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Elm Street. L'assassinat de Kennedy expliqué

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Livres
748 pages
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Description

Il y a cinquante ans exactement, JFK, l’un des présidents les plus charismatiques des États-Unis, était assassiné à Dallas. Acte d’un individu isolé ou aboutissement d’un large complot? Depuis un demi-siècle, arguments et contre-arguments s’affrontent pour éclairer l’un des traumatismes de l’Amérique moderne, mais aussi stopper une véritable machine à fantasmes. Un débat qui ne peut être exploré ou tranché sans la lecture édifiante de l’ouvrage de François Carlier: Elm Street, l’assassinat de Kennedy expliqué, qui penche quant à lui pour la thèse du tueur solitaire et qui défend ses déductions avec opiniâtreté et conviction… Passionnant et rigoureux, un essai mené par un spécialiste du sujet! John Fitzgerald Kennedy, trente-cinquième président des Etats-Unis, démocrate et catholique, est assassiné à Dallas (Texas) le vendredi 22 novembre 1963. L'enquête d'une commission agréée par l'Etat, la commission Warren, dont les conclusions sont rendues publiques en septembre 1964, détermine qu'un homme seul, Lee Oswald, est coupable. Depuis ce jour, beaucoup d'encre a coulé, nombreux contestant cette version officielle. Quantité de théories critiques ont été échafaudées, un peu à tort et à travers. De nombreuses enquêtes et contre-enquêtes, controverses, publications de livres, débats, se sont succédés, la passion l'emportant bien souvent sur la raison. Aujourd'hui, le grand public est convaincu qu'il s'est passé "quelque chose de louche", qu'il y a eu un complot. Mais est-ce le cas? Ce livre a la prétention de donner la réponse! Depuis qu'il a vu un reportage dédié à JFK sur FR3 en 1975 – alors qu'il n'avait que huit ans – François Carlier a littéralement été subjugué par cette complexe affaire mêlant politique, secrets et soupçons, mythes et fantasmes. Puis vinrent les lectures de thèses parfois fantaisistes, parfois lumineuses, l'interview de personnages-clés, qui font de lui l'un des spécialistes français de ce fameux jour de 1963. Tout cela l'a conduit à une conclusion inéluctable: non, il n'y avait jamais eu de complot dans l'assassinat de Kennedy. Oui, Oswald a bien tué, seul, le Président. Difficile à admettre peut-être, mais la vérité s'impose toujours. Comment? Tout d'abord, par la recherche d'objectivité absolue, grâce à un esprit critique, scientifique, rigoureux. Puis il s'agit de repérer et éliminer les contre-vérités. Ne plus se contenter de présenter les différentes théories, oser dire si elles sont valables ou pas. Et enfin donner des réponses, en étant le plus neutre possible, pour que le lecteur lui-même se fasse sa propre opinion. Arriverez-vous à la même conclusion? Un débat s'annonce, qui ne trouvera peut-être jamais d'issue définitive et convaincante pour chacun.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 26 juillet 2012
Nombre de lectures 1 121
EAN13 9782748340969
Langue Français
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Elm Street.
L’assassinat de Kennedy expliqué


Du même auteur



Anglais ou américain ? Les différences à connaître,
Editions Assimil, 2001 François Carlier












Elm Street.
L’assassinat de Kennedy expliqué





















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IDDN.FR.010.0109380.000.R.P.2007.030.40000






Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2008


Retrouvez l’auteur sur son site Internet :
http://francois-carlier.publibook.com



À mes parents,
Christiane et Jean Carlier.








































Photo de couverture : le dépôt de livres scolaires (Texas School Book Depository),
le fameux bâtiment au cinquième étage duquel se trouvait le tireur Lee Oswald.
[Photo prise par l’auteur François Carlier, été 1990]



Remerciements



L’écriture de ce livre m’a pris de nombreuses années. Ce fut une aventure
personnelle et solitaire. Mais tout au long du parcours, j’étais soutenu :

Merci à mon éditeur, Publibook, pour avoir eu confiance en moi.

Merci à tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont apporté leur pierre à
l’édifice, soit en me donnant un conseil, en m’aidant à me procurer un livre, ou en
enregistrant pour moi une émission de télévision sur cassette vidéo, en découpant
pour moi un article trouvé dans la presse, en m’écoutant, en m’encourageant, en
discutant avec moi, etc. Je pense, en particulier, à Brigitte Aspromonte, Emilie
Carlier, Pierre Aspromonte, N’deye Khady Dieng, Houria Mokhtar, Sophie
Rougevin-Baville, Emmanuelle Polez, Alexandra Sexe, Malorie Caruso, Sabine
Legroux, Gaëlle Lanciaux, Antoine Manzano, Julie Noreille, Cyril Wecht, Yamil
Karam, Marie-Pierre Salviani, Yasmina Tiab, Nabou Dieng, Rocco Belmonte,
Sylvie Kwedi, Paul-Eric Blanrue, Brian Taylor, Mylène Seck, Jacques Portes et
Adissa Doua.

Merci, surtout, à mes parents, Christiane et Jean Carlier, qui ont passé des
années à m’écouter, à m’encourager, puis à m’aider à corriger ce livre, en donnant de
leur temps sans compter. Une chose doit être dite clairement : sans eux, ce livre
n’aurait pas vu le jour.

De façon directe ou indirecte, chacun, à sa mesure, aura contribué à m’apporter
l’inspiration nécessaire à la réussite d’un tel projet. Merci à tous !
13


Préface



Paris, janvier 2012.
Chers lecteurs,
Vous avez en main la deuxième édition de mon livre consacré à l’assassinat de
John Fitzgerald Kennedy. La première édition avait pour titre : "Elm Street.
Oswald a tué Kennedy !". Pour cette deuxième édition, le titre a changé, et est
maintenant : "Elm Street. L’assassinat de Kennedy expliqué.". Cette deuxième
édition est aussi la dernière. Il n’y en aura plus d’autre. Ce livre se veut un document
pour l’Histoire.
La première version était sortie en février 2008. Quatre ans plus tard, j’ai eu le
temps de revenir sur mon travail et de l’améliorer. Le livre a subi une "révision
complète". Mais avant de décrire les changements, je dois bien dire, d’emblée, que
ceux-ci n’ont eu lieu que sur la forme, et pas sur le fond. Mon avis, les arguments,
comme la conclusion finale, sont absolument, rigoureusement, identiques.
Quelles sont les améliorations ?
J’ai d’abord cherché à étoffer certains passages qui m’avaient parus trop courts,
insuffisamment approfondis. Je trouvais que certaines informations importantes
manquaient. Je les ai donc ajoutées, avec l’intention de faire un travail de référence
plus complet.
J’ai également retravaillé le texte par endroits, afin de le rendre plus agréable à
lire, plus fluide, notamment en m’attachant à éliminer les répétitions, sans oublier,
bien sûr, de corriger les éventuelles erreurs, fautes et imprécisions présentes dans le
texte et qui avaient échappé à ma vigilance dans la première version. Le résultat est
que, si certains passages restent quasiment inchangés, d’autres ont bénéficié d’une
refonte complète. De même, j’ai amélioré les annexes et renforcé les sources (dans
l’idée de servir les étudiants, spécialistes et futurs chercheurs).
Enfin, j’ai un peu modifié les paragraphes et ajouté une nouvelle partie (une
septième). Le but est de rendre les choses plus claires, et faire le travail le plus
contemporain possible. C’est une sorte de mise à jour, où tout ce qui est sorti
récemment sur le sujet est passé en revue.
Depuis la parution de la première édition de mon livre, j’ai continué à me
documenter, à lire, à écouter, à discuter, à m’instruire et à réfléchir.
Par exemple, j’écoute toutes les semaines la radio Black Op Radio, sur Internet.
Toutes les semaines, cette radio complotiste attaque la version officielle de
l’assassinat de Kennedy (et d’autres histoires aussi) et propage les théories du
complot. Ses invités insultent souvent les auteurs sérieux (tels que Vincent Bugliosi
15 ou Gerald Posner). Moi aussi, je m’y suis fait insulter, "piétiner". C’est le sort que
subissent ceux qui défendent la vérité. Cela ne me dérange pas. Et puis, être dans le
même camp que Posner ou Bugliosi, pour moi, c’est une fierté ! Cela dit, écouter
cette radio me permet de rester au fait de tout ce qui se dit dans le petit monde des
complotistes. Non pas que j’imagine un jour y apprendre quelque chose de
nouveau : tout a déjà été dit sur l’assassinat de Kennedy.
Aux Etats-Unis, la "production" sur le sujet de l’assassinat de Kennedy ne
s’arrête pas. Ces dernières années, deux "événements" majeurs sont à noter. 1. le
gros livre de Vincent Bugliosi "Reclaiming History", et 2. le documentaire "Inside
1the target car". Tous les deux, dans un registre différent, confirment la version
officielle, et la culpabilité d’Oswald, l’un par la réflexion et l’argumentation
approfondie, et l’autre à travers des expériences de reconstitution très poussées faites par
les meilleurs spécialistes. Que dire, alors ? Que finalement, c’est peut-être inutile.
Car les gens raisonnables (la majorité), comme moi, nous le savions déjà. Et les
autres, les complotistes, eux, ça ne les atteindra pas. Rien ne le pourra. Ils sont
sourds, ils sont dans leur monde irréel. En effet, malgré les livres et les enquêtes
sérieuses, il existera toujours des gens qui s’accrocheront à de fausses croyances.
Ainsi va le monde…
Ce qui me chagrine, aujourd’hui, c’est la perception qu’ont certaines personnes,
que nous serions en présence d’une sorte d’équilibre entre deux propositions : d’un
côté, la version officielle (culpabilité d’Oswald), et de l’autre le complot. Mais je
dis NON. Il n’y a pas du tout d’équilibre. Car d’un côté nous avons une montagne
de preuves, de faits bruts, précis, vérifiables (la version officielle). Et de l’autre, il
n’y a que théories, suppositions, imagination.
Depuis la sortie de mon livre, j’ai été fort déçu par l’attitude des médias, encore
que je savais à quoi m’attendre. Je ne prendrai qu’un exemple, ici. En 2010,
l’auteur Fabrizio Calvi a sorti un livre sur le FBI et fut interviewé partout (radios,
presse, etc.). Sans le juger sur le sujet de sa spécialité, je ne peux que contester ce
qu’il a alors déclaré, ici ou là, à propos de l’assassinat de Kennedy. Par exemple, il
est cité comme ayant affirmé : « Beaucoup d’éléments permettent de penser à un
2complot… Ce qui est sûr, c’est que la vérité officielle n’est pas la bonne. » . Ce
qui, je le sais, est faux. Il dira le même genre de choses sur Europe1, devant le
journaliste Jacques Pradel. Disait-il cela par ignorance, ou par mauvaise foi ? Je ne
sais. Quoiqu’il en soit, il se trompait. J’ai bien sûr tenté de corriger cela, en
contactant à chaque fois le journaliste concerné, mais je n’ai jamais reçu la moindre
3réponse . Rarement un accusé de réception, d’ailleurs. Le même phénomène fut

1 Voir la partie "Sources" pour toutes les références.
2 Propos recueillis par Olivier Renault, journal Ouest-France, Le Mans, jeudi 18 février
2010 ("Fabrizio Calvi raconte les grandes affaires du FBI"). Adresse Internet :
http://www.lemans.maville.com/actu/forum_-_-1268187_actu.Htm
3 Dans le cas de Pradel, l’homme qui croyait à l’autopsie d’un extra-terrestre, et pour qui le
sensationnel prime sur la vérité (et à qui j’avais envoyé une longue lettre avec explications),
je n’ai pas été étonné.
16 vrai avec un article lu dans la version Internet du journal Le Monde. Il est décevant
de constater que les contre-vérités des complotistes sont souvent relayées sans
vérification par certains journalistes.
Une chose est sûre : les complotistes d’aujourd’hui sont épuisés. Pour eux, c’est
le bout de la route. Avec eux, il n’y a plus rien de nouveau. Nous n’entendons plus
de leur part, tels des perroquets crédules, que des répétitions de théories
rocambolesques déjà maintes et maintes fois entendues. Bien sûr, leurs dénégations de la
réalité ont atteint des sommets d’indécence, mais cela ne change rien au fond de
l’affaire. Ils peuvent hurler autant qu’ils veulent, je compte sur le lecteur pour se
faire une idée de où se trouve la vérité. Je suis serein.
Tout a été dit. Aujourd’hui, on peut, on doit passer à autre chose. D’autres
sujets plus récents ont été victimes de ce même phénomène de "complotisme", qui
était né avec l’assassinat de Kennedy. Ce mal intellectuel est donc toujours là, et
nous devons continuer de le combattre.
J’ai fait ce travail pour servir la vérité. Pour les historiens. Pour les générations
futures. Et aussi contre les menteurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Vincent Bugliosi, le grand procureur américain, a dit :
"So there’s no question that Oswald was guilty. Anyone who says that he is not, I
know one of two things : either he is totally unaware of the evidence, or he’s just a
4silly person !":
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Ainsi, il n’y a pas de doute qu’Oswald
était coupable. Quand quelqu’un dit qu’il ne l’est pas, alors je sais une chose sur
cette personne : soit il est complètement ignorant des faits, soit c’est juste un
idiot. »
Je n’ai rien à ajouter à cela.

4 Ces termes exacts ont été prononcés par Vincent Bugliosi le 15 mai 2007, lors d’une
conférence sur l’assassinat de Kennedy, à New York City (fichier audio disponible sur le site
Internet box.net). Vincent Bugliosi a d’ailleurs répété cela maintes et maintes fois, mot pour
mot ou en substance, lors de ses nombreuses conférences.
17
?


Introduction



John Fitzgerald Kennedy, trente-cinquième président des Etats-Unis,
démocrate, fut assassiné à Dallas, au Texas, le vendredi 22 novembre 1963. L’enquête
d’une commission officielle (la commission Warren), dont les conclusions ont été
rendues publiques en septembre 1964, a déterminé qu’un homme seul, Lee Oswald,
était coupable.
Depuis ce jour, il y a presque cinquante ans, ce sujet a fait couler beaucoup
d’encre, de nombreux auteurs contestant cette version officielle. Quantités de
théories critiques ont été échafaudées, un peu à tort et à travers. Durant toutes ces
années, on a assisté à une succession d’enquêtes et contre-enquêtes, de
controverses, de tournages de films et documentaires, de publications de livres, de débats,
d’émissions de télévision. Toutes les thèses imaginables ont été émises, la passion
l’emportant bien souvent sur la raison. Aujourd’hui, le grand public est convaincu
qu’il s’est passé "quelque chose de louche", qu’il y a eu un complot.
Mais est-ce le cas ?
Ce livre a la prétention de donner la réponse !
Comment ? Tout d’abord, par l’application d’une méthode stricte : la recherche
d’objectivité, utilisant le bon sens, l’esprit critique, la méthode scientifique
rigoureuse, et le courage de dire la vérité, quelle qu’elle puisse être. Dans toute la
montagne d’informations, il faut démêler le vrai du faux, faire le tri entre les vérités
et les erreurs ou mensonges, savoir ce qui est à garder et ce qui est à jeter. Et enfin
donner des réponses. Non plus se contenter de présenter les différentes théories,
mais oser dire si elles sont valables ou pas. Non plus simplement répéter ce que
tout le monde a pu dire ici ou là (vingt versions différentes ?), mais justement
éliminer les erreurs par ce travail d’analyse, de synthèse, de sélection.
Ensuite, en mettant à la disposition des lecteurs l’information objective et les
faits bruts, sans déformation, surtout sans a priori. À vous, lecteurs, en toute
objectivité, devant la totalité des pièces du dossier, de vous faire une opinion, d’atteindre
une conclusion saine.
Pour moi, tout a commencé à l’âge de 8 ans, lorsque j’ai vu un reportage sur
cette affaire, à la télévision française, un samedi soir, sur FR3, en 1975. Ce
documentaire m’avait vraiment marqué, au point que je me souviens encore en avoir
parlé le lundi suivant en cours de récréation de l’école primaire !
Des années plus tard, quand je suis entré à l’université pour faire des études
d’anglais, j’ai tout naturellement choisi cette histoire comme sujet d’un exposé que
je devais faire en cours de conversation anglaise. Je ne savais, à l’époque, que le
19 peu que j’avais lu dans deux ou trois articles succincts trouvés dans des journaux
ou magazines.
En 1989, je suis allé passer une année au Etats-Unis, année que j’ai mise à profit
pour commencer à étudier sérieusement cette histoire. J’ai commencé par la lecture
5du livre Best evidence, de David Lifton . Puis je me suis, évidemment, rendu à
Dallas, lieu de l’assassinat. J’ai abordé des chercheurs (à noter, à l’été 1990, une
rencontre avec l’auteur Robert Groden, au Conspiracy Museum de Dallas – qui a
été fermé depuis –, ainsi qu’une longue conversation téléphonique avec David
Lifton), acheté des livres et cassettes vidéos, étudié des documents dans les
bibliothèques, lu le rapport Warren et ses 26 volumes de documents, fait des
interviews enregistrées par téléphone, etc. J’ai eu également la chance, cette année-là,
de rendre visite au docteur Cyril Wecht, grand médecin légiste, dans son bureau,
qui me fournit beaucoup de documents sur cette affaire.
Depuis, cette histoire ne m’a plus lâchée. Les premières années, mes
"recherches" sur l’assassinat de John Kennedy se limitaient à accumuler des documents,
lire des livres, échanger des courriers avec des chercheurs américains, regarder des
vidéos, enregistrer des documentaires, interroger des témoins de l’époque,
retourner visiter les lieux ayant rapport à l’assassinat, rencontrer des auteurs et participer
à des symposiums à Dallas, mais il n’y avait de ma part aucun véritable travail de
réflexion ou de vérification. Je me contentais d’ingurgiter les données que je
recevais. Naïvement confiant dans la qualité du travail de ceux qui écrivaient des livres
sur cette affaire, j’étais convaincu par leurs conclusions, à savoir qu’il y avait eu un
complot, et qu’Oswald était innocent du crime dont on l’accusait. Le film JFK
d’Oliver Stone, que j’ai bien dû voir cinquante fois, achevait de me convaincre et
motivait même mon action de "rétablissement de justice", que je m’efforçais de
mener à bien au moyen d’articles ou de conférences annuelles.
Puis mon travail a gagné en qualité. Tout d’abord, étant quelqu’un qui essaie de
réfléchir intelligemment sur tout, suivant en cela les auteurs comme James Randi,
Henri Broch ou Martin Gardner, dont je lisais les livres avec un grand plaisir, je
m’efforçais d’avoir un esprit critique rationnel et objectif. Pas d’a priori, il faut
étudier les faits objectivement, à la manière scientifique. Ayant été l’un des
mem6bre fondateur du Cercle Zététique , en 1994, je rejetais l’irrationnel et les
pseudosciences, et leur cortège d’élucubrations telles que l’existence d’un complot des
gouvernements pour cacher la réalité des OVNIS. Je suivais et soutenais le
magazine Sciences et Vie dans ses articles fustigeant l’astrologie et Uri Geller. Pourquoi,
alors, étais-je en désaccord avec les journalistes de ce magazine lorsqu’ils
affirmaient que la science établissait que c’était bien Oswald qui avait tué le président
américain ? Cette histoire de complot dans l’assassinat de Kennedy était le grain de
sable. Et si je m’étais trompé ? Il fallait en avoir le cœur net.

5 Lire Quatrième partie – chapitre I – section 1 : "David Lifton"
6 Voir leur site Internet à l’adresse : http://www.zetetique.ldh.org
20 J’ai alors entamé un travail de réflexion critique, poussé en cela par le président
du Cercle Zététique, Paul-Eric Blanrue, avec qui j’ai eu des discussions
passionnées sur le sujet. Après avoir étudié tout ce qui a été dit et écrit sur cette affaire
pendant plus de quatre décennies, mon travail fut justement d’en faire la synthèse.
Et le maître-mot était : vérification. Vérifier, dans toute la production, les
affirmations gratuites non-fondées. J’ai donc suivi un processus de vérification, puis, tout
naturellement, de sélection, puis d’élimination. Le tort de tant de gens, trop
souvent, c’est de croire et accepter sans vérifier. Les années qui suivirent furent
consacrées au contrôle de tout ce que j’avais lu auparavant, la confrontation des
idées, les échanges épistolaires avec chercheurs et témoins, la mise au pied du mur
de ceux qui parlent sans prouver, la lecture attentionnée et réfléchie des arguments
de part et d’autre. Ce travail me prit beaucoup de temps mais fut très révélateur.
Connaître personnellement les auteurs des livres que j’avais lus fut très instructif.
Aujourd’hui, ma position définitive sur la question est que la version officielle,
à savoir que Lee Harvey Oswald, et lui seul, a tué Kennedy, sans complot d’aucune
sorte, est vraie. Il m’a fallu admettre que j’avais eu le tort, à mes débuts, de croire
ce qu’écrivaient certains auteurs.
Inévitablement, j’en suis convaincu, comme moi il y a quelques années, vous,
lecteurs, serez conduits à la même conclusion, à mesure que les arguments
s’ajouteront les uns aux autres. Elle est inéluctable.
D’ailleurs, pour celui qui veut connaître la vérité sur cette affaire, une question
se pose dès le départ : des centaines de livres ont été écrits, de très nombreuses
hypothèses ont été émises. Or, avant toute chose, le problème qui se pose au lecteur
de bonne foi qui cherche à connaître la vérité, c’est que ces théories alternatives à
la "version officielle", sont contradictoires entre elles. Pourtant Kennedy n’est mort
qu’une seule fois. Il n’y a donc qu’une seule version possible. En partant de cette
constatation, on sait déjà que de toutes les hypothèses émises, il y en a forcément
qui sont fausses. C’est mathématique. Notre travail consiste alors à déceler et
révéler les erreurs pour avancer vers la conclusion et nous mener sur le chemin de la
vérité.
Ce livre, composé de sept grandes parties, est d’abord une présentation
chronologique des évènements tels qu’ils ont eu lieu. La première partie est le récit des
faits tels qu’ils se sont passés : le contexte, la personne de John Kennedy, son poids
dans l’Histoire, l’assassinat, l’enquête, les rapports officiels. C’est la base de départ
du travail, qui n’est contestée par personne, puisque c’est la réalité, c’est
7l’Histoire .
Les cinq grandes parties suivantes introduisent progressivement les arguments
qui ont été avancés au fil des années, les réponses qui ont été apportées et les
conclusions que l’on peut en retirer. On avance chronologiquement, par décennie. En

7 C’est d’ailleurs le reproche que l’on peut faire à beaucoup d’auteurs : ils ont écrit des
livres sur l’assassinat de Kennedy en critiquant la version officielle sans présenter les faits
bruts, privant le lecteur de la base sur laquelle s’appuyer pour comprendre les débats.
21 effet, l’un après l’autre, des auteurs sont apparus, qui ont présenté des thèses dans
des domaines différents, sur l’aspect politique, médical, des services secrets, de
l’armée. Ces idées, ces théories, ont évolué : des auteurs se sont penchés dessus, se
sont mis à les vérifier et à donner un avis, aidant le débat à progresser. Nous n’en
sommes plus aujourd’hui aux débats des années 60.
Ce livre va entraîner le lecteur, mais surtout, celui-ci pourra faire le travail
luimême, et à l’issue de sa lecture il pourra tirer les conclusions qui s’imposeront à
lui. J’essaierai d’être neutre. Sans influencer le lecteur, je tenterai de le faire
parvenir à sa propre conclusion, et s’il est de bonne foi et fait preuve d’esprit critique, il
tirera les conclusions qui s’imposent. Il y avait peut-être des questions qu’on
pouvait légitimement se poser dans les années 60, voire dans les années 70. Mais plus
aujourd’hui, car les réponses sont maintenant disponibles. Aujourd’hui, on a tout ce
qu’il faut pour déterminer si oui ou non Kennedy a été assassiné par une personne
seule, ou à la suite d’un complot.
Bien sûr, il faut deux conditions au lecteur : 1. connaître les faits, et 2. être
honnête. Il est en effet impératif pour le lecteur d’admettre qu’il faudra étudier le
dossier complet, car c’est seulement après avoir entendu le pour et le contre qu’on
pourra ensuite tirer une conclusion (car si l’on n’écoute, ou on ne lit que ce que
l’on veut, alors forcément on sera biaisé dès le départ, et la conclusion atteinte,
partielle et partiale, n’aura plus ni de valeur ni d’intérêt).
La septième grande partie apporte une réflexion approfondie et une synthèse.
C’est le point fort du livre. D’abord, loin du caractère superficiel des livres qui
crient au complot en lançant des accusations à tort et à travers, ici nous nous
attacherons à raisonner sur ce dossier complexe. L’intérêt de ce livre est qu’il est aussi
la mise à jour la plus contemporaine des thèses, des réponses et de l’état du débat
aujourd’hui.
Ce livre essaye, si tant est que ce soit possible, de s’adresser à deux lectorats.
D’abord au lecteur profane, pour qu’il ait une introduction, une vision, une
référence à cet événement, et aussi au lecteur plus versé dans l’histoire, plus
spécialiste, qui cherche les réponses aux questions plus poussées qu’il se pose.
Ainsi, ce livre poursuit le double objectif d’expliquer les choses et de rechercher
la vérité. Cela devrait être assez facile. Nous n’avons pas comme sujet d’étude la
mort de Napoléon à Sainte-Hélène, ni la carrière de Jules César, ni le personnage
de Platon, sujets dont la documentation reste faible. Au contraire, nous étudions un
événement contemporain, dans une période très moderne, où d’ailleurs une partie
des lecteurs étaient déjà nés. L’assassinat a été vu, entendu, filmé, photographié. La
victime était le président des Etats-Unis, l’homme le plus puissant du monde, qui
disposait des moyens les plus sophistiqués de communication du moment. Cela
s’est passé devant de très nombreux témoins, et pas n’importe lesquels : le
viceprésident, des conseillers de la Maison-Blanche, des journalistes, la femme du
président, des policiers, des gardes du corps, des hommes d’affaires. Et tout cela en
plein jour. Plusieurs médecins ont vu le corps du président alors qu’il respirait
encore. Les moyens mis en œuvre pour faire l’enquête furent presque sans limite. On
22 peut donc déjà déterminer beaucoup de choses, on peut déjà étudier le crime en
luimême, de façon ouverte, facile, efficace, documentée.
Qui plus est, énormément de documents ont été mis à jour aujourd’hui et
publiés dans les années 90. Quasiment tout a été rendu public. Aujourd’hui il n’y a
pas un seul document qui n’ait été lu, relu, étudié, par de très nombreuses
personnes. Nous avons à notre disposition le film de l’assassinat où on voit, en pleine
image, le corps de la victime frappé par les balles (cas extrêmement rare pour un
crime, quelqu’il soit), plusieurs autres films, des dizaines de photos, les
enregistrements audio de commentateurs radios, les témoignages, le rapport d’autopsie, les
rapports médicaux, etc. Nous en avons tellement qu’il faudrait toute une vie pour
tout lire ! Nul ne peut donc prétendre qu’on ignore encore quelque chose.
L’important à bien saisir, donc, c’est que tous les éléments sont là pour déterminer
la solution. Tout le travail sera d’en faire une bonne synthèse.
Dans ce livre il n’y a pas de spéculation, pas de théorie. Il n’y a que des faits.
Rien ne sera dit sans être prouvé. Il faut garder présent à l’esprit que l’histoire de
l’assassinat du président Kennedy, et les controverses de ces quarante-huit
dernières années, c’est surtout une histoire de passion, bien plus que de raison. Beaucoup
d’auteurs ont été impliqués émotionnellement d’une manière ou d’une autre. Cela a
marqué toute une génération. Il nous faudra justement, ici, insister sur le côté
"raison" et tenter d’éviter l’écueil de la passion.
Le style de ce livre sera sobre ; ce n’est pas de la littérature, c’est une enquête.
Cela reste un travail de chercheur pour les personnes intéressées par la vérité,
plutôt qu’un récit historique.
Ce livre va nous permettre aussi, au-delà des faits bruts, de nous attarder sur le
sentiment de conspiration. On s’apercevra que l’affaire Kennedy a été le départ
d’une grande crise de confiance du peuple américain envers ses dirigeants, mais
aussi en général des peuples occidentaux envers leurs gouvernants. La théorie du
complot a pris énormément de poids, pour être considérée aujourd’hui comme une
vérité, un fait acquis. Ainsi quand le Boeing de la TWA explose dans le ciel de
New York, en juillet 1996, on dit que c’est un missile, donc un complot. Quand les
tours de Manhattan s’effondrent et qu’un avion s’écrase sur le Pentagone le 11
septembre 2001, certains pensent que c’est un complot américain. Quand Lady Di
meurt dans un accident de voiture sous le pont de l’Alma, à Paris, on dit qu’il y a
complot des Anglais. À chaque fois, on se sert de l’assassinat de Kennedy comme
la référence du complot et l’on tire des conclusions trop hâtives. Dans ce livre,
nous nous pencherons sur ce phénomène-là. Déterminer si oui ou non il y a eu une
conspiration dans l’affaire Kennedy, c’est évaluer si la base de toutes les théories
qui ont pu naître ensuite est justifiée ou faussée.
Il nous faut d’emblée prévenir le lecteur que l’affaire Kennedy présente une très
grande complexité : non pas le crime lui-même (cas finalement très simple, et
d’ailleurs résolu le jour même !), mais toutes les théories, toutes les idées, tous les
détails qui ont pu être relevés et disséqués à un niveau inimaginable, qui fait
qu’aujourd’hui il est très difficile d’aborder cette histoire. Ce n’est pas une
ques23 tion, ni cinquante, mais bien cinq cents qui nous sont posées, très détaillées,
certaines parfois insolubles parce que les éléments nous manquent ou que
l’argumentation est trop tirée par les cheveux.
Ce point a d’ailleurs été relevé par le procureur américain Vincent Bugliosi, et il
l’a très souvent expliqué :
"At its core this is a very simple case. Within hours of the shooting in Dealey
Plaza virtually everyone in Dallas law enforcement […] knew that Oswald had killed
Kennedy. And it was very obvious when they learned what a kook he was that no
one conspired with him […] But because of the unceasing and obsessive tenacity,
fanatical obsession, of literally – and I’m not exaggerating here – literally
thousands upon thousands of Warren commission critics and conspiracy theorists,
who have investigated every single conceivable aspect of this case for close to
forty-four years and made hundreds upon hundreds of allegations, this simple
case, which remains simple at its core, has been transformed into its present
state. […] It’s now the most complex murder case, by far, in world history !
Noth8
ing even remotely comes close to the Kennedy assassination."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « À l’origine, c’est une affaire très
simple. Dans les heures qui ont suivi la fusillade à Dealey Plaza, quasiment tout le
monde au sein des autorités de Dallas […] savait qu’Oswald avait tué Kennedy.
Et quand ils ont vu le genre de dingue que c’était, il était évident que personne
n’avait conspiré avec lui. […] Mais à cause de la ténacité obsessionnelle et
continue, de l’obsession fanatique de pratiquement – et là, je n’exagère pas –
pratiquement des milliers et des milliers de critiques du rapport Warren et de
complotistes, qui ont scruté sans exception tous les aspects imaginables de cette
affaire pendant près de quarante-quatre ans, et proféré des centaines et des
centaines d’allégations, cette simple affaire, qui reste une affaire élémentaire à la
base, a été transformée jusqu’à atteindre son stade actuel. […] C’est maintenant
devenu l’affaire criminelle la plus complexe de l’histoire du monde, et de loin !
Rien d’autre, même un tant soit peu, ne s’approche de l’assassinat de Kennedy. »
Devant une telle complexité, créée de toutes pièces, le but de ce livre sera
d’essayer de présenter les choses de la manière la plus simple possible, de rappeler
le cœur de ce qui est essentiel.
Au sujet des détails, la question s’est posée de la limite à ne pas dépasser. Une
sélection des informations a due être opérée à un niveau que j’ai estimé satisfaisant.
Ce qui est important, c’est la réflexion. Je ne vais pas assommer le lecteur de
dé9tails de type encyclopédique . Par contre, ces éléments peuvent intéresser certains
lecteurs et mon but sera d’indiquer où trouver cette information, puisqu’elle existe.

8 Extraits d’une conférence donnée par Vincent Bugliosi à Dallas, devant des juristes du
barreau de Dallas, le 24 mai 2007, (fichier audio disponible sur le site Internet
www.box.com). Vincent Bugliosi a d’ailleurs souvent répété cela, en substance, lors de ses
nombreuses conférences ou interventions médiatiques.
9 Pour prendre un exemple, il a été jugé superflu, concernant la limousine du président,
d’indiquer la puissance de son moteur, sa date de fabrication, la marque des pneus, etc.,
24
?Ce livre se veut aussi une référence, un point de départ pour des recherches
historiques plus poussées, et la partie "sources" cherchera l’exhaustivité dans les
pistes.
Comme méthode de travail, en ce qui concerne les documents, les récits des
témoins et les déclarations des auteurs, l’inconvénient majeur est que tout est en
américain. Par souci de lisibilité, j’ai eu parfois recours à la paraphrase, en
m’attachant à ne pas déformer les propos. Par contre lorsque la précision s’impose,
le choix a été fait de retranscrire les propos textuellement dans leur langue
originale, suivis, pour le lecteur non-angliciste, de ma traduction. Ainsi le lecteur aura
accès directement au témoignage sans déformation aucune.
Rédiger un ouvrage sur un tel sujet donne une responsabilité morale. Des gens
vont lire, croire, voire être influencés par mes conclusions. J’ai constamment gardé
à l’esprit qu’il me fallait donc être strict, scrupuleux, rester humble, ne pas dire
d’erreur.
Aux yeux de certains lecteurs, inévitablement, il manquera des choses. Tout
d’abord, dans la montagne de documents et sources se rapportant à l’affaire qu’il a
fallu lire, il est bien évident que j’ai dû procéder à une sélection afin de ne pas
alourdir l’ouvrage. J’ai gardé ce que je pensais être important, et laissé de côté ce
qui ne l’était pas, pour ne pas trop encombrer l’esprit du lecteur. De plus, il est
matériellement impossible à un homme seul de lire tout ce qui a été écrit partout
sur l’assassinat de JFK (des centaines de milliers de pages). Il faut savoir faire la
synthèse. Par exemple, je n’ai pas abordé tous les points relevés dans tous les livres
complotistes. Il aurait fallu pour ça écrire une encyclopédie et avoir une équipe de
dix personnes à mon service, parce que chaque livre soulève des accusations et des
allusions ou des insinuations et il est impossible de les reprendre toutes point par
point. Mais tout ce qu’écrivent les complotistes n’est pas forcément vrai, ni digne
d’intérêt, loin de là, parce que leurs écrits sont souvent tirés de l’imagination ou de
la mauvaise méthodologie. Il n’est ni possible, ni surtout utile, de répondre à tous
les points soulevés par tous les complotistes.
Enfin, un dernier point. Pour étudier l’affaire Kennedy, et avant de se former
une opinion, il faut être rigoureux et donc avoir certaines connaissances. On ne
peut pas se permettre d’avoir une idée sur l’affaire Kennedy si on n’a pas un
minimum de connaissances de base sur le fonctionnement des institutions américaines,
du fonctionnement des services de renseignements américains, de la médecine, sur
ce qu’est une autopsie et de ce qu’elle permet de déterminer à propos des blessures
et des trajectoires de balles, et sur les enquêtes de police, etc. J’ose prétendre que
sans ces connaissances de base, on ne peut pas légitimement se permettre de former
une opinion, et encore moins de tirer une conclusion, ou, pire, donner des leçons
(un travers dans lequel tombent malheureusement beaucoup d’auteurs).

détails précis qui ne sont pas importants pour la compréhension de l’histoire, mais qu’on
peut trouver sur Internet sans trop de difficultés, si on veut vraiment les connaître.
25 Un travail de recherche sur l’assassinat de Kennedy fait de nos jours est
forcément différent de ce qui a été fait dans les années 60. On ne peut plus, comme
alors, interroger les témoins ; une grande partie d’entre eux sont morts, et pour les
autres, tant de temps est passé que leurs souvenirs sont devenus trop aléatoires et
10non fiables. De plus, un tel travail a déjà été fait . Non, le travail d’aujourd’hui est
plus un travail intellectuel, consistant à analyser tout ce qui a été écrit et à séparer
le vrai du faux.
Le but de cet ouvrage, en somme, est d’en finir avec "l’affaire Kennedy". Il a la
prétention d’être l’ouvrage définitif. Après plus de quatre décennies, il est temps de
tourner la page, il est temps de mettre un terme aux contre-vérités qui ont provoqué
beaucoup de dégâts. John Kennedy pourra alors reposer en paix une fois pour
toutes.

Bonne lecture !

10 Lire le rapport de la commission Warren, ou les ouvrages d’auteurs comme Mark Lane
ou William Manchester (voir les sources de l’ouvrage).
26



Note de vocabulaire



La mort de John Kennedy est un crime, c’est un meurtre (action de tuer volontairement
un être humain), bien sûr, mais plus précisément c’est un assassinat (meurtre commis avec
11préméditation, guet-apens) .
e- complot : "(XII , « rassemblement de personnes »). Projet concerté secrètement
contre la vie, la sûreté de quelqu’un, contre une institution."
- comploteur : "Celui qui complote."
- conspiration : 1°. Accord secret entre deux ou plusieurs personnes en vue de
renverser le pouvoir établi. 2° Entente dirigée contre quelqu’un ou quelque chose."
- conspirateur : "Personne qui conspire."
- conjuration : 2° Entreprise concertée secrètement contre l’Etat, le souverain, par un
12groupe de personnes que lie un serment. (ce mot synonyme est étrangement peu
utilisé dans la littérature sur l’assassinat de Kennedy).

Pour ce livre, un néologisme sera employé :
- complotiste : personne affabulatrice, dépourvue d’esprit critique, qui, à cause d’une
mauvaise analyse des faits, refuse de voir la vérité en face et en arrive à croire à un
complot. Le complotiste écrit des livres, ou des articles, propageant, consciemment
13ou non, malhonnêtement ou non, des contre-vérités .

Dans ce livre, il conviendra donc de bien différencier le conspirateur (celui qui, en
1963, cherche à éliminer le président Kennedy), et le complotiste (celui qui, des années plus
tard, imagine que Kennedy a été tué à la suite d’une conspiration). [Note : il s’avère que
dans la réalité, on n’a pas trouvé d’exemple du premier, mais beaucoup, beaucoup
d’exemples du deuxième…]

Parmi les auteurs qui ont publiquement rejeté la version officielle, je distinguerai ceux
que l’on appelle les critiques (ceux qui critiquent le rapport Warren, dans les premières
années), et les complotistes (les auteurs contemporains). Il y a en effet une différence
fondamentale entre les deux. Dans les années 60, il était tout à fait compréhensible que des
gens critiquent le rapport Warren, ses méthodes de travail, et certaines de ses conclusions, à
tort ou à raison, car certains éléments étaient indubitablement troublants. Mais aujourd’hui,
des décennies plus tard, toutes les réponses aux questions ont été apportées. Des milliers de

11 D’après les définitions tirées du dictionnaire de la langue française, Le Petit Robert 1.
12 Ibid.
13 Définition de l’auteur François Carlier.
27 documents ont été rendus publics, des groupes de spécialistes ont re-vérifié à plusieurs
reprises le dossier médical, une commission d’enquête puissante a ré-étudié le dossier
complet de fond en comble, des chercheurs ont établi scientifiquement, à de nombreuses
reprises, la validité des conclusions de la commission Warren, etc. Aujourd’hui, le doute
n’est plus permis. La critique n’est plus raisonnable. Aussi, ceux qui s’acharnent à rejeter la
version officielle ne sont plus des critiques, ce sont des complotistes, des gens non
raisonnables, qui ne se basent pas sur des zones d’ombre pour exprimer leurs doutes légitimes,
mais sur des idées préconçues et un esprit fermé pour inventer des complots inexistants.

Par choix rédactionnel, plutôt que d’utiliser l’expression "la version officielle", qui peut
donner l’idée d’une version imposée, je préfère dire "les conclusions des enquêtes
officielles", pour bien montrer que c’est à la suite d’enquêtes approfondies qu’on est arrivé à des
conclusions étayées, et que ce n’est pas juste une version inventée et imposée comme ça.
Les deux expressions sont utilisées dans ce livre, selon le cas.

28



Note sur les traductions



L’assassinat de Kennedy est un événement qui s’est déroulé aux Etats-Unis. Les termes
d’origine étant en américain, il a fallu définir certains des termes à utiliser en français. Pour
les traductions, certaines furent possibles, d’autres non, voire non souhaitables. Le choix a
été le suivant :
- Texas School Book Depository = dépôt de livres scolaires, ou TSBD
- Secret Service = Secret Service
- Dealey Plaza = Dealey Plaza
- the grassy knoll = le tertre gazonné, la butte gazonnée
- the wooden fence = la barrière en bois
- the triple underpass = le pont de chemin de fer
- the Stemmons freeway sign = le panneau Stemmons
- line up = parade d’identification
- sniper’s nest = repaire du tireur
- curtain rods = tringles à rideaux
- Parkland Memorial Hospital (à Dallas) = Parkland
- Bethesda Naval Hospital (à Washington) = Bethesda
- full-metal-jacketed bullet = balle à chemise en métal dur
- lapel = revers (de veston)
- dishonorable discharge = renvoi à la vie civile pour manquement à l’honneur

L’arme d’Oswald est décrite, aux Etats-Unis, comme "a rifle", c’est-à-dire un fusil. Mot
qui est repris en France dans tous les ouvrages et articles sur l’affaire, mais pas dans la
traduction du rapport Warren, où le traducteur choisit plutôt le terme "carabine", justifiant
techniquement son choix par le fait que le mot "fusil" ne désigne qu’occasionnellement une
arme à canon rayé, type utilisé par Oswald. Alors, "fusil" ou "carabine" ? Je ne me prétends
pas expert. Dans ce livre, dans un but de simplicité et d’homogénéité avec les autres écrits,
le terme "fusil" sera choisi, en s’excusant auprès des puristes et spécialistes des armes, s’ils
trouvaient à y redire. J’ajoute que le terme américain pour l’arme d’Oswald est "bolt-action
rifle", qui se traduit par "fusil à culasse mobile".

Pistolet ou revolver ? Quelle était l’arme de poing que possédait et qu’a utilisé Oswald
contre le policier Tippit ? Selon les définitions du Petit Robert, c’était un pistolet ("arme à
feu courte et portative"), mais surtout, plus précisément, un revolver ("pistolet à répétition
29 muni d’un magasin qui tourne sur lui-même"). Dans ce livre, nous choisirons d’utiliser le
terme "revolver".

Il a été décidé, évidemment, de ne pas traduire le nom des rues. Par exemple, "Houston
Street" n’a pas été traduit en "rue de Houston", ni "Main Street" par "rue principale".

Le mot anglais cover-up n’a pas d’équivalent en français, et se traduit par l’expression
"tentatives faites pour étouffer l’affaire" [d’après la définition tirée du dictionnaire Le
Robert & Collins Senior]. Dans ce livre, on gardera le mot anglais, car il est bien compris.

Pour ce qui concerne l’autopsie, on retrouve souvent le mot slides. Il s’agit des petites
plaquettes en verre, nommées "porte-objets" utilisées pour les microscopes. Dans ce livre,
là aussi, on gardera le mot anglais.
Abréviations :
Z255 = image n°255 du film de Zapruder.
WR147 = page 147 du rapport Warren.
CE276 = Commission Exhibit 276 (pièce à conviction de la Commission Warren).
2H156 = page 156 du volume n°2 des 26 volumes de pièces à conviction de la
Commission Warren.
HSCA147 = page 147 du rapport du HSCA.
2HSCA156 = page 156 du volume n°2 des 12 volumes de pièces à conviction du
HSCA.
WCD = Warren Commission Document

Le calibre des armes américaines est toujours exprimé en pouces (un pouce = one inch).
Par exemple, si le calibre d’une arme est .38, cela signifie que le diamètre de son canon est
ede 38/100 de pouce (soit 0,97 centimètre). Dans cet ouvrage, le calibre reste exprimé à
l’américaine.

Les traductions dans ce livre – sauf quelques-unes, notées et référencées – mises à
chaque fois à la suite de l’original en anglais, ont été faites par l’auteur François Carlier
luimême, qui a exercé, un temps, l’emploi de traducteur. Elles se veulent fidèles, l’accent
ayant été mis sur le sens général.


30



















Première partie :
L’histoire



Chapitre I.
Le monde en 1963



1. Le monde
Après le choc terrible de la Seconde Guerre Mondiale, ses souffrances, ses
privations, ses traumatismes et ses millions de morts, les hommes tournent la page et
veulent aller de l’avant, vers une nouvelle ère. On voit apparaître un grand
changement dans les esprits. Un vent de liberté souffle sur le monde, un esprit de
révolte, aussi, surtout parmi la jeunesse : apparition du rock n’roll, de chanteurs
comme Elvis Presley et de groupes tels que les Beatles ou les Rolling Stones, avec
des foules en délire et de belles voitures décapotables. Le cinéma explose, avec des
vedettes qui se montrent sexy, comme Marylin Monroe. On a appelé çà l’âge d’or
des sixties, un souffle d’insouciance, de joie dans la population.
Quelques dates qui marquent cette période : en Octobre 1962, les Beatles
(George Harrison, Paul Mc Cartney, John Lennon et Ringo Star) sortent leur
premier 45 tours avec la chanson "Love me do". Moins d’un an plus tard, ils ont sorti
leur premier album "Please, please me" en février 1963, et en septembre de cette
même année ils sont en tête des hits anglais avec leur chanson "She loves you". Au
moment de l’assassinat de Kennedy, leur carrière a déjà bien débuté et leur
notoriété a franchi l’Atlantique.
En France, côté musique, l’idole des jeunes s’appelle Johnny Hallyday, qui se
produit devant une grande foule à la Nation, en juin 1963. C’est la période "yé-yé",
14avec les fameux blousons noirs. Le charme est personnifié alors par l’inimitable
Brigitte Bardot.
Toujours en matière de divertissement, on notera qu’en cinéma, 1962 est
l’année de la sortie du film Lawrence d’Arabie, avec notamment l’acteur Peter
O’Toole. Il y en d’autres, remarquables, cette année-là : West side story, Le jour le
plus long, L’homme qui tue Liberty Valance. Et en 1963, apparaissent les premiers
films de James Bond : James Bond 007 contre Dr. No, Bons baisers de Russie. En
septembre 1963 sort le fameux film Les oiseaux, du grand réalisateur Alfred
Hitchcock.
Dans d’autres domaines aussi, des révolutions sont en marche. La science
avance à grands pas, entraînant le bouleversement des techniques, qu’on sait
utiliser pour de nouvelles aventures humaines. Le 12 avril 1961, le soviétique Youri

14 Pour "ressentir" l’esprit de cette époque, on pourra lire, entre autres, le livre Hamburger,
pan-bagnat, rock’n roll, etc., du chanteur Dick Rivers, Michel Lafon, 1986.
33 Gagarine entre dans l’Histoire en effectuant le premier vol habité dans l’espace.
Les Américains suivent de près, et le 20 février 1962, John Glenn est, à son tour,
envoyé dans l’espace avec succès. Une nouvelle page, oh combien exaltante,
s’ouvre pour l’Homme.
Le début des années 60 est également une époque de grande production
industrielle : 16 millions de voitures sont produites dans le monde entier, dont 47 % rien
qu’aux Etats-Unis, en 1963. En France, il y a 1,9 millions de postes de télévision
en 1960, et déjà 4,5 millions en 1963.
La mode n’est pas en reste, avec l’apparition de la mini-jupe, qui participe au
courant de la libération de la femme. En France, des gens comme Christian Dior,
Paco Rabane ou Yves Saint Laurent influencent le look des années 60.
En 1962, la population mondiale est de 3 milliards d’habitants.
Le 3 juin 1963, le pape Jean XXIII meurt. Son successeur, Paul VI, va
s’employer à poursuivre la politique de réforme engagée à l’occasion du concile
Vatican 2.
Sur le plan politique, la situation, tumultueuse, est moins réjouissante que dans
les domaines culturel ou scientifique. En août 1961, le monde traverse une grave
crise avec la construction du mur de Berlin, destiné à tenter d’arrêter l’exode de la
population de l’Allemagne de l’Est (le monde communiste) vers l’Allemagne de
l’Ouest (le monde libre).
En France, c’est le général de Gaulle qui est à la tête de l’Etat. En 1958, le
président de la république d’alors, René Coty, a fait appel à lui, et il a constitué un
ergouvernement le 1 juin. Une nouvelle constitution est approuvée par référendum
le 28 septembre 1958. Le général de Gaulle est élu président de la République en
décembre 1958, et entre en fonction en janvier 1959. Il choisit Michel Debré
ecomme premier ministre (1959-1962). C’est la V République.
En Angleterre, Maurice Harold MacMillan, Premier Ministre conservateur, en
poste depuis 1957, doit démissionner en octobre 1963 à cause d’un scandale
touchant son ministre Profumo. C’est Alexander Frederick Douglas-Home qui lui
succède.
À cette époque, le maître de l’U.R.S.S. est Nikita Khrouchtchev, premier
secrétaire du parti communiste depuis la mort de Staline, en 1953, et président du
conseil des ministres depuis mars 1958.
En Asie, le nom le plus connu à l’époque est celui de Mao-Tse Toung,
révolutionnaire communiste chinois, qui fut président de la république chinoise de 1954 à
1959. Celui qui lui succède à la présidence de la république chinoise s’appelle Li
Shao Shi. Mais Mao garde la tête du P.C.C. (Parti Communiste Chinois), et reste
l’homme du pouvoir en Chine.
Au Vietnam, après la chute du camp retranché de Dien Bien Phu, en 1954,
(bataille remportée par le général vietnamien Giap), le gouvernement de Pierre
Mendès France négocie un cessez-le-feu en Indochine. En juillet 1954, les accords
de Genève reconnaissent le partage du pays en deux Etats, au nord et au sud du
ème17 parallèle. Au Nord, la République Démocratique du Vietnam, communiste,
34 est sous la présidence d’Ho Chi Min. Au Sud, c’est une dictature avec Dhiem à sa
tête, qui se tourne de plus en plus vers les Etats-Unis.
À Cuba, Fidel Castro est au pouvoir, suite à la révolution qu’il a organisée avec
Che Guevara et une guérilla depuis 1956. Il a pris le pouvoir à la chute du dictateur
Fulgencio Batista, en 1959.
2. Aux Etats-Unis
Les Etats-Unis sont un pays démocratique, une République fédérale composée
de cinquante Etats plus un district fédéral. Ils ont comme loi suprême la
Constitu15tion . C’est un régime présidentiel. Le pouvoir législatif appartient au Congrès,
situé à Washington, la capitale politique du pays, qui élabore et vote les lois.
Celuici se compose de deux chambres élues au suffrage universel : la chambre des
Représentants, et le Sénat. Le pouvoir exécutif est détenu par le président, élu pour
quatre ans, et résidant à la Maison-Blanche. Il y a deux grands partis politiques aux
Etats-Unis : le parti Démocrate, et le parti Républicain.
En 1963, Kennedy est président des Etats-Unis. Issu du parti démocrate, c’est le
plus jeune président des Etats-Unis. Sa femme Jackie est le symbole des années
60 : la fraîcheur, la beauté, jeunesse, le dynamisme, la joie de vivre. Elle est belle,
intelligente, cultivée et d’origine française. Le président Kennedy lui aussi est
beau, dynamique, jeune, et il parle bien. Il a du charisme et plait aux foules.
La CIA
S’il est un sigle qui a donné lieu à tout un tas d’interprétations, d’inventions, de
mythes, de rumeurs infondées, c’est bien celui-là. La célèbre CIA (Central
Intelligence Agency), est l’une des organisations américaines chargées des activités de
renseignement, à savoir l’accumulation et l’analyse d’informations sur l’étranger,
vitales pour la sécurité des Etats-Unis. La CIA est également responsable de la
coordination des activités d’autres agences telles que la NSA (National Security
Agency) et la DIA (Defense Intelligence Agency).
La CIA fut créée en 1947, en remplacement de l’O.S.S. (Office of Strategic
Services, créé pour la Seconde Guerre Mondiale), par la loi de sécurité nationale. Son
16premier directeur fut l’amiral Roscoe Hillenkoetter . Organe de l’exécutif, la CIA
est placée sous la direction du NSC (National Security Council), qui comprend le
président des Etats-Unis, le vice-président, le secrétaire d’Etat et le secrétaire à la
Défense. Le NSC, institué au début de la "guerre froide", en 1947, reste l’organe

15 Celle-ci comprend sept articles adoptés en 1787 et ratifiés en 1789, et 26 amendements
ajoutés entre 1797 et 1971. Pour en savoir plus, lire le livre de Marie-Christine Pauwels,
Civilisation américaine, Les Fondamentaux, Hachette, 1994.
16 Voir annexe n°3 : Les directeurs successifs de la CIA.
35 central de décision présidentielle en matière de politique étrangère et de défense.
Le but essentiel de l’agence est de coordonner les activités de renseignements des
divers services ministériels et de conseiller le président des Etats-Unis dans tous les
domaines concernant la sécurité nationale.
Les tâches spécifiques qui lui incombent sont les suivantes : conseiller le
président sur le sujet des événements internationaux ; mener des recherches dans les
domaines politique, militaire, économique, scientifique, technique, et autres ;
s’occuper de contre-espionnage à l’extérieur des Etats-Unis, surveiller les
émissions de radio et télévision des pays étrangers ; s’investir dans les formes directes
du renseignement. Cependant, la CIA n’est pas habilitée à opérer sur le territoire
national. Dans les années 50, en pleine guerre froide, ses activités se sont étendues
à des opérations secrètes : financement de partis politiques pro-américains à
l’étranger ; recrutement secret de journalistes, syndicalistes, hommes d’affaires,
voire de certains leaders de la pègre ; financement de journaux ou d’organisations
culturelles. Son quartier général se trouve à Langley, près de la capitale
Washington.
On peut donc dire, en résumé, que la CIA est avant tout une agence de
renseignements (Intelligence Agency). Et même si son rôle peut consister également à
"intervenir dans un espace situé entre la diplomatie et l’action militaire", la vraie
CIA n’a pas grand-chose à voir avec celle des films de James Bond.
Le FBI
Le FBI (Federal Bureau of Investigation), une division du ministère de la
justice, est une organisation policière fédérale dont les agents sont répartis sur tout le
territoire des Etats-Unis. Le FBI s’occupe de cas tels que les enlèvements,
cambriolages de banques, localisation de fuyards, appréhension d’espions, etc. Chaque Etat
des Etats-Unis a sa police en uniforme, et chaque ville a également sa police en
uniforme. Il n’existe pas de "police nationale" en uniforme. On peut presque dire
que l’équivalent de la police nationale en civil serait le FBI, la police fédérale des
Etats-Unis. La division d’identification du FBI possède le plus grand fichier
d’empreintes digitales du monde. J. Edgar Hoover fut nommé directeur du FBI en
1924, avec pour mission d’en éliminer la corruption, et également de sortir le
bureau de la politique. Il était toujours en fonction quand John Kennedy est devenu
président.
Le Secret Service
Attention, l’appellation est trompeuse aux oreilles d’un Français. Ce n’est pas
un service secret comme on l’entend généralement, comme peut l’être, par
exemple, la CIA. Ce n’est ni une agence de renseignements, ni un service
36 17d’espionnage . Pour faire simple, disons que c’est le service de protection du
président : ce sont ses gardes du corps, chargés de sa sécurité, comme de celle de son
épouse. Le Secret Service est une agence du Département du Trésor, créé en 1865
par le président d’alors, Abraham Lincoln, dans le but de combattre les
fauxmonnayeurs. C’est après l’assassinat du président William Mc Kinley que le Secret
Service a été chargé de s’occuper de la protection du chef de l’exécutif. Par la suite,
leurs prérogatives ont également inclus la protection du vice-président, de la
famille du président, des anciens présidents et de leurs épouses. Les agents du Secret
Service sont également responsables de la protection de la Maison-Blanche.

17 Ne pouvant être traduit, ce terme restera écrit dans ce livre dans sa forme originale, en
italique : Secret Service.
37


Chapitre II.
Kennedy



1. La famille Kennedy
John Fitzgerald Kennedy est né à Boston, dans l’Etat du Massachusetts, le 29
mai 1917. Il est le fils de Joseph Patrick Kennedy (dit "Joe") et Rose Fitzgerald,
une famille de confession catholique, dont les origines sont irlandaises.
John a vécu une enfance heureuse. Son père, Joe, un homme débrouillard, a
réussi dans les affaires, faisant fortune à Wall Street. La famille Kennedy est aisée, et
surtout nombreuse : John a un grand frère, Joseph P. Kennedy Junior (dit "Joe
Junior", né en 1915), et également quatre petites sœurs, Rosemary (née en 1918),
Kathleen (née en 1920), Eunice Mary (née en 1921), Patricia (née en 1924), puis
un petit frère, Robert Francis (dit "Bobby", né en 1925), une autre petite sœur, Jean
Ann (née en 1928), et un dernier petit frère Edward Moore (dit "Ted", né en 1932).
Le chef de la famille, véritable patriarche d’une dynastie, Joe Kennedy est un
homme ambitieux, intéressé par la politique et les affaires du pays. Il sera
ambassadeur des Etats-Unis à Londres, en poste de 1938 à 1940. N’ayant pas réussi à
pousser sa carrière aussi loin qu’il en aurait rêvé, il reportera cette ambition sur ses
fils. Objectif : la Maison-Blanche.
Mais le fils aîné, Joe Junior, lieutenant dans la marine américaine durant la
Se18conde Guerre Mondiale, meurt dans l’explosion de son avion en août 1944 . Ce
sera donc à John de reprendre le flambeau. Son destin d’homme public est en
marche.
Déjà, John a montré de grandes qualités intellectuelles, doublées d’un courage
certain, forgé qu’il est par l’état d’esprit conquérant de son père. Il est diplômé de
l’université d’Harvard en 1940. En 1943, alors qu’il est lui-aussi dans l’armée
américaine, combattant les forces de l’Axe, il frôle la mort lors d’un événement qui,
rétrospectivement, contribuera à donner de lui l’image positive du héros sans peur.
La vedette lance-torpilles PT 109, dans laquelle il a pris place avec ses hommes, est
coulée par un navire japonais. John Kennedy est blessé, mais il parvient à
s’échapper en sauvant ses hommes.
Après la guerre, c’est une carrière politique toute tracée qui attend John, et
celle-ci commence par un passage au Congrès, où il est élu comme représentant
démocrate de la région de Boston.

18 Quatre ans plus tard, c’est au tour de Kathleen d’être frappée par le destin, en mourant
dans l’accident d’un petit avion à bord duquel elle état montée avec son mari.
39 L’ascension se poursuit, et John Kennedy est élu sénateur en novembre 1953.
Deux mois plus tôt, sa vie privée a connu une étape très importante, puisqu’il a
épousé la jolie Jacqueline Bouvier ("Jackie"), le 12 septembre 1953, à Newport.
En 1954/1955, alors qu’il est en convalescence, à la suite d’une opération du
dos, il écrit un livre, titré Profiles in Courage. Ce livre fait le portrait de huit
sénateurs ayant fait preuve, chacun, d’un acte de courage au cours de leur carrière
politique, osant prendre une décision selon leur conscience, au risque de perdre de
leur popularité. Ce bel esprit mit en exergue par John Kennedy lui permettra
d’obtenir le prix Pulitzer, catégorie histoire, en 1955.
En 1960, comme tous les quatre ans, ont lieu les élections à la présidence des
Etats-Unis. Il s’agit de trouver un successeur au président Dwight D. Eisenhower.
John Kennedy est le candidat du camp démocrate. Son adversaire républicain est
Richard Nixon. Cette campagne est restée célèbre, d’abord parce qu’elle est
l’occasion du premier débat télévisé de l’histoire politique américaine. Les résultats
sont très serrés. Avec environ 110 000 voix d’avance (sur un total d’environ 68
millions), c’est John F. Kennedy qui l’emporte.
John Kennedy est élu le 8 novembre 1960, et devient le trente-cinquième
prési19dent des Etats-Unis. Il prend ses fonctions le 20 janvier 1961 .
2. La présidence de John Kennedy
Washington, le 20 janvier 1961, John Kennedy prête serment, et devient
officiellement le trente-cinquième président (et le plus jeune) de l’histoire des
EtatsUnis. Il est aussi le premier – et le seul, à ce jour – président catholique de
l’histoire de ce pays. Son vice-président est le Texan Lyndon Johnson.
Il hérite d’une situation politique difficile, tant sur le plan intérieur (avec, entre
autres, la situation des populations noires discriminées) que sur le plan
international (avec la guerre froide). Il nomme son propre frère Robert (Bobby) comme
ministre de la justice.
John Kennedy président, c’est d’abord un style. Il représente une nouvelle ère,
qu’il symbolise physiquement, ne serait-ce que grâce à son âge, quarante-quatre
ans, ce qui est jeune pour un président. Bien évidemment, sa jeune et jolie femme,
Jackie, très aimée des Américains, contribue à le rendre sympathique.
John Kennedy était un président qui avait de bons rapports avec la presse. Doté
d’un sens de l’humour développé, et foncièrement honnête, il était fort apprécié des
journalistes correspondants accrédités à la Maison-Blanche.
Parmi les membres les plus importants de son gouvernement (Administration)
on trouve :

19 Pour en savoir plus sur la vie de John Kennedy, lire Chroniques de l’histoire : J.F.
Kennedy, Editions Chronique, 1996.
40 - Vice-Président : Lyndon Johnson
- Secretaries (ministres) : Dean Rusk (Secretary of State, ministre des
Affaires Etrangères), C. Douglas Dillon (Secretary of the Treasury, ministre des
finances), Robert S. McNamara (Secretary of Defense, ministre de la
Défense), Orville L. Freeman (Secretary of Agriculture, ministre de
l’Agriculture)
- Attorney General (ministre de la Justice) : Robert F. Kennedy
- Special Counsel to the President (Conseiller spécial du Président) :
Theodore Sorensen
- Special Assistants to the President (assistants du Président) : McGeorge
Bundy (National Security Advisor, Conseiller à la Sécurité Nationale), P.
Kenneth O’Donnell, Arthur Schlesinger, Jr.
- Press Secretary (chargé de l’information, porte-parole) : Pierre Salinger
- Military Aides (Conseillers militaires) : Brig. General Chester V. Clifton
(Army, Armée de terre), Col. Godfrey McHugh (Air Force, Armée de l’air)

Sa présidence est marquée par plusieurs moments forts :
- Son discours d’intronisation (Inaugural address), d’abord, le 20 janvier
1961. Un discours fort, émouvant, dans lequel le président Kennedy parle
d’une nouvelle génération. Et bien sûr, on se souvient de cette fameuse
phrase que ce disours contient : "And so, my fellow Americans : ask not
what your country can do for you – ask what you can do for your
coun20try." Quelle force !
- En avril 1961. Tentative de débarquement d’exilés cubains anticastristes
soutenus par les Etats-Unis à Cuba (à la Baie des Cochons) pour renverser
le nouveau régime de Fidel Castro. C’est un désastre. Cette opération avait
été décidée, puis mise sur pied, du temps d’Eisenhower. Quand Kennedy
est arrivé au pouvoir, il a simplement permis que les équipes en place
poursuivent leur but. Mais il a été mal conseillé, les responsables de l’opération
lui affirmant que l’invasion réussirait. C’est le contraire qui se produit, et
sur les 1400 hommes déployés, plus de mille sont faits prisonniers par les
forces castristes. Kennedy refuse l’idée d’envoyer un porte-avions
américain pour leur porter secours. C’est un échec retentissant pour les exilés
cubains, donc pour les Etats-Unis, donc pour leur président, qui en prend la
responsabilité.

20 (Traduction par l’auteur F. Carlier : « Aussi, mes chers compatriotes, ne demandez pas ce
que votre pays peut faire pour vous, mais demandez ce que vous pouvez faire pour votre
pays. »). Voir annexe n°7 pour lire l’intégralité de ce discours. Et pour le revoir en vidéo :
http://www.jfklibrary.org/Asset-Viewer/BqXIEM9F4024ntFl7SVAjA.aspx
41 - En juin 1961. Sommet de Vienne, entre les deux grandes puissances. C’est
la première fois que "les deux K" (Nikita S. Khrouchtchev et John F.
Kennedy) se rencontrent.
- Le 25 septembre 1961. Ce jour-là, en pleine guerre froide, John Kennedy,
le leader du monde libre, tient un discours très beau et humain devant
l’assemblée générale des Nations Unies. En voici un court extrait :
"Never have the nations of the world had so much to lose, or so much to gain.
Together we shall save our planet, or together we shall perish in its flames. Save
it we can, and save it we must. And then shall we earn the eternal thanks of
mankind, and, as peacemakers, the eternal blessing of God."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Jamais les nations du monde n’ont eu
autant à perdre ou à gagner. Nous sauverons notre planète ensemble, ou nous
périrons ensemble dans ses flammes. La sauver, nous le pouvons, la sauver, nous le
devons. Et nous gagnerons alors les remerciements éternels de l’humanité, et, en
tant qu’artisans de la paix, la grâce éternelle de Dieu ».
- 12 septembre 1962, Dans le stade de l’université Rice, à Houston, au Texas
(Rice Stadium, Rice University). Lors d’un discours d’une durée de
dixneuf minutes, sur le thème de l’exploration de l’espace ("The space
effort"), Kennedy eut cette phrase célèbre :
"We choose to go to the moon. We choose to go to the moon in this decade and
do the other things, not because they are easy, but because they are hard,
because that goal will serve to organize and measure the best of our energies and
skills, because that challenge is one that we are willing to accept, one we are
unwilling to postpone, and one which we intend to win, and the others, too."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Nous faisons le choix d’aller sur la
lune. Nous faisons le choix d’aller sur la lune dans cette décennie et de faire
d’autres choses, non pas parce qu’elles sont faciles, mais parce qu’elles sont
difficiles, parce que cet objectif va servir à organiser et mesurer le meilleur de nos
énergies et de nos compétences, parce que ce défi est un défi que nous avons la
volonté d’accepter, un défi que nous refusons de remettre à plus tard, un défi que
nous avons l’intention de remporter, et les autres aussi. »
- En octobre 1962 : la crise des missiles de Cuba. Ce mois là, des
reconnaissances aériennes au-dessus de l’île de Cuba indiquèrent que les Russes
tentaient d’y installer des missiles nucléaires. En réaction, Kennedy imposa
une quarantaine sur toutes les armes offensives en direction de Cuba.
L’épreuve de force entre les deux grande puissances dura quelques jours, la
tension étant à son comble. Heureusement, les Russes finirent par
abandonner leur projet et retirèrent leurs missiles. Cet épisode terrible, où le
monde fut à la limite de la guerre nucléaire (on a alors véritablement frôlé
ela III guerre mondiale), démontra aux Russes que, finalement, le chantage
à l’arme nucléaire avait ses limites. Les deux côtés comprirent que l’intérêt
42
??commun était d’arrêter la prolifération des armes atomiques, et ils
commencèrent à agir dans ce sens. (Test ban treaty de 1963).
- Juin 1963 : discours à Berlin. Devant une foule forte de plus d’un million
de personnes venues l’acclamer, le président américain, en visite à
BerlinOuest (la ville est alors coupée en deux), prononce un discours devenu
célèbre, avec cette fameuse phrase prononcée en allemand : "Ich bin ein
Berliner".

On retiendra aussi de John Kennedy qu’il aura été un président qui s’est battu
pour la cause des "civil rights" (les droits civils) aux Etats-Unis, ainsi que pour
21celle des droits de l’homme dans le monde.

21 Pour en savoir plus sur la présidence de John Kennedy, lire Kennedy, les 1000 jours d’un
président, par André Kaspi, Armand Colin, 1993.
43


Chapitre III.
Le voyage à Dallas



221. Vendredi 22 novembre 1963
"From Dallas, Texas, the flash, apparently official. President Kennedy died at 1:00
p.m. Central Standard Time, two o’clock Eastern Standard Time… Some
thirty23eight minutes ago." (Walter Cronkite, studios de CBS, 14h37) .
Novembre 1963. Le président des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy, est en
tournée au Texas. C’est un voyage politique de deux jours, préparé depuis cinq
mois, en prévision des élections présidentielles de l’année prochaine, dans un Etat
conservateur (où la population est plus proche des républicains de Nixon que des
démocrates de Kennedy). Ce voyage a également pour but de ressouder les liens
entre les démocrates du Texas.
Kennedy a été élu en novembre 1960 et a pris ses fonctions en janvier 1961.
L’élection du président des Etats-Unis ayant lieu tous les quatre ans, les prochaines
élections auront lieu en novembre 1964. Kennedy est candidat à sa propre
succession, et comme la campagne pour l’élection présidentielle, traditionnellement, se
prépare la dernière année du mandat, il profite de son déplacement au Texas pour
démarrer celle-ci. Le Texas n’est pas un Etat qui lui est très favorable : en effet il
est plutôt conservateur, républicain, peuplé de propriétaires terriens blancs. C’est la
région d’origine du Ku Klux Klan, le sud des Etats-Unis.
Comme Kennedy est accompagné par le vice-président Johnson, originaire du
Texas, il espère des retombées favorables à sa pré-campagne.
Le jeudi 21 novembre, le président quitte la Maison-Blanche le matin et rejoint
le vice-président Johnson à San Antonio, dans l’Etat du Texas. Ils vont ensuite à
Houston, puis Fort Worth, où ils passent la nuit. Le vendredi 22 novembre,
l’emploi du temps est chargé : il comprend un petit déjeuner à Fort Worth suivi
d’un discours public, puis le déplacement rapide vers Dallas en avion, un défilé
dans le centre de Dallas, suivi d’un discours important au Trade Mart (salon des
expositions commerciales) pendant le déjeuner devant des hommes d’affaires et

22 Le lecteur intéressé trouvera un long récit détaillé dans le livre : The death of a President,
par William Manchester, World Books, 1968.
23 Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « De Dallas, une dépêche qui semble officielle. Le
président Kennedy est mort à 13h00, heure locale, soit 14h00 sur la côte est… Il y a
environ 38 minutes. »
45 des personnalités de Dallas, puis une visite à Austin où doit avoir lieu une
réception et un banquet pour recueillir des fonds pour le parti démocrate, puis enfin
rejoindre le ranch du vice-président Johnson. L’idée de traverser la ville de Dallas
en cortège automobile permettait au plus grand nombre de gens possible de voir le
président.
Lorsque le président se déplace, il est accompagné de ses gardes du corps, les
hommes du Secret Service. Et bien sûr, ceux-ci préparent le voyage en amont.
Voici comment ils ont préparé le voyage à Dallas :
On any presidential visit out of Washington, D.C., the Secret Service makes
extensive advance preparations. […]
When the president proposes to make a trip away from the District of Columbia,
overall planning responsibility for the trip is the province of the Special Agent in
Charge of the White House Detail or whichever one of his assistants has been
designated to make the trip in charge of the detail. The Special Agent in charge of
the trip in turn assigns agents to act as advance agents at each destination of the
proposed trip. The assigned advance agent works closely with the Special Agent
in Charge of the District in which the visit is scheduled. He coordinates all local
activities and works out a minute-by-minutele for the President’s visit. He
coordinates, through the Special Agent in charge of the proposed trip, all
arrangements with the White House staff, with field offices of the Secret Service,
with political party officials and others directly concerned with the President’s visit.
He also goes to the destination of the proposed visit and personally takes charge
of coordination with local law enforcement agencies and other local officials.
On November 4, 1963, the Secret Service White House Detail was informed that
the President planned to make a trip to Dallas on November, 22, 1963. Assistant
Special Agent in Charge (ASAIC) Roy H. Kellerman was designated to be in
charge of the Texas trip and Special Agent (SA) Winston G. Lawson was
assigned as advance agent in charge of preparation for the proposed Dallas visit.
24Final confirmation of the visit plans was received on November 8, 1963.
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : À chaque occasion d’une visite
présidentielle en dehors de Washington [capitale des Etats-Unis], le Secret Service
s’occupe des préparatifs approfondis en avance.
[…]
Quand le président compte faire un voyage en dehors du District de Columbia
[note du traducteur : = Washington, la capitale], la responsabilité de
l’organisation de l’ensemble du voyage est de la compétence de l’Agent Spécial
en charge du détachement de la Maison Blanche, ou n’importe lequel de ses
assistants qui a été désigné pour faire le voyage en charge du détachement. À son
tour, l’Agent Spécial responsable du voyage affecte ses agents qui partent en
avant-garde à chacune des destinations du voyage prévu. Chacun de ces agents
éclaireurs travaille étroitement avec l’Agent Spécial responsable du district dans
lequel la visite est programmée. Il coordonne toutes les activités locales et éla-

24 Extrait tiré du "Report of the U.S. Secret Service on the Assassination of President
Kennedy", U.S. Treasury Department, décembre 1963, WCD 3, vol.1. Document très
intéressant à lire. En effet, ce rapport du Secret Service raconte avec force précisions
comment le voyage fut préparé, organisé, et vécu par les gardes du corps du président Kennedy.
46
?bore un emploi du temps minuté pour la visite présidentielle. Par l’entremise de
l’Agent Spécial responsable du voyage proposé, il coordonne toutes les
dispositions avec le personnel de la Maison Blanche, avec les antennes locales du Secret
Service, avec les représentants des partis politiques et autres personnes
directement concernées par la visite du Président. Il se rend également à la destination
du voyage en préparation et prend en mains personnellement la coordination
avec tous les services locaux chargés de faire respecter la loi, et autres
fonctionnaires locaux.
Le 4 novembre 1963, le détachement du Secret Service chargé de la Maison
Blanche fut informé que le Président projetait de faire un voyage à Dallas le 22
novembre 1963. L’Agent Spécial Responsable Adjoint Roy H. Kellerman fut
désigné pour prendre la responsabilité du voyage au Texas et l’Agent Spécial
Winston G. Lawson fut affecté comme agent éclaireur chargé de la préparation
de la visite de Dallas à venir. La confirmation finale du programme de la visite
fut reçue le 8 novembre 1963
Le vendredi 22 novembre, l’avion présidentiel Air Force One se pose sur
l’aéroport Love Field de Dallas à 11h40, heure locale. L’avion du vice-président
Johnson, Air Force Two, était arrivé quelques minutes auparavant et ainsi le
viceprésident et sa femme avaient rejoint le groupe des personnalités chargées de
l’accueil du président. À bord d’Air Force One, le couple Kennedy a voyagé en
compagnie du gouverneur Connally et de sa femme Nellie. Au pied de l’avion,
Jaqueline Kennedy, habillée d’un tailleur rose, reçoit un bouquet de roses rouges.
La foule se presse sur les barrières pour voir le président et pendant quelques
minutes le président et sa femme vont aller se présenter au public et même serrer des
mains dans la foule. Ensuite, ils montent dans la limousine. Au programme, la
traversée de la ville de Dallas en cortège automobile, à vitesse réduite, pour se rendre
à un déjeuner au Trade Mart, où Kennedy doit prononcer un discours. Le cortège
va suivre un itinéraire précis, retenu par les conseillers de la Maison-Blanche et
approuvé par le Secret Service depuis plusieurs jours. Cet itinéraire a même été
publié par le journal local.
Après que Kennedy eut serré des mains, le cortège présidentiel s’élance. Ce
cortège est d’abord composé de motocyclistes de la police de Dallas, suivis par la
voiture pilote dans laquelle ont pris place des policiers de Dallas. Elle est là pour
s’assurer que tout va bien devant. Ensuite de nouveau des motocyclistes, ensuite la
voiture de tête du cortège proprement dit conduite par le chef de la police Jesse
25Curry et dans laquelle ont pris place des agents du Secret Service (Forrest Sorrels
et Winston Lawson), ainsi que le shérif du comté Bill Decker. En contact radio
permanent avec les unités de police, ils sont là pour la sécurité du cortège.

25 Il est le responsable de l’antenne du Secret Service de Dallas.
47 Vient ensuite la limousine présidentielle, une Lincoln Continental
décapota26ble , dans laquelle ont pris place : à l’avant le chauffeur Bill Greer et un garde du
corps du président, Roy Kellerman ; sur la rangée de strapontins du milieu sont
assis le gouverneur du Texas, John Connally et sa femme à sa gauche ; et enfin, sur
les sièges arrière, sont assis le président Kennedy et sa femme. Puis de nouveau des
motocyclistes. Vient ensuite la voiture du Secret Service attachée à la voiture
présidentielle, dans laquelle se trouvent huit agents du Service, deux devant, deux
derrière, deux de chaque côté debout sur les marchepieds, surveillant la foule avec
attention. Chaque agent est, bien sûr, armé.
Vient ensuite la voiture du vice-président, dans laquelle a pris place Lyndon
Johnson, accompagné de sa femme Lady Bird et du sénateur Ralph Yarborough et
un garde du corps de Johnson, Rufus Youngblood.
Puis vient la voiture des agents du Secret Service attachés au vice-président.
Suivent encore cinq autres voitures avec des personnalités politiques, dont le maire
de Dallas Earl Cabell. Puis d’autres voitures et autocars de presse pour les
journalistes et photographes. Puis d’autres voitures de police, pour s’assurer qu’aucun
véhicule ne vienne s’insérer dans le cortège.
Le soleil brille, il fait une belle journée, et toute la ville est en effervescence.
Les habitants de Dallas, tout excités par la venue de leur président, lui offrent un
accueil chaleureux.
La petite caméra personnelle au poing, Abraham Zapruder, homme d’affaires de
Dallas, dont les bureaux de sa société Jennifer Juniors (habillement) se trouvent
non loin de là, se présente à Dealey Plaza afin de trouver un bon emplacement pour
filmer le cortège présidentiel qui doit passer à cet endroit. Il est accompagné de sa
réceptionniste Marilyn Sitzman. Il aperçoit un petit muret sur lequel il va aller
s’installer afin d’effectuer les réglages pour la prise de vue. Il ne se doute pas, à cet
instant, que ce petit bout de film qu’il va tourner deviendra le film amateur le plus
econnu, le plus controversé, le plus important, le plus choquant, peut-être, du XX
siècle.
Tout se passe très bien, la foule est enthousiaste. À 12h30, le cortège
présidentiel termine sa traversée de Dallas, à la sortie de la ville par l’ouest, à Dealey
Plaza ; quittant Main Street pour tourner à droite dans Houston Street, puis tout de
suite à gauche dans Elm Street, passant devant un bâtiment en briques rougeâtres
27qui fait le coin, un dépôt de livres scolaires, le "Texas School Book Depository ".
À l’intérieur de ce grand bâtiment, les employés ont cessé leur travail pour venir
voir le cortège présidentiel passer devant eux. La plupart sont sortis sur les
marches. Mais trois employés, Bonnie Ray Williams, Harold Norman et James Jarman,

26 La voiture présidentielle était un modèle spécial, basée sur une Lincoln Continental de
1961, mais rallongée et comprenant des équipements spécifiques. Son nom de code pour le
Secret Service était : SS-100-X.
27 Anciennement appelé "Sexton Building".
48 Jr., sont restés au quatrième étage, pensant que, de là-haut, ils verraient mieux.
Audessus d’eux, au cinquième étage, une fenêtre, au coin le plus à l’est, est ouverte…
Au bout de Dealey Plaza, la foule commence à se réduire. Devant la limousine,
on voit le pont de chemin de fer. Dans deux minutes, le président sera au Trade
Mart, là où doit avoir lieu le déjeuner. Tout va bien.
Le président et à sa femme regardent les gens qui leur font signe. Sur la gauche,
se trouvent Charles Brehm et son fils, et un peu plus loin, debout sur la pelouse, à
côté de son amie Mary Moorman qui tient son appareil photo Polaroïd, se trouve
l’institutrice Jean Hill, vêtue d’un manteau rouge. De l’autre côté de la route, à
28droite du président, se trouvent Bill Newman et sa petite famille .
Brusquement, des coups de feu sont tirés, surprenant tout le monde, au point
que plusieurs personnes penseront d’abord à des pétards, ou à une pétarade venant
d’une moto. Le président Kennedy et le gouverneur Connally sont touchés. Tout se
passe si vite que, dans les premières fractions de secondes, personne n’a le temps
de comprendre ce qui se passe. Le chauffeur de la limousine présidentielle, Bill
Greer, commet l’erreur de ralentir et de se retourner pour voir ce qui se passe. Au
début, Jackie, qui regarde de l’autre côté, ne se rend pas compte du drame qui se
joue. Son mari vient d’être touché, mais elle ne le sait pas encore. Quelques
secondes qui se figent dans le temps, où le sang se glace dans les veines, où les
esprits ne comprennent pas ce qui se passe : des gens se jettent par terre pour se
protéger, d’autres crient, d’autres encore sont pétrifiés. En tout, trois coups de feu
29claquent . Kennedy reçoit une balle en pleine tête : son sang gicle. C’est l’effroi !
On vient de tirer des coups de feu sur le président Kennedy !…
Dans la foule, une personne a bien vu le fusil du tireur pendant les tirs : c’est
James Worrell, placé juste au pied du dépôt de livres. Il n’est pas le seul. Sur le
trottoir d’en face, le jeune Amos Lee Euins, lui aussi, voit le canon du fusil du
ti30reur . Il parvient à voir que l’homme qui tient le fusil est un individu de race
blanche, mais pas plus. Un autre homme, âgé de quarante-quatre ans, Howard
Brennan, placé à peu près entre les deux premiers, a également eu le regard attiré
par du mouvement dans un bâtiment : il voit le tireur. Mieux, il arrive, rapidement,
à voir l’homme qui tient le fusil. Il donnera très vite une description de cet homme
(un homme blanc, mince, d’à peu près trente ans, grand d’environ 1m77) au
premier policier qu’il interpellera dans la cohue. Tous ces hommes (Brennan, Euins et

28 Voir dans la section "Images", le plan situant les témoins de la scène.
29 Tous les journalistes présents à Dealey Plaza ont déclaré avoir entendu 3 coups de feu. Le
premier à réagir et avertir sa rédaction fut Merriman Smith (UPI newswire bulletin, à
12h34). Le meilleur livre sur le sujet est : President Kennedy has been shot, par Cathy Trost
et Susan Bennett, Newseum, 2003 (avec CD audio). Parmi la foule présente, une très
grande majorité a entendu trois tirs (quelques-uns en ont entendu deux ou quatre). On
notera aussi que près de 95 % des témoins sur place n’ont entendu les tirs venir que d’une seule
provenance (ce qui exclut qu’il y ait eu plusieurs tireurs).
30 Lire des extraits de sa déposition devant la commission Warren en annexe n°28.
49 Worrell) diront la même chose : le tireur était placé au cinquième étage du dépôt de
livres scolaires, à la fenêtre la plus à l’est.
Justement, au même moment, les trois hommes du quatrième étage qui étaient
en train de regarder le cortège ont bien entendu trois tirs, juste à l’étage au-dessus
d’eux. Mieux : comme ils l’ont déclaré plus tard aux enquêteurs, l’un d’entre eux
(Harold Norman) a entendu les douilles tomber sur le sol, après chaque tir, en plus
du mécanisme de la culasse du fusil, et un autre (Bonnie Ray Williams) a senti
quelque chose comme du ciment ou de la poussière lui tomber sur la tête.
En bas, sur Elm Street, les réflexes professionnels des agents du Secret Service
se manifestent. L’agent Clint Hill, qui était debout sur le marchepied de la voiture
suiveuse du Secret Service, réagit avec plus de promptitude que quiconque. En
moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il a sauté de sa position et couru vers la
limousine présidentielle. Il s’y accroche, au moment même où Jacqueline Kennedy
revient sur son siège, elle qui vient de récupérer, dans un réflexe inconscient, un
bout de cerveau de son mari sur le coffre du véhicule. Quant à lui, après le choc de
la surprise, le chauffeur de la limousine présidentielle, Bill Greer, a compris. Il
écrase l’accélérateur. C’est maintenant la course. Sirènes hurlantes, le cortège
fonce vers l’hôpital Parkland. Par radio, le chef de la police Jesse Curry donne ses
ordres. Jacqueline a pris son mari dans ses bras. John Kennedy respire encore, mais
on peut dire qu’il est déjà mort, son cerveau ayant été atteint et traversé par une
balle. L’agent du Secret Service Clint Hill s’agrippe tant bien que mal, pendant la
folle course vers l’hôpital. À tombeau ouvert sur l’autoroute Stemmons, puis sur
Industrial Boulevard, la limousine passe au-delà du Trade Mart, où les gens qui
attendaient le président, tout surpris, comprennent qu’il vient de se passer quelque
chose de grave.
À peine six minutes après les coups de feu, la limousine présidentielle pile
devant l’hôpital Parkland, déjà prévenu par radio, mais dont le personnel a à peine eu
le temps de se préparer. Dans les secondes qui suivent, arrivent en trombe,
également, les voitures des agents du Secret Service, la voiture de Lyndon Johnson, les
policiers à motos. Tout le monde s’active. La vue du président Kennedy est un
choc terrible ! Jackie Kennedy a déjà compris que son mari est mort. On aide
Connally à sortir de la limousine. Puis, à son tour, le président est emmené sur une
civière vers la salle des urgences n°1. Le gouverneur Connally est blessé lui-aussi,
et une autre équipe de médecins va s’occuper de lui, en salle des urgences n°2.
31Sur Dealey Plaza, c’est le chaos. Les films montrent des réactions diverses
parmi les gens présents dans la zone des tirs : certains se jettent à terre, avec leurs
enfants si c’est le cas, les autres se cherchent un abri., d’autres encore restent
pétrifiés. Les tirs ont cessé, mais personne ne le sait. En fait, l’ironie, mais c’est souvent

31 Il est chaudement recommandé au lecteur de se procurer la cassette vidéo de Robert
Groden, maintenant disponible en DVD, The assassination films, qui regroupe, sur un même
support, tous les films tournés ce jour-là (sauf celui de Patsy Paschall) sur Dealey Plaza.
Aujourd’hui, YouTube offre aussi beaucoup de films et images d’archives.
50 comme ça, c’est que les gens cherchent à se protéger après que le danger soit passé.
Puis la foule se met en mouvement.
Le policier Marrion Baker est sur sa moto, escortant le cortège présidentiel. Il
arrive sur Dealey Plaza quand éclatent les coups de feu. Son attention est attirée
par l’envol de pigeons du toit du bâtiment rouge, au coin, en haut de la rue Elm
Street (c’est à dire le dépôt de livres scolaires). Il gare sa moto, et se précipite dans
le bâtiment, arme au poing. Il cherche les escaliers. Roy Truly, le directeur, le voit
et lui indique le chemin. N’ayant pas réussi à appeler un ascenseur, les deux
hom32mes montent les escaliers quatre à quatre, Truly précédant le policier Baker .
Arrivé au premier étage, Baker a son attention attirée par un homme qui entre dans
33une salle, la salle à manger du personnel . En effet, il y a une petite vitre dans la
porte et Baker voit à travers la vitre un homme marcher dans la salle, qui vient d’y
entrer. Dans la précipitation, il est intrigué, et entre dans la cafétéria et interpelle
l’homme. Mais Truly, le directeur, lui confirme que cet homme est un employé de
dépôt de livres. Satisfait, et toujours dans un état de forte tension, Baker repart dans
les escaliers, direction le toit, laissant là l’employé. Celui-ci s’appelle Lee Harvey
Oswald.
Ce n’est qu’environ une minute après les coups de feu que les gens
commenceront à monter le petit monticule en pelouse surmonté d’une barrière en bois
(derrière laquelle se trouve un parking de voitures), et qui prendra le nom ce
jour34là, par hasard (et ça lui restera définitivement) de grassy knoll . Pourquoi ? Pour
suivre, en réaction, le policier Clyde Haygood. Celui-ci est à moto, et au moment
des coups de feu, il est encore dans Main Street, et s’apprête à tourner sur Houston
Street. Il n’a donc pas pu entendre la provenance des coups de feu. Lorsqu’il arrive
35sur Elm Street, il arrête sa moto avant le triple underpass et monte pour discuter
avec un policier sur le pont de chemin de fer. Ce n’est qu’à ce moment-là que des
gens montent le tertre gazonné, comme le montrent les films. Mais ils ne le font
pas après avoir vu un assassin, mais plutôt pour voir, juste comme ça. Par exemple,
il est important de noter que des gens comme la famille Newman restent au sol
pendant plus d’une minute, et y sont même filmés. On notera aussi que quelqu’un
comme Jean Hill, témoin célèbre, venue voir le cortège avec son amie Mary

32 Quoique ce point particulier ne soit pas complètement certain. En effet, dans une
interview qu’il a accordée au journal Youngstown Vindicator daté du 12 décembre 1963, à la
page 36, Roy Truly déclare : "The policeman ran up the stairs ahead of me and when I
arrived at the second floor he had his pistol out and was confronting Lee Oswald …"
(traduction : le policier courait devant moi). Mais Truly et Baker ont dit le contraire devant la
commission Warren. À moins que le journaliste ait mal répété ? Peu importe : ce point n’a
absolument aucune incidence sur le reste de l’histoire.
33 "Lunchroom", soit la salle de repli, ou la salle à manger, la salle de repos, la cafétéria, la
cantine du personnel.
34 Traduit, dans cet ouvrage, par "tertre gazonné" (on aurait pu dire aussi "butte herbeuse",
ou "monticule herbeux")
35 Traduit, dans cet ouvrage, par "pont de chemin de fer".
51 Moorman, située à gauche de la limousine, ne traversera la rue pour se rendre vers
ce fameux tertre gazonné que plus de deux minutes après les coups de feu (les
photos en font foi) : on peut donc difficilement prétendre qu’elle y est allée pour tenter
de rattraper l’assassin éventuel.
Pendant ce temps, en ville, les forces de police s’activent pour trouver le
coupable. À Dallas, il y a le "DPD", Dallas Police Department, dont le chef est Jesse
Curry, à ne pas confondre avec le Sheriff’s office, commandé par Bill Decker, et où
travaille le policier Roger Craig, dont nous reparlerons. Le DPD était une force
36considérable , comprenant plus de mille agents. Il y a plusieurs grades : Chief of
police, deputy chief of police, captain, lieutenant, detective, seargent, patrolman.
Le quartier général est dans le bâtiment appelé City Hall. Plusieurs grandes
divisions forment le DPD, elles-mêmes composées de plusieurs services ou bureaux.
Le Homicide and Robbery Bureau, dirigé par la capitaine Will Fritz, est celui qui
prendra en charge l’affaire.
Des témoins ont entendu les coups de feu venir de derrière la barrière de bois, à
droite devant le cortège présidentiel. D’autres pensent que les tirs venaient du
dé37pôt de livres scolaires, un grand bâtiment situé à l’arrière de Kennedy. Le
journaliste Hugh Aynesworth, du Dallas Morning News, est présent et commence
immédiatement à interroger les témoins. Ceux qui ont entendu les tirs venant du
dépôt de livres, et mieux, ceux qui soupçonnent avoir vu le tireur à sa fenêtre se
manifestent. Les nombreux policiers investissent le bâtiment et le fouillent de fond
en comble. Rapidement, ils vont trouver des douilles, puis un fusil, au cinquième
38étage .

36 Pour en apprendre beaucoup sur le DPD de novembre 1963, lire l’article de Ian Grigs :
"DPD structure : November 1963", sur Internet à l’adresse
http://www.dealeyplazauk.co.uk/DPD%20Structure %20Nov1963.htm
37 Il est intéressant de noter que le terme "grassy knoll" n’existait pas au matin du 22
novembre 1963, et qu’il a été inventé à l’occasion de l’assassinat de Kennedy, puis utilisé par
tout le monde ensuite. Mais les premiers témoins interrogés, qui tentaient de décrire ce
qu’ils avaient entendu, utilisaient évidemment d’autres expressions, parfois peu précises.
Ce qui d’ailleurs a posé problème pour certains auteurs qui ont voulu classifier les témoins
selon la provenance des tirs qu’ils avaient indiquée. Tel témoin ayant parlé dans son
langage à lui voulait-il dire, oui ou non, l’endroit qu’on a appelé plus tard "le grassy knoll" ?
Pas toujours facile à déterminer. De même avec le Texas School Book Depository, le nom
du bâtiment où travaillait Oswald. Les témoins sur place ne connaissaient pas tous ce nom,
donc ont décrit ce bâtiment avec leur propre vocabulaire descriptif.
38 th Attention. "6 floor" doit se traduire par "cinquième étage". En effet, c’est de l’anglais
américain. Ils ont un étage de décalage par rapport à l’Europe. En anglais américain, "rez de
er echaussée" se dit "first floor", "1 étage" se dit "second floor", "2 étage" se dit "third
erfloor", etc. (Par contre, en anglais britannique, "rez-de-chaussée" se dit "ground floor", "1
eétage" se dit "first floor", "2 étage" se dit "second floor", etc.). En tout état de cause – et les
photos le montrent bien – c’est au cinquième étage du dépôt de livres qu’ont été retrouvées
les douilles.
52 Sur la base de la description du tireur fournie par un témoin du nom d’Howard
Brennan, le "dispatcher" (le "central") du DPD va lancer un appel général sur la
radio de la police :
Attention all squads. Attention all squads. The suspect in the shooting at Elm and
Houston is reported to be an unknown white male, approximately thirty, slender
build, height five feet ten inches, weight one hundred sixty-five pounds, reported
to be armed with what is thought to be a 30 caliber rifle. Attention all squads. The
suspect from Elm and Houston is reported to be an unknown white male about
thirty, slender build, five feet ten inches tall, one hundred sixty-five pounds, armed
with what is thought to be a 30-30 rifle. No further description at this time, or
in39
formation. 12:45
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Appel général à toutes les voitures. Le
suspect dans la fusillade au croisement Elm et Houston est décrit comme un
individu de race blanche, la trentaine, silhouette mince, environ 1m80 et 75 kilos,
décrit comme étant possiblement armé d’un fusil de calibre de 7,62 mm. Appel
général à toutes les voitures. Le suspect du croisement Elm et Houston est décrit
comme un individu de race blanche, environ 30 ans, silhouette mince, environ
1m80 et 75 kilos, armé possiblement d’un fusil de calibre de 7,62 mm. Pas
d’autre description ou information à ce stade. Midi 45. »
Les témoins qui ont quelque chose d’intéressant à dire à la police feront des
dépositions, le jour même, ou dans les jours qui suivirent. Certains récits sont très
importants. Voici par exemple ce qu’a raconté Howard Brennan, l’homme qui a vu
un tireur au cinquième étage :
"I was sitting on a ledge or wall near the intersection of Houston Street and Elm
Street near the red light pole. I was facing in a northerly direction looking across
the street from where I was sitting. I take this building across the street to be
about 7 stories anyway in the east endof [sic] the building and the second row of
windows from the top I saw a man in this window. I had seen him before the
President’s car arrived. He was just sitting up there looking down apparently
waiting for the same thing I was to see the President. I did not notice anything
unusual about this man. He was a white man in his early 30’s, slender, nice
looking, slender and would weigh about 165 to 175 pounds. He had on light colored
clothing but definately [sic] not a suit. I proceeded to watch the President’s car as
it turned left at the corner where I was and about 50 yards from the intersection of
Elm and Houston and to a point I would say the President’s back was in line with
the last windows I have previously described I heard what I thought was a back
fire. It run [sic] in my mind that it might be someone throwing firecrackers out the
window of the red brick building and I looked up at the building. I then saw this
man I have described in the window and he was taking aim with a high powered
rifle. I could see all of the barrel of the gun. I do not know if it had a scope on it or
not. I was looking at the man in this windows at the time of the last explosion.
Then this man let the gun down to his side and stepped down out of sight. He did
not seem to be in any hurry. I could see this man from about his belt up. There

39 Intervention du dispatcher, à 12h45, sur le canal 1
53
?was nothing unusual about him at all in appearance. I believe that I could identify
40
this man if I ever saw him again."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « J’étais assis sur un rebord ou un mur
près de l’intersection des rues Houston Street et Elm Street, près du poteau du
feu rouge. Je faisais face au nord et je regardais en face, de l’autre côté de la rue
de où j’étais assis. Je pense que le bâtiment de l’autre côté de la rue devait avoir
sept étages, mais en tout cas, à l’extrémité est du bâtiment, et la deuxième rangée
de fenêtres en partant du toit, j’ai vu un homme à cette fenêtre. Je l’avais vu
avant que la voiture du président n’arrive. Il était juste assis là, regardant en bas,
apparemment en train d’attendre la même chose que moi : voir le président. Je
n’ai rien remarqué d’étrange en ce qui concerne cet homme. C’était un homme
blanc, d’une trentaine d’années, mince, beau, mince, et devant peser environ 75 à
80 kilos. Il avait un habit de couleur claire, mais en tout cas pas un costume. Je
me suis mis à regarder la voiture présidentielle, au moment où elle tournait à
gauche, au coin où je me trouvais, et à environ 45 mètres de l’intersection d’Elm
Street et Houston Street, et à un point où le dos du président était aligné avec les
dernières fenêtres que je viens de décrire. J’ai entendu ce que j’ai pris pour une
pétarade de moto. J’ai pensé que ça pouvait être quelqu’un qui lançait des
pétards de la fenêtre du bâtiment en briques rouges et j’ai levé les yeux vers ce
bâtiment. J’ai alors vu à la fenêtre cet homme que j’ai décrit, et il était en train de
viser avec un fusil très puissant. Je pouvais voir toute la longueur du canon du
fusil. Je ne sais pas s’il avait un viseur ou non. Je regardais l’homme de la
fenêtre au moment de la dernière détonation. Et puis l’homme a baissé son arme et
s’est reculé hors de vue. Il ne semblait pas être pressé. Je pouvais voir environ
tout le haut de cet homme à partir de la ceinture. Il n’y avait rien de spécial en ce
qui concerne son apparence. Je crois que je pourrais identifier cet homme si je le
revoyais. »
Voici ce que déclare Harold Norman, l’un des hommes qui étaient au quatrième
étage du TSBD :
About 12:15 P.M. on this same date, after I had eaten my lunch, I went to the fifth
floor of the building to watch the parade of the President pass the building.
Bonnie Ray Williams and James Jarman, who also worked at this building went with
me. We took a position in the south-east corner of the building on the fifth floor
and I was looking out the window which is closest to the east end of the building
overlooking Elm Street.
Just after the President passed by, I heard a shot and several seconds later I
heard two more shots. I knew that the shots had come from directly above me,
and I could hear the expended cartridges fall to the floor. I also could hear the bolt

40 Extraits de la déposition du témoin Howard Brennan, 22 novembre 1963. Lire
l’intégralité en annexe n°26. (note : la répétition du mot "slender", c’est à dire "mince", est
dans le texte original).
54
?action of the rifle. I saw some dust fall from the ceiling of the fifth floor and I felt
41
sure that whoever had fired the shots was directly above me."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « À environ midi un quart, ce même jour
[note : le 22 novembre 1963], après que j’eus pris mon déjeuner, je suis allé au
quatrième étage du bâtiment pour regarder le défilé du président passer devant le
bâtiment. Bonnie Ray Williams et James Jarman, qui travaillaient également
dans cet immeuble sont venus avec moi. Nous nous sommes placés dans le coin
sud-est du bâtiment au quatrième étage et moi je regardais par la fenêtre qui est
la plus proche de l’extrémité est du bâtiment, donnant sur la rue Elm Street.
Juste après que le président fut passé devant nous, j’ai entendu un coup de feu, et
quelques secondes plus tard, j’ai entendu deux coups de feu de plus. Je savais
que les tirs venaient directement d’au-dessus de moi, et j’entendais les douilles
tomber sur le plancher. Je pouvais également entendre la culasse mobile du fusil.
J’ai vu de la poussière tomber du plafond sur le plancher du quatrième étage, et
j’étais persuadé que celui qui avait tiré était juste au-dessus de moi ».
Pendant que la police cherche activement le suspect, les dépêches tombent sur
les téléscripteurs des rédactions, en effervescence. La nouvelle de la tentative
d’assassinat contre le président tombe comme un choc terrible sur la tête des
Américains, en cette heure du midi. La réaction du peuple – à part une infime minorité –
est une réaction de choc, de grande tristesse. C’est tout un pays qui s’arrête, en un
instant. Les téléphones sont pris d’assaut, et tant au niveau local qu’au niveau
national, de nombreux standards téléphoniques sautent.
Ce jour-là, à des milliers de kilomètres de là, une partie des membres du
gouvernement était en vol, dans un avion Boeing présidentiel, en route pour le Japon
pour une conférence économique, en provenance d’Hawaï, où ils avaient participé
à une conférence sur la situation au Vietnam. À bord, on trouvait, entre autres,
Dean Rusk, le ministre des Affaires Etrangères, d’autres ministres parmi lesquels
Douglas Dillon, Stewart Udall et Luther Hodges, ainsi que le porte-parole Pierre
Salinger, pour un total de vingt-huit passagers. Chacun était en train de lire ses
dossiers, quand soudain, le téléscripteur de l’avion apporta la mauvaise nouvelle :
des coups de feu venaient d’être tirés sur le cortège du président Kennedy, et
celuici était blessé. S’ensuivit une difficile attente, jusqu’à ce que le centre opérationnel
de la Maison Blanche envoie la confirmation de la mort du président. L’avion reçut
alors l’instruction de rentrer directement à Washington, après une escale de service
42à Honolulu.
Retour à Dallas. À l’hôpital, une équipe de médecins, anesthésistes, chirurgiens,
neurochirurgiens, s’occupe de Kennedy avec l’énergie du désespoir. Le président a
une blessure à la tête. Le sang coule. De la matière cervicale est visible. Assuré-

41 Extraits de la déposition du témoin Harold Norman, 4 décembre 1963. Lire l’intégralité
en annexe n°27.
42 Lire le récit émouvant de Pierre Salinger, le chargé de l’information (Press Secretary) à
la Maison Blanche, dans son livre With Kennedy, Avon Books, 1967 (traduit en français :
Avec Kennedy, Editions Buchet/Chastel, 1967)
55
?ment, Kennedy est dans un état très critique. Quand Kennedy est emmené dans la
salle des urgences, son corps ne bouge pas, et on ne sent pas son pouls. Le nombre
de docteurs et infirmières qui seront présents dans la salle des urgences autour de
Kennedy tourne autour de la vingtaine. (citons les docteurs Malcolm Perry,
William Kemp Clark, Charles Baxter, Robert McClelland, Charles Carrico, Ronald
Jones, Paul Peters, et les infirmières Audrey Bell, Diana H Bowron, Doris Nelson,
pour les plus connus). C’est le docteur Perry qui prend les affaires en main. Il
décide de pratiquer une trachéotomie sur Kennedy, afin d’aider le président à respirer.
Tous les docteurs font tout ce qu’ils peuvent. Mais il n’y a rien à faire. Malgré tous
leurs efforts, le président succombe à ses horribles blessures. À 13h00, tout est fini,
Kennedy est déclaré mort. Le prêtre catholique Oscar Huber lui donne les derniers
sacrements.
Mais ce n’est pas fini. Dans la ville de Dallas, un événement exceptionnel vient
de se produire : un policier, du nom de J.D. Tippit, vient d’être tué par balles, dans
le quartier d’Oak Cliff. Il est entre 13h00 et 13h15. La nouvelle est transmise à la
radio de la police. Des passants, qui ont vu la scène, utilisent la radio de la voiture
du policier abattu pour prévenir ses collègues. Immédiatement, de très nombreux
policiers s’y rendent en voiture. L’individu qui a tué Tippit a été vu par de
nombreux témoins, et a même été suivi dans sa fuite à pied. Dans la rue, il se fait
remarquer par son comportement bizarre lors du passage des voitures de police. Il
semble essayer de se cacher. Intrigué, un vendeur de chaussures du nom de Johnny
Calvin Brewer, le suit. L’individu va se cacher dans un cinéma. On appelle la
police. Les policiers arrivent en nombre, cernent le cinéma, et appréhendent
l’individu qui essaie de leur tirer dessus. Heureusement, dans la bagarre, un
policier parvient à bloquer le percuteur du revolver avec la main. L’individu est arrêté :
c’est Lee Harvey Oswald, un employé du dépôt de livres scolaires, qui a quitté son
travail précipitamment dans les minutes qui ont suivi la fusillade sur Dealey Plaza.
Voici comment Johnny Calvin Brewer a vécu la scène :
Friday November 22, 1963 I was at work at Hardy’s Shoe Store, 213 West
Jefferson. I had heard on the radio that the President had been shot, also that a
policeman had been shot in Oak Cliff. About 1:30 pm I saw a man standing in the
lobby of the shoe store. This man was wearing a brown sport shirt. He also acted
as if he was scared. About this time a police car came up the street going west on
Jefferson. When the police car reached Zangs it made a turn and went back east
on Jefferson. After the police car passed, the man in the lobby walked up on
Jefferson toward the Texas Theater. I followed the man up the street and he went
into the theater. I asked the girl if she had sold the man a ticket and she replied
that she did not think so, that she had been listening to the radio and did not
remember. I went into the show and asked Butch, the concession man, if he had
seen the man come in. Butch said that he had been busy and did not notice.
Butch and I then checked the exits to see if any of them had been opened. The
56 exits were all closed and did not appear to have been opened. I then went back to
43
the box office and told Julie [sic] to call the police.
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Le vendredi 22 novembre 1963, j’étais
au travail, au magasin de chaussures "Chez Hardy", situé au numéro 213, sur le
boulevard Jefferson, côté ouest. J’avais entendu à la radio qu’on avait tiré sur le
président, et qu’un policier aussi s’était fait tirer dessus dans le quartier d’Oak
Cliff. Vers 13h30, j’ai vu un homme debout dans l’entrée du magasin de
chaussures. Cet homme portait une chemise de sport marron. Mais aussi, il se
comportait comme s’il avait peur. À peu près à ce moment-là, une voiture de
police remontait la rue, roulant vers l’ouest sur le boulevard Jefferson. Quand la
voiture de police arriva au boulevard Zang, elle fit demi-tour et revint sur le
boulevard Jefferson, en direction de l’est. Après que la voiture fut passée, l’homme
qui était dans l’entrée se mit à marcher, boulevard Jefferson, vers le cinéma
"Texas". Je suis sorti dans la rue pour suivre cet homme ; il est entré dans le
cinéma. J’ai demandé à la femme de l’entrée si elle avait vendu un ticket à
l’individu et elle m’a répondu qu’elle ne le pensait pas, qu’elle était en train
d’écouter la radio et ne se souvenait plus. Je suis entré dans la salle et j’ai
demandé à Butch, le responsable, s’il avait vu un homme entrer. Butch répondit
qu’ayant été occupé, il n’avait rien remarqué. Butch et moi avons alors vérifié les
portes de sorties pour voir si l’une d’entre elles avait été ouverte. Les portes de
sorties étaient toutes fermées et ne semblaient pas avoir été ouvertes. Je suis
alors revenu vers le guichet d’entrée et j’ai demandé à Julie d’appeler la
police. ».
Quand Oswald est arrêté, il a 13,87 dollars en poche. Le bus et le taxi qu’il a
pris pour s’enfuir de Dealey Plaza lui ont coûté 1,23 dollars. Si on ajoute le prix de
la boisson gazeuse qu’il s’est achetée au distributeur du TSBD juste avant de partir,
on peut estimer qu’il avait environ 16 dollars le matin du 22 novembre.
44Oswald est placé en garde à vue au quartier général du DPD . Il sera d’abord
accusé du meurtre du policier, puis accusé en plus de celui de Kennedy. Il sera
rapidement inculpé pour le meurtre du policier Tippit. Mais il nie tout. Il prétend
n’avoir tué personne. Il reste en garde à vue dans l’immeuble de la police de
Dallas, prison de la ville, et sera interrogé jusqu’au dimanche matin, le 24 novembre.
Dans l’entourage du président et du vice-président, c’est la consternation, le
désarroi, la peine, la surprise, le choc, l’incompréhension, la peur, l’interrogation, la
tristesse, qui se lisent en même temps sur tous les visages. Il faut, très rapidement,
encaisser le coup, intégrer les nouvelles données, et réagir. Le président Kennedy
est déclaré mort à l’hôpital. Normalement lorsqu’il y a crime au Texas, l’autopsie
doit avoir lieu dans l’hôpital où a été constaté le décès. Or aucune juridiction
spéciale n’est prévue, à cette époque-là, dans le cas de la mort du président. Donc le
président est un patient comme les autres et doit se faire autopsier dans l’hôpital de

43 Extrait de la déposition du témoin Johnny Calvin Brewer, 6 décembre 1963. Lire
l’intégralité en annexe n°29.
44 Voir annexe n°14 pour ses déclarations aux médias durant ses deux jours de garde à vue.
57
?Dallas. Mais l’entourage du président ne veut pas que l’autopsie ait lieu à cet
endroit. On craint le pire ; le président vient de se faire tuer et l’on ignore si ce n’est
pas un complot, une conspiration nationale, voire internationale. On ne sait rien. Il
y a peut-être du danger à rester à Dallas ? L’important est de rentrer à Washington
pour mieux contrôler les affaires. Le vice-président Johnson est là pour assurer la
continuité de l’Etat. Il doit vite rentrer pour prêter serment afin de devenir président
pour ne pas laisser vacant le pouvoir.
Mais il ne veut pas partir sans Jacqueline Kennedy et celle-ci ne veut pas partir
sans son mari, c’est une évidence. Donc on décide de prendre le corps de Kennedy.
Mais le médecin légiste qui arrive, accompagné d’un juge, n’est pas de cet avis. Il
exige une base légale permettant le retrait du corps. On pense à la chain of
possession : ce sont les éléments (un corps, un pistolet, des balles, etc.) qui sont
recevables juridiquement, à condition que l’on en possède une trace permanente,
qui ne puisse disparaître, même un court instant.
Un début de bagarre s’engage entre les gens de Dallas et le Secret Service pour
la possession du corps du président. Courte lutte. Les revolvers sont sortis.
Rapidement, l’entourage présidentiel prend le dessus et emmène le corps de Kennedy
dans son cercueil vers l’aéroport. Pendant ce temps, le juge essaye de les en
empêcher. C’est folklorique, une sorte de film, mais c’est la réalité. Mais l’entourage du
président parvient à ses fins. Avec le chef de la police Jesse Curry pour ouvrir la
route, il part vers l’aéroport de Love Field. Tout le monde se retrouve dans l’avion
Air Force One, le Boeing 707 qui avait emmené JFK à Dallas quelques heures
avant. Là, dans la précipitation, on réussit à trouver un juge pour que le
viceprésident Johnson puisse prêter serment, comme le veut la loi américaine. C’est
Sarah T. Hughes. Devant elle, Lyndon Johnson prête serment dans l’avion, avant
ede s’envoler pour quitter Dallas. Il devient ainsi le 36 président des Etats-Unis.
Techniquement l’avion est prêt : on décolle pour Washington.
Vers 13h30, heure de Dallas, la nouvelle de la mort du président est
officiellement annoncée. Rapidement, les bâtiments publics font mettre leur drapeau en
berne. Dans tout le pays, de nombreuses manifestations sont annulées, et des
séances de prières sont improvisées. Le pays est en deuil.
Retour à Dealey Plaza. James Altgens, photographe de l’Associated Press
pendant quarante ans, a pris une série de photos du cortège présidentiel et sa cinquième
photo est prise au moment du premier coup de feu. Comme il l’a dit plus tard, sa
première idée était que l’on tirait des pétards en l’honneur du président : il ne se
rendait pas compte de ce qui était en train de se passer. Cette cinquième photo est
importante parce qu’elle montre un homme à la porte d’entrée du dépôt de livres,
45au rez-de-chaussée . Certains auteurs tels Robert Groden ont noté une
ressemblance entre cet homme et Lee Harvey Oswald allant jusqu’à suggérer que c’était
là la preuve de son innocence. En effet assurément Oswald ne pouvait être là et au

45 Cette photo, très connue, se trouve dans beaucoup de livres sur l’assassinat, et facilement
sur Internet.
58 cinquième étage en même temps. Mais le FBI a démontré que l’homme était en
réalité Billy Lovelady, un employé du dépôt de livres. Billy Lovelady a confirmé
46sa présence à cet endroit, et un gros plan sur la photo confirme que c’est lui . De
toute façon, Oswald lui-même n’a jamais prétendu avoir été là où se trouvait
Lovelady, puisqu’il a déclaré à la police qu’il était à la cafétéria de l’immeuble au
moment du passage du cortège (ce qui, on le sait, est un mensonge). Alors, si
même Oswald ne prétend pas avoir été là, et que tout montre que c’est bien Billy
Lovelady, l’affaire est entendue.
Altgens a également pris une célèbre photo de Jacqueline Kennedy, à quatre
pattes sur le coffre de la limousine, avec Clint Hill montant sur le pare-choc arrière.
Dès la fin de la séquence de tir, Altgens s’est précipité sur un téléphone pour
appeler l’Associated Press et fut le premier à leur annoncer que l’on venait de tirer sur
Kennedy et que celui-ci avait été blessé.
Retour dans les locaux de la police de Dallas. L’arrestation d’Oswald a fait
monter la tension. Les journalistes se précipitent tous dans le bâtiment de la police.
Les policiers vont enfin pouvoir interroger le suspect du meurtre de leur collègue.
Les Etats-Unis étant un pays libre, Oswald a droit à un avocat. Le capitaine Fritz se
charge à maintes reprises de lui rappeler qu’à tout moment il peut demander à être
conseillé par un avocat qui peut lui être fourni. Oswald refuse, préférant d’abord
essayer un avocat connu qu’il a choisi : John Abt. John Abt est connu dans les
milieux communistes : il est avocat auprès de CPUSA (Communist Party of the USA).
Pour mémoire, lorsque l’espion soviétique Rudolf Abel avait été arrêté à New
York, il avait fait appel à John Abt. Lee Oswald connaissait la réputation de cet
avocat, ayant lu des articles sur lui dans la revue gauchiste à laquelle il était
abonné, The Daily Worker. Voulant se donner le rôle d’un combattant pour la cause
marxiste, Oswald espérait se faire défendre par lui. Autorisé à téléphoner de la
prison en PCV, il essaya de joindre John Abt, à son bureau comme à son domicile.
N’y parvenant pas, il demanda à Ruth Paine – une amie de la famille, chez qui sa
femme Marina et ses enfants habitent – d’essayer de son côté. Il ne réussit pas, et
mourut avant d’avoir pu communiquer avec l’avocat. Entre-temps, le samedi 23
novembre dans l’après-midi, Oswald reçu la visite de Louis Nichols, le président
du barreau de Dallas, venu vérifier si les droits de l’accusé étaient respectés (et ils
l’étaient). Oswald lui indiqua que son premier souhait était d’être défendu par John
Abt. À défaut, son deuxième choix était un avocat qui soit membre de l’American
Civil Liberties Union, sorte de syndicat. Sinon, s’il ne trouvait personne, il
prendrait seulement, alors, un avocat local du barreau de Dallas. Tout cela montre bien
que, contrairement à ce que prétendent les complotistes aujourd’hui, Oswald ne fut
pas privé de ses droits.

46 Wesley Buell Frazier, un collègue, l’homme qui avait conduit Lee Oswald au travail ce
jour-là, était à côté de Billy Lovelady à ce moment-là et a confirmé que c’était bien lui qui
se trouvait là, et pas Oswald.
59 Pendant ce-temps, dans l’avion présidentiel qui ramène Lyndon Johnson et le
corps de John Kennedy à Washington, la décision est prise de choisir l’hôpital dans
lequel l’autopsie aura lieu. Kennedy gît dans un cercueil à l’arrière de l’avion.
Comme il a été soldat dans la marine, sa femme décide que l’autopsie aura lieu
dans un hôpital de la marine. Le choix s’arrête sur le Bethesda Naval Hospital à
Washington. Quand l’avion se pose sur la base militaire d’Andrews, près de
Washington, à environ 18h00, heure locale, Robert Kennedy ministre de la justice et
propre frère du président l’attend, devant les caméras de la télévision qui filment
l’événement en direct. Robert Kennedy monte dans l’avion, puis, en compagnie de
Jacqueline, descend avec le cercueil du président. Puis, ensemble, ils montent dans
une ambulance grise à destination de l’hôpital de Bethesda. Ensuite, sur le tarmac,
devant les micros, le nouveau président Johnson, ému, fait une déclaration :
"This is a sad time for all people. We have suffered a loss that cannot be
weighed. For me, it is a deep personal tragedy. I know that the world shares the
sorrow that Mrs. Kennedy and her family bear. I will do my best. That is all I can
do. I ask for your help, and God’s."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « C’est un moment triste pour tout le
monde. Nous venons de subir une perte qui ne peut être mesurée. Pour moi, c’est
une tragédie personnelle. Je sais que le monde partage la peine que Madame
Kennedy et sa famille ont à supporter. Je ferai de mon mieux. C’est tout ce que
je peux faire. Je demande votre aide, et celle de Dieu ».
L’ambulance transportant le corps de Kennedy, suivie par une voiture du FBI
dans laquelle ont pris place deux agents (Francis O’Neill Jr. et James W. Sibert)
chargés de suivre les événements et d’en faire un rapport circonstancié, arrive à
l’hôpital de Bethesda où aura lieu l’autopsie. Celle-ci se déroule pendant quelques
heures, et à 3 heures du matin, le cercueil est ramené à la Maison-Blanche. Pendant
ce temps, à Dallas, Lee Oswald a été officiellement inculpé du meurtre du
président Kennedy.
Il est à noter que les trois médecins qui ont procédé à l’autopsie, les docteurs
Humes, Finck et Boswell ont certes une bonne expérience médicale mais n’ont pas
d’expérience de médecin légiste d’assassinat par balles. C’est le problème, et cela
prêtera flanc à la critique, à la spéculation. Beaucoup des choses sembleront
louches par la suite. Mais on n’en est pas encore là, et à l’issue de l’autopsie du corps
47de Kennedy, les médecins légistes parviennent aux conclusions suivantes :
- Kennedy a été touché deux fois.
- une fois touché dans le dos, la balle n’est pas rentrée profondément dans le
dos de Kennedy et elle en est ressortie, probablement pendant le massage
cardiaque à l’hôpital de Parkland à Dallas.

47 Selon le rapport du FBI.
60
?- une autre balle a traversé la tête de Kennedy, par derrière, ce qui a causé la
mort du président parce qu’il manque des morceaux de cerveau. On note
aussi qu’il y a un trou dans la trachée artère, dû à la trachéotomie faite à
l’hôpital de Dallas.
Le lendemain matin, le docteur Humes téléphonera au docteur Perry, de
l’hôpital Parkland de Dallas, pour avoir une discussion sur le corps de Kennedy.
Perry informera alors Humes qu’il a fait la trachéotomie sur un trou déjà existant,
blessure due à une balle. Apprenant cela, Humes fera le lien avec la blessure dans
le dos de Kennedy, et ce qui le chiffonnait deviendra limpide et cohérent. Humes
conclut, en effet, que la balle qui est entrée dans le dos de Kennedy a traversé son
corps, et est ressortie par la gorge. Le trou à la gorge de Kennedy, sur lequel Perry
a pratiqué la trachéotomie, était donc l’emplacement de la sortie de la balle. Humes
va donc recommencer son rapport d’autopsie, à la lumière de ces nouvelles
informations.
C’est l’entreprise de pompes funèbres Gawlers Funeral Home de Washington
qui a reçu l’ordre d’embaumer le corps de Kennedy le 22 novembre 1963 ainsi que
la commande d’un cercueil dans lequel Kennedy sera enterré au cimetière
d’Arlington. Le document a été signé par Joe Hagan, l’un des responsables de la
firme Gawlers.
À Dallas, durant tout le week-end, la police a fait son travail, et, au vu des
nombreux éléments découverts, a conclu que Lee Oswald était bien le meurtrier du
président Kennedy et du policier Tippit. De nombreux éléments convergents
convainquent les policiers :
- un fusil a été retrouvé au cinquième étage du dépôt de livres,
- on détermine que ce fusil appartient à Lee Oswald (c’est lui qui l’a acheté),
48- en perquisitionnant chez lui , la police apprend, par sa femme Marina,
qu’il possède bien un fusil, mais que celui-ci n’est plus là où il le range
d’habitude,
- on retrouve chez lui des photos de lui tenant ce même fusil qu’on a
retrouvé au cinquième étage,
- on retrouve trois douilles à ce même étage (près du coin où une fenêtre est
ouverte et des cartons placés comme pour préparer un poste de tir), donc
pas loin du fusil. Celui-ci a été utilisé ce jour-là,
- on retrouve les empreintes d’Oswald sur les lieux (une sur le fusil, et
plusieurs sur les cartons qui ont servi au tireur pour se faire un poste de tir),

48 Plus exactement, à l’époque de l’assassinat, Oswald vivait seul dans une chambre qu’il
louait, à Dallas. Sa femme, Marina, vivait à Irving, dans la maison d’une amie, Ruth Paine
(séparée de son mari Michael Paine). Oswald avait entreposé son fusil dans le garage de
Ruth Paine, enroulé dans une couverture.
61 - Oswald a quitté son lieu de travail sans le dire à personne,
- Oswald a été vu en train de tirer sur le policier Tippit,
- le revolver qu’on a retrouvé sur Oswald au moment de son arrestation est
bien celui qui a servi pour tuer le policier Tippit (balistique)
- Oswald n’a pas d’alibi : au moment des coups de feu, aucun de ses
collègues n’était avec lui,
- indépendamment des faits, l’attitude d’Oswald, à elle seule, est indicatrice
de la non-innocence : il part de son travail sans autorisation, va
précipitamment chez lui prendre son revolver, se bat avec les policiers (entre
autres),
- durant toute son interrogation, Oswald est arrogant avec les policiers,
refuse le plus souvent de répondre aux questions qu’on lui pose, et ment
effrontément à plusieurs reprises.
La procédure va suivre son cours. Le prisonnier Oswald va maintenant, pour de
raisons de sécurité, être transféré à la prison du comté. Le transfert doit avoir lieu le
matin du dimanche 24 novembre. L’heure prévue du transfert, 10h00 du matin, est
même, bien imprudemment, divulguée dans les médias. Comme on pouvait s’y
attendre, des menaces ont été proférées contre Lee Oswald. Une grande tension
étant palpable dans la ville, la question de sa sécurité a été soulevée par le
journaliste Bob Clark, d’ABC News, devant le chef de la police Jesse Curry :
Question : "Chief, do you have any concern for the safety of your prisoner in view
of the high feeling among the people of Dallas over the assassination of the
president ? "
Curry : "No. Precautions, the necessary precautions will be taken, of course."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) :
Bob Clark : « Chef, êtes-vous inquiet pour la sécurité de votre prisonnier, étant
donnés les sentiments exacerbés des habitants de Dallas à propos de l’assassinat
du président ?
Jesse Curry : Non. Des précautions, les précautions nécessaires seront bien
évidemment prises. »
On connaît la suite : alors qu’il est dans les sous-sols, en cours de transfert,
attaché par des menottes au policier Jim Leavelle, Oswald est abattu, en direct à la
télévision, par Jack Ruby, le propriétaire d’un bar de nuit de Dallas. Oswald reçoit
une balle dans le ventre et tombe dans le coma, dont il ne sortira pas. Il est emmené
en ambulance à l’hôpital Parkland, le même que celui où fut emmené Kennedy
quarante-huit heures auparavant, et déclaré mort peu après, vers 13h00, malgré les
efforts, infructueux, des médecins pour le sauver.
Ainsi, en deux jours, la police de Dallas n’a pas pu empêcher l’assassinat du
président des Etats-Unis, ni celui de son assassin présumé, sans compter celui de
62
?l’un des siens. Mais maintenant qu’Oswald est mort, on ne pourra jamais connaître
ses motivations.
Le lundi 25 novembre 1963, tandis qu’Oswald est enterré discrètement à Fort
Worth, on célèbre en grandes pompes à Washington les funérailles de John
Kennedy, le président des Etats-Unis qu’il a tué, en présence de nombreux chefs d’Etats
étrangers, dont celle du Général de Gaulle. John Kennedy sera inhumé au cimetière
49national d’Arlington , dans un cercueil en acajou acheté à Washington, différent
de celui dans lequel il a été transporté entre Dallas et Washington le vendredi 22
50novembre . L’émotion est très forte. Jacqueline, tout en noir, soutenue par Robert
Kennedy, est accompagnée de ses deux jeunes enfants, Caroline et John Jr. Celui-ci
fera le salut militaire devant le cercueil de son père (l’image, très émouvante, est
restée célèbre).
2. La commission Warren
Le président des Etats-Unis vient d’être assassiné. Une enquête doit être faite.
Au début c’est la police de Dallas qui se charge de celle-ci. Mais très vite Lyndon
Johnson, le nouveau président, se rend compte qu’il s’agit d’une affaire nationale,
que déjà de nombreuses rumeurs circulent et que les spéculations les plus diverses
apparaissent. Pour couper court à tout cela, il décide de convoquer une commission
de sages, d’experts, dont la désignation ne pourra pas prêter flanc à la critique
(notamment en choisissant des membres des deux bords de l’échiquier politique), et
cette commission, qui aura autorité sur tout pendant ses travaux, devra faire un
rapport officiel complet sur l’assassinat de Kennedy.
Il veut également que le président de cette commission soit le juge Earl Warren,
le juge suprême des Etats-Unis (Chief Justice), car cet homme jouit d’un bonne
réputation et d’une bonne image dans le pays. Surtout, avec la séparation des
pouvoirs, il est indépendant de l’exécutif. Au début, celui-ci refuse. Mais sur
l’insistance de Johnson, arguant de l’intérêt du pays, il accepte. Et cette
commission qui s’appelle "la commission présidentielle sur l’assassinat du président
Kennedy" sera ainsi connue sous le nom de "commission Warren". Crée le 29
novembre 1963, elle est composée de :
- Earl Warren, Chief Justice,
- Gerald R. Ford, de la chambre des représentants, républicain,
- Hale Boggs, de la chambre des représentants, démocrate,

49 Il sera ré-enterré le 14 mars 1967, dans sa tombe définitve, tout à côté.
50 Le cercueil en bronze utilisé le vendredi, un peu abimé et dont il manquait une poignée,
sera jeté à la mer moins de trois ans plus tard, en février 1966, d’un avion militaire, pour ne
pas devenir une relique sujette à une curiosité morbide.
63 - Richard B. Russell, sénateur, démocrate
- John Sherman Cooper, sénateur, républicain,
51- John J. McCloy , grand homme de loi et homme politique américain,
- Allen W. Dulles, ancien directeur de l’OSS à Berne (Suisse), de 1942 à
1945, puis entré à la CIA en 1951, dont il fut le directeur de 1953 à 1961.
- J. Lee Rankin, grand avocat.
On notera que Johnson a voulu que la commission soit neutre : s’il y a un
membre de la chambre des représentants et un sénateur de son parti (démocrate), et il y
a aussi un membre de la chambre des représentants et un sénateur du parti adverse
(républicain).
La commission Warren ne va pas utiliser des enquêteurs proprement dits mais
des gens qui vont procéder à des interrogatoires. En effet, sur place il y a de
nombreux enquêteurs tels ceux de la police locale, du FBI, de la CIA, et autres
organismes, et le résultat de ces enquêtes et rapports va être utilisé par la
Commission pour en faire une synthèse, en interrogeant les témoins, s’il le faut. Et elle
dispose de tous les pouvoirs. Elle va s’appuyer fortement sur l’enquête du FBI
(parution du rapport du FBI en cinq volumes le 9 décembre 1963). Et elle va devoir
hâter ses conclusions car le président Johnson, candidat du parti démocrate,
candidat à sa propre succession, voudrait que cette affaire soit terminée avant les
élections présidentielles, prévues pour le mois de novembre 1964.
L’enquête officielle a représenté un travail gigantesque. De nombreuses pistes
furent creusées. Des reconstitutions furent faites à Dallas, etc. Pour se faire une
idée, il faut savoir qu’en tout, le FBI procéda à quelques vingt-cinq mille
interroga52toires !
En septembre 1964, la commission Warren remet son rapport au président
53Johnson. Ses conclusions sont les suivantes :
- John Kennedy a été tué par un homme qui s’appelle Lee Harvey Oswald,
- celui-ci a agi seul. Il n’avait pas de complice,
- il a tiré trois fois,
- il a tiré du cinquième étage du dépôt de livres scolaires, situé derrière la
limousine de Kennedy,
- une balle a manqué la limousine et deux balles ont touché le président (une
au cou, une à la tête),

51 Celui-ci avait, entre autres, servi de lobbyiste au Congrès pour Kennedy pour la création
de la Arms Control and Disarmament Agency.
52 Voir The Warren Commission Report, the official Report of the President’s Commission
on the Assassination of President John F. Kennedy, Longmeadow Press, 1992, page xii.
53 Voir annexe n°1, pour le texte intégral en français des conclusions du rapport Warren.
64 - une balle a traversé le corps de Kennedy avant d’aller blesser le gouverneur
Connally,
- Jack Ruby a lui-aussi agi seul, et n’avait pas non plus de complice, et Oswald ne se connaissaient pas.
La commission Warren va ainsi nous présenter le coupable, Lee Harvey
Oswald. C’est un homme qui a eu une vie courte (il est mort à 24 ans), mais bien
remplie, et remarquables en plusieurs points. On sera d’accord sur un point : Lee
54Oswald n’a pas eu la vie de Monsieur tout le monde ! Il est né le 18 octobre 1939,
à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane (Etats-Unis). Il n’a jamais connu son père, car
celui-ci était mort à sa naissance. Il a donc été élevé par sa mère, seule, en
compagnie de son grand frère, Robert, et également de son demi-frère, John Pic. C’est
peu de dire Lee Oswald a connu une enfance agitée, sans stabilité aucune, et sans le
sou. Sa mère déménage très souvent, entre La Nouvelle-Orléans, New York City,
Dallas, etc. En conséquence, le jeune Lee n’est pas studieux. Durant son
adolescence, il s’intéresse au marxisme, et lira beaucoup la littérature communiste (Karl
Marx, entre autres). Puis, à l’instar de son grand frère Robert, il s’engage dans les
forces armées américaines, précisément le célèbre corps des Marines. Il deviendra
opérateur radar. Mais c’est un jeune homme instable, pétri d’idées révolutionnaires,
en guerre "contre le système", et qui veut devenir quelqu’un. Il décidera de quitter
l’armée après trois années, et d’aller vivre en URSS, où il arrive, en octobre 1959.
Il y restera un peu plus de deux ans, après avoir été ouvrier dans une usine
métallurgique de Minsk, et avoir épousé une jolie jeune russe, du nom de Marina
Nikolayevna Prusakova. Ils ont une petite fille, June, qui naît en février 1962. Le
couple Oswald rentre aux Etats-Unis en juin 1962. Ensuite, dans les mois qui
suivront, Lee Oswald passera de petit boulot en petit boulot, sans jamais réussir à
construire une vie stable pour sa famille. Cela le rendra aigri. Il se dispute souvent
avec sa femme. Il retournera habiter à La Nouvelle-Orléans, puis reviendra au
Texas. Il n’est pas satisfait de sa vie, c’est le moins qu’on puisse dire. Oswald
commence à "disjoncter". En avril 1963, il tente d’assassiner le général Edwin
Walker, ancien militaire à la retraite, dont les idées politiques, qualifiées
"d’extrême droite", à l’opposé de celles de Lee Oswald déplaisent à celui-ci. Ce
soir-là, après avoir laissé un mot à son épouse, Oswald prend son fusil et, caché à
l’extérieur de la maison de Walker, tire sur celui-ci, à travers une fenêtre. Le
général ne sera sauvé que par une chance phénoménale, car la balle qui lui était destinée
sera déviée par le châssis de la fenêtre. Oswald a donc raté son coup, mais sa colère
ne s’éteint pas pour autant. Admirateur de Fidel Castro, il cherche maintenant à
aller vivre à Cuba, mais une tentative pour obtenir un visa, en passant par
l’ambassade cubaine et l’ambassade russe, à Mexico, au Mexique, se solde par un

54 Mes sources indiquent que quand il était vivant, Lee Oswald n’utilisait guère son
deuxième prénom "Harvey", et se faisait donc appeler "Lee Oswald" (certainement comme tout
le monde, par commodité). Mais lors de son arrestation, son nom complet "Lee Harvey
Oswald" a été utilisé par la police de Dallas, et c’est ainsi qu’on l’a retenu historiquement.
65 cuisant échec (il n’obtient qu’un refus malgré son insistance), en septembre 1963.
Dépité, il retourne à Dallas, et trouve un emploi de manutentionnaire dans un dépôt
de livres scolaires, le Texas School Book Depository, en octobre. Il vit séparé de sa
femme. Pendant que lui loue une chambre, sous le nom d’O.H. Lee dans une
maison de Dallas (au 1026 N Beckley Avenue), Marina, qui donne naissance à sa
deuxième fille, Audrey Marina Rachel, en octobre 1963, habite chez Ruth Paine,
une Américaine en instance de divorce, qui apprécie de lui parler en russe, langue
qu’elle apprend. Lee va rendre visite à sa femme les week-ends. C’est une routine
banale. Mais bientôt, le président des Etats-Unis passera sous les fenêtres mêmes
du lieu de travail de Lee Oswald…
Cherchant à faire un travail sérieux dans son enquête, la commission Warren
parvient à déterminer le parcours d’Oswald, juste après les coups de feu mortels, le
22 novembre 1963. Dès qu’il a tiré ses trois coups de feu, Oswald a caché son
fu55sil derrière de cartons, puis est redescendu à toute vitesse, par l’escalier. Au
premier étage, il a été interpellé par le policier Marrion Baker, qui l’a laissé partir,
suite à son identification par le directeur du TSBD Roy Truly. Ensuite, Oswald n’a
plus qu’une idée en tête : s’enfuir, mais le plus calmement possible, pour ne pas
éveiller les soupçons. Sans rien dire à personne, il quitte son lieu de travail. Il sort
du dépôt de livres, et marche dans Elm Street, en direction de l’est, pour aller
prendre un bus. À plusieurs pâtés de maisons du TSBD, entre deux arrêts de bus, il
stoppe un bus de ligne. Le chauffeur, Cecil McWatters, dont le bus est de toute
façon coincé dans un embouteillage en train de se former, accepte de s’arrêter et de
le faire monter. Oswald paye son ticket. À bord du bus se trouve Mary Bledsoe,
une ancienne logeuse d’Oswald, qu’elle reconnaît aussitôt. Mais comme la
circulation est bloquée au bout d’Elm Street, à cause de l’assassinat, le bus n’avance pas,
et Oswald commence à s’inquiéter. Il demande à sortir. Le chauffeur lui donne
alors un ticket de correspondance, qu’on retrouvera dans la poche d’Oswald quand
celui-ci sera arrêté. Oswald se rend alors à la station de cars de voyage Greyhound,
avec l’idée de prendre un taxi. Un chauffeur de taxi, William Whaley, est là, qui
attend le prochain client. Oswald monte dans son taxi. Whaley démarre, et
l’emmène vers le quartier d’Oak Cliff, là où Oswald habite. Méfiant, Oswald se
fera déposer, vers 12h55, à quelques pâtés de maisons de l’endroit où il loue sa
chambre. Plus exactement, il demande au chauffeur de passer devant cette maison
(située à l’adresse 1026 North Beckley Avenue) et de le déposer un peu plus loin,
soit trois pâtés de maisons plus loin, ce qui laisse à penser qu’il a agi de la sorte
afin de vérifier si des policiers n’étaient pas déjà arrivés chez lui. Pour la petite
histoire, sa course lui coûtera un dollar.
Oswald fait ensuite ce qu’on peut qualifier de "passage éclair" chez lui. Les
chercheurs s’accordent à dire qu’on estime qu’il est alors 12h59-13h00, heure
locale. Sa logeuse, Earlene Roberts, est – comme tout le monde – devant sa

55 Un fusil italien de la marque Mannlicher-Carcano, numéro de série C2766, acheté en
commande à distance, par courrier, et envoyé par la société Klein à A. Hidell (un pseudo
utilisé par Lee Oswald), le 20 mars 1963 (CE139)
66 télévision, attentive aux informations incomplètes encore sur l’état du président.
Quand Lee Oswald entre précipitamment, elle lui lance quelques mots, mais il ne
56répond pas. Il va en vitesse dans sa chambre pour se changer (il met sa veste de
sport), prend son revolver, et repart aussitôt. Oswald marche rapidement sur le
trottoir. Son comportement quelque peu bizarre (il marche vite, en dégageant de la
méfiance, ce qu’on peut comprendre de la part d’un homme qui vient de tirer en
plein dans la tête du président de son pays) attire l’attention du policier Tippit, qui
patrouillait dans le secteur, tout comme un peu plus tôt, son comportement, au
dépôt de livres, avait éveillé l’attention du policier Marrion Baker. De plus, le
signalement du tireur recherché, avec lequel Oswald peut concorder, et que Tippit a
déjà entendu dans la radio de la police, contribue à motiver le policier qu’est Tippit
à se mettre à l’affût de tout homme pouvant correspondre à ce signalement. À
12h55, Tippit a sa dernière conversation avec le central. Il doit rester dans le
quartier d’Oak Cliff, à patrouiller. Tout va se jouer dans les vingt minutes qui vont
suivre. Tippit patrouille. Oswald marche dans les rues. Les chemins des deux
hommes se croisent. Le destin est en marche. Tippit arrête sa voiture au niveau
d’Oswald, sur Tenth Street. Une très brève conversation s’engage entre les deux
hommes. À 13h14, Tippit sort de sa voiture. Aussitôt, Oswald tire sur lui à bout
portant et le tue.
Tuer un policier en pleine rue, en plein jour, devant témoins, change la donne
pour Oswald. Pour lui, plus question de continuer à se déplacer incognito en
marchant dans la rue. Il doit se sauver, se cacher. Il fuit, abandonnant sa veste devant
une maison de ce quartier résidentiel. Au début, il est suivi de loin. Les gens voient
dans quelle direction il va. Et de nouveau, pour la troisième fois en une heure, son
comportement attirera l’attention de quelqu’un. Dans une grand rue commerçante,
Jefferson Boulevard, Oswald tente de se cacher devant la vitrine d’un marchand de
chaussures, Johnny Calvin Brewer, au moment où passent des voitures de police,
qui foncent vers le lieu où Tippit s’est fait tuer, non loin de là. Brewer va suivre
Oswald. Celui-ci part se cacher dans un cinéma, le Texas Theater, où il entre sans
se faire voir, ni acheter de ticket. Brewer arrive à l’entrée du cinéma et parle à la
guichetière Julia Postal. Celle-ci va appeler la police. Les policiers, prévenus par
leur central, que le suspect dans la mort de leur collègue Tippit est parti se cacher
dans un cinéma de quartier pas loin, vont tous se précipiter pour l’arrêter.
À 13h50 (heure de Dallas), Oswald est appréhendé dans le cinéma.
On l’a dit, le nombre de témoins interrogés par la commission Warren est
considérable. Pourtant, il nous faut mentionner le cas de Charles Brehm, l’un des
témoins les mieux placés et les plus connus, qui a bien fait une déclaration au FBI
le lundi 25 Novembre 1963 (cette déclaration apparaît d’ailleurs dans le volume 22
de la commission Warren), mais qui, curieusement, n’a pas été appelé à donner son
témoignage devant la Commission, malgré sa position privilégiée. Intéressons-nous

56 Lee Oswald loue là une chambre sous un faux nom : "O.H. Lee". C’est sa manie, de ne
jamais être franc, de toujours se croire plus important que le simple homme qu’il est
réellement.
67 à ce qu’il a dit. Soldat américain pendant la seconde guerre mondiale, Charles
Brehm fut blessé à l’âge de 19 ans sur la plage d’Omaha Beach le 6 juin 1944. Son
témoignage est important. Quand la limousine présidentielle est passé devant lui, il
pouvait très bien voir le visage de Kennedy, le président était assis, penché en
avant, et d’après Brehm le président a semblé se raidir à l’instant même où a retenti
ce qui a semblé être un coup de feu. Puis un autre coup de feu a retenti et Kennedy
a été touché à la tête. Brehm a pu voir un bout de chevelure voler et Jacqueline
Kennedy tirer son mari vers elle. Ancien soldat, Brehm a une expérience militaire
et connaît les fusils à culasse mobile. D’après lui, trois coups de feu ont été tirés à
la vitesse où un individu peut manœuvrer un fusil à culasse mobile, viser et tirer
trois coups de feu. Il est important de noter qu’il est apparu à Charles Brehm que
les tirs provenaient de l’un des deux bâtiments situés à l’intersection de Houston
Street et Elm Street. À peine la limousine présidentielle est-elle en train de
s’éloigner que la pelouse commence à être envahie par des curieux, des policiers,
des journalistes et Charles Brehm va être questionné, filmé. Voici ce qu’il dit,
encore sous le choc, quelques minutes après les coups de feu :
Brehm : "…I was probably fifteen to twenty feet away from the President when it
happened… He was coming down the street and my five-year-old boy and myself
were by ourselves on the grass there on Commerce Street. I asked Joe to wave,
Joe waved, and I waved, and the man… as he was waving back he was… the
shot rang out and he slumped down on the seat, and his wife reached up toward
him, and he was slumping down and the second shot went off and just knocked
him down in the seat… I’m positive that it hit him. I hope it didn’t but I’m positive
that it hit him and he went all the way down in the car, then it speeded up and I
didn’t know what was going on and I just grabbed the boy and fell on him, hoping
there was no maniac around. I can’t help you more but I won’t forget."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) :
Charles Brehm : « J’étais peut-être à cinq, six mètres du président quand c’est
arrivé… Il descendait la rue, et mon fils de cinq ans et moi-même, on était là, sur
l’herbe, dans Commerce Street. J’ai demandé à Joe de faire signe, Joe a fait
signe, et j’ai fait signe, et il… alors qu’il nous répondait d’un signe, il… des coups
de feu ont éclaté et il s’est effondré sur le siège, et sa femme a levé les bras vers
lui, et lui s’affaissait, et on a entendu le deuxième coup de feu, et ça l’a assommé
sur son siège… Je suis sûr et certain que ce tir l’a touché. J’aurais voulu que non,
mais je suis certain qu’il l’a touché et il s’est écroulé au fond de la voiture, puis
elle a accéléré, et je ne savais pas ce qui se passait, et j’ai juste empoigné mon
garçon et je me suis couché sur lui, espérant qu’il n’y avait pas un tireur fou. Je
ne peux pas vous aider plus, mais je n’oublierai jamais. »
Tous les témoignages différent, chaque témoin de Dealey Plaza ne dit pas
exactement la même chose que les autres, c’est à nous à faire le travail de synthèse et de
déterminer ce qu’on peut tirer de chaque témoignage et ce que l’on peut laisser de
côté. Par exemple, Charles Brehm entend trois coups de feu selon la séquence : un
coup blesse Kennedy, puis le deuxième coup lui explose la tête, puis il y a un
troisième coup de feu. Je pense, en faisant cette synthèse, que Brehm se trompe sur la
68
?séquence mais ce qui est important à retenir de son témoignage, c’est le nombre de
tirs.
La commission devait chercher à comprendre ce qui s’était passé. Ses membres
ont essayé d’expliquer comment a eu lieu la séquence des tirs. Il est acquis
qu’Oswald a tiré trois coups de feu. La commission, dans son enquête, et essayant
de faire la synthèse objective des éléments en présence, conclut qu’un des tirs a
raté la cible, qu’un autre a fait exploser la tête du président (le coup fatal, dernier tir
d’Oswald). Cela laisse un tir pour expliquer les autres blessures de Kennedy et
celles de Connally. La commission explique qu’une seule balle a réalisé cela. Cette
balle a d’abord touché Kennedy dans le haut du dos, l’a traversé pour ressortir par
sa gorge, et a continué sa course en traversant également le torse de Connally, puis
son poignet droit, pour finir dans sa jambe gauche. Cette balle unique a donc
occasionné sept blessures à elle-seule.
57La théorie de la balle unique, la fameuse CE-399 a été déterminée par Arlen
Specter, un des juristes de la Commission Warren. Elle a été l’aboutissement d’un
raisonnement logique pour expliquer ce qu’il voyait, pour essayer de reconstituer le
puzzle : il y a certainement une seule balle qui a traversé Kennedy pour toucher
Connally. Et c’est ensuite qu’ils ont déterminé qu’une balle avait raté la limousine
et c’est ensuite qu’ils ont conclu que cette balle perdue avait été la cause de la
blessure de James Tague.
James Tague avait fait une déposition auprès du FBI et d’ailleurs le rapport du
FBI le mentionne, mais on ne l’avait pas interrogé. Arlen Specter a écrit à Rankin
pour suggérer qu’on interroge James Tague. Les critiques ont longtemps dit, à tort,
que la Commission Warren avait d’abord déterminé un scénario selon lequel une
balle avait touché Kennedy, puis une autre avait touché Connally et enfin une
dernière avait retouché Kennedy et que donc il n’y a pas de balle unique, mais que
c’est seulement ensuite que la commission, après avoir discuté avec James Tague,
aurait transformé ses conclusions. C’est faux. En fait c’est la Commission Warren
qui a voulu interroger Tague, mais cela n’a rien changé puisqu’ils avaient déjà
déterminé qu’il y avait une balle unique.
Le 24 septembre 1964, les membres de la commission Warren se présentent à la
Maison Blanche, pour rendre leur rapport au président Lyndon Johnson. Ce rapport
fait 888 pages. Trois jours plus tard, il est rendu public et mis en vente. Chaque
citoyen américain peut s’en procurer un exemplaire, le lire, et se faire une opinion.
On peut se dire que la commission a fait un bon travail, et que les lecteurs seront
convaincus par ses conclusions. Hélas, c’est compter sans une certaine catégorie de
personnes qui vont vite faire parler d’eux…

57 Commission Exhibit No. 399, c’est à dire la pièce à conviction numérotée 399, de la
commission Warren.
69



















Deuxième partie :
Les années 60



Chapitre I.
Les premiers critiques



La parution du rapport Warren, et ses conclusions largement diffusées dans la
presse, vont satisfaire l’ensemble du peuple américain. Mais quelques rares
individus, plus pointilleux que les autres, vont se pencher sur le rapport, le lire en entier,
l’étudier, et le confronter à des articles de journaux ou des récits de témoins qui
semblent en contredire les conclusions. Ils vont ensuite chercher à se faire
entendre, exprimant leurs doutes, leurs questionnements, leurs critiques. À mesure qu’ils
vont se persuader qu’il existe de véritables contradictions et des zones d’ombre
dans le dossier, ils vont devenir les critiques de la version officielle, développant la
thèse d’un complot. Dès les premières années qui suivent l’assassinat, ils vont
publier des livres qui connaîtront un grand succès, attaquant la version officielle,
critiquant la Commission Warren, et affirmant qu’Oswald n’est pas le seul, voire
n’est pas du tout, l’assassin de Kennedy. On les appellera les Warren report critics
(les critiques du rapport Warren).
1. Harold Weisberg
Personnage assez singulier, Harold Weisberg, né le 8 avril 1913 à Philadelphie,
est un citoyen Américain qui fut, à ses débuts, entre autres, enquêteur pour le
compte du FBI, avant de devenir fermier, puis, à cause de l’assassinat de Kennedy,
de se mettre à l’écriture. Littéralement obsédé par cette histoire, il aura une
approche particulière, à savoir qu’il n’attaque le rapport Warren que d’après les éléments
contenus dans ce même rapport. Il est, en effet, persuadé que la commission
Warren n’a pas bien analysé les éléments du dossier, et il se fait fort de le faire à leur
place. Il prétend, dans ses ouvrages, que les pièces officielles elles-mêmes,
contenues dans les 26 volumes de pièces à conviction, ainsi que les autres documents en
présence, démontrent que les conclusions des enquêtes officielles – à savoir la
culpabilité du seul Oswald, tirant de derrière le président – sont fausses. Du moins
Weisberg, en se gardant toujours d’échafauder la moindre théorie, se distinguera
des auteurs critiques, et autres complotistes, qui envahiront la scène de l’assassinat
de Kennedy dans les décennies qui vont suivre.
Contrairement à d’autres critiques, il ne va pas faire une enquête, en recueillant
des témoignages. Restant chez lui, il se focalise sur les faits, les documents, les
73 écrits, les descriptions. Il va lire les 26 volumes de témoignages et pièces à
conviction de la commission Warren et chercher à y relever toutes les incohérences, et va
écrire des livres sur sa vieille machine à écrire. Il va s’attacher essentiellement aux
incohérences de l’autopsie, et va critiquer cette autopsie comme un tissu de
mensonges et comme une impossibilité. Il va donc réfuter les conclusions de l’autopsie
et conclure qu’il y a eu un complot.
En considérant tout le temps qu’il a passé à lire, voire disséquer, les 26
volumes, on ne peut que féliciter Weisberg de sa très grande connaissance du dossier
complet de l’assassinat de Kennedy. Cependant, il est paradoxal que cet homme,
qui a écrit des ouvrages pour critiquer le rapport Warren, ouvrages qui se voulaient
des enquêtes sérieuses et réfléchies sur les événements de Dallas, ne se soit même
pas déplacé sur les lieux du crime, ne serait-ce que pour voir, de ses propres yeux,
Dealey Plaza. Cela lui sera reproché, d’ailleurs, par certains défenseurs des
conclusions des enquêtes officielles.
Harold Weisberg, ne trouvant pas d’éditeur dans les premières années de son
travail, continuera à écrire sur sa machine à écrire dans un style très particulier,
redondant, avec des phrases à n’en plus finir, et publiera lui-même ses livres, aidé
par son épouse, en les photocopiant et en les reliant lui-même. Il les vendra
luimême, au numéro, directement. Au fil des ans, il deviendra un critique du rapport
Warren reconnu et respecté par ses pairs, et sera parfois interviewé pour des
documentaires, mais ne connaîtra jamais la gloire ni la richesse, et ses écrits resteront
d’une présentation d’un style amateur, et très difficiles à lire. Il écrira, en tout, une
dizaines de livres, parvenant enfin à trouver un éditeur pour les derniers,
principalement sur l’assassinat de Kennedy (sur l’autopsie, sur le FBI, sur Oswald, sur le
rapport Warren, etc.), mais également une fois sur celui de Martin Luther King.
Weisberg est un homme au caractère bien trempé, mais assez fermé, qui rejette
aussi bien les conclusions des enquêtes officielles que les versions alternatives. Il
estime que presque tous les autres critiques sont des clowns, qui se font leurs
pro58pres théories sans étudier le dossier .
Jusqu’à sa mort, en 2002, Weisberg continuera d’affirmer que la commission
Warren avait caché la vérité. Bien que ne proposant pas d’alternative, allant jusqu’à
écrire, à propos de la séquence de tirs, qu’on ne peut pas savoir comment elle a eu
lieu ("We have no way of knowing"), Weisberg prétendait que la blessure à la gorge
était un trou d’entrée (signe d’un tir de face), que la théorie de la balle unique était
59impossible, et que Lee Oswald avait été manipulé . Nous verrons, dans cet
ouvrage, ce qu’il y a lieu de penser de tout cela.
On doit dire que Weisberg, hélas, comme bien d’autres critiques de l’époque, a
une manière irresponsable de présenter les faits et sur ce point-là on doit le criti-

58 Weisberg n’aura jamais de mots assez durs pour qualifier les nombreux auteurs
inventeurs de théories du complot toutes plus incroyables les unes que les autres. Il considérait
que ces gens-là faisaient du tort à leur cause.
59 Réponse écrite et signée de Harold Weisberg à mon questionnaire général, 1998.
74 quer. Il cite les chiffres de façon biaisée, et fait dire au rapport Warren ce qu’il ne
dit pas, trompant ainsi ses lecteurs. Par exemple, lui comme d’autres, fait état du
chiffre de 4,8 secondes voire 5,6 secondes, comme temps total qu’aurait eu Oswald
pour la séquence de tirs. Leur argumentation est la suivante : le rapport Warren
parle de 4,8 à 5,6 secondes pour le temps qu’aurait mis Oswald pour tirer, mais
c’est trop peu : car humainement c’est impossible de tirer trois fois, avec ce fusil,
dans un laps de temps aussi court. Conclusion : on doit innocenter Oswald. C’est
l’un des premiers et des principaux arguments présentés par les "anti-Warren". Or,
ce n’est pas du tout ce que dit le rapport Warren. Pour s’en convaincre, citons-le :
60TIME SPAN OF SHOTS
Witnesses at the assassination scene said that the shots were fired within a few
seconds, with the general estimate being 5 to 6 seconds. That approximation was
most probably based on the earlier publicized reports that the first shot struck the
President in the neck, the second wounded the Governor and the third shattered
the President’s head, with the time span from the neck to the head shots on the
President being approximately 5 seconds. As previously indicated, the time span
between the shot entering the back of the President’s neck and the bullet which
shattered his skull was 4.8 to 5.6 seconds. If the second shot missed, then 4.8 to
5.6 seconds was the total time span of the shots. If either the first or third shots
missed, then a minimum of 2.3 seconds (necessary to operate the rifle) must be
added to the time span of the shots which hit, giving a minimum time of 7.1 to 7.9
seconds for the three shots. If more than 2.3 seconds elapsed between a shot
that missed and one that hit, then the time span would be correspondingly
increased.
CONCLUSION
Based on the evidence analyzed in this chapter, the Commission has concluded
that the shots which killed President Kennedy and wounded Governor Connally
were fired from the sixth-floor window at the southeast corner of the Texas School
Book Depository Building. Two bullets probably caused all the wounds suffered
by President Kennedy and Governor Connally. Since the preponderance of the
evidence indicated that three shots were fired, the Commission concluded that
one shot probably missed the Presidential limousine and its occupants, and that
the three shots were fired in a time period ranging from approximately 4.8 to in
excess of 7 seconds. »
61 Traduction :
Laps de temps entre les coups de feu
Des témoins de l’assassinat affirmèrent que les coups de feu avaient été tirés en
quelques secondes et évaluèrent en général ce laps de temps à 5 ou 6 secondes.
On peut penser que cette évaluation est très probablement fondée sur les
premiers rapports publiés d’après lesquels le premier coup de feu avait frappé le

60 Voir The Warren Commission Report, the official Report of the President’s Commission
on the Assassination of President John F. Kennedy, Longmeadow Press, 1992, chapitre III,
page 117.
61 Traduction copiée de la version française du rapport Warren : Rapport de la commission
Warren sur l’assassinat du président John F. Kennedy, Robert Laffont, Paris, 1965.
Traduction française © by éditions Robert Laffont.
75
?Président au cou, le second avait blessé le Gouverneur et le troisième avait
fracassé la tête du Président et qui estimaient à cinq secondes environ l’intervalle
séparant le coup à la nuque du coup à la tête. Comme nous l’avons indiqué
précédemment, le temps qui s’écoula entre le coup de feu qui blessa le Président à la
partie postérieure du cou et le coup de feu qui lui fracassa la tête fut de 4,8 à 5,6
secondes. Si c’est la deuxième balle qui manqua son but, la durée totale de la
fusillade fut de 4,8 à 5,6 secondes. Si c’est la première ou la troisième balle qui
manqua son but, on doit ajouter à l’intervalle qui sépare les deux coups de feu
qui atteignirent leur cible un minimum de 2,3 secondes (temps nécessaire pour
manœuvrer le levier d’armement de la carabine), ce qui donne pour la fusillade
un temps minimum de 7,1 à 7,9 secondes. S’il s’écoula plus de 2,3 secondes
entre le coup de feu qui manqua son but et le coup de feu le plus rapproché qui
atteignit l’objectif, la durée totale doit alors être augmentée d’autant.
CONCLUSIONS
La Commission, se fondant sur les éléments de preuve analysés dans le présent
chapitre, a conclu que les coups de feu qui tuèrent le président Kennedy et
blessèrent le gouverneur Connally furent tirés de la fenêtre située au cinquième
étage, à l’angle sud-est de l’immeuble du Texas School Book Depository. Deux
balles ont probablement causé toutes les blessures reçues par le président
Kennedy et le gouverneur Connally. Étant donné la prépondérance des preuves
recueillies indiquant que trois coups de feu avaient été tirés, la Commission a
conclu que l’une des balles tirées avait probablement manqué la voiture
présidentielle et ses occupants et que les trois coups de feu avaient été tirés dans un
laps de temps qui était au minimum de 4,8 secondes environ, mais qui pouvait
avoir dépassé 7 secondes.
Ainsi, on se rend compte que ce qui est écrit clairement dans le rapport Warren
est déformé par les critiques, dans le but de minimiser la validité de ses
conclusions. La Commission Warren explique qu’il y a eu trois tirs, et qu’elle ne sait pas
quel est celui qui a raté la limousine. Elle parvient à déterminer que les blessures
dans les deux hommes proviennent de deux balles du fusil, mais comme
visiblement il y a eu trois tirs, alors l’un a raté la limousine. Est-ce le premier ou le
deuxième ? Si c’est le premier, il faut rajouter 2,3 secondes au temps de tir, temps
qu’il faut pour mécaniquement utiliser le fusil. La commission Warren explique
bien qu’en fonction du tir manqué, on peut déterminer le nombre de secondes et
c’est au minimum de 7,1 secondes à 7,9 secondes. C’est bien plus que 4,8, et
surtout, c’est suffisant à un tireur du niveau d’Oswald pour effectuer les trois tirs de
Dealey Plaza. L’argument des critiques, Weisberg en tête, tombe ainsi à l’eau.
C’est une déformation de la vérité, une déformation du discours de la commission
Warren. C’est irresponsable voire malhonnête. On peut appeler ça de la
désinformation. C’est un reproche qu’on peut faire aux critiques de la première génération,
et malheureusement à ceux des quarante années suivantes, jusqu’à aujourd’hui.
76 2. Mark Lane
Mark Lane est un jeune avocat de New York, qui apprécie Kennedy et qui a
même participé à l’une de ses campagnes électorales. L’assassinat du président sera
un choc pour lui. Sa réaction sera de s’investir dans cette affaire. Il deviendra une
référence des critiques du rapport Warren.
Dès son arrestation le vendredi 22 novembre, Lee Oswald est présenté dans les
médias comme le meurtrier, le méchant. Oswald demande un avocat, mais c’est sa
mère qui intervient dans les médias pour réclamer un avocat pour son fils, afin de
prouver son innocence. Quelques temps plus tard, Mark Lane ira la voir et lui
annoncera qu’il accepte de défendre la mémoire de son fils, à une seule condition :
l’honnêteté absolue : « Soit votre fils était innocent, et je le dirai, soit votre fils était
coupable et je le dirai aussi. Laissez-moi dire la vérité. » La mère d’Oswald
accepte.
Mark Lane proposera ses services à la commission Warren, en tant que
défenseur de Lee Oswald, mais la commission refusera.
Mais Lane est lancé : il va commencer à se faire connaître, à enquêter sur place.
Il va aller à Dallas, interroger les témoins, filmer et écrire un livre, Rush to
jugement, en 1966, ouvrage qui connaîtra un grand succès de librairie. Le titre du livre
le résume et indique que le jugement a été fait trop vite, que beaucoup de zones
d’ombres restent sans réponse.
Que dit Mark Lane ? Il pose des questions, tente de montrer que les conclusions
des enquêtes officielles posent problème. Il ne présente pas vraiment de théorie
alternative, ne donne pas de réponses à ses questions. Dans son livre, il se contente
de faire la liste des éléments qui lui paraissent suspects.
Mark Lane va relever toutes les contradictions, toutes les invraisemblances dans
les témoignages. Par exemple, comment expliquer qu’un témoin ait vu deux
personnes s’enfuir du lieu de l’assassinat du policier, Tippit, ou qu’un autre n’ait pas
reconnu Oswald dans la parade d’identification ? Ainsi, durant celle-ci, des gens
n’ont pas reconnu Oswald, notamment Howard Brennan, le témoin qui avait donné
une description de l’homme qu’il avait aperçu au cinquième étage du dépôt de
livres scolaires. « J’ai vu quelqu’un, un homme blanc, taille environ 1,77m ("about
5’10’’ tall"), mince. » Ce sont ces éléments qui ont été diffusés pour la recherche
de l’assassin de Kennedy, et conduit l’agent Tippit à vouloir interpeller Oswald. Le
problème est que Brennan, lorsqu’il arrive au commissariat, ne reconnaît pas
Oswald. Ce qu’il est important de souligner, pour Mark Lane, c’est qu’il y a beaucoup
de flou dans l’histoire officielle.
Mark Lane va lire le rapport Warren, les 26 volumes, les interrogatoires, les
photos, les diagrammes, les enregistrements qui servent de pièces à conviction. Il
va trouver des incohérences, des bizarreries, des actions qu’il juge non
professionnelles, des choses à redire et cela avec beaucoup de raison. C’est là-dessus qu’il va
mettre le doigt.
77 - Premier problème soulevé par Mark Lane : il y avait peut-être un ou des
tireurs derrière la palissade en bois. À l’appui de cette idée, Lane invoque
des témoins, tels que Lee Bowers, S.M. Holland, ou J.C. Price. Leurs
déclarations, que ce soit devant la Commission Warren, ou devant Mark Lane
62lui-même qui les interviewa pour ses recherches (interviews filmées) ,
semblent indiquer la présence d’un ou plusieurs tireurs derrière la barrière
en bois. Si cela était avéré, alors, à tout le moins, Lee Oswald n’est pas le
seul assassin.
- Deuxième problème soulevé par Mark Lane : l’aspect médical de l’affaire
pose de nombreuses questions. Tout d’abord, la blessure à la gorge ne
serait-elle pas une blessure d’entrée ? C’est ce qui semble se dégager des
nombreuses déclarations du personnel médical de l’hôpital de Parkland, en
ce vendredi 22 novembre. Lane cite plusieurs docteurs, comme Malcolm
Perry ou Kemp Clark, pour montrer que la blessure que Kennedy a reçue à
la gorge provenait de devant lui. Ceci, bien sûr, concorderait avec la
présence de tireurs derrière la barrière en bois, au devant de Kennedy, et
confirmerait d’autant que la culpabilité unique d’Oswald est une erreur.
Autre point : le rapport du FBI sur les blessures du président indique que la
balle qui est entrée dans le dos de Kennedy n’a pénétré que très peu (deux
ou trois inches), et que la blessure à la gorge serait due à un éclat. Or, le
rapport d’autopsie, imprimé dans le rapport Warren, et qui sert de base aux
conclusions officielles, ne dit pas la même chose, et prétend que la balle a,
en réalité, traversé le corps de Kennedy pour ressortir par la gorge.
Pourquoi cette différence de description ? A-t-on "fabriqué" une fausse
description des blessures ? Un autre point dans la controverse sur les
blessures du président concerne les radios et photos prises à l’autopsie. Pour
faire taire les spéculations, et vérifier si Humes dit vrai, il suffit d’une
chose, dit Lane : voir ces documents. Malheureusement, ils ne sont pas
rendus publics, et personne ne peut les voir. La conclusion est vite
trouvée ; on nous cache quelque chose. De plus, avec raison, Mark Lane pense
que ces photos et radios ont été vues par les membres de la commission
Warren. Hélas non, ce que la commission Warren a eu entre les mains, ce
ne sont que de simples dessins. Effectivement dans le rapport Warren trois
dessins, plutôt des diagrammes du profil du président et de sa tête sont faits
plus tard sur le témoignage et la description orale des médecins et serviront
de base pour établir les conclusions de la commission Warren. Mark Lane
s’étonne de cet amateurisme et veut avoir accès aux documents officiels :
on les lui refuse. Il n’est donc pas content.
- Troisième problème soulevé par Mark Lane : la proposition selon laquelle
une balle est censée, d’après les conclusions de l’enquête officielle, avoir

62 Voir la cassette VHS The plot to Kill JFK ; Rush to Judgment, Mark Lane, MPI Home
Video, 1986
78 blessé à la fois Kennedy et Connally est impossible. Et cela pour deux
raisons : à la fois à cause de sa trajectoire supposée qui est irréalisable, et à
cause de l’état dans lequel on l’a retrouvée, un état quasiment intact. Pour
63Lane, la réalité scientifique interdit cette idée de balle unique . Pour que le
lecteur comprenne bien ce qui est en débat, essayons de bien le décrire. On
sait qu’une balle fait exploser la tête de Kennedy et que celui-ci a en plus
une blessure dans le dos et une la gorge, que John Connally placé devant
lui a une blessure dans le dos, au bras et à la cuisse. Les enquêteurs vont
déterminer qu’une seule balle a traversé le corps du président puis le corps
de Connally pour se loger dans sa jambe gauche. C’est la théorie de la balle
unique, qui expliquerait toutes les blessures. La balle unique pose deux
problèmes. Dès le début, c’est le sujet n°1 des critiques de la première
génération, dont Mark Lane fait partie. Le premier problème, c’est la
trajectoire ; la balle a l’air d’avoir zigzagué. Ce n’est pas possible ; les
blessures ne sont pas dans un alignement correct. Or, normalement, une
balle ne peut pas zigzaguer : c’est une impossibilité physique. Une balle va
tout droit. Si les blessures ne sont pas alignées, c’est qu’elles ont été créées
par plus d’une balle. C’est scientifique. Le deuxième problème, c’est l’état
même de cette balle, qu’on a retrouvée sur le brancard de Connally à
l’hôpital de Parkland. En effet, Kennedy a été tué, Connally blessé, et on
les retrouve tous les deux dans cet hôpital où l’un sera sauvé et l’autre non.
Sur le brancard qui avait servi pour transporter Connally, de la limousine à
la salle des urgences n°2, on retrouve une balle, et cette balle est quasiment
intacte. Pour être exact, elle n’est pas intacte (ce n’est pas une balle neuve),
mais elle n’est pas non plus très déformée. Il lui manque des grains de
métal sur la base. À sa base, on voit bien qu’elle a été percutée mais elle n’est
quasiment pas abîmée. Là est le problème.
- Quatrième problème soulevé par Mark Lane : la façon dont on a réussi à
arrêter Lee Oswald. Le rapport Warren, sans être trop précis, indique que la
description de Lee Oswald, lancée dans le système de communication de la
police, vient du témoin Brennan, qui a vu Oswald tirer, et est tout de suite
allé alerter la police. Mais Mark Lane n’est pas satisfait ; il note des détails
qui tendent à douter de la vraisemblance des conclusions des enquêtes
officielles. Par exemple, pour Brennan qui porte des lunettes et dont la vision
n’est pas très bonne, comment se fait-il qu’il puisse faire une description si
précise d’Oswald alors que la fenêtre étant baissée, la station debout n’était
pas possible pour le tireur ? Autre point, Brennan lors de la parade
d’identification, ne va pas reconnaître Oswald, mais expliquera par la suite
qu’il l’avait bien reconnu, mais avait eu peur de le dire par crainte d’un
complot communiste. Alors, à quel moment dit-il la vérité ?

63 CE-399
79 - Cinquième problème soulevé par Mark Lane : le fusil retrouvé sur les lieux
du crime est-il vraiment celui de Lee Oswald ? Un fusil fut retrouvé par la
police au cinquième étage du dépôt de livres, dans l’heure qui suivit
l’assassinat. Etait-ce un fusil de marque Mauser ou Mannlicher-Carcano ?
Mannlicher-Carcano, c’est la marque du fusil qu’a acheté Oswald : c’est un
fusil italien. Mauser, c’est une marque allemande, citée dans les premiers
instants à Dealey Plaza comme étant celle du fusil utilisé par le tireur.
Mark Lane s’appuie, entre autres, sur les déclarations de policiers tels que
Seymour Weitzman, ou Roger Craig, qui auraient reconnu un tel modèle. Il
y a bel et bien controverse. Mark Lane subodore qu’on aurait retrouvé un
fusil Mauser et qu’ensuite les autorités auraient caché ce fait parce qu’il
faisait partie du complot de faire croire qu’Oswald était seul coupable avec
son fusil à lui, le Mannlicher-Carcano. De plus, Lane, comme beaucoup
d’autres critiques plus tard, avance l’idée que le fusil Mannlicher-Carcano,
n’était pas une arme suffisamment efficace, ni précise, qui n’aurait pas
suffit à un tireur pour faire ce qu’on accuse Oswald d’avoir réussi.
- Sixième problème soulevé par Mark Lane : Lors de reconstitutions, les
tireurs d’élite conviés aux essais ne parviennent pas à reproduire ce que Lee
Oswald est censé avoir accompli. Mark Lane fait remarquer que lors de
l’enquête officielle réalisée en 1964, trois tireurs d’élite font des essais sur
cibles fixes, mais aucun d’entre eux ne parvient à réaliser l’exploit
qu’Oswald est sensé avoir accompli. Donc, à juste titre, Lane dit ne pas
pouvoir croire cette version qui affirme qu’Oswald est l’auteur, seul, des
trois coups de feu en 5,6 secondes alors qu’avec le même fusil, des tireurs
d’élite – sur cibles fixes et avec tout le temps de préparation nécessaire –
sont incapables de rééditer son exploit. Pour Lane, il doit donc y avoir une
autre version que la version officielle admise. Lane prétend qu’on sait que
les coups de feu ont duré 5,6 secondes, parce-que c’est ce qu’ont déterminé
les enquêteurs de la commission Warren. Comment ont-ils fait ?
Simplement. Ils ont visionné le film de Zapruder, qui montre l’intégralité de la
séquence des tirs qui blessent les deux hommes puis tuent Kennedy. Le
film commence avant le premier coup de feu, et se termine après le dernier.
Il suffit de se servir de ce film comme d’une horloge, pour tenter de
déterminer la durée de la séquence des tirs. Le FBI détermine que la caméra de
Zapruder fait tourner son film à la vitesse de 18 images par seconde.
C’esteà-dire que chaque image dure 1/18 de seconde. Il suffit alors de compter le
nombre d’images entre chaque événement qu’on constate sur le film, puis
64de le diviser par 18,33, pour connaître le temps exact, en secondes , entre
ces événements. L’instant précis de l’explosion de la tête de John Kennedy
étant accepté unanimement comme correspondant au dernier coup de feu, il
suffit de remonter le film jusqu’au mouvement réactif précédent de Kenne-

64 En fait, on a calculé plus précisément qu’il y a environ 18,33 images par secondes.
80 dy pour savoir combien de temps auparavant a eu lieu le tir précédent.
Grâce à ce système là, la commission Warren essaie de déterminer le temps
écoulé pendant les trois coups de feu. Il faut savoir aussi qu’une balle de
fusil va tellement vite qu’elle n’apparaît pas sur les images : si sur une
èmeimage, à l’instant T, il n’y a pas de balle, à l’image suivante, soit 1/18 de
seconde après, la balle est déjà passée. On ne voit donc jamais de balle
dans le film de Zapruder. En tout cas, dans le temps imparti à Oswald,
selon Mark Lane, l’incapacité des tireurs d’élite à reproduire l’assassinat de
Kennedy montre que la version officielle ne peut pas être valide.
- Septième problème soulevé par Mark Lane : les empreintes. Mark Lane
souligne que les tests à la paraffine destinés à vérifier si Oswald avait
utilisé son fusil le jour du drame ne permettaient pas de donner une réponse
positive, et donc de conclure à sa culpabilité.
- Huitième problème soulevé par Mark Lane : le meurtre de Tippit. Là
encore, Mark Lane fait part de ses doutes, en citant des bribes de témoignages
semblant contredire les conclusions de l’enquête officielle – méthode pour
le moins inefficace dans la recherche de la vérité, mais qui fait
effectivement paraître douteuses les conclusions du rapport Warren. Certains
éléments (il y aurait eu deux tireurs, etc.) semblent discréditer la version
qui présente Oswald comme le seul assassin.
- Neuvième problème soulevé par Mark Lane : Jack Ruby. À l’évidence, le
meurtre de Lee Oswald en plein cœur du dispositif policier, par un homme
au passé trouble, amène à se poser des questions. La première idée qui
vient en tête est que Ruby a fait taire Oswald, signe d’une véritable
opération organisée. Et comment expliquer que Jack Ruby ait pu s’introduire
dans les locaux censés être fortement gardés par les policiers ? A-t-il
bénéficié d’une complicité ? C’est ce que Mark Lane insinue.
- Dixième problème soulevé par Mark Lane : le vrai Lee Oswald. Lee
Harvey Oswald n’était pas une personne comme les autres. Ils n’étaient pas
nombreux, les Américains qui, après avoir été Marine, étaient allés vivre et
travailler en URSS, étaient revenus mariés à une femme russe après avoir,
un temps, menacé de renoncer à la citoyenneté américaine, puis avaient
acheté un fusil, avaient tenté de tuer un général américain, et s’étaient
fabriqué une fausse identité au passage… Tout dans la vie d’Oswald est
remarquable. Il n’est pas surprenant que Mark Lane voie dans tout cela le
signe que Lee Oswald avait, d’une manière ou d’une autre, un lien avec des
services secrets.
- Onzième problème soulevé par Mark Lane : les photos d’Oswald avec son
fusil. Ces photos montrent Oswald à l’extérieur, dans la petite cour devant
sa maison, posant avec un fusil et un revolver. Le fusil sera identifié
comme l’arme ayant servi à tuer Kennedy, accentuant les preuves de
81 l’implication d’Oswald, comme de sa prédisposition à la violence, ou sa
fragilité mentale, selon le point de vue. Mark Lane émet des doutes sur
l’authenticité de ces photos, citant, entre autres arguments, le fait que
l’ombre du nez d’Oswald est incompatible avec celle de son corps. Lane
suggère donc que ces photos auraient été truquées afin de donner une
certaine image d’Oswald, pour faire ainsi d’autant plus facilement admettre au
public sa culpabilité.

À la lecture de Rush to Judgment, on se dit que le raisonnement global se tient :
la trajectoire de la balle qui semble suspecte, le flou total dans les conditions de la
description d’Oswald comme suspect, la balle qui semble intacte alors que c’est
impossible qu’elle le soit, les tireurs d’élite incapables de reproduire les tirs
d’Oswald, tout cela est trop. D’où le sentiment de Lane que la commission Warren
induit les gens en erreur, ou à tout le moins, qu’elle s’est mal expliquée, et qu’il
faut aller plus loin. Il y a de bonnes raisons de se poser des questions légitimes.
Lane ne propose pas de version de rechange mais celle de Warren présente trop
d’incohérences à ses yeux ; il va s’attacher à le dire.
65Qu’en est-il de ces questions ? Mark Lane a-t-il mis le doigt sur de véritables
mensonges officiels, ou a-t-il simplement commis l’erreur de passer à côté de
l’essentiel ? Reprenons sa démonstration, et essayons de voir si les points qu’il
soulève sont vraiment valables.
Réponse au premier problème. L’hypothèse d’un tireur placé derrière la
barrière en bois, en haut de la butte gazonnée, est une idée à laquelle se
sont accrochés la majorité – sinon l’unanimité – des critiques des
conclusions des enquêtes officielles depuis le début, avec toutes leurs forces.
C’est pourtant, paradoxalement, l’une des plus simples à démystifier. En
premier lieu, c’est un endroit à découvert, et aucun témoin n’y a vu le
moindre tireur. D’ailleurs, personne n’a vu de tireur nulle part d’autre qu’à
la fenêtre du cinquième étage du TSBD, ce qui est très significatif. De plus,
aucune trace matérielle d’un tireur n’a été trouvée derrière la barrière en
bois. Cela devrait suffire. La logique, quant à elle, si besoin était, rejette
totalement cette hypothèse. Jamais un tireur n’aurait eu l’idée saugrenue de
se placer à cet endroit-là. C’est en effet un endroit exposé aux regards, et il
y avait tellement de monde à Dealey Plaza ce matin-là, devant, sur les
côtés, et derrière, qu’il aurait forcément été vu, sans compter qu’il aurait été
en plein dans le champ des objectifs des caméras et appareils photos des
gens se tenant de l’autre côté de la rue. Comme position de tir, on fait
mieux ! Qui plus est, un tireur placé là aurait eu les panneaux routiers, les
lampadaires et les passants venus regarder le cortège, juste entre lui et sa
cible, ce qui l’aurait – à tout le moins – empêché de bien viser. Quant à la
fuite de ce tireur, après son forfait, elle aurait été très fortement compro-

65 Tous ces points seront repris ensuite et approfondis par d’autres chercheurs critiques.
82
?mise, car à la pleine vue de tous. Et ce tireur hypothétique, en plus, serait
reparti avec son fusil à la main, puisqu’aucune arme n’a été retrouvée là (et
rien que cela rend l’hypothèse inconcevable).
Réponse au deuxième problème. Lors de l’autopsie, deux agents du FBI,
James W. Sibert et Francis O’Neill, Jr. sont présents, et ils vont rédiger un
66rapport . Ce rapport, différent du rapport médical établi par les médecins,
indique le lieu, l’heure, les personnes présentes, ce qui s’est dit au cours de
l’autopsie et les conclusions de celle-ci au soir du vendredi 22 novembre.
Plus tard, le 9 décembre 1963, le FBI produira un rapport complet (FBI
Summary Report), en cinq volumes, qui donnera les conclusions du bureau
sur l’assassinat de Kennedy, et notamment sur l’aspect médical de l’affaire,
puis, le 13 janvier 1964, un rapport supplémentaire (FBI Supplemental
Report), chacun se basant, pour partie, sur le rapport des agents Sibert et
O’Neill.
Or, à cette date là, le véritable rapport d’autopsie, écrit par le docteur
Humes, et qui sera inclus plus tard dans le rapport Warren, n’est pas encore
sorti (le rapport Warren étant publié en septembre 1964). On n’en sait donc
rien encore. Mais le rapport du FBI, lui, maintenant qu’il est connu, va être
lu par des chercheurs intéressés. Or, que dit ce rapport ? Qu’une balle
traverse la tête de Kennedy, et qu’un autre balle rentre dans son dos et en
ressort. Mais lorsque le rapport Warren sort, les conclusions sont nettes :
une balle, la première ou la deuxième, rate la limousine et donc ricoche sur
le trottoir et blesse James Tague, la deuxième ou la première traverse le
cou de Kennedy, elle rentre en haut du cou à l’arrière et sort à la base du
cou à l’avant et s’en va traverser Connally pour finir dans sa jambe, c’est la
fameuse balle unique. Enfin, la troisième balle fait exploser la tête de
Kennedy. Mais les conclusions du rapport Warren s’appuient sur le rapport
d’autopsie. Et celui-ci dit bien qu’une balle est effectivement rentrée dans
le cou de Kennedy par l’arrière pour sortir par devant et aller traverser
Connally, alors que le rapport du FBI dit qu’une balle rentre dans le dos et
en ressort. Attention : c’est bien de la même autopsie qu’on parle. Il y a là
un gros problème. La conclusion de Mark Lane et des autres chercheurs de
l’époque n’est pas étonnante ; quelqu’un semble mentir. Quelqu’un semble
cacher la vérité pour faire accuser Oswald.
Mais l’explication est simple : le matin du 23 novembre, soit le lendemain
de l’autopsie, le docteur Humes, le médecin légiste de Bethesda, téléphone
au docteur Perry, le chirurgien qui a opéré Kennedy à Parkland, et lui
donne ses conclusions : une balle qui sort du dos et une balle qui sort de sa
tête. Perry lui parle alors de la blessure au cou. En effet, lorsque que
Kennedy est arrivé à Parkland, dans la salle des urgences, il présentait une
blessure au cou. Consternation de Humes ! Il se rend compte que lui qui a

66 Voir annexe n°20.
83
?fait l’autopsie, a raté celle-ci. Car une telle opération a pour but de
déterminer les blessures et en tirer des conclusions sur la trajectoire des balles et
en déterminer les causes de la mort. La trajectoire d’une balle est
normalement assez facile à déterminer puisque les marques qu’elle laisse
lorsqu’elle rentre sont différentes de celles qu’elle laisse en sortant du
corps (par exemple, en traversant une matière osseuse comme un crâne,
une balle fera un petit trou d’entrée mais un plus grand trou de sortie).
Donc James Humes a tiré de mauvaises conclusions, puisqu’il ne s’est pas
occupé de la blessure dans l’entrée de la gorge, car quand il a vu cette
blessure il l’a considérée comme la conséquence de la trachéotomie. Le docteur
Perry lui rétorque que la trachéotomie a été faite sur la blessure, celle-ci
était déjà présente sur la gorge et il en a "profité" pour agrandir le trou avec
son scalpel pour faire passer un tuyau pour la respiration.
James Humes se retrouve dans la position du médecin légiste qui apprend –
trop tard – qu’il a raté une blessure, et qui ne peut plus rien faire car le
corps, l’autopsie terminée, a été emmené à la Maison-Blanche, après avoir
été embaumé. Une chose est sûre ; une nouvelle autopsie n’est plus
possible. D’ailleurs une autopsie ne peut se faire qu’une fois. James Humes se
retrouve avec un rapport d’autopsie erroné, puisqu’il a oublié une blessure.
Cela le conduit à détruire son premier rapport et à en rédiger un deuxième,
à la lumière de ce que lui a appris le docteur Perry. Ainsi, le rapport
d’autopsie officiel – personne ne le nie – a été réécrit le lendemain sur la
base de l’apport du témoignage du médecin qui avait vu le corps de
Kennedy à Dallas. Pour Humes, les conclusions s’expliquent, et tout devient
clair pour lui : il y avait une blessure par balle devant, au niveau de la
pomme d’Adam, et lorsqu’il a supposé, pour la blessure qu’il a constatée
dans le dos, qu’elle correspondait à une balle qui est rentrée peu
profondément et est sortie probablement lors des massages cardiaques, il se
trompait. En fait, cette balle a traversé le corps de Kennedy et est ressortie
par la gorge. Humes fait logiquement correspondre les deux blessures et
cela s’accorde au mieux avec ce qu’il avait observé.
Le souci, c’est que les médecins légistes, pour déterminer que la balle était
entrée et ressortie, avaient introduit une tige de fer pour mesurer la
profondeur de la blessure. Or cette tige n’avait pénétré que d’une longueur de la
phalange d’un doigt.
L’explication de la différence entre le rapport d’autopsie et le rapport du
FBI, en ce qui concerne la trajectoire des balles, n’est pas que la
Commission Warren a truqué les preuves ou a manipulé qui que soit, mais
simplement que quand les agents du FBI Sibert et O’Neill, qui notent tout
ce qu’ils entendent, ont écrit que la balle entrée dans le dos en était
ressortie sans pénétrer profondément, c’est parce que c’est effectivement ce que
les médecins disaient à ce moment là. Mais Humes a changé ses
conclusions quelques heures après l’autopsie, quand les agents du FBI étaient déjà
84 partis. Cela explique la différence entre les deux versions ; celle du FBI,
ayant son origine au moment même de l’autopsie, n’étant plus valable dès
lors que le médecin en charge de l’autopsie écrira dans son rapport des
conclusions qu’il aura tirées non pas de son observation du corps, mais de
sa réflexion logique à la suite d’une conversation tenue le lendemain, avec
le médecin de Dallas.
Voilà l’explication. Mais on peut tout à fait comprendre que Mark Lane ait
soulevé le problème : comment deux rapports soit disant écrits en même
temps par des gens honnêtes, et décrivant la même chose, peuvent-ils à ce
point aboutir à des conclusions contradictoires ? On doit féliciter Lane pour
ses remarques, tout en acceptant le fait que l’explication était prosaïque, et
ne cachait rien de suspect.
Mais dans ce cas, on peut rétorquer que les conclusions de Humes ne sont
pas prouvées, mais juste supposées. Cela pose un autre problème, mais là,
on change de terrain.
Au sujet de la blessure à la gorge, on peut noter que lors du point presse
des médecins (Perry, Clark) à Dallas, le 22 Novembre, il est dit que la
blessure à la gorge semble avoir été causée par un tir qui venait de devant.
Donc les conclusions de ces médecins ce jour là, non prouvées, puisqu’il
n’y avait pas encore eu d’autopsie, sont que Kennedy semble avoir été tué
par une balle qui venait de devant. Or, à sa parution l’année suivante, le
rapport officiel dit que Kennedy a été tué par derrière. Contradiction ? Non,
les médecins de Dallas admettent s’être trompés, ayant simplement donné
un avis dans la précipitation, sans eux-mêmes avoir le temps de bien
observer le corps, et encore moins d’en faire l’autopsie. Mais les auteurs
critiques comme Mark Lane n’acceptent pas cette version : ils pensent que
les déclarations premières des médecins de Dallas correspondaient à leurs
constatations, et que leur volte face, suite aux conclusions officielles, leur
est imposée dans l’intérêt du pays. C’est là qu’on peut et doit leur
reprocher d’aller vite en besogne, et de se faire plaisir en accusant sans preuve.
Si les médecins de Dallas eux-mêmes admettent s’être trompés, alors
l’affaire en reste là. Si les médecins de Parkland acceptent les conclusions
officielles, à savoir la culpabilité d’Oswald, tireur placé derrière la cible,
alors voilà. Au nom de quoi Mark Lane, ou tout autre auteur, se permet-il
de contester les choses ?
Ce point est important, et que le lecteur me comprenne bien. Nous ne
sommes pas du tout en présence d’une équipe de médecins à Dallas qui
contesteraient la version des médecins de Washington, contestation que
relaierait l’auteur Mark Lane. Si c’était le cas, on comprendrait
l’acharnement du critique. Mais là, c’est fort différent. Nous sommes en
présence d’une équipe de médecins de Dallas, qui, au vu des conclusions
de l’autopsie, admettent tout à fait que Kennedy a été tué par derrière, que
la blessure de la gorge était une blessure de sortie de la balle qui était
en85 trée dans le dos, et que leurs premières impressions à eux, dans la
précipitation (pour eux dont le travail n’était certes pas d’étudier les blessures),
étaient fausses. Voilà tout. Les médecins de Dallas, qui ont vu le corps de
Kennedy, et qui ont, évidemment, les compétences requises, n’ont pas de
problème avec les conclusions de l’autopsie. Mais Mark Lane, lui, qui n’est
pas médecin, n’a pas vu le corps, ni n’a vu les photos de l’autopsie, a un
67problème : il n’accepte pas les choses . On serait tenté de dire : tant pis
pour lui. Que peut-on dire d’autre ?
En ce qui concerne les radios et photos de l’autopsie, Mark Lane se plaint
qu’elles ne soient pas disponibles pour le public. Au moment où sort son
68livre, seuls les médecins militaires qui ont pratiqué l’autopsie ont pu les
69voir, et ils les reverront en janvier 1967 . Lane proteste. Il voudrait que ces
documents soient disponibles. Mais est-ce raisonnable de revendiquer ce
droit ? Si l’on n’est pas un médecin, formé pour lire une radio médicale, on
ne peut pas en lire une. Mettre à la disposition du grand public des radios
dont il ne saura pas tirer la moindre information n’est pas une
revendication raisonnable. Quoiqu’il en soit, la voix des critiques comme Mark Lane
émettant leurs doutes se faisant de plus en plus entendre, une réaction des
autorités eut lieu. Il fallait une réponse. En 1968, le ministre de la justice, la
fournit par le biais de la mise en place d’une revue des documents de
l’autopsie par une commission civile constituée de spécialistes
indépen70dants. Cette commission fut appelée le Clark panel . Elle expertisa ces
documents en 1968, rendant un rapport qui… confirmait la position
officielle. Ainsi, sur ce point là, encore, les suspicions de Mark Lane
s’écroulaient ; il s’était trompé.
Réponse au troisième problème. La question de la balle unique, appelée
"balle magique" par les critiques, a longtemps été le meilleur argument, ou
pseudo-argument, à opposer aux conclusions des enquêtes officielles. En
effet, la version de la commission Warren, à savoir la culpabilité du seul
Oswald, repose essentiellement sur la validité de la balle unique. Si celle-ci
se révèle fausse, alors tout le reste s’écroule. C’est pourquoi les critiques
appuient bien sur ce point. Lane, ici, donne les deux arguments qui
s’opposent à la théorie de la balle unique : sa trajectoire impossible, et
l’état dans lequel on l’a retrouvée. Il faut le dire clairement, au premier
abord, son raisonnement se tient. En toute bonne foi, il semble évident que

67 De nombreux critiques et complotistes lui emboîteront le pas au fil des années, mettant
en opposition les équipes médicales de Parkland et Bethesda, alors que les médecins
euxmême ne voyaient rien à redire.
68 Ainsi qu’Earl Warren.
69 Voir annexe n°15.
70 Voir annexe n°16. William Ramsey Clark était alors le Procureur général des Etats-Unis
(Attorney General), soit le ministre de la justice.
86
?cette balle unique ne peut pas avoir existé. Et pourtant… On peut accorder
à Lane le bénéfice de l’ignorance, valable pour tout le monde à ce
momentlà. Le rapport Warren lui-même avoue ses limites : "The exact positions of
the men could not be re-created" (traduction par l’auteur F. Carlier :
71« Nous n’avons pas pu recréer la position exacte des deux hommes ») .
Mais depuis la sortie du livre de Lane, en 1966, plus quarante années ont
passé. Quarante années où de nombreux experts se sont penchés sur la
question. La science et les technologies, sans cesse améliorées, ont permis,
au fur et à mesure des progrès et du travail acharné de grands spécialistes,
non seulement de trouver une réponse à ce problème, mais d’en trouver la
réponse multi-confirmée, définitive, absolue. Comme nous le verrons dans
ce livre, la science a prouvé que la balle retrouvée à l’hôpital Parkland, la
fameuse CE-399, est bien celle qui a traversé les corps de Kennedy et
Connally. Même si cela peut nous sembler surprenant, au premier abord, il
faut s’incliner devant la science et l’avis des experts. Quant à la trajectoire
de cette balle, des études indépendantes, faites par ordinateur, ont montré
72qu’elle était tout a fait, plus que plausible, évidente et incontestable .
Réponse au quatrième problème. Ici, Mark Lane présente un argument
bien faible, pour ne pas dire "déplacé". On pourrait même dire que Lane
n’est pas très honnête sur ce sujet. La raison de l’arrestation d’Oswald est
tout ce qu’il y a de plus normal, logique, classique. Lee Oswald a été arrêté
par la police, parce qu’il venait de tuer un policier (Tippit) devant témoins,
que de nombreuses personnes l’avaient vu, et qu’il avait été suivi et
dénoncé. Les policiers de Dallas n’avaient plus qu’à aller le cueillir, et on peut
comprendre qu’ils aient mis de l’empressement à aller attraper l’homme
qui venait de tuer un de leurs collègues ! De plus, concernant Brennan,
Lane semble oublier qu’il a vu le tireur, et en a donné une description
presque exacte, signe qui tendrait à montrer que c’était vraiment Oswald qui se
trouvait là. Rappelons que quasiment personne, à Dealey Plaza, n’a vu de
tireur ni de fusil. Mais que les rares témoins qui ont vu quelque chose, l’ont
vu à la fenêtre du cinquième étage du dépôt de livres, et nulle part ailleurs !

71 Encore que, entendons-nous bien, les éléments en présence étaient tellement nombreux
pour accuser Oswald et démontrer que, en toute logique, la balle avait traversé les deux
hommes et n’avait pas pu faire autre chose, que déterminer avec précision la position des
deux hommes n’a pas paru indispensable aux membres de la commission, car cette
position, de toute façon, se déduisait par la force de la logique.
72 On peut voir un dessin de la balle traversant Kennedy et Connally, résultat de l’étude
faite par les spécialistes de Failure Analysis Associates, dans le livre de Gérald Posner,
Case closed, Anchor Books, Doubleday, 1993, pages 476-477. On peut également voir une
animation en images de synthèse, par ordinateur, faite par Dale Myers, dans le
documentaire vidéo d’ABC News, Peter Jennings reporting, The Kennedy assassination ; Beyond
conspiracy, 2003.
87
? Réponse au cinquième problème. Ici, Mark Lane, s’il fait part de ses
doutes, commet l’erreur de ne pas pousser son raisonnement jusqu’au bout. La
critique est facile, mais ses accusations mènent-elles quelque part ? Mark
Lane veut nous faire croire qu’un fusil Mauser a été utilisé pour
l’assassinat, mais alors, pourquoi les balles et les douilles qui ont été
retrouvées proviennent d’un fusil Mannlicher-Carcano ? Où sont les douilles
du Mauser ? Et puisqu’il se moque de la qualité du Mannlicher-Carcano,
qui soi-disant n’était pas un fusil qui permettait de tuer Kennedy, pense-t-il
qu’un Mauser aurait pu faire mieux ? Mark Lane n’offre aucune réponse. Il
semble ne pas vouloir admettre, tout simplement, que la mention d’un
Mauser dans les tous premiers moments, réfutée très vite et définitivement
quand on a constaté qu’Oswald possédait un Mannlicher-Carcano, ne soit
due qu’à une confusion, une erreur.
Le problème c’est que les Mauser, qu’ils soient suédois ou allemands, ont
rarement la marque du fabricant ou la marque du fusil écrite ou imprimée
dessus. Parfois celles-ci sont poinçonnées ou estampées sur le canon ou sur
de très rares éléments. Parfois, c’est simplement sur une seule pièce. Et de
nombreux modèles de Mauser n’ont même pas le nom "Mauser" estampé
dessus. Par exemple, si ce sont des Mauser suédois qui sont faits par une
usine Karl Gustav, ils n’ont pas le nom Mauserverke Oberndorf sur eux.
Alors est-il si dur à croire, pour Lane, qu’un ou deux policiers, dans
l’excitation du moment, trouvent un fusil étranger à culasse mobile qu’il ne
connaissent pas forcément, et qu’ils ne parviennent pas à l’identifier,
immédiatement et avec précision ?
Dans un sujet comme celui-là, il y a lieu d’être rigoureux, et de se retenir
de lancer des accusations à tort et à travers. Car Lane est, ici, face à deux
solutions. Soit il y a eu simplement une erreur d’identification de l’arme du
crime, dans la précipitation (Lane devrait savoir que c’est le genre de
choses qui arrivent). Soit les policiers de Dallas font partie d’une conspiration
pour faire accuser un innocent. C’est tellement gros que Lane, s’il avait eu
un peu de retenue, n’aurait même pas dû en parler. Il aurait mieux fait
d’aller discuter avec des membres de la police de Dallas, et le sujet du
Mauser ne serait même jamais apparu dans son livre.
Réponse au sixième problème. La question des tirs d’Oswald reproduits
lors de tests par des tireurs d’élite pour la commission Warren, est facile à
régler. Là encore, Mark Lane fait de la sélection d’informations.
Premièrement, comme nous l’avons vu dans la section précédente sur Harold
Weisberg, Oswald a eu suffisamment de temps pour tirer ses trois coups de
feu. Dire le contraire est un mensonge, une déformation des faits.
Deuxièmement, les tests faits pour la commission Warren, c’est écrit noir sur
blanc, démontrent amplement qu’Oswald pouvait tout à fait réussir ce
88
??73qu’on l’accuse d’avoir fait . L’affaire est entendue. Il n’y a pas lieu d’y
revenir. Mark Lane, en fait, n’a pas d’argument à avancer sur cette
question.
Réponse au septième problème. Ce point est mineur. Les tests à la
paraffine fonctionnent ainsi : on met de la paraffine chaude sur la peau du
suspect. En refroidissant, cette paraffine va absorber les particules de
nitrate collés en profondeur dans la peau. On enlève ensuite la paraffine et on
l’examine. En effet, si quelqu’un a tiré avec une arme à feu, les gaz
déposent des résidus de poudre dans la peau. Le résultat de ce genre de tests
n’est pas suffisamment probant, car des agents oxydants divers, mis en
présence des produits utilisés pour révéler les nitrates, peuvent occasionner
des réactions équivalentes. Il reste que le test à la paraffine sur les mains
d’Oswald, pratiqué le 22 novembre 1963, juste après son arrestation, a
déterminé qu’il avait tiré au revolver, car il a été décelé la présence de
nitrates venant d’un résidu de poudre. Que cela soit insuffisant pour le
déclarer coupable, je veux bien. De toute façon, ce genre de test n’a plus la
cote aux Etats-Unis, et ce n’est pas cela qui a permis de savoir que c’est
bien Oswald qui a tué Kennedy.
Réponse au huitième problème. Là, l’avocat Mark Lane fait preuve d’un
manque de professionnalisme flagrant. Il devrait savoir que les
témoignages sont sujets à caution. Le meurtre de Tippit est sans doute l’aspect le
moins ouvert à la contestation dans toute cette affaire. Bien sûr, comme
pour le plus banal accident de voiture, on trouvera des divergences de
détails dans les témoignages recueillis. Mais c’est un phénomène très connu
de tous les enquêteurs du monde. Que Mark Lane s’arrête à cela est
décevant de sa part. Les preuves contre Oswald sont accablantes. Déjà, en 1966,
on ne pouvait pas le contester. Aujourd’hui, avec le travail de recherche
exceptionnel fait par l’auteur américain Dale Myers, la culpabilité du seul
Oswald dans le meurtre de Tippit est devenue une certitude absolue.
Réponse au neuvième problème. Que veut insinuer Lane, ici ? Sur l’acte
de Jack Ruby, la logique empêche de penser qu’il ait eu le rôle de faire
taire Oswald. En effet, si Oswald fait partie d’une conspiration dans
laquelle Ruby a sa part, si Ruby tue Oswald pour qu’il ne parle pas, alors ça
ne change rien, puisque maintenant, la police détient Ruby, et pourra
l’interroger. Qui, alors, viendra tuer Ruby ? Lane ne le dit pas. Et personne
n’est venu… Quant à la présence de Ruby dans les locaux de la police, que
dire ? Sauf à accuser vraiment un policier d’avoir participé à un complot
pour faire tuer Oswald (une proposition ridicule, qu’aucun critique n’a
faite, à ma connaissance), on doit bien admettre que Ruby a réussi, de
luimême, discrètement, à pénétrer dans le bâtiment. Ce n’était pas la première

73 Lire Septième partie – chapitre II – section 1 : "Les tirs : balle unique et coup mortel "
89
???fois. On peut en vouloir, après coup, et avec raison, à la police de Dallas
d’avoir fait preuve d’un manque de sérieux flagrant. D’accord. Mais c’est
tout.
Réponse au dixième problème. Sur ce point-là, il n’y a pas grand-chose à
dire. Si Mark Lane, comme beaucoup de chercheurs qui vont suivre, est
surpris par la vie qu’Oswald avait menée avant d’assassiner Kennedy, ça le
regarde. En réalité, Oswald était un homme mal dans sa peau, qui était
constamment à la recherche d’un idéal qu’il n’a jamais trouvé. Il a eu une
vie riche. Tant mieux pour lui. Mais sa vie peut parfaitement être vue
comme la voie qui l’a mené à son geste fatal, comme le montrera l’auteur
Gerald Posner des années plus tard.
Réponse au onzième problème. Les photos d’Oswald dans son jardin
seraient-elles truquées ? Au moment où Lane écrit son livre, cela peut rester
une question ouverte, pour ceux qui ont pris le parti de douter de ce que les
autorités américaines leur disent. En toute logique, on ne voit pas pourquoi
des éventuels conspirateurs seraient allés s’embêter à truquer des photos
d’Oswald, car celles-ci n’ont servi en aucune manière à le faire arrêter, ni
l’accuser, ni l’inculper. En d’autres termes, si ces photos n’avaient pas
existé, cela n’aurait rien changé du tout. Pourquoi donc des conspirateurs
auraient fait une chose inutile ? Mark Lane ne semble pas s’être posé la
question, lui qui se contente de mettre sur papier tout ce qui lui semble
suspect, quitte à ce que ça n’ait pas vraiment de sens. Néanmoins, pourquoi
pas ? Les photos paraissent suspectes à Mark Lane, ainsi soit-il. Pour le
moment, on en restera là. La question restera en suspens pendant quelques
années, jusqu’à ce que le HSCA, la grande commission d’enquête chargée
de vérifier les thèses et accusations des critiques, à la fin des années 70, se
penche sur la question. Nous le verrons plus en détail dans le chapitre
concerné, plus de vingt experts ont étudié les photos, de la façon la plus
complète, et grâce aux méthodes les plus modernes. Leur verdict : elles
sont authentiques. Encore une fois, Mark Lane avait fait fausse route.

Que peut-on dire en conclusion ? Que Mark Lane se trompait. Il posait de
nombreuses questions, mais sans faire l’autre moitié du travail, à savoir essayer de
répondre à ces questions. S’il l’avait fait, il aurait vu que beaucoup de ses
interrogations n’étaient pas légitimes, notamment celles qui se basaient uniquement sur
des différences de témoignages. Mais il a également posé de bonnes questions, et
mis le doigt, non pas sur une conspiration, mais sur des erreurs dans l’enquête.
Aujourd’hui, on sait que ses soupçons étaient vains. Mais il faut comprendre son
schéma intellectuel. Il faut comprendre ses motivations, son travail. Il est facile de
le critiquer aujourd’hui si on n’est pas d’accord avec ses conclusions, car on
dispose des réponses, on a la solution des problèmes soulevés, on a un éclairage
90
??nouveau. Mais reconnaissons que toute personne sensée et courageuse aurait fait ce
travail de recherche de la vérité dans un esprit de franchise, comme lui.
Aujourd’hui, à la lumière des réponses obtenues au fil des années, et surtout
grâce aux vérifications scientifiques organisées par le HSCA à la fin des années
7470 , on sait qu’Oswald était le seul tireur. Mais il est compréhensible, tout au
moins jusqu’à un certain point, que des gens aient pu avoir des doutes dans les
premières années, et se poser des questions. Ce n’était pas illégitime. Si Mark Lane
a voulu vérifier certains points pour en avoir le cœur net, c’est bien. S’il a voulu en
savoir plus, en se rendant sur place, c’est bien aussi. Cependant, il a sans doute été
trop loin, en insinuant des choses et en critiquant trop rapidement la commission
Warren. Lane n’a pas compris la position fondamentale des membres de la
commission :
"Our intention, is not to establish the point with complete accuracy, but merely to
substantiate the hypothesis which underlies the conclusion that Oswald was the
sole assassin."
(Redlich memo to Rankin, 4/64)
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Notre intention n’est pas de démontrer
notre propos avec une exactitude parfaite, mais simplement de fournir des
preuves à l’appui de l’hypothèse qui est à la base de la conclusion qu’Oswald était le
seul assassin. »
On peut, honnêtement, faire un reproche à Mark Lane. En présentant les choses
d’une manière déterminée, en accusant la Commission d’avoir été de mauvaise foi,
Mark Lane détourne le lecteur de la vérité. Sa façon de présenter les choses, biaisée
et erronée, provient de ses propres conclusions, qui, si elles sont contraires à celles
de la Commission, n’en sont pas pour autant meilleures. En fin de compte, c’est lui
qui, par son absence d’application du bon sens, se trompe.
3. Sylvia Meagher
L’une des rares femmes à s’être fait un nom dans cette affaire en écrivant un
livre, elle fait partie de la première génération des critiques. Elle va étudier l’affaire
de près, en tentant de réfuter les conclusions des enquêtes officielles point par
point, montrant que celles-ci ne peuvent être vraies, et disant qu’Oswald est
innocent.
Elle va écrire un livre, un seul, Accessories after the fact. Ce livre ne sera
mal75heureusement pas traduit en français .

74 Lire Troisième partie – chapitre II – section 3 : "Le HSCA"
75 Il est à noter que peu d’ouvrages consacrés à la mort de Kennedy ont été traduits dans
notre langue et distribués dans notre pays, à part bien sûr le rapport Warren, le livre Rush to
Judgment de Mark Lane, (traduit sous le titre L’Amérique fait appel), et quelques autres.
91
?On peut féliciter Sylvia Meagher pour avoir, la première, en plus d’écrire son
livre, créé un index du rapport Warren. En effet, les 26 volumes d’annexes et
pièces n’en comportaient pas et l’idée avait été émise que si une telle masse de
volumes et documents n’était pas répertoriée, c’était volontairement, afin de
décourager la consultation d’un tel ouvrage. Grâce au travail de Sylvia Meagher, les
chercheurs pouvaient désormais gagner un temps précieux.
Son travail a consisté principalement à comparer ce qu’il y avait dans les 26
volumes de pièces à conviction avec ce qui était écrit dans le rapport Warren et à
montrer les différences. Elle a ainsi jeté la suspicion sur le rapport Warren. Mais
pas plus que Mark Lane, elle n’a pu offrir de théorie alternative, ni proposer le
moindre scénario cohérent.
4. Edward Epstein
Au départ, Edward Jay Epstein est un étudiant qui écrit une thèse et choisit
comme thème le rapport Warren, sans idée préconçue. Il va s’attacher à avoir une
attitude assez rationnelle. Sa thèse deviendra un livre, titré Inquest. Dans son
travail, il va entreprendre de montrer la manière de travailler de la commission
Warren, son fonctionnement et sa façon d’atteindre ses conclusions, et où elle a
péché. Il va donc faire une critique constructive, objective, du travail de la
commission, sans forcément, du moins au début, crier au complot. Il est parvenu à bien
montrer comment la commission se reposait principalement sur le travail du FBI.
Dans le livre Inquest, traduit en France sous le titre Le rapport Epstein, on
trouve le rapport du FBI daté du 9 décembre 1963, qui est un rapport préliminaire
76sur les conclusions médicales, suite à l’autopsie du corps de Kennedy . Epstein
démontre que les enquêteurs principaux et les experts étaient ceux du FBI. On sait
qu’il n’y avait pas d’enquêteurs attitrés pour la commission Warren, qui a surtout
fait des interrogatoires et qui a procédé à un rassemblement documentaire et à une
analyse intellectuelle. La commission récupérait les rapports des différentes
agences : CIA, FBI, police, Secret Service, etc. Elle a surtout beaucoup dépendu du FBI.
77Les agents du FBI ont rassemblé les témoignages, mené des interrogatoires , fait
des enquêtes, des expériences, des reconstitutions.
Epstein revient en détails sur le problème de la contradiction entre les
conclusions du rapport du FBI de décembre 1963, qui indique que la balle entrée peu
profondément dans le dos de Kennedy n’avait pas de point de sortie, et n’était pas
restée dans le corps du président – et donc en était ressortie par où elle était rentrée

76 Il y eut un rapport remis au président Johnson le 9 décembre 1963, et un autre le 13
janvier 1964.
77 Un seul chiffre donnera la mesure de l’exhaustivité recherchée par le FBI dans leur
enquête sur l’assassinat de Kennedy, qui fut un modèle de professionnalisme : le nombre des
interrogatoires menés dépassait les vingt-cinq mille.
92 – et les conclusions du rapport d’autopsie signé par le docteur Humes, qui indique
que la balle avait traversé le corps du président.
Lorsqu’il commence la rédaction de son livre, une conclusion d’ensemble
n’existe pas encore. Question : qui ment ? Réponse : personne. Car les rapports du
FBI de décembre 1963 et janvier 1964 sont basés en grande partie sur le rapport
des deux agents du FBI présents à l’autopsie, James W. Sibert et Francis X.
O’Neill. Or, ils ont pris leurs notes lors de l’autopsie, le 22 novembre au soir. Mais
ce qui s’est passé, c’est que Humes a changé ses conclusions lorsque le 23
novembre il a téléphoné au docteur Perry, de Dallas. Il a alors conclu, par la réflexion, que
la balle avait dû traverser le corps de Kennedy. Il a alors ré-écrit son rapport
d’autopsie, transmis ensuite à la commission Warren. C’est cette version qui est
valable, pas celle – révélatrice d’un stade provisoire – élaborée par les agents du
FBI, au soir de l’assassinat.
Là où Epstein a raison, c’est quand il dit que la commission Warren aurait dû
confronter les médecins légistes au rapport du FBI, afin d’éclaircir cette question,
plutôt que de laisser cette incohérence dans le dossier, incohérence qui, fatalement,
ne pouvait que conduire les lecteurs attentifs à émettre des doutes sur l’honnêteté
des rédacteurs, ou la véracité des conclusions.
Pour le FBI, en décembre 1963, il n’y a pas de balle unique. Comment alors la
commission Warren a-t-elle pu arriver à cette conclusion, elle qui se basait sur les
travaux du FBI pour son enquête ? C’est parce que la commission ne va pas se
contenter du rapport du FBI. Elle aura en plus le rapport d’autopsie de Humes, et
l’analyse du film de Zapruder, entre autres, pour se rendre compte que la
présentation du FBI ne tient pas. C’est Arlen Specter qui va être à l’origine, en mars 1964,
de l’idée d’une balle unique, qui traverse Kennedy pour aller ensuite toucher
Connally. Cela expliquerait les blessures des deux hommes.
Pour faire fonctionner la culasse du fusil italien Mannlicher-Carcano, il faut
environ 2,3 secondes. Or, on s’aperçoit dans le film Zapruder – la commission
Warren travaille avec chaque image fixe imprimée du film – que le gouverneur
Connally réagit trop vite par rapport à Kennedy ; il ne se passe assurément pas 2,3
secondes entre les temps de réaction des deux hommes, qui semblent au contraire
réagir "presque" simultanément. Il est donc impossible à Oswald d’avoir tiré sur
Kennedy puis ensuite avoir rechargé pour toucher Connally avec une autre balle. Il
s’ensuit qu’une seule balle a traversé les deux hommes. Le rapport du FBI ne peut
donc pas dire vrai.
Plus tard, un témoin de la scène, du nom de James Tague, se fera connaître de la
commission. Il a été blessé lors de la fusillade, et on ne sait pas si c’est par un éclat
de balle, ou d’os, ou de ciment (on constate un impact de balle sur le bord du
trottoir). On suppose que la balle qui a été la cause de la blessure de James Tague a
raté la limousine. Tout se tient. Une balle a raté la limousine. Une autre balle a
touché et blessé les deux hommes. Une autre balle, la dernière, a tué Kennedy.
L’existence de James Tague viendra donc confirmer ce que la commission Warren
avait conclu, à savoir qu’une seule balle avait bien traversé Kennedy pour aller
93 78ensuite toucher Connally. On est bien d’accord . Ainsi, sur ce plan, la conclusion
du rapport Warren désavoue le rapport du FBI.
Il est important de rappeler un point que souligne Epstein dans son livre
Inquest ; tous les membres de la commission Warren ne partageaient pas toujours les
mêmes avis. Par exemple, certains membres tels que Richard B. Russell, John
Sherman Cooper ou Hale Boggs n’étaient pas convaincus par cette théorie de la
balle unique. Cela montre qu’il est idiot de dépeindre les membres de la
commission Warren comme des conspirateurs, ou des gens mal intentionnés chargés de
donner au public américain une version faussée de l’assassinat du président. Plus
simplement, ils cherchaient la vérité, et ont buté sur des points litigieux, des
données qui posaient un problème dans leur résolution. Certains ont émis un avis
contraire à celui des autres. Mais un lent travail de vérification, beaucoup de
réflexion, des constatations, et l’acceptation des faits ont fini par leur faire écrire, à la
majorité sinon à l’unanimité, un rapport qui résumait bien les faits et frappait en
plein dans le mille.
Edward Jay Epstein est un chercheur important dans l’histoire de la recherche
sur l’assassinat de Kennedy, même si on parle peu de lui. Ses travaux ont été
minutieux et surtout riches en documents et en rencontres de premier plan.
79Epstein a écrit trois livres en tout . Il est d’ailleurs difficile de classer Epstein
en tant qu’auteur (défenseur ou critique des conclusions des enquêtes officielles ?).
S’il a fait la critique (constructive) de la commission Warren à ses débuts, on doit
bien avouer qu’il est honnête, sincère et réfléchi dans ses écrits, et il défend
assurément aujourd’hui les conclusions principales du rapport Warren, à savoir la
culpabilité de Lee Oswald.

78 Contrairement à ce que certaines personnes essaient de propager, ce n’est pas du tout
James Tague qui a fait naître l’idée à la commission Warren d’une balle unique, mais ce
que Tague a vécu (sa blessure) a simplement confirmé ce que les membres de la
commission avaient déjà observé et conclu.
79 Edward Epstein est l’auteur de trois livres sur l’assassinat de Kennedy : Inquest : The
Warren Commission and the Establishment of Truth (Viking Press, 1966), Counterplot
(Viking Press, 1969), Legend : The Secret World of Lee Harvey Oswald (McGraw-Hill,
1978). Ces trois livres ont été réédités en 1992, regroupés en un seul volume sous le titre
"The assassination chronicles" (Carroll & Graf). Cette réédition est à recommander, car
elle contient, en plus, plusieurs épilogues et une postface d’un grand intérêt. Epstein
revient, entre autres, sur le film JFK d’Oliver Stone, et fait une mise à jour de ses conclusions
raisonnées.
94 5. Les autres
Mary Ferrell
Mary Ferrell, dont il a été dit que c’est elle qui avait sans doute la collection la
plus complète de documents et informations sur l’assassinat de Kennedy, et surtout
les noms de tous ceux qui ont un lien quelconque avec cette histoire, est la
"mamie" de la communauté de critiques. Contrairement aux autres personnes citées
dans ce chapitre, elle n’est pas un auteur de livre, ni "créatrice" d’une théorie, mais
une véritable référence documentaire pour tous les critiques.
Le 22 novembre, elle était sur Elm Street, la même rue que celle où "son"
président a trouvé la mort, mais plus loin, à quelques pâtés de maisons de Dealey Plaza.
Voici comment elle raconte la façon dont elle s’est immergée dans l’énigme,
pourquoi elle s’est tant investie dans des recherches sur l’assassinat de Kennedy. En ce
22 novembre 1963, dans les moments d’intense effervescence qui ont suivi la
fusillade, elle a écouté la radio. Elle y a entendu une description de la personne
recherchée : "white male, around 30, 6 feet tall, approximately 165 pounds wearing
80a white shirt and khaki pants " (comme elle le raconte). Elle s’est dit que cette
description pouvait correspondre à des milliers d’hommes sur Dallas. Mais peu de
temps après, quand Lee Oswald a été arrêté, et dans un cinéma, elle s’est dit que
cette rapidité de la police était suspecte, et quand en plus elle s’est aperçue qu’il
81avait en fait 24 ans, mesurait 5 foot 9 , portait une chemise brune, et un pantalon
marron, elle a eu ses véritables premiers doutes. Aidée de ses enfants, elle s’est
alors arrangée pour acheter toutes les éditions de tous les journaux, et tout a
commencé pour elle.
Aujourd’hui, on sait très bien pourquoi Oswald a été arrêté. Non pas du tout
parce que la description envoyée sur la radio de la police d’un suspect dans
l’assassinat de Kennedy, a permis aux policiers de reconnaître un homme assis
dans une salle obscure d’un autre quartier de la ville. Ce serait là une explication
plus qu’absurde. Si les policiers ont ainsi foncé vers le cinéma où était Oswald,
c’est tout simplement parce qu’Oswald a tué l’officier Tippit devant témoins, que
ceux-ci l’ont poursuivi, et qu’il a été vu entrer dans le cinéma pour se cacher. Il ne
faut jamais oublier qu’Oswald a été arrêté d’abord pour le meurtre de Tippit. C’est
ensuite qu’on s’est aperçu que l’homme qui avait tué Tippit était celui qui avait tué
Kennedy auparavant. Les doutes de Mary Ferrell sont donc basés sur une mauvaise
compréhension de sa part des faits tels qu’ils se sont déroulés.

80 Traduction : blanc, mâle, environ trente ans, 1m80, environ 75 kilos, chemise blanche,
pantalon kaki.
81 Comme un pied (a foot) = 30,48 centimètres, la taille 6 feet = 1m82, et 5 foot 9 = 1m79.
C’est quasiment pareil.
95 Thomas Buchanan
Auteur du livre Who killed Kennedy, traduit en français sous le titre "Les
assassins de Kennedy". La particularité de ce livre – le premier de tous – est qu’il est
sorti au printemps de 1964, soit plusieurs mois avant le rapport de la commission
Warren. Buchanan n’a pas fait d’enquête, mais simplement écrit une série
d’articles, réunis dans un livre, qui exposent sa théorie, à savoir qu’un homme a
tiré sur Kennedy depuis le pont de chemin de fer, au-dessus d’Elm Street, en plus
du tireur du dépôt de livres. Ce tireur, cela va sans dire, n’a été vu par personne.
Tout cela n’ira pas plus loin. Buchanan n’est pas une référence pour les
complotistes actuels.
Richard Popkin
Auteur du livre The second Oswald, sorti en 1966, et traduit en français sous le
titre "Les assassins de Kennedy". Ce livre se base sur les travaux d’autres auteurs
de l’époque, (tels que Weisberg et Lane) pour "démontrer" que les conclusions de
la commission Warren sont erronées. Mais lui va plus loin, osant avancer une
théorie, postulant que les témoins ayant affirmé avoir vu Oswald à des endroits où Lee
Oswald n’était pas, prouvent qu’il y avait bien un deuxième "Oswald".
Ce livre est surtout intéressant parce qu’il donne en annexe le texte complet du
rapport des agents du FBI Siebert et O’Neill, rapport qui deviendra célèbre des
années plus tard, à la sortie du livre de David Lifton (qui, lui, ne présente pas
d’annexes dans son livre). Le fait que le livre de Popkin existe en version française
permet, en plus, au lecteur français, d’avoir la traduction de ce document, ce qui est
une chance unique.
Il reste que la thèse avancée par Popkin, alors professeur de philosophie en
Californie, d’un faux Oswald censé amener la suspicion sur le vrai – thèse souvent
reprise et développée par d’autres auteurs par la suite – est basée uniquement sur
des suppositions. Qu’allait faire Popkin dans cette galère ? Selon Popkin, les
"dédoublements" d’Oswald sont des indices montrant qu’Oswald participait
pleinement à une conspiration. Mais tout au long de son livre, la seule chose qu’il
avance, ce sont des témoignages, des récits tirés de la mémoire confuse des gens.
Rien d’autre. Il n’y a rien de concret à en tirer.
Josiah Thompson
Auteur du livre Six seconds in Dallas, l’auteur prétend prouver qu’il y avait
trois assassins pour tuer Kennedy à Dealey Plaza. Si le travail rigoureux de
Thompson lui permet d’éviter les hypothèses farfelues d’autres auteurs critiques, et
même d’en démystifier certaines, il n’en reste pas moins qu’il ne parvient pas à
étayer sa théorie par des éléments concrets.
Dans son livre, Thompson se penche avec minutie sur l’aspect médical de
l’affaire, avec force diagrammes et photographies. Indiscutablement, ce travail a
fait référence jusqu’à aujourd’hui, dans les milieux critiques et complotistes. Josiah
96 Thompson jouit encore d’une très bonne réputation parmi ses collègues
complotistes. Il est considéré comme sérieux, même si certains complotistes ont élaboré des
théories qui font passer Thompson pour un auteur dépassé.
Pourtant, il n’est hélas pas meilleur que les autres. Car, comme ses amis
complotistes, il "pousse le bouchon" de plus en plus loin, au fil du temps ; Pour preuve,
il a osé écrire, en 2011, sur le forum "The Education forum", contre toute logique,
et contre tous les faits établis, qu’il allait jusqu’à douter que Lee Oswald ait pu
même un tant soit peu agir ce jour-là ("I’m not sure that Lee Harvey Oswald even
acted that day…"), suggérant ainsi une version ultime du complot. La prochaine
fois, nous dira-t-il qu’il n’est pas sûr que l’assassinat ait eu lieu à Dallas ? C’est
grotesque. Quoiqu’il en soit, Josiah Thompson, pas plus que les autres, durant
toutes ces années, n’a été capable d’apporter la moindre preuve qui puisse soutenir une
alternative à la version officielle.
Penn Jones Jr.
Personnage particulier, éditeur dans son coin du Texas d’un petit journal
hebdomadaire, Midlothian Mirror, il publia à compte d’auteur plusieurs volumes de
son travail de recherche critique sur l’assassinat de Kennedy, intitulé : Forgive my
grief. Penn Jones Jr. est surtout connu pour être le premier à avoir introduit la
notion d’une liste de témoins morts mystérieusement. Mais "l’un des précurseurs" ne
signifiant pas "l’un des meilleurs", on peut raisonnablement ignorer Penn Jones Jr,
qui n’a rien apporté de sérieux à l’affaire.
Léo Sauvage
En France, Léo Sauvage, un journaliste, correspondant du journal Le Figaro
aux Etats-Unis, écrit un livre-enquête, titré L’affaire Oswald, destiné à démontrer
l’innocence d’Oswald. Pour l’auteur Léo Sauvage, Lee Oswald est innocent du
meurtre de Tippit. D’après Sauvage, Ruby a tué Oswald avec la bénédiction de la
police de Dallas. Ouvrage complotiste avant l’heure, qui montre surtout que son
auteur s’emploie d’abord à nier la réalité. Sur le sujet de la mort de l’officier de
police Tippit, la culpabilité d’Oswald ne fait absolument aucun doute, puisque des
gens l’ont vu faire. Chercher à contester cette histoire est, au mieux, une perte de
82temps. Le travail récent de Dale Myers sur ce point le confirme, et relègue ainsi le
livre de Léo Sauvage aux oubliettes.

Mary Ferrell à Dallas, Penn Jones Jr. aux environs de Dallas, Mark Lane et
Sylvia Meagher à New York City, Harold Weisberg dans le Maryland (et même
d’autres encore, tels que Paul Hoch à Berkley, Cyril Wecht à Pittsburgh, Vince

82 Voir cinquième partie – chapitre II – section 3 : "Hyper-spécialisation".
97 83Salandria à Philadelphie, ou David Lifton à Los Angeles), voilà la première
génération de chercheurs, des premiers critiques, et on peut faire la liste des principaux
points sur lesquels ils attaquent :
- la théorie de la balle unique qui est contestable et qui est contestée,
c’est-àdire que d’une part la trajectoire semble impossible, et d’autre part l’état de
la balle indique qu’elle n’a pas pu traverser deux corps.
- le rapport d’autopsie n’est pas valable, car il comporte des erreurs ou
approximations.
- sur l’aspect médical, il y des incohérences entre les témoignages ou les
déclarations des médecins de Parkland à Dallas et les médecins de Bethesda à
Washington.
- le film de Zapruder montre que la tête de Kennedy part en arrière.
Attention, les premiers critiques n’ont pas la possibilité de visionner le film ; ils
n’ont que ses images, publiées dans les volumes annexes du rapport
Warren. Mais avec une règle, ils peuvent faire des mesures sur les images, et
ainsi se rendre compte du mouvement de la tête de JFK. Les critiques qui
analysent ces photos vont s’apercevoir par exemple que sur une photo, la
tête de Kennedy est plus proche du siège que sur la photo suivante. De
cette constatation, ils se reconstituent le film pour voir la tête de Kennedy
partir vers l’arrière et sur la gauche après l’impact. D’où la conclusion des
critiques que le tir venait de devant, et la conclusion semble de bon sens,
contrairement aux théories plus ou moins loufoques de chercheurs des
générations suivantes.

Nous sommes donc là, dans les années 60, avec cette première génération de
critiques du rapport Warren, en présence de chercheurs qui doutent, qui posent
(parfois) de bonnes questions, qui soulèvent (parfois) de véritables problèmes et
demandent des réponses qu’ils n’obtiennent pas assez vite à leur goût. Mais déjà,
hélas, on trouve dans leurs écrits beaucoup de choses inutiles, ou de mauvaise
qualité. Pourtant, ils constituent incontestablement la meilleure génération. Car par la
suite, la qualité ne cessera de baisser, car si les premiers critiques sont honnêtes, les
complotistes qui suivront flaireront d’abord un bon filon.
Quoiqu’il en soit, si on peut reconnaître une qualité aux critiques de la première
heure, c’est que par leurs questions et leurs doutes, ils ont contribué à inciter les
officiels du gouvernement à leur répondre, et ainsi à démontrer, chaque jour
d’avantage, que leur version était vraie.

83 Lifton, même s’il a sorti son livre en 1980, était quand même un de ceux qui, dès les
années 60, ont étudié l’assassinat de Kennedy de façon exhaustive.
98


Chapitre II.
L’épisode Garrison



1. L’enquête
Jim Garrison, est le procureur (District Attorney) de la Nouvelle-Orléans, en
Louisiane. Né en novembre 1921, c’est un grand patriote, qui fut, au début de sa
vie professionnelle, pour une courte période, agent du FBI, et durant de longues
années également membre de la Garde Nationale. Il a toujours été au service de
l’Etat en tant que militaire, juge ou procureur. Il a une grande idée de son pays,
qu’il a servi pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est un homme très
respectueux des lois et honnête, qui dans ses fonctions, s’est déjà attaqué à la prostitution.
Il est élu procureur en 1961, et réélu en 1965. Il se fait une petite réputation en
ayant gain de cause dans une affaire célèbre qui est allée jusque la cour suprême et
qui a donné le droit à chaque citoyen de critiquer les fonctionnaires.
À la mort de Kennedy, il est profondément attristé car il aimait beaucoup son
président, un homme de la même génération que lui. Dès les premières heures qui
suivent l’assassinat, des informations sur le coupable présumé, Lee Oswald,
abondent dans les médias. On apprend qu’Oswald a passé l’été 1963 à La
NouvelleOrléans. En tant que procureur de cette ville, Garrison se dit qu’il est de son devoir,
ne serait-ce que par pure routine, d’en savoir plus. Il envoie ses collaborateurs se
renseigner. Ceux-ci apprennent qu’Oswald a été vu plusieurs fois cet été-là avec un
dénommé David Ferrie.
Garrison convoque donc David Ferrie, pour lui poser quelques questions. Ferrie
lui donne un récit abracadabrant. Garrison apprend que le 22 Novembre 1963,
Ferrie s’est rendu en voiture dans la ville de Galveston, au Texas, alors même qu’il y
avait un violent orage. Il est allé dans une patinoire, mais n’a pas patiné. Il a passé
sa journée à donner des coups de fil sur des téléphones publiques et à rencontrer
des gens. Tous ces faits, sans être répréhensibles, paraissent suspects et demandent
plus d’explications. David Ferrie s’embrouille dans ses contradictions, et de ce fait,
Jim Garrison l’arrête et l’envoie au FBI. Le FBI l’interroge et le relâche aussitôt, en
déclarant que rien ne le rattache de près ou de loin à l’assassinat de Kennedy.
L’affaire est close, et Jim Garrison reprend ses dossiers.
Quelques années plus tard, Garrison a une conversation avec le sénateur Russel
Long, au cours de laquelle celui ci va lui exprimer ses doutes sur l’assassinat de
99 84Kennedy, en particulier sur l’idée de la balle unique . Cette conversation aura une
grande influence sur le procureur Garrison. De retour chez lui, il s’empresse de se
plonger dans le dossier. Il se procure le rapport Warren et les 26 volumes qui
l’accompagnent. Découvrant des éléments semblant suspects, il va décider de
commencer une enquête en utilisant les moyens à sa disposition en tant que
procureur. Il cherche à savoir ce qu’Oswald a fait à La Nouvelle-Orléans, quand il y a
vécu à l’été de 1963, et qui il y a rencontré. Très vite, il apprend qu’Oswald n’était
pas un homme tranquille : il s’est fait arrêter et mettre en prison, il a fait une
émission de radio et est passé à la télé, et il s’est même battu contre des Cubains.
Oswald était membre d’une sorte de comité de défense castriste révolutionnaire
85communiste . Il semblerait également qu’Oswald ait exercé un ou deux métiers, et
ait côtoyé des gens comme David Ferrie.
Garrison est également intrigué, à la lecture du rapport Warren, par le passage
concernant un des ses anciens collègues de l’école de la magistrature, un certain
Dean Andrews, avocat. Celui-ci raconte qu’après l’arrestation d’Oswald, il a été
contacté par un certain Clay Bertrand qui lui demandé de défendre Oswald. Son
enquête avançant, Jim Garrison va aboutir à la conclusion que ce Clay Bertrand
n’est autre qu’un certain Clay Shaw, un homme d’affaires important de La
Nouvelle-Orléans, très connu, directeur de l’International Trade Mart, sorte de
chambre de commerce, et qui donne beaucoup pour les œuvres de bienfaisance. Il a
la particularité d’être homosexuel. Après avoir entendu de nombreuses dépositions
et mené une enquête, Garrison parvient à la conviction que Clay Shaw est un
personnage qui mène une double vie : il s’afficherait avec David Ferrie, comme avec
des individus de la communauté anticastriste.
Retour sur Dean Andrews. Le 23 novembre 1963, alors qu’il est hospitalisé,
l’avocat Dean Andrews reçoit un coup de téléphone d’un certain "Clay Bertrand",
qui lui demande d’aller à Dallas pour défendre Oswald, qui, quelques heures avant,
a, lors de sa conférence de presse, demandé à quelqu’un de venir lui prêter
assistance juridique. Andrews contacte alors son ami Sam "Monk" Zelden pour lui
proposer, et celui-ci demande à réfléchir. Pourquoi quelqu’un a-t-il pensé à Dean
Andrews ? Forcément parce qu’il le connaissait ; un de ses clients, ou l’ami d’un de
ses clients, peut-être. Il faut dire aussi qu’Oswald s’était présenté chez Dean
Andrews quelques mois auparavant pour demander à l’avocat de l’aider dans son désir

84 "Balle unique" est le terme, neutre, utilisé par les historiens et les défenseurs des
conclusions de l’enquête officielle. "Balle magique" est l’appellation de cette même balle, teintée
d’une connotation sarcastique, utilisée par dérision par ceux qui rejettent cette version
officielle.
85 Le Fair Play for Cuba Committee (FPCC), était un groupe activiste basé à New York,
soutenant la révolution cubaine de Fidel Castro. Oswald y adhéra. En tant que simple
membre, il essaya de faire du prosélytisme, se faisant passer pour le responsable local, afin de se
donner plus de chance, mais il ne réussit à convaincre personne. Il restera le seul membre, à
La Nouvelle-Orléans.
100 de faire changer les termes de son renvoi de l’armée pour mauvaise conduite. La
secrétaire de Dean Andrews, Eva Springer, ne se souvient pas de cet épisode.
Andrews niera que Clay Shaw soit Clay Bertrand. Comme les médecins de
l’hôpital lui administrèrent du phénobarbital seulement quatre heures après le coup
de téléphone, il se servira de cela pour dire qu’il était dans un état second.
Quoiqu’il en soit, Dean Andrews a menti constamment et n’est pas un exemple fiable,
de quel côté qu’on se place. A-t-il menti pour se protéger ? Il fut reconnu coupable
de s’être parjuré, mais sa condamnation fut annulée sous un prétexte technique
discutable, selon lequel il n’aurait pas eu le temps de préparer son témoignage.
Au fur et à mesure de son enquête, le procureur Garrison semble convaincu
qu’un lien est établi entre Clay Shaw (homme d’affaire), David Ferrie (personnage
riche en couleurs, ancien séminariste, ancien pilote, atteint d’alopécie – il porte une
perruque – anticastriste, ancien enquêteur pour l’avocat G. Wray Gill), Guy
Banister (ancien policier, ancien responsable local du FBI, patron d’un cabinet de
détectives privé qu’il a créé) et Lee Harvey Oswald.
Finalement, Garrison va décider d’arrêter Clay Shaw en 1967. Et après une
audience préliminaire, à laquelle trois juges ont décidé qu’il y avait suffisamment de
preuves pour faire passer Clay Shaw en jugement, le feu s’est véritablement
allumé. Les médias locaux, bien sûr, mais aussi les médias nationaux se sont emparés
de l’affaire. Documentaires, émissions spéciales, enquêtes de journalistes,
sousentendus, petites allusions, extrapolations, désinformation, …et bien sûr
mensonges. Jim Garrison se retrouva dans une véritable tempête médiatique. NBC a fait un
documentaire d’une heure, malheureusement partial, où l’on a présenté tout ce
qu’il était possible de présenter qui soit négatif envers Garrison. Celui-ci eut son
droit de réponse ; on lui a offert une demi-heure à la télévision pour présenter son
dossier, donner sa version, se défendre.
Un procès a lieu. Tout cela va durer deux ans. Clay Shaw est bien connu et
apprécié à La Nouvelle-Orléans ; les habitants sont choqués ; l’affaire fait beaucoup
de bruit. Jusque là Jim Garrison avait été un District Attorney très apprécié, très
populaire et il n’avait jamais perdu une affaire. Mais là, les choses sont très
différentes, par leur ampleur, leur signification, et leur résultat.
Il a été dit ensuite que si Jim Garrison était parvenu à instiller le doute sur les
conclusions des enquêtes officielles, et ainsi faire accepter l’idée d’un complot
dans l’assassinat de Kennedy, il n’était pas parvenu, par contre, à en faire porter
tout ou partie de la responsabilité à Clay Shaw. Il est vrai que tout reporter sur Clay
Shaw est la faiblesse de l’accusation du procureur. Pourquoi fait-il cela ? En un
sens, c’est parce que Shaw est le seul moyen pour Garrison de tenter quelque chose
contre la conspiration qu’il subodore. Parmi tous les critiques de l’époque,
Garrison, par sa fonction, est le seul à pouvoir attaquer un suspect en justice. Mais étant
procureur de La Nouvelle-Orléans, sa juridiction est limitée. Il ne peut agir que
dans ce cadre-là. Or, Oswald a passé son dernier été dans sa ville. Si Oswald a
participé à une conspiration, et s’il l’a préparée à La Nouvelle-Orléans, alors Garrison
pourra intervenir, et arrêter les complices d’Oswald de La Nouvelle-Orléans. C’est
101 sa perspective. Comme il ressort de son enquête que Shaw a été en contact avec
Oswald, Garrison voit en lui le chemin, l’angle par lequel entrer dans le vaste
complot pour le dénoncer. La seule personne – dans les quarante-huit années qui se
sont écoulées depuis l’assassinat du président Kennedy – à avoir fait passer
quelqu’un en jugement pour complot dans l’assassinat du président Kennedy reste le
procureur Jim Garrison, quand il a inculpé Clay Shaw.
On pourra contester la validité des arguments de Garrison, mais on ne pourra
pas contester son honnêteté, car il cherche vraiment la vérité, étant persuadé qu’il a
eu complot pour faire assassiner Kennedy. Il s’est trompé, et lourdement, mais
c’est tout (si on peut dire). On pourra, par contre, lui faire des reproches sur ses
méthodes. Il a causé du tort à Clay Shaw, en se basant plus sur ses convictions que
sur des éléments concrets.
Garrison va présenter à peu près les mêmes arguments que Mark Lane, qui
d’ailleurs viendra l’aider dans ses efforts. Harold Weisberg sera là également aux
débuts, mais se désengagera très vite, en désaccord avec Garrison. L’avantage que
Garrison a sur les autres critiques, c’est qu’il va pouvoir demander à visionner le
film de Zapruder. Le visionnage de ce film, et le mouvement visible de la tête du
président, vont convaincre Garrison que Kennedy a bien été tué par devant, ce qui
innocente Oswald, et indique un mensonge d’Etat organisé par la commission
Warren.
Pour la petite histoire Jim Garrison deviendra le héros de tous les critiques de
l’époque parce qu’il va faire faire des copies pirates du film de Zapruder, qui –
même de mauvaise qualité – seront vues et revues sous le manteau par nombre
d’étudiants dans les universités.
Garrison sera un propagateur de la notion qui veut que la barrière en bois en
haut du tertre gazonné, qui se trouve devant et à droite de la limousine du président
au moment de l’assassinat, est le lieu d’où sont partis les coups de feu, ce qui
correspond au mouvement vers l’arrière et la gauche de la tête du président.
Autre chose, sur le parking qui se trouve derrière la barrière en bois, il y a une
jonction de voies ferrées, car il y a une gare de triage surmontée d’un poste
d’aiguillage surélevé, dans lequel travaille Lee Bowers. Celui-ci déclarera que
quelques minutes avant le passage du cortège il a vu passer des voitures ayant de la
boue visible sur les ailes, et que son attention a été attirée par une sorte de
mouvement qui lui a fait penser qu’il se passait quelque chose de pas normal. Sa
description n’est pas précise mais peut laisser planer un doute. Mais Garrison ne
pourra pas aller interroger Lee Bowers : celui-ci a été retrouvé mort dans un
accident de voiture, en 1966.
Tous ces éléments renforcent Jim Garrison dans ses raisons d’être soupçonneux.
En prenant en compte le livre de Mark Lane, les incohérences sur le dossier
médical, les invraisemblances diverses, le fait que les tireurs d’élite n’aient pas réussi à
reproduire le tir d’Oswald (selon "la légende"), Garrison accumule les raisons de
voir ses doutes renforcés.
102 À cela s’ajoute le fait qu’Oswald n’était pas comme Monsieur Tout le monde.
C’est mentionné dans le rapport Warren, et les critiques en parlent beaucoup. Il
faut se rappeler que l’on est en pleine guerre froide. Or, Oswald a passé près de
trois ans en Russie, c’est un ancien militaire qui a travaillé sur la base de l’armée
américaine d’Atsugi au Japon, base d’où partaient les fameux avions espions U2,
qui surveillaient l’U.R.S.S. Ensuite, Oswald a renoncé à sa citoyenneté américaine.
Il se revendiquait marxiste léniniste. Il a vécu en Russie et s’est marié avec une
Russe. Il a eu le culot de se présenter à l’ambassade américaine de Moscou pour y
déclarer qu’il renonçait à sa citoyenneté américaine et avait l’intention de divulguer
les secrets qu’il connaissait aux Russes. Finalement au bout de deux ans, il a
commencé à souhaiter revenir aux Etats-Unis et semble n’avoir eu aucune difficulté
pour obtenir un visa pour cela. Il n’était pas attendu par les autorités à son arrivée
sur le sol américain, alors qu’il aurait dû être considéré comme un traître. Plus
surprenant encore, il reçoit un prêt d’argent et il trouve facilement un emploi. Il fait
différents petits boulots dont un dans une firme photographique qui fait des cartes
militaires. Autre élément que Jim Garrison découvre, c’est que l’oncle de Marina,
la femme d’Oswald, aurait travaillé un temps dans les renseignements
soviéti86ques . Tout cela mis bout à bout semble vraiment suspect.
Lorsque Garrison interroge David Ferrie, il lui pose des questions sur son
emploi du temps du 22 novembre. Pourquoi était-il allé à Houston ? Réponse : parce
qu’il avait promis à son ami Al Beauboeuf, un champion de roller-skate, qu’il
l’emmènerait faire du patin à glace après la fin de son action judiciaire sur laquelle
il avait travaillé pour les problèmes du parrain de la mafia Carlos Marcello. Et
pourquoi était-il allé en voiture jusqu’à Houston, au Texas ? Réponse : parce que la
patinoire la plus proche, celle de Baton Rouge, était fermée, et que Ferrie en
connaissait une à Houston depuis le temps où il était pilote chez Eastern Airlines. Il
devait également passer chez un client de son employeur G. Wray Gill, ce qu’il fit
à son retour. Avait-il prêté sa carte de bibliothèque à Oswald ? Non, il avait la
sienne avec lui, qu’il montra. À cette époque, David Ferrie travaillait pour l’avocat
G. Wray Gill, et également pour Guy Banister. Le 22 novembre, Ferrie était au
tribunal pour l’affaire de la déportation de Carlos Marcello.
Ferrie nia toujours avoir connu Oswald. Or, on sait aujourd’hui qu’en 1955
Oswald était inscrit à la CAP (Civil Air Patrol unit), une sorte de petite armée de l’air
américaine pour former les civils – il existe même une photo montrant les deux

86 Voir : Jim Garrison, On the trail of the assassins, Warner Books, 1988, page 57 : "The
following month he met Marina Prusakova, a lovely woman with eyes of cornflower blue
and also the niece of a lieutenant colonel in the Soviet Union’s domestic intelligence
service". En vérité, voici ce qu’il faut savoir. La jeune Marina Prusakova, étudiante en
pharmacie, vivait chez son oncle Ilya Prusakov, à Minsk, quand elle rencontra Lee Oswald
et l’épousa, en avril 1961. Mais Ilya Prusakov, l’oncle, n’était pas un espion, comme on
peut le lire parfois, mais membre du MVD (affaires intérieures), et non du KGB (sécurité
extérieure). Et quoiqu’aient pu être ses activités, Marina n’a rien à voir, ni de près ni de
loin, avec tout ça.
103 hommes présents à la même réunion. Est-il possible que Ferrie dise la vérité et ne
souvienne plus d’Oswald ? Quand Garrison l’interroge, plus de huit années plus
tard, on ne pourrait, en théorie, lui en vouloir de ne plus se souvenir d’un membre
de la CAP parmi d’autres.
Voici une indication de l’implication d’Oswald à la CAP. Oswald n’a assisté, en
tout et pour tout, qu’à deux ou trois réunions de la CAP, organisation où il fut
introduit par son ami Edward Voebel, à la suite d’une discussion entre les deux
87hommes. Celui-ci témoigna à la commission Warren ne plus se souvenir
précisément si le capitaine Ferrie, major de l’unité, avait été présent lors de ces réunions.
Voebel l’a dit lors de sa déposition devant la commission Warren :
Question (Jenner) : Did you and Lee have an interest in the Civil Air patrol?
Answer (Voebel) : Yes ; I think I got him interested in it. We got to talking about it
and I told him as much as I knew about it, and I think he attended maybe one or
two meetings, and I think he even subsequently bought a uniform, and he
attended at least one meeting that I remember, in that uniform, but after that he
didn’t show up again.
Question (Jenner) : He just attended two meetings of the CAP?
Answer (Voebel) : Two or three meetings, I would say.
Question (Jenner) : And that’s all he attended?
Answer (Voebel) : Yes. He lost interest after that, I think. nner) : Who was the majordomo of the CAP unit that you attended?
Answer (Voebel) : I think it was Captain Ferrie. I think he was there when Lee
attended one of these meetings, but I’m not sure of that. Now that I think of it, I
don’t think Captain Ferrie was there at that time, but he might have been. That
isn’t too clear to me.
Traduction (par l’auteur F. Carlier) :
Jenner : « Lee et vous-même étiez-vous intéressés par la Civil Air patrol ?
Voebel – Oui, je crois que je l’ai intéressé à ça. Nous en sommes venus à en
parler, et je lui ai dit tout ce que je savais, et je pense qu’il a assisté à peut-être deux
ou trois réunions, et je pense qu’il s’est même ensuite acheté un uniforme, et il y
a au moins une réunion dont je me souvienne où il est venu avec cet uniforme,
mais après ça, il n’est plus jamais revenu.
— Il n’a assisté qu’à deux réunions de la CAP ?
— Deux ou trois réunions, je dirais.
— Et c’est tout ?
— Oui. Après ça, il s’en est désintéressé.
— Qui était le majordome du groupe de la CAP dont vous faisiez partie ?
— Je pense que c’était le capitaine Ferrie. Je pense qu’il était là quand Lee a
participé à l’un des rassemblements, mais je n’en suis pas sûr. Maintenant que j’y
pense, je ne crois pas que le capitaine Ferrie ait été présent à ce moment-là, mais
il l’a peut-être été. C’est flou dans ma tête. »

87 8H14.
104
?On peut donc concevoir que si Oswald n’a assisté qu’à deux ou trois réunions,
et que si en plus David Ferrie n’a pas forcément été présent à chacune d’entre elles,
celui-ci ne soit plus en mesure de se souvenir de celui-la. C’est concevable. D’autre
part, à la suite des accusations de Garrison, on sait que David Ferrie essaya de
contacter certains de ses anciens élèves officiers à la recherche d’informations sur
Oswald, demandant si quelqu’un se souvenait de lui ou avait des photos de lui à la
CAP. Il est donc tout a fait crédible de dire que Ferrie est honnête quand il a
déclaré ne plus se souvenir de l’homme qui tua plus tard le président.
Au cours de son enquête, le procureur Jim Garrison attaqua également deux
autres personnes : Kerry Thornley et Edgar Eugene Bradley. Garrison accusa
Thornley d’avoir joué le rôle d’un double de Lee Oswald. Il s’excusa, d’ailleurs,
auprès de ce dernier pour ce qu’il lui avait fait, quelques années après les faits.
Thornley fut une des personne soupçonnées à tort par Jim Garrison d’avoir fait
partie d’un complot pour tuer Kennedy. Mais il ressort que même si Thornley ne
participa pas à une quelconque opération, il a admis dans un livre avoir, en effet,
88rencontré, à des dates différentes, Clay Shaw et Guy Banister , ce qui peut
expliquer les soupçons qu’a pu avoir Garrison.
Kerry Thornley avait connu Lee Oswald dans les Marines et avait été marqué
par son personnage, Il avait même écrit un manuscrit sur lui dès 1962. Il n’a pas su
qu’Oswald était à La Nouvelle-Orléans en 1963, et donc ne l’a pas revu, sinon, il
aurait bien voulu.
Durant l’enquête de Garrison, Perry Russo fut un personnage central de la
stratégie du procureur. Alors agent d’assurances, Perry Russo était âgé de 25 ans
lorsqu’il donna son témoignage contre Clay Shaw (plus tard, à la fin de sa vie, il
était devenu chauffeur de taxi). Perry Russo est un témoin clef au procès de Clay
Shaw. Lors de celui-ci, Perry Russo a témoigné que, plusieurs mois avant
l’assassinat de Kennedy, il était présent à une soirée où se trouvaient également
Clay Shaw, Lee Harvey Oswald et David Ferrie et que le sujet de l’assassinat du
président Kennedy avait été abordé, et aussi que David Ferrie était très virulent et
montrait une haine envers le président des Etats-Unis. La crédibilité de Russo en
tant que témoin a été mise en doute quand il fut révélé qu’on l’avait mis sous
hypnose et qu’on lui avait administré un sérum de vérité (sodium pentothal), sur
demande de l’accusation. Il fut dit que ce n’est qu’après avoir reçu ce traitement
qu’il a mentionné un lien entre Shaw, Oswald et Ferrie, l’insinuation étant que sans
ce traitement, peut-être n’aurait-il jamais rien dit. À cela Garrison a répondu que
les traitements administrés à Russo l’étaient sous surveillance médicale étroite.
Lors du procès, les avocats de Clay Shaw ont essayé pendant des heures de jeter
le discrédit sur le témoignage de Russo, laissant entendre que Garrison avait
drogué Russo. L’accusation fit alors venir deux experts qui témoignèrent sous serment

88 Voir son livre The idle warrior. Livre à prendre avec des pincettes quand même, car
l’individu serait devenu schizophrène, de l’aveu même de David Lifton (voir
http://mcadams.posc.mu.edu/garrisn2.txt).
105 que Russo disait la vérité lorsqu’il faisait son récit. En 1967, avant le début du
procès de Clay Shaw, la NBC projeta un documentaire sur l’affaire, pour tenter de
jeter le discrédit sur le procureur. Walter Sheridan, producteur du documentaire, fit
son apparition à l’image et déclara que lorsqu’il avait discuté avec Russo, celui-ci
lui aurait dit que son témoignage contre Clay Shaw serait une combinaison de
vérités, mensonges et imagination. Mais Russo a démenti les propos de Sheridan,
disant que Sheridan n’enquêtait pas sur les faits mais que son seul but était de le
faire taire. Russo affirma même que Sheridan lui avait offert un travail et une
maison dans un autre Etat, en échange de la rétraction de son identification de Shaw et
de son témoignage à propos de la soirée à laquelle avaient participé Clay Shaw,
David Ferrie et Lee Harvey Oswald et au cours de laquelle, d’après Russo, une
discussion sur l’idée d’un assassinat du président avait eu lieu. Russo déclara que
ce que Walter Sheridan lui demandait était un véritable mensonge. D’après Russo,
donc, Shaw, Ferrie et Oswald étaient bien présents. Alors, au final, qui croire ?
Perry Russo étant devenu un témoin important dans l’enquête de Garrison, il
fut, tout naturellement, la cible, sinon d’attaques, du moins de recherches poussées
pour vérifier ses déclarations. Dans le camp d’en face, des gens vont tout faire pour
mettre des bâtons dans les roues de Jim Garrison et discréditer Perry Russo. Par
exemple, James Phelan, un journaliste qui a longuement étudié un mémorandum
écrit par Andrew Sciambra, un membre de l’équipe de Jim Garrison, va tenter de
contrecarrer l’action de l’équipe du procureur. Phelan va remarquer, à la lecture de
ce mémorandum, que Sciambra avait écrit après avoir parlé à Perry Russo, que ce
document ne contenait pas une seule référence à Clay Shaw. C’est une remarque
très dure pour Garrison, car elle semble montrer que son équipe aurait inventé les
références à Clay Shaw. Mais Sciambra se montra très étonné de cette "découverte"
de Phelan. Pour lui, c’était un faux débat, car il avait déjà beaucoup écrit sur Russo
dans un précédent mémorandum.
Retour en 1963. Garrison avait commencé à nourrir des soupçons sur
l’assassinat de Kennedy après qu’un certain Jack S. Martin – également appelé
Edward Suggs – eut lancé des accusations. C’est notamment lui qui lança l’idée
farfelue qu’on avait retrouvé la carte de bibliothèque de Ferrie sur Oswald. Ce qui
était complètement faux.
Jack Martin téléphona le 23 novembre 1963 à Herman Kohlman, assistant de
Garrison, pour lui dire que Ferrie et Oswald avaient été dans la même section de la
CAP en 1955. Il téléphona également à la police de La Nouvelle-Orléans, tombant
sur le major Presley J. Trosclair, pour le raconter. Et finalement, deux jours plus
tard, c’est au FBI qu’il alla faire son récit. Il racontait qu’il avait vu à la télévision
un ancien membre de la CAP affirmer qu’Oswald et Ferrie y avaient été à la même
période, en 1955. Ce qui est vrai, on l’a vérifié depuis. Mais comme l’a bien
souli89gné un spécialiste de l’affaire, David Reitzes, dans un forum de discussion , si
Jack Martin avait vu Oswald et Ferrie ensemble, en sa présence, il n’aurait pas eu

89 Voir "David Ferrie told the truth", sur alt.conspiracy.jfk, le 27 octobre 1999.
106 besoin, pour dire que les deux se connaissaient, d’avoir à utiliser la déclaration
qu’un ancien membre de la CAP avait faite à la télé, pour dire qu’ils avaient bien
été à la CAP en même temps en 1955. À la limite, si c’est tout ce qu’il a à dire, cela
prouverait qu’il ne les a jamais vus ensemble. Or, comme il voyait souvent Ferrie
dans ses activités, s’il n’a jamais vu Oswald, c’est tout simplement qu’Oswald
n’était jamais avec David Ferrie.
À la décharge de David Ferrie, pour ce que vaut un tel élément, il n’est pas
inutile de rappeler que John Kennedy fut le premier, et reste à ce jour le seul, président
Américain Catholique (tous les autres sont des Protestants). Et David Ferrie était
lui aussi Catholique, et même ancien séminariste. D’ailleurs, Ferrie avait voté pour
JFK, en 1960.
Jim Garrison pensait que c’était un groupe cubain anticastriste, ainsi qu’un petit
groupe de la CIA, ensemble, qui avaient conspiré pour assassiner le président
Kennedy, en représailles de sa politique anti guerre, notamment vis à vis de Cuba.
Dès que Jim Garrison a commencé à s’intéresser à l’affaire et à plonger dedans
avec son équipe de chercheurs, la CIA ou tout au moins les gens qui gravitent
autour de la CIA, ont commencé à paraître et à s’interposer, ou en tout cas à se mêler
de cette affaire. D’ailleurs, cela a fait croire à Garrison que la CIA avait une
participation dans l’assassinat de Kennedy.
La CIA ne s’est pas seulement intéressée à Clay Shaw mais aussi à un homme
qui est venu déposer lors de son procès : le docteur John Marshall Nichols. Ce
docteur avait été appelé par l’équipe de Garrison pour donner son témoignage qui
soutenait l’idée que le coup fatal provenait de l’avant, soit du tertre gazonné. Jim
Angelton, directeur du contre-espionnage à la CIA, s’est associé avec le FBI pour
justement essayer de fouiller dans le passé de cet homme-là. Et voir la CIA et le
FBI s’associer prouve à quel point ils étaient motivés par le fait de vouloir saccager
les efforts de Garrison et tout faire pour l’empêcher d’aboutir. C’est en tout cas
comme cela que ça a été pris, ensuite. On peut le voir autrement, et se dire que la
recherche d’informations sur un individu qui allait donner un témoignage, dans une
telle affaire, fait partie de la routine pour des agents dont c’est le métier.
Sur toute cette affaire, où de nombreux livres ont été écrits par des auteurs
provenant des deux camps, les uns critiquant fermement Garrison, les autres le
peignant comme un héros, mon avis est qu’il ne faut pas juger Jim Garrison en
fonction de ce que les gens disent de lui, mais en fonction de ce qu’il a dit
lui90même .
La question fondamentale de toute cette affaire est celle-ci : est-ce que Clay
Shaw est Clay Bertrand ? Est-ce que Clay Bertrand (ou Clem Bertrand), l’individu
(existe-t-il vraiment ?) qui aurait discuté de l’assassinat de Kennedy avec David
Ferrie, est le même homme que Clay Shaw, l’homme d’affaires respectable de La
Nouvelle-Orléans ? On l’a vu, cette suspicion a pour origine les déclarations de

90 Voir annexe n°8. Par ailleurs, le discours final du procureur Garrison, lors du procès de
Clay Shaw, est disponible à cette adresse Internet : http://www.prouty.org/closing.html
107 l’avocat Dean Andrews. Il est bon de revenir un peu plus en détails sur cet épisode
de l’affaire. Dean Andrews, atteint d’une pneumonie, était hospitalisé lorsque,
selon les déclarations qu’il fit plus tard au FBI, le samedi 23 novembre, il reçu un
coup de téléphone d’un certain "Clay Bertrand", lui demandant d’aller à Dallas
pour défendre Lee Oswald, qui venait alors de se faire arrêter par la police et
accusé du meurtre du président Kennedy. Bloqué sur son lit d’hôpital, Dean Andrews a
alors appelé son collègue Monk Zelden deux fois, lui proposant de l’accompagner,
mais le dimanche matin, Oswald ayant été tué en direct à la télévision, Zelden
répondit que ce n’était plus la peine. Par la suite, lors de ses multiples déclarations et
dépositions, Andrews affirma qu’il avait déjà rencontré Oswald, que celui-ci était
déjà venu le voir à son bureau, qu’il était accompagné de "Clay Bertrand", et qu’il
lui avait demandé de l’aider à faire changer la mention de son renvoi de l’armée en
"honorable". Ce récit, s’il est vrai, indique l’existence d’un "Clay Bertrand", ami et
protecteur de Lee Oswald. Le tout est de savoir si c’est vrai. Voyons ce qu’a eu à
en dire Eva Springer, la secrétaire de Dean Andrews :
EVA SPRINGER, secretary to Attorney at Law DEAN ANDREWS, Room 628
Maison Blanche Building, advised that her employer DEAN ANDREWS, never
calls her at home. She stated that on November 23, 1963, he called her at
approximately 4:00 PM and told her that he was representing LEE HARVEY
OSWALD in Dallas, Texas. She recalled that her only comment was that she was
not going to Dallas with him and she wanted nothing to do with the case and
asked ANDREWS who had hired him. She advised that ANDREWS told her it
was BERTRAND, no first name given. She advised that this name did not mean
anything to her and the conversation was terminated. She can fix the time as
being approximately 4:00 PM as she had just returned from the grocery store doing
her grocery shopping for the weekend. Her last contact with ANDREWS was on
Monday, November 25, 1963, about noon time, when ANDREWS called her and
asked her to locate any records in the office on CLAY BERTRAND. She advised
that since November 25, 1963, she has been searching ANDREWS’ office for a
record of CLAY BERTRAND and has been unable to locate this name. She
advised that CLAYRAND is not known to her.
EVA SPRINGER advised she does not recall LEE HARVEY OSWALD as a client
of DEAN ANDREWS and has no record of him at the office. She recalls
ANDREWS speaking to her briefly about someone being interested in changing a
discharge from the Marine Corps but is unable to associate this conversation with
any recollection of OSWALD. She states she leaves the office usually at 5:00 PM
91and never recalled OSWALD coming to the office.
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Eva Springer, la secrétaire de l’avocat
Dean Andrews, salle 628 dans le bâtiment Maison Blanche, nous a informé que
son employeur Dean Andrews ne l’appelle jamais chez elle. Elle a déclaré que le
23 novembre 1963, il lui a téléphoné à environ 4 heures de l’après-midi, et lui a
dit qu’il allait représenter Lee Harvey Oswald à Dallas, au Texas. Elle s’est
souvenu que le seul commentaire qu’elle ait fait était de dire qu’elle n’irait pas à
Dallas avec lui, et qu’elle ne voulait rien avoir à faire avec cette histoire, et
qu’elle demanda à Andrews qui l’avait engagé. Elle nous a informé qu’Andrews

91 Interview d’Eva Springer par le FBI, 5 décembre 1963. CE2901
108
?lui dit que c’était Bertrand, sans indication de prénom. Elle nous a informé que
ce nom ne lui disait rien du tout, et que la conversation en resta là. Elle est en
mesure de fixer l’heure approximativement à 16h00 car elle venait juste de
rentrer de l’épicerie, où elle avait fait les courses pour le week-end. Son dernier
contact avec Andrews eut lieu le lundi 25 novembre 1963, aux environ de midi,
quand Andrews lui téléphona pour lui demander de localiser dans le bureau tout
dossier existant sur Clay Bertrand. Elle nous a informé que depuis le 25
novembre 1963, elle a fouillé le bureau d’Andrews, à la recherche d’un dossier sur Clay
Bertrand mais n’a pas été en mesure de localiser ce nom. Elle nous a informé
qu’elle ne connaît pas de Clay Bertrand.
Eva Springer nous a informé qu’elle ne se souvient pas de Lee Harvey Oswald
comme client de Dean Andrews et qu’elle n’a aucun dossier sur lui au bureau.
Elle se souvient d’Andrews lui ayant parlé brièvement de quelqu’un qui était
intéressé par une demande de changement de qualification d’un renvoi du corps
des Marines, mais elle est dans l’impossibilité d’associer cette conversation avec
un quelconque souvenir d’Oswald. Elle déclare qu’elle a l’habitude de quitter le
bureau à 5 heures du soir, et n’a pas souvenir qu’Oswald fut jamais passé à leurs
bureaux. »
Cette déclaration d’Eva Springer est d’une importance fondamentale. Il était
important de la citer, face à toutes les théories et fausses informations répandues
dans les livres, documentaires et autres articles nés à la suite du film JFK, d’Oliver
Stone. Cependant, on peut continuer de penser qu’il est possible que Dean
Andrews ait réellement rencontré Lee Oswald à l’été 1963, à La Nouvelle-Orléans,
dans le cadre de son travail, sans que sa secrétaire ait été présente. Cela n’aurait
rien de suspect. Avoir rencontré Oswald cet été-là (valable pour les chauffeurs des
bus qu’il a empruntés, les serveurs des cantines où il a mangé, les coiffeurs des
salons où il s’est rendu, les vendeurs des journaux qu’il a achetés, etc., etc.)
n’indique évidemment pas une complicité dans l’assassinat de Kennedy !
Plus tard, à propos de cet appel téléphonique de "Clay Bertrand" reçu à
92l’hôpital, Dean Andrews dira qu’il l’avait simplement imaginé. Certains auteurs
ont alors affirmé que c’est le FBI, chargé de cacher la vérité du complot, qui avait
forcé Dean Andrews à dire cela. Quoiqu’il en soit, cela mettait par terre l’idée de
l’existence de ce "Clay Bertrand". Mais Garrison n’était pas convaincu. Il se mit
alors à chercher à savoir qui pouvait être ce Clay Bertrand ? Et il trouva (!) : c’était
Clay Shaw. Ensuite, Garrison "découvrit" que Clay Shaw avait travaillé avec la
CIA. Il ira ainsi jusqu’à soupçonner que Clay Shaw avait connu David Ferrie, Guy
Banister et même Lee Oswald, et penser, de là, qu’il y avait eu un complot pour
tuer Kennedy. La présence de Lee Oswald à La Nouvelle-Orléans à l’été de 1963,
et sa rencontre possible, ou probable aux yeux de Garrison, avec des gens comme
Clay Shaw, étaient la base des suspicions de celui-ci.

92 Comme, par exemple, Joan Mellen, dans son livre A farewell to justice, Potomac Books,
2005
109 Les auteurs qui aujourd’hui défendent Clay Shaw disent ceci : 1. que Clay Shaw
est un homme innocent qui n’a jamais utilisé le nom d’emprunt "Clay Bertrand", et
2. que ses seuls liens avec la CIA, c’était à travers le domestic contact program, un
simple arrangement pour obtenir des informations des hommes d’affaires qui
voyageaient en dehors des Etats-Unis. Pour eux, Garrison n’était qu’un "mégalo"
qui a inventé cette histoire Clay Shaw/Clay Bertrand, juste pour se faire connaître,
parce qu’il avait envie d’être gouverneur de la Louisiane ou président des
EtatsUnis.
Alors y a-t-il des éléments de preuves que Clay Shaw a, dans sa vie, utilisé le
nom de Clay Bertrand ? Dans son arrest card (fiche d’arrestation) de 1967, remplie
par l’officier de police de la Nouvelle-Orléans Aloysius Habighorst et signée par
Clay Shaw, il est écrit dans le coin en haut à droite : "Clay Lavergne Shaw alias
Clay Bertrand". Mais lors du procès, le juge Haggerty n’a pas autorisé l’utilisation
de ce document par Jim Garrison, en indiquant qu’il ne croyait pas Habighorst,
alors que celui-ci soutenait que Clay Shaw avait admis avoir utilisé ce nom
d’emprunt. Alors il a été dit par les défenseurs de Clay Shaw qu’en fait celui-ci
avait signé une fiche vierge, qui fut remplie par Habighorst ensuite. Bien sûr cette
suggestion n’a aucun élément de preuve pour étayer le parjure de ce policier.
Pourquoi le juge Haggerty a-t-il refusé l’utilisation de la fiche ? Faisait-il, lui aussi,
partie du cover-up ? Non. Il a simplement refusé cet élément sur une base de bonne
foi légale, pas pour défendre Clay Shaw. D’ailleurs on aurait tort d’aller imaginer
que le juge Haggerty ait essayé d’aider Clay Shaw. On sait qu’il n’a pas hésité à
déclarer, après le procès, qu’il estimait que Shaw avait beaucoup menti. On reste
donc avec une grande interrogation à propos de cette fiche.
Autre élément. L’hôtesse Jessie Parker, du salon des VIP de l’aéroport de La
Nouvelle-Orléans, a juré sous serment qu’elle avait vu Clay Shaw signer le registre
des invités par "Clay Bertrand" en 1966. Elle a même produit le livre et un expert
en écriture, présenté par l’avocat général, a confirmé que le nom "Clay Bertrand"
correspondait à l’écriture de Clay Shaw. Mais en contrepartie, la défense a produit
un autre expert en écriture qui a infirmé cette analyse.
Il y a aussi les employés des postes Richard Jackson et James Hardiman qui ont
témoigné que Shaw, en 1966, avait rempli une carte pour diriger son courrier à
Chartres et que, parmi le courrier, il y en avait qui était adressé à "Clem Bertrand".
D’un autre côté, la secrétaire de Clay Shaw, Goldie Naomi Moore, témoigna au
procès de celui-ci, et affirma qu’elle n’avait jamais entendu le nom "Clay
Bertrand", ni entendu son patron utiliser un quelconque autre nom que le sien, pas plus
qu’elle n’avait vu David Ferrie. Peut-être. Encore qu’il est fort probable que Shaw
n’ait jamais convié sa secrétaire aux soirées privées, où, dans l’intimité, il pouvait
fort bien utiliser un autre nom et sortir avec David Ferrie. Vie privée et vie
professionnelle ne font pas bon ménage, et toutes les secrétaires ne connaissent pas la vie
privée de leur patron.
Et bien sûr, il y a Perry Russo qui a toujours juré sous serment qu’il avait vu
Shaw avec Oswald et que Shaw était Bertrand. Est-ce que Perry Russo était un
110 témoin valable ? Est-ce qu’il a dit vrai quand il a dit qu’il avait vu Clay Shaw ? Il y
a eu beaucoup de désinformation des deux côtés. Perry Russo a été interrogé sous
hypnose, on lui avait administré du sodium pentothal en lui posant des questions
dirigées. On a donc accusé l’équipe Garrison d’avoir influencé Russo. Plus tard,
l’auteur Gerald Posner le fera également en citant la deuxième séance d’hypnose.
Mais l’important, c’est de voir la première séance d’hypnose, et de savoir que
Russo est venu se présenter à Garrison de son plein gré. La première séance d’hypnose
semble bien montrer que le nom de Clay Bertrand a été indiqué par Perry Russo de
lui-même, contrairement à la deuxième séance où le nom est prononcé dans la
question.
En face, les défenseurs de Clay Shaw produisent le témoignage d’un certain
Jonas J. Butzman, interrogé par Irvin Dymond, le défenseur de Clay Shaw. Lors du
procès de Clay Shaw, il déclare qu’il était un membre de la police de La
NouvelleerOrléans au 1 mars 1967, lorsque que Clay Shaw est arrêté, que ce jour là il était
en poste à l’endroit où les prisonniers sont emprisonnés, et qu’il était là le jour où
Louis Ivon, l’assistant de Garrison, est venu livrer Clay Shaw. Sa tâche était de
surveiller Clay Shaw avant sa mise en cellule. D’après lui, il n’a pas quitté son
poste, a bien entendu la conversation avec l’officier Habighorst, et la seule question
qu’il a entendu dire d’Habighorst à Clay Shaw fut : "Is this the correct spelling of
your name? " (traduction par l’auteur F. Carlier : « Est ce que votre nom est bien
orthographié ?») et qu’il n’a jamais entendu le nom de "Clay Bertrand" mentionné
ce jour là.
Donc, on a la parole d’Habighorst contre la parole de Butzman. On peut croire
ce que l’on veut, mais c’est Habighorst qui fait signer à Clay Shaw la déposition et
qui remplit la feuille sur sa machine. Habighorst dit que Clay Shaw a écrit "Clay
Bertrand" et Butzman, qui était à côté, dira plus tard qu’il ne l’a pas entendu
pronocer "Clay Bertrand". La question ne peut pas être tranchée avec ces seuls
éléments. Chacun choisira de croire le policier de son choix.
Bien d’autres éléments viennent entretenir le débat. À propos de la carte de
bibliothèque de David Ferrie, que peut-on dire ? On sait que David Ferrie est allé
voir l’ancienne logeuse d’Oswald à La Nouvelle-Orléans, pour s’enquérir sur sa
carte de bibliothèque. Retour en arrière : on dispose d’une interview du FBI, datée
du 25 novembre 1963, d’un des amis de David Ferrie, Layton Martens, qui déclare
93que l’avocat de Ferrie, G. Wray Gill , avait dit que la carte de David Ferrie avait
94été retrouvée sur Oswald lorsqu’Oswald s’est fait arrêter à Dallas . En fait,
l’information vient de Jack Martin, l’accusateur principal et source de suspicion de
Garrison, qui a conclu que la carte de bibliothèque de David Ferrie avait été retrou-

93 George Wray Gill, Sr. Il fut un avocat qui représenta David Ferrie dans la bataille
judiciaire de celui-ci contre la compagnie Eastern Air Lines. Mais David Ferrie travailla
également pour lui comme enquêteur, notamment pour défendre Carlos Marcello.
94 Voir document 75 de la commission Warren.
111 vée dans les affaires d’Oswald. Il l’a dit à Hardy Davis qui l’a répété à G. Wray
Gill et celui-ci l’a répété à Layton Martens, qui lui a été interrogé par le FBI.
Pour être précis, les chaînes de télévision de La Nouvelle-Orléans ont, dès
l’arrestation d’Oswald à Dallas, le 22 novembre, puis dans les jours qui ont suivi,
présenté un portrait de celui-ci, indiquant, entre autres, qu’il avait passé l’été à La
Nouvelle-Orléans et aussi qu’il avait habité là-bas dans les années 50. Mais à aucun
moment dans les programmes de télé on n’a parlé de la possibilité qu’Oswald ait eu
la carte de bibliothèque de David Ferrie. Par contre, Jack Martin, lui, a fait courir
cette rumeur. Alors, quand David Ferrie a été questionné par le FBI à la suite de
son arrestation par Jim Garrison, tout de suite après l’assassinat, on lui a posé la
question et il a répondu qu’il n’avait jamais prêté sa carte de bibliothèque à
Oswald, ni à qui que soit, à n’importe quel moment. Donc Jack Martin, est bien à la
source de la question par le FBI. Mais cette histoire est fausse : on sait que Lee
Oswald n’a jamais eu la carte de bibliothèque de David Ferrie.
Jim Garrison et ses enquêteurs ont appris, après la mort de David Ferrie en
1967, que celui-ci avait rendu visite à l’ancienne logeuse et à un ancien voisin
d’Oswald, et leur avait posé des questions à propos de cette carte de bibliothèque.
Il n’est pas déraisonnable de penser que David Ferrie ayant été interrogé par le
FBI, ait voulu en savoir plus. Cela ne prouve rien en soi. Jack Martin a créé une
rumeur, qui a inquiété beaucoup de monde et a couru durant des années, mais était
infondée. En 1967, quand David Ferrie se fait accuser par Jim Garrison, il est clair
qu’il n’a pas envie d’admettre quoi que soit, alors qu’en fait il sait que son nom a
été plusieurs fois prononcé. Il est évident que dans le cas de l’assassinat du
président, personne n’a envie d’y être mêlé. La réaction normale est de nier, par peur de
la justice.
Le personnage de David Ferrie est complexe, et difficile à cerner, à tout le
moins. De lourdes accusations ont été portées contre lui, et toutes n’émanaient pas
seulement de Jim Garrison, qui a, si on peut dire, souvent simplement travaillé à
partir d’éléments déjà présents. Par exemple, Perry Russo avait été interviewé le 24
février 1967, à Baton Rouge, par le journaliste Bill Bankston, du journal State
Ti95mes , avant d’aller à La Nouvelle-Orléans pour parler à Jim Garrison. Dans cette
interview, Bill Bankston cite Perry Russo et rapporte que celui-ci a déclaré au State
Times que David Ferrie lui avait dit, un mois avant l’assassinat de Kennedy : "We
will get him and it won’t be long" (traduction par l’auteur F. Carlier : « Nous
l’aurons, et ce ne sera pas long »). Perry Russo affirme également qu’il avait
envoyé une lettre à Jim Garrison concernant ses contacts avec David Ferrie à l’été et
au début de l’automne 1963. Perry Russo a dit qu’il connaissait Ferrie depuis
environ dix huit mois quand il lui a fait cette déclaration. En une autre occasion, Russo
rapporte que Ferrie lui avait dit : "We know we can get Kennedy if we want it"
(traduction par l’auteur F. Carlier : « Nous savons que nous pouvons avoir Kennedy si
nous le voulons »), et que la facilité avec laquelle un président peut être assassiné

95 Le 15 mars 1967, article paru dans le Baton Rouge Morning Advocate.
112 avait été le sujet de discussion plusieurs fois. Russo dit, entre autres choses, dans
cet article, qu’il n’avait jamais pris les menaces de Ferrie au sérieux jusqu’au jour
où il a vu la photo de David Ferrie dans la presse à propos de l’enquête de Jim
Garrison.
Sur ce sujet, une chose doit être rappelée. Que des personnes, à travers tout le
territoire des Etats-Unis, aient eu, à un moment ou à un autre, pour des raisons
diverses l’idée, ou l’envie, de tuer Kennedy, je ne le conteste absolument pas.
Vouloir tuer quelqu’un est une idée horrible, et condamnable, mais qui pourrait nier
qu’elle ait pu germer dans l’esprit de telle ou telle personne particulièrement
colérique, ou extrémiste ? Là n’est pas le problème. Par contre, il y a loin de la coupe
aux lèvres. Crâner devant ses amis est une chose facile. Mais passer à l’action et
faire quelque chose d’à la fois répréhensible et risqué, en est une autre. Des
déclarations intempestives, même avérées, ne restent que ça : des déclarations
intempestives. Elles ne prouveront jamais rien. Ferrie a-t-il vraiment dit tout ce
qu’on l’accuse d’avoir dit ? Peut-être. Mais cela ne change rien au fond de l’affaire.
Si on veut le soupçonner d’avoir participé à l’assassinat de Kennedy, on doit le
faire sur des éléments concrets, pas sur des déclarations passées. Or, jamais
personne n’a réussi à trouver le moindre élément contre Ferrie. Les chercheurs, malgré
les années passées à décortiquer les documents, n’ont jamais réussi à franchir le
stade des accusations et suspicions.
Alors que l’enquête de Garrison se déroule et qu’on s’achemine vers un procès,
un événement vient quelque peu bouleverser les cartes : la mort de David Ferrie, le
22 février 1967. Elle est déclarée naturelle (anévrisme), mais le fait qu’elle
survienne à ce moment-là occasionne tout de suite des suspicions. Alors ? Est-elle
mystérieuse ? David Ferrie s’est-il suicidé ? A-t-il été tué ? Jim Garrison émet
l’hypothèse que Ferrie ait pu se suicider en avalant une bouteille d’un médicament
®
appelé Proloid . Voici comment les choses se sont passées. Lorsqu’il apprend la
96mort de David Ferrie, Jim Garrison part au domicile de celui-ci avec son équipe .
À leur arrivée, le corps de Ferrie n’est déjà plus là : il a déjà été transporté par
l’équipe du coroner. L’équipe de Garrison trouve deux lettres écrites par Ferrie,
97dans lesquelles il parle de sa mort . Et le procureur raconte qu’il trouve des flacons
de médicaments vides et les emporte avec lui dans son bureau. Remarquant que
®
l’un de ces flacons vides est celui d’un médicament appelé Proloid , que lui-même
® a déjà utilisé, il s’étonne. En effet, le Proloid est un médicament utilisé pour
accroître le métabolisme. Or, David Ferrie, loin de souffrir d’un métabolisme bas,
était au contraire sujet à l’hypertension. L’idée de Garrison fut de se demander si
une tierce personne n’avait pas fait ingurgiter à Ferrie une bouteille entière de ce
produit, le tuant ainsi. À moins que ce ne soit Ferrie lui-même. Pour vérifier cette
hypothèse, Jim Garrison appela un de ses anciens amis médecins, qui lui indiqua
qu’une personne souffrant d’hypertension, et qui avalerait une bouteille entière de

96 Lire On the trail of the assassins, Jim Garrison, Warner Books, 1988, p. 162 à 167.
97 Voir annexe n°11.
113 ®
Proloid mourrait rapidement d’un anévrisme – un vaisseau sanguin qui éclaterait
dans le cerveau. Or, le rapport d’autopsie de Ferrie faisant mention d’une rupture
d’un vaisseau sanguin dans le cerveau, Garrison eut tôt fait de faire le
rapproche®
ment. Son ami médecin lui ayant indiqué qu’une overdose de Proloid ne serait pas
décelée lors d’une autopsie normale, mais plutôt par des traces d’un niveau élevé
d’iode dans le liquide spinal, Garrison appela le bureau du coroner pour demander
si on avait gardé des échantillons du liquide spinal de Ferrie, mais la réponse fut
négative. Garrison n’alla pas plus loin dans ses recherches et garda ses questions en
suspens définitif, plus longtemps que ses bouteilles de médicaments, en tout cas,
qu’il finit par jeter après les avoir gardées un temps dans un tiroir.
Il fut reproché à Garrison, sur ce coup-là, d’avoir fait preuve de négligence,
sinon d’entrave à la justice. Tout d’abord, il aurait dû, pour vérifier ses hypothèses,
laisser les médicaments là où ils étaient, afin qu’ils soient analysés, ne serait-ce que
pour voir s’il y avait des empreintes digitales dessus. Ensuite, il aurait dû faire part
de ses doutes et questions au médecin légiste qui avait pratiqué l’autopsie, plutôt
que de garder ses interrogations pour lui-même. Il n’a pas non plus poursuivi ses
recherches, alors qu’un prélèvement sanguin, même effectué après la mise en bière
de Ferrie, aurait pu déterminer si celui-ci avait des taux anormaux ou non de
thyroxine ou de triidothyroxine, normalement produits par la glande thyroïde, et que le
® médicament Proloid supplée. De plus, il est faux de dire que l’ingestion de
Pro® 98loid entraînerait la mort immédiate . Quand bien même David Ferrie aurait
ingurgité toute la quantité d’une bouteille, il était mort avant que le produit n’ait eu
le temps de faire effet (une dizaine d’heures). Or, on sait que le journaliste George
Lardner était avec Ferrie chez lui le jour même à 4h00 du matin, et que celui-ci n’a
donné aucun signe d’inquiétude. Ainsi, sur ce point, les suspicions de Garrison se
99révèlent erronées, voire déplacées . Et personne n’a jamais pu prouver, ni même
commencer à démontrer un tant soit peu, que la mort de David Ferrie ait quoi que
ce soit de mystérieux. Il reste que si le rapport d’autopsie parle de "causes
naturelles", c’est encore un de ces tours du destin, si nombreux dans cette affaire, qu’on
ait retrouvé près de son corps deux lettres d’adieu. Mais cet exemple illustre que,
trop souvent, Garrison a confondu coïncidences et preuve d’un complot.
À propos de l’état de santé de Ferrie, il est bon de rapporter ceci. Le vendredi
17 février 1967, le journal New Orleans States-Item proposait, en titre : "DA here
launches full JFK death plot probe". (traduction par l’auteur F. Carlier : « Le
procureur d’ici lance une grande enquête sur le complot sur la mort de Kennedy »).
100David Ferrie lut le journal , et se sachant visé, sachant qu’il était le suspect numé-

98 Entretien de l’auteur avec le médecin Rocco Belmonte, Wahagnies, été 1994.
99 Mon argumentation est ici presque entièrement basée sur un article du docteur Artwohl,
the "Myterious" death of David Ferrie?, que je paraphrase. On le trouve à l’adresse :
http://mcadams.posc.mu.edu/death1.txt
100 Pour les détails, lire False witness, de Patricia Lambert, M. Evans and Company, Inc.,
1998.
114 ro un de Garrison, il invita le journaliste David Snyder à venir chez lui le jour
même, afin d’en discuter. L’impression qu’il laissa à Snyder, en montant
difficilement les escaliers confirma ses dires : il avait fort mal à la tête. En fait, des ruptures
de vaisseaux mineures s’étaient déjà produites dans son cerveau, et il allait mourir
d’une plus grosse rupture quelques jours plus tard. Cela confirme que Ferrie est
bien mort de mort naturelle, contrairement à ce que soupçonnait Garrison. De
nombreux complotistes tels que Jim Hargrove continuent de mettre en doute cette
version de la mort de Ferrie et répercutent les soupçons de médecins à qui ils
donnent leur version des faits au préalable. Mais ce qui est certain, c’est que le
médecin légiste Ronald A. Welsh a été formel dans ses conclusions. Lui a vu le
corps, pas les complotistes qui nient les évidences aujourd’hui. Incidemment, et
même si cela ne constitue pas une preuve, il faut souligner que Ferrie déclara à
Snyder ne pas connaître Lee Oswald.
Il faut également dire que Jim Garrison n’a jamais pensé que la mafia eut pu
être responsable de la conspiration pour tuer Kennedy. De ce fait, certains de ses
détracteurs ne se sont pas gênés pour l’accuser d’avoir lui-même des liens avec la
mafia, et donc d’avoir tout fait pour ménager ses membres. Ce qui est absurde.
Prenons-en pour preuve le fait que Jim Garrison a attaqué et accusé David Ferrie,
ce même Ferrie qui a avoué avoir des liens avec Carlos Marcello (le boss de la
Louisiane), et avoir même travaillé pour lui. Alors, on imagine mal Garrison
cherchant à ménager la mafia et portant les projecteurs sur quelqu’un qui avait travaillé
pour Marcello.
Autre question : Guy Banister et Lee Oswald se connaissaient-ils ? Dans son
livre, Michael L. Kurtz, historien, professeur d’histoire à l’université Eastern
Louisiana University, prétend que oui, puisque lui-même écrit les avoir vus
ensem101ble, à deux reprises . La première, en mai 1963, sur le campus de La
NouvelleOrléans de l’université de Louisiane, quand Banister s’est engagé dans un débat
avec les étudiants, notamment à propos de la politique cubaine de Kennedy. La
deuxième fois, à l’été de 1963, dans un salon de thé situé non loin de la fameuse
adresse "544 Camp Street". Dans le même livre, Michael Kurtz indique que l’un de
ses amis, un dénommé Van Burns, aurait vu, lui, un de ses amis accompagné de
David Ferrie et Lee Oswald, toujours à l’été de 1963. D’après Michael Kurtz, aussi
bien lui que son ami Van Burns ont reconnu le visage et le nom d’Oswald quand ils
ont vu celui-ci à la télévision le 22 novembre 1963. Qu’en penser ? Kurtz lui-même
ne s’en émeut guère. Pour lui, il n’y a là rien de louche. Personne n’a jamais pu
trouver, et encore moins prouver le moindre lien entre Guy Banister et l’assassinat
de Kennedy. Encore une fois, si Oswald a agi seul, s’il a tué Kennedy dans un
accès de désespoir conjugal, alors les personnes qui ont pu le côtoyer à un moment ou
un autre de sa vie n’ont rien à voir là-dedans.
Bien entendu, on comprend que certaines personnes ont essayé, après
l’assassinat, de nier avoir eu affaire un jour avec Oswald, pour éviter les ennuis.

101 Voir son live Crime of the century, University of Tennessee Press, 1993.
115 Surtout si ce qu’ils ont pu faire avec lui pouvait ne pas être très légal. Tout cela, au
pire, peut réussir à démontrer qu’Oswald avait de mauvaises fréquentations, et n’a
pas fait que des choses bien dans sa vie, c’est tout. Il reste que le jour où il a décidé
de tuer le président de son pays, il a pris l’initiative tout seul, dans son coin, sans en
parler à qui que ce soit, et donc les gens qui l’ont côtoyé dans sa vie ne sont pas
plus impliqués dans son projet néfaste que son voisin, le chauffeur du taxi qu’il a
pris, son ancienne institutrice, etc. C’est l’argumentation de Kurtz, et je la rejoins.
Il ne faut pas systématiquement rejeter tous les récits de gens ayant prétendu avoir
vu Oswald et Banister, ou Oswald et Ferrie ensemble, à un moment donné de leur
existence. Bien sûr, il peut y avoir des erreurs, des mensonges. La certitude, dans
ce domaine, est utopique. Néanmoins, on ne doit pas rejeter l’idée a priori. Si
quelqu’un parvient à le prouver, je le croirai sans hésiter. Mais cela ne change pas
le fond du problème, à savoir l’assassinat de Kennedy le 22 novembre 1963. Et
quelles qu’aient pu être les relations entretenus par Oswald dans sa vie, il s’avère
que ce vendredi fatal, il était bel et bien seul.
2. Le procès
L’homme d’affaires Clay Shaw, de La Nouvelle-Orléans, fut donc formellement
erarrêté par l’équipe du procureur Garrison le 1 mars 1967, pour avoir "conspiré
pour assassiner le président Kennedy". Son procès s’est ouvert le 29 janvier 1969.
Face à l’équipe de Jim Garrison qui mettait Shaw en accusation (Andrew
Sciambra, Alvin Oser, James Alcock), la défense était menée par l’avocat Irvin
Dymond, et comptait en son sein William Wegmann, Sr. C’est le juge Edward
Haggerty qui présidait.
Disons le d’emblée, durant son procès, Clay Shaw a constamment nié avoir
connu Lee Oswald ou David Ferrie. Des témoins ont soutenu le contraire, mais
c’est parole contre parole, des preuves telles que photos ou films n’existant pas.
Il est à noter un détail troublant : c’est que le nom de Clay Shaw n’apparaît
jamais dans le rapport Warren, mais que le ministre de la Justice de l’époque avait
déclaré que Jim Garrison faisait fausse route en accusant Clay Shaw, qu’on s’était
déjà penché sur son cas, et qu’aucune charge ne pouvait être retenue contre lui. Jim
Garrison s’est étonné que le nom de Shaw ne figure pas dans le rapport Warren, si
vraiment il avait fait l’objet d’une enquête, ne serait-ce que pour le disculper.
Lors du procès de Clay Shaw, il y a eu trois déclarations finales faites par les
membres de l’équipe de Garrison. Le premier discours a été fait par James Alcock,
qui a fait un résumé d’environ une heure et demie des éléments de preuves
présentées lors du procès. Le deuxième plaignant de l’équipe, Alvin Oser, a lui aussi,
pendant une heure et demie, critiqué le rapport Warren et présenté les éléments de
preuves du dossier. Ce fut ensuite à l’avocat de Clay Shaw, Irvin Dymond, de
donner sa plaidoirie ; il affirma qu’il était inconcevable qu’une conspiration du niveau
voulu par Garrison ait pu avoir lieu, que Clay Shaw n’utilisait pas le pseudonyme
116 "Clay Bertrand", qu’il ne connaissait pas David Ferrie, et qu’il n’avait aucun lien
avec les événements tragiques de Dallas. Ensuite Alvin Oser, représentant de l’Etat
de La Nouvelle-Orléans, a de nouveau parlé pendant quinze minutes. Puis James
Alcock a de nouveau parlé pendant environ une demi-heure. Et enfin, le dernier à
parler fut Jim Garrison. C’était le 28 février 1969, dernier jour du procès.
On pourra s’étonner que cette intervention de clôture de Garrison n’est pas
factuelle mais de portée générale sur la morale, sur la politique, sur l’Homme, la
démocratie. Garrison n’y mentionne qu’une seule fois le nom de Clay Shaw, et
encore est-ce pour dire simplement que le jury est là pour le juger (ce qu’ils
savaient déjà). Mais il n’explique pas en quoi Clay Shaw est responsable de
l’assassinat de Kennedy. C’est là sa faiblesse. Garrison, s’il a réussi à mettre le
doute dans l’esprit de beaucoup de gens sur la culpabilité d’Oswald, ou sur la
version officielle des événements de Dallas, n’a en revanche pas réussi à montrer un
lien entre Clay Shaw et ces évènements.
Durant le procès, l’équipe de Garrison fut en mesure de produire des témoins
qui prétendaient avoir vu Oswald en compagnie de David Ferrie, et Clay Shaw (ou
Guy Banister) dans deux villes de Louisiane situées à environ cent kilomètres de
La Nouvelle-Orléans ; Clinton, et Jackson, durant l’été de 1963. Edward Lee
McGehee, un coiffeur pour hommes dans la ville de Jackson, témoigna avoir coupé
les cheveux d’Oswald fin août, début septembre 1963 (en tout cas, avant le 15
septembre). Au cours de leur conversation, Oswald aurait mentionné le désir de
trouver un travail à l’hôpital voisin. McGehee suggéra à Oswald d’aller voir
Reeves Morgan, ce qu’il fit. Morgan confirma s’en souvenir, et il appela le FBI après
l’assassinat, reconnaissant Oswald à la télévision. Un employé de l’hôpital
Louisiana State Hospital, Bobbie Dedon, confirma lui-aussi, se souvenant lui avoir parlé
alors qu’Oswald se présentait pour y trouver un emploi.
La ville de Clinton ne fut pas en reste. De nombreux résidents prétendirent se
souvenir de la visite de Lee Oswald aux alentours du mois de septembre 1963, à
commencer par le marshal (officier de police) de la ville, John Manchester. Trois
autres témoins, Henry Earl Palmer, Corrie C. Colins, et William E. Dunn,
affirmèrent que lors d’une session d’inscription à CORE (Congress of Racial Equality),
organisation contre la ségrégation et pour la non-violence, vers septembre 1963,
Lee Oswald s’était présenté dans une Cadillac noire, en compagnie de deux
hommes : l’un avec des cheveux gris, l’autre avec des cheveux et sourcils particuliers.
Toujours d’après eux, alors qu’Oswald faisait la queue pour se faire inscrire, les
deux autres hommes restèrent dans la voiture. Ils se souvenaient d’Oswald car, non
seulement il avait une carte d’identité à son nom, mais en plus, il était le seul
homme blanc dans la file. Palmer refusa l’inscription d’Oswald faute d’un
justificatif de domicile. Mais ce qui est intéressant, c’est que ces quatre témoins
identifièrent David Ferrie et Clay Shaw comme les deux personnes présentes avec
Oswald ce jour-là. Etaient-ils crédibles ? Oui, il semblerait. C’est en tout cas l’avis
du HSCA, qui se pencha sur la question en 1978 et interrogea tous ces témoins des
villes de Clinton et Jackson.
117 Durant le procès l’équipe de Garrison tenta de montrer, donc, que Lee Oswald
connaissait Clay Shaw et David Ferrie, et que ceux-ci l’avaient manipulé pour aller
tuer Kennedy à Dallas. Pour appuyer sa théorie, Garrison utilisa, entre autres, le
témoignage de Perry Russo.
erLe 1 mars 1969, le jury donna son verdict : "non coupable". Clay Shaw était
libre. Garrison avait sans doute réussi à être convaincant sur l’existence d’un
complot dans l’assassinat de Kennedy, mais n’avait pas réussi à convaincre le jury de
l’implication de Shaw dans ce complot. En l’absence de preuve formelle, il était
naturel et normal que le jury acquitte Shaw. Quoiqu’il en soit, nul ne peut dire ce
qu’il y avait dans la tête des jurés au moment de leur décision.
Quand vient le temps de tirer une conclusion, que penser ? Loin de vouloir nier
ce qui semble cohérent et convaincant, loin de vouloir essayer, comme Gerald
Posner le fera plus tard, de détruire la crédibilité des témoins, on peut dire deux choses.
Premièrement, il est difficile de trancher. C’était peut-être Oswald, en compagnie
de Ferrie et Shaw (ou Oswald, en compagnie de Ferrie et Banister, car selon les
témoins, on hésite entre Shaw et Banister), peut-être pas. Je ne sais pas. Mais
deuxièmement, j’accepte l’idée. Et j’en reviens à mon point central : il est fort
possible que Shaw (ou Banister) et Ferrie aient connu Oswald. Les témoignages
relatifs aux villes de Clinton et Jackson en seraient la preuve. Mais cela peut avoir
été dans un contexte particulier, sans aucun lien avec l’assassinat de Kennedy plus
tard, événement dû au seul coup de folie indépendant d’Oswald. Et bien sûr, Shaw
a alors essayé de cacher la vérité, et ayant commencé à mentir, il a dû le faire
jusqu’au bout. Non pas pour essayer de se disculper d’une participation à un
assassinat avec lequel il n’avait rien à voir, mais pour effacer toute trace de liaison
qu’il avait pu avoir avec un individu rencontré à La Nouvelle-Orléans (Oswald),
qui, devenu fou, avait ensuite, de son propre chef, eu des agissements incontrôlés et
hautement répréhensibles.
Rien n’est prouvé, et surtout, rien ne sera plus jamais prouvable, maintenant. Il
est trop tard. Ceux qui ont essayé, avec d’excellents moyens, ne sont pas parvenus
à aboutir à une conclusion claire, nette et définitive. Nous ne pourrons pas plus.
Mais nous pouvons quand même réfléchir à ce qu’on peut en tirer comme leçon et
comme éclaircissement par rapport à notre recherche. Est-ce que cela a un lien avec
l’assassinat proprement dit ? Réponse claire : NON. Aucun. Etait-ce vraiment
Oswald qui est allé à Clinton ? Et si Oswald était à Clinton, était-il accompagné de
Banister ? Peut-être (pour moi, il est plus crédible de le voir avec Banister qu’avec
Shaw). Tout cela ne change rien au fait que c’est bien lui qui, à Dallas, le 22
novembre, a tué le policier Tippit, logiquement à la suite de son crime contre
Kennedy. C’est cela l’important.
Pensons-y : a-t-on jamais trouvé un lien entre Clay Shaw et Dealey Plaza ?
Non, personne, jamais.
Je pense personnellement qu’il n’est pas impossible que Shaw ait pu rencontrer
Oswald, cet été là, à La Nouvelle-Orléans, mais qu’il l’a nié jusqu’au bout pour se
118 désolidariser du tueur fou de Dallas. Mais on ne le saura vraiment jamais, et cela
n’a pas vraiment d’importance.
Voilà donc les années 60, une première vague de critiques, magnifiée par
l’affaire Garrison malheureusement terminée par un acquittement pur et simple de
Clay Shaw. Ainsi, en 1969, à l’issue du procès de Clay Shaw, on revient au point
de départ. Tous les arguments des critiques, publiés dans quantités d’articles et de
livres, qui pensaient bouleverser les conclusions officielles et prouver un complot,
qui ont crû toucher au but avec le procès, sont retombés sur terre avec le verdict.
L’acquittement de Clay Shaw est un coup dur pour les critiques. Il va les faire taire
pour un bon bout de temps.
119



















Troisième partie :
Les années 70



Chapitre I.
La crise de confiance



1. Premiers doutes
Dans les années 1970 commencent à paraître aux Etats-Unis des informations,
des articles de journalistes, des ouvrages d’auteurs, des rapports d’enquêtes, qui
tendent à montrer que les Etats-Unis, via leurs services secrets, CIA en tête, ont
commis des actes illicites (action politique souterraine par des tentatives de
manipulation, renversements de leaders ou de régimes dans des pays étrangers, peut-être
des assassinats de personnalités, etc.).
Parallèlement, la guerre du Vietnam est impopulaire. Là-bas, les Etats-Unis
combattent le communisme, mais au prix de nombreux morts parmi la population
civile. Depuis 1964, et l’épisode connu comme "les incidents du golfe du
Ton102kin" , c’est l’escalade. Les effectifs de l’armée américaine envoyés au Vietnam
pour combattre les forces du Nord augmentent, pour atteindre plusieurs centaines
de milliers. Les bombardements américains s’intensifient. Mais les corps des
jeunes soldats américains qu’on rapatrie s’accumulent, et la guerre semble de moins
en moins "juste". Sur le terrain, les pertes américaines sont énormes. Dans les
campus universitaires américains, la contestation s’amplifie.
Le climat de confiance des années 1960, mis à mal par les assassinats de John
Kennedy (en novembre 1963), Martin Luther King (en avril 1968) et Robert
Kennedy (en juin 1968), se lézarde de plus en plus. L’Amérique a perdu son âme
d’enfant, mais surtout la confiance dans ses dirigeants.
2. Les livres
Cette décennie voit une baisse dans la production de livres qui critiquent la
version officielle. On peut le dire, c’est la période la plus "pauvre" en termes de
production de livres et thèses et autres théories sur l’assassinat de Kennedy, après
la période riche des auteurs de référence des débuts, dans les années 60 (les Mark

102 Cela dépasse le cadre de cet ouvrage. Il existe beaucoup de très bons livres sur la guerre
du Vietnam qu’on lira avec profit. Pour l’exemple, en voici deux : Les Etats-Unis et la
guerre du Vietnam, par Jacques Portes, Editions Complexes, 2008 / L’histoire de la guerre
du Vietnam, par Chris McNab et Andy Wiest, Chantecler, 2005.
123 Lane, Edward Jay Epstein, Sylvia Meagher, Josiah Thompson), et avant la
véritable avalanche de livres qui paraîtront dans les années 80 et surtout 90 et 2000.
Néanmoins, quelques ouvrages des années 70 méritent d’être signalés, quoique pas
toujours pour les mêmes raisons…
Hugh C. McDonald
Le livre Appointment in Dallas de Hugh C. McDonald (1975) est l’un des
premiers d’une longue, très longue série de livres complotistes où se mêlent idiotie et
crédulité, pour raconter des histoires à dormir debout. On pourrait presque dire, en
effet, qu’il est possible de classer les livres complotistes en deux catégories : l’une,
qui comprend les complotistes qui étudient le dossier, trouvent des incohérences, et
en concluent qu’il y a eu un complot qu’ils ont du mal à définir, et dont ils ne
savent nommer les protagonistes (exemple : David Lifton qui étudie l’autopsie de
Kennedy et en conclut qu’il y a eu conspiration, mais sans qu’il ne puisse donner
aucun nom de personne liée à cette conspiration, ou, dans la même veine, Robert
Groden, ou Mark Lane, ou Jim Fetzer), et l’autre, qui comprend les complotistes
qui ne s’embarrassent pas à étudier les détails du dossier, mais proposent tout de
suite un scénario censé être la vérité, le récit du vrai tueur qui avoue, ou les aveux
d’une ou plusieurs personnes au courant de la conspiration. Le livre Appointment in
Dallas de Hugh C. McDonald fait partie de cette deuxième catégorie.
Dans ce livre, en effet, on apprend dès le premier chapitre que l’homme qui a
tué Kennedy n’était pas Lee Oswald à partir du TSBD, mais un autre homme, placé
au premier étage County Records Building. On entre ensuite dans une histoire
digne d’un téléfilm de seconde zone sur la guerre froide. Puis, à la fin, on apprend
que le tueur s’appelle Saul, et c’est lui-même qui a avoué son crime (pourquoi
donc ?) à un ami de l’auteur, qui l’a répété à celui-ci (pourquoi donc ? bis).
L’amusant, c’est que Saul ne veut pas qu’on sache son secret, et qu’il menace
l’auteur, lui prédisant qu’il sera mort dans la semaine s’il raconte ce qu’il sait (c’est
idiot : Saul avoue son secret dans une conversation, juste pour soulager sa
conscience parce qu’il avait besoin de se décharger, et la personne le répète à une autre
personne, mais par contre, maintenant, interdiction de le dire à qui que ce soit, car
c’est top secret). Mais ça ne l’empêche pas de tout lui raconter quand même. Et on
lit alors le récit de "cet homme qui a tué Kennedy" (!). On peut même voir son
visage, car un portrait-robot nous est proposé, sur la base des souvenirs de l’auteur.
Dans cette histoire du niveau d’un enfant d’école primaire, on apprend donc que
cinq coups de feu furent tirés en tout, tous de l’arrière, et donc zéro du grassy knoll
(car chaque complotiste a son scénario bien à lui). On apprend aussi que le tireur
n’a su qu’une minute avant l’arrivée de Kennedy à Dealey Plaza que c’était bien
Oswald, et non pas lui, qui avait été choisi comme bouc-émissaire (qui pourra
croire une telle idiotie ?). On apprend également qu’Oswald a fait exprès de tirer à
côté, et que le vrai tueur a utilisé des munitions qui se désintégraient, afin de ne pas
laisser de trace. On "apprend" d’autres choses encore, mais à quoi bon en faire la
liste ? Le seul et unique intérêt de ce livre est qu’il est le premier d’une longue
124 lignée de récits stupides et farfelus sur les événements du 22 novembre, de
scénarios rocambolesques de supposés "vrais-tireurs". La question est : l’auteur d’un tel
livre croit-il vraiment ce qu’il écrit ? En tout cas, ceux qui inventent de telles
histoires doivent bien s’amuser !
Alan J. Weberman et Michael Canfield
Ces deux auteurs du livre Coup d’Etat in America ont produit un ouvrage
original. Leur livre entend démontrer, comme l’indique le titre, qu’il y a eu une
conspiration pour tuer Kennedy, une opération secrète à laquelle ont participé trois
complices déguisés en clochards (les fameux three tramps). Grâce à l’étude
poussée des photos, les deux auteurs parviennent à identifier les trois clochards, et nous
donnent leurs noms, en nous expliquant qu’ils faisaient partie du complot. Le
problème est qu’ils ont tort, complètement tort. Leur identification est totalement
erronée. On connaît aujourd’hui l’identité de ces clochards, et ils n’ont rien à voir
avec les personnes dont les noms ont été "trouvés" par les auteurs. C’est donc un
livre faux, stupide, inutile, et bon à jeter à la poubelle.
Une chose intéressante quand même : dans une réédition de 1992, le livre de
Weberman et Canfield contient, dans sa section photo, des volets transparents
permettant de comparer les photos des clochards avec le visage des personnes
accusées par les auteurs, "démontrant" ainsi que ce sont bien elles. C’est une
expérience intéressante à faire, car les traits des visages semblent correspondre. On peut
donc se faire bluffer par cette technique. Mais on sait maintenant que c’est
trompeur, puisque ce ne sont pas les bonnes personnes qui sont sur les volets
transparents. C’est donc une bonne leçon, qui doit nous obliger à rester vigilants et
à ne jamais nous précipiter sur des conclusions qui risquent d’être erronées, comme
c’est le cas avec ce livre complotiste périmé.
Seth Kantor
Seth Kantor, qui fut journaliste, est l’auteur du livre The Ruby cover-up, qui se
focalise sur Jack Ruby, que Kantor connaissait dans la réalité. Kantor étudie aussi
le meurtre d’Oswald par Jack Ruby et émet des doutes, estimant que Jack Ruby
devait avoir des complicités, voire des liens avec la mafia, ce que la commission
Warren aurait choisi de cacher.
Honnête, et à mille lieux des auteurs complotistes, Kantor admet bien que l’on
n’a jamais trouvé de lien entre Jack Ruby et Lee Oswald, que Jack Ruby avait
vraiment été attristé par l’assassinat de Kennedy (au point de dire que la mort de
Kennedy l’avait affecté plus que la mort de ses propres parents), que Jack Ruby
avait dix chiens (une chienne, Sheba, qu’il appelait "sa femme" et qu’il emmenait
partout, ainsi que neuf autres chiens qu’il appelait "ses enfants"), qu’il avait de
graves problèmes psychologiques vers la fin de sa vie. Kantor se dit également
certain que Jack Ruby avait pensé qu’il serait considéré comme un héros en tuant
125 Oswald (l’homme qui avait tué le président). Cependant, Kantor pense quand
103même que Ruby était lié à la mafia.
Cette thèse de liens supposés entre Jack Ruby et la mafia, qui aurait obligé ce
dernier à tuer Oswald pour le faire taire, sera maintes fois reprise, développée,
étirée dans la littérature sur l’assassinat. Mais comme les autres théories, elle est
fausse. Si Jack Ruby, on le sait, a longtemps eu des conversations téléphoniques
avec des gens "du milieu", c’était par rapport à ses activités professionnelles, et
sans rapport aucun avec l’assassinat de Kennedy.
Enfin, Kantor pense que Jack Ruby a peut-être aussi tué Lee Oswald à la
demande de la police de Dallas qui voulait venger la mort de l’officier Tippit. Ce
n’est pas sérieux ! Finalement, Kantor n’aura réussi qu’à embrouiller un peu plus la
compréhension des événements. Son livre, non seulement ne va pas loin, mais
surtout ne mène nulle part !
Priscilla Johnson McMillan
S’il y a un livre de qualité qui est sorti dans les années 70 (1977) et qui mérite
l’attention du lecteur, c’est bien celui de Priscilla Johnson McMillan Marina and
Lee. Cet ouvrage, s’il ne se penche pas particulièrement sur l’assassinat de
Kennedy, se penche spécifiquement et complètement sur l’assassin, Lee Oswald, vingt
ans avant Gerald Posner ou Norman Mailer.
Le livre de Priscilla Johnson McMillan dresse un portrait de Lee Harvey
Oswald, de sa vie privé, de son caractère, de sa psychologie, de ses relation avec son
épouse et de ce qui l’a amené à faire le geste fou qui a accomplit en novembre
1963. Et l’auteur sait de quoi elle parle. Elle a une position privilégiée unique pour
parler d’Oswald.
On l’a dit, Lee Oswald, quittant son pays d’origine, les Etats-Unis, dans l’espoir
de commencer une nouvelle vie dans un pays communiste, arrive à Moscou en
octobre 1959. Il tente de renoncer à la citoyenneté américaine et de demander la
citoyenneté russe. Or, à cette période-là, en 1959, Priscilla Johnson McMillan est à
Moscou. Elle y a déjà effectué plusieurs séjours dans les années 50, notamment en
1955, quand elle était traductrice auprès de l’ambassade américaine. Puis, après des
missions au Caire puis à Paris, elle revient en URSS, en novembre 1959 et retourne
travailler à l’ambassade. Or, elle loge à l’hôtel Metropole, qui se trouve, par hasard,
être celui où loge Lee Oswald, qu’elle ne connaît évidemment pas. Apprenant
qu’un transfuge américain est dans son hôtel, elle va lui poser des questions pour
savoir les raisons qui ont poussé ce jeune homme à quitter son pays. Mieux : après
avoir passé plusieurs heures avec Oswald, qui n’hésitait pas à expliquer ses
motivations politiques, et à mille lieues d’imaginer ce que cet homme fera quatre ans plus
tard, elle écrire un article sur lui, qui sera publié dans le journal américain
Washington Evening Star.

103 Voir "Le procès de Lee Harvey Oswald", adaptation française du documentaire On
trial : Lee Harvey Oswald, par Ian Hamilton, 1986.
126 En 1964, Priscilla Johnson McMillan deviendra amie avec Marina Oswald, et
les deux femmes entretiendront une relation amicale sur de longues années. Ainsi,
Priscilla Johnson McMillan, grâce à l’intimité acquise, pourra écrire son livre,
portrait profond de Lee Oswald, l’assassin de Kennedy. Priscilla Johnson McMillan
est convaincue que Lee Oswald est bien l’homme qui a assassiné John Kennedy.
Elle ne croit pas à l’idée d’un complot quelconque. C’est la voix de la sagesse,
d’une personne qui a connu Lee Oswald et a passé des années avec son épouse,
contrairement aux complotistes qui n’ont jamais vu ni l’un ni l’autre.
Michael Eddowes
Cet avocat britannique réussi à faire parler de lui à la fin des années 70, avec ce
livre mémorable, The Oswald file, sorti en 1977. Sa théorie est la suivante : quand
Oswald vivait en URSS, il fut remplacé par un homme russe qui lui ressemblait, et
qui tua Kennedy le 22 novembre 1963.
La thèse de ce livre eu un tel impact qu’il finit par aboutir à l’exhumation de
Lee Oswald de sa tombe en 1981, à des fins de vérifications. Hélas pour Eddowes
et sa théorie farfelue, le corps était bien celui de Lee Oswald, l’Américain, le
104seul.
3. Le Watergate
L’affaire du Watergate – du nom d’un bâtiment de Washington – est un
événement très important dans l’histoire contemporaine américaine. Un scandale
politique aux répercussions énormes !
Tout commence le 17 juin 1972. Cette nuit-là, cinq cambrioleurs sont arrêtés,
qui se sont introduits dans l’immeuble du Watergate. Dans cet immeuble se trouve
le quartier général du parti Démocrate. Les cinq hommes tentaient d’y placer des
micros. Or, à cette époque, le président en exercice est le Républicain Richard
Nixon, élu en 1968 et qui est candidat à sa propre succession pour les élections qui
auront lieu en novembre.
Les cinq hommes arrêtés (Virgilio González, Bernard Barker, James W.
McCord, Jr., Eugenio Martínez, et Frank Sturgis), on le découvrira vite, ont un lien
avec le comité de supporters de Nixon, oeuvrant pour sa réélection (CRP
= Committee for the Re-Election of the President, le comité pour la réélection du
président). L’un des organisateurs de cette expédition, un autre membre du CRP,
non présent sur place, est un ancien membre de la CIA du nom de Howard Hunt.

104 Sur les théories de "doubles", le lecteur lira avec intérêt le chapitre 3 "Assassin’s
Double" dans le livre Mysterious Realms, de Joe Nickell avec John Fischer, Prometheus Books,
1992, p. 35 à 52.
127 Qui sont ces hommes ? Qui était derrière cette opération ? Il faut savoir. La
suspicion, légitime, naît et grandit. Une enquête commence.
Parallèlement à l’action de la justice, deux journalistes du Washington Post,
Carl Bernstein et Bob Woodward, reprendront l’enquête à leur compte, de façon
minutieuse, aidés par un mystérieux informateur du FBI surnommé Deep Throat,
avec la ferme intention d’aller jusqu’au bout. Et "jusqu’au bout", ce sera, au terme
de deux années de mensonges, bataille médiatique et judiciaire, négations
présidentielles, tentatives de recours ou évitement, la démission du président Nixon. Il avait
essayé de nier avoir été au courant de l’opération. Mais il fut prouvé qu’il l’était.
Voilà que les Américains se rendent compte que leur président a menti. Le but
de l’opération qui a échoué n’était pas si grave en soi, puisqu’il s’agissait
simplement d’organiser des écoutes illégales des opposants politiques du président. Bien
sûr, on découvre en même temps l’existence de financements électoraux
malhonnêtes. Mais le fait que le président ose mentir en disant qu’il n’était pas au courant
d’une opération alors qu’il en était le commanditaire, et qu’en plus il fasse entrave
à la bonne marche de la justice, n’est pas admis par le peuple américain.
En conséquence, une procédure de destitution (impeachment) est entamée
contre lui, chose unique dans l’histoire du pays, ce qui l’obligera à démissionner
avant, pour ne pas subir la honte de la destitution. Nixon, qui a été réélu pour un
second mandant, en novembre 1972, va connaître la honte d’une triste fin politique.
Une commission d’enquête sénatoriale va se pencher très sérieusement sur les
activités illégales qui émanent de la Maison Blanche. Les jours de Richard Nixon à la
tête du pays sont comptés. Le 9 août 1974, le président Nixon démissionne et quitte
la Maison Blanche. Il sera remplacé son vice-président, Gerald Ford, qui dirigera le
pays jusqu’en 1976, date où sera élu le Démocrate Jimmy Carter.
Les conséquences négatives de la crise du Watergate, qui aura durée deux ans,
sont nombreuses. Le pays connaît alors une grave crise de confiance. Nixon a fait
du tort, incontestablement, à la fonction présidentielle. Mais au-delà, il a
occasionné un scandale, une perte de confiance du peuple américain envers ses dirigeants,
une crise morale. Des sénateurs, des députés commencent à dire qu’il y a quelque
chose à faire et veulent mettre en place des commissions d’enquête. S’il est établi
que le président et son équipe ont pu mentir effrontément sur cette affaire, qui dit
que ce n’est pas le cas depuis des années sur d’autres sujets également ? Il faut
ajouter à cela la crise de confiance née de l’affaire Kennedy où, après le procès
monté par Jim Garrison, des livres continuent d’être publiés, des articles écrits dans
les journaux. Dans les émissions de télévision, de plus en plus souvent, on entend
des intervenants faire part de leurs doutes. Trop de questions sont sans réponses. Le
doute généralisé s’amplifie.
Il faut faire quelque chose.
128


Chapitre II.
Les enquêtes officielles



1. La commission Rockefeller
En 1975, la crise de confiance des américains envers leurs dirigeants, qui vient
de subir un coup de fouet énorme avec l’affaire du Watergate, atteint des
proportions gigantesques. Il faut remédier à cette situation. Des questions sont posées. Il
faut leur donner des réponses.
Le président Gerald Ford, qui a succédé à Richard Nixon, met en place une
commission, appelée the President’s Commission on CIA Activities Within the
United States (la commission présidentielle sur les activités de la CIA à l’intérieur du
territoire des Etats-Unis), qui sera dirigée par le vice-président des Etats-Unis,
Nelson Rockefeller. Elle prendra son nom : la commission Rockefeller. Ses membres
seront : Lane Kirkland, C. Douglas Dillon, Erwin S. Griswald, Lyman L.
Lemnit105zer, Edgar F. Shannon Jr., John T. Connor, et Ronald Reagan . La CIA a été
accusée de mille maux, de nombreuses accusations ayant été lancées qui devaient
être vérifiées ; voici enfin une enquête officielle sur les méfaits de cette
organisation.
Les travaux de la commission Rockefeller commencent en mars 1975. Une
partie de l’enquête, et donc une section du rapport final, est consacrée à l’étude de la
possibilité de liens entre certains membres de la CIA et l’assassinat de Kennedy.
L’organisation a-t-elle participé à l’assassinat de Kennedy ? Le dénommé Robert
B. Olsen est chargé de diriger cette partie de l’enquête. Le sujet de l’autopsie de
JFK a donc été mis sur la table et analysé. Les documents (photos, radios, etc.) ont
été examinés par les experts appelés par la commission Rockefeller, un groupe
106d’experts indépendants, médecins spécialistes , qui fut spécialement constitué. Le
but était de savoir si oui ou non Kennedy avait été tué par un tir venant de devant
lui. Il fallait une explication au fait que sa tête partait en arrière. Leurs conclusions
furent unanimes, à savoir que le président fut touché à mort par deux balles
provenant de l’arrière, et que rien dans le dossier médical ne permettait de penser qu’une
balle ait pu provenir de toute autre direction. Concernant le mouvement vers
l’arrière de la tête du président, le groupe d’experts conclut qu’il n’était pas dû à un

105 Qui sera lui-même élu président des Etats-Unis en novembre 1980.
106 Werner U. Spitz, Richard Lindenberg, Fred Hodges, Robert R. McMeeken, Alfred
Olivier.
129 impact de balle, mais plutôt à une réaction neuromusculaire, peut-être couplée à un
"effet jet". Il fallait également répondre aux accusations que, sur deux agents de la
CIA, l’un pouvait être le tireur du tertre gazonné : soit Frank Sturgis, soit E.
Howard Hunt (dont les noms sont apparus lors de l’affaire du Watergate)
Les conclusions de la commission Rockefeller furent claires et nettes : le rejet
des accusations. Toutes les suppositions d’alternatives à la conclusion officielle
furent rejetées.
Le docteur Cyril Wecht a eu une opposition avec la commission Rockefeller.
Wecht a fait sa déposition pendant cinq heures, devant la commission Rockefeller,
donnant son opinion. Or, Wecht était connu pour ses critiques envers les
conclusions de la commission Warren, qu’il refusait d’admettre. Mais à l’issue de sa
déposition devant la commission Rockefeller, Wecht se plaignit que celle-ci avait
107déformé ses dires . En effet, dans son rapport, la commission avait déclaré
qu’aucun élément ni opinion d’expert médical n’avait été trouvé par elle pour
soutenir l’hypothèse d’un complot, faisant fi des déclarations de Wecht. Celui-ci lança
alors un défi ; qu’on rende publique la transcription de sa déposition, et si celle-ci
montrait d’une façon ou d’une autre qu’il avait changé d’avis, à propos du rapport
Warren, alors il la mangerait devant la Maison-Blanche. Mais il fallu attendre
plusieurs années avant de savoir le fin mot de l’histoire. En 1998, pendant la période
108d’existence de l’ARRB , Wecht reçut son fameux document.
Mais Wecht, qui à partir de 1975 se fit un critique acharné des conclusions de la
commission Rockefeller, n’eut jamais d’autre argument à présenter que sa
suspicion sur les membres du panel médical de la commission Rockefeller. En effet, il
doutait de leur impartialité. En mai 1975, dans un communiqué de presse, Wecht
affirma que tous les experts médicaux ayant servi la commission Rockefeller
avaient des liens avec le gouvernement. Mais les attaques ad hominem ne doivent
pas nous détourner. Seuls les arguments de ces messieurs, et non pas leurs
sympathies éventuelles envers Washington doivent nous guider. Mettre en doute les
conclusions de la commission Rockefeller, comme le fait Wecht, sur la base d’une
suspicion de mauvaise foi de ses experts n’est pas un raisonnement scientifique. Et
quand bien même ces messieurs, par leurs fonctions, aient été proches de l’appareil
d’Etat américain, cela ne fait pas d’eux des complices d’une conspiration. Ils ont
donné leur avis en se basant sur une étude poussée des éléments en présence, grâce
à leurs grandes connaissances. C’étaient des médecins spécialistes : ils ont donné
leurs avis de médecins spécialistes (médecin légiste, neuropathologiste,
neuroradiologue).

107 Lire le journal New York Times, 12 juin 1975.
108 Voir Cinquième partie – chapitre I – section 2.
130 2. The Church Committee
Juste après, une autre commission, cette fois-ci sénatoriale, se mit au travail1
pour enquêter en profondeur sur les agences de renseignements, en 1975-1976,
appelée : United States Senate Select Committee to Study Governmental
Operations with respect to Intelligence Activities. Elle fut appelée the Church Committee,
du nom de son président, le sénateur démocrate Franck Church. Outre celui-ci,
cette commission comptait dix membres : cinq républicains (John G. Tower,
Howard H. Baker, Barry Goldwater, Charles McC. Mathias, Richard Schweiker), et
cinq démocrates (Walter F. Mondale, Walter D. Huddleston, Gary Hart, Robert
Morgan, Phillip A. Hart).
Après les révélations faites dans la presse sur les activités illégales commises
par la CIA, certains membres du Congrès s’étaient inquiétés de savoir si le
Congrès, dans son ensemble, n’avait pas été un peu trop laxiste dans son rôle de
surveillance des activités des agences de renseignements américaines. Voilà
pourquoi ils souhaitaient y voir plus clair.
Le Church committee s’occupait des agences de renseignements en général, pas
du tout de l’assassinat de Kennedy en particulier. Mais ils consacrèrent une partie
de leurs recherches au fonctionnement des agences de renseignements dans le
cadre de l’enquête sur l’assassinat de Kennedy. Malgré les critiques qu’ils ne se sont
pas gênés de faire, on peut quand même dire qu’ils n’ont pas trouvé de signe d’une
participation à la moindre conspiration pour tuer John Kennedy.
3. Le HSCA
Ces commissions, si elles mettaient à jour des comportements répréhensibles de
la part des agences de renseignements, ne répondaient certainement pas à toutes les
questions qui se posaient sur l’assassinat de Kennedy. Il fallait aller au fond des
choses, et pour cela, on créa le HSCA.
Le HSCA, House Select Committee on Assassinations (commission
parlementaire de la chambre des représentants d’enquête sur les assassinats), établi en 1976,
était composée des membres suivants : Louis Stokes, Samuel L. Devine, Harold
Ford, Walter E. Fauntroy, Charles Thone, Robert W. Edgar, Christopher J. Dodd,
Richardson Preyer, Stewart B. McKinney, Floyd J. Fithian, Yvonne Braithwaite
Burke, et Harold S. Sawyer.
L’objectif de la commission, dès le départ, était clair : répondre aux questions
soulevées depuis quelques années, vérifier les accusations portées çà et là. La
commission a repris toute l’enquête, cette fois-ci en essayant, non pas de répondre
seulement aux éléments de 1963, mais à tous les points qui avaient été soulevés par
131 109les critiques jusqu’à ce moment là . Le HSCA a donné la parole à tous ceux qui
avaient étudié le dossier et prétendaient avoir réuni des preuves contre les
conclusions des enquêtes officielles. L’enquête a été faite de façon minutieuse, avec l’aide
d’experts.
Le HSCA a eu une durée de vie de trois ans (alors que la commission Warren
avait existé moins d’un an). C’est beaucoup. Et grâce aux progrès de la science et
aux progrès technologiques, le HSCA avait des moyens techniques dont ne pouvait
pas disposer la commission Warren. Le point fort, c’est que le HSCA avait toute
liberté d’enquêter sur n’importe quel aspect de l’affaire de l’assassinat de Kennedy.
Le HSCA va revoir les conclusions de la commission Warren, les analyser, en
allant plus loin grâce à des experts, la science, et des techniques d’analyse des
documents plus performantes. Ses conclusions sont attendues impatiemment par les
deux camps. D’abord par les tenants de la version officielle, qui se disent qu’on va
pouvoir enfin clouer le bec aux critiques, puisque la thèse du complot va se révéler
inexacte. Par les critiques également, puisqu’après la claque reçue par l’échec de
l’épisode Garrison, ils ont maintenant l’espoir qu’enfin les preuves du complot
vont être reconnues, et que le gouvernement va être obligé de l’admettre.
Le HSCA va s’attacher à étudier en profondeur, minutieusement, les points
sujets à controverse. Passons les principaux en revue :
1. Les photos d’Oswald dans son jardin. Les critiques de la première
génération, suivis par d’autres, ont soulevé le problème de l’authenticité des
photos d’Oswald. On voit Oswald avec un fusil dans son jardin. En plus de
son fusil, il a dans la main des journaux communistes, et son pistolet à la
110ceinture . Cela, en soi, n’est pas une preuve de sa culpabilité, mais cela a
permis de montrer le fusil qui a été utilisé pour tuer Kennedy, et surtout
qu’Oswald était violent. Ce fut un point de controverse. Oswald lui-même
en a contesté l’authenticité, lors de son interrogatoire, après que ces photos
furent retrouvées dans le garage des Paine, proclamant qu’on avait
superposé sa tête sur le corps d’un autre homme. La contestation a fait rage dans
les années 1960/70. Parmi les arguments, certains auteurs soulignaient que
l’ombre du nez ne correspondait pas à l’ombre du corps, ou que le menton
semblait ne pas être celui d’Oswald. Pour les critiques, il n’y a aucun
doute : les photos sont truquées. Cette affirmation nous conduit à une dou-

109 L’influence des critiques avait récemment trouvé son point culminant avec la diffusion,
pour la première fois, du film de Zapruder à la télévision américaine, en mars 1975, sur la
chaîne ABC, dans le programme "Goodnight America", présenté par Geraldo Rivera.
C’était une copie appartenant à Robert Groden, un critique du rapport Warren, qui fut
visionnée (cette diffusion le fut sans l’autorisation des détenteurs des droits du film, le
magazine Life, ni par la famille Zapruder). Robert Groden put, à loisir, marteler sans
débatteur son argument-choc, à savoir le mouvement de la tête de Kennedy au moment de
l’impact de la balle fatale, signe d’un tir venant, d’après lui, de devant le président.
110 Voir la section « images » en fin d’ouvrage.
132 ble réflexion. Soit elles sont effectivement truquées, ce qui signifie qu’il y
a eu un complot de grande envergure, avec préméditation, préparations,
grands moyens, et complicités parmi les gens bien placés, notamment dans
la police de Dallas. Ou soit elles ne sont pas truquées du tout, ce qui
signifie que le travail des critiques est bâclé, de mauvaise qualité, et qu’on peut
douter de leur compétence à analyser de tels documents, et par voie de
conséquence de la valeur de leurs autres recherches.
La réponse du HSCA. Plus de vingt experts étudièrent les photos et,
à l’unanimité, les déclarèrent authentiques. On notera avec intérêt
l’épisode qui vit l’auteur critique Jack White, qui prétendait que les
photos d’Oswald étaient truquées, aux prises avec les experts du
HSCA. Il fut interrogé par le comité, en présence de véritables
spécialistes de la question. On lui demanda s’il savait ce qu’était la
photogrammétrie. Non, il ne savait pas. La photogrammétrie est une
technique qui consiste à faire des calculs de distance en trois
dimensions sur des photos. Alors les experts expliquèrent à Jack White la
technique qu’ils utilisent et lui montrèrent que les photos n’étaient pas
truquées. On peut souligner, ici, la différence entre les accusations
lancées par des auteurs critiques sans compétences d’une part, et les
réponses des véritables experts d’autre part. Les conclusions des
spécialistes seront les suivantes : aucun élément des photos étudiées
(grain de la photo, papier, etc.) n’offre le moindre doute au caractère
authentique des photos. C’est un coup très dur porté aux critiques :
111une partie importante de leur argumentaire tombe à l’eau.
2. Les photos et radios de l’autopsie. Les critiques du rapport Warren
commençaient à bâtir des théories porteuses d’accusations fortes. Ils écrivaient,
entre autres, soit que les documents de l’autopsie montraient un autre corps
que celui de Kennedy, soit qu’ils avaient été modifiés.
La réponse du HSCA. Le HSCA a essayé de savoir, d’abord si ces
documents étaient authentiques, si c’était bien Kennedy qu’on voyait,
et ensuite ce qu’ils montraient réellement, relativement aux blessures.
Inutile de dire que ce fut de la façon la plus professionnelle et la plus
compétente que le comité se pencha sur la question. Les consultants
appelés par le HSCA étaient les meilleurs spécialistes de leur domaine
aux Etats-Unis. Leurs conclusions furent unanimes et nettes : les
radios et photos de l’autopsie étaient authentiques, elles avaient bien été

111 Pour en savoir plus, lire les explications fournies par le HSCA dans ses volumes
supplémentaires (en l’occurrence le volume VI), à l’adresse Internet
http://mcadams.posc.mu.edu/photos.txt
133
??prises au moment de l’autopsie, et elles montraient bien John F.
Ken112nedy .
3. La question médicale, et les conclusions de l’autopsie. Cette question était
sans doute déjà la plus discutée parmi les critiques de l’époque. Rien n’a
été contesté autant que l’autopsie elle-même, et les conclusions de son
rapport.
La réponse du HSCA. Avant d’aborder la réponse du HSCA, il faut
rappeler que depuis l’autopsie de Kennedy, les radios et photos de
l’autopsie avaient été vues à trois reprises, par des équipes différentes.
En janvier 1967, les trois médecins ayant pratiqué l’autopsie (les
docteurs Humes, Finck et Boswell), se rendirent aux Archives Nationales
pour examiner en détail les radios et photos de l’autopsie, pour vérifier
si elles correspondaient bien avec les conclusions du rapport
113d’autopsie . En 1968, une équipe de médecins légistes, mise en place
par le ministre de la justice d’alors, Ramsey Clark, avait eu accès aux
114documents de l’autopsie pour les examiner . En 1975, les
spécialistes appelés par la commission Rockefeller eurent, eux-aussi,
l’occasion de voir et étudier en profondeur ces documents. À chaque
fois, les conclusion de ces équipes de spécialistes médicaux
indépendants avaient été les mêmes, à savoir qu’elles montraient bien que
Kennedy avait été touché par deux balles distinctes, venant toutes les
deux de l’arrière : une fois en haut du dos, et une fois dans la tête. Les
conclusions de l’autopsie étaient donc confirmées. La conclusion du
HSCA, après étude minutieuse par une équipe de neuf grands
spécia115listes médicaux , fut… la même ! En clair, au contraire des
suspicions sans aucun fondement des auteurs critiques, qui n’avaient
pas de connaissance particulière en médecine, et qui n’avaient pas vu
les documents de l’autopsie, tous les spécialistes, sans aucune
exception, qui ont vu ces documents, et qui savent les analyser, ont conclu
qu’ils étaient authentiques, et qu’ils confirmaient les conclusions de
l’autopsie. On ne peut pas être plus clair.

À propos de ce qui est arrivé au cerveau de Kennedy, on sait qu’il a disparu et il
n’est pas aux Archives Nationales. Or il a bien été observé et pesé lors de

112 Le lecteur désireux de savoir quelles procédures furent suivies par ces experts pour
arriver à ces conclusions, lira avec intérêt les explications fournies par le HSCA dans ses
volumes supplémentaires (en l’occurrence le volume VI), à l’adresse Internet :
http://mcadams.posc.mu.edu/autopsy2.txt
113 Voir annexe n°15.
114 Voir annexe n°16.
115 On peut lire leurs descriptions, explications et conclusions à l’adresse :
http://www.archives.gov/research/jfk/select-committee-report/part-1a.html
134
?116l’autopsie, puisque l’on a à disposition un rapport d’autopsie supplémentaire
indiquant, entre autres, le poids du cerveau. Alors, où était il, maintenant ? Est ce
que ce sont les membres de la conspiration qui l’ont fait disparaître, comme le
proclament certains critiques, parce qu’il pouvait porter la trace d’un tir non décrit
117dans le rapport d’autopsie ? La réponse a été donnée par le HSCA .
Concernant le HSCA et son organisation, il y aura des critiques, internes
comme externes, sur le déroulement de l’enquête, à cause notamment des données
politiques. Des conflits existent au niveau de la direction du comité. Les crédits
manquent : il faudra terminer plus vite parce que cela coûte trop cher. Malgré tous
ces aléas, le HSCA avance, et fait surtout du bon travail.
Les critiques du rapport Warren vont se rendre compte, au fil des mois, et au gré
des fuites, que les conclusions du HSCA vont vers la confirmation de la thèse
officielle, à savoir la culpabilité d’Oswald. C’en est fini de leurs théories.
On ne peut aborder le sujet du HSCA sans s’arrêter sur un de ses enquêteurs,
Gaeton Fonzi, chargé du dossier des Cubains anticastristes, qui est aujourd’hui un
défenseur de la théorie du complot et auteur d’un livre qui relate son expérience
118dans une vision complotiste de l’affaire .
Introduisons ici cette "histoire dans l’histoire" de l’affaire Kennedy (parmi tant
d’autres). Antonio Veciana était un Cubain anticastriste, réfugié en Floride (à la
prise du pouvoir par Castro à Cuba, en 1959, une forte communauté de Cubains
sont venus se réfugier en Floride). Décidé à renverser le régime de Castro pour
retourner à Cuba, Veciana avait créé un groupe anticastriste radical, appelé Alpha
66. Antonio Veciana a déclaré beaucoup de choses, au cours de son existence.
D’abord, il a dit qu’un agent de la CIA avait travaillé avec lui pendant treize ans.
Veciana déclara également avoir vu Lee Oswald en compagnie de cet agent, à
Dallas, en août 1963. Cet agent mystérieux de la CIA, d’après Veciana, se faisait
119appeler "Maurice Bishop". L’idée a été émise , puis souvent relayée, que le
mystérieux "Maurice Bishop" aurait pu être David Atlee Phillips, un véritable membre
de la CIA, responsable, à l’époque, des opérations cubaines à la station de Mexico
City.
Que penser de tout cela ? Deux choses sont sûres. Premièrement, Antonio
Veciana n’a jamais pu prouver ses dires, car il n’avait aucun élément concret, aucune
trace physique de l’existence de ce "Maurice Bishop", à présenter. Et
deuxièmement, David Atlee Phillips a toujours nié avoir été ce "Maurice Bishop", et il a
attaqué en justice toute personne (journaliste ou auteur critique) qui prétendait le
contraire.
Enfin, et surtout, il faut savoir que Gaeton Fonzi, dans le cadre de son travail
pour le HSCA, a beaucoup côtoyé Antonio Veciana. Lors d’une conférence, en

116 Voir le Supplementary report of autopsy number A63-272 President John F. Kennedy,
dans le rapport Warren, en appendice, page 544 de l’édition Longmeadow Press, 1992.
117 Lire volume 7, partie 3 : "Subsequent history of materials".
118 Lire Gaeton Fonzi, The last investigation, Thunder’s Mouth Press, 1994.
119 D’abord par le sénateur Richard Schweiker.
135 septembre 1976, dans la ville de Reston, Veciana a rencontré David Atlee Phillips,
en présence de Gaeton Fonzi. Les deux hommes ne se connaissaient pas. Phillips a
déclaré devant le HSCA qu’il n’avait jamais vu Veciana auparavant. De même,
Veciana déclara que Phillips n’était pas "Bishop". Alors, affaire résolue ? Pas pour
Fonzi, qui a continué de croire, malgré les déclarations des deux hommes, que
Phillips était bien "Bishop".
Ed Dolan, ancien militaire ayant une bonne connaissance du monde des
renseignements, a connu personnellement David Atlee Phillips ; ils étaient amis. Il
120déclare donc bien connaître ce que disait Phillips de Gaeton Fonzi , et aussi ce
qu’en disaient les gens qui travaillaient avec lui. Il défend David Atlee Phillips et
confirme que celui-ci n’est pas "Maurice Bishop". Dolan ajoute que Fonzi était
déjà convaincu d’une conspiration avant même de commencer son enquête. Dans
son livre, Fonzi écrit que le gouvernement américain ne sait pas ce qui s’est passé :
"A President of the United States was assassinated three decades ago and our
Go121vernment still tells us it doesn’t know what really happened " (traduction par
l’auteur F.Carlier. : « Un président des Etats-Unis fut assassiné il y a trois
décennies, et notre gouvernement continue de nous dire qu’il ne sait pas ce qui s’est
passé »). C’est faux. Le gouvernement américain sait très bien ce qui s’est passé, et
le répète depuis le premier jour, sans ambiguïté, à savoir que Lee Oswald, seul, a
tiré sur John Kennedy depuis le cinquième étage du dépôt de livres scolaires, et l’a
tué. Fonzi dit également que pour le gouvernement américain, le complot ne fait
pas de doute. Mais il ne présente pas les choses honnêtement : c’est peu honnête,
en effet, de présenter les choses comme ça, surtout de la part d’un ancien enquêteur
pour le HSCA. Mais Fonzi va encore plus loin, indiquant clairement que :
"There is also a preponderance of evidence that indicates Lee Harvey Oswald
had an association with a U.S. Government agency, perhaps more than one, but
undoubtedly with the Central Intelligence Agency.
…’Maurice Bishop‘ was David Atlee Phillips. I state that unequivocally, although
Veciana cannot officially identify him publicly as such. In addition to the
abundance of evidence detailed in this book which unerringly points to Phillips being
Bishop, believe me, I know that he was.
…David Atlee Phillips played a key role in the conspiracy to assassinate
President Kennedy. I don’t embrace the assumption that Phillips’s relationship to
122
Oswald may have been extraneous to any conspiratorial role ".
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Il existe également une prépondérance
de témoignages qui indiquent que Lee Harvey Oswald était associé à une agence
du gouvernement américain, peut-être plus d’une, mais indubitablement à la
C.I.A ;

120 Réponse de Ed Dolan (Ed Dolan 74030, 3022) à l’auteur François Carlier (ZEC,
113654, 1760) par messagerie e-mail privée sur Compuserve, le 7 aout 1998 – message
n°921701.
121 Cf. Gaeton Fonzi, op. cit., page XV
122 op. cit., page 408/409, "The last note".
136
?…"Maurice Bishop" était David Atlee Phillips. Je déclare cela sans équivoque,
bien que Veciana ne puisse pas l’identifier comme étant vraiment lui. En plus de
l’abondance de preuves exposées en détails dans ce livre, qui désignent Phillips
comme étant Bishop d’une manière infaillible, croyez-moi, je sais que c’était lui.
…David Atlee Phillips a joué un rôle-clé dans la conspiration pour assassiner le
président Kennedy. Je ne rejoins pas l’hypothèse selon laquelle la relation entre
Phillips et Oswald ait pu être sans rapport avec toute conspiration. »
Fonzi déclare donc autoritairement que : 1. Lee Oswald était sans nul doute lié à
la CIA, 2. "Maurice Bishop" était David Phillips, 3. David Phillips a joué un rôle
dans le complot pour assassiner Kennedy. Or, tout cela est faux, ou, à tout le
moins, n’a jamais été prouvé par qui que ce soit, et pas la moindre preuve n’a été
apportée à ce jour.
Il n’existe pas de trace d’un lien quelconque de la CIA avec Oswald, qui, si on y
réfléchit un peu, n’avait pas les caractéristiques intéressantes pour un service de
renseignements : Oswald n’avait pas fait d’études, était dyslexique, et avait même
fait de la prison à l’armée et avait subi un renvoi à la vie civile pour manquement à
123l’honneur . En ce qui concerne Antonio Veciana, rappelons quand même – et on
retrouve cela même dans le livre de Fonzi – que dans des conditions optimales,
c’est-à-dire dans une réunion privée, sans policier ni témoin autour, n’a pas réussi à
identifier Phillips comme étant "Bishop". Il a même ensuite nié qu’il puisse être
Bishop. Si ça n’est pas significatif, rien ne peut l’être. Enfin, Phillips a toujours nié
avoir rencontré Oswald, et Ed Dolan le confirme, répétant les déclarations de son
ami. Phillips a encore moins participé à un quelconque complot pour assassiner
Kennedy. Ce ne sont là que des accusations très graves lancées par Fonzi, mais
étayées par rien. Même le livre de Fonzi est vide de toute preuve.
Ed Dolan rappelle que Veciana est peu sûr. Par exemple, il est la seule et unique
source indiquant que "Bishop"/Phillips (!) ait rencontré Oswald à Dallas. On sait
qu’Oswald était encore à La Nouvelle-Orléans en août et septembre 1963, avant de
se rendre à Mexico à la fin de septembre, et être de retour, définitivement, à Dallas
le 3 octobre 1963. Or, Veciana a changé la date de son récit, pour la mettre à la
miseptembre. Sans avoir à rappeler qu’on n’a aucune trace de la présence de Veciana
à Dallas à cette époque, notons tout de même que dans le livre The man who knew
too much de Dick Russel, Veciana est cité, clairement, comme indiquant que c’est
124au mois d’août qu’il a vu Oswald à Dallas .
Les documents du HSCA furent placés aux Archives pour cinquante ans. C’est
la procédure normale, pas seulement pour l’assassinat de Kennedy. C’est de la
routine, pour tous les documents du Congrès. Il était donc prévu qu’ils soient
rendus publics pour l’année 2029 (soit 1979 + 50). On verra qu’en fait, vingt ans plus

123 Traduction du terme : dishonorable discharge.
124 Lire le livre de Dick Russell, The man who knew too much, Carrroll & Graf, 2003, page
268.
137 tard, à la suite de la sortie du film JFK, d’Oliver Stone, tous ces documents seront
mis à la disposition du public.
"Le bouleversement de la onzième heure."
Tout le travail du HSCA confirme les conclusions auxquelles la commission
Warren avait abouti, à savoir que c’est bien le fusil d’Oswald qui a été l’arme du
crime, que les tirs ayant touché le président venaient bien de derrière, que les radios
de l’autopsie sont authentiques, que les photos d’Oswald dans son jardin sont
authentiques aussi, etc. Sauf que dans les dernières semaines, une découverte va tout
bouleverser.
L’idée fut soumise au HSCA par certaines personnes, dont Gary Mack, un
chercheur sur l’assassinat de Kennedy, que peut-être la séquence de tirs avait pu être
enregistrée en audio sur les bandes du dictabelt de la police de Dallas (le système
125de radio interne utilisé par le DPD pour communiquer entre eux). On dispose en
effet des enregistrements des conversations ayant été échangées entre les membres
de la police de Dallas pendant la traversée du cortège présidentiel dans la ville. Si
un micro d’une des motos a enregistré les sons dans Dealey Plaza, il existe une
possibilité que l’on entende les tirs. Cette piste mérite d’être creusée.
Le HSCA va faire étudier cet enregistrement en laboratoire par des
scientifiques, afin de déterminer où se trouvait la moto au moment de l’enregistrement, à
quel moment les bruits ont eu lieu, et à quoi ils peuvent correspondre. Les tests
sont effectués sur Dealey Plaza (avec essais de reconstitution des tirs), et la
conclusion ne se fait pas attendre : la bande a été enregistrée à partir du micro d’une des
motos du cortège présidentiel, et l’on entend quatre coups de feu, avec une
certitude de 95 %, d’après les scientifiques.
Cela change tout. Oswald a tiré trois coups de feu. Il n’a pas eu le temps
matériel d’en tirer davantage. C’est le socle du rapport Warren. Les examens faits par le
HSCA le confirment. Si vraiment on entend quatre coups de feu sur la bande, c’est
que l’un d’entre eux a été tiré par une autre personne qu’Oswald. Celui-ci aurait
donc eu un complice ; il y aurait eu deux tireurs. D’après le HSCA, les sons
entendus dans l’enregistrement indiqueraient que l’un des coups de feu proviendrait de
derrière la barrière en bois.
Mais on est à la fin de l’enquête et les crédits sont épuisés. Dans son rapport
final, le HSCA ne remet pas en cause tout ce qui a été découvert durant ses travaux.
Oswald reste bien l’assassin de Kennedy. Fondamentalement, la version des faits
lue dans le rapport Warren reste valable. Mais il faut y ajouter un deuxième tireur,
positionné derrière la barrière en bois, qui tire une fois, mais dont le tir rate la
limousine, et qui donc n’a eu aucun effet. Cela ne change rien à la séquence des tirs
et le déroulement de l’assassinat, mais cela change tout en ce qui concerne
l’existence d’une conspiration.
Voici donc ce qu’on peut lire dans les conclusions du HSCA :

125 Voir Septième partie – chapitre II – section 4 : "La question acoustique".
138 "The Committee believes, on the basis of the evidence available to it, that
President John F. Kennedy was probably assassinated as a result of a conspiracy.
The Committee is unable to identify the other gunman or the extent of the
con126spiracy."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Sur la base des preuves qu’il a à sa
disposition, le comité croit que l’assassinat du président Kennedy a probablement
été le résultat d’une conspiration. Le comité n’est pas en mesure d’identifier
l’autre tireur, ni l’étendue de cette conspiration. »
Les critiques du rapport Warren retrouvent une nouvelle jeunesse. Dorénavant,
ils vont se baser sur cette phrase ("probabilité de complot") pour aller proclamer, à
qui voudra l’entendre, qu’officiellement il est maintenant admis qu’il y a bien eu
complot. Ils en font une victoire pour eux. Il se focalisent sur ce mot précis. Mais
c’est malhonnête de leur part, car cela cache le fait que toutes leurs théories et
suppositions ont été mises à bas par les travaux d’analyses et d’expertises du HSCA.
Seul cet enregistrement, trouvé au dernier moment, permet, par le bruit de quatre
coups de feu, de spéculer sur un deuxième tireur qui, de toute façon, aurait raté sa
cible. Rien d’autre ne vient étayer cette proposition. Et l’obligation pour ce
deuxième tireur éventuel d’avoir raté son tir montre bien que rien dans les éléments
qu’on avait, mis à jour par la commission Warren – rapport d’autopsie, balistique,
conclusions sur Oswald, etc. – ne peut être remis en cause. À ce titre, les critiques
ont en réalité perdu. Tous leurs arguments ont été réfutés, toutes leurs accusations
rejetées. Mais leur attitude, dorénavant, sera de s’appuyer sur cette phrase ambiguë
des conclusions du HSCA – phrase qui ne répond à rien – pour prétendre avoir
toujours eu raison de crier au complot, et que celui-ci est maintenant reconnu par
les autorités.
Mais les conclusions hâtives du HSCA sur cet enregistrement sont-elles
valables, finalement ? Il faut vraiment y voir plus clair. Mais le HSCA ayant atteint sa
durée de vie, le dossier sera transmis afin que l’académie des sciences fasse une
127enquête approfondie à son tour .
Nous voilà donc à la fin des années 1970 et la porte n’est toujours pas fermée.
Alors que le HSCA avait pour mission de répondre à toutes les questions, afin de
faire taire la controverse, voilà qu’il ouvre une porte en conclusion de ses travaux.
Tout cela n’est pas satisfaisant.
On ne le dira jamais assez, il est recommandé au lecteur de lire le rapport du
HSCA. Ils ont fait une étude exhaustive, poussée, scientifique, des points que les
critiques ont pu avancer dans les années qui ont précédé. Et ils ont donné les
réponses. C’est la source objective, la réponse définitive aux théories des critiques,
réduites en miettes à l’issu de ces vérifications.

126 Le rapport complet du HCA est disponible sur Internet, sur le site des Archives
Nationales américaines (NARA), à l’adresse :
http://www.archives.gov/research/jfk/selectcommittee-report
127 Voir Quatrième partie – chapitre II – section 1 : "Le gouvernement".
139
?Quoique l’épisode raté de la question acoustique ait pu avoir comme dégâts sur
128l’ensemble des conclusions du HSCA , il nous faut, en toute honnêteté, ne pas en
faire l’arbre qui cache la forêt. Au final, il nous faut faire le bilan de tout ce que le
HSCA, grâce à ses tests poussés, ses vérifications minutieuses, les interventions
des nombreux experts qu’il a appelés, a déterminé dans l’assassinat de Kennedy.
Ces résultats et conclusions, argumentées, prouvées, sont des certitudes :
- Le président Kennedy fut frappé par deux tirs venant de derrière lui.
- Lee Oswald a tiré trois fois. Le deuxième et le troisième tirs touchèrent le
président Kennedy
- Ces tirs venaient de la fenêtre la plus à l’est du cinquième étage du dépôt
de livres.
129- Ces tirs ont été effectués avec le fusil de Lee Oswald .
Ainsi, tout le travail du HSCA a servi à avancer dans cette affaire. C’est un
véritable tournant dans l’histoire du débat sur l’assassinat de Kennedy. Auparavant, des
auteurs critiques avaient émis des doutes sur les conclusions des enquêtes
officielles. Le HSCA, par son étude approfondie et professionnelle, a répondu aux
questions. Son travail a prouvé que le doute n’était plus permis. L’authenticité des
documents doit être considérée comme acquise.
Dorénavant, le citoyen a le choix entre deux attitudes : admettre les faits, ou
refuser, envers et contre tout, par pure idéologie, de croire à la vérité, et de continuer
130à prétendre le contraire, ce qui revient à désinformer le public . Cette attitude,
condamnable, sera celle de plusieurs individus, accrochés à des chimères. Je les
appelle : "les complotistes".

128 On se rendra vite compte que cette question acoustique a été un coup d’épée dans l’eau.
La bande sonore n’était pas du tout un enregistrement des coups de feu. Voir : Septième
partie – chapitre II – section 4 : "La question acoustique"
129 Ce texte est une traduction paraphrasée d’un extrait des conclusions du HSCA. Pour lire
le texte original en entier, voir cette page Internet :
http://www.history-matters.com/archive/jfk/hsca/report/html/HSCA_Report_0005a.htm
130 Prenons le cas de Robert Groden, qui n’était pas satisfait par les conclusions du HSCA
concernant l’authenticité des radios de l’autopsie. Groden, encore persuadé du contraire, a
voulu les faire tester de nouveau, en 1981, sous l’égide du journal Boston Globe, qui fit
appel à un nouvel expert. Verdict ? Authenticité ! Pauvre Groden… Voir l’article du Boston
Globe, reproduit à l’adresse Internet :
http://mcadams.posc.mu.edu/autopsy1.txt
140



















Quatrième partie :
Les années 80



Chapitre I.
Les critiques



1. David Lifton
En 1981 sort en librairie le livre de David Lifton, Best evidence. C’est un gros
succès, en termes de ventes. Ce livre introduit une nouvelle théorie du complot
complètement folle, dépassant tout ce qui avait été écrit auparavant. Résumons-là
en quelques mots. Lifton part de la constatation qu’il fait que les blessures du corps
de Kennedy, telles que décrites à Parkland, sont différentes de celles telles que
décrites à Bethesda. Il pense que les premières montrent que le tireur était placé
devant le président, alors que les deuxièmes, en conformité avec le rapport
d’autopsie, montrent que le président a été tué par derrière. Si pour certains
complotistes, qui font les mêmes constations erronées que lui, cela signifie que les
médecins ont menti, Lifton ne peut pas croire à cette éventualité. Lui, il a une
meilleure idée : ce ne sont pas les médecins qui ont menti, c’est le cadavre de Kennedy
lui-même qui a été modifié, secrètement, entre Dallas et Washington (des
conspirateurs ont modifié les blessures). Lifton affirme que les tirs ayant tué Kennedy
venaient de face (un tireur placé devant la limousine), mais qu’on a pu faire
accuser Lee Oswald, placé derrière, grâce à la transformation des blessures du corps du
président, transformation qui a trompé les médecins légistes. Cette thèse est
stupéfiante ! Analysons-la en détails :
David Lifton, l’auteur, est un cas à lui tout seul. C’était un étudiant à
l’université de UCLA qui travaillait sur le programme Apollo, voulu par John
Kennedy, dont le but était d’envoyer un homme sur la lune. La mort de Kennedy
ne l’avait intéressé que modérément. Un jour, il a assisté à une conférence de Mark
Lane à New York, que ses parents lui avaient offert à l’occasion de son
anniversaire. Il fut intrigué et voulut se pencher sur la question, et du jour au lendemain, sa
vie a basculé et il a consacré sa vie entièrement à l’étude de l’affaire Kennedy et
n’a rien fait d’autre. Il s’est penché plus particulièrement sur l’aspect médical, sur
les différences entre les déclarations des médecins de l’hôpital Parkland à Dallas et
celles des médecins de l’hôpital de Bethesda à Washington. Il constate que la
description des blessures à Dallas n’est pas la même qu’à Washington, il va donc
enquêter, mais d’une façon très minutieuse, il va vraiment approfondir les choses.
En étudiant le témoignage de chacun des acteurs, il va mettre en lumière des
différences irréconciliables. Pour Lifton, le fait que la description des blessures du corps
de Kennedy soit différente entre les équipes médicales de Dallas et Washington
143 exige une explication. Les docteurs ont-ils menti ? C’est la thèse des premiers
critiques comme Mark Lane ou Harold Weisberg. Cela pourrait être une explication,
mais Lifton ne pense pas qu’il soit à ce point possible que des médecins aient pu
mentir à une commission d’enquête présidentielle. Lifton trouve une autre
possibilité. Il va annoncer quelque chose d’incroyable. Son idée est que c’est le corps de
Kennedy qui a changé entre Dallas et Bethesda. "Quelqu’un" a modifié les
blessures et retiré les balles pendant le transfert du corps du président. Pour Lifton, "ce ne
sont pas les médecins qui ont menti aux enquêteurs, mais le corps qui a menti aux
docteurs".
Quels sont les éléments que présente David Lifton ? Selon lui, à Dallas les
médecins ont dit que la blessure à la tête est petite, de la taille d’un œuf, alors qu’à
Washington les médecins l’ont décrite plus grosse, de la taille d’une pomme, soit
trois à quatre fois plus grosse. À Dallas on dit que les blessures viennent de devant,
à Washington on dit que les blessures viennent de derrière. À Dallas, on dit que le
corps de Kennedy a été mis dans un cercueil en bronze lourd (on le voit sur les
images de la télévision et sur les photos), alors qu’à Washington, d’après la
description d’anciens membres du personnel de Bethesda interrogés par Lifton (par
exemple, un certain Dennis David), le corps de Kennedy arrive dans un cercueil en
métal gris. Lifton va ainsi découvrir des tas de différences qui sembleront
confirmer sa thèse. Thèse qui lui est propre, qu’il a trouvée seul et que lui seul croit, à
tort ou à raison. Pour lui, le corps a été maquillé, les blessures transformées. Le but
d’une telle manœuvre hautement lugubre et sordide ? Tuer Kennedy par devant (la
butte gazonnée) pour l’efficacité, mais faire croire à la culpabilité d’Oswald en
modifiant les blessures afin qu’elles semblent aux médecins légistes avoir été
causées par des tirs provenant de l’arrière du président.
Cette thèse est osée, mais Lifton y a travaillé pendant quinze ans. Il a retrouvé
beaucoup de témoins, fait une enquête très poussée dans le domaine médical,
épluché de très nombreux documents techniques. Son travail sera convaincant. La
lecture de son livre ne peut que troubler et déstabiliser son lecteur. On doit
reconnaître que Lifton ne dit rien au hasard ; quand il dit quelque chose, cela a été
réfléchi, soupesé, argumenté. Lifton connaît un grand succès avec son livre, passe à
la télé, fait des conférences. Il devient ainsi l’un des plus célèbres
critiques/complotistes.
La thèse de Lifton se base sur deux pistes : d’abord, les descriptions divergentes
des blessures entre Parkland et Bethesda, et ensuite, pour soutenir cette première
piste, des éléments qui montrent que les conditions dans lesquelles le corps du
défunt président est parti de Dallas divergent des conditions dans lesquelles il est
arrivé à Bethesda. Lifton a retrouvé des témoins dont les récits présentent des
disparités indéniables.
Soyons plus précis. David Lifton, dans son enquête, fera un travail remarquable
de recherche de témoins, qu’il prit la peine, à chaque fois, d’interroger longuement,
très souvent en enregistrant la conversation. Et indéniablement, il a trouvé des
conflits entre les souvenirs des uns et ceux des autres. Juste avant la parution de son
144 livre, il ira même jusqu’à filmer les interviews de quelques témoins dont les récits
131sont les plus frappants et notables .
Voici, par exemple, ce que dit Aubrey Rike (Parkland, Dallas) :
Lifton : "Could you please describe the coffin into which you put the body of the
president ?"
Rike : "It was a bronze metal coffin, a dark bronze coffin with light bronze handles
132on it. It was a very nice expensive type casket.
Traduction (par l’auteur F. Carlier) :
Lifton : « Pourriez-vous, s’il vous plaît, décrire le cercueil dans lequel vous avez
mis le cadavre du président ?
Rike – C’était un cercueil en métal de couleur bronze, un cercueil de couleur
bronze foncé, avec dessus des poignées de couleur bronze clair. C’était un très
beau cercueil, du genre dispendieux »
La version de Paul O’Connor (Bethesda) est fort différente :
Lifton : "When President Kennedy’s body was brought to the morgue, what type
of casket was it in?"
O’Connor : " It was a typical, what I call a typical, pinkish gray shipping casket, a
type of casket that they use to ship bodies from one part of the country to the
133
other. Just a plain casket, I would say a cheap casket."
Traduction (par l’auteur F. Carlier) :
Lifton : « Quand le cadavre du président Kennedy fut apporté à la morgue, dans
quel genre de cercueil était-il ?
O’Connor – C’était un cercueil typique, ce que j’appelle un cercueil de transport,
gris rosâtre, assez typique, le genre de cercueil qu’on utilise pour transporter les
cadavres, d’une région du pays à une autre. Juste un simple cercueil, je dirais un
134cercueil bon marché »
La description du cercueil par Dennis David, qui était à Bethesda, correspond à
celle de Paul O’Connor. Mais si les descriptions du cercueil différent entre
Parkland et Bethesda, ce n’est pas tout. Les descriptions divergent également sur
d’autres points, notamment la façon dont on avait entouré le corps froid de
Kennedy. Si, à Dallas, Aubrey Rike indique avoir entouré la tête du président avec des
serviettes pour absorber le sang, par contre, à Bethesda, Paul O’Connor est certain
de se souvenir que JFK était dans un sac dans lequel on transporte les cadavres sur

131 Best evidence, the research video, David Lifton, Rhino Home Video, 1980, 1990. Cette
vidéo de 29 minutes est fortement conseillée pour comprendre la thèse de David Lifton. On
y voit, en direct, des témoins donner des récits qui se contredisent, et Lifton en extraite sa
thèse qu’il expose clairement.
132 Ibid.
133 Ibid.
134 On notera ici que les mots "coffin" et "casket" sont utilisés indifféremment pour signifier
"cercueil".
145
??les champs de bataille, ce que nie Aubrey Rike. Nous verrons, plus loin, ce qu’il y
a lieu de penser de tout cela.
Dans sa cassette vidéo, Lifton résume l’essentiel de sa thèse en une phrase :
Between the Dallas shooting and the Bethesda autopsy six hours later, President
Kennedy’s body was secretly removed from the casket. It was then surgically
changed. Wounds were altered. Bullets were removed. The body was returned in
time for the autopsy – returned as a medical forgery which told a false story of the
135
shooting.
Traduction (par l’auteur F. Carlier) : « Entre la fusillade de Dallas et l’autopsie
de Bethesda, six heures plus tard, le cadavre du président Kennedy fut
secrètement retiré de son cercueil. Il fut ensuite chirurgicalement modifié. Des blessures
furent transformées. Des balles furent enlevées. Le cadavre fut retourné à temps
pour l’autopsie – renvoyé en tant que contrefaçon médicale, qui racontait une
fausse histoire de la fusillade. »
On peut qualifier le travail de Lifton d’honnête : il a fait ce qu’il avait dit. Sa
thèse avance que le corps du président a été enlevé de son cercueil subrepticement,
avant l’arrivée à Washington. L’implication est que lorsque Robert Kennedy, à la
base aérienne d’Andrews, se présente à l’arrivée de l’avion Air Force One pour
réceptionner le corps de son frère, puis qu’il monte dans l’avion pour lui faire une
haie d’honneur et pour descendre avec le cercueil en compagnie de Jacqueline
Kennedy, le cercueil est vide ! C’est une idée folle, mais qui semble étayée, voire
démontrée par Lifton.
Bien sûr, le lecteur s’en doute déjà, cette théorie est fausse. Rejetée par les faits,
tout comme par la logique, elle ne résiste pas au premier examen. Comme souvent
dans ce genre de thèse, pour réussir à "démontrer" ce qu’il avance, David Lifton a
eu recours, massivement, à une sélection de témoignages, comme nous le verrons.
Aujourd’hui presque plus personne n’adhère à sa thèse, même parmi les
adversaires de la version officielle. Parmi les critiques/complotistes les plus connus,
nombreux sont ceux qui rejettent la théorie de Lifton : Antony Marsh, Robert
Groden, Harold Weisberg, Cyril Wecht, Michael Kurtz, etc. Pourquoi ? On peut se
poser la question. Ces chercheurs ont pourtant écouté les arguments de Lifton, mais
ils rejettent sa théorie complètement. Si Lifton a raison, pourquoi n’est-il pas suivi
par les autres critiques du rapport Warren ? Si, au début des années 80, Lifton s’est
taillé un beau succès, le soufflé est rapidement tombé, et Lifton s’est retrouvé seul.
Un peu comme le charlatan Israélien Uri Geller, qui, à ses débuts dans les années
70, retenait l’attention des médias en faisant croire qu’il pouvait tordre le métal à
distance, jusqu’à ce que des illusionnistes tels Gérard Majax ou James Randi ne le
démystifient. Après coup, il a disparu. C’est triste à dire, mais aujourd’hui Lifton
est de plus en plus isolé. C’est un élément très important à prendre en compte, car
si Lifton avait eu raison, il aurait réussi à convaincre les gens. Or, c’est le contraire

135 Best evidence, the research video. Ibid.
146
?qui s’est passé. Le nombre de ses "disciples" n’a cessé de diminuer, sous
l’influence des arguments contraires qui n’ont cessé de s’accumuler, et auxquels
Lifton n’a jamais été capable de répondre.
La somme des arguments solides qui vont a contrario de la thèse de Lifton est
énorme.
- D’une part, son scénario est irréalisable, ne serait-ce que par le fait qu’il
aurait été impossible à garder secret. Il est inconcevable qu’une telle
opération (kidnapper le corps mort d’un président au milieu de ses proches et
son entourage, pour modifier ses blessures avant son autopsie) puisse ne
pas filtrer un tant soit peu, à un moment ou à un autre. Personne n’a parlé.
Et Lifton n’a jamais trouvé une seule personne qu’il puisse identifier
comme ayant participé à cette opération. Aucune personne présente parmi
ceux qui ont approché le cercueil ce jour-là (Jacqueline Kennedy, agents de
Secret Service, Lyndon Johnson, etc.) n’a été accusée, par Lifton, d’avoir
participé à son opération macabre. Alors qui ? Où étaient ces gens-là ?
Lifton n’en sait rien, et il n’ose même pas suggérer le moindre nom. Sa théorie
reste "théorique". Il n’en fait qu’un scénario hypothétique, mais ne parvient
à le rattacher à rien de concret. Et croire que les personnes ayant participé à
cela, ou ayant connu ceux qui ont participé, n’aient jamais, jamais parlé ni
même abordé ce souvenir, quand on sait qu’il est impossible de garder un
secret, fait douter de la réalité d’une telle chose. Une telle opération, si elle
avait eu lieu, n’aurait pas pu rester cachée tout ce temps.
- Une autre grande faiblesse de la théorie de Lifton est qu’il ne tient pas
compte des blessures du gouverneur Connally. On peut même dire que
c’est un sujet sur lequel la théorie de Lifton fait l’impasse totale. Lifton
n’explique pas comment, s’il n’y avait qu’un seul tireur placé devant, le
gouverneur Connally a pu être blessé, et par l’arrière. Tous ceux qui lui ont
posé la question attendent toujours sa réponse. Jamais Connally n’a pensé,
ou dit, avoir été blessé par un tir venant de face. Même ceux qui ne croient
pas à la version de Warren et pensent que le tir fatal sur Kennedy vient de
devant, admettent que Connally a été blessé par derrière. Seul Lifton
prétend que tous les tirs viennent de devant. Mais quand on pose à Lifton la
question cruciale, à savoir comment il explique que les blessures de
Connally proviennent de l’arrière, il ne répond pas. Il n’en parle pas dans
son livre. Il répond que l’on doit distinguer les deux choses, et que penser
que John Connally a été blessé par derrière n’implique pas qu’il n’y ait pas
eu de modifications des blessures de JFK entre Dallas et Bethesda. Sa
rhétorique récente comporte de pseudo-arguments tels que : maintenir qu’on
pense qu’Oswald a tiré sur Tippit n’implique pas que le corps de Kennedy
ne peut pas avoir été modifié. Il botte en touche. De même, Lifton ne peut
expliquer la tache de sang qu’on voit sur le veston de Connally, dans son
dos, sur les dernières images du film de Zapruder. Il a recours, encore, à
147 l’idée que le film de Zapruder est un faux. Cela affaiblit énormément sa
position, parce qu’à chaque fois que les éléments concrets soutiennent sa
théorie, ils sont vrais, mais à chaque fois qu’ils vont à son encontre, ils sont
truqués… Ce genre d’attitude intellectuelle dogmatique affaiblit la thèse de
Lifton.
- À la mort, le cœur s’arrête de battre. Le sang n’est plus pompé. Le corps se
136raidit et se refroidit. On parle alors de rigidité cadavérique (rigor mortis) .
Toucher à un corps mort, et le blesser volontairement (comme le voudrait
Lifton, en faisant un trou avec un outil pour faire croire à une blessure par
balle) ferait une trace caractéristique, que n’importe quel médecin
décèlerait immédiatement. Il est impossible de confondre un trou fait sur un corps
mort, avec un blessure faite sur un corps vivant. Rien que l’idée que des
conspirateurs aient voulu fait cela est grotesque.
- La théorie de Lifton implique deux choses : que les blessures aient été
modifiées, mais d’abord que le corps ait été enlevé. Lifton suppose que
l’enlèvement du corps de Kennedy ait eu lieu à bord même de l’avion
présidentiel, rempli à ce moment-là de tout l’entourage de Kennedy et de
Johnson. Il est certain qu’absolument aucune personne étrangère n’aurait
pu pénétrer à bord sans se faire voir, et encore moins les quelques
personnes nécessaires au maniement d’un corps mort. Sans compter que sortir un
corps de son cercueil sans laisser la moindre trace ni odeur, le ranger dans
un grand sac en plastique vert, et le mettre de côté sans que personne ne
s’en aperçoive, est un exploit que même l’homme invisible n’aurait pas
réussi à réaliser.
- Le personnel de Parkland dans la salle des urgences de l’hôpital pour
essayer de sauver Kennedy, qui est mort en moins d’une demi-heure, n’a pas
vu la blessure de sortie dans la tête, en tout cas ne l’a ni étudiée ni mesurée.
Ils n’étaient pas là pour ça. Pour essayer de sauver Kennedy, ils ont
pratiqué une trachéotomie. Cela n’a pas suffit. Quand Kennedy est mort, ils
sont sortis de la salle, par respect.
- Une autre critique qu’on peut adresser à Lifton c’est celle de la plausibilité
de son scénario. D’après lui, on a affaire à un complot organisé et exécuté
au plus haut niveau de l’Etat, avec des gens suffisamment haut placés et
organisés pour dérober le corps du président, en transformer les blessures,

136 "La rigidité cadavérique correspond au raidissement d’un cadavre qui intervient assez
rapidement (30 minutes à deux heures) après le décès et disparaît lorsque commence la
putréfaction (après 2 à 4 jours). Elle est due à des modifications biochimiques au niveau des
fibres musculaires. Des ponts moléculaires se forment entre les protéines d’actine. Ceux-ci
se défont par autolyse au moment de la putréfaction". [Cette définition est copiée du site
Internet Futura-Santé. Voir à l’adresse :
http://www.futura-sciences.com/fr/definition/t/medecine-2/d/rigidite-cadaverique_8992/]
148 falsifier les photos et radios de l’autopsie, s’assurer que le secret sera bien
gardé, etc. Les conspirateurs sont donc des gens très puissants, et leur coup
137superbement organisé . Mais pourquoi alors ont-ils organisé l’assassinat
selon un plan qui les oblige à tuer Kennedy par devant, pour ensuite, sans
se faire voir, modifier les blessures afin de tromper les médecins légistes et
les amener à croire que Kennedy a été tué par des tirs provenant de
l’arrière ? C’est tiré par les cheveux, et diablement risqué. Des gens
puissants et organisés auraient-ils vraiment pensé à un tel plan ? Pourquoi ne
pas tirer tout simplement par derrière pour tuer Kennedy ? Lifton ne le dit
pas. On peut ajouter que des gens tels que les médecins Cyril Wecht, Bob
Artwohl et John Lattimer, comme les auteurs Jim Moore et Gerald Posner
ont défié Lifton sur le plan de l’argumentation, et que lui n’a jamais
répondu à leurs arguments, ce qui ne tend pas à avoir confiance dans la solidité
de sa thèse.
- Lifton prétend que les conspirateurs ont enlevé la ou les balle(s) qui se
trouvait(aient) à l’intérieur du corps de Kennedy. Or, une telle opération
demande de pouvoir localiser ces balles. Pour cela, il faut faire des radios
et développer celles-ci. Or, aucune radio n’a été faite à Dallas. Où les
conspirateurs auraient-ils pu mener cette opération à bien ? Il n’avaient ni
le temps, ni l’équipement.

L’un des points de Lifton est de dire que la description d’un grand trou de sortie
à Bethesda, non présent, ou non observé, à Parkland signifie que ce trou a été
agrandi ou créé lors du transport entre Dallas et Washington. À cela, les autres
critiques rétorquent que le trou existait déjà à Parkland mais qu’il était rebouché
138par un lambeau de cuir chevelu . Lorsque Jacqueline Kennedy tenait la tête de
son mari sur elle pendant le trajet de Dealey Plaza à l’hôpital, elle a remis tant bien
que mal le cuir chevelu sur la tête. Ce faisant, elle a un peu recouvert le trou fait
par la balle. Donc les médecins, à Parkland, qui n’ont pas trop cherché à étudier le
corps de Kennedy, n’ont pas vu le trou. Mais quand le corps est arrivé à Bethesda,
après avoir été trimballé, le trou était bien visible. Mais Lifton n’accepte pas cette
idée. Recherchant parmi les déclarations, il cite le docteur Humes qui aurait dit
clairement que le cuir chevelu était complètement absent au-dessus du gros trou.
Plus exactement, le cuir chevelu était intact jusqu’à la périphérie du trou mais
inexistant au dessus de celui-ci. Et Lifton de dire qu’il est absurde d’imaginer
qu’un trou non couvert de cette taille n’ait pas pu être observé à Parkland. Le
défaut de Lifton, c’est qu’il va puiser dans le vaste ensemble de déclarations, pour y
trouver, et citer, celle qui va lui convenir. Mais en l’occurrence, sa démarche le
dessert. Car s’il accepte cette affirmation de Humes, cela signifierait que tous les

137 Comme quelqu’un a dit avec humour, ces conspirateurs-là auraient pu transmuter tout
l’or de Fort Knox en métal en moins d’une heure…
138 Traduction de l’expression : a flap of scalp.
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