Le procès Ranucci

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108 pages
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Début 1976, le procès de Christian Ranucci a lieu au tribunal d'Aix-en-Provence. Il sera condamné à mort. Sa grâce sera refusée. Il sera guillotiné le 28 juillet 1976. Jeune mère de famille de 35 ans, Geneviève Donadini fit partie du jury d'assises. Elle a vécu dans le silence qui lui imposait la loi pendant plusieurs décennies. Quarante après, elle raconte cette terrible expérience à laquelle elle a participé bien malgré elle et qui a marqué sa vie.

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Date de parution 01 décembre 2016
Nombre de visites sur la page 181
EAN13 9782140023965
Langue Français

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Geneviève Donadini
Le procès Ranucci
Témoignage d’un juré d’assises
Préface de Gilles Perrault
La Justice au Quotidien
Le procès Ranucci
Geneviève Donadini
Le procès Ranucci
Témoignage d’un juré d’assises
Préface de Gilles Perrault
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10540-6 EAN : 9782343105406
Remerciements
Je tiens à remercier ma famille, mes amis, et tous ceux qui m’ont soutenue et encouragée à écrire ce témoignage. Je souhaite également remercier ma fille, qui m’a été d’une aide précieuse dans le travail d’écriture de cet ouvrage, et avec qui j’ai passé de longues heures à parler, à écrire, à échanger, à réécrire pour tenter de trouver les mots justes.
Préface
Rares sont les jurés d’assises qui témoignent sur l’expérience qu’ils ont vécue. L’explication est simple : la loi leur impose, sous peine de sanctions rigoureuses, de garder jusqu’à leur mort le secret des délibérations. Cette loi fort ancienne perdure à juste titre et est appliquée avec diligence. Un juré révélant que tel président de cour d’assises a exercé des pressions insistantes sur le jury pour l’amener à voter selon son inclination créerait un trouble sérieux à l’ordre public. Le secret garantit la liberté de parole et de vote de chacun, magistrats et jurés. En revanche, rien n’interdit à un juré de relater comment il a vécu cette expérience qui l’a jeté hors de toutes ses routi-nes, de confier ses impressions d’audience, de tenter de dresser le bilan de cette parenthèse où le hasard d’un tirage au sort lui a confié la responsabilité inouïe de juger un homme ou une femme accusés d’un crime. C’est ce que fait Geneviève DONADINI et son livre est passionnant. Lorsqu’elle entre dans le palais de Justice d’Aix-en-Provence en qualité de juré, « j’avais trente-cinq ans, écrit-elle, et je n’étais jamais entrée dans un tribunal. » Contraire-ment à l’approche forcément blasée des chroniqueurs judiciaires qui rendront compte des débats, Geneviève DONADINI pose sur la justice un regard vierge de néophy-te. Elle a l’œil vif. Au banc de la défense, trois avocats. D’abord, Paul LOMBARD, ténor du barreau marseillais, assisté de son
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Le procès Ranucci - Témoignage d’un juré d’assises
jeune collaborateur Jean-François LE FORSONNEY tout proche par l’âge de l’accusé Christian RANUCCI. Puis An-dré FRATICELLI, au physique de rugbyman, dont chacun sait qu’il désapprouve ses deux confrères qui vont plaider l’innocence et l’acquittement. Aussi a-t-il décidé de rester muet. Mais pourquoi donc assister aux audiences de ce pro-cès, il est vrai très médiatisé ? Comment ses deux confrères, et surtout Paul LOMBARD, fort de son âge et de sa notorié-té, ne lui ont-ils pas demandé fermement de s’abstenir d’apparaître ? Le fait est qu’avec cette mise en scène extrava-gante, la défense affaiblissait périlleusement sa force de conviction : tandis que LOMBARD et LE FORSONNEY allaient s’épuiser pendant des heures à plaider l’innocence et à réclamer l’acquittement, la présence mutique de FRATICELLI crierait aux trois magistrats, aux neuf jurés, à la presse et au public que cette innocence n’était pas crédible.
L’accusé fait son entrée dans le box. Un costume bleu pétrole, « flashy » dirait-on aujourd’hui, un sous-pull blanc et, sur ce sous-pull, une grande croix – « une croix d’évêque », écriront les journalistes médusés.
Geneviève DONADINI a reçu une éducation catholi-que, puis, jeune professeur, a adhéré au parti communiste auquel elle est restée fidèle au jour où ces lignes sont écrites. « Je ne vois que cette croix, nous confie-t-elle. C’est cho-quant. Voir cette croix comme cela, sur cet accusé de meurtre. Quelqu’un qui commet une telle atrocité ne peut pas être catholique. Et cette arrogance qu’il affiche… C’est incroyable, comme irréel. » La croix d’évêque était une idée de la mère de Christian RANUCCI, Héloïse MATHON, qui s’était elle-même fait la tête d’une veuve de parrain sici-lien : foulard serré sur le crâne et grosses lunettes de soleil qu’elle gardera au long des audiences. L’impression d’ensemble est déplorable.
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Ainsi, avant même que le président eût ouvert l’audience, le décor était planté pour une tragédie annoncée : une défen-se spectaculairement divisée, par conséquent fragilisée, et un accusé suscitant par son seul accoutrement une répulsion indignée.
Au début des années 50, j’étais un très jeune avocat sta-giaire au barreau de Paris. A l’époque, deux avocats, Maurice GARÇON et René FLORIOT, régnaient sur les assises et leurs joutes étaient célèbres. Aucun stagiaire n’aurait osé aborder le fort hautain GARÇON, mais FLORIOT nous faisait bénéficier de sa gouailleuse bienveillance d’aîné. « Mon petit vieux, me disait-il, aller voir les clients en prison m’emmerde, je ne crois qu’au dossier, je laisse les visites à mes collaborateurs, mais juste avant les assises je passe voir le bonhomme ou la bonne femme pour décider des fringues qu’ils porteront au procès. Le juré est sensible à ces détails. Une cravate trop criarde et tu prends cinq ans de plus. »
Ce qui frappe dans le récit de l’auteur, c’est la certitude de culpabilité qui s’impose à tous. Elle le répète à maintes reprises. Elle va jusqu’à écrire, et c’est terrible, qu’en écou-tant les deux avocats plaider l’innocence pendant des heures, elle avait eu le sentiment qu’ils n’y croyaient pas eux-mêmes.
Etait-ce donc André FRATICELLI qui avait raison, lui qui répétait que l’innocence de RANUCCI était possible, mais qu’en l’état du dossier, elle n’était pas plausible et restait donc non plaidable ? Paul LOMBARD et Jean-François LE FORSONNEY obéissaient à l’exigence de leur jeune client, intraitable sur la question : il était innocent et préférait une condamnation qui serait une erreur judiciaire à une fallacieu-se acceptation de responsabilité. Mais quand l’erreur judiciaire aboutit à pousser un innocent sous le couperet de la guillotine, faut-il obéir à l’exigence d’un garçon de vingt-deux ans dépourvu d’expérience et ignorant tout du fonc-tionnement de la machine judiciaire ? L’essentiel n’est-il pas