jusqu’à l’évangile, si la messe commence plus tôt, deux, après la lecture de l’après dînée, et une, au soir.

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