Rappel de la Mort et de l´Au-delà
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Description

Livre X du tome IV, cet ouvrage sinscrit dans lœuvre magistrale de limam al-Ghazâlî, Revivification des Sciences de la Religion. Là encore toute la logique de la structure de lœuvre simpose à nous, ce livre achève son immense somme comme la mort marque le terme de la vie. Cest une fois la réalité de la mort exposée que Al-Ghazâlî nous guide au-delà des limites du conceptuel. Il nous conduit à travers les étapes de ce qui nous est actuellement imperceptible et qui donc relève de la foi.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 106
EAN13 9791022500746
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,06€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1434-2013 ISBN 978-2-84161-953-5 // EAN 9782841619535
Abû Hâmid Al-Ghazâlî
Le livre du rappel de la mort et de l’au-delà
(Kitâb dhikr al-mawt wa mâ ba‘dahu)
La Revivification des sciences religieuses
( I h yâ ‘ulûm al-Dîn )
[Livre X, tome IV]
Traduit et annoté par Hassan Boutaleb
I NTRODUCTION
C’est par Le Livre de la mort et de l’au-delà que l’imâm Al-Ghazâlî achève son immense summa , la Revivification des sciences de la Religion , ( I h ya ‘ulûm al-Dîn) , que les savants des différentes époques considèrent comme le plus exhaustif en la matière.
L’auteur (que Dieu lui fasse miséricorde et soit satisfait de lui) a divisé ce livre en deux grandes parties. Dans la première, il nous livre les détails concernant les prémices et les conséquences de la mort. Dans la seconde partie, il nous parle de la condition des morts.
S’appuyant sur le Livre saint et la tradition prophétique, et se référant aux récits des anciens et à la vision des saints, Ghazâlî commence par nous décrire les différentes phases de la mort jusqu’au soufflement de la Trompe, puis nous fournit une large description de la terre où seront rassemblés les morts ; du jour de la Résurrection et ses vicissitudes ; de l’interrogatoire par les anges Munkîr et Nakîr ; de la Balance où seront pesées les actions ; du pont que devront traverser les hommes ; de l’intercession des prophètes, des saints et des vertueux ; du bassin ; de l’Enfer et ses calamités ; du Paradis et ses délices et enfin, de l’infinie miséricorde de Dieu.
Ainsi, ce livre nous décrit le voyage inéluctable vers la mort, auquel personne n’échappe, et nous invite à nous le rappeler et à nous y préparer, car comme le dit la Tradition, cette existence n’est rien d’autre qu’insouciance et sommeil, alors que l’autre est vigilance et éveil.
Il nous invite aussi à ne jamais condamner nos semblables et à ne jamais désespérer de l’indulgence, de la compassion et de la miséricorde divines. En effet, Abû al-Dardâ’ (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « L’Envoyé de Dieu récita le verset suivant : « Celui qui aura craint la station de son Seigneur, aura deux jardins. » 1 . Je lui ai alors demandé : « Ô Envoyé de Dieu , même s’il a volé et forniqué ? » Il répondit : « Celui qui aura craint la station de son Seigneur, aura deux jardins. » J’insistai : « Même s’il a volé et forniqué ? » Et il répondit encore : « Celui qui aura craint la station de son Seigneur, aura deux jardins. » Je l’interrogeai à nouveau et cette fois il dit : « Oui, et en dépit d’Abû al-Dardâ’ ! » 2 ».
Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Louange à Dieu qui a brisé, par la mort, le cou des tyrans ( al-jabâbira ), le dos des Chosroes et coupé court aux aspirations des Césars, tous ces gens dont le cœur se détournait du rappel de la mort jusqu’à ce que la véritable promesse ( al-wa‘d al- h aqq ) les cueillît et les précipitât dans la fosse ( al- h âfira ). Ils furent ainsi transportés des palais aux tombeaux, et passèrent de la clarté des divans [royaux] ( al-muhûd ) à l’obscurité des sépulcres ( al-lu h ûd ). Des distractions animées par les jeunes servants et servantes, aux tourments des insectes et des vers ; des plaisirs de la nourriture et des boissons, à l’agitation et à l’ensevelissement ( al-tamazzugh ) dans la poussière de la terre. De l’intimité de la compagnie, à la solitude; des larges canapés, à une fin tourmentée ( al-masra‘ al-wabîl ). Considère donc s’ils ont trouvé secours ou remparts contre la mort, ou dressé des voiles et des obstacles pour la tromper. Vois-tu l’un d’entre eux ou entends-tu le moindre bruit de leur part ?
Gloire à Celui qui Se singularise par le pouvoir et l’emprise, qui S’est attribué de droit la permanence et qui contraint, par Son décret, toutes les catégories de créatures à l’extinction, et qui a fait en sorte que la mort soit, pour les pieux, l’occasion de Sa rencontre. Il a établi que la tombe serait une prison pour les malheureux ( al-ashqiyâ’ ) et une geôle étroite jusqu’au jour de la Décision et du Jugement ( yawmu al-fa s l wa al-qa d â’ ). C’est à Lui que revient l’octroi de faveurs manifestes et la vengeance impérieuse. C’est à Lui que revient la pleine reconnaissance dans les cieux comme sur Terre et à Lui la louange au début et à la fin.
Que la prière de Dieu se répande sur Mu h ammad, [le Prophète] aux miracles évidents et aux signes éclatants, sur sa famille et ses compagnons, ainsi que Sa paix en abondance.
Il incombe à celui dont la mort est le terme, la terre, sa couche ; les vers, ses intimes ; Munkir et Nakir 3 , ses compagnons ; la tombe, sa demeure ; les entrailles de la terre, son lieu de séjour ; la résurrection, son retour ; le Paradis ou l’Enfer, sa destinée, de n’avoir de pensées et de souvenirs que pour la mort, de n’avoir de prédisposition et de considération que pour elle. Que ses expectatives, ses intérêts et ses efforts ne soient que pour elle ; que son élévation ne soit que vers elle ; qu’il la guette et n’attende qu’elle !
Il lui incombe de se compter parmi les morts et de se considérer comme faisant partie des habitants des tombes. Tout ce qui doit arriver est imminent et ce qui ne l’est pas est écarté !
L’Envoyé de Dieu a dit : « Le perspicace (al-kayyis) est celui qui examine ses actions et œuvre pour l’au-delà […] » 4 . Se préparer à une chose n’est jamais facile, à moins d’en faire constante mention dans le cœur. Et on ne peut s’en souvenir qu’en la mentionnant souvent et en considérant ses signes précurseurs, c’est-à-dire les prémices de la mort et ses conséquences, les conditions inhérentes à l’au-delà, à la Résurrection, au Paradis et à l’Enfer, choses que le serviteur doit se remémorer, auxquelles il doit s’habituer et qui doivent faire l’objet de sa réflexion et de sa méditation, car cela renforcera sa disposition pour le voyage dans l’au-delà. La vie est brève et les créatures, insouciantes, or il ne reste pas grand-chose : « Le règlement de leurs comptes approche pour les hommes mais, dans leur insouciance, ils s’en détournent. » 5
Nous parlerons donc de la mort dans deux grandes parties selon l’ordre suivant :
PREMIÈRE PARTIE
PRÉMICES ET CONSÉQUENCES DE LA MORT JUSQU’AU SOUFFLEMENT DE LA TROMPE
(Muqaddimât wa tawâbi‘ al-mawt ilâ nafkhat al- s ûr)

Cette partie compte les huit chapitres suivants :
Chapitre I : Du mérite du souvenir de la mort et de l’incitation à la mentionner souvent.
Chapitre II : Des projets à long terme et du mérite des projets à court terme.
Chapitre III : De l'agonie, des affres de la mort et des états qu'il convient d'assumer à sa venue.
Chapitre IV : De la mort de l’Envoyé de Dieu et de celle des califes bien guidés.
Chapitre V : Des propos des califes, des émirs et des saints au moment de leur mort.
Chapitre VI : Des propos des gnostiques lors de funérailles ou de la visite des cimetières et l’avis concernant la visite des tombes.
Chapitre VII : De la réalité de la mort et de ce qui attend le défunt dans la tombe jusqu’au soufflement dans la Trompe.
Chapitre VIII : De la connaissance des états des morts à travers les dévoilements reçus en rêve.
CHAPITRE I
DU MÉRITE DU SOUVENIR DE LA MORT ET DE L’INCITATION À LA MENTIONNER SOUVENT
Sache que le cœur de celui qui s’affaire aux choses de ce monde, qui donne libre cours à sa vanité et qui est dominé par ses plaisirs, se détourne inévitablement du rappel de la mort. Il n’en fait pas mention et s’il venait à le faire, ce serait avec dédain et chasserait aussitôt cette pensée. Ce genre d’individu fait partie de ceux pour lesquels Dieu a dit : « Dis : La mort, que vous fuyez, vous atteindra certainement ! Vous serez ensuite ramenés à Celui qui connaît parfaitement ce qui est caché et ce qui est apparent. Alors, Il vous instruira de ce que vous faisiez. » 6
L’homme est soit trop affairé ( munhamik ), ou un nouveau repentant ( tâ’ib mubtadi’ ), ou encore un gnostique accompli (‘ ârif muntahi ).
L’homme affairé ne se souvient pas de la mort ; s’il le fait, c’est avec regret ( ta’assuf ) pour sa vie et il s’emploie alors à dénigrer la mort. Cette absence de souvenir ne fait que l’éloigner de Dieu.
Le repentant fait abondante mention de la mort de sorte que celle-ci suscite peur et inquiétude en son cœur. Il remplit ainsi les conditions du repentir, bien qu’il craigne secrètement d’être emporté par la mort avant d’avoir complété son repentir et fait les provisions nécessaires pour l’au-delà 7 . Son aversion pour la mort est alors excusable, il n’est pas concerné par cette parole de l’Envoyé de Dieu rapportée par Abû Hurayra : « Celui qui déteste la rencontre avec Dieu, Dieu répugnera à le rencontrer. » 8 Il n’a pas en aversion la mort ni la rencontre avec Dieu, mais ce qu’il craint, c’est de ne pas avoir rempli suffisamment les conditions pour cette rencontre et d’en avoir négligé certaines. Son cas ressemble à l’individu qui arrive en retard à la rencontre qu’il doit avoir avec la personne aimée en raison du grand soin qu’il met à se préparer afin que celle-ci en soit satisfaite. Cet individu n’éprouve aucune aversion, au contraire, il se languit de désir pour elle. Le signe qui caractérise le repentant, c’est qu’il se prépare en permanence à la Rencontre [de Dieu] et ne se soucie de rien d’autre, sans quoi il ressemblerait à l’homme affairé.
Quant au connaisseur ( al-‘ârif ), il se souvient toujours de la mort, car celle-ci marque le moment de la rencontre avec son Bien-Aimé. L’amoureux se remémore toujours l’instant de sa rencontre prochaine avec l’objet de son amour !
Généralement, le connaisseur considère que la mort est trop lente à arriver ; il brûle du désir qu’elle vienne, afin qu’il puisse se libérer de la demeure des rebelles pour se rendre auprès du Seigneur des mondes.
C’était, par exemple, le cas de H udhayfa 9 (que Dieu soit satisfait de lui) qui, lorsque la mort se présenta, dit : « L’ami cher est venu dans un moment de besoin ( fâqa ). Le remords est désormais inutile. Ô mon Dieu, si Tu sais que la pauvreté m’est plus chère que la fortune, que la maladie m’est plus agréable que la santé et que je désire davantage la mort que la vie, alors facilite mon trépas afin que je puisse venir à Ta rencontre ! »
Aussi, le repentant est-il excusable en raison de son aversion pour la mort, tout comme le connaisseur l’est pour son désir de mourir. Le degré le plus élevé correspond à l’état de celui qui confie son sort à Dieu, Éxalté soit-Il. Il ne choisit ni la mort ni la vie, mais désire ce que son Maître désire pour lui.
Son profondamour et sa loyauté le conduisent à la station de l’abandon [de tout choix] ( al-taslîm ) et du contentement ( al-ri d â ). Voilà le but et la limite suprêmes.
Dans tous les cas, le souvenir de la mort comporte mérite et rétribution. Et même l’homme affairé tire avantage du rappel de la mort. L’indifférence et le mépris pour ce bas monde et ses tentations, et la sujétion à tous les plaisirs, appétits et désirs qui troublent l’homme, sont parmi les causes qui conduisent au salut.
[Exposition du mérite du souvenir de la mort ]
L’Envoyé de Dieu a dit : « Abondez dans la mention de ce qui met fin (litt., le destructeur, hâdim) aux plaisirs. » 10 . Cela signifie qu’il faut considérer les plaisirs de façon aussi déplaisante que possible afin ne plus en être tenté, et qu’il faut se tourner vers Dieu, exalté soit-Il !
Il a dit aussi : « Si les bêtes avaient la même connaissance de la mort que les humains, vous n’en trouveriez certainement aucune assez en chair pour vous nourrir. » 11
[La Mère des croyants] ‘Aisha (que Dieu soit satisfait d’elle) lui demanda : « Ô Envoyé de Dieu, est-ce que quelqu’un ressuscitera avec les martyrs ? » Il répondit : « Certes, celui qui se souvient, de jour comme de nuit, vingt fois de la mort. » 12 . La raison de cette grâce est due à la mention fréquente de la mort, qui suscite l’aversion et l’indifférence pour cette demeure illusoire, et dans la préparation que requiert l’autre demeure. Ne pas se soucier de la mort signifie succomber aux désirs mondains.
L’Envoyé de Dieu a dit : « Le don le plus précieux accordé au croyant est la mort. » 13 . Il a dit cela car ce monde est la prison du croyant. Sa vie est exposée à toutes sortes de vicissitudes et il est contraint de lutter contre ses désirs et de se défendre contre les assauts de son propre démon. Seule la mort le libère de ses tourments et c’est pourquoi elle est le « don le plus précieux » qui lui soit accordé.
L’Envoyé de Dieu a dit : « La mort est une expiation (kaffâra) pour chaque musulman » 14 Il entend ici le vrai croyant musulman et sincère, dont les musulmans sont à l’abri de sa langue et de sa main, et dont les qualités sont celles des croyants authentiques. La mort lavera celui qui est entaché de fautes légères et sans conséquences qu’il aura expiées tout en échappant aux grands péchés, et qui aura accompli ses devoirs religieux.
‘Atâ al-Khurâsânî 15 a dit : « L’Envoyé de Dieu passa devant un groupe de personnes qui riaient à haute voix. Il leur dit : « Animez donc votre assemblée par le souvenir de ce qui contrarie (mukaddir) les plaisirs. » 16
Anas 17 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « L’Envoyé de Dieu a dit :
“ Souvenez-vous souvent de la mort, car cela efface les fautes et permet de ne pas céder [aux vains plaisirs] d’ici-bas.” 18 Le Prophète a dit aussi : “ La mort suffit comme cause de division. ” 19 , et “ La mort suffit comme avertisseur. ” 20 »
L’Envoyé de Dieu se rendit à la mosquée. Il y trouva un groupe de personnes qui parlaient et riaient à haute voix. Il leur dit : « Souvenez-vous de la mort. Par Celui qui tient mon âme en Sa main, si vous saviez ce que je sais, vous ririez peu et pleureriez beaucoup . » 21
On fit un jour l’éloge d’un tel en présence du Prophète , il demanda alors : « Comment est la mention de la mort chez votre compagnon ? » Ils lui répondirent :« On ne l’a presque jamais entendu l’évoquer ! » Il leur dit : « Alors votre compagnon n’est pas comme vous le décrivez ! » 22
Ibn ‘Umar, fils d’al-Khattâb 23 (que Dieu soit satisfait d’eux deux) a dit : « Je me rendis chez le Prophète avec dix personnes. L’un des Ansârs 24 lui demanda : “ Ô Envoyé de Dieu, quel est l’homme le plus sagace et le plus noble ? ” Il répondit : “ Ceux qui se souviennent le plus de la mort et qui s’y préparent, ceux-là acquièrent les honneurs de ce monde et la dignité de l’autre. ” » 25 .
Citons à présent certains récits et propos des pieux anciens
Al- H asan 26 (que Dieu exalté lui fasse miséricorde) a dit : « La mort divulguera [les fautes commises en] ce monde et il ne restera alors, dans le cœur, aucun motif de joie ! »
Al-Rabî‘ b. Khuthaym 27 a dit : « Il n’y a pas meilleur absent attendu par le croyant que la mort. », et : « Ne laissez personne me manquer, consolez-moi plutôt par mon Seigneur. »
Un sage a écrit à un de ses frères : « Prends garde à la mort en cette demeure, avant de rejoindre l’autre où tu espéreras la mort sans la trouver. »
Lorsqu’on mentionnait la mort chez Ibn Sirîn 28 , chacun de ses membres mourrait.
‘Umar b. ‘Abd al-Azîz 29 réunissait chaque nuit les juristes chez lui. Ils se rappelaient la mort les uns aux autres, la Résurrection et l’au-delà, puis éclataient en sanglots comme s’ils assistaient aux funérailles [de l’un de leurs proches].
Ibrâhîm al-Taymî 30 a dit : « Deux choses ont fait cesser en moi tout désir du monde : le souvenir de la mort et la pensée de me retrouver face à Dieu, Puissant et Majestueux. »
Ka‘b 31 a dit : celui qui est conscient de la mort surmonte aisément les difficultés et les soucis de la vie. »
Mu t arrif 32 a dit : « J’ai vu en songe untel qui se trouvait au milieu de la mosquée de Ba s ra et qui disait : « Au souvenir de la mort, le cœur des pieux se brise. Par Dieu, tu ne les vois qu’à l’aise [face aux épreuves]. » ?
Ash‘ath a dit : « Lorsque nous rendions visite à al- H asan, la conversation tournait autour de l’Enfer, de l’au-delà et du souvenir de la mort. »
S afiyya (que Dieu soit satisfait d’elle) a dit : « Une femme alla se plaindre de la dureté de son cœur auprès de [la Mère des croyants] ‘Aisha (que Dieu soit satisfait d’elle). Celle-ci lui dit : “ Rappelle-toi souvent la mort, cela adoucira ton cœur. ” Ce que fit la femme et son cœur s’adoucit. Elle alla remercier ‘Aisha (que Dieu soit satisfait d’elle). »
Lorsqu’on mentionnait la mort devant Jésus (que la paix divine se répande sur lui), des gouttes de sang sortaient de sa peau.
Lorsque David (que la paix divine se répande sur lui) se souvenait de la mort, il pleurait tant et si fort qu’il perdait connaissance [litt., que les jointures de ses membres se disloquaient]. Puis, lorsqu’il se souvenait de la miséricorde divine, il revenait à lui.
Al- H asan a dit : « Je n’ai jamais vu une personne rationnelle ne pas se prémunir contre la mort et ne pas en être affligée. »
‘Umar b. ‘Abd al-Azîz dit à un savant : « Réprimande-moi ! » Le savant dit alors : « Tu n’es pas le premier calife à mourir. » ‘Umar lui dit alors : « Encore ! » et le savant ajouta : « Nul de tes pères, depuis Adam, n’a échappé à la mort. Ton tour est venu ! » ‘Umar pleura.
Al-Rabî‘ b. Khuthaym avait creusé une tombe dans sa maison et y sommeillait plusieurs fois par jour, pouravoir en permanence le souvenir de la mort. Il disait : « Si le souvenir de la mort abandonnait mon cœur pendant une heure, il se corromprait. »
Mu tt arif b. ‘abd Allâh b. al-Shikhîr a dit : « Cette mort a gâché ( na gh asa ) le plaisir des jouisseurs, cherchez donc le plaisir qui ne trépasse pas. »
‘Umar b. ‘Abd al-Azîz a dit à ‘Anbasa : « Évoque souvent la mort. Si ta vie est aisée, elle deviendra plus ardue et si elle est difficile, elle te sera rendue plus facile. »
Abû Sulaymân al-Dârânî 33 a dit : « J’ai demandé à la mère de Hârûn : « Aimes-tu la mort ? » Elle me répondit : « Je ne dis pas non ! Certes, si je désobéissais à un être humain, je n’aimerais pas aller à sa rencontre. Et comment voudrais-je aller à la rencontre [de Dieu] sachant que je Lui ai désobéi? »
Exposition de la méthode de réalisation du souvenir de la mort
Sache que la mort est [une chose] terrible et que ses périls sont immenses. L’insouciance des gens à son égard est le résultat de leur insuffisante méditation et remémoration de la mort. En fait, ceux qui se la rappelle ne le font pas le cœur vide de tout souci, mais plutôt le cœur occupé [et accroché] aux passions de ce monde. Aussi, le souvenir de la mort ne produit-il aucun effet sur leur cœur. La bonne voie consiste à ce que le serviteur vide son cœur de toute chose, sauf du souvenir de la mort qui l’attend. Son état doit être celui de l’individu qui entend se rendre dans un lieu hostile et semé d’embûches ou de celui qui entend voyager en mer, et qui ne cesserait d’y penser.
Lorsque le souvenir de la mort exerce son action sur le cœur et l’en imprègne, la joie et l’allégresse suscitées par les passions mondaines diminuent et le cœur se brise. La meilleure méthode pour obtenir ces résultats consiste à se remémorer ses semblables, morts avant lui. Il se souviendra de leur mort et de leur destination sous terre ainsi que de l’aspect et de la condition qui étaient les leur de leur vivant. Il réfléchira à la dégradation de leurs beaux aspects et méditera sur la décomposition de leurs membres dans la tombe ; à la condition de veuvage dans laquelle ils ont laissés leurs compagnes ; à l’état d’orphelins dans lequel ils ont laissés leurs enfants et à l’abandon de leurs biens. Il envisagera leur absence dans les mosquées et dans les assemblées et la disparition de leurs traces.
Il se souviendra alors de l’aspect de ces gens, de leur état et des conditions de leur mort, de leur affairement, de leurs allées et venues, de leur attachement à la vie et à la permanence, de leur oubli de la mort, de leur déception pour l’inefficacité des causes, de leur foi en leur force et jeunesse, de leur inclinaison pour le rire et les loisirs, et de leur insouciance à l’égard de la mort qui les attendait et de leur disparition soudaine.
Il se souviendra de leurs allées et venues passées et de la décomposition présente de leurs jambes et de leurs articulations ; de leur langage passé, et des vers qui se sont nourris de leur langue ; de leur rire et de la terre qui s’est nourrie de leurs dents ; de leur souci à mettre de côté des provisions supplémentaires, suffisantes pour dix années, alors qu’il ne leur restait qu’un mois à vivre ; de leur insouciance de ce qui avait été établi à leur sujet jusqu’à ce que, pris au dépourvu, la mort les ait cueillis par surprise, que l’ange leur apparût dans leur tombeau et qu’on leur dévoilât leur sort : le Paradis ou l’Enfer ! Alors, le serviteur s’apercevra qu’il était comme eux, que son insouciance était semblable à la leur et qu’il en était de même pour son propre terme.
Abû al-Dardâ’ 34 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « Lorsque tu te souviens des morts, compte-toi parmi eux. »
Ibn Mas‘ûd 35 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « Bienheureux est celui qui accueille les réprimandes d’autrui ! »
‘Umar b. ‘Abd al-‘Azîz a dit : « N’êtes-vous pas conscients que chaque jour, matin et soir, vous préparez un voyageur à aller vers Dieu, Éxalté et Magnifié ? [N’êtes-vous pas conscients] que vous le placez dans une fosse où il prend la poussière pour oreiller, qu’il abandonne derrière lui ses bien-aimés et qu’il se coupe des moyens de subsistance ? »
Habitue-toi à ces pensées et à d’autres semblables, visite les cimetières et observe les malades, renouvelle le souvenir de la mort au point que le cœur s’y soumet et ne la perde plus de vue et permet à l’individu de s’y préparer et de se détourner de la demeure de l’illusion. Autrement, la mention apparente et superficielle de la mort, dans le cœur et à travers de douces paroles, ne produit pas la mise en garde et la vigilance attendues.
Si le cœur se réjouit pour une chose de ce monde, il faut vite qu’il se souvienne qu’il devra fatalement s’en séparer.
Ibn Mu t î‘ 36 considérait un jour sa maison et se délectait de sa beauté. Il se mit alors à pleurer et dit : « Par Dieu, n’était-ce la mort, je me réjouirais de ta vue, et n’était-ce l’étroitesse de la tombe qui nous attend, nous nous réjouirions de ce bas monde. » Il pleura ensuite si fort qu’on entendit ses sanglots.
CHAPITRE II
DES PROJETS À LONG TERME ET DU MÉRITE DES PROJETS À COURT TERME. DES RAISONS DE LEUR LONGUEUR ET COMMENT EN GUÉRIR
Du mérite des projets à court terme
L’Envoyé de Dieu a dit à ‘Abd Allâh b. ‘Umar (que Dieu soit satisfait de lui et de son père) : « À ton réveil, au matin, ne te soucie pas de ta soirée; et le soir ne te soucie pas du lendemain. Réserve une part de ta vie à ta mort et une part de ta santé à la maladie, car en vérité, ô ‘Abd Allâh, tu ne sais pas quel nom tu porteras demain ! » 37 .
‘Alî (que Dieu ennoblisse sa face) rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « Ce que je crains le plus pour vous, ce sont ces deux choses : suivre les passions et les longs espoirs. Ces derniers détournent de la réalité, quant au premier, c’est le désir de la vie » Puis, il a dit : « En vérité, Dieu, exalté soit-Il, donne la vie à ceux qu’Il aime et à ceux qu’Il déteste. Et lorsqu’Il aime un serviteur, Il lui donne la foi. Certes, la religion a ses enfants et le monde aussi. Soyez les enfants de la religion et non ceux du monde ! En vérité, ce bas monde passe et est éphémère alors que l’autre arrive et perdure. En vérité, vous êtes en un jour où l’action n’est pas comptée, puis vous serez ramenés à Celui à qui on rend des comptes et pour Lequel il n’y aura plus d’actions. » 38
Umm al-Mundhir 39 (que Dieu soit satisfait d’elle) a dit : « L’Envoyé de Dieu se présenta, un soir, aux gens et leur dit : « Ô vous, n’éprouvez-vous pas de honte vis-à-vis de Dieu ? » Ils répondirent : « Comment cela ? » Il leur dit : « Vous accumulez ce dont vous ne pourrez vous nourrir, vous espérez en ce que vous ne pourrez accomplir et construisez ce que vous n’habiterez pas. » 40
Abû Sa‘îd al-Khudrî 41 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « Usâma b. Zayd 42 avait acheté une jeune esclave appartenant à Zayd b. Thâbit 43 pour une somme de cent dinars, avec un différé de payement de trente jours. J’ai entendu l’Envoyé de Dieu dire à ce propos : “ N’êtes-vous pas étonnés du comportement d’Usâma qui a différé son payement d’un mois ? Certes, Usâma a des espoirs à long terme ! Par Celui qui tient mon âme en Sa main, je n’ai jamais fermé les yeux sans penser que mes paupières ne se rencontreraient plus après que Dieu aura saisi mon esprit et je ne les ai jamais ouvertes sans penser les (r)ouvrir une ultime fois avant mon trépas. Je n’ai jamais mis non plus un morceau de nourriture dans ma bouche sans penser que la mort pouvait me saisir avant de l’avoir avalé. ” Puis il a dit : “ Ô fils d’Adam, si vous êtes sensés, comptez-vous alors parmi les morts, car par Celui qui tient mon âme en Sa main, ce qui vous est promis surviendra et vous ne pourrez l’empêcher ! ”. » 44 .
Ibn ‘Abbâs (que Dieu soit satisfait du père comme du fils) a dit que l’Envoyé de Dieu sortait parfois [pour la prière] et bien qu’il y eût de l’eau à proximité, il faisait des ablutions pulvérales ( tayammum ). Il lui disait alors : « Ô Envoyé de Dieu, l’eau est proche de toi ! » Le Prophète répondait : « Et qu’est-ce qui m’assure que je pourrai l’atteindre ? » 45 . On rapporte aussi qu’il aurait pris trois rameaux. Il en mit un devant lui, un à coté et un autre loin de lui, puis dit : « Savez-vous ce qu’est ceci ? » On lui répondit : « Dieu et Son Envoyé en savent plus ! » Il dit : « Ceci représente l’homme ; ceci, son terme et cet autre [le rameau le plus distant], les espoirs à long terme nourris par l’homme. Son terme arrive avant que ne se réalisent ses espoirs. » 46 Il a dit aussi : « C’est comme si quatre-vingt-dix-neuf types de mort (muniyya) étaient à l’affût de l’homme qui tomberait en décrépitude s’ils le manquaient. » 47
Ibn Mas‘ûd (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « Ceci est l’individu et autour de lui, les chemins empruntés par la mort, qui conduisent jusqu’à lui et derrière lesquels se trouve la vieillesse. Derrière cette dernière se trouve l’espoir. L’individu espère [y échapper] alors que les chemins conduisent inévitablement à Lui. Celui d’entre eux qui Le croise, l’emporte et si l’individu en réchappe, la vieillesse le tuera alors qu’il espère encore. »
‘Abd Allâh b. Mas‘ûd (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « L’Envoyé de Dieu dessina un carré, traversé en son centre par une ligne, à l’intérieur et à l’extérieur duquel il traça des lignes latérales, puis il nous interrogea : « Savez-vous ce qu’est ceci ? » Nous lui répondîmes : « Dieu et Son Envoyé en savent plus ! » Il dit : « La ligne au centre représente l’homme et celles-ci [les lignes périphériques du carré] , son terme. Les autres correspondent aux différentes fortunes qui tentent de le mordre ; si l’une le rate, l’autre s’en empare. Quant à ces autres [les lignes extérieures] , ce sont ses espoirs. » 48
Anas (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « L’Envoyé de Dieu a dit : “ Le fils d’Adam avance en âge accompagné de deux choses : la cupidité et l’espoir en ce bas monde.” » 49 .
L’Envoyé de Dieu a dit : « Les premiers de cette Communauté seront sauvés par leur certitude et leur renoncement au monde ; les autres seront anéantis par la cupidité et l’espoir en des choses éphémères. » 50
On rapporte que Jésus (que la paix divine se répande sur lui) était assis à côté d’un vieil homme qui creusait la terre avec une bêche. Jésus pria alors Dieu d’enlever l’espoir à cet homme. L’homme mit alors de côté sa bêche et se coucha. Après une heure, Jésus pria Dieu de lui redonner espoir : l’homme se leva et se remit au travail. Jésus lui demanda des explications et le vieil homme répondit : « Pendant que je travaillais, mon âme me dit : “Jusqu’à quand travailleras-tu alors que tu es très âgé ?” J’ai donc jeté la bêche et je me suis couché. Puis elle m’a dit : “Par Dieu, tu dois chercher les moyens de ta subsistance tant que tu es en vie !” J’ai donc repris ma bêche. »
Al- H assan (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « L’Envoyé de Dieu a dit : “ Aimeriez-vous tous entrer au Paradis ?” Nous répondîmes : “Oui !” Il dit :“Amoindrissez alors vos vains espoirs, ne perdez pas de vue votre terme et soyez vraiment honteux devant Dieu.” » 51 .
Le Prophète disait aussi dans ses prières : « Ô mon Dieu, je me réfugie en Toi contre un monde qui empêcherait d’obtenir le bien de l’autre monde, contre une vie qui détournerait le bien que réserve la mort et contre un espoir qui éviterait le bien acquis par les œuvres. » 52
Récits et propos des anciens
Mu t arrif b. ‘Abd Allâh a dit : « Si je savais quand arrivera le terme de ma vie, je craindrais de perdre la raison, mais Dieu a fait la faveur à Ses serviteurs de leur accorder l’insouciance de la mort. N’était cette insouciance, ils auraient renoncé à chercher les moyens de leur subsistance et il n’y aurait eu aucun commerce entre les hommes. »
Al- H asan a dit : « L’insouciance et l’espoir sont deux immenses grâces aux être humains. Sans elles, les musulmans n’auraient même pas marché dans les rues. »
Al-Thawrî 53 a dit : « On m’a rapporté que l’homme avait été créé sot, sans quoi, la vie ne lui aurait été d’aucun plaisir. »
Abû Sa‘îd b. ‘abd al-Ra h mân a dit : « Le monde a été rempli par la faiblesse d’esprit de ses habitants. »
Salmân al-Fârisî 54 (que Dieu soit satisfait delui) a dit : « Trois choses m’étonnent jusqu’à en rire : l’individu qui espère encore de la vie alors que la mort le demande, l’insouciant qui ne sera pas oublié et celui dont les rires explosent alors qu’il ignore si le Seigneur des mondes est satisfait de lui ou en colère. Et trois choses m’attristent jusqu’à en pleurer : le fait de quitter mes biens aimés, Mu h ammad et ses partisans ; [le souvenir] des affres de la Résurrection et la comparution devant Dieu ; le fait que j’ignore si on ordonnera de me conduire en Enfer ou au Paradis. »
Un ancien a dit : « J’ai vu Zurâra b. Abû Awfâ 55 après sa mort, dans un rêve. Je lui demandai : “Quelle est l’œuvre la plus méritoire pour vous ?” Il répondit : “La remise et l’abandon confiants en Dieu ( al-tawakkul ) et le fait d’avoir des projets à court terme.” »
Al-Thawrî a dit : « Renoncer au monde consiste à avoir des projets à court terme et non à manger une pitance peu appétissante ou à enfiler une bure. »
Al-Mufa dd al b. Fu d âla 56 pria son Seigneur de lui ôter l’espoir, il perdit alors le désir de manger et de boire. Puis, il pria son Seigneur de le lui rendre et il retrouva aussitôt l’envie de manger et de boire.
On demanda à al-Ha s an : « Ô Abû Sa‘îd, pourquoi ne laves-tu pas tes vêtements ? » Il répondit : « Il y a une affaire bien plus urgente que cela. » Il a dit aussi : « La mort est liée à vos toupets et le monde sera replié à votre départ. »
Un ancien a dit : « Je suis comme l’homme qui tend son cou vers le sabre et qui attend qu’on le lui tranche. »
Dâwud al- T â’î 57 a dit : « Si j’espérais vivre un mois de plus, je commettrais alors une faute immense. Comment pourrais-je espérer une chose pareille alors que je vois, à chaque heure de la nuit et du jour, des calamités investir les créatures ? »
On rapporte que Shaqîq al-Balkhî 58 rendit visite à l’un de ses maîtres, nommé Abû Hâshim al-Rummânî. Il transportait dans son vêtement une chose qui produisait un bruit sec. Le maître lui demanda : « Que portes-tu donc ? » Shaqîq répondit : « Des amandes qu’un frère m’a offert. J’aimerais tant que tu rompes le jeûne avec. » Le maître lui dit alors : « Ô Shaqîq, as-tu donc dit à ton âme que tu vivrais jusqu’au soir ? Puissé-je ne jamais plus te parler ! » Le maître rentra chez lui en claquant la porte au visage de Shaqîq.
Au cours d’un sermon, ‘Umar b. ‘abd al-‘Azîz dit : « Chaque voyage requiert inévitablement des provisions. Faites donc provision de piété pour votre voyage de ce monde à l’autre et soyez comme celui qui a vu de ses yeux ce que Dieu a préparé comme rétribution que vous désirez et comme tourment que vous craignez. N’aspirez pas à un trop long terme, car vos cœurs durciraient et vous les soumettriez à votre ennemi. Par Dieu, l’homme qui ignore s’il survivra au-delà de sa nuit ou s’il survivra jusqu’au soir, et qui ignore s’il échappera aux crochets du destin qui guettent entre ces deux [extrémités du jour ], ne peut avoir de espoirs à long terme. Ô combien ai-je vu, et vous aussi, de personnes séduites par ce bas monde ? Pourtant, la satisfaction devrait être le lot de celui qui est certain d’être épargné du châtiment de Dieu, exalté soit-Il, et de celui qui se réjouit d’échapper à la frayeur de la Résurrection. Comment pourrait être heureux celui qui, à chaque fois qu’il panse une blessure, est accablé par une autre ? Je me réfugie en Dieu contre le fait de vous ordonner une chose que je m’interdirais, ce qui ferait échouer mon négoce, ferait apparaître mes défauts et montrerait mon indigence au jour où richesse et pauvreté se manifesteront clairement et où les balances seront apprêtées. Vous avez été chargés d’une affaire si lourde, que si on l’avait confié aux étoiles, elles se seraient éteintes ; aux montagnes, elles auraient été dissoutes, et à la terre, elle se serait fissurée. Ne savez-vous pas qu’il n’y a aucune demeure entre l’Enfer et le Paradis, et que vous êtes destinés à l’un ou à l’autre ? »
Un ancien écrivit à l’un de ses frères : « La vie est un rêve, l’autre monde un réveil et entre les deux, il y a la mort. Et nous [nous vivons] dans des rêves confus ( a d ghâth ahlâm ) 59 . Et paix ! »
Un autre écrivit à l’un de ses frères : « L’affliction pour ce monde est longue alors que la mort est toute proche de l’homme. Chaque jour apporte une part de déclin et de lentes épreuves pour le corps. Aussi, hâte-toi avant que l’on t’appelle pour le grand départ ! Et paix ! »
Al- H assan a dit : « Avant qu’Adam (que la Paix soit sur lui) ne commette sa faute, son espoir était derrière lui et son destin devant. Lorsqu’il la commit, l’espoir prit la place du destin et celui-ci, de l’espoir. »
‘Abd Allâh b. Sumay t a dit : « Mon père disait : “Ô toi qui es séduit par la bonne et longue santé, as-tu déjà vu un individu mourir sans cause ? Ô toi qui es séduit par le long répit, as-tu déjà vu un individu être saisi sans préavis ? Si tu réfléchissais à la longueur de ta vie, tu oublierais tous les désirs que tu as assouvis ! Êtes-vous séduits par la santé ou par la longévité dont vous jouissez ? Êtes-vous assurés contre la mort ou mépriseriez-vous l’ange de la mort ? Lorsque ce dernier viendra, ni la fortune des rois ni ta nombreuse escorte ne l’empêcheront de te saisir ! Ignores-tu que l’heure de la mort est accompagnée de malheurs, de suffocation et de remords ? Que Dieu fasse miséricorde à celui qui œuvre pour après sa mort. Que Dieu fasse miséricorde à celui qui scrute son âme avant sa mort !” »
Abû Zakariyya al-Taymî a dit : « Alors que Sulaymân b. ‘abd al-Malik 60 se trouvait dans la Mosquée sacrée, on amena une pierre gravée. Il demanda alors que l’on aille chercher une personne capable d’en déchiffrer le sens. On fit amener Wahb b. Munabbih 61 qui en fit la traduction suivante : “Ô fils d’Adam, si tu savais ce qu’il te restait à vivre, tu renoncerais à tes espoirs, tu désirerais avoir accompli des œuvres supplémentaires et tes ruses et tes ambitions diminueraient. Ce qui t’attend demain, c’est le remord. Quand tes pieds glisseront, que ton épouse et ta suite t’abandonneront, que ton père et tes proches se sépareront de toi, que tes fils et tes alliés te dénigreront, tu ne pourras revenir au monde, ni faire de bonnes actions. Aussi, œuvre pour le Jour de la Résurrection avant d’être happé par le désespoir et le regret” ». Sulaymân éclata alors en sanglots.
Un ancien a dit : « J’ai vu une lettre de Mu h ammad b. Yûsuf adressée à ‘Abd al-Ra h mân b. Yûsuf qui disait : “Je loue Dieu en dehors Duquel il n’y a nulle divinité ! Je tiens à t’avertir de ton transfert de la demeure de ta perte à celle de ta résidence et de la rétribution des œuvres. Tu finiras dans le ventre de la terre après avoir vécu sur sa surface ; tu y recevras la visite de Munkir et Nakir qui s’assiéront près de toi et t’interrogeront durement. Si Dieu est avec toi, il n’y aura alors aucun désespoir, aucun bouleversement ni besoin. Dans le cas contraire, que Dieu nous protège tous les deux d’une mort pénible et de l’étroitesse de la tombe. Puis te parviendront le cri rassembleur ( s ayhat al- h ashr ) et le souffle dans la Trompe ( nafkh al- s ûr ), et le Tout-Puissant Se dressera pour le verdict des créatures. La terre se videra de ses gens et les cieux de ses habitants, les secrets apparaîtront au grand jour, le feu sera attisé, les balances seront préparées, les prophètes et les martyrs « seront amenés, une juste sentence sera prononcée sur tous les différends et nul ne sera lésé » 62 et il sera dit : « Louange à Dieu, le Seigneur des mondes » 63 . Que de secrets seront dévoilés et que de secrets seront occultés ! Combien seront anéantis et combien seront saufs ! Que de châtiés et que d’épargnés ! Ah ! Quelle condition sera la notre en ce jour ? Puissions-nous être de celle où les désirs auront été réprimés, les passions détournées, les espoirs abrégés ! Celle où les dormeurs se seront réveillés et les insouciants, avertis ! Que Dieu nous apporte à tous deux Son aide contre ces dangers immenses et fasse que ce bas monde et l’autre soient pour nos cœurs ce qu’ils sont pour celui des pieux. C’est à Dieu que nous appartenons et c’est à Lui que nous devons notre subsistance. Et Paix ! ” »
Au cours d’un sermon, après avoir loué Dieu, ‘Umar b. ‘Abd al-‘Azîz a dit : « Ô gens, vous n’avez pas été créés par frivolité ni par pure perte [ou : ne serez pas abandonnés sans bienfait ( lan tutrakû sadan ou sudan )]. Vous avez un une rencontre fixée avec Dieu et au cours de laquelle il y aura sentence et arbitrage entre vous. Malheureux et perdant sera celui que Dieu chassera de Sa miséricorde qui embrasse toute chose et de Son Paradis dont la largeur contient les cieux et la terre. La garantie de la sécurité ( al-amân ) ne sera donnée demain qu’au pieux qui craint son Seigneur, qui a troqué le peu contre l’abondant, l’éphémère contre ce qui perdure et l’infortune contre le bonheur. Ne voyez-vous donc pas que vous êtes de ceux qui trépasseront et que d’autres viendront après vous ?
Ne voyez-vous donc pas que chaque jour qui passe de votre existence, matin et soir - durant votre voyage vers Dieu - est un jour qui expire, un espoir interrompu que vous enterrez sans oreiller, ni préparation ; un jour qui s’est dépourvu des causes, qui sépare des amis et qui est désormais confronté au jugement. Et Dieu m’est témoin que je tiens ces propos sans savoir si l’un d’entre vous a plus de péchés que je n’en porte moi-même et que je connais. Mais il s’agit d’usages équitables émanant de Dieu, par lesquels Il ordonne Son obéissance et interdit Sa désobéissance. Je demande pardon à Dieu ! »
Puis, [‘Umar b. ‘Abd al-‘Azîz] se couvrit le visage de sa manche et pleura si fort que ses larmes baignèrent sa barbe. Ce fut là son dernier sermon.
Al-Qa‘qâ‘ b. H akîm 64 a dit : « Cela fait trente ans que je me prépare à la mort. Si elle devait se présenter, je n’aimerais pas retarder une chose par une autre. »
Al-Thawrî a dit : « J’ai vu à la mosquée de Kûfa un vieil homme dire : « Je me trouve dans cette mosquée depuis trente ans à attendre que la mort descende me prendre. Lorsqu’elle se présentera, je ne lui demanderai ni ne lui refuserai quoique ce soit. Nul ne me doit quelque chose et je ne dois rien à personne. »
‘Abd Allâh b. Tha‘laba 65 a dit : « Vous riez alors que vos linceuls sont peut-être déjà sortis de chez le blanchisseur. »
Abû Mu h ammad b. ‘Alî al-Zâhid a dit : « Nous sortîmes un jour pour des funérailles à Kûfa où nous rencontrâmes Dâwud al- T â’î. Il se tenait assis à l’écart des gens, pendant qu’on enterrait la dépouille. J’allai vers lui et m’assis à ses côtés ». Il dit : « Celui qui craint le destin se voit raccourcir ce qui est éloigné, et celui qui a des projets à long terme verra ses actions amoindries, et tout ce qui doit arriver est proche. Ô mon frère, sache que toute chose qui te distrait de ton Seigneur est un mauvais présage et que tous les habitants du monde feront partie des habitants des tombes qui regretteront ce qu’ils auront omis et se réjouiront de ce qu’ils présenteront. Et ce dont les habitants des tombes se plaindront sera ce pourquoi les gens de monde se disputent, se combattent et se poursuivent devant les juges. »
On rapporte que Ma‘rûf al-Karkhî 66 , que Dieu lui fasse miséricorde, appela à la prière collective et invita Mu h ammad b. Abû Tawba à la diriger. Ce dernier dit alors : « Si je conduis cette prière, je n’en conduirais plus une autre ! » Ma‘rûf lui dit alors : « T’imagines-tu que tu pourras prier de nouveau ? ». Que Dieu nous protège des projets à long terme car ils empêchent les bonnes actions ! »
Au cours d’un sermon, ‘Umar b. ‘Abd al-‘Azîz a dit : « Le monde n’est pas la demeure de votre ultime résidence. Demeure dont Dieu a décrété la disparition et destiné ses habitants à la quitter. Combien de ses habitants confiants seront déçus et combien de résidents joyeux la quitteront. Apprêtez-vous donc, que Dieu vous fasse miséricorde, à la quitter de la meilleure façon, apprêtez, pour le voyage, la plus belle monture que vous ayez. Et « faites des provisions [de voyage]; mais, en vérité, la meilleure provision est la piété. » 67 Le monde est semblable à l’ombre qui rétrécit puis s’évanouit pendant que le fils d’Adam s’y complaît et s’y accroche avec acharnement. Dieu l’interpelle alors par son destin, le transperce à l’aide du jour de son trépas et le prive de ses traces et de la vie, et ce qu’il a bâti, ainsi que ses biens, passent alors à autrui. Le monde afflige bien plus qu’il ne réjouit : il suscite peu d’allégresse et beaucoup de chagrin. »
Abû Bakr al-Siddîq 68 (que Dieu soit satisfait de lui) disait dans ses sermons : « Où sont les hommes subtils et propres ( al-wadhâ’a ), ceux au visage éclatant et fiers de leur jeunesse ? Où sont les rois bâtisseurs de cités et de remparts ? Où sont les coutumiers des victoires sur les champs de bataille ? Le temps les a emportés et les voilà prisonniers de l’obscurité des tombeaux : hâtez-vous, hâtez-vous ! Sauvez-vous, Sauvez-vous ! »
Exposition des causes à l’origine des projets à long terme et comment en guérir
Sache que le long espoir a deux causes : la première est l’ignorance et la seconde l’amour du monde.
Quant à l’amour de ce monde, il procède de l’habitude, des désirs, des passions et de l’attachement de l’homme aux choses de la vie. Ils sont tellement ancrés en lui, que l’homme éprouve la plus grande peine à s’en séparer, ils empêchent le cœur de penser à la mort alors que celle-ci est la cause même de cette séparation. Celui qui déteste une chose, la chasse [de ses pensées et de son cœur].
L’homme se prend d’engouement pour de vains espoirs et se remplit toujours de ce qui répond à ses attentes, et notamment, le désir d’immortalité qu’il ne cesse d’imaginer et auquel il prétend. Aussi évalue t-il les outils de la permanence et ce que celle-ci requiert en fait de richesse, de famille, d’habitation, d’amis, de bétail et toutes sortes d’autres moyens. Son cœur s’attache et s’incline devant cette idée qui devient fixe et qui le distrait du souvenir de la mort et l’en éloigne.
S’il lui arrive parfois de songer à la mort et aux préparatifs qu’elle réclame, il hésite et se dit : « [Je suis encore jeune et] j’ai encore assez de temps devant moi pour me repentir ! » Une fois âgé, il se dit : « Je me repentirai lorsque j’atteindrai la vieillesse ! » Vieux, il se dit : « Lorsque j’aurai terminé la construction de cette maison… » ou « Après que je me serai établi dans cette ferme… » ou encore « À mon retour de voyage, après avoir pourvu aux besoins de mon fils et lui avoir trouvé une maison qu’il faudra meubler… », ou « Après avoir pris le dessus sur un ennemi qui se réjouit de mes malheurs… »
Il ne cesse de tergiverser, de reporter et ne plonge que dans une tâche qui en requiert dix autres pour être achevée. Aussi, tergiverse-t-il, jour après jour, tâche après tâche, jusqu’à ce que la mort le saisisse à un moment inattendu et que son regret se prolonge indéfiniment. Affectés par leurs tergiversations, le cri le plus fréquent des habitants de l’Enfer est le remords. Le malheureux indécis ignore que ses atermoiements présents l’accompagneront demain, et qu’avec le temps, ils augmentent en intensité et en résolution. Il s’imagine, à tort, que celui qui plonge dans le monde et s’y attache, peut avoir du temps à perdre. Cela ne peut se concevoir ! Nul ne peut y perdre son temps, sauf celui qui s’y étale :
« Nul ne parvient à satisfaire tous ses souhaits, un désir ne conduit qu’à un autre ! »
L’origine de tous ces espoirs est à rechercher dans l’amour du monde et l’habitude à y vivre, de même que dans la distraction pour cette parole du Prophète : « Aime qui tu désires, et certes, tu en seras séparé ! » 69
Quant à l’ignorance, elle consiste chez l’homme à compter sur sa jeunesse et à écarter toute proximité de la mort. Ce pauvre malheureux ne considère pas le fait que le nombre de vieux de sa cité est inférieur à dix, du fait que les jeunes périssent plus souvent et que pour une personne âgée qui décède, mille enfants et jeunes gens meurent.
Il écarte l’idée de mourir à cause de sa bonne santé et nie qu’elle puisse le surprendre. Il ne sait pas qu’elle n’est pas si loin de lui. En effet, la maladie est proche et frappe à l’improviste et lorsque l’homme tombe malade, la mort non plus n’est pas si éloignée.
Si cet insouciant réfléchissait, il saurait que la mort n’a pas d’heure fixe et qu’elle n’épargne ni la jeunesse ni la maturité ( al-kuhûla ) ni la vieillesse. Elle ne connaît ni hiver, automne ou printemps ni nuit ni jour. L’homme aurait alors meilleure conscience et s’afférerait à l’accueillir. Mais l’ignorance et son amour pour ce monde le conduisent aux longs espoirs et à négliger la proximité de la mort.
Il s’imagine que la mort est encore loin devant et ne compte pas qu’elle puisse descendre le faucher. Il continue de penser qu’il assistera aux funérailles des autres sans prendre en compte les siennes. Il s’est habitué à voir les autres décéder, mais pas à l’idée qu’il puisse mourir. Il ne parvient pas à s’y accoutumer ni même ne s’imagine le faire. Cela n’a presque jamais lieu et lorsque, rarement, il lui arrive d’y penser, il chasse immédiatement cette idée. Il s’agit alors de la première et dernière fois.
Ce qu’il lui convient de faire alors, c’est de se comparer aux autres et savoir que ses funérailles et son inhumation sont inévitables. Et peut-être même que les briques qui recouvriront sa tombe ont déjà été fabriquées à son insu.
Son atermoiement est donc pure ignorance.
Une fois que tu as compris que les causes de ces tergiversations sont l’ignorance et l’amour de ce monde, tu chercheras alors le moyen qui permet d’éliminer ces causes.
L’ignorance est chassée par la pensée pure qui procède du cœur présent et par l’écoute des sagesses qui jaillissent des cœurs purifiés. Quant à l’amour de ce monde, le chasser du cœur est une chose extrêmement pénible. Il s’agit d’un mal rebelle qui a mis à rude épreuve les premiers et les derniers. Son seul remède consiste à avoir foi en le Jour ultime et en ce qu’il comporte comme terrible châtiment et généreux salaire. Après en avoir acquis la certitude, l’amour de ce monde quitte le cœur : l’amour pour le sublime efface celui pour l’insignifiant. Lorsque l’individu prend conscience de l’insignifiance du monde et du bien inestimable que représente l’autre monde, il cesse de se tourner vers le premier, même si on lui offrait le royaume de la terre, de l’Orient à l’Occident.
Et comment en serait-il autrement alors qu’il n’a de ce monde qu’une faible part souillée et trouble ? Et comment cela pourrait-il le réjouir ou s’enraciner dans son cœur, après sa foi en l’autre monde ? Prions Dieu, Exalté, qu’Il nous montre le monde tel qu’Il l’a montré à Ses serviteurs les plus vertueux !
Il n’existe pas de moyens qui permettent au cœur d’évaluer et de mesurer la mort, pas même le fait d’assister à la mort de ses semblables, de ses compagnons ou savoir qu’elle les a saisis par surprise. Celui qui s’y prépare, obtiendra un énorme succès et celui qui nourrit de vains et longs espoirs, échouera clairement.
Aussi, l’homme doit-il se tourner à toute heure vers ses membres et les extrémités de son corps, considérer qu’ils seront inévitablement dévorés par les vers et que ses os se gâteront. Il devra méditer sur le fait que les vers commenceront d’abord par sa paupière droite, ou la gauche, et qu’aucune partie de son corps ne sera épargnée. Il ne lui restera donc que la science et les œuvres accomplies sincèrement en vue de la face de Dieu.
Il devra méditer sur ce qui l’attend dans la tombe, sur l’interrogatoire de Munkir et Nakir, sur le rassemblement, la résurrection, la réunion, les tourments et la sonnerie de l’appel le jour de la Grande Comparution. Ce sont ces idées qui renouvellent le souvenir de la mort dans le cœur et qui l’incitent à s’y préparer.
Exposition des différents degrés d’espoir
Sache que les hommes occupent, en la matière, différents degrés :
Il y a celui qui espère l’immortalité et ne cesse de la désirer. Le Très-Haut a dit à son sujet : « Tel d’entre eux voudrait pouvoir vivre mille ans, mais avoir sa vie prolongée ne lui évitera pas le châtiment. » 70 Puis, celui qui espère atteindre l’âge de la décrépitude - le plus vieil âge qu’il ait vu et dont il est témoin – et qui aime ardemment la vie. L’Envoyé de Dieu a dit à son sujet : « Le désir de ce monde ne cesse d’user le vieil homme, même quand la vieillesse déforme ses clavicules. Sauf ceux qui sont pieux, et ils sont bien rares. » 71 Il y a celui dont l’espoir s’étend à un an et qui ne se soucie guère de l’après. Il ne compte pas vivre une année supplémentaire et se prépare donc dès l’été pour l’hiver, et dès l’hiver pour l’été. Dès qu’il parvient à faire des provisions suffisantes pour une année, il se consacre alors à l’adoration.
Un autre espère en la durée de l’été ou de l’hiver. Il ne stocke pas en été pour l’hiver ni en cette dernière saison pour la première.
Un autre espère en la durée d’un jour et d’une nuit. Il ne se prépare que pour la journée et non pas pour le lendemain.
Jésus – que la paix divine se répande sur lui – a dit : « Ne vous souciez pas des moyens de subsistance de demain, car si demain fait partie de vos destins, ils vous viendront en leur compagnie. Autrement, ne prêtez pas attention au destin d’autrui. »
L’espoir d’un autre ne dépasse pas une heure, conformément à la parole de notre Prophète : « Ô ‘Abd Allâh, à ton réveil, le matin, ne te soucie pas de ta soirée; et le soir ne te soucie pas du lendemain. » 72
Un autre n’espère pas vivre plus d’une heure. L’Envoyé de Dieu faisait des ablutions pulvérales bien qu’il avait la faculté de les faire avec de l’eau un peu plus tard, et disait : « Peut être ne l’atteindrais-je pas ! »
Un autre voit la mort de ses yeux ; c’est comme si elle était venue le prendre et qu’il l’attendait. Ce dernier est celui qui fait la prière de l’adieu, et c’est à lui que se réfère cette tradition rapportée par Mu‘âdh b. Jabal 73 (que Dieu soit satisfait de lui) :
Lorsque l’Envoyé de Dieu l’interrogea sur la réalité de sa foi, Mu‘âdh répondit : « À chacun de mes pas, je doute de pouvoir en faire un autre. » 74
On rapporte qu’une nuit, al-Aswad, l’Abyssin faisait la prière en se tournant sur sa droite et sur gauche. Un tel lui demanda : « Que fais-tu ? » Il répondit : « Je regarde de quel côté l’ange de la mort viendra à moi ! »
Voici donc les différents degrés des gens en matière d’espoir. Et chaque individu en occupe un auprès de Dieu, Exalté.
Celui qui espère vivre un mois n’est pas comme celui qui veut vivre un mois et un jour, il y un degré qui les sépare auprès de Dieu, Exalté. Et certes, « Dieu ne lèse personne, ne fût-ce que du poids d’un atome » 75 et « Celui qui aura fait le poids d’un atome de bien le verra. » 76
L’effet du bref espoir se manifeste ensuite à travers l’action.
Tous les individus prétendent ne pas trop espérer, mais ils mentent et cela transparaît dans leurs actions. Ils s’occupent de choses dont ils n’ont nul besoin pour une année, et c’est là une preuve de leurs longs espoirs. Le signe du succès, c’est quand la mort se tient devant les yeux et que l’individu ne s’en distrait pas, même une heure, et qu’il s’y prépare. S’il survit jusqu’au soir, il rendra grâce à Dieu, Exalté, de lui avoir obéi, se réjouira de ne pas avoir perdu sa journée, et se satisfera plutôt d’avoir obtenu son lot et d’en avoir économisé une part pour lui. Il en fait de même jusqu’à l’arrivée du matin et ainsi de suite. Cela n’est facile que pour celui qui vide son cœur du lendemain et de ce que celui-ci comporte. Si ce dernier venait à mourir, il serait réjoui et rétribué et s’il doit vivre, il est heureux de ses préparatifs et se réjouit du plaisir que lui procurent ses épanchements.
La mort est pour lui un motif de joie et la vie, un avantage.
Ô malheureux ! Fasse que la mort occupe tes pensées; le parcours y conduit fatalement alors que tu persistes dans ton insouciance. Il se peut même que tu sois tout proche de la station [de la mort] et que tu aies déjà franchi la distance qui t’en séparait. Hâte-toi donc et profite de chaque souffle qui t’a été accordé.
Exposition de l’accomplissement des œuvres en grande hâte et du défaut que comporte leur report
Sache que celui qui a deux frères absents et qui attend le retour de l’un pour le lendemain et celui de l’autre pour le mois prochain ou l’année suivante, doit se préparer à accueillir le premier, car la disposition (à accueillir) est le résultat de la proximité de [celui qu’on attend].
Celui qui s’attend à ce que la mort arrive dans un an, ne se soucie uniquement que d’œuvrer pour cette durée et néglige l’après. Aussi, attend-il chaque matin l’écoulement de l’année, diminuée du jour qui vient de s’écouler. Cette attente l’empêche toujours d’agir promptement, car il s’imagine avoir suffisamment de temps devant lui, et elle le conduit à reporter l’exécution des œuvres. Comme l’a dit l’Envoyé de Dieu : « Pas un seul d’entre vous ne peut attendre de ce monde autre chose que richesse qui oppresse ; pauvreté qui conduit à l’oubli ; maladie qui anéantit ; vieillesse qui affaiblit ou mort qui accélère. » 77
Ibn ‘Abbâs a dit que le Prophète a fait la recommandation suivante à un tel : « Tire avantage de cinq choses avant cinq autres : de ta jeunesse avant ta vieillesse, de ta santé avant ta maladie, de ta richesse avant ta pauvreté, de ton loisir avant ton travail et de ta vie avant ta mort . » 78
Le Prophète a dit aussi : « Il y a deux grâces qui lèsent la majorité des gens : la santé et les loisirs. » 79 C’est-à-dire que les gens n’en tirent pas l’avantage attendu et n’en connaissent la valeur que lorsqu’elles cessent.
Le Prophète a dit aussi : « Celui qui a peur [de ne pas arriver] voyage de nuit, et le voyageur nocturne arrive à destination. Certes, la provision de Dieu est chère ! Oui, la provision de Dieu est le Paradis ! » 80 et : « Le premier son [de la Trompe] est arrivé, suivi du second 81 , ainsi que la mort et ce qu’elle comporte . » 82
Lorsque l’Envoyé de Dieu percevait chez ses compagnons quelque distraction ou inattention, il leur disait en élevant la voix : « La mort est proche de vous, tout prête et inévitable, et votre destinée sera alors heureuse ou malheureuse. » 83
Abû Hurayra 84 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « L’Envoyé de Dieu a dit : “ Je suis l’Avertisseur, la mort est, la Bouleversante et l’Heure est la rencontre . » 85
Ibn ‘Umar (que Dieu soit satisfait de lui) a rapporté que le Prophète sortit un jour alors que le soleil était sur le point de se coucher et dit : « Il ne reste à ce monde que la brève durée qui reste à ce jour. » 86
L’Envoyé de Dieu a dit aussi : « Le monde est semblable à un vêtement déchiré d’une extrémité à l’autre et qui ne tient qu’à un fil encore intact à son bout. Ce fil aussi sera tranché. » 87
Jâbir 88 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit que lorsque l’Envoyé de Dieu évoquait l’Heure dans ses sermons, il élevait la voix et ses joues devenaient rouges ; on aurait cru qu’il nous avertissait de l’arrivée imminente d’une armée. Il disait alors : « Je vous fais mes adieux matin et soir. L’Heure et moi sommes comme ces deux [doigts] . » 89 Il montrait alors ses deux doigts unis.
Ibn Mas‘ûd 90 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « L’Envoyé de Dieu récita ce verset : “Et quiconque que Dieu veut guider, Il lui ouvre la poitrine à l’islam.” 91 , puis dit : “ Lorsque la lumière pénètre dans la poitrine, elle le dilate. ” On lui demanda : « Y a-t-il un signe qui permette de reconnaître cet état ? ” Il répondit : “ Oui. Se détourner du monde des illusions pour se tourner vers le monde de l’éternité et se préparer à la mort avant sa descente.” » 92
Al-Sudday 93 a commenté le verset, « Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver [et de savoir] qui d’entre vous est le meilleur en œuvres. » 94 , en disant que par le meilleur en œuvres, il faut entendre celui qui se souvient le plus de la mort, qui s’y prépare le mieux, qui la craint et s’en inquiète le plus.
Hudhayfa (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « Pas un matin ne passe, ni un soir, sans qu’une voix n’appelle : « Ô gens, le grand départ, le grand départ ! ». Et la preuve de cela est Sa parole : « Il s’agit de l’un des plus grands [signes], un avertissement pour les humains. Pour celui d’entre vous qui veut avancer ou reculer » 95
Su h aym, client des Banû Tamîm, a dit : « J’attendais que ‘Amir b. ‘Abd Allâh 96 ait fini sa prière pour l’interroger. Il l’abrégea puis me dit : “ Soulage-moi vite de ta question, car je suis pressé ! ” Je lui demandai alors : “ Qu’est-ce donc qui te presse? ” Il répondit : “ L’ange de la mort. Que Dieu te fasse miséricorde ! ” Je me levai et il retourna à sa prière. »
Dâwud al-Tâ’î répondit à un tel qui l’interpellait à propos d’une tradition, alors qu’il d’un pas pressé : « Laisse-moi, je dois me hâter avant que mon âme ne quitte ce monde ! »
‘Umar [b. al-Kha tt âb] 97 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « La temporisation est une bonne chose, sauf pour ce qui est des belles œuvres pour l’au-delà. »
Al-Mundhir rapporte avoir entendu Mâlik b. Dînâr 98 faire le reproche suivant à son âme : « Malheur à toi ! Hâte-toi avant que l’ordre ne te rattrape ! Hâte-toi avant que l’ordre ne te rattrape […] ». Il répéta cette phrase soixante fois. Je l’entendais, mais il ne me voyait pas.
Al- H asan faisait la recommandation suivante : « Hâtez-vous, Hâtez-vous ! Quand vos souffles vous seront ôtés, les œuvres par lesquelles vous vous rapprochez de Dieu – Exalté et Magnifié – cesseront. Que Dieu fasse miséricorde à celui qui regarde son âme et pleure pour ses fautes. » Puis il récita ce verset : « Nous tenons un compte précis. » 99 [et continua :] « C’est-à-dire, [le compte] des souffles dont le dernier correspond à l’expulsion de l’âme, à la séparation de la famille et à l’enterrement dans la tombe. »
Avant sa mort, abû Mûsa al-Ash‘arî 100 (que Dieu soit satisfait de lui) s’adonnait à d’éprouvants exercices spirituels. On lui dit alors : « Tu devrais te reposer et prendre un peu plus soin de toi ! » Il répondit : « Lorsque les chevaux sont lâchés, ils donnent tout ce qu’ils ont à l’approche de leur destination. Le temps qu’il me reste est bien plus bref que cela. » Il persévéra dans ses exercices jusqu’à la mort. Il disait à son épouse : « Tiens-toi prête pour le voyage car il n’y a pas de passerelle au-dessus de l’Enfer. »
Un calife a dit lors d’un sermon : « Ô serviteurs de Dieu, craignez Dieu autant que faire se peut ! Soyez de ceux qui perçoivent le cri et qui savent que le monde n’est pas leur demeure, et qui l’échangent contre l’autre. Préparez votre mort, car son ombre vous recouvre déjà. Retirez-vous [du monde] car elle vous poursuit.
En vérité, ce qui est à peine distant et que l’Heure peut réduire à néant est une nécessité éphémère, tout comme ce qui est absent, et que les jours et les nuits rapprochent toujours un peu plus, et qui s’en retourne aussi vite. Ou comme celui à qui sont accordés succès et afflictions et qui devra tirer le meilleur parti de ses préparatifs.
Pour le Seigneur, le pieux est celui qui se réprimande, offre son repentir et soumet ses désirs ; son terme lui est voilé, son espoir l’abuse, et Satan exerce sur lui sa tutelle et stimule en lui l’espoir de repentance, tant et si bien qu’il ajourne cette dernière.
Le démon lui embellit ses fautes et lui en fait commettre d’autres jusqu’à ce que la mort l’assaille, au moment où il s’y attend le moins. Il n’y a entre vous, l’Enfer et le Paradis, que la mort. Quel malheureux sort attend l’insouciant ! Sa vie témoigne contre lui et ses jours l’exposent aux adversités.
Que Dieu nous compte parmi ceux qui ne montrent aucune ingratitude envers Ses faveurs, pour qui aucune faute ne saurait le détourner de Son obéissance et qui ne connaîtront pas le malheur après la mort. Il entend les invocations, tout le bien est à jamais entre Ses mains et Il fait ce qu’Il veut ! »
À propos du verset « Vous vous êtes laissés tenter, vous avez tergiversé, vous avez supputé; et de vains espoirs vous ont trompés, jusqu’à ce que vînt l’ordre de Dieu. Et le séducteur vous a trompés au sujet de Dieu. » 101 , un exégète a dit : « Vous vous êtes laissés tenter » par les désirs et les passions ; « vous avez tergiversé » avec le repentir ; « vous avez supputé », c’est-à-dire douté ; « jusqu’à ce que vînt l’ordre de Dieu » c’est-à-dire la mort, et « le séducteur vous a trompés au sujet de Dieu », c’est-à-dire Satan.
Al- H asan a dit : « Soyez patients et résolus. Il ne s’agit que de quelques jours seulement. Vous êtes comme une troupe de cavaliers que l’un d’entre eux appelle et qui lui répondent sans se retourner. Vous passez ainsi à côté de ce qu’il y a de meilleur et qui est à votre portée. »
Ibn Mas‘ûd (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « Chacun d’entre vous, à son réveil, est un invité, dépositaire d’un prêt. L’invité doit partir et le prêt doit être restitué. »
Abû ‘Ubayda al-Bâjî a dit : « Nous rendîmes visite à al- H assan au cours de sa maladie fatale. Il nous accueillit en disant : “Bienvenue ! Que Dieu vous accorde paix et salut, et nous accorde, ainsi qu’à vous, la demeure de l’éternité ! Puissiez-vous être patients, sincères et pieux. Cette affaire est vraiment de bon augure. Ne laissez pas, que Dieu vous fasse miséricorde, [la faveur procurée par] cette nouvelle entrer par une oreille et sortir par l’autre. Sachez qu’à celui qui [a eu le privilège] de voir Mu h ammad [en rêve], qui le voit aller et venir, on a levé un voile; aussi doit-il retrousser ses manches et se hâter. Hâtez-vous donc et sauvez-vous ! Ne vacillez pas ! Par le Seigneur de la Ka‘ba, l’ordre et vous êtes presque venus ensemble ! Dieu fasse miséricorde à l’humble serviteur qui se nourrit de croûtons de pain, s’habille de haillons, s’assoit par terre, s’astreint à une rude discipline, pleure pour ses erreurs, fuit les tourments, désire la miséricorde et demeure ainsi jusqu’à la fin de sa vie.” »
‘A s im al-A h wal 102 rapporte qu’il interrogea Fudhayl al-Ruqâshî 103 et que celui-ci lui répondit : « Ô toi ! Que la multitude ne te détourne pas de ton âme, car l’ordre te parviendra malgré eux. Et ne dis pas : “Je dois me rendre ici ou là, tu dépenserais vainement ta journée. L’ordre a été mis de côté pour toi, et tu ne verras ni ne percevras avec autant de célérité jamais rien de plus agréable qu’une belle action, nouvellement exécutée, pour s’acquitter d’une faute ancienne” ».
CHAPITRE III
DE L’AGONIE, DES AFFRES DE LA MORT ET DES ÉTATS QU’IL CONVIENT D’ASSUMER À SA VENUE
Sache que si le pauvre serviteur n’avait devant lui que terreur, calamités et tourments de la seule agonie de la mort, cela suffirait à rendre son existence malheureuse, à ombrager son bonheur et à écarter de lui toute distraction et insouciance. Il est vrai que cela le conduirait à y réfléchir plus longuement et à s’y préparer grandement, surtout qu’à chacun de ses souffles, elle se trouve dans le voisinage. Comme a dit un sage : « Tu ne sais jamais quand le tord d’autrui peut te frapper ! » Et Luqmân 104 a dit à son fils : « Ô mon fils, dispose-toi à accueillir à l’avance une chose dont tu ignores quand elle surviendra. » Le plus étonnant, c’est que l’individu qui se livre aux plus grandes passions, s’adonne aux loisirs les plus plaisants, anticipe les cinq coups de bâton qu’on lui assène [en guise de punition] et qui voit son plaisir et sa vie gâchés par [le bourreau] et [ oublie ] que derrière chacun de ses souffles se trouve l’ange de la mort, qui est prêt à le saisir dans un moment de distraction. Hormis l’ignorance et l’insouciance, il n’y a pas d’autres causes à cette attitude.
Sache qu’en dehors de celui qui en fait l’expérience directe, nul ne connaît vraiment la douleur de l’agonie. Celui qui n’en a pas fait l’expérience ne peut la percevoir qu’à travers l’analogie ou après avoir assisté aux souffrances des agonisants.
Quant à l’analogie, il s’agit d’établir que tout membre dénué d’esprit ne ressent pas de douleur et que tout autre, doté d’esprit, procure la sensation de douleur à ce dernier. Qu’il s’agisse de blessure ou de brûlure, l’effet est ramené à l’esprit et la souffrance que celui-ci ressentira sera à la mesure de son degré de perception de la douleur. La douleur se répand à travers la chair, le sang et tous les autres organes de sorte que seule une partie parvient jusqu’à l’esprit. Si la douleur parvenait directement à l’esprit, sans préalablement passer par autre chose, elle lui procurerait alors une intense et terrible souffrance.
Les affres 105 de la mort ne sont rien d’autre que des souffrances qui envahissent l’esprit et se propagent dans toutes ses ramifications, de sorte qu’aucun de ses éléments n’échappe à la douleur.
Si un individu est piqué par une épine, la douleur qu’elle lui procure se propage à la partie de l’esprit concernée. En revanche, l’effet de la brûlure est bien plus intense encore, car le feu se propage à l’ensemble des parties du corps et aucun membre ou organe, interne ou externe, n’y échappe ; aussi, les zones de l’esprit localisées dans ces parties du corps en ressentent-elles la douleur.
Une blessure concerne uniquement la partie touchée par la lame, c’est pourquoi la douleur suscitée par cette lame est moins intense que celle provoquée par le feu. Le tourment que provoque la mort attaque l’esprit et se propage à l’ensemble de ses parties. Le moribond ressent alors qu’on le désunit brutalement de ses veines, de ses nerfs, de l’extrémité de ses membres, de la racine de ses cheveux et de sa tête. Ne t’interroge donc pas sur ces souffrances et ces douleurs ! Il a été dit : « La mort est bien plus terrible qu’un coup d’épée ou une souffrance provoquée par une scie ou par une paire de ciseaux. Car transpercer le corps avec une épée provoque une douleur en raison du fait que le corps se rattache à l’esprit. Que dire alors de la douleur quand elle touche directement l’esprit ?
Celui qui est poignardé parvient encore à crier grâce aux forces qui lui restent dans le cœur et dans sa langue, bien que l’intense douleur provoquée par la mort fasse taire toute voix et cris du moribond. La souffrance se propage dans son corps et atteint son cœur de sorte qu’elle anéantit toutes ses forces, affaiblit tous ses membres et ne lui laisse aucune énergie pour appeler de l’aide. Quant à la raison du mourant, elle est ombragée et bouleversée et sa langue est frappée de mutisme. Ses extrémités sont affaiblies, il aspire au soulagement qu’il manifeste à travers les gémissements, les cris et les appels à l’aide, mais il n’y parvient pas. S’il lui reste quelque ultime force, tu entends alors, lors du ravissement et de l’extraction de son esprit, un dernier geignement et un bruit sec sortir de sa gorge et de sa poitrine, et tu vois son visage devenir aussi gris que la cendre : il prend la couleur de la poussière, à l’origine de sa nature. Chacune de ses veines est arrachée et la douleur se propage à l’intérieur et à l’extérieur de son corps. Ses yeux remontent au-dessus de ses orbites, ses lèvres sont tirées vers l’arrière, la racine de sa langue se raidit, ses testicules remontent et se contractent dans leur bourse et ses doigts se colorent d’un vert sombre.
Ne questionne donc pas sur un corps dont on arrache toutes les veines, car même si l’on ne devait en arracher qu’une seule, la douleur serait insupportable. Que dire alors de la douleur ressentie quand c’est l’esprit même qui est arraché ? Ce n’est plus alors d’une veine dont il s’agit mais de l’ensemble. Ensuite, chacun de ses membres, l’un après l’autre, meurent à son tour. Les premiers à refroidir sont ses pieds, puis la partie supérieure, puis ses cuisses... Chacune des parties connaît une agonie et une souffrance qui parviennent jusqu’à la gorge. À ce stade, sa perception du monde et de ses habitants cesse, la porte de la conversion lui est fermée et il est assailli par le remords et le regret conformément à cette Parole de l’Envoyé de Dieu : « La conversion du serviteur est acceptée tant qu’il ne râle pas ! » 106
Mujâhid a dit à propos du verset « Mais il n’y a pas de repentir [accepté] pour ceux qui commettent de mauvaises actions, jusqu’au moment où la mort se présentant à l’un d’entre eux, il s’écrie : oui, maintenant je me repens ! » 107 : il s’agit du moment où l’individu voit de ses yeux les messagers (de la mort). Autrement dit, lorsque lui apparaît le visage de l’ange de la mort… Ne cherche pas à connaître l’amertume et la douleur de l’agonie, l’Envoyé de Dieu disait : “ Ô mon Dieu, allège les souffrances de l’agonie de Mu h ammad.” Malheureusement, les hommes ne cherchent pas à s’en protéger et ne l’estiment pas à sa juste valeur, du fait qu’ils l’ignorent. Il est possible d’appréhender les choses avant qu’elles ne surviennent, par le biais de la lumière prophétique et de la sainteté. C’est pourquoi les prophètes (que la Paix soit sur eux) et les saints avaient une grande peur de la mort, au point de faire dire à Jésus (que la Paix soit sur lui) : « Ô vous les apôtres, demandez à Dieu de me rendre cette agonie [c’est-à-dire la mort] supportable. Je crains tellement la mort que ma peur la frôle. » On rapporte qu’un groupe d’israélites passèrent à côté d’un cimetière. Certains d’entre eux dirent aux autres : « Pourquoi ne prieriez-vous pas Dieu, Exalté, de vous faire sortir un mort pour l’interroger ? » Ils prièrent Dieu et voilà qu’un homme portant encore les traces de ses prosternations sur le front surgît de l’une des tombes et leur dit : « Qu’attendez-vous de moi ? [Sachez que] quoique j’aie goûté à la mort il y a cinquante ans, son amertume n’a jamais quitté mon cœur.
[L’épouse du Prophète ] ‘Aisha (que Dieu soit satisfait d’elle) a dit : « Après avoir assisté à la terrible mort de l’Envoyé de Dieu, je n’envie plus ceux dont la mort est facile ! »
On rapporte que l’Envoyé de Dieu disait : « Ô mon Dieu, Tu extirpes l’esprit à partir des tendons, des os du nez et du bout des doigts ! Ô Mon Dieu, aide-moi à supporter la mort et rends-la moi facile à porter ! » 108
Al- H asan rapporte [qu’un jour] l’Envoyé de Dieu parla de la mort, de sa suffocation et de sa douleur, puis dit : « Elle équivaut à trois cent coups d’épée ! » 109
On l’interrogea aussi sur la mort et sur sa rigueur, et il répondit : « La mort la plus facile est celle qui ressemble à l’écharde enfoncée dans la laine. Peut-on extraire l’écharde sans emporter de la laine avec elle ? » 110
Il rendit visite à un malade, puis dit : « Je sais ce qu’il éprouve ! Aucune de ses artères n’échappe, individuellement, à la douleur de la mort. » 111
‘Alî (que Dieu ennoblisse son visage) encourageait les gens à combattre, en leur disant : « Si vous ne tuez pas, vous mourrez. Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, mille coups d’épée me sont plus supportables que la mort dans un lit ! »
Al-Awzâ‘î 112 a dit : « On nous a rapporté que le mort continue de ressentir les douleurs tant qu’il n’est pas ressuscité. »
Shaddâd b. Aws 113 (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : « La mort est la chose la plus effrayante et la plus redoutable en ce monde et dans l’autre pour le croyant. Elle est bien plus terrible que la douleur provoquée par la scie ou les ciseaux qui découpent le corps, ou par l’ébullition dans des chaudrons. Si le mort revenait sur terre et informait les vivants à propos de la mort, ils ne profiteraient plus de la vie et perdraient le goût du sommeil. »
Zayd b. Aslam 114 rapporte ces propos de son père : « Chaque fois qu’il reste au croyant des degrés qu’il n’a pas atteint par ses œuvres et de son vivant, sa mort lui est alors rendue plus pénible pour que, par son agonie et ses souffrances, il complète ses degrés et rejoigne sa place au Paradis. Quant à l’incroyant qui aurait à son compte une bonne action et pour laquelle il n’a pas encore été rétribué, sa mort lui sera rendue plus facile en guise de récompense pour sa bonne action, il rejoindra ensuite sa place en Enfer. »
Un tel, qui interrogeait souvent les personnes gravement malades sur les douleurs qu’elles ressentaient, tomba à son tour gravement malade. On lui demanda : « Que ressens-tu? » Il répondit : « C’est comme si les cieux s’étaient repliés sur la terre et comme si mon âme passait par le chas d’une aiguille ! »
L’Envoyé de Dieu a dit : « La mort soudaine est soulagement pour le croyant et chagrin pour le débauché ! » 115
Mak h ûl 116 rapporte cette tradition du Prophète : « Si un des cheveux du mort était posé sur les habitants des cieux et de la terre, ils mourraient par ordre de Dieu, Exalté. Car la mort est présente dans chaque cheveu du défunt, et elle ne touche jamais une chose sans la faire périr ! » 117
On dit que si une goutte de la souffrance de la mort était versée sur les montagnes du monde, elles se liquéfieraient.
On rapporte qu’à la mort d’Abraham (que la Paix soit sur lui), Dieu, Exalté, lui demanda : « Ô Mon Ami ( khalîli ) ! Comment as-tu trouvé la mort ? » Il répondit : « Comme une brochette qu’on enfonce dans de la laine humide et qu’on retire ensuite. » Dieu lui dit alors : « Pourtant, Nous te l’avons rendue légère ! »
On rapporte que lorsque l’esprit de Moïse (que la Paix soit sur lui) revint à Dieu, Exalté soit-Il, son Seigneur lui demanda : « Ô Moïse, comment as-tu trouvé la mort ? » Il répondit : « Tel un moineau que l’on rôtit vivant : incapable de mourir et de trouver le repos, et incapable de s’envoler. » On rapporte qu’il a également dit : « C’était comme si j’étais une brebis écorchée vive par les mains d’un boucher ! »
On rapporte que durant ses derniers instants, le Prophète tenait un récipient d’eau près de lui, il y trempait la main, se rafraîchissait le visage et disait : « Ô Mon Dieu, rends-moi supportable l’agonie de la mort. » 118 [Présente à ses cotés, sa fille Al-Sayyida ] Fâ t ima (que Dieu soit satisfait d’elle) lui dit alors : « Ô père, si tu savais combien je souffre pour tes douleurs ! », il lui répondit : « [Sache] Que plus aucune souffrance n’affligera ton père après ce jour . » 119 .
‘Umar [b. al-Kha tt âb] (que Dieu soit satisfait de lui) a dit à Ka‘b al-A h bâr :
« Ô Ka‘b parle nous de la mort ! » Il répondit : « Certainement, ô Prince des Croyants ! La mort est comme une branchette couverte d’épines que l’on introduit dans la gorge d’un homme et dont chaque épine s’accroche à une artère. Puis, un homme robuste retire violemment la branche : il en arrache ce qu’il peut arracher et y laisse ce qu’il laisse. »
Le Prophète a dit : « Le serviteur subira certainement la douleur et l’agonie de la mort. Ses jointures se salueront l’une l’autre en disant : “ Que la Paix soit sur toi, je te quitte et tu me quittes et nous demeurerons séparés jusqu’au Jour de la Résurrection”. » 120 .
Telle est l’agonie des saints et des amis de Dieu. Qu’en sera-t-il de nous qui sommes plongés dans les péchés ?
L’agonie sera accompagnée d’autres épreuves qui sont au nombre de trois.
La première épreuve : la violence du ravissement que nous avons déjà mentionné
La seconde épreuve : la vue de l’aspect de l’ange de la mort, l’épouvante et l’horreur qu’il suscite dans le cœur. Même si l’homme le plus puissant le voyait dans la forme qu’il endosse lorsqu’il s’empare de l’esprit d’un pécheur, il serait incapable d’en supporter la vue.
On rapporte que l’Ami de Dieu, Abraham (que la Paix soit sur lui), a dit à l’ange de la mort : « Peux-tu me montrer la forme que tu prends lorsque tu saisis l’esprit du dissolu ? » L’ange répondit : « Tu ne pourrais pas la supporter ! » Abraham (que la Paix soit sur lui) lui dit : « Certes, je le pourrais ! » L’ange dit : « Tourne-toi ! » et Abraham (que la Paix soit sur lui) s’exécuta. Lorsqu’il se retourna, il vit un homme noir, aux cheveux noirs, à l’odeur fétide et revêtu de noir. Des flammes et de la fumée jaillissaient de sa bouche et de ses narines. Abraham (que la Paix soit sur lui) s’évanouit. Lorsqu’il revint à lui, l’ange avait reprit sa forme initiale.
Abraham (que la Paix soit sur lui) lui dit alors : « Ô ange de la mort, si le dissolu ne devait affronter à sa mort que l’aspect de ton visage, cela lui serait suffisant [comme châtiment]. »
Abû Hurayra rapporte que le Prophète a dit : « David était très zélé et dévoué (ghayûr) [à sa femme]. Lorsqu’il sortait, il fermait toujours la porte à clé. Un jour, alors qu’il était sorti après avoir bien fermé la porte, son épouse se retrouva face à un étranger dans sa maison. Elle s’écria, alarmée : “Mais qui donc a fait entrer cet homme? David va bientôt entrer et cet homme sera certainement un motif de grand désarroi !” David revint et trouva l’homme dans sa demeure. Il lui dit : “Qui es-tu ?” L’homme répondit : “Je suis celui qui ne craint pas les rois et qu’aucun voile 121 n’arrête.” David dit alors : “Par Dieu, tu es certainement l’ange de la mort !” Après quoi, David regagna précipitamment (zamala) sa place. » 122
On rapporte qu’une fois, Jésus (que la Paix soit sur lui) passa à coté d’un crâne. Il lui donna un coup de pied et dit : « Parle par la permission de Dieu ! » Le crâne répondit : « Ô esprit de Dieu, je suis le roi de telle époque. Un jour, dans mon royaume, alors que j’étais assis sur le trône royal, portant ma couronne et étant entouré de mes soldats et de mes courtisans, l’ange de la mort m’apparût. Tous mes membres s’engourdirent à sa vue puis, mon âme alla à sa rencontre. Derrière ces grands rassemblements, il n’y avait que séparation et derrière cette intimité, que solitude ! »
Voilà les malheurs qui frappent les rebelles et dont sont exempts les obéissants.
Les prophètes (que la Paix soit sur eux) n’ont parlé que des convulsions de l’agonie et non de l’épouvante qui envahit celui qui voit la forme de l’ange de la mort. S’il le voyait en rêve, le restant de sa vie serait irrémédiablement gâché. Que dire alors de celui qui, réveillé, le voit dans sa forme véritable ?
Quant à l’obéissant, il le voit sous son meilleur jour.
‘Ikrima 123 rapporte d’Ibn ‘Abbâs, qu’Abraham (que la Paix soit sur lui) était un homme zélé et dévoué. Il possédait une maison où il adorait Dieu et qu’il fermait toujours à clé lorsqu’il en sortait. Un jour, de retour chez lui, il trouva un homme dans sa maison. Il lui dit : « Qui t’a fait entrer dans ma demeure? » L’homme répondit : « Son seigneur m’y a fait entrer ! » Abraham dit alors : « C’est moi le seigneur de cette maison ! » L’homme répondit : « Celui qui m’y a fait entrer en détient la propriété bien plus que toi et moi ! » Abraham dit alors : « Quel ange es-tu? » Il répondit : « Je suis l’ange de la mort. » Abraham lui demanda alors : « Peux-tu me montrer l’aspect que tu prends quand tu saisis l’esprit du croyant? » L’ange de la mort lui dit : « Oui, mais détourne ton regard. » Abraham se détourna, puis quand il se retourna il vit un beau jeune homme, vêtu d’habits somptueux et délicatement parfumé. Il lui dit alors : « Ô ange de la mort, si le croyant ne devait voir à sa mort que ta forme, cela lui suffirait [comme récompense]. »
Un autre malheur consiste à voir les deux anges enregistreurs ( al- h âfidhîn ). Wuhayb a dit : « Il nous est parvenu que nul ne meurt sans que les deux anges scribes ( al-kâtibân ) ne lui montrent ses œuvres. S’il s’agit d’un individu obéissant, ils lui diront : « Que Dieu te récompense de belle manière pour nous avoir fait asseoir dans des assemblées sincères et pour nous avoir fait assister à de belles œuvres. » En revanche, s’il s’agit d’un débauché, ils lui diront : « Que Dieu ne te rétribue pas de belle manière pour nous avoir fait asseoir dans des assemblées malveillantes, pour nous avoir fait assister à de mauvaises œuvres, pour nous avoir fait écouter des paroles immorales. Que Dieu ne t’accorde aucune belle rétribution ! » Le regard du mourant reste fixé sur eux sans possibilité de revoir le monde.
La troisième épreuve : la vision que les désobéissants auront de leur sort en Enfer et de la peur qu’ils éprouveront avant cette vision. Lors de l’agonie, leurs forces s’affaiblissent progressivement et s’éteignent à l’extraction de leur esprit (ils n’en ont qu’un). Ces derniers ne sortent qu’après avoir entendu la voix de l’ange de la mort, porteuse de deux nouvelles : [Soit celle adressée au damné] : « Ô ennemi de Dieu, réjouis-toi de l’Enfer qui t’attend ! » Soit [celle adressée au béat] : « Ô ami de Dieu, réjouis-toi du Paradis. » C’est cela que les personnes les plus intelligentes ont toujours craint le plus.
Le Prophète a dit : « Nul d’entre vous ne quittera ce monde avant d’avoir connu son sort et vu la place qu’il occupera au Paradis ou en Enfer ! » 124
Il a dit aussi : « Celui qui désire rencontrer Dieu, Dieu aime le rencontrer, et qui déteste rencontrer Dieu, Dieu répugne à sa rencontre. » On lui dit alors : « Mais chacun de nous déteste la mort ! » Il répondit : « Ce que nous entendons, c’est que lorsque le croyant est délivré [furrija lahu] de ses actions passées, il désire alors rencontrer Dieu, et Dieu aime le rencontrer. » 125
On rapporte qu’un matin, très tôt, H udhayfa b. al-Yamân dit à Ibn Mas‘ûd (que Dieu soit satisfait d’eux) : « Lève-toi et va voir l’heure qu’il est » Ibn Mas‘ûd s’exécuta puis revint et dit : « La rouge ( al- h amrâ ) s’est levée ! » H udhayfa lui dit : « Je me réfugie en Dieu contre le voyage du matin vers l’Enfer ! »
Marwân rendit visite à Abû Hurayra (que Dieu soit satisfait d’eux) et dit : « Ô mon Dieu, allège son fardeau ! » Abû Hurayra répondit : « Ô mon Dieu, alourdis-le davantage ! » Il éclata en sanglots et ajouta : « Ce n’est pas le regret de quitter ce monde, ni la douleur d’être séparé de vous qui me fait pleurer, mais plutôt l’attente de l’une des deux nouvelles de mon Seigneur : Paradis ou Enfer ! »
Le Prophète a dit : « Lorsque Dieu est satisfait d’un serviteur, Il dit à l’ange de la mort : “Rends-toi auprès d’un tel et apporte-Moi son esprit afin que Je le soulage. Ses œuvres Me suffisent; Je l’ai mis à l’épreuve et il a agi comme Je le désire.” L’ange de la mort descend alors accompagné de cinq cent anges portant tous des plants de basilic (al-ray h ân) 126 et des racines de safran 127 . Chacun de ces anges lui annonce une nouvelle différente de celles confiées par les autres. Puis, les anges portant le basilic se mettent en deux rangs et attendent la sortie de l’esprit. Lorsque Satan les voit, il prend sa tête entre ses mains et hurle. Ses soldats lui demandent alors : “Ô Maître, pourquoi hurles-tu?” Il leur répond : “Ne voyez-vous donc pas l’honneur qui est accordé à ce serviteur? Où étiez-vous donc [de son vivant] ?” Ils répondent : “Nous avons tout tenté, mais il était protégé !” » 128
Al- H asan a dit : « Nul repos pour le croyant avant de rencontrer Dieu, Exalté soit-Il. Le jour de sa mort est pour lui un jour de gaieté, de joie, de sécurité, de gloire et d’honneur.

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