Matthieu, raconte-moi ta vie au paradisUne description inédite de l’après-vie
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Description

Entamer la lecture de « Matthieu, raconte-moi ta vie au paradis », c’est d’abord découvrir les circonstances à travers lesquelles Suzanne Ward est parvenue à surmonter le choc de la mort de son fils pour ensuite réussir à établir une communication télépathique d’une telle clarté qu’elle ne laisse pratiquement aucune place à l’incertitude quant à l’authenticité des messages ainsi reçus.
Le propos de cet ouvrage concerne bien davantage que ma seule histoire. C'est d'amour dont il s'agit ici, un amour à la fois personnel et divin, mais plus encore, ce livre apporte la preuve que lorsque les êtres que nous aimons quittent ce monde, ils continuent à vivre dans un autre corps, au sein d'un royaume merveilleux offrant une étonnante diversité de choses à faire et à voir.
«Vous vivez un deuil déchirant? Comment faire face au départ imminent d'un être cher? Ce livre peut grandement vous aider. C'est la découverte unique que fait une mère sur la vie après la mort, dévoilée par son fils, 14 ans après sa mort dans un accident de voiture, alors qu'il était àgé de 17 ans.
Vie, mort, jugement dernier, choix de nos parents et de nos enfants, divorce, contrats anténataux comme missions de vie... et plein d'autres sujets qui nous intriguent tous, sont abordés sans détour. Un livre à lire absolument, que l'on soit athée ou croyant.» - Eleusis, Bouches-du-Rhône, France.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 novembre 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782896261437
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Suzanne Ward
MATTHIEU
Raconte-moi ta vie au paradis
Ariane Éditions
Réédition augmentée de : Nirvana

Titre original anglais : Matthew, Tell Me About Heaven © 2001 par Suzanne Ward Matthew Books P.O. Box 1043 Camas, Washington 98607 www.matthewbooks.com suzy@matthewbooks.com

© 2005 Ariane Éditions inc. pour l'édition française 1217, av. Bernard O., bureau 101, Outremont, Qc, Canada H2V 1 V7 Téléphone : 514-276-2949, télécopieur : 514-276-4121 Courrier électronique : info@editions-ariane.com
Site Internet : www.editions-ariane.com
Boutique en ligne : www.editions-ariane.com/boutique
Facebook : www.facebook.com/EditionsAriane
Tous droits réservés.

Traduction : Jean Hudon
Révision : Martine Vallée
Révision linguistique : Louis Royer, Michelle Bachand
Graphisme et illustration de la page couverture : Carl Lemyre
Graphisme et mise en page : Carl Lemyre
Conversion au format epub : Carl Lemyre

Première impression : septembre 2005 ISBN papier : 978-2-920987-049-2 ISBN ePub : 978-2-920987-143-7 ISBN Pdf : 978-2-89626-207-6

Dépôt légal : septembre 2005 Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale de Paris

Diffusion
Québec : Flammarion Québec – 514 277-8807 www.flammarion.qc.ca
France et Belgique : D.G. Diffusion – 05.61.000.999 www.dgdiffusion.com
Suisse : Servidis/Transat – 22.960.95.25 www.servidis.ch

Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt
Pour l’édition de livres – Gestion SODEC
Il nous fait plaisir de partager avec vous les éloges suivants formulés sur Matthieu, raconte-moi ta vie au paradis
«Suzanne Ward a consacré ses énergies et son talent à éclairer le monde sur les vérités et les visions auxquelles nous aspirons tous, offrant ainsi à chacun une perspective plus juste sur notre existence. Pour contribuer à enrichir la réflexion des gens, j'ai décidé d'offrir 500 exemplaires de Matthieu, raconte-moi ta vie au paradis à mes patients et amis de tous âges et de toutes croyances, afin de leur donner un avant-goût de la joie qui nous attend, alors que se poursuit l'éveil planétaire et qu'émerge une nouvelle conception de l'humanité, grâce notamment à Matthieu et à Suzanne Ward. Les réactions à cette expérience fort enrichissante ont été passionnées et au-delà de toute attente! Un livre à lire absolument!»
– Dr Pierre Cloutier, B. Sc., D. C. (Châteauguay, Québec)
«Lorsque j'ai découvert Matthieu, raconte-moi ta vie au paradis , cela a été comme une complétude, une des pièces principales qui manquaient à mon puzzle. J'ai été éblouie par tant de connaissances, d'ouverture et de réalité sur le Nirvana. Matthew décrit ce que d'autres appellent le Paradis, le Ciel, l'autre Dimension, l'Au-delà, avec un tel luxe de détails! Quels merveilleux messages et quelles bonnes nouvelles! Quel espoir! Ce livre est le plus beau et le plus complet que j'aie pu lire à ce jour, et je remercie Suzanne Ward et surtout Matthew pour sa mission, pour l'une, et son engagement, pour l'autre, à faire avancer notre connaissance de cet Inconnu qui, du coup, devient plus humain et plus accessible à nos sens.»
– Carmen (Chézy-sur-Marne, France)
«Voici ce que la lecture du livre de Suzanne Ward m'a apporté. Je suis une personne très curieuse de nature. J'ai lu énormément de livres sur l'ésotérisme, la naturopathie, les médecines douces, la lithothérapie, les médiums, etc. Il y a plus de vingt ans que j'ai entrepris cette recherche exhaustive. Ce que j'ai apprécié de la lecture de Matthieu, raconte-moi ta vie au paradis , c'est la simplicité et la démystification de toutes les questions existentielles pour lesquelles nous n'avions jamais de réponses satisfaisantes. Le monde est un endroit à la fois simple et complexe, mais ô combien agréable à expérimenter. J'ai vraiment apprécié le chapitre consacré à la transition de la vie terrestre à l'au-delà. Il m'a permis de vaincre mes peurs de l'inconnu. Je suis convaincue que ce livre apportera un grand bienfait à de nombreuses personnes et je souhaite qu'il remporte tout le succès mérité. Moi, il m'a fait énormément de bien.»
– Linda Gozzi (Bois-des-Filion, Québec)
«Ce livre est un message d'espoir, de joie et de bonheur. Je l'ai lu, dévoré, respiré, réfléchi, digéré. Il est le résumé de toutes mes lectures ésotériques de ces vingt dernières années. Matthieu explique avec des mots simples et à la portée de tous son voyage vers l'extraordinaire, vers la beauté, vers l'Amour et la Lumière du cœur. Cette renaissance est à la portée de tous. À nous de saisir la chance qui nous est offerte. Merci à Suzanne Ward pour cet ouvrage extraordinaire. Merci à Matthieu ainsi qu’à ses guides qui l'ont autorisé à nous livrer enfin le secret de la vie et de la mort, cette éternelle renaissance...»
– Karine (Liège, Belgique)
«Des nouvelles absolument renversantes, mais rassurantes, car empreintes d'Amour. Enfin des explications limpides sur les cas où, en général, on s'exclame s'il y avait un Dieu, il ne permettrait pas que cela se produise! La vie au paradis (le Nirvana de son vrai nom) ressemble à la nôtre, en mille fois plus riche, voire trépidante, plus belle, plus “vraie”. Ces détails, décrits avec précision, sont dignes de foi, puisque c'est un fils qui parle de tout ça à sa mère. Quelle mère ne reconnaîtrait pas son fils? Sans aucun doute, ce livre est destiné à être une référence incontournable. Vivement les tomes suivants!»
– Dharma (Marseille, France)
«Un livre essentiel qui changera à jamais votre regard sur la vie et la mort! Vous vivez un deuil déchirant? Vous ne savez comment faire face au départ imminent d'un être cher? Ce livre peut grandement vous aider. C'est la découverte unique que fait une mère sur la vie après la mort, dévoilée par son fils, quatorze ans après sa mort dans un accident de voiture, alors qu'il était âgé de 17 ans. Vie, mort, jugement dernier, choix de nos parents et de nos enfants, divorce, contrats prénataux comme missions de vie... et plein d'autres sujets qui nous intriguent tous sont abordés sans détour. Un livre à lire absolument, que l'on soit athée ou croyant.»
– Éleusis (Bouches-du-Rhône, France)
Avant-propos


Quiconque a déjà subi la perte d’un être cher occupant une place importante dans sa vie sait que cette expérience nous transforme à jamais. En cela, la peine de chacun est comparable, mais pour chaque cœur brisé, il y a également une histoire d’amour.
Le propos de cet ouvrage concerne bien davantage que ma seule histoire. C’est d’ amour dont il s’agit ici, un amour à la fois personnel et divin, mais plus encore, ce livre apporte la preuve que lorsque les êtres que nous aimons quittent ce monde, ils continuent à vivre dans un autre corps, au sein d’un royaume merveilleux offrant une étonnante diversité de choses à faire et à voir. Nos religions affirment qu’une autre vie nous attend après la mort et qu’elle est déterminée par la façon dont nous avons vécu cette existence-ci. Cela est juste, mais l’idée qu’-elles se font de l’après-vie est en partie inexacte puisqu’il est dit qu’une fois là-haut, personne ne peut nous faire le récit de ce qui s’y trouve. Et cela est faux!
Nous pouvons découvrir – nous sommes même censés découvrir – ce qui se passe en ce royaume que nous appelons le ciel et dont le véritable nom, selon mon fils Matthieu, est le «Nirvana». Nous pouvons nous représenter assez bien la vie menée par les êtres que nous aimons en cet au-delà qui, à maints égards, est étonnamment semblable à notre existence ici-bas. Mais le ciel offre beaucoup plus d’amour et de lumière, d’équité et de bonté, et aussi davantage de santé sur tous les plans, que la vie sur terre. Grâce à ces révélations sur la vie au paradis, nous pourrons mieux comprendre le but de notre vie ici et apprendre comment nous préparer à aller de l’avant. Nous pouvons également nous réjouir de savoir que les liens d’amour sont plus que de simples souvenirs et que la vie éternelle est plus qu’un fantasme nébuleux!
Note de Suzanne Ward
Les dogmes religieux exercent parfois une telle influence sur nos croyances que tout ce qui entre en conflit avec ce qu’on nous a enseigné est très difficile à accepter. Pour ma part, après 35 années de présence assidue et de participation fidèle aux activités de l’Église chrétienne, ce fut avec stupéfaction que j’accueillis ma première communication télépathique avec mon fils Matthieu, mort accidentellement à l’âge de 17 ans en 1980, et que je pris connaissance de toutes les choses ahurissantes qu’il me disait.
Ce livre offre une sélection de nos toutes premières conversations, survenues en février 1994. Bien que pratiquement toutes les tournures de phrases attribuées à Matthieu soient textuellement les siennes, j’ai pris soin d’éliminer les redondances et les longueurs. J’ai également retouché certains passages pour que l’information communiquée soit plus claire, j’en ai modifié d’autres pour que les transitions soient naturelles lorsque j’intégrais ensemble des sujets connexes provenant de différentes transmissions, et j’ai formulé quelques questions et certains commentaires afin que l’ordre des chapitres soit le plus logique possible.
Matthieu utilise presque toujours des pronoms masculins pour représenter à la fois le genre masculin et le genre féminin. C’est intentionnel, tel qu’il me l’a précisé lui-même: «Je te prie d’accepter cela comme étant délibéré, et ce, uniquement dans le but de simplifier ce que j’exprime et ce que tu entends, JAMAIS pour donner une quelconque priorité au genre masculin.»
Si vous êtes particulièrement intéressé par la description que fait Matthieu de ce que nous appelons le Ciel, vous pourriez, après avoir lu «Liens unissant les âmes» », passer directement à la deuxième partie pour lire la suite de nos conversations. Les titres des trois autres chapitres de la première partie donnent une bonne idée de leur contenu, et même s’il peut s’avérer plus facile de comprendre certaines informations présentées dans la deuxième partie à la lumière du contexte présenté dans ces chapitres, vous préférerez peut-être les lire plus tard.
Dans toute la mesure du possible, les chapitres de la deuxième partie ont été agencés selon un ordre permettant de présenter la vie au paradis telle qu’elle nous apparaît lorsqu’on y arrive. Bien que chaque passage ait été conçu de façon à être aisément compréhensible en lui-même, il est parfois nécessaire d’avoir lu les chapitres précédents pour tout saisir; il est donc préférable de les lire dans l’ordre proposé. Il pourrait aussi s’avérer utile de lire maintenant le lexique avant de poursuivre la lecture du livre.
Première partie MATTHIEU
Liens unissant les âmes
Vers la fin de l’après-midi du 17 avril 1980, Matthieu, alors âgé de 17 ans, revenait en voiture à la maison après une longue journée de travail à la ferme de son père, au Panama. Les hommes qui l’ont vu projeté hors de sa jeep après qu’elle eut soudain quitté la route pour s’écraser dans un champ rocailleux affirmèrent qu’aucune raison apparente ne pouvait expliquer cet accident. Il ne conduisait pas trop vite. Il n’y avait aucune autre voiture sur la route, il faisait beau, la visibilité était optimale, la chaussée était en bonne condition. Pourtant, il y eut un accident et mon fils décéda dans les bras des gens venus le secourir.
Presque quatorze ans plus tard…
Suzanne: Matthieu, quelle a été la cause de l’accident?
Matthieu: C’est ce que la famille a finalement conclu, que je me suis tout simplement endormi au volant. À tout le moins, c’est la raison pour laquelle la jeep a quitté la route. Je sais que certains d’entre vous ont pensé que si seulement j’avais écouté la radio, cela m’aurait gardé éveillé. Non, mère, cela n’aurait rien changé. Cela faisait partie du contrat de mon âme. Le temps était venu pour moi de partir, et si je n’avais pas été mortellement blessé lorsque j’ai démoli la jeep, je serais parti d’une autre façon à la même période de ma vie.
Le médecin a dit que tes blessures étaient si importantes que tu n’aurais pu survivre même si tu avais immédiatement reçu des soins médicaux. Mais tous les médiums que je suis allée rencontrer m’ont dit que tu n’avais ressenti aucune douleur, parce que ton esprit avait quitté ton corps juste avant l’accident, dont tu as été témoin d’en haut. Comment ces deux interprétations peuvent-elles être vraies?
Les médiums t’ont dit ce que je leur avais demandé de te transmettre, et n’est-il pas vrai que le fait d’entendre cela t’a réconforté? Tel en était le but. Mais ce n’était pas totalement exact pour moi de dire qu’il n’y a eu aucune douleur, puisque mon corps a bel et bien ressenti l’impact.
Il est vrai que mon âme a été libérée de mon corps avant ce moment, et il n’y a donc pas eu de traumatisme pour l’ensemble de mon être. Si mon âme était demeurée à l’intérieur de mon corps à ce moment-là, ma psyché aurait subi un grave traumatisme avant d’arriver ici. Le fait d’éviter ce genre de traumatisme est une forme de grâce divine. Cela facilite et accélère la guérison et l’adaptation une fois ici, sans qu’un traitement prolongé et complexe ne soit nécessaire pour redonner ses pleines capacités fonctionnelles à une psyché abîmée. Je suis donc arrivé ici dans un bon état psychique.
Puisque ton intention était de me réconforter, pourquoi as-tu attendu neuf mois avant de me contacter – dans le premier rêve que j’ai fait à ton sujet après ta mort. La femme médium avec qui j’ai parlé peu après l’accident m’a révélé que tu n’étais pas prêt à communiquer avec moi. Ses paroles exactes ont été celles-ci: «Il est dans un profond repos et il réévalue sa décision de partir.» Elle m’a affirmé que, lorsque tu serais prêt, tu me donnerais un signe que je ne manquerais pas de reconnaître. J’ai interprété mon rêve comme étant ce signe.
Tu as eu raison de considérer ce rêve comme un signe de ma part, mais ce médium aurait pu tout aussi bien dire que j’étais déprimé. Mère, j’ai dû faire face à des difficultés que je n’avais pas anticipées, et mes tout premiers mois ont été complètement improductifs, car ce fut une période très difficile pour moi sur le plan émotionnel.
Je veux que tu saches que l’adaptation à la vie ici ne doit pas forcément »se passer de cette façon! Comme toutes les autres âmes qui arrivent, on m’a accueilli avec amour et offert toute l’aide et tout le réconfort possibles au cours de ces quelques mois. Mais rien ne pouvait alors soulager mes préoccupations quant à la réaction de ma famille à la suite de mon départ de la vie terrestre. Je ne m’étais pas attendu à avoir des regrets ni à douter de la sagesse de notre entente prénatale selon laquelle vous me laisseriez partir à un si jeune âge. Mais lorsque nous avons conclu cette entente, nous n’avions pas anticipé l’intensité et la durée du chagrin de la famille.
Dans le royaume où je suis, nous ressentons ce que nos âmes bien-aimées éprouvent sur terre. Je n’ai jamais désiré y retourner, mais votre douleur m’a maintenu étroitement lié à vous tous au cours de ces premiers mois. J’en fus tout autant paralysé que vous jusqu’à ce que je puisse accepter pleinement mon départ, conformément à l’entente dont nous avions convenu, et ainsi me dégager du chagrin de la famille.
Je ne sais rien au sujet de ces «ententes avec la famille» dont tu parles, et je suis désolée que nous t’ayons affecté de la sorte. Mais, Matthieu, comment pouvions-nous faire autrement que de ressentir de la peine? Comment t’attendais-tu que nous réagissions au fait de te perdre ainsi?
Chère mère, je ne suis certainement pas en train de critiquer les sentiments que vous avez éprouvés à ce moment-là. Je ne fais qu’expliquer comment les choses se sont passées pour moi au début, ici. Cela n’avait rien à voir avec mes »attentes; c’est simplement que la peine éprouvée par chacun fut beaucoup plus importante qu’aucun d’entre nous ne l’avait anticipée lorsque nous avons conclu cette entente.
Comment une telle entente aurait-elle pu être si incon-cevablement cruelle qu’elle n’aurait pas tenu compte de cela?
Un contrat prénatal n’est jamais »une punition ni un tribut impersonnel à payer. Nous avons tous »convenu de cette entente au niveau de l’âme. Nous avions partagé maintes vies ensemble auparavant et acquis une forte stabilité émotionnelle au fil de ces expériences. Nous nous sommes mutuellement choisis pour former une famille car chacun savait qu’il y trouverait les situations et les conditions nécessaires à son avancement spirituel, but fondamental de la vie sur terre.
Au moment de nos discussions sur le plan de l’âme, nous avons tous ressenti intuitivement que mon départ hâtif serait vécu d’une manière bénéfique qui contribuerait à la mission de vie de chacun. Ce n’est toutefois pas ce qui s’est produit. Le chagrin éprouvé ne fut pas bénéfique.
Comment décrirais-tu un chagrin «bénéfique»?
Cela consiste à laisser notre force spirituelle libérer la personne afin qu’elle puisse entreprendre sa nouvelle vie. Lorsque vous laissez se perpétuer votre tourment consécutif à ce que vous appelez la mort ou la perte de cette personne, son âme est alors liée à vous. Les liens nous rattachant dans la peine sont aussi forts que ceux qui nous unissent dans l’amour, et les uns comme les autres ont de puissants effets sur nous ici. La charge d’énergie négative d’un chagrin prolongé empêche l’âme de poursuivre sa croissance, alors que l’énergie positive de l’amour illumine notre sentier spirituel et accélère cette croissance.
De toute évidence, la proximité physique nous manque! Lorsqu’il y a de l’amour, il n’y a pas moyen d’éviter cette tristesse qui tout naturellement accompagne la séparation. Mais si vous consentez à l’accepter, vous sentirez alors monter en vous une force spirituelle née de l’amour réciproque, au lieu de subir les effets débilitants d’une peine partagée. Et vous saurez que votre chagrin bénéfique aidera également.
Si tes liens avec nous demeurent si forts, Matthieu, comment peux-tu bien avoir une vie normale ou indépendante là où tu es?
Mère, c’est comme lorsque nous aimons des gens durant notre vie terrestre et que nous apprécions en même temps d’autres aspects de l’existence. Lorsque j’ai enfin commencé à passer à autre chose ici, c’était parce que je m’étais libéré du chagrin, et non parce que j’avais cessé de vous aimer! Nos liens d’amour sont plus forts que jamais!
Quant à ma vie ici – une fois que j’eus laissé les choses reprendre leur cours normal – , elle a été merveilleuse »! J’ai de bons amis et il y a certaines âmes que j’affectionne plus particulièrement. Mon travail m’apporte une immense satisfaction. Je pratique des sports que j’aime tout comme auparavant, j’ai de nombreuses activités de loisir, je poursuis des études et je voyage. Et maintenant, je peux entrer en communion avec toi, ainsi que les médiums te l’avaient affirmé. On peut donc dire que la vie que je mène est «normale et indépendante». Ne le crois-tu pas?
Oui, très cher. Ça m’a tout l’air d’être une vie bien remplie, et j’en suis naturellement fort heureuse pour toi. Mais tu nous manques tout de même, Matthieu. Pourquoi a-t-il fallu que ton décès à un si jeune âge fasse partie de l’entente convenue par notre famille? J’arrive difficilement à croire que j’aie pu consentir à cela.
Ce fut pourtant le cas, mère, et seul ce qui est nécessaire à l’expérience de vie de chacun fait partie de l’entente que notre famille a acceptée. Pour le moment, si tu le veux bien, restons-en là.
La famille de Matthieu
Depuis le tout début, la vie de Matthieu fut une célébration de l’esprit d’indépendance. Il me l’a fait savoir dès le premier instant où je l’ai tenu dans mes bras, et j’ai respecté ce besoin tout au long de ses années sur terre. Troisième de mes quatre enfants, il est né lorsque Éric avait quatre ans et Betsy presque trois ans. Mes deux plus vieux étaient tellement heureux ensemble qu’ils ne manifestaient qu’un intérêt occasionnel pour leur petit frère. C’est ainsi que, pendant presque deux ans, Matthieu et moi avons passé le plus clair de notre temps ensemble, en compagnie de notre bon vieil épagneul du nom de Freckles, envers qui il avait la même affection attachante qu’il a eue à l’égard de nos autres chiens par la suite.
Jusqu’au jour où il a commencé à parler, peu avant son deuxième anniversaire et deux mois après la naissance de Michael, Matthieu fut un enfant singulièrement sérieux et observateur. Je lui parlais souvent, mais c’est en silence qu’il m’écoutait. Son père pensait qu’il était attardé, mais je savais qu’il n’en était rien. Lorsque je lui disais qu’il fallait traiter tous les animaux avec gentillesse et faire de même les uns à l’égard des autres, ou que nous pouvions voir Dieu en toutes choses autour de nous, il donnait l’impression de boire mes paroles comme si sa vie même dépendait de sa capacité à répéter tout ce que je venais de lui dire. Lorsque je lui parlais de sujets peu sérieux sur un ton enjoué, un sourire désarmant se dessinait sur son visage et ses yeux gris étincelaient, comme s’il gardait un précieux secret. Lorsqu’il commença réellement à parler, je ne fus nullement étonnée de l’entendre s’exprimer sans détours avec des phrases complètes, et bientôt il se mit à donner son opinion, parfois avec une maturité et une sagesse stupéfiantes, sur n’importe quel sujet à quiconque voulait l’écouter.
Quand il eut trois ans, nous quittâmes Miami pour aller vivre au Panama. Ce déménagement, rendu nécessaire pour des motifs financiers, permit au père des enfants de revenir dans son pays natal et nous mit en contact avec une famille élargie et prévenante, de même qu’avec un environnement multiculturel qui influença nos choix ultérieurs. Dans ce nouveau cadre de vie, Matthieu s’épanouit dans son mélange bilingue d’activités trépidantes, d’introspection et d’imagination. Un jour, son professeur de première année me téléphona, fort contrarié du fait que son jeune élève transformait en fleurs les chiffres sur ses feuilles d’examen. Avec le temps, ces petites enjolivures devinrent des tableaux surréalistes, des vaisseaux spatiaux et des êtres aux formes étranges, esquissés dans des cahiers à dessin et disséminés à travers ses notes, dans ses carnets scolaires.
Jusqu’à sa toute dernière heure sur terre, Matthieu profita pleinement de chaque instant de la vie. Éric et lui ne cessaient de découvrir ou d’inventer de nouvelles aventures. Ils apprenaient des manœuvres difficiles sur leur planche à roulettes, leur planche de surf et leur motocross, et ils jouaient au baseball, au tennis et au foot. Leur plus jeune frère, Michael, n’était certes pas leur égal dans tous ces sports, mais, mieux que cela, il était le troisième garçon des Ward. Le jour où ils eurent atteint l’adolescence, ce trio était devenu un atout indispensable dans toute soirée, des alliés dignes de confiance et de formidables compétiteurs.
En outre, à cette époque, les enfants avaient déjà dû voyager à plusieurs reprises entre la maison de leur père, au Panama, et l’un des nombreux endroits des États-Unis où j’ai habité. Le divorce avait mis un terme à la famille et à la stabilité géographique de leur vie. Deux ans après la séparation, le même mois où Matthieu avait eu dix ans, j’avais quitté le Panama avec les enfants pour aller vivre en Virginie, près de la ville de Washington, ce qui avait été le premier de plusieurs déménagements liés à mon emploi.
Les enfants se virent forcés de se dépêcher de grandir. Éric obtint bientôt son permis de conduire en raison d’une situation familiale précaire, Betsy se donna le rôle d’adjointe maternelle et de conseillère auprès de ses frères, Matthieu devint notre expert en comparaison de prix au supermarché ainsi qu’un cuisinier innovateur, et Michael dressa les menus et les listes d’épicerie. Tous prenaient grand soin de notre domicile, peu importe où il se trouvait. Ils participaient chaque fois avec enthousiasme au réaménagement et à la décoration, et donnaient, peut-être avec un peu moins d’empressement, un coup de main pour les travaux ménagers. En ce qui concerne leur sentiment d’appartenance, ils devinrent, puisqu’ils étaient nés à Miami, de fervents adeptes de l’équipe de baseball des Dolphins.
Malgré l’absence de leur père, les enfants et moi formions une famille stable et unie. Néanmoins, ces années de constante migration nous mirent tous à rude épreuve et je finis par me retrouver seule. Éric alla vivre au Panama et occupa bientôt un emploi tout en terminant ses études universitaires. L’année suivante, Betsy s’inscrivit au Collège technique de Virginie. Pour éviter d’avoir à subir plus de dérangements en raison de mes déménagements, Matthieu et Michael allèrent dans un internat en Floride, près de chez ma mère et d’autres membres de ma famille, et ils retournèrent ensuite eux aussi au Panama pour y terminer leurs études secondaires.
Le fait de pouvoir me représenter les enfants dans leur cadre de vie durant ces moments de séparation fut essentiel à mon sentiment maternel. J’avais déjà vécu aux endroits où chacun d’eux se trouvait, ou alors je les avais visités et j’étais donc familière avec leur environnement et leur entourage. Je pouvais les imaginer en train d’étudier et de fréquenter des amis; de faire du surf, du vélo ou de bavarder; de travailler dans leurs différents emplois; ou encore assis à la table de la cuisine chez leur père ou leur belle-mère. Quelle que fût la distance qui me séparait d’eux, j’étais toujours, grâce à la myriade d’images mentales que j’en avais, une spectatrice virtuelle de leurs activités quotidiennes, ou j’avais à tout le moins l’impression d’y participer en esprit. Inextricablement entrelacée de liens d’amour, cette perspective me donnait le sentiment d’être proche d’eux au cours des nombreuses périodes où nous étions séparés.
Le 16 avril 1980, Matthieu se trouvait au Panama. Il avait obtenu son diplôme à la fin du semestre précédent et travaillait à la ferme de fines herbes de son père, en attendant de revenir vivre avec moi à Philadelphie où j’étais allée habiter moins de quatre mois auparavant. La plupart des lettres qu’il m’écrivait étaient des comptes rendus enthousiastes sur les responsabilités que son père lui avait confiées et qui avaient retardé son départ de plusieurs semaines. J’appris par la suite que Betsy et lui avaient projeté de me faire une visite surprise à l’occasion du week-end de la fête des Mères, mais, le soir où il me téléphona pour me souhaiter tardivement un bon anniversaire, je le grondai d’avoir oublié sa pauvre vieille mère.
Il me dit alors: «Je pense à toi chaque jour et, tous les jours, je t’aime. Je t’aimerai toujours, maman, ne l’oublie jamais.»
Le lendemain soir, son père me téléphona pour me dire que notre fils venait de mourir.
Composer avec notre perte
Durant les heures précédant le départ de mon avion, je n’arrivais pas à assimiler la nouvelle de la mort de Matthieu. Son départ soudain me paraissait irréel et les images familières que j’avais de lui lorsque nous étions séparés ne correspondaient plus à la réalité. Il m’était tout simplement inconcevable de ne plus avoir aucun »cadre de référence pour lui! Je me disais: «Matthieu est auprès de Dieu», mais ça ne me réconfortait pas. Je n’étais pas prête à ce que cela arrive à mon fils! Matthieu et mon monde seraient anéantis si je l’acceptais! J’avais besoin de me sentir toujours reliée à lui comme auparavant, grâce à toutes ces images que je portais en moi. Mais elles s’étaient mutées en un kaléidoscope tourbillonnant et je n’arrivais plus à le voir clairement dans mon esprit.
Lorsque nous nous rencontrâmes, Betsy et moi, à Miami pour voyager ensemble jusqu’au Panama, elle me confia: «Tu as perdu un fils, mais moi, j’ai perdu un fils et un frère.» Ses années d’adjointe maternelle étaient gravées si profondément dans son cœur et dans son esprit que je pouvais croire facilement sinon ressentir sa double perte. La peine de ma fille, qui avait dû, si tôt, devenir une femme, m’attristait profondément et pourtant je ne pouvais rien faire pour combler ce vide soudain dans sa vie, pas plus que je ne le peux aujourd’hui.
Cette nuit-là, alors que toute la famille regardait les photos de classe récentes de Matthieu qu’un cousin avait rapportées de chez le photographe, nous avons tous remarqué que ses yeux avaient un air mystique, comme s’il voyait quelque chose au-delà de ce que nous savions. Betsy était la seule à savoir qu’il avait souhaité être incinéré à sa mort. Il le lui avait dit l’été précédent, après lui avoir parlé du livre La vie après la vie », qu’il venait tout juste de lire. Elle se souvenait qu’il avait dit alors: «Ce qui nous attend après la vie sur terre doit être la plus extraordinaire aventure qui soit!» Pouvait-il déjà se douter que sa propre aventure allait débuter à peine sept mois plus tard?
Éric nous avoua qu’il avait tout d’abord refusé de croire à la mort de Matthieu. Au lieu de se rendre à la morgue comme on le lui demandait dans le message qu’il avait reçu, il conduisit durant plus d’une heure jusqu’à cet endroit isolé, dans la campagne, où il aperçut la jeep, bien en vue dans le champ rocailleux. Il courut jusqu’au véhicule cabossé et se mit à le frapper à coups de pied comme un possédé, raconta-t-il, jusqu’à ce qu’il soit enfin contraint de reconnaître l’impensable. En ces instants, mon plus vieux ne donnait plus l’impression d’être l’homme d’affaires entreprenant qu’il était en voie de devenir, mais un petit garçon au cœur brisé, impuissant à changer ce qu’il ne pouvait accepter.
Je me trouvais avec Michael dans la chambre qu’il partageait auparavant avec Matthieu. Alors qu’il avait vu les réactions de sa famille, allant de l’hystérie aux larmes discrètes, Michael était resté muré dans le silence. Je pensai que lui parler de Matthieu l’aiderait à s’ouvrir et je lui rappelai donc ce qu’ils avaient partagé dans cette chambre, ainsi que les nombreuses conversations qu’ils avaient certainement dû avoir ensemble. Michael lança alors: «C’est moi qui aurais dû mourir au lieu de Matthieu! Comme ça, tout le monde ne serait pas dans un tel état.» Que pouvait-il y avoir de plus pénible pour moi que d’entendre mon plus jeune enfant me dire qu’il pensait que sa vie n’était pas aussi importante à nos yeux que celle de Matthieu? «Michael, mon chéri, ne sais-tu pas que si tu étais mort, ce serait Matthieu et moi qui serions ici en train de parler de toi, de te regretter, et de ressentir exactement la même chose que toi et moi nous ressentons maintenant?»
Je pouvais voir la douleur de mes enfants et j’en étais profondément peinée, mais une partie de mon esprit me protégeait toujours de la réalité de la mort de Matthieu, comme si j’étais la seule à savoir que son absence n’était que temporaire. Même le lendemain matin, alors que j’étais debout près de son corps, à la morgue, j’éprouvai un étrange sentiment de soulagement: mon Matthieu n’était pas dans ce corps. Plus tard, alors que certains d’entre nous répétions des cantiques et la chanson des Carpenters, Bless the Beasts and the Children », en vue de la messe commémorative du lendemain, Éric entra dans la maison et s’écria: «Mais comment pouvez-vous chanter pendant qu’on est en train de l’incinérer!» Même si tout cela n’était pas réel pour moi non plus, je tenais pourtant à ce qu’il y ait de la bonne musique au service funèbre de Matthieu. Tandis que j’aidais le reste de la famille à disposer dans l’église de nombreuses plantes et des arbrisseaux en fleurs, je me réjouissais de tous ces dons offerts pour mon garçon, qui en aurait pris soin tout comme il le faisait pour nos fleurs à la maison et, si récemment encore, pour les semis de fines herbes à la ferme de son père.
Ces diverses distorsions de ma psyché, qui adoucirent mes premiers jours, se poursuivirent jusqu’à la nuit qui suivit le service funèbre. Alors que tous les autres dormaient, je réalisai brusquement que Matthieu était parti à tout jamais ». Le choc fut si brutal que je me précipitai sur le balcon pour ne pas déranger personne et me mis à sangloter si profondément que mon corps s’affaiblit et mon esprit s’éclaircit. En moins d’une demi-heure, j’étais passée de l’illusion profonde à l’angoisse la plus complète et ensuite à une acceptation singulièrement paisible. Puis, à ma grande surprise, je sentis que j’avais faim. Alors seulement, je réalisai que je n’avais rien mangé depuis mon arrivée au Panama trois jours auparavant.
Je pris un plat de mets froids et j’allai m’asseoir dans la salle à manger, face à la rangée de lumières ceinturant la baie, où des bateaux attendaient leur tour pour s’engager dans le canal. Tout en observant ce panorama, ainsi que les lumières de la ville, je pensai aux jours heureux vécus avec Matthieu. Dans ce joli condo dont mon ex-mari était propriétaire avec sa nouvelle épouse et où Matthieu avait récemment séjourné, une sérénité inhabituelle m’habitait.
Alors que je souriais en me rappelant le jour où mon fils intrépide avait escaladé une cascade dans la forêt tropicale, je vis soudain apparaître dans la grande porte ouverte du balcon une image translucide de la tête de Matthieu. Ses yeux gris pétillants, son petit sourire espiègle et le teint hâlé de sa peau étaient bien les siens. Rien ne saurait se comparer à la joie indicible qui monta alors en moi. Je sentis l’amour émanant de l’image de Matthieu pénétrer en moi, ainsi que les effluves de mon amour affluer jusqu’à lui. Notre cercle d’amour sans bornes dura peut-être une minute avant que la vision, dont l’apparition avait été si subite, ne se dissipe peu à peu, comme si elle hésitait à partir. Quand elle eut complètement disparu, le lien d’amour demeura aussi fort qu’il l’avait été tout au long de cette réunion spirituelle pleine de magie et de joie.
* * *
La vie de notre famille reprit son cours sans Matthieu. Si nous sommes retournés à nos occupations habituelles, quelque chose en nous avait néanmoins changé. Ou peut-être nous sommes-nous alors engagés, sans nous en rendre compte, sur un sentier complètement différent. Comment savoir à quel point nos vies ont été transformées depuis que Matthieu n’y participe plus?
J’ignore comment je me serais adaptée à sa mort au fil des ans si j’étais demeurée ensuite au Panama, un pays pour lequel j’éprouve toujours beaucoup d’affection, entourée par la famille et les amis. Je ne me serais peut-être pas sentie mieux là que n’importe où ailleurs, puisque les faits sont les faits. Plus jamais ne pourrai-je étreindre mon fils ni rire avec lui. Il ne m’a jamais été donné de le voir devenir un homme, un mari, un père.
Je suis donc revenue vivre dans une ville pleine d’étrangers, à occuper un emploi où j’étais censée me comporter avec sérieux, prendre de judicieuses décisions, et faire en sorte que mon personnel et mes collègues se sentent à l’aise en ma présence. Et, sinistre coïncidence pour l’administration du collège où Matthieu avait étudié, trois autres parents y avaient également perdu un enfant. Le fils du président, un adolescent du même âge que Matthieu, était décédé dans un accident de voiture. Une femme qui était tombée enceinte pour la première fois, après avoir essayé durant vingt ans d’avoir un bébé, avait eu une fille mort-née, tandis qu’une autre femme pleurait la mort subite de sa fille de 33 ans, elle-même une mère, qui avait pourtant semblé se rétablir très bien d’une chirurgie simple.
Nous n’avons eu qu’une fois l’occasion de parler ensemble de nos pertes respectives. La mère du bébé mort-né m’a raconté que la plupart des gens lui avaient dit que c’était une bénédiction si sa fille n’avait même pas survécu quelques minutes, parce qu’elle ne pouvait regretter ce qu’elle n’avait jamais connu. Elle m’a confié que personne ne pouvait s’imaginer la peine que lui avait causé la perte de son enfant, qui avait plus d’importance à ses yeux que tout au monde. Elle m’avoua: «J’aurais bien aimé l’avoir eue avec moi pendant dix-sept ans, comme vous avez eu votre garçon.»
Après avoir parlé, le président et moi, des similarités entre les vies et les morts de nos fils respectifs, il prit ma main et nous avons pleuré ensemble pendant un moment, puis il est sorti en silence de mon bureau.
La grand-mère m’a raconté que ça n’avait été ni plus facile ni plus difficile pour elle parce qu’elle avait eu sa fille deux fois plus longtemps que j’avais eu mon fils. Elle était profondément peinée de la confusion de sa petite-fille ainsi que de la souffrance de son gendre et elle soutenait qu’il était contre nature que des enfants meurent avant leurs parents. «Pourquoi Dieu laisse-t-il de telles choses se produire?» me demanda-t-elle.
Aucun de ces trois parents ne tenta par la suite de reprendre contact avec moi, pas plus que moi avec eux, pour partager un moment d’empathie. Peut-être ont-ils appris, tout comme moi, que le deuil est un douloureux voyage de nature intensément personnelle.
Un cousin particulièrement cher à Betsy et à moi-même devait venir passer le week-end de la fête des Mères avec nous, mais il mourut d’une crise cardiaque quelques jours avant et nous nous sommes retrouvées, ma fille et moi, à Cleveland afin d’assister à des funérailles familiales pour une seconde fois en moins de trois semaines. Nous y avons toutefois pleuré pour Matthieu et non pour Richard, car il n’y avait plus de place dans notre cœur pour un autre chagrin.
Ma vie brisée était fortifiée par le travail. J’avais la chance d’avoir un personnel composé de jeunes gens sensibles qui étaient également de bons écrivains et de méticuleux réviseurs de textes. Lors de notre première réunion après mon retour, une personne rapporta un incident survenu durant mon absence en disant qu’elle en était «morte de rire». Il s’ensuivit un silence que je rompis aussitôt en leur assurant que l’expression était tout à fait naturelle et qu’elle n’était absolument pas blessante. Et c’était vrai, car je ne l’avais nullement associée à Matthieu. Par contre, j’associais le souvenir de mon fils aux panneaux publicitaires de Pepsi, aux visages souriants, aux compagnies aériennes et aux stations de radio de musique pop, et c’était durant mes trajets d’une demi-heure pour aller au collège et en revenir que je me permettais de pleurer.
Les soirs de semaine, je restais à mon bureau jusqu’à vingt-deux heures, souvent plus tard, et, les week-ends, je rapportais chez moi une serviette remplie de manuscrits à lire et à corriger, de rapports à compléter et de correspondance à laquelle je devais répondre. Tout cela constituait une béquille fiable lorsque j’étais seule, exigeant de moi un niveau de concentration suffisamment intense pour masquer mes émotions, et je ne m’interrompais que lorsque je tombais de sommeil. Mes premières semaines se passèrent ainsi à travailler machinalement, avec seulement de courts et rares instants où je permettais à l’accablante Vérité de me submerger.
À deux reprises, alors que l’angoisse était devenue insupportable, je fis des appels au milieu de la nuit, non pas à des membres de la famille ou à de proches amis, mais à d’improbables interlocuteurs. Le premier me dit, après que je me fus identifiée, que rien ne pouvait être si important que ça n’aurait pu attendre jusqu’au matin. L’autre, une connaissance récente dont la fille était morte l’année précédente, se déclara indifférente au fait que je pouvais maintenant compatir à sa peine. Un ami qui connaissait bien Matthieu téléphona et, après avoir appris la triste nouvelle, lança: «Je ne veux pas entendre cela. Ça ne peut pas s’être produit!»
En juin, Michael, l’air émacié et grave, avec sa jambe dans le plâtre, vint avec son père à l’occasion de la remise du diplôme universitaire de Betsy, et, tel que prévu, il m’accompagna ensuite jusqu’à Philadelphie pour l’été. Il passa une bonne partie de son temps au collège, remplissant des enveloppes en attendant de pouvoir commencer à effectuer le travail d’entretien paysager pour lequel il avait été embauché, ignorant tout du fait que son salaire était déduit du mien. Il nous arrivait d’accepter des invitations de gens qui voulaient se montrer prévenants, mais qui n’avaient pas la moindre idée à quel point il m’était pénible d’essayer de paraître joviale. Michael semblait plus à l’aise que moi dans ces occasions, et il aimait son travail et les compliments de ceux qui disaient que la vaste cour n’avait jamais été aussi bien entretenue.
Betsy interrompit ses travaux scolaires durant la semaine où ma belle-sœur était avec moi pendant que son fils adolescent subissait une chirurgie orthopédique. En le voyant étendu immobile, encore sous l’effet de l’anesthésie, sur ces draps d’un blanc immaculé, je revis l’image de Matthieu à la morgue, tandis que je m’efforçais de calmer l’anxiété de Marlène au sujet du résultat de cette opération compliquée. Quand mon propriétaire m’expulsa parce qu’il y avait plus de gens dans l’appartement que le nombre maximum de locataires stipulé dans le bail, le juge rejeta la cause et lui dit qu’il était sans-cœur, mais j’annonçai que j’allais déménager de toute façon, dès que possible.
Ainsi, à maints égards, ma vie publique avait apparemment repris son cours normal, mais, en réalité, j’étais sérieusement perturbée. Comme je ne pouvais défaire ce qui était arrivé à Matthieu, je croyais que la seule façon de me sentir à nouveau vivante, c’était d’aller le rejoindre, et je priai pour que cela arrive. Cette prière m’apporta un espoir, ou peut-être seulement la motivation de faire quelque chose d’autre que de me rouler en boule jusqu’à ce que je puisse retrouver mon fils. Si je travaillais dur, ma prière serait exaucée. Si je ne faisais pas tout mon possible en ce sens, alors je ne serais pas digne d’être avec Matthieu. Il ne me vint jamais à l’esprit que le fait de travailler consciencieusement durant de longues heures n’avait rien de nouveau pour moi. C’était le pilier central de l’éthique de travail que mon père avait observée toute sa vie et qui avait également été la mienne depuis mon tout premier emploi. Je lui avais simplement rattaché une nouvelle récompense.
Ce n’était pas le seul exemple de mes troubles psychiques, mais puisque ce subterfuge mental me permettait de fonctionner plus ou moins normalement, il fut probablement mon plus grand allié. S’il existe un moyen de composer avec la mort d’un enfant tout en faisant preuve d’un jugement solide, je ne l’ai jamais découvert, et j’ai pris certaines décisions majeures irréfléchies qui ont entraîné une série de problèmes et de souffrances pour les quelques années qui suivirent. Par exemple, même si je savais que le financement du journal dont j’étais la rédactrice en chef avait toutes les chances d’être transféré à des programmes d’éducation médicale et que je perdrais alors mon emploi, j’achetai néanmoins une maison plutôt que d’avoir encore affaire à un propriétaire. Les conséquences de mon impétuosité ne me paraissaient tout simplement pas réelles.
Ce qui était bien réel toutefois, c’était le silence de la nuit obscure lorsqu’une conversation imaginaire avec Matthieu nourrissait notre relation mère-fils:
Chéri, où se trouve le paradis au juste? Bien sûr, c’est là que tu es, n’est-ce pas, même si tu avais l’habitude de dire que tu préférais mener ta vie à un train d’enfer!
Possèdes-tu un véritable corps ou bien flottes-tu simplement tel un être invisible, faisant Dieu seul sait quoi? Matthieu, es-tu un ange maintenant?
Je suppose que tu dois être heureux, cher enfant. Je veux que tu le sois! Le ciel n’est-il pas un lieu où règne la joie?
J’espère qu’il y a là des fleurs pour toi. Elles te manqueraient s’il n’y en avait aucune. Mais il doit forcément y en avoir, puisque le paradis est censé être un endroit magnifique et je ne vois pas comment il pourrait l’être sans fleurs.
As-tu vu grand-papa? Qui d’autre s’y trouve? Combien d’âmes y a-t-il là en tout? As-tu découvert comment se décide qui va au ciel et qui n’y va pas?
Hé! comme tu as tellement d’expérience pour mener tout le monde par le bout du nez, tu pourrais sans doute être l’assistant de saint Pierre ou de quiconque est le patron là-haut. Peut-être l’es-tu déjà!
Qui s’occupe des bébés qui meurent? Te rappelles-tu la fois où tu as demandé à tenir le nouveau-né de Sandy? Tu le fis avec une telle assurance que tu nous as tous surpris. C’est tellement injuste que tu n’aies jamais eu la chance d’avoir ta propre famille. Peut-être qu’ainsi moins de gens t’auraient regretté pendant le reste de leur vie.
Au paradis, les couleurs sont-elles semblables à celles de la terre, comme le bleu de notre ciel et le vert de nos collines, le rouge de nos couchers de soleil et le rose ou le jaune des fleurs de nos buissons? Ou bien tout est-il blanc? Y a-t-il quelque chose qui nous soit familier, comme les paysages ou les animaux, ou bien ne pouvons-nous y reconnaître que les gens?
Communiquez-vous les uns avec les autres ou bien seul le silence règne-t-il, un peu comme dans un songe? Ne me dis pas que tu peux écouter là-haut l’affreuse musique que tu aimais ici! Y trouve-t-on ma musique préférée? Sinon, je n’irai pas. Oh! bien sûr que j’irai, mais j’espère que tu parleras à Pierre ou à quiconque est responsable, afin de voir ce que tu peux faire pour t’assurer qu’il y ait des symphonies avant que j’y vienne.
Comment Dieu parvient-il à suivre tous nos faits et gestes? Et que fait-Il au juste? T’arrive-t-il parfois de Lui parler? Lui arrive-t-il jamais de te parler? Peut-il vraiment entendre les prières de tout le monde?
Est-il vrai que nos âmes vivent éternellement? Qu’est-ce que la «vie éternelle», au fait? La seule chose que le mot «éternel» veut dire pour moi, c’est que tu me manques éternellement!
Mon ange, peux-tu nous voir? Nous entends-tu? Est-ce que nous te manquons? L’amour est-il la même chose là-haut qu’il l’est ici?
Auras-tu toujours 17 ans? La réincarnation existe-t-elle réellement? Si elle existe et que tu reviens ici, comment le saurai-je? Comment pourrai-je jamais te revoir? Matthieu, tu ferais mieux de rester là où tu es maintenant jusqu’à ce que j’y aille à mon tour!
Cher Dieu, faites que je puisse être avec Matthieu!
Le financement du journal se termina en novembre et nous avons alors mis la touche finale au dernier numéro. Je refusai le poste de directrice du petit tabloïd qui le remplaça. Je me trouvais ainsi à perdre ma structure émotionnelle de travail, et ma vie se résuma désormais à une recherche d’emploi, à une hypothèque à payer et à ma prière.
Peu avant Noël, je rêvai à Matthieu pour la première fois depuis son décès. Je me vis debout d’un côté d’une rue et j’aperçus Matthieu et Michael s’approchant de l’autre côté. J’étais au comble de la joie! Alors que je courais dans leur direction, je m’aperçus que le corps de Michael était solide et normal, mais que celui de Matthieu était translucide. Je le serrai dans mes bras en disant: «Matthieu, tu es VIVANT!» »Il répondit: «Mère, bien sûr que je le suis!» »Quand je m’éveillai, j’éprouvai un mélange de bonheur et de tristesse, ainsi que le sentiment très net qu’il me fallait retourner dans l’État de Washington.
C’est ce que je fis dès que je le pus, après être revenue en Floride, où Éric, Betsy, Michael et moi avons passé la période des fêtes avec ma mère. Grâce à une rapide succession de coïncidences improbables, dont une grosse tempête de neige ayant interrompu tous les transports, une amie et moi avons rencontré Fred, le premier médium à avoir été «visité» par Matthieu. Au cours du mois suivant, grâce à d’autres coïncidences, j’ai appris l’existence de deux autres médiums, Olga, au Maryland, et Laura, au New Jersey, qui, tout comme Fred, ne demandèrent que le nom de mon fils avant de dire que son esprit avait quitté son corps juste avant l’accident, dont il avait été témoin d’en haut sans ressentir la moindre douleur. Elles l’ont décrit correctement: son âge, sa taille, la couleur de ses yeux et de ses cheveux, et même son sourire engageant. C’était vraiment Matthieu qu’elles voyaient!
Selon ces trois médiums qui ont parlé pour lui et à qui je n’avais fourni que son nom, Matthieu Ward, parce qu’ils ne m’avaient demandé aucune autre information, il était très proche de sa famille et il voulait que nous cessions de pleurer sa mort, parce que cela ne nous aidait aucunement. Il était troublé parce que son père se sentait coupable alors qu’il n’avait aucune raison de l’être, et il voulait que je lui transmette ce message. Peu avant sa mort, il avait lu un livre qui l’avait aidé à se préparer à ce qui s’était produit. Il voulait que nous sachions qu’il avait maintenant une vie merveilleuse et bien remplie. Par l’entremise de ces intermédiaires, il donna de ses nouvelles ainsi que des commentaires précis qui démontrèrent sans l’ombre d’un doute qu’il était parfaitement au courant de mes activités et de mes sentiments. Et tous les médiums me dirent que, lorsque le moment serait venu, Matthieu et moi pourrions communiquer directement ensemble. Son absence était toujours un tourment intolérable, mais je commençais au moins à avoir une idée de ce que mon garçon faisait!
Peut-être vous demandez-vous si je ne me berçais pas d’illusions, ayant exagéré des généralités et des suppositions heureuses jusqu’à en faire de vagues certitudes qui m’ont amenée à imaginer la nouvelle vie de mon fils. Vous en jugerez par vous-même, mais, auparavant, je tiens à préciser que l’objet de ce livre n’est pas de raconter ce que j’ai entendu au sujet »de Matthieu il y a de nombreuses années, mais plutôt de partager avec vous ce que j’ai entendu directement »de lui depuis quelques années. J’ai inclus ici certains messages reçus par l’entremise de ces médiums parce qu’ils ont constitué un lien important entre ma vie et celle de Matthieu.
Premièrement, les sceptiques pourraient conclure que j’ai inventé de toutes pièces mes longues conversations avec Matthieu, qu’un deuil inhabituellement prolongé s’est peut-être résolu par la création d’un contact imaginaire que j’ai cru réel. Les messages de ces médiums prouvent que la communication télépathique n’est pas le fruit d’une imagination trop fertile. Deuxièmement, ces messages révèlent les liens intimes et durables entre nous qui vivons ici sur terre et les êtres bien-aimés qui nous ont quittés. Mes expériences personnelles en fournissent des exemples profondément significatifs.
* * *
Lorsque je me trouvais avec un cousin près du corps de Matthieu à la morgue, je ressentais une étrange paix et j’avais la certitude que Matthieu n’était pas là. J’étais triste parce que je ne pouvais, malgré tout, poser le geste que j’avais espéré, soit tenir mon fils dans mes bras une dernière fois. Je l’ai simplement regardé et je n’ai pas senti que je devais le toucher. J’entendais un dialogue intérieur. Une voix m’exhortait à le faire, en disant: «Allez, vas-y, prends-le dans tes bras! C’est pour cela que tu es venue ici, pour le tenir une fois de plus contre toi. Tu es sa mère… Comment peux-tu ne pas vouloir le prendre dans tes bras?» L’autre voix cherchait à m’en dissuader, en disant: «C’est différent de ce que tu avais imaginé. C’est bien son corps, mais ce n’est pas Matthieu. Il n’en a plus besoin et ce n’est donc pas grave si tu ne le tiens pas dans tes bras.» J’ai bien tendu la main pour le toucher, mais une puissante force l’a repoussée. Je suis repartie calmement, l’esprit en paix, et j’ai dit aux membres de la famille qui attendaient: «Ça va, ce n’est pas Matthieu.»
Matthieu a raconté à Fred en détail ce qui s’était passé à la morgue. Il lui a décrit la pièce et dit qu’il m’avait observé d’un endroit près du plafond. Il a précisé que l’énergie de son âme avait repoussé ma main avant que je ne touche son corps froid. Il m’entourait d’énergie d’amour afin de me protéger du traumatisme que pouvait provoquer la vue de son corps.
* * *
Alors que Betsy et moi faisions le ménage de la chambre de Matthieu et examinions ses travaux scolaires rangés dans son bureau, nous avons trouvé un rapport de lecture qu’il avait écrit. C’était un bon document et il avait été noté en conséquence, mais un doute subsistait dans notre esprit quant à savoir si Matthieu l’avait lui-même rédigé en entier. Il était intelligent et un écrivain accompli, mais certaines tournures de phrases inhabituelles ne semblaient pas être de lui. Nous avons donc conclu que quelqu’un avait dû l’aider, probablement une fille dont il s’était entiché. J’ai conservé ses cahiers scolaires et ce rapport.
Fred m’a raconté que Matthieu était contrarié parce que j’avais douté qu’il fût bien l’auteur d’un certain travail scolaire. Il voulait que je regarde dans un cahier où je trouverais la preuve qu’il avait écrit lui-même ce rapport et il voulait que sa sœur le sache également. Fred me dit que, quel que fût l’écrit auquel Matthieu faisait allusion, il semblait vraiment indigné que sa sœur et moi ayons pu croire qu’il n’en était pas l’auteur.
Quand je suis revenue à la maison, j’ai cherché parmi ses cahiers scolaires et trouvé le brouillon de son rapport sur le livre Sybil. Les phrases qui avaient suscité des doutes chez Betsy et moi y figuraient. Je lus également son rapport final et, cette fois, je remarquai quelque chose que nous n’avions pas vu la première fois: le court paragraphe contenant les tournures de phrases qui, selon nous, ne pouvaient être de Matthieu était mis entre guillemets comme il se doit et attribué à l’auteur du livre.
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Matthieu confia à Fred que j’aimais la musique classique et qu’il prenait des leçons de piano afin de pouvoir développer le même goût que moi pour cette musique. Il ajouta que le fait d’apprendre cela répondrait à l’une de mes «grandes questions».
Je me demandais depuis un moment déjà pourquoi je ne pouvais entendre mes symphonies favorites sans penser à Matthieu avec encore plus d’intensité que d’habitude. Je me passionnais depuis longtemps pour cette musique, mais je ne pouvais comprendre pourquoi j’avais commencé à l’associer à Matthieu, qui ne savait même pas la tolérer.
Quelques semaines plus tard, Laura me dit que Matthieu jouait du piano et qu’il voulait que je sache qu’il persistait toujours dans cette voie. Elle ajouta qu’il avait besoin de s’exercer encore beaucoup.
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Fred m’informa que Matthieu étudiait la médecine. Il la qualifiait de «médecine théorique» parce qu’il venait tout juste de commencer et qu’il n’appliquait pas encore ce qu’il avait appris. Sans que j’aie rien mentionné de cela à Olga ni à Laura, les deux me dirent que Matthieu progressait bien dans ses études médicales. Un an plus tard, lorsque je rencontrai le médium qui allait devenir mon lien avec Matthieu pendant plusieurs années – et, encore une fois, sans que je lui aie fourni la moindre information – , il me fit part des progrès de mon fils dans ses études avancées en médecine et en psychologie ainsi que de ses promotions dans son travail d’aide aux âmes en transition.
Après l’établissement de la connexion entre Matthieu et moi, il m’a fait un compte rendu détaillé de son travail.
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Quand je suis allée au New Jersey, où vivait Laura, son mari m’accueillit et rangea le blouson de ski vert que je portais, puis m’indiqua comment me rendre à la pièce où elle m’attendait. Tandis que nous prenions le thé après la lecture médiumnique, Laura me confia que Matthieu avait insisté pour qu’elle me dise de cesser de porter ce blouson vert et de commencer à porter mon nouveau manteau blanc, qui était rangé dans la penderie, et elle me demanda si je comprenais de quoi il s’agissait.
J’avais acheté ce manteau de laine blanche peu de temps avant la mort de Matthieu et je n’avais eu aucune occasion de le porter au cours des quelques semaines ayant précédé mon départ précipité pour le Panama. Tout au long des mois froids, j’avais porté cet anorak simplement pour me tenir au chaud, et, quand l’hiver suivant fut arrivé, je l’avais porté parce que c’était le sien. En dépit de ce message, je n’ai tout simplement pu mettre le manteau blanc ni renoncer à son anorak, que j’ai continué à porter jusqu’à la fin du printemps.
* * *
Ces révélations étaient infiniment encourageantes parce que, même sans images exactes pouvant m’indiquer où Matthieu se trouvait, je me sentais davantage connectée avec lui. Cependant, la preuve la plus éloquente de l’indissolubilité de nos liens fut confirmée lors de ma rencontre avec le premier médium. Matthieu a alors dit que, lorsque j’étais dans sa chambre, j’avais vu dans son cahier scolaire quelque chose qui m’avait fait comprendre qu’il savait que son temps sur la terre se terminerait bientôt. Il me confirma que ce que j’avais alors pensé était exact, qu’il savait effectivement qu’il n’en avait plus pour longtemps en ce monde, et que je l’avais réalisé parce que son âme et la mienne étaient parvenues à se faire entendre de ma conscience.
Juste avant sa messe commémorative, j’avais feuilleté un de ses cahiers que je n’avais pas vu auparavant. Je n’avais pu rien assimiler de ce qu’il avait écrit, mais j’avais besoin de cette proximité avec lui. Soudain, j’étais tombée sur une page où l’on pouvait lire en grosses lettres carrées: «JE N’APPARTIENS À PERSONNE.» J’avais murmuré: «Matthieu, tu le savais, n’est-ce pas?» , et j’avais entendu: «Oui, maman, je le savais.»
En communion avec Matthieu
Durant les années qui se sont écoulées entre la mort de Matthieu et notre premier contact, je n’avais cessé de penser à ce que les médiums avaient dit: «lorsque le moment sera venu» », lui et moi allions pouvoir communiquer directement ensemble. Malgré cette apparente certitude, je ne pouvais m’empêcher d’avoir des doutes.
Pourquoi serais-je capable de faire quelque chose d’aussi «divin», ainsi que je le percevais, que de parler avec mon fils au ciel? Rien ne me distingue des autres, que ce soit mes croyances, mon intelligence ou ma formation en un quelconque domaine considéré comme pertinent à la pensée et aux pratiques du Nouvel Âge. Bien qu’on m’ait dit que chacun possède la faculté de communication télépathique – puisqu’il s’agit d’un droit que nous acquérons en naissant et qu’il est inhérent à chaque âme – , je ne m’y sentais nullement préparée et peut-être même étais-je indigne de ce que je considérais toujours comme un don rare. Je n’avais jamais eu de prémonitions, de rêves prophétiques ou d’impressions de déjà-vu. Quand le téléphone sonnait, je ne savais jamais à l’avance qui appelait. Même le coup de fil de Matthieu, le soir précédant sa mort, ne m’avait rien laissé présager au-delà de ses paroles, et il n’y avait donc rien qui pût justifier à mes yeux de croire qu’un jour nous pourrions entrer en contact de mon vivant.
J’en possédais toutefois l’ espoir »et le désir ». Et je m’imaginais que si nous y parvenions, je pourrais parfois lui demander de me décrire la vie qu’il menait, et que je recevrais alors de courtes réponses semblables aux commentaires qu’il transmettait aux médiums.
Presque quatorze années s’étaient écoulées et, lorsque je déménageai loin de San Diego, je me retrouvai bien éloignée de celle qui avait constitué mon seul lien avec Matthieu de 1982 à 1990. Après cela et jusqu’au jour où sa santé défaillante ne le lui permit plus, je lui téléphonais de temps à autre pour avoir des nouvelles récentes de mon fils. Finalement, j’en vins à demander à Dieu de m’indiquer précisément comment procéder pour communiquer avec Matthieu, et c’est peut-être ce qui explique la façon dont notre contact s’est établi. Une nuit, je fus éveillée par une bande de téléscripteur illuminée qui défilait dans mon esprit: «Mère, c’est Matthieu. Oui, c’est réellement Matthieu.» Je pensai que ce devait être une création née de mon désir ardent d’établir le contact avec lui et je me demandai s’il s’agissait vraiment là de son premier message.
Le lendemain, alors que mon esprit flottait dans une sérénité tranquille, je réentendis le même message. Je ne pus m’empêcher de penser «Suis-je en train de me parler à moi-même, de me faire croire que c’est Matthieu?» , même si j’avais la nette impression qu’il se passait quelque chose d’inhabituel.
Quelqu’un me suggéra d’essayer l’écriture automatique et m’expliqua ce procédé fort simple. Stylo et bloc-notes jaune en mains, je me concentrai sur une lettre que j’écrivais à Matthieu. Je n’entendis rien et aucune force invisible ne fit bouger mon stylo. Le lendemain, je m’efforçai de ne pas céder au découragement lorsque, à nouveau, rien d’extraordinaire ne se produisit. Ma troisième tentative suscita des pensées clairement exprimées qui, je le sentais bien, n’étaient pas les miennes. Elles paraissaient être parallèles aux miennes, comme s’il y eût deux entités distinctes ayant en même temps des idées différentes. À l’instant même où je me disais que ça pouvait enfin être Matthieu, réellement, j’entendis: «Je t’en prie, écoute ce que je veux te dire.» Poussée par l’excitation, je commençai à écrire ce que j’entendais, sans plus attendre que le stylo bouge de lui-même. Matthieu me dit qu’il attendait depuis longtemps de pouvoir communiquer avec moi, que mes années de stress avaient empêché une circulation harmonieuse de mes énergies, ce qui était essentiel à notre connexion, mais que maintenant nous le pouvions.
C’est ainsi que débutèrent nos contacts directs. Rapidement, nos conversations se prolongèrent et prirent une tournure de plus en plus stupéfiante. Au bout de quelques jours, je remplaçai le stylo par un ordinateur. Chaque matin, pendant environ une heure, Matthieu et moi avions une «séance» – c’est ainsi que j’appelle nos conver­sations – durant laquelle il me parlait de sa vie et du paradis. Je pouvais à nouveau me représenter mon fils dans son environnement, si distant fût-il du mien!
Malgré ma jubilation, je continuais à me demander si, par un quelconque phénomène, ce n’était pas mon esprit qui formulait sa contribution à nos conversations, jusqu’à ce que je prenne en considération les nombreuses différences qu’il y avait entre mes pensées et ce qu’il me disait. Les informations reçues entraient dans ma tête près du sommet, alors que mes propres réflexions semblaient émaner d’un point situé plus bas. Matthieu s’exprimait à un rythme de conversation normal, tout comme les autres sources qui se manifestèrent par la suite. Il ne lui arrivait pas d’hésiter, comme lorsqu’on cherche un mot précis ou comment exprimer le plus clairement possible une pensée. Cela ne ressemble pas du tout au mécanisme de ma propre pensée, qui fonctionne souvent au moyen de quelques mots clefs ou par la sensation d’une approbation spontanée pour l’ensemble d’une idée. En outre, contrairement au débit égal et ininterrompu de Matthieu, il m’arrive de parler d’une voix hésitante alors que je détermine quels mots seront les plus précis ou les plus pertinents.
Certains des mots le plus souvent employés par Matthieu me sont familiers, mais je ne les utilise jamais, et parfois ses termes étaient entièrement nouveaux pour moi. Mais la preuve la plus convaincante que je n’inventais pas de toutes pièces ces transmissions apparut lorsque des informations totalement étrangères à mon imagination et à ma compréhension commencèrent à arriver. Je sus alors que leur source se trouvait à des années-lumière de ma tête.
Je fus stupéfaite d’apprendre que je communiquais non seulement avec mon Matthieu, mais aussi avec son âme cumulative »– son Moi unique, entier, maintenant et pour toujours. Ainsi, Matthieu est une partie inséparable d’un être beaucoup plus vaste, qui est plus évolué sur le plan spirituel et possède davantage de connaissances que lors de chacune de ses vies individuelles. Afin de m’assurer de bien comprendre cette révélation stupéfiante, je lui demandai de me décrire en termes simples la relation entre son identité terrestre et son âme cumulative, et il m’offrit l’explication suivante:
Je devais m’imaginer que toute la création était tel un océan, que son âme cumulative était telle une tasse d’eau de l’océan et que son âme sous l’identité de Matthieu était telle une goutte d’eau que j’avais prise dans la tasse. La goutte était maintenant sa propre entité distincte, séparée des autres gouttes qui, réunies, formaient la tasse entière, et séparée aussi de l’océan d’où provenaient toutes les gouttes. Tant la simple goutte que le contenu de la tasse étaient composés des mêmes éléments que l’océan et, pour un temps, ils avaient une vie indépendante de leur origine et l’une de l’autre, mais ils finiraient tôt ou tard par retourner à l’océan. Peut-être la goutte s’évaporerait-elle, comme d’innombrables gouttes avant elle, et s’élèverait-elle pour contribuer à la formation d’un nuage qui libérerait ensuite sa vapeur sous forme de pluie, qui tomberait dans l’océan. Peut-être la tasse se renverserait-elle, laissant ainsi toutes ses gouttes se mêler au sable que la marée montante recouvrirait bientôt. Encore et toujours, le même cycle se répète sans fin: la goutte individuelle, la tasse pleine de gouttes, l’océan qui leur a donné naissance et qui, un jour, les reprendrait en son sein. Pourtant, jamais l’identité individuelle de la goutte, y compris tout ce qu’elle a vécu, ni le contenu de la tasse ne sont-ils perdus. Cette interconnexion éternelle et indestructible souligne l’unicité et la valeur de chaque minuscule goutte (chaque âme) et de chaque tasse (chaque âme cumulative) faisant partie de l’océan (représentant toute la création).
Matthieu expliqua que cette interconnexion est une réalité pour l’âme de chaque personne, non seulement quand nous arrivons dans son monde, mais aussi de manière constante, immuable et éternelle, puisque nous sommes inséparables de toutes les autres âmes et de notre Créateur. Sur le plan de l’âme, nous le savons; toutefois, nous en sommes inconscients pour la plupart pendant que nous vivons sur terre.
Étant donné que Matthieu est la plus récente expression de son âme cumulative en relation avec moi, il est la personnalité prédominante dans notre communion d’esprits. Il fait référence à la vie qu’il a vécue dans le rôle de mon fils comme étant son personnage »de Matthieu. Il me fut difficile, au début, de penser à deux Matthieu, mon fils et l’âme plus vaste dont il faisait partie, mais, avec le temps, cette association insolite devint parfaitement naturelle. J’appelle «Matthieu» ces deux aspects de lui, et les deux m’appellent «mère». Et c’est, bien sûr, le cas, puisque c’est uniquement »avec Matthieu que je communique, que ce soit son personnage ou son âme cumulative qui s’exprime.
Cette dualité, ainsi que je la percevais, avait pour conséquence que, lorsque je reprenais contact avec lui après une absence prolongée, il avait acquis entre-temps tellement de nouvelles connaissances qu’il me donnait parfois l’impression d’être un étranger, en raison de tous les progrès qu’il avait accomplis et dont je n’avais pas été témoin. À d’autres moments, il était le jeune homme dont je me souviens si bien, mais que je n’avais connu qu’en partie, parce qu’une mère ne peut jamais connaître parfaitement la pensée et le cœur de son enfant, même celui qui n’a jamais quitté le foyer familial.
Au début, seul le personnage était apparent, puisque les sujets abordés ne concernaient que Matthieu et, naturellement, cet aspect de son âme cumulative était donc prédominant. Je pouvais alors aisément imaginer mon fils adolescent en train de me parler avec l’enthousiasme qui nous était coutumier. Néanmoins, dans notre communication tout comme dans chaque autre facette de sa vie d’esprit, il faisait appel à l’expérience et au savoir accumulés au cours de ses multiples vies antérieures et formant l’essence totale de son âme cumulative. En outre, comme l’information transmise prenait une tournure de plus en plus complexe, le genre de présentation qu’il en faisait se transforma en un style savant et didactique.
Qui plus est, il arrive souvent qu’au cours d’une même conversation les styles changent au gré des sujets abordés. Matthieu m’a aussi expliqué que mon intérêt et ma réaction à ce que j’entends s’expriment sous forme de vibrations énergétiques. Quand je me sens proche de lui en esprit, ma vibration évoque son personnage, et lorsque mon intérêt à l’égard de l’information communiquée est de nature plus académique que personnelle, cette vibration suscite alors plutôt l’intervention de son âme cumulative.
Quand le personnage prédomine, la voix de Matthieu est expressive et son langage est animé et décousu, parfois même irrévérencieux. Son exubérance, ses expressions favorites et son sens de l’humour que j’aimais tant ajoutent de la saveur à ses commentaires. Hormis le fait qu’il parle beaucoup plus que moi – il apporte de longues réponses à mes questions – , nous avons des conversations tout à fait naturelles, avec toute l’affection et tout le plaisir que retire normalement une mère d’un entretien avec son fils sur terre.
L’âme cumulative s’exprime d’une voix assurée et ferme, et son discours limpide se compare à celui d’un professeur donnant un cours. Alors que le personnage de Matthieu exprime son idée, puis fait une pause pour me laisser intervenir à mon tour, et, sans me le demander, réagit à mes questions ou à mes réactions mentales à ses propos, son âme cumulative poursuit jusqu’à ce que le discours soit terminé ou que ma vibration change.
Au cours des toutes premières séances, où c’était essentiellement l’âme cumulative qui parlait, j’éprouvai davantage de stupéfaction qu’un sentiment d’intimité tandis que je prenais note des transmissions. On aurait dit qu’il ne s’agissait pas vraiment de mon Matthieu et j’avais l’impression de me retrouver à l’école en train de prendre des notes durant un cours magistral. Cela m’agaçait, mais je ne l’ai jamais mentionné. Un matin, il (son âme cumulative) me dit:
Je sais que tu te fais du souci à propos de tes sentiments envers moi, qui sont parfois d’une nature moins personnelle qu’ils ne l’étaient auparavant. Cela n’a pas lieu d’être, mère. Cette impression superposée apporte la distance émotionnelle nécessaire te permettant d’accorder le respect dû aux paroles provenant d’une source plus élevée que ton fils terrestre de 17 ans.
J’étais soulagée d’entendre cela, mais nullement surprise qu’il connaisse mon malaise. J’avais rapidement compris qu’il avait conscience de la plupart de mes pensées et de mes sentiments. Bien qu’il m’ait donné l’assurance que l’intimité de mes pensées, de mes sentiments et de mes actions était préservée lorsque je le souhaitais, je m’aperçus qu’il n’existait aucune place dans mon esprit ni dans mon cœur qu’il ne pouvait toucher lorsque je m’ouvrais télépathiquement à lui lors de nos séances ou quand je pensais fortement à lui.

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