L or, un placement d avenir - 2e édition augmentée
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Description


Depuis le 1er janvier 2016, en vertu d'une directive européenne, une banque au bord de la faillite est autorisée à ponctionner les comptes de ses clients : c'est ce qui s'est passé à Chypre en 2013. Alors que les rendements des placements financiers sont en chute libre et que le système bancaire européen montre à nouveau des signes de faiblesse, l'or revient sur le devant de la scène comme moyen de protéger son capital.



Ce guide pratique fait le point sur l'or comme produit d'épargne : il explique pourquoi il a servi de monnaie depuis les premières civilisations, quels sont les ressorts économiques de son cours, il revient sur la période récente et trace les perspectives. Très concret, il détaille comment acheter de l'or, comment le gérer, quelles en sont la fiscalité et la réglementation.




"On doit choisir soit de faire confiance à la stabilité naturelle de l'or, soit de faire confiance à la stabilité naturelle de l'honnêteté et de l'intelligence des membres du gouvernement. Avec tout le respect que je dois à ces dignes personnages, je vous conseille fortement de voter pour l'or."

Bernard Shaw





  • Une histoire ancienne


  • Pourquoi l'or est "la" monnaie de référence


  • Histoire récente et perspectives


  • La catastrophe des taux négatifs


  • Le risque de ponction des comptes bancaires et de l'épargne


  • Le retour de l'or ?


  • Comment acheter de l'or ?


  • Comment gérer son or ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 janvier 2017
Nombre de lectures 5
EAN13 9782212045901
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0550€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Depuis le 1 er janvier 2016, en vertu d’une directive européenne, une banque au bord de la faillite est autorisée à ponctionner les comptes de ses clients : c’est ce qui s’est passé à Chypre en 2013. Alors que les rendements des placements financiers sont en chute libre et que le système bancaire européen montre à nouveau des signes de faiblesse, l’or revient sur le devant de la scène comme moyen de protéger son capital.
Ce guide pratique fait le point sur l’or comme produit d’épargne : il explique pourquoi il a servi de monnaie depuis les premières civilisations, quels sont les ressorts économiques de son cours, il revient sur la période récente et trace les perspectives. Très concret, il détaille comment acheter de l’or, comment le gérer, quelles en sont la fiscalité et la réglementation.
« On doit choisir soit de faire confiance à la stabilité naturelle de l’or, soit de faire confiance à la stabilité naturelle de l’honnêteté et de l’intelligence des membres du gouvernement. Avec tout le respect que je dois à ces dignes personnages, je vous conseille fortement de voter pour l’or. »
Bernard Shaw


Philippe Herlin est économiste, chroniqueur et docteur en économie du Conservatoire national des arts et métiers. Il a publié aux Éditions Eyrolles Repenser l’économie (2012), France, la faillite ? (2010, 2012) et Apple, Bitcoin, Paypal, Google : la fin des banques ? (2015).
www.philippeherlin.com
Philippe HERLIN
L’or, un placement d’avenir
Deuxième édition
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 PARIS Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l’autorisation de l’Éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2012, 2017 ISBN : 978-2-212-56661-1
Sommaire

I NTRODUCTION
C HAPITRE I U NE HISTOIRE ANCIENNE
De – 3000 à – 600
De – 600 à 476
De 476 au XIII e siècle
Du XIII e siècle au début du XIX e siècle
Du début du XIX e siècle à 1914
De 1914 à 1945
De 1945 à 1971
La fin d’un monde
C HAPITRE II P OURQUOI L ’ OR EST « LA » MONNAIE DE RÉFÉRENCE
Des caractéristiques physiques exceptionnelles
L’évolution de l’offre et de la demande
La clé : le rapport stock/flux
Les monnaies papier et la création monétaire
Les idées fausses sur l’or
C HAPITRE III H ISTOIRE RÉCENTE ET PERSPECTIVES
L’évolution du cours de l’or depuis 1971
Une chute du cours de l’or peut-elle se produire de nouveau ?
Le cours de l’or est-il l’objet de manipulations ?
Pourquoi les États n’aiment pas l’or
Quelles perspectives ?
C HAPITRE IV L A CATASTROPHE DES TAUX NÉGATIFS
La généralisation des taux négatifs
Pourquoi des taux négatifs ?
La nature du taux d’intérêt
Une vraie bizarrerie économique
Un échec économique
La cause de la prochaine crise ?
Les États, les grands gagnants
Les banques centrales, en plein aveuglement
Les banques, coincées par les taux faibles
L’épargnant, le grand perdant
C HAPITRE V L E RISQUE DE PONCTION DES COMPTES BANCAIRES ET DE L ’ ÉPARGNE
Le point de départ : la crise chypriote de mars 2013
La ponction des comptes, l’idée fait son chemin
Décembre 2013 : la directive européenne BRRD est signée
La garantie des dépôts de moins de 100 000 euros est un mythe
20 août 2015 : la directive BRRD devient légale en France
Un mouvement général, à l’échelle mondiale
Qui est concerné ?
La directive BRRD n’est même pas efficace : le cas de l’Italie
L’inquiétante fragilité des banques françaises et européennes
L’assurance-vie n’y échappe pas !
La prochaine crise financière se réglera sur le dos des épargnants
C HAPITRE VI L E RETOUR DE L ’ OR ?
Un nouveau rôle monétaire ?
Y penser toujours, n’en parler jamais : la Chine
Un début de prise de conscience des Japonais ?
Le réveil de la demande d’or physique des particuliers
La France à la traîne
C HAPITRE VII C OMMENT ACHETER DE L ’ OR ?
L’achat d’or
La réglementation de l’or
La fiscalité de l’or
Sous quelle forme acheter de l’or ?
Où acheter de l’or ?
La vente de bijoux
C HAPITRE VIII C OMMENT GÉRER SON OR ?
Quelle part de son patrimoine placer en or ?
Une gestion active, mais plus risquée
Pour les entreprises également
L’or est-il trop cher ?
Existe-t-il un risque de pénurie ou d’interdiction de l’or ?
C ONCLUSION
Introduction
L’or a été la monnaie de référence pendant des siècles, mais, aujourd’hui, on ne l’utilise plus pour cette fonction. Est-il redevenu une simple matière première parmi d’autres ? L’or a même disparu des manuels d’économie, est-ce justifié ?
Pourtant, l’or revient dans l’actualité, ne serait-ce que par la formidable progression de son cours depuis 2001. Comment interpréter ce retour ?
Ses caractéristiques physiques exceptionnelles le prédestinaient à devenir une monnaie, mais cela ne suffit pas à expliquer sa longévité, nous en étudierons les ressorts économiques.
L’or revient petit à petit sur le devant de la scène, mais ne comptez pas sur les banques et l’État pour en faire la promotion, nous verrons pourquoi. En revanche, l’épargnant, lui, doit sérieusement s’intéresser à un placement qui prendra, dans les années à venir, de plus en plus d’importance.
Deux faits nouveaux plaident en outre en faveur de l’or : les taux négatifs, véritable « cancer » de la monnaie, ainsi que les risques de confiscation des comptes bancaires et de blocage de l’assurance-vie, désormais parfaitement légaux...
Chapitre I
Une histoire ancienne
L’or est connu depuis les premières civilisations, sous la forme de bijoux, parures, objets sacrés ou décoratifs. Mais son rôle monétaire remonte également à cette époque. Dans l’Égypte ancienne et en Mésopotamie, il est en effet déjà utilisé comme monnaie. Ensuite, la marche du temps confirmera cette fonction cruciale : à travers les soubresauts de l’histoire, sous toutes les latitudes, dans les immenses empires comme dans les villes-États, en temps de guerre comme en temps de paix, l’or demeurera une monnaie universellement reconnue, la monnaie de référence. Sous forme de pièces de monnaie, ou comme étalon (les billets émis valent tant de grammes d’or, échangeables à la banque centrale), l’or a accompagné toute l’histoire des hommes et des grandes civilisations.
Et puis tout s’arrête net en 1971. Le lien entre les monnaies et l’or est brisé, pour la première fois depuis les premières civilisations. Quasiment personne ne proteste à l’époque, aucun pays ou économiste ne s’y oppose. L’or a peut-être fait son temps, après tout ? On pouvait le penser en 1971, mais plus du tout dans les années qui ont suivi.
Nous n’en avons pas suffisamment conscience, mais nous vivons dans cet après , après l’or comme monnaie de référence. Depuis 1971, nous vivons une gigantesque expérience, à l’échelle de la planète, celle de monnaies qui flottent au gré des marchés, sans référence à l’or. Celle d’États et de banques centrales qui ne dépendent plus d’une quantité d’or pour émettre de la monnaie. Est-ce que ça marche ? De nombreuses crises financières se sont produites depuis 1971, et récemment, à la crise des subprimes , qui éclate en 2007-2008, s’ajoute celle des dettes publiques depuis 2010. Y aurait-il un rapport ? Nous verrons, mais commençons d’abord par revenir à cet « âge de l’or », à défaut d’avoir toujours été un « âge d’or ».
D E – 3000 À – 600
L’or comme monnaie est utilisé depuis les premières civilisations. On lit habituellement que les premières monnaies en or datent de – 600, « seulement », pourrait-on dire. Mais il s’agit là des premières pièces de monnaie frappées par l’autorité politique locale. En réalité, dès l’Égypte antique, l’or est utilisé comme moyen de paiement, mais il s’agit en fait d’un poids, d’une unité de compte : le deben (91 grammes). D’une valeur unitaire élevée, cet or ne servait qu’aux transactions importantes, mais, déjà, les Égyptiens connaissaient tous les usages du métal précieux, à côté des bijoux et des masques funéraires, tel celui de Toutankhamon. On parle ici d’une histoire qui commence en – 3000, et l’autre grande civilisation de cette époque, Sumer, en Mésopotamie, a également utilisé l’or comme moyen de paiement.
D E – 600 À 476
Les premières monnaies en or furent frappées par les rois lydiens au VII e siècle avant J.-C. La Lydie était la partie orientale de la Grèce antique (l’ouest de l’actuelle Turquie) et avait la chance d’être traversée par un petit fleuve charriant des paillettes d’or en quantité, le Pactole (d’où l’expression « toucher le pactole »). C’est le dernier roi de Lydie qui fabriqua de grandes quantité de pièces d’or et en diffusa l’usage dans toute la Grèce : Crésus (–596-–547). D’où l’expression « riche comme Crésus » : en effet, il fut celui qui inventa la monnaie, l ’ argent . La suite naturelle est l’accumulation de cet or, et Crésus devint l’homme le plus riche de son temps. Toutes ses richesses ne l’empêchèrent cependant pas de tomber face à l’Empire perse dirigé par Cyrus II (Cyrus le Grand), après lui avoir imprudemment déclaré la guerre. Folie des grandeurs ? Première illusion de puissance due à la richesse ? Sans doute, l’argent ne fait pas tout.
Dans l’ensemble du monde antique, de la Grèce jusqu’à la chute de l’Empire romain en 476 de notre ère, les monnaies d’or (l’aureus et le solidus pour Rome) ainsi que d’argent et de bronze circulèrent par millions et irriguaient tous les échanges économiques.
Le fait que la monnaie soit basée sur des métaux précieux n’empêchait cependant pas l’inflation ou les crises monétaires. Lorsqu’il fallait faire face à des dépenses militaires importantes, les empereurs n’hésitaient pas à recourir à deux moyens très courants pour garder par-devers eux les métaux précieux nécessaires pour payer les armes et la solde des soldats : la diminution du poids des pièces émises et la baisse de la proportion d’or (ou d’argent) dans celles-ci. L’aureus fait de 8,16 grammes d’or pur lors de son lancement sous Jules César ( I er siècle avant J.-C.), en contient 5,4 grammes au début du III e siècle, et plus tout à fait d’or pur, avant d’être remplacé par le solidus. Autre exemple, sous Septime Sévère ( II e siècle), le denier passe de 70 % à 50 % d’argent. La dévaluation et l’inflation étaient choses courantes dans le monde antique !
On voit comment le passage du poids à la monnaie permet à l’État de manipuler celle-ci. Avec le deben égyptien, de 91 grammes d’or, aucun contournement n’est possible, le poids étant une donnée objective. À partir du moment où l’État frappe officiellement une monnaie avec un certain pourcentage de métal précieux et lui donne un nom, elle acquiert une existence autonome. Et si Rome doit vous verser tant de deniers pour une commande d’armures, mais qu’entre-temps la proportion d’argent passe de 70 à 50 %, vous êtes perdant ! Les artisans qui vous vendent le cuir augmenteront leurs prix pour compenser cette perte de valeur intrinsèque, et l’État se finance ainsi à bon compte... Il s’agit d’une constante qu’il faut toujours garder à l’esprit : une monnaie est toujours plus ou moins manipulée par l’État qui l’émet.
D E 476 AU XIII E SIÈCLE
Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476 et l’épuisement des mines d’or, une part croissante du commerce se fait avec des monnaies d’or étrangères à l’Europe comme le besant de l’Empire byzantin ou le dinar de l’Empire arabe. Mais il faut noter que ces monnaies ne faisaient que reprendre le solidus romain (poids, taille et teneur en or identiques) ! La monnaie romaine circulera ainsi à travers l’Europe sous diverses formes : comme monnaie étrangère, comme monnaie frappée dans des ateliers européens et portant le nom de l’autorité locale, ou même sous son vrai nom. Sa vie durera ainsi 1 300 ans, jusqu’au XIII e siècle, toujours avec un poids et une pureté d’or inchangés. Notre adjectif « solide » vient de la monnaie romaine, du latin solidus (dont est également issu le « sou » français), et le solidus romain le fut en effet ! On peut d’ailleurs en déduire que l’absence d’États forts durant le haut Moyen Âge empêcha toute mainmise sur la monnaie, et que la nécessaire confiance mutuelle entre commerçants amena chacun à considérer qu’il valait mieux se référer à une unité de compte incontestable et permanente. Ce solidus romain n’étant la propriété de personne en particulier, celui qui se serait avisé d’en manipuler le poids ou le pourcentage en or se serait mis immédiatement hors jeu. Voici en tout cas l’unité monétaire la plus longue de l’histoire.
D U XIII E SIÈCLE AU DÉBUT DU XIX E SIÈCLE
L’expansion économique qui s’amorce au XIII e siècle en Occident amène un accroissement des échanges, et de nouvelles monnaies en or apparaissent, au premier rang desquelles le ducat de la République de Venise (1284), puis le florin de Florence ou, plus tard, le doublon espagnol après la conquête des Amériques et de son or. Le ducat et le florin deviennent les monnaies européennes les plus courantes pour les cinq siècles suivants.
Si les premières opérations bancaires remontent à l’Antiquité (à Ur, en Mésopotamie, le Temple joue le rôle de banque et les prêtres acceptent les dépôts d’argent et font des prêts au souverain et aux marchands), la banque s’affirme vraiment en Europe à partir du XIII e siècle. Et qui dit banque dit dépôts et crédits, qui s’expriment par des contrats, c’est-à-dire, concrètement, des bouts de papier qui obligent certes, mais intrinsèquement ne valent rien. C’est pratique bien sûr, plutôt que de déplacer l’or, ce qui est coûteux et risqué, une simple lettre de crédit voyage. Voici l’outil idéal pour accompagner l’expansion du commerce, et permettre aux détenteurs d’argent de toucher des intérêts. Mais, dans ce système, la confiance se révèle fondamentale : si les déposants se ruent pour retirer leurs avoirs, la banque fait faillite, idem si plusieurs emprunteurs deviennent insolvables. Avec les premières banques apparaissent les faillites bancaires et se pose la question, qui demeure aujourd’hui, de ce que vaut vraiment un morceau de papier délivré par une banque...
D U DÉBUT DU XIX E SIÈCLE À 1914
La révolution industrielle provoque une formidable croissance économique et un développement sans précédent des échanges internationaux. Bien sûr, le paiement en pièces d’or ou d’argent physiquement transportées ne suffit plus et les monnaies papier (créées par les banques) circulent de plus en plus. Celles-ci sont échangeables sans condition contre un poids précis d’or, c’est ce qu’on appelle l’étalon-or, qui se met progressivement en place en Europe au début du XIX e siècle. Ce système durera jusqu’à la Première Guerre mondiale.

La durée de la fixation des monnaies à l’étalon-or
Franc français
1814-1914
100 ans
Florin néerlandais
1816-1914
98 ans
Livre sterling
1821-1914
93 ans
Franc suisse
1850-1936
86 ans
Franc belge
1832-1914
82 ans
Couronne suédoise
1873-1931
58 ans
Mark allemand
1875-1914
39 ans
Lire
1883-1914
31 ans
Source : Pick’s Currency Yearbook 1977-1979.
Il circule alors une multitude de monnaies privées émises par les banques, dont la banque centrale, toutes indexées sur l’or (comme si, aujourd’hui, il existait des billets de banque BNP, Crédit Agricole, etc.). Mais l’étalon-or au sens strict s’entend comme un système où seule la monnaie émise par la banque centrale du pays a le droit de circuler, et est rattachée à l’or par une parité fixe. Ce système se met en place dans toute l’Europe dans les années 1870, avec l’Allemagne (1871), l’Union latine (Belgique, Italie, Suisse, France) en 1873 (avec les « napoléons », que l’on achète encore aujourd’hui), la Scandinavie et les Pays-Bas en 1875, etc. On parle alors de l’étalon-or universel, l’or comme monnaie commune du continent européen (on n’a rien inventé avec l’euro !).
D E 1914 À 1945
On comprend aussi le risque sous-jacent de cet étalon-or strict : l’État peut suspendre soudainement la convertibilité en or, ou en changer la parité. Dans un système avec plusieurs monnaies de banques privées, si la banque centrale diminue la quantité d’or à laquelle donne droit sa monnaie, vous l’abandonnez pour utiliser celles des banques X ou Y. Mais si vous ne pouvez utiliser que la monnaie officielle, vous êtes coincé. Et cela se produit lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale : les belligérants suspendent la convertibilité de leurs monnaies en or et font tourner la planche à billets pour financer leurs gigantesques dépenses militaires, chacun pensant ensuite mettre la main sur l’or du vaincu pour « se refaire ». Le traité de Versailles (1919) impose de très lourdes réparations payables en or physique à l’Allemagne, et on connaît la suite, avec un système monétaire à la dérive, l’hyperinflation en 1923 qui provoque une crise économique et ruine les épargnants.
Durant l’entre-deux-guerres, les pays européens essaient de remettre en place l’étalon-or, mais la conférence de Gênes en 1922 aboutit à un retour partiel, chaque nation pourra ainsi au choix : restaurer la convertibilité de sa monnaie en or si ses stocks d’or sont suffisants ; prendre la livre ou le dollar comme monnaie de réserve substitutive.
Ce système hybride porte un grave déséquilibre en germe : le Royaume-Uni et les États-Unis ont littéralement une monnaie qui « vaut de l’or », et ils peuvent l’imprimer à volonté sur leurs rotatives ! Si les États-Unis ont un déficit commercial avec la France, ce n’est pas de l’or qui traverse l’Atlantique mais des dollars imprimés par la Fed (la Federal Reserve, la banque centrale américaine). C’est tellement facile que Washington ne va pas se soucier de son déficit commercial, ni de son déficit budgétaire, puisque, désormais, de nombreux pays à travers le monde (ceux qui n’ont pas suffisamment d’or) ont besoin de dollars comme monnaie de réserve !
Cependant, ces accords de Gênes ne fonctionnent pas longtemps. Le Royaume-Uni revient à l’étalon-or en 1925, mais à la parité d’avant-guerre (bien trop élevée), ce qui provoque une récession. Et, surtout, la crise de 1929 provoque un tel choc sur les économies que les parités sont suspendues. Le protectionnisme et le contrôle des changes deviennent alors la norme, l’étalon-or n’a plus de raison d’être, et la conférence de Londres en 1933 acte la mort du système monétaire international.
D E 1945 À 1971
Il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour rebâtir un système monétaire international, avec les accords de Bretton Woods, signés le 22 juillet 1944. Mais ceux-ci reprennent le même principe que les accords de Gênes, à savoir que le dollar, et lui seul désormais, est « monnaie de réserve », convertible en or (à 35 dollars l’once). Il s’agit en réalité d’un « étalon de change or » ( Gold Exchange Standard ) où toutes les monnaies sont reliées au dollar par une parité fixe mais ajustable, seul le dollar étant relié à l’or au prix de 35 dollars l’once (une once pèse 31,1 grammes).
Les États-Unis peuvent ainsi financer leur déficit commercial et leur déficit budgétaire en imprimant des dollars. Au cours des années 1960, leurs échanges extérieurs se dégradent, ainsi que les déséquilibres budgétaires (dépenses de la guerre du Vietnam et du programme spatial), la masse des dollars en circulation dans le monde augmente rapidement et le taux de 35 dollars l’once d’or semble de plus en plus artificiel. L’Allemagne et la France demandent de plus en plus à changer leurs dollars en or, ce qui aboutirait à entamer les réserves en or des États-Unis... Face à cette situation intenable, le président américain Richard Nixon décide unilatéralement, le 15 août 1971, de suspendre la convertibilité du dollar en or. Depuis cette date, les monnaies flottent « librement », déconnectées de l’or. Les accords de la Jamaïque de 1976 entérinent la fin du système de Bretton Woods et du rôle de l’or comme étalon. Rideau.
L A FIN D ’ UN MONDE
L’histoire de l’or comme monnaie, commencée avec les premières civilisations, s’achève ainsi de façon assez navrante, sans concertation, un jour férié au cœur de l’été 1971. Aucun pays ne proteste, la quasi-totalité des économistes considèrent que l’or a fait son temps et n’est plus adapté au monde moderne. On sent même un soulagement, c’en est fini de cette contrainte « tant de monnaie égale tant d’or » !
Lorsqu’on se retourne sur cette histoire multimillénaire, on en déduit que si l’or a duré aussi longtemps, cela démontre ses éminentes qualités pour commercer et thésauriser. Cependant, il faut aussi faire la part des choses, on se rend compte également que les dysfonctionnements étaient permanents, notamment lorsque l’État était fort et contrôlait étroitement la monnaie. Les empereurs romains rognaient la teneur en or ou en argent des monnaies pour financer leur effort de guerre. Plus tard, le système bancaire, même gagé sur des métaux précieux, suscite des crises de confiance et des krachs. L’étalon-or, au XIX e et au début du XX e siècle, marque une période de stabilité et d’équilibre, mais il se fracasse sur la Première Guerre mondiale, et il n’arrive pas à se reformer durant les années 1920. Le système de Bretton Woods mettait l’or et le dollar au même niveau, il y en avait un de trop ! La devise de la première puissance mondiale éjectera finalement l’antique monnaie, considérant que l’on pouvait se passer d’elle. L’or allait-il devenir une simple matière première parmi d’autres ? Pas du tout, mais cela est une autre histoire.
Chapitre II
Pourquoi l’or est « la » monnaie de référence
Pourquoi l’or a-t-il été la monnaie de référence durant plusieurs millénaires, et pourquoi garde-t-il de nos jours une place centrale comme actif de thésaurisation ? Tentons de répondre à cette question en conjuguant plusieurs approches.
D ES CARACTÉRISTIQUES PHYSIQUES EXCEPTIONNELLES
L’or réunit des qualités exceptionnelles qui le destinent à en faire une monnaie d’échange et de thésaurisation. Il est : rare : suffisamment pour être recherché, mais pas excessivement au point d’être en quantité trop limitée ; malléable : facile à fondre et à frapper ; inaltérable : il ne se dégrade pas avec le temps (il ne rouille pas, ne s’oxyde pas, résiste à la plupart des produits chimiques) ; portable : une somme importante prend une place limitée (contrairement à l’argent, par exemple) ; facile à reconnaître : son éclat et sa densité exceptionnelle (19,3, soit autant de fois plus lourd que l’eau) favorisent son identification à coup sûr.
Signalons cette étonnante hypothèse scientifique : la concentration en or dans la croûte terrestre s’avère bien trop élevée par rapport à ce qu’elle devrait être compte tenu de la nature géologique de la Terre. L’explication la plus plausible à la présence de l’or (et d’autres métaux rares) serait le bombardement de météorites il y a quatre milliards d’années, une fois que la surface de la Terre s’était solidifiée. En effet, lorsque la Terre était à l’état de magma en fusion, les métaux ont migré vers le centre, pour former le noyau. D’après des études qui modélisent ce phénomène, nous devrions donc trouver beaucoup moins d’or qu’en réalité, la seule explication étant un apport externe plus tardif par les météorites, qui sont proportionnellement beaucoup plus riches en métaux que l’écorce terrestre 1 . L’or nous serait donc littéralement tombé du ciel !
Cependant, ces qualités n’expliquent pas à elles seules le succès historique de l’or ainsi que ses performances depuis 1971. Il est nécessaire de comprendre la nature et l’évolution de l’offre et de la demande.
L’ ÉVOLUTION DE L ’ OFFRE ET DE LA DEMANDE
Pour comprendre les évolutions du prix d’un bien, quel qu’il soit, il faut s’interroger sur l’offre et la demande. Nous verrons que, pour l’or, cette analyse fournit un éclairage, mais qu’il n’est pas suffisant.
L’offre et la demande se situent aux environs de 4 000 tonnes d’or par an, voici les chiffres de l’année 2015.

Offre et demande d’or annuelles en 2015
Offre
Tonnes
%
Demande
Tonnes
%
Production des mines
2 783,9
66
Joaillerie
2 396,9
56,8
Or recyclé
1 392,1
34
Industrie
332,9
7,8
Investissement
921,5
21,9
Banques centrales
566,7
13,5
Total
4 218,0
100
Total
4 218,0
100
Source : World Gold Council, 2016.
La production minière d’or
La principale source d’or est bien sûr l’extraction minière, c’est le seul apport « réel », le recyclage n’étant que la remise sur le marché d’or existant.
Les mines d’or remontent à l’Antiquité, mais la production globale reste faible durant cette époque. Il faut attendre la seconde moitié du XIX e siècle pour que les volumes augmentent, grâce à la mécanisation et à l’invention des explosifs (la dynamite, inventée par Alfred Nobel en 1866) qui permettent alors de creuser plus profondément et de traiter de plus grandes quantités de minerai.

Production minière d’or dans le monde

Source : US Geological Survey, 2016.
Les volumes d’or extraits montent alors par vagues successives : 704 tonnes en 1915, 1 310 en 1940, 1 480 en 1970, 2 600 en 2001. On le voit, ces pics sont liés à l’histoire, les deux guerres mondiales marquant de nets coups d’arrêt. Ensuite, la fin de la convertibilité du dollar en or (1971), qui signe la perte du rôle de l’or comme étalon pour le système monétaire, entraîne une baisse de la production. Mais après un creux durant les années 1976-1980, la production repart à la hausse pour atteindre 2 600 tonnes en 2001. Ensuite, les volumes extraits baissent, mais la forte progression du prix de l'or depuis 2001 incite au lancement de nouveaux projets d'extraction qui font repartir la production à la hausse.
Cependant il faut aussi se poser une question fondamentale : existe-t-il un pic de production (un « peak gold »), c’est-à-dire un niveau à partir duquel on ne pourrait plus augmenter les volumes extraits, quelle que soit la technologie dont on disposerait ? Les réserves d’or sur Terre ne sont, par définition, pas illimitées. On évoque un pic comparable pour le pétrole. Les conséquences en seraient sérieuses : tant que la production peut s’adapter à l’offre, un équilibre peut se former, mais en cas de production en décroissance, quel que soit le prix, c’est la demande qui doit s’adapter à l’offre, ce qui génère des à-coups et une forte volatilité des prix. Il est difficile de se prononcer aujourd’hui sur cette question, d’autant que des innovations technologiques peuvent changer la donne. Et, dans le cas de l’or, le recyclage (provenant essentiellement des bijoux) peut amoindrir ce phénomène. Quoi qu’il en soit, il faudra surveiller l’évolution du tonnage extrait dans les années qui viennent.
La répartition de l’extraction d’or par pays montre qu’aucun ne domine nettement les autres, ce qui constitue un élément de sécurité face aux chocs géopolitiques. Mais cela n’a pas toujours été le cas : en 1970, l’Afrique du Sud produisait près de 1 000 tonnes d’or, soit les deux tiers de la production mondiale ! Depuis, son tonnage chute inexorablement : ce pays a incontestablement connu son peak gold , mais heureusement d’autres pays ont pris le relais.

Production minière d’or en 2015
Pays
Tonnes
Chine
450
Australie
270
Russie
245
États-Unis
211
Canada
160
Afrique du Sud
150
Pérou
150
Ouzbékistan
102
Mexique
92
Ghana
90
Brésil
70
Indonésie
65
Papouasie-Nouvelle-Guinée
60
Chili
50
Reste du monde
695
Total
2 860
Source : US Geological Survey, 2016.
La production d’or en France remonte au premier millénaire avant notre ère, mais elle n’a jamais atteint des niveaux élevés. Actuellement, on extrait quelques tonnes d’or par an. C’est plutôt en Guyane que les espoirs sont permis, mais l’orpaillage sauvage provoque des destructions et une pollution endémique.
L’or recyclé
L’or recyclé provient essentiellement de la joaillerie et, pour une part marginale, de la récupération de produits usagés de l’industrie électronique. Il est très courant, dans toute l’Asie, de revendre ses bijoux en cas de difficulté et on a d’ailleurs assisté à une forte hausse des ventes après la crise financière de 2008. L’or est recyclable à l’infini, la joaillerie est un « moment » de ce cycle.
Vu le succès des boutiques et des publicités « nous rachetons votre or ! » en France et en Europe, cette tendance touche désormais l’ensemble des pays, nous y reviendrons.
La joaillerie
En 2015, 56,8 % de la demande d’or dans le monde concerne la joaillerie.

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