Melan et christianisme. Fondement de la tradition fang
160 pages
Français

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Melan et christianisme. Fondement de la tradition fang , livre ebook

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Description

Explorant les fondements de la religion traditionnelle fang, les auteurs donnent un exposé de l'ultime rencontre avec le défunt Nguema Mendome, maître initiateur du rite initiatique Melan. Au point de vue théologique, celui-ci partage avec le christianisme un nombre important de valeurs morales fondamentales. La foi catholique serait un accomplissement de la tradition fang. Cette thèse est justifiée par la croyance en un Dieu unique, la problématique de la vénération des saints en rapport avec la figure de l'Ancêtre, la famille comme valeur fondamentale, la pratique de la confession...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2011
Nombre de lectures 130
EAN13 9782296456624
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0600€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

M ELAN ET C HRISTIANISME
N. NGWA NGUEMA & S.-P. MVONE-NDONG


M ELAN ET C HRISTIANISME
Fondement de la tradition fang
Les auteurs dédient cet ouvrage
au Pr François OWONO NGUEMA
pour ses multiples implications dans leur effort de recherche.


© L’H armattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54331-7
EAN : 9782296543317

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Avant-propos
La préoccupation des auteurs du présent ouvrage consiste dans la volonté d’amener les pasteurs à mieux présenter le Christ aux peuples d’Afrique. L’échec de la première évangélisation serait donc le fait d’une catéchèse qui ignorait la portée des imaginaires autochtones. Il aurait été judicieux de prendre en compte les préoccupations religieuses de l’homme fang avant de lui présenter l’Évangile. Celui-ci est en quête de l’immortalité et, pour lui, la mort de Jésus-Christ, le Fils de Dieu est un scandale. Les Fang éprouvent de l’aversion pour la trahison et la mort d’un Jésus-Christ comme victime d’une trahison orchestrée par un de ses disciples est une chose insoutenable. Ndong Ndoutoume écrit : « Malédiction ! Inimaginable ! Obame Andome ! Cette histoire est une souillure, c’est la plus grosse souillure qui ne m’ait jamais éclaboussée ! Par Evine Ekang ! Le fils de Dieu ! Que le peuple d’Engong n’entende jamais pareille infamie ! À qui appartient les oreilles qui sont sur ma tête ! À moi ? De retour à Engong je me le ferai purifier » {1} Dans ce passage Engouang Ondo refuse de participer de près ou de loin à un crime, il ne peut laisser ses frères se convertir à cette religion importée.
Ce qui est donc en cause, ce n’est pas l’Évangile, mais l’évangélisateur. Il est considéré comme étant le porte-parole d’une civilisation sans éthique : « les Blancs ignorent la palabre qui nous permet de disséquer un différend donné pour lui trouver une solution juste. Ils regardent d’abord du côté de leurs intérêts matériels avant toute discussion sur un problème posé. Leur mentalité subjuguée par l’âpreté du gain conçoit difficilement la primauté du spirituel sur le matériel, la souveraineté de l’esprit sur la matière ». Il faut bien comprendre que l’Église n’est pas le seul responsable de la destruction des cultures africaines en général.
Lorsqu’on parle de l’effondrement des fondements de la société traditionnelle africaine, les « intellectuelles » désignent souvent un coupable : l’Église. Dans nos entretiens avec certains tenants de cette thèse, il nous est arrivé de constater que, très souvent, ils ignoraient l’histoire coloniale. Historiquement, les Fang sont victimes d’une conspiration ourdie par l’administration coloniale avec la collaboration des populations autochtones pratiquant la vision initiatique du bwiti (Ndende). C’est l’instrumentalisation des pratiques religieuses gabonaises par le colonisateur qui est à l’origine de la destruction du rite initiatique qui est l’objet de la présente étude {2} .
Certes, le silence de l’Église interpelle, mais il convient de ne pas innocenter le vrai coupable qui, lui, avait des ambitions très prononcées : assimiler les Africains. On pense que l’Église avait diabolisé les cultures africaines en les identifiant comme fétichistes. Dans ce contexte, l’Église serait à l’origine de la disparition de certaines pratiques des religions dites traditionnelles. Le rite initiatique Melan serait ainsi victime d’une ambition théologique dont la finalité serait d’affaiblir et d’assimiler le Fang.
Cependant, nous nous devons à la vérité de rappeler que celui qui ordonna une razzia contre le Melan, c’était l’administration coloniale et non l’Église. En 1957, le terrible féticheur de nationalité Tsogo sillonnait les villages fang à la recherche des crânes.
Le présent ouvrage nous invite à méditer notre identité, il manifeste ainsi un besoin d’affirmation de la personnalité culturelle du Fang. Le lecteur découvre qu’il s’agit d’une interpellation qui somme l’Africain à vivre selon ses propres valeurs. Chacun doit sortir de la léthargie pour son auto détermination dans la mesure où l’Africain, notamment le Fang doit s’interdire un réveil qui l’oblige à vivre l’histoire des autres, selon les valeurs des autres.
Ce texte laisse percevoir la manifestation de la conscience fang en tant que requête de sa libération dans un contexte sociopolitique qui menace son existence et celle de sa culture. On peut même dire que ce texte est une interpellation qui reste conforme à la pensée de S. Spero Adotevi, l’un des pourfendeurs de la Négritude. Il suffit, en fait, de changer le terme noir dans le texte suivant pour le remplacer par celui de Fang afin de comprendre l’enjeu idéologique du texte que nous avons sous la main. Stanislas Adotevi avait en effet écrit dans Négrologue et Négritude :
Identité et Histoire sont solidaires. Pour faire l’histoire, il faut être soi pour soi. Il faut à l’Histoire un sujet historique. Or le Nègre, dans son histoire, n’a été jusqu’ici qu’objet. Son identité, c’est sa non-identification historique. Dès lors, si pour un Noir, se retrouver c’est découvrir l’histoire des autres, la seule possibilité qu’il ait d’être soi pour soi, d’acquérir son identité, réside dans la nécessité de produire les moyens de sa propre histoire. Puisque le Nègre ne peut concevoir d’identité qu’à travers la négation historique de sa race, la possession de soi par soi qu’il recherche sans la « particularité » doit le pousser à vouloir une action qui mette fin au système historique qui l’a situé hors de l’histoire. La reconnaissance de l’identité noire passe nécessairement par la réappropriation pratique de son essence d’homme ; et naturellement la destruction du système qui l’a nié en tant qu’homme {3} .
Ce qu’il y a dans cette longue citation, c’est une invitation faite au Fang devenu chrétien à développer et à cultiver le sentiment de responsabilité en vue d’une profonde maîtrise de sa destinée. Prêtre et philosophe, les auteurs montrent qu’il est nécessaire aujourd’hui de développer un dialogue – de façon permanente – entre la foi chrétienne et la culture du monde traditionnel. L’objet d’une telle entreprise consiste dans la volonté de dépasser des conflits, des tensions et des possibles divergences qui doivent être réconciliés pour le renouvellement de la vie sociale, politique et du chrétien gabonais.
Montrant la proximité, sinon l’identité des valeurs de la religion traditionnelle fang avec celles du christianisme, les auteurs attestent que le rejet du patrimoine culturel fang par les missionnaires était une erreur monumentale. Ils invitent les pasteurs, les hommes politiques et les universitaires à prendre conscience qu’il est aujourd’hui nécessaire de redonner à la culture sa vraie valeur, son vrai sens et la place qui lui revient dans la vie des hommes.
Tel est l’enseignement du pape Jean-Paul II qui, conformément à Vatican II, invitait les Africains à œuvrer pour la valorisation de leur patrimoine culturel. C’est seulement dans une telle dynamique de la recherche que l’Église du Christ qui est au Gabon sera capable de présenter le Christ comme le transformateur de sa culture. Si ce type de travaux ne se généralise pas dans l’Église du Gabon, il sera sans doute difficile de faire en sorte que le discours des pasteurs arrive à présenter Christ comme opérateur de quelque chose dans la culture de tout homme.
En fait, la culture du peuple à évangéliser est fondamentale pour l’évangélisateur. Monseigneur Doré exprime cette thèse avec plus de netteté lorsqu’il affirme que : la culture est « comme habitée et travaillée, dynami-sée et fécondée à la fois par une visée du sens, de l’absolu, de l’Inconditionné » {4} . Mais, une église locale qui ne promeut pas l’intelligence en n’investissant pas dans la recherche pour l’approfondissement de la foi de ses fidèles ne peut véritablement pas atteindre ses objectifs.
L’orientation pastorale de Vatican II pose l’incul

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