Les chantiers forestiers au Gabon

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Ce travail présente les transformations de l'économie forestière en même temps qu'il analyse les conduites ouvrières qui s'inscrivent non seulement dans les contraintes économiques ou d'organisation du travail et de l'espace (le chantier), mais aussi dans un environnement social complexe où les logiques coutumières et celles du travail salarié s'imbriquent les unes aux autres.

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Date de parution 01 février 2014
Nombre de visites sur la page 24
EAN13 9782336337210
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Clotaire MESSI ME NANG
LES CHANTIERS FORESTIERS AU GABON
Une histoire sociale des ouvriers africains
LES CHANTIERS FORESTIERS
L’étude des travailleurs des chantiers forestiers du Gabon est une
contribution à une histoire sociale ouvrière africaine. Elle tente de AU GABON
mettre en relief l’autonomie ouvrière africaine, c’est-à-dire les formes
originales de la culture née du travail industriel et des comportements
Une histoire sociale des ouvriers africainspropres qu’il suscite.
Ce travail présente les transformations de l’économie forestière
en même temps qu’il analyse les conduites ouvrières qui s’inscrivent
non seulement dans les contraintes économiques ou d’organisation du
travail et de l’espace (le chantier), mais aussi dans un environnement
social complexe où les logiques coutumières et celles du travail salarié
s’imbriquent les unes aux autres.
Clotaire Messi Me Nang est enseignant-chercheur au département d’histoire
et archéologie de la faculté des lettres et sciences humaines de l’université
Omar-Bongo de Libreville. Il est maître-assistant CAMES en histoire de
l’Afrique. Il est auteur de plusieurs articles sur l’histoire sociale du Gabon et
sur les questions d’épistémologie et d’historiographie de l’histoire africaine.
Préface de Pierre BOILLET
Postface de Michel PIGENET
Photographie de couverture © Axel Rouvin :
estuaire, Gabon.
ISBN : 978-2-343-00077-0
38 e
LES CHANTIERS FORESTIERS AU GABON
Clotaire MESSI ME NANG
Une histoire sociale des ouvriers africains






















1























2







Les chantiers forestiers
au Gabon





















Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen


Dernières parutions

Bruno KOFFI EHUI, Qu’est-ce qu’une O.N.G ?, 2014.
Roger Mawuto AFAN, Éléments de psychologie politique africaine, Rite
initiatique et socialisation politique, 2014.
Romaric Franck QUENTIN DE MONGARYAS (dir.), L’école gabonaise en
débat, 2014.
Patrice MOUNDZA, Le chemin de fer Congo Océan et le département de la
Bouenza, 2014.
Yassine KERVELLA-MANSARE, Pulaaku, Le code d’honneur chez les Peuls,
2014.
Hamadou ADAMA (dir.), De l’Adamawa à l’Adamaoua, Histoire, enjeux et
perspectives, 2014.
Mahamadé SAVADOGO, Philosophie de l’action collective, 2013.
Abou KANATE, Radiographie du droit foncier en Côte d’Ivoire, 2013. Le droit de la promotion immobilière en Côte d’Ivoire, 2013.
François LAGARDE, Mémorialistes et témoins rwandais, 2013.
Gilchrist Anicet NZENGUET IGUEMBA (dir.), Hommages à Pierre N’Dombi
– Université Omar Bongo (Libreville), 2013.
Nathalie CASANOVAS, Une destination pour un autre tourisme pour l’Afrique
de l’Ouest, 2013.
Georgin MBENG NDEMOZOGO, La protection animale au Gabon, 2013.
Djibril MAMA DEBOUROU, Bi Ɔ G Ɛra, entre mythe et réalité : le sens de son
combat pour la liberté (1915-1917), La guerre coloniale au Nord du Dahomey,
2013.
Mahamadou DANDA, Niger, une décentralisation importée. Une comparaison
avec la France, 2013.
Miki KASONGO, Repenser l’école en Afrique entre tradition et modernité,
2013.
Lucie Zouya MIMBANG, L’Est-Cameroun de 1905 à 1960. De la « mise en
valeur » à la marginalisation, 2013.
Gaspard-Hubert LONSI KOKO, Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région
des Grands Lacs, 2013.
Stéphanie NKOGHE (dir.), Anthropologie de la socialisation, 2013.
Jean-Claude KANMOGNE TAMUEDJON, Histoire de l’art pharmaceutique
latin et de la pharmacie au Cameroun, 2013.
P. NGOMA-BINDA, La pensée politique africaine contemporaine, 2013.
Stéphane ESSAGA, Droit des hydrocarbures en Afrique, 2013.
Kouamé René ALLOU, La bourgeoisie municipale d’Afrique romaine, 2013.
Clotaire Messi Me Nang








Les chantiers forestiers
au Gabon
Une histoire sociale des ouvriers africains






Préface de Pierre Boillet
Postface de Michel Pigenet


























Ce livre est la version éditoriale de la thèse de doctorat nouveau régime de l’auteur,
soutenue en janvier 2008 à l’université Paris-1 Panthéon–Sorbonne.




























© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00077-0
EAN : 978234302000770
Dédicace


Je dédie ce travail à :

Mon père, Nkome Tchassombo André, pour les énormes sacrifices
qu’il a consentis afin de parfaire mon éducation.

Mes mères, Zegue Nze Odile et Bikie Biyaga Rose, pour la vie
qu’elles m’ont donnée, l’affection qu’elles m’ont toujours témoignée et
l’anxiété qu’elles ont endurée pour ma réussite scolaire et universitaire.

Mon grand-père, feu Nze Mbwé Marc, dont les conseils et les
passionnantes discussions au corps de garde ont largement contribué à forger
l’homme que je suis devenu.

Mes grands-mères Nyangone Ndong Albertine et feue Ekome
Atougou Marie pour l’indéfectible attachement qu’elles n’ont jamais cessé
de me couvrir.

Mes frères et sœurs, oncles et tantes, neveux et nièces : Ulrich,
Apollinaire, Aymar, Solange, Olga, Irma, Arielle, Marielle, Micheline,
Rachel, Léa, Bernadette, Abel, Daniel pour leur inestimable soutien, aussi
bien moral que matériel, sans lequel ce travail n’aurait pu être réalisé.

Qu’il me soit permis de vous témoigner à tous ma profonde gratitude.















Remerciements

Ce travail n’aurait pu voir le jour sans le concours actif d’un certain
nombre de personnes. Je leur exprime ici ma profonde gratitude. Tout
d’abord qu’il me soit permis d’exprimer mes plus vifs remerciements à
Monsieur le Professeur Pierre Boilley, qui a bien voulu assurer la direction
de ma thèse et accepter de préfacer le présent livre. Je tiens aussi à remercier
le Professeur Pierre Boilley pour le soutien administratif et matériel apporté
pendant les moments difficiles de mon séjour à Paris.

Je remercie très vivement le Professeur Michel Pigenet pour avoir
accepté de rédiger la postface de cet ouvrage, lui qui est spécialiste de
l’histoire du syndicalisme français. Sa contribution permet un riche
croisement de regards entre chercheurs du monde ouvrier travaillant sur des
aires géographiques différentes.

Mes remerciements s’adressent également aux amis (es) qui ont pris
de leur temps pour lire ce texte, et dont les conseils ont été utiles dans la
préparation de cet ouvrage : Marianne Lemaire, Gilchrist Anicet Nzenguet
Iguemba, Dominique Etoughe, Jean-Rodrigue Eyene, Annie Duperray,
Pierre Ndombi, Nicolas Metegue N’Nah, Léon-Modeste Nnang Ndong, Fred
Abessolo, Madame Clémence Ondinga, Wendy N’Guia Kahma, Rodrigue
Lekoulekissa.

Mentions spéciales à Madame Carine Essono, pour l’hospitalité
offerte deux ans durant, et à la tendre Marie-Claire N’No Oyane pour son
dévouement et sa patience.

Je n’oublie pas les personnes ressources, tous ces anciens des
chantiers forestiers, dont l’aide a été d’un grand apport dans la réalisation de
ce travail.











Liste des abréviations

AEF : Afrique équatoriale française
AOF : Afrique occidentale française
ANG – FPR : Archives nationales du Gabon, fonds présidence de la
République
ANG – FEF : Archives nationales du Gabon, fonds eaux et forêts
ASOM : Académie des sciences d’outre-mer
CAOM – GGAEF : Centre d’archives d’outre-mer, fonds du gouvernement
général de l’Afrique équatoriale française
CAOM – FM AFF PO : Centre d’archives d’outre-mer, fonds ministériels
affaires politiques
CAOM – FM AFF ECO : Centre d’archives d’outre-mer, fonds ministériels
affaires économiques
CATC : Confédération africaine des travailleurs chrétiens
CCAEF : Compagnie commerciale de l’Afrique équatoriale française
CEFA : Compagnie française africaine
CFBG : Compagnie forestière des bois du Gabon
CGRF : Consortium des grands réseaux français
CNBDC : Compagnie nantaise des bois déroulés et contreplaqués
JOCF : Journal officiel du Congo français
JOCG : Journal officiel de la colonie du Gabon
JOAEF : Journal officiel de l’Afrique équatoriale française
JORG : Journal officiel de la République gabonaise
SAFIA : Société agricole forestière et industrielle de l’Afrique
SASC : Société agricole de Sette-Cama
SBM : Société des bois de la Mondah
SCG : Syndicats confédérés du Gabon
SEF : Société d’exploitation forestière
SFLG : Société du littoral gabonais
SHO : Société du Haut-Ogooué
UFA : Union forestière africaine
URSOM : Union régionale des syndicats de l’Ogooué-Maritime










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Petit lexique des travailleurs des chantiers forestiers

Aéfiens : habitants de la fédération de l’Afrique équatoriale française (AEF).
Abia : terme fang signifiant jeu de hasard, poker.
Alamende : déformation du terme amende. Celui-ci désigne ici le prix de
l’adultère que réclamait le travailleur cocufié. En fait, ce terme renvoie au
système de souteneur que pratiquaient plusieurs travailleurs mariés.
Boussoliers : dérive du terme « boussole », désigne les travailleurs qui
étaient affectés à la prospection des gisements de bois. On les appelait aussi
« prospecteurs ».
Bon pour : expression employée par les travailleurs et signifiant l’achat à
crédit.
Buissonniers : travailleurs qui, sous le prétexte des selles, se reposaient dans
les buissons pour fuir le travail.
Cantonniers : travailleurs affectés à l’entretien des routes d’évacuation des
billes.
Clamation chez le commandant : « clamation » est une déformation du
terme « réclamation ». L’expression signifie porter une réclamation auprès
de l’administrateur de la circonscription ou de la subdivision.
Coiffeurs : les scieurs de billes.
Coupeurs libres : à l’origine on appelait ainsi les producteurs anarchiques
gabonais dans la mesure où ils se livraient à l’exploitation des bois sans
autorisation. Par la suite, avec l’amélioration de la réglementation forestière,
l’expression va désigner les travailleurs indépendants à qui le propriétaire
d’un permis cédait une partie de la concession pour exploitation contre la
vente exclusive des bois.
Couper la journée en bas : retenue de salaire.
Elingueurs : les poseurs de câbles servant à accrocher la bille et à l’élever
au moyen du Caterpillar.
Epis : voie de rondins afin de faciliter le glissement de la bille.
Faire mademoiselle : se prostituer sur les chantiers forestiers.
Faire la paie : le fait pour les femmes des environs des chantiers forestiers
d’aller proposer leurs charmes aux travailleurs au moment où ces derniers
percevaient leurs soldes.
Faire mengasa : contraction des termes punu uganse (travailler) et français
« engager ». L’expression signifie s’engager, s’embaucher sur un chantier
forestier.
Le Blanc du chantier : l’exploitant forestier européen, le patron du chantier.
Le bon Blanc : le patron européen affable, clément, généreux, proche de ses
hommes.


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La bonne place : expression utilisée par les travailleurs pour désigner un
poste de travail qu’ils jugeaient gratifiant.
Le coupeur de bois : l’exploitant forestier.
Les normes : les tâches à exécuter fixées par le chef de l’exploitation.
Les pieds la marche : la marche.
Le travail du blanc ne finit jamais : expression qui montre le rapport
particulier des Gabonais au travail industriel et au temps.
Le travailleur le chantier : expression usitée par les autochtones pour dire
le travailleur du chantier forestier.
Mekok me bone : nom donné au Consortium des grands réseaux français par
les travailleurs fang. Littéralement, l’expression signifie les pierres de Bone.
Bone est une rivière de Foulenzem. Cela pour dire que la concession du
Consortium, sise à Foulenzem, était parsemée de pierres et, de ce fait, le
roulage des billes y était particulièrement difficile.
Mirombo : perches d’épaule servant à rouler les billes de bois.
Océan : nom donné par les travailleurs à la Compagnie nantaise des bois
déroulés et contreplaqués (CNBDC).
Pinassiers : conducteurs de pinasses ou de remorqueurs.
Popote : groupe de travailleurs qui prenaient leur repas en commun.
Poto-poto : terrain boueux.
Rester civil : expression marquant la préférence des travailleurs pour le
travail journalier, qui avait l’avantage de ne pas les lier à l’entreprise à la
différence du contrat écrit.
Styler les villageois : inciter en sourdine les autochtones à refuser le
recrutement.
Tontine : association de quatre ou cinq travailleurs qui versaient de l’argent
dans un fonds commun, lequel était reversé à tour de rôle à chacun des
membres.
Yam : chanvre indien en langue fang.














14


Préface

C’est un grand plaisir pour moi que de donner ces quelques mots que
Clotaire Messi Me Nang m’a fait l’honneur de me demander en préambule à
cet ouvrage. Tout d’abord parce qu’au long des années de thèse que Clotaire
a passé à Paris, avec courage et détermination face aux difficultés auxquelles
un étudiant africain est confronté en France, nous avons établi une relation
qui a dépassé celle de la direction d’un mémoire. Nous avons fait front
ensemble aux désagréments engendrés par l’administration française, par
exemple. Celle-ci devrait tout faire pour faciliter l’accueil des doctorants
étrangers qui, non seulement choisissent la France pour leur formation, mais
contribuent aussi à leur retour au rayonnement de notre culture et de notre
langue. Pourtant, combien d’heures passées à signer des attestations pour des
préfectures tatillonnes qui font perdre aux étudiants tellement d’heures qui
seraient mieux employées pour la recherche, dans des queues interminables
et souvent humiliantes ? Combien de signatures encore pour pallier aux
tracasseries dans l’établissement de visas ? Malgré tout, la thèse à l’origine
de cet ouvrage a été menée à bout, et bien menée, à travers des enquêtes
orales de qualité et surtout la recherche systématique de documents de
première main par une recherche archivistique très poussée, s’appuyant sur
des sources d’archives soigneusement inventoriées.
En voici le résultat, un ouvrage d’histoire de l’Afrique certes, mais
aussi une thèse d’histoire sociale, qui rejoint les nombreux travaux menés
dans cette spécialité, tout en leur donnant un nouveau souffle et une nouvelle
ouverture spatiale. L’histoire du travail et des mouvements sociaux s’était
encore en effet marginalement ouverte sur l’Afrique. Grâce à ces travaux,
une collaboration a pu s’établir entre le Centre d’histoire sociale et le Centre
d’études des mondes africains, qui n’a plus été démentie ensuite. Comme le
disait Michel Pigenet, « Au carrefour du social, de l’économique, du
culturel, mais encore du politique, au sens des formes d’exercice et de
légitimation du pouvoir, la [recherche] de M. Messi Me Nang relève d’une
démarche neuve que l’on pourrait aussi bien qualifier de sociologie et
d’anthropologie historiques, orientation propre à renouveler l’histoire du
travail et des travailleurs bien au-delà de l’espace africain ». Clotaire Messi
Me Nang a été ainsi un des pionniers de ces nouvelles pistes qui ouvrent
d’immenses perspectives à ces spécialités historiennes.
Cet ouvrage présente un double intérêt. Il prend d’abord pour objet un
thème peu étudié, celui des travailleurs africains. Il s’agit d’une recherche
d’histoire par le bas, qui tente de coller au plus près des réalités humaines et
africaines. Elle s’attache à comprendre ce que furent les travailleurs de ces
chantiers. L’auteur montre bien comment ce monde particulier fut tout autant
ouvrier que villageois, resta villageois tout en devenant ouvrier, ce qui

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justifie le terme « d’hybridité » employé dans ces pages. On y observe
l’aller-retour permanent de ces hommes qui ne quittent jamais mentalement
leur village, et la façon qu’ils ont de résister aux recrutements. Cette
recherche est aussi intéressante par la description fine des conditions de
travail des ouvriers, jusqu’à leurs façons de vivre, de se nourrir, de
s’habiller. On y observe enfin la naissance de représentations croisées, issues
d’incompréhensions réciproques, la « paresse » de l’indigène pour les
coloniaux, et en retour l’effarement des Africains devant le travail industriel
et l’exploitation ouvrière. En étudiant les premiers temps de la constitution
d’un groupe social particulier, Clotaire Messi Me Nang montre que le
prolétariat et le monde ouvrier gabonais s’est constitué à l’origine avec la
naissance de l’économie forestière, un des secteurs de l’économie de traite,
ou de prédation coloniale. Cette particularité induit les modalités de
construction d’une culture ouvrière autochtone, avec ses traits spécifiques, et
notamment la réalité de cette culture hybride, à moitié villageoise et rurale,
qui connaît peu de syndicalisation et peu de politisation. Mais il est
intéressant de voir que cela n’engendre pas la passivité. Il y avait bien une
conscience sociale chez les travailleurs forestiers.
Il s’agit ici aussi d’histoire économique, spécialité hélas actuellement
très délaissée. On y comprend comment le monde colonial a tenté de
résoudre son problème majeur, celui de l’absence de main-d’œuvre, à travers
le cas des chantiers forestiers, en utilisant la capitation, ainsi que
l’établissement de maisons de commerce pour que les travailleurs puissent
devenir des consommateurs. Cette recherche montre aussi les réalités de
cette industrie du bois et la mise en place des premiers chantiers forestiers.
La publication de cet ouvrage, qui doit faire date dans l’histoire de
l’Afrique, marque enfin l’insertion institutionnelle d’une nouvelle génération
d’historiens gabonais, venus se former en France, mais qui ont réussi à
s’intégrer à leur retour au pays dans les milieux de la recherche et de
l’enseignement de l’histoire, bien décidés à reprendre le flambeau de leurs
ainés pour faire plus encore avancer les sciences humaines et sociales au
Gabon. J’ai eu la chance de travailler avec plusieurs d’entre eux, et nos
relations ne pourront que renforcer les liens entre l’Université du Gabon et
l’Université française. De cette génération Clotaire Messi Me Nang est un
excellent représentant !

Pierre Boilley
Professeur Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne
Directeur du Centre d’études des mondes africains (CEMAF)




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Introduction générale























Le travailleur africain, un objet de recherche à repositionner

Le thème du travail en Afrique noire a été très tôt au centre des
préoccupations des colonisateurs. De toutes les questions coloniales, plus
que le problème des capitaux et des techniques, c’était le facteur travail qui
avait presque toujours dominé dans les esprits des partisans de la
colonisation. D’abord, la question du travail était évoquée sous l’angle
quantitatif. Le problème était de trouver une main-d’œuvre abondante
nécessaire non seulement aux travaux d’utilité publique, mais aussi aux
entreprises privées qui s’apprêtaient à investir des capitaux importants dans
les colonies. Mais cette main-d’œuvre était insuffisante, notamment dans une
colonie comme le Gabon où le sous-peuplement était (et est encore) l’une de
ses principales caractéristiques. Comment et où prélever la main-d’œuvre
indispensable à l’économie coloniale, sans nuire à l’équilibre démographique
du pays ? Telle était la question qui hantait les esprits des administrateurs
dès le début du colonialisme. En 1902, Marcel Remond donnait écho des
difficultés de main-d’œuvre auxquelles se heurtait l’entreprise de mise en
1valeur coloniale . « Les intelligences sont prêtes, les capitaux sont là, la terre
2est délimitée, mais la main-d’œuvre manque. C’est le cri général »,
écrivaitil.
A l’insuffisance de main-d’œuvre s’ajoutait la résistance des
autochtones au mode de production capitaliste. Cette aversion des Africains
pour le travail salarié était analysée comme le signe d’une « paresse
naturelle », qu’il fallait absolument subvertir si l’on voulait entreprendre la
mise en valeur des colonies. La période des années 1900 au début des années
1930 vit ainsi apparaître toute une littérature qui livrait un ensemble de
stratégies susceptibles d’entraîner la mobilisation de la force de travail
autochtone. Dans cette littérature, on compte des études de type
universitaire, souvent l’émanation de juristes, où le thème du travail était
analysé dans le cadre d’un système (la colonisation) et d’un projet, celui de
la mise en valeur coloniale. En 1906, Fernand Rouget exposait, dans une
étude sur le Congo français, les problèmes administratifs et économiques
auxquels était confrontée cette colonie. Il justifiait la nécessité d’instaurer
parmi les populations locales un impôt de capitation (par tête), qui serait le
3meilleur moyen d’inciter les indigènes à travailler . L’année suivante, Robert
Cuvillier-Fleury produisait un travail dont l’ambition était d’aider à la
4résolution du problème de main-d’œuvre dans les colonies françaises .

1 M. Remond, La main-d’œuvre dans les colonies françaises, Paris, Librairie Cerf, 1902, 155
p.
2 Idem, p. 126.
3 F. Rouget, L’expansion coloniale au Congo français, Paris, Larose, 1906, 942 p.
4 R. Cuvillier-Fleury, La main-d’œuvre dans les colonies françaises de l’Afrique occidentale
et du Congo, Paris, Larose et L. Tenin, 1907, 265 p.

19


L’auteur livrait à l’attention des administrateurs un certain nombre de
recommandations portant sur la perception de l’impôt, sur l’exécution des
prestations et sur les méthodes de quadrillage des populations. En 1920, le
ministre des colonies, Albert Sarraut, dans son plan de mise en valeur
coloniale, énonçait la « nécessité de conserver et d’augmenter le capital
5humain pour pouvoir faire travailler et fructifier le capital argent . » L’on
s’intéressait alors aux règlements juridiques de la question du travail en
Afrique, notamment aux droits sociaux à accorder à la main-d’œuvre
6autochtone. Telle était la trame des travaux de Georges Mangin , de Pierre
7 8Monnet ou d’Henri Solus . Cependant, le facteur travail continuait de poser
au colonisateur de très graves problèmes. Dès lors, en 1930, le travail
obligatoire fut officiellement institué dans les colonies françaises d’Afrique
noire. Des auteurs de l’époque tentaient de justifier cette forme de travail.
Face à la difficulté de main-d’œuvre, le colonisateur n’avait d’autre choix
que d’imposer une certaine somme de travail à l’Africain s’il voulait mettre
en valeur les territoires conquis. En 1931, Charles Fayet arguait : « qu’on le
veuille ou non, la contrainte était le seul moyen pratique pour la réalisation
9 10des programmes d’outillage économique . » Les travaux de René Mercier
11et de Jean Folliet , parus à la même période, soulignaient la nécessité de
l’obligation au travail pour les indigènes. Ils présentaient le travail
obligatoire comme une solution contribuant à résoudre les problèmes nés de
la pénurie de main-d’œuvre. Ainsi, jusqu’au milieu des années trente, le
thème du travail était considéré sous trois points de vue : quantitatif, coercitif
12et démographique .
De 1935 aux années 1940, la question du travail fut posée sous l’angle
qualitatif. Les fonctionnaires coloniaux se plaignaient abondamment de
l’extrême instabilité de la main-d’œuvre locale, et des conséquences que
cette attitude avait sur la productivité. Le marché du travail se caractérisait à
l’époque par les flux et reflux des travailleurs entre les villages et les zones
d’exploitation économique. Les discours sur le travail mettaient en avant le
faible rendement du travailleur africain et son incapacité à se plier à la
discipline du travail industriel. Pour saisir la notion de productivité chez les

5 A. Sarraut, La mise en valeur des colonies françaises, Paris, Payot & Cie, 1923, p. 95.
6 G. Mangin, La législation du travail dans les colonies françaises, Paris, Jouve, 1925, 168 p.
7 P. Monnet, La législation du travail dans les colonies françaises, Paris, Jouve, 1925, 133 p.
8 H. Solus, Le régime et l’organisation du travail des indigènes dans les colonies françaises
d’Afrique noire, Paris, 1929, 176 p.
9 Ch. Fayet, Travail et colonisation, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence,
1931, p. 15.
10 R. Mercier, Le travail obligatoire dans les colonies africaines, Paris, Vesoul, 1933, 242 p.
11 J. Folliet, Le travail forcé aux colonies, Paris, Edition du Cerf, 1934, 271 p.
12 F. Cooper, Décolonisation et travail en Afrique. L’Afrique britannique et française,
19351960, Paris, Karthala/Sephis, 2004, p. 12.

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autochtones, des administrateurs envisageaient l’observation des activités
13rurales des sociétés africaines. Les enquêtes de Robert Delavignette et
14d’Henri Labouret postulaient ainsi l’existence d’un paysannat noir. Mais on
continuait de penser la question du travail autrement que comme un
processus social, et le travailleur autrement que comme un homme social.
Il fallut attendre les années cinquante pour voir « la classe ouvrière
africaine » émerger sur la scène sociale coloniale. En raison des grèves de la
fin des années quarante, qui troublèrent l’ordre colonial, le gouvernement
français entreprit de définir un monde ouvrier en instituant un code du
travail. Le but visé par le pouvoir colonial était de créer une classe ouvrière
15distincte des masses paysannes et des agitateurs des centres urbains . A
travers ce code, on espérait avoir un contrôle sur les ouvriers qu’on avait au
préalable pris soin d’identifier. L’on voulait que le travailleur africain fût un
ouvrier stable et obéissant. Mais l’adoption d’un code du travail dans les
territoires d’outre-mer était propice aux analyses neuves, rompant avec les
visions centrées sur les aspects quantitatif et qualitatif de la question du
travail. Le recueil publié par Présence Africaine sur le travail en Afrique
16noire s’inscrivait dans cette optique. Les contributions rassemblées par
Alioune Diop sont très variées, elles touchent plusieurs aspects du thème du
travail : le travail agricole dans le cadre coutumier africain, la pénétration du
capitalisme en Afrique, le salariat, les revendications syndicales, en somme
les bouleversements des formes du travail et de l’économie en Afrique noire.
L’objectif des promoteurs de cet ouvrage était au fond de cerner la notion du
travail dans les sociétés africaines au Sud du Sahara. Le Code du travail
d’outre-mer de 1952 ouvrait sur une période au cours de laquelle les
chercheurs s’intéressaient aux changements sociaux dans les villes
17 18africaines. S’esquissaient alors avec Georges Balandier et Guy Lasserre
les prémices d’une sociologie et d’une géographie urbaines de l’Afrique.
Même si la question du travail s’était déplacée de l’aspect quantitatif à
la création d’une classe ouvrière, la période coloniale se fermait cependant
sans qu’on ne sût les contours de la vie du travailleur sur les lieux de travail.
Les rapports entre les modes de vie et le travail salarié, le but lié à ce travail,
sa perception, les relations tissées sur les lieux de travail, les liens avec les

13 R. Delavignette, Les paysans noirs. Récits soudanais en douze mois, Paris, Stock, 1931,
221 p.
14 H. Labouret, Le paysan et la terre, Paysans d’Afrique occidentale, Paris, Gallimard, 1941,
307 p.
15 F. Cooper, Décolonisation et travail en Afrique…, op. cit., p. 19.
16 Présence Africaine, Le travail en Afrique noire, Paris, Seuil, 1952, 427 p.
17 G. Balandier, Sociologie des Brazzavilles noires, Paris, Presses de la Fondation nationale
des sciences politiques, 1955, 306 p.
18 G. Lasserre, Libreville : la ville et la région. Etude de géographie humaine, Paris, Armand
Colin, 1958, 347 p.

21


familles restées au village, ne suscitèrent pas l’attention des administrateurs
et autres observateurs sous la période coloniale. En choisissant de faire une
étude sur le monde du travail gabonais, il s’agit ici de repositionner le
travailleur africain en le considérant comme un être social. On s’efforcera de
retracer l’histoire sociale des ouvriers, de leur mode de vie, de leurs
comportements, de leurs attitudes au travail, de leurs formes spécifiques de
lutte.
Le point de départ de cette recherche est une étude sur la condition
matérielle des travailleurs des chantiers forestiers et miniers au Gabon entre
191920 et 1960 . Les conditions d’existence et de travail des ouvriers avaient
été placées au centre des préoccupations de cette recherche, négligeant les
autres aspects du monde du travail. Au fil des recherches, l’attention a
toutefois débordé le cadre originel de cette étude. Il apparut nécessaire, en
effet, de ne pas limiter ce travail à la simple description de la condition
sociale des travailleurs gabonais des enclaves forestières et minières sous la
période coloniale. La condition sociale s’est révélée comme un phénomène
qui n’est pas isolé, mais qui s’articule dans un ensemble global tenant à la
vie du travailleur dans ses multiples aspects. Ainsi, cette étude tente de
rassembler les conduites ouvrières autochtones générées par l’activité de
l’économie forestière. Elle a donc pour objet les travailleurs des chantiers
forestiers du Gabon.
Cette analyse concerne les seuls travailleurs des chantiers forestiers
pour un certain nombre de raisons. En premier lieu, dans le cadre de
l’élaboration d’une histoire du monde du travail gabonais, il faut privilégier
l’approche monographique par secteur d’activité économique. Cela présente
l’intérêt d’étudier en profondeur un secteur donné, de mieux rendre compte
de ses spécificités pour faire par la suite des comparaisons avec d’autres
secteurs. En traitant conjointement les secteurs forestier et minier, on
courrait le risque du déséquilibre dans la livraison de la masse de
renseignements. L’histoire du monde ouvrier est à entreprendre à partir des
études sectorielles ou locales. La perspective sectorielle permet des
recherches plus fouillées. De ce point de vue, elle est préférable aux études
générales souvent inspirées de la même problématique. Mais les synthèses
restent pour autant à faire. Ensuite, l’approche globale se heurte à la
différence des trajectoires historiques des deux secteurs. L’économie
eforestière a démarré au Gabon à la fin du XIX siècle et est restée, sans
discontinuité jusqu’aux années 1970, la première ressource économique du
pays. Le secteur des mines a connu une évolution différente. L’exploitation
minière (or et diamant) a commencé seulement en 1938, elle ne connut pas

19 C. Messi Me Nang, Les travailleurs des chantiers forestiers et miniers au Gabon
(19201960), mémoire de DEA d’histoire, dir. Pierre Boilley, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
2002, 123 p.

22


un grand succès puisque, dès 1958, plusieurs chantiers durent fermer, faute
de gisements nouveaux. Enfin, le secteur forestier a semblé d’autant plus
intéressant que cette industrie était la première au Gabon à avoir manifesté
les caractères d’une entreprise économique de grande échelle. D’un côté, il y
avait des capitaux importants qui furent investis, encouragés en cela par la
conjoncture favorable du marché international des bois ; et de l’autre, la
masse des travailleurs. L’exploitation forestière constituait la principale
activité économique de la colonie du Gabon. Le commerce des bois,
notamment du très prisé okoumé, représentait plus de 80% des recettes
20budgétaires de la colonie . En outre, la forêt était le secteur qui occupait le
plus de main-d’œuvre. A elles seules, les exploitations forestières
21employaient, à la fin des années vingt, 25 000 hommes ; et autour de 15
22000 au milieu des années cinquante, soit 44% des effectifs du secteur privé .
On comprend donc l’intérêt porté aux travailleurs forestiers.
L’étude des travailleurs des chantiers forestiers s’inscrit dans la
perspective d’une histoire sociale ouvrière. La question essentielle ici est
celle de l’autonomie ouvrière, c’est-à-dire des formes originales de la culture
née des chantiers forestiers, des comportements propres qu’ils suscitent, de
ses liens de sociabilité. Ainsi, à quel rythme et selon quelles modalités une
culture ouvrière s’est-elle construite sur les chantiers forestiers du Gabon ?
Tout en évoquant les mutations de l’économie forestière, ce travail s’attache
à l’étude des attitudes ouvrières qui s’inscrivent non seulement dans les
contraintes économiques ou d’organisation du travail et de l’espace (le
chantier), mais aussi dans un environnement social complexe où les logiques
coutumières et celles du travail industriel s’imbriquent les unes dans les
autres.
Deux dimensions sont à retenir dans l’analyse. La première postule le
caractère hybride de la culture ouvrière. L’introduction de l’économie
forestière dans la formation sociale gabonaise eut pour corollaire
l’émergence d’une culture ouvrière hybride, un enchevêtrement complexe de
coutumes locales et d’éléments embryonnaires du mode de production
capitaliste. En fait, la rencontre entre les deux modes de production donna
naissance à une culture ouvrière bancale faite de retours incessants entre la
vie villageoise et le chantier. La politique sociale et l’organisation du travail
tendaient à donner aux chantiers forestiers le visage du monde ouvrier. En
revanche, les attitudes au travail, les habitudes de consommation, les formes
d’habitat, les loisirs, la vie sexuelle, le poids des coutumes, tout cela

20 Annuaire statistique de l’AEF, vol. 2, 1951-1955, Brazzaville, Imprimerie officielle, 1956,
297 p.
21 ANG – FPR carton 433 : Note au sujet de la main-d’œuvre au Gabon (rédigée par le
lieutenant-gouverneur du Gabon). Libreville, le 12 mars 1928.
22 CAOM – GGAEF carton 1H16 : Rapport de l’inspection générale du Travail de l’AEF,
année 1954.

23


dessinait au contraire une figure locale. Dans ces conditions, le processus de
prolétarisation ne fut jamais achevé et les travailleurs, pour la plupart,
demeurèrent des semi-ouvriers.
La deuxième dimension de l’analyse tient à la double invisibilité de la
culture ouvrière des travailleurs des chantiers forestiers. D’abord, elle fut
mal interprétée par certains observateurs européens. Ceux-ci ne regardaient
le monde du travail africain que sous le prisme de la vision qu’on en avait en
Europe. Dès lors que l’indigène agissait différemment, on concluait
rapidement qu’il ne savait pas travailler, qu’il était un « paresseux invétéré ».
Et donc n’était pas un ouvrier qui vaille. Ensuite, les travailleurs des
chantiers forestiers se caractérisaient par leur invisibilité sur le champ des
luttes syndicales et politiques. Les ouvriers de brousse, plus encore que leurs
camarades des villes, manifestaient un grand désintérêt envers les syndicats
et les partis politiques. L’absence d’un véritable mouvement syndical a pu
faire croire à l’inexistence d’une conscience ouvrière chez les travailleurs
des chantiers forestiers. Or, la conscience ouvrière n’était pas ici à
rechercher dans la grève syndicale ou dans le militantisme politique, mais
dans les conduites cachées des travailleurs. L’action ouvrière sur les
chantiers était invisible, dissimulée, occulte. La dérobade au travail, la
désertion, l’absentéisme, le vol, les beuveries, le travail journalier, la grève
spontanée étaient autant de formes de résistance qui témoignaient de la
formation d’un esprit de corps des travailleurs des chantiers forestiers,
propre à l’émergence d’une conscience ouvrière. Comme le suggère Jean
Copans, il faut faire une archéologie de la quotidienneté sur les lieux de
travail pour saisir la spécificité de la conscience ouvrière des travailleurs
africains :
« Il n’y a pas que les grèves qui manifestent la conscience de classe et les
moyens de la mobilisation syndicale, mais la perspective politiste de
gauche a eu nettement tendance à privilégier ce qui bougeait. L’intérêt
23pour l’exceptionnel a occulté le quotidien et l’ordinaire . »

Examiner le quotidien des hommes sur les chantiers forestiers, c’est
retrouver les préoccupations, les soucis et les inquiétudes qui habitaient les
travailleurs. Mais est-il pertinent d’employer le concept de travailleur à
propos de la main-d’œuvre des chantiers forestiers ?

De la définition du concept de travailleur

Traiter d’un objet de recherche comme celui-ci pose le problème de sa
définition. A ce niveau de l’étude, il s’avère nécessaire pour la

23 J. Copans, « A la recherche d’une classe ouvrière », in M. Agier, J. Copans et A. Morice,
Classes ouvrières d’Afrique noire, Paris, Karthala, 1987, p. 38.

24


compréhension du sujet de camper le cadre conceptuel de son
développement. La présente étude puise dans la sociologie du travail les
éléments théoriques à son élaboration. La sociologie du travail offre un
appui théorique utile à l’historien du monde ouvrier. Par exemple, Antoine
Prost a montré dans un article l’apport considérable de la sociologie du
24travail dans le renouvellement de l’histoire ouvrière en France . Mais ici
« théoriser, c’est essentiellement généraliser, c’est-à-dire faire abstraction
momentanément des cas particuliers pour dégager des explications d’ordre
général qui nous permettront par la suite de mieux entrevoir la signification
25d’autres cas particuliers similaires . » Cinq critères ont donc été retenus
pour justifier le concept de travailleur, lesquels sont tout à fait opérants pour
notre champ d’investigation, à savoir les travailleurs des chantiers forestiers
du Gabon.
Le premier critère est d’ordre technique. « Il tient », selon Marcel
26David, « à la nature même de l’activité laborieuse . » Le travailleur se
27définit d’abord comme quelqu’un qui exerce une activité productive dans
un « poste de travail » donné. « Le poste de travail » renvoie à la fois à
28l’outil de travail et à l’intervention de l’opérateur, de l’ouvrier . Le critère
technique est cependant discriminant. Il désigne les travailleurs manuels, en
excluant les employés et les petits fonctionnaires qui, pourtant, sont des
travailleurs, à cause de leur rôle de simples exécutants. Ce critère s’applique
néanmoins pour l’étude des travailleurs des chantiers forestiers ; celle-ci
montre bien que les manœuvres constituaient la grande majorité de la
maind’œuvre.
Le deuxième critère est en rapport avec l’organisation du travail. Il
concerne la position du travailleur dans le système de production. Le
travailleur se caractérise par le fait qu’il est confiné dans des tâches
d’exécution, « c’est-à-dire dans celles qui n’ont qu’un caractère fragmentaire
et dont l’agent vient à bout sur ordre sans jouir lui-même d’aucune parcelle
de pouvoir requis pour orienter l’activité de l’unité économique ou
29administrative dans son ensemble . » Dans le système de production
industrielle, les travailleurs jouent le rôle d’agents d’exécution, et les
dirigeants d’entreprise s’occupent de la gestion. Cette division entre gestion

24 A. Prost, « L’histoire ouvrière en France aujourd’hui », Historiens et Géographes, n° 350,
octobre 1995, p. 205-206.
25 D.-G. Tremblay, (dir.), Travail et société. Une introduction à la sociologie du travail,
Sainte-Foy (Québec), Télé-Université, 1992, p. 7.
26 M. David, Les travailleurs et le sens de leur histoire, Paris, Editions Cujas, 1967, p. 20.
27 M. De Coster, « Introduction : bilan, actualité et perspectives de la sociologie du travail »,
in M. De Coster et F. Pichoult, (eds), Traité de sociologie du travail, Bruxelles, De Boeck et
e ereLoucier, 1998 (2 éd. ; 1994, 1 éd.), p. 35.
28 G. Friedmann et P. Naville, (dir.), Traité de sociologie du travail, Tome 1, Paris, Armand
Colin, 1961, p. 16.
29 M. David, Les travailleurs et le sens de leur histoire, op. cit., p. 21.

25


et exécution, qui fonde l’existence du travailleur en tant qu’entité distincte,
se retrouvait dans l’organisation de la production sur les chantiers forestiers
où les travailleurs étaient majoritairement des manœuvres sans spécialité.
Le troisième critère porte sur le type de revenu. Le travailleur se
distingue du fait qu’il ne tire pas son revenu du profit, mais d’une autre
30source désignée sous le vocable de salaire. François Simiand définit le
salaire comme une somme d’argent, un paiement en argent qui est fait en
échange d’une quantité de travail matériel. Ce critère se vérifie également
dans le cas de cette étude, puisque les travailleurs des chantiers forestiers
étaient des salariés, c’est-à-dire des gens qui échangeaient leur force de
travail contre une rétribution. Au demeurant, le Code du travail des
territoires d’outre-mer de 1952 avait retenu ce critère pour définir le
travailleur africain. L’article premier du texte précisait qu’était travailleur
salarié « toute personne qui s’est engagée à mettre son activité
professionnelle, moyennant rémunération, sous la direction et l’autorité
31d’une autre personne, physique ou morale, publique ou privée . » Le critère
salaire intègre aussi la question du pouvoir d’achat. Sous cet angle, le
travailleur se caractérise par son pouvoir d’achat précaire et sa faible
capacité d’épargne.
Un autre critère, le quatrième, tient aux particularités socio-culturelles
relatives aux travailleurs. Celles-ci concernent le logement, l’alimentation, la
santé, les loisirs, la vie privée… Le travailleur se définit ici sous sa
dimension sociale, car le travail lui-même n’est pas uniquement un acte
32technique mais aussi un « lien social », un tissu de relations dans la société .
La présente étude tente précisément de mettre en lumière le mode de vie
spécifique des travailleurs des chantiers forestiers.
Enfin, le dernier critère se situe au niveau des comportements et de la
conscience collective. Cette recherche s'attache à étudier les conduites des
travailleurs, lesquels possédaient leurs propres normes morales et sociales.
Ces normes étaient le produit d’un mélange entre des éléments issus de la vie
villageoise et ceux provenant du travail industriel. De ce point de vue, il est
légitime de parler d’une culture ouvrière des chantiers forestiers, le terme
« culture » étant entendu ici au sens d’un ensemble de comportements
propres à une catégorie sociale. Ces comportements participaient à la
structuration d’une conscience collective des travailleurs gabonais des
chantiers forestiers. Ceux-ci possédaient en effet le sentiment d’appartenance
à un groupe social, même s’ils étaient faiblement syndiqués. Ils
développaient entre eux des liens de solidarité et de fraternité qui faisaient
qu’ils formaient un groupe particulier.

30 F. Simiand, Le salaire, l’évolution sociale et la monnaie, Paris, Alcan, 1932, p. 83.
31 Code du travail des territoires d’outre-mer du 15 décembre 1952, JOAEF de 1953, p. 85.
32 A. Bidet, Th. Pillon, F. Vatin, Sociologie du travail, Paris, Montchrestien EJA, 2000, p. 4.

26


Le concept de travailleur posé, il faut ajouter que celui-ci s’insère à
l’intérieur d’une catégorie sociale. Autrement dit, le travailleur appartient et
s’identifie à un groupe social qu’on désigne sous le terme de « classe
ouvrière » ou de « monde du travail ». Ce dernier concept a été retenu pour
cette étude. Selon Marcel David, le monde du travail regroupe « tous les
individus dont la condition économique, juridique, psychologique, culturelle
et sociale, liée à une activité professionnelle d’exécution subordonnée et
dépendante, présente assez de traits sinon toujours identiques du moins
33analogues pour être rangés dans un même ensemble social . » Georges
Friedmann et Pierre Naville précisent que les ouvriers constituent une
catégorie sociale « réunis par la communauté ou la similitude de leurs
origines, de leurs croyances, de leurs sympathies : attractions caractérielles,
politiques, syndicales, religieuses, professionnelles, nationales, raciales,
34etc. » Le monde du travail désigne donc un groupe social spécifique dont
les membres partagent un ensemble de caractères communs. Ainsi, on parle
du monde du travail, comme on peut parler du monde paysan, du monde des
affaires ou du monde de la politique.
Sachant que le terme travailleur peut prendre une extension plus ou
moins large, car en fait tout le monde travaille, il semblait nécessaire de
préciser le contenu de ce concept pour justifier son utilisation. Tout comme
il est essentiel de fixer le cadre temporel de cette étude.

Quel découpage temporel pour l’histoire des travailleurs des chantiers
forestiers ?

La question de la périodisation a longtemps alimenté (et alimente
35encore) les débats des spécialistes de l’histoire africaine . Certains
historiens de l’Afrique ont souligné la nécessité de repenser la périodisation
de l’histoire de l’Afrique (encore adossée à celle de l’Occident) de manière
autonome, c’est-à-dire en tenant compte des réalités africaines. L’entreprise
s’avère toutefois difficile, au regard de la diversité des situations du
continent. Elle n’a pas à ce jour trouvé un aboutissement heureux, reconnu

33 M. David, Les travailleurs et le sens de leur histoire, op. cit., p. 42.
34 G. Friedmann et P. Naville, Traité de sociologie du travail, op. cit., p. 19.
35 A titre indicatif lire J. Ki-Zerbo, Histoire de l’Afrique noire. D’hier à demain, Paris, Hatier,
1978, 768 p. ; Histoire générale de l’Afrique, tome 1, Méthodologie et préhistoire africaine,
Paris, Présence Africaine/Edicef/Unesco, 1986, 416 p. ; H. Moniot, « L’histoire africaine, un
observatoire de la périodisation », in Périodes. La construction du temps historique, Actes du
e5 colloque d’Histoire du temps présent, Paris, EHESS, 1991, p. 193-199. ; C.
CoqueryVidrovitch, « De la périodisation en histoire africaine. Peut-on l’envisager ? A quoi
sertelle ? », Afrique et histoire, n° 2, 2004, p. 31-65. ; D. Meyo-Me-Nkoghe, « Jalons pour une
périodisation de l’histoire africaine : le cas de l’histoire gabonaise à partir des sources orales
et écrites », in I. Mandé et B. Stefanson (éds), Les historiens africains et la mondialisation,
Paris, Karthala, 2005, p. 293-309.

27


36par tous . Si le problème de la périodisation se pose avec beaucoup d’acuité
à l’échelle continentale, il est relativement moins ardu au niveau national et à
la dimension d’un champ de recherche. On peut poser un certain nombre de
points de repères pour une périodisation de l’histoire des travailleurs
forestiers du Gabon. Trois critères ont été pris en compte pour élaborer la
frise chronologique du monde du travail des chantiers forestiers (cf. figure n°
1).
Le premier critère est économique. Il justifie le choix de la borne de
départ de cette étude. L’année 1892 correspond à l’apparition de l’okoumé
dans les statistiques douanières de la colonie du Gabon comme produit
d’exportation. Ce fait est important dans la mesure où l’avènement de
l’okoumé dans le marché international des bois fut à l’origine de la naissance
d’une industrie forestière au Gabon. L’année 1920 est un autre point de
repère, elle marque le début d’une véritable économie forestière avec le
passage de la coupe archaïque d’avant-guerre au mode d’exploitation par
chantier. Au sortir de la Première Guerre mondiale, l’Europe dévastée était
Figure 1 : Frise chronologique de l’histoire des travailleurs forestiers du
Gabon.

Source : Clotaire Messi Me Nang


confrontée à d’énormes besoins de reconstruction. La demande européenne
en bois tropicaux s’accrut rapidement. Pour répondre à cette forte demande,
des entreprises s’installèrent au Gabon pour pratiquer la coupe directe. A

36 Une hypothèse envisageable serait de partir d’une réflexion sur une périodisation à l’échelle
nationale et en privilégiant l’approche thématique. On pourrait d’abord chercher à déterminer
les thèmes propres à l’histoire de chaque pays : politique, social, économique, culturel, etc.
Ensuite on procéderait à un découpage du temps à l’intérieur de chaque champ. La méthode
permettrait de faire des recoupements, d’identifier les faits majeurs susceptibles de servir pour
l’élaboration d’une périodisation de l’histoire nationale. Et de l’échelle nationale, on pourrait
passer à la dimension régionale puis continentale.


28


l’instar du Consortium des grands réseaux français qui obtint cette année-là
deux concessions forestières de 150 000 hectares dans la région de
l’Estuaire. L’année 1930 est, elle, à mettre en rapport avec la crise
économique mondiale. Celle-ci a structuré l’économie forestière, en ce sens
que la dépression a éliminé de l’activité les petites et moyennes entreprises
qui avaient une trésorerie aléatoire, ne laissant subsister que les grandes
sociétés aux énormes capitaux. L’année 1946 est aussi un moment à signaler,
elle coïncide avec une autre restructuration de l’économie forestière. La
guerre a entraîné une concentration des entreprises forestières. En outre, la
raréfaction des gisements d’okoumé aux abords des cours d’eau imposait
l’introduction d’un équipement adéquat. Les chantiers connaissaient alors
une « révolution mécanique » avec les engins des surplus américains. La
borne finale de la présente étude est un temps fort dans l’histoire de
l’économie forestière. L’année 1962 marque le passage de l’activité
forestière en deuxième zone, c’est-à-dire dans les régions à l’intérieur des
terres. Cela a bouleversé la structure des chantiers, ceux-ci devaient se
déplacer et se réorganiser. Les entreprises devaient investir de gros moyens
pour s’adapter au nouveau cadre d’exploitation. L’année 1973 constitue le
dernier point de repère arrêté à partir du critère économique. Cette date est
celle qui a vu le bois perdre son hégémonie dans l’économie gabonaise, au
profit du pétrole, à la suite du choc pétrolier de 1973.
Le deuxième critère à partir duquel on peut envisager la périodisation
de l’histoire des travailleurs forestiers est juridique. Il tient à la législation en
matière du travail et de main-d’œuvre dans la fédération de l’AEF en
général, et au Gabon en particulier. Le premier point de repère est le texte de
1922. Le 4 mai de cette année-là est promulgué un décret fixant le régime du
37travail en AEF . Ce fait est essentiel : jusqu’en 1952 le décret du 4 mai 1922
faisait office de code du travail dans la colonie du Gabon. Dans une certaine
38mesure, on peut retenir aussi l’institution du travail forcé en 1930 comme
fait marquant, même si cela ne concernait pas directement les travailleurs
salariés. En revanche, son abolition en 1946 est un fait à mentionner.
L’abrogation du travail forcé a eu un écho retentissant dans les chantiers
forestiers où de nombreux travailleurs abandonnèrent les chantiers ne se
sentant plus obligés de respecter leurs contrats. En fait, un certain flottement
était observé dans la discipline des travailleurs. Vint ensuite 1952, le
moment fort. Celui qui correspond à l’adoption dans les territoires d’outre-

37 Décret du 4 mai 1922 fixant le régime du travail en AEF, JOAEF de 1922, p. 262-264.
38 Décret du 21 août 1930 réglementant le travail public obligatoire aux colonies, JOAEF du
er1 mars 1931, p. 166-167. Avant ce décret aucun texte législatif ne réglementait les
réquisitions de main-d’œuvre dans les colonies françaises. A l’époque, le code de l’indigénat
était l’instrument juridique qui servait de couverture à la pratique du travail forcé. Mise au
ban des accusés par le BIT à la Conférence de Genève de 1930 sur le travail forcé, la France
dut adopter une législation réglementaire portant sur le travail obligatoire.

29


mer d’un véritable code du travail prévoyant un ensemble de droits sociaux
jusque-là refusés aux travailleurs africains. Le critère juridique apporte un
argument supplémentaire pour justifier le choix de l’année 1962 comme
borne terminale de cette étude. En 1962, le Gabon, nouvellement
39indépendant, adopte un nouveau code du travail . Ce code inaugurait le
cycle de la législation nationale en matière du travail.
Enfin, le troisième et dernier critère est politique. Il concerne l’année
1960 qui marque la fin de la période coloniale et l’accession du Gabon à la
souveraineté internationale. Cette date ne constitue pas à proprement dit une
césure majeure dans l’histoire de l’économie forestière ni même dans celle
des travailleurs. Au moment de l’indépendance, le monde du travail des
chantiers forestiers ne connut pas de grands bouleversements dans sa
structure et son organisation. Mais l’indépendance demeure un point de
rupture à considérer au plan politique : le passage des affaires du pays des
mains des colonisateurs à celles des autochtones, même si au plan
économique les leviers de la machine continuèrent d’être détenus par les
Européens. Ce passage, que permit l’indépendance, eut néanmoins un impact
sur le comportement des travailleurs. Le pays étant désormais sous la tutelle
des Gabonais, de nombreux travailleurs supportaient de moins en moins les
brimades et autres railleries de nature raciste professées par certains ″petits
blancs″ des chantiers forestiers. Les ouvriers manifestaient ainsi une forte
tendance à la revendication.
Au total, puisque « pour l’historien, tout commence, tout finit par le
40temps », pour cette étude sur les travailleurs des chantiers forestiers, nous
avons retenu les dates de 1892 correspondant à l’apparition de l’okoumé
dans les statistiques douanières comme produit d’exportation ; et 1962,
année qui marque non seulement le passage des chantiers dans la deuxième
zone forestière mais aussi l’adoption d’une nouvelle législation du travail.

Le travailleur, parent pauvre de l’historiographie africaine sur le
monde du travail

Depuis les indépendances, le thème du monde du travail africain a fait
l’objet de nombreuses recherches. Lorsqu’on observe la masse des
études sur le monde du travail, ce qui frappe de prime abord c’est le
foisonnement des travaux dans la période 1960-1980. Deux raisons
essentielles expliquent ce fait. En premier lieu le contexte historique, qui
était celui des indépendances africaines, période propice aux recherches sur
l’émergence des courants nationalistes en Afrique. Dans cette optique, on

39 Loi n° 88/61 du 4 janvier 1962 instituant un code du travail de la République gabonaise,
erJORG du 1 mars 1962, p. 189-209.
40 F. Braudel, Ecrits sur l’histoire, Paris, Flammarion, 1961, p. 76.

30


s’intéressait au rôle joué par les mouvements sociaux dans l’essor du
nationalisme africain. En second lieu, l’actualité éditoriale de
l’historiographie française favorisait l’intérêt pour les recherches sur le
monde du travail. En France, à cette époque, l’histoire sociale était à la mode
41 42à la suite des travaux d’Alain Touraine , d’Ernest Labrousse et de Marcel
43David . L’histoire sociale s’est développée sous l’influence tutélaire
d’Ernest Labrousse, et dans le contexte historique de l’après-guerre,
caractérisé par une forte influence politique et intellectuelle du marxisme et
de la philosophie de l’histoire qu’il porte. La période voyait en effet
apparaître une génération de jeunes historiens « engagés », gagnés à
l’idéologie marxiste, qui souhaitaient consacrer leurs recherches aux sujets
qui les mobilisaient, notamment la condition des classes laborieuses.
D’ailleurs, le patron de ces jeunes chercheurs, Ernest Labrousse, était
luimême proche du parti communiste français, et fut à un moment donné
44journaliste à L’Humanité . Bref, entre 1960 et 1970, l’école labroussienne a
produit toute une gamme de travaux fondateurs de l’histoire ouvrière en
France. Ce contexte historiographique français a influencé des africanistes
45 46comme Catherine Coquery-Vidrovitch et Hélène d’Almeida-Topor qui
lancèrent, dans les études africaines en France, l’histoire économique et
sociale.
Mais, depuis la fin des années 1980, l’engouement de départ des
historiens de l’Afrique pour le thème du travail s’est au fil des ans étiolé.
Cela peut s’expliquer par la crise du marxisme en France à cette époque.
L’arrivée au pouvoir des socialistes au début des années quatre-vingt, bien
qu’elle ait suscité beaucoup d’espoir, a vite fait retomber les illusions des
intellectuels sur la capacité du socialisme à porter « la révolution ».
Aujourd’hui, la question ne semble pas susciter l’intérêt de nombreux
historiens. En France, Hélène d’Almeida-Topor, Monique Lakroum et Annie
Duperray sont les seules spécialistes de l’histoire de l’Afrique qui portent
encore un regard sur le thème du travail. Annie Duperray a posé les jalons
pour des études sur deux pistes de recherches intéressantes : l’histoire de la

41 A. Touraine, La conscience ouvrière, Paris, Seuil, 1966, 397 p.
42 E. Labrousse, L’histoire sociale : sources et méthodes, Paris, PUF, 1967, 299 p.
43 M. David, Les travailleurs et le sens de leur histoire, op. cit.
44 A. Prost, « L’histoire ouvrière en France aujourd’hui », op. cit., p. 202.
45 Elle a présenté une thèse d’Etat d’histoire économique et sociale en 1970, publiée sous le
titre Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires (1898-1930), Paris/La
Haye, Mouton, 1972, 598 p.
46 Elle a présenté une thèse d’Etat d’histoire économique en 1987, publiée sous le titre
Histoire économique du Dahomey (1890-1920), Paris, L’Harmattan, 1995, 2 vol., 490 et 419
p.

31


47 48législation coloniale du travail et celle des administrations du travail . Elle
n’a pas été très suivie sur ces thématiques. On peut en dire autant de
l’histoire des représentations et pratiques du travail, qui n’a pas fait l’objet
de plusieurs recherches. Elle n’a été lancée qu’en 2003 par un collectif
49d’auteurs . Notons enfin que nous devons à l’historien américain, Frederick
50Cooper , un livre traduit en français qui s’intéresse à la problématique des
interactions entre les bureaucraties coloniales et les mouvements ouvriers
africains, pour montrer comment leurs relations, leurs conflits, leurs tensions
ont influencé la question du travail en Afrique.
L’histoire des travailleurs est un champ de recherches peu abordé dans
l’historiographie gabonaise. A ce jour, on compte seulement une huitaine de
travaux sur le monde du travail au Gabon. Deux thèmes majeurs dominent
les recherches sur l’histoire ouvrière gabonaise. En premier lieu, celui des
formes d’exploitation de la force de travail autochtone, des effets du
développement de l’économie capitaliste et des processus de mise au travail
à l’époque coloniale. Dès 1979, Anselme Nzoghe a présenté un mémoire de
51maîtrise sur la question de la mise au travail des populations locales .
L’année suivante, Louis de Dravo Ondénot a préparé un projet de thèse sur
les répercussions sociales de l’économie monétaire et de la politique
52coloniale de main-d’œuvre . Cette étude, toutefois, n’a pas été menée à son
terme. En 1984, Anselme Nzoghe, dans le prolongement de son mémoire de
maîtrise, est revenu sur la problématique des formes d’exploitation de la
53force de travail des Gabonais . Cependant, en brossant un tableau noir de la
situation, l’auteur ne distingue pas le travail forcé du travail salarié. Du reste,
l’intitulé du sujet prête, en lui-même, à confusion. La même année, Christian

47 A. Duperray, « Travailleurs de Haute-Volta et code du travail outre-mer », in G.
Yénouyaba Madiéga et O. Nao, (dir.), Burkina-Faso, cent ans d’histoire (1895-1995), Paris,
Karthala/PUO, 1999, p. 1527-1563.
48 A. Duperray, « L’inspection du travail en AOF et les travailleurs de Haute-Volta,
19321960 », in C. Coquery-Vidrovitch, O. Goerg et Ch. Tshimanga, (textes rassemblés par),
eHistoire et devenir de l’Afrique noire au XX siècle. Travaux en cours, Paris, L’Harmattan,
2001, p. 193-212.
49 H. Almeida-Topor (d’), M. Lakroum et G. Spittler, (dir.), Le travail en Afrique noire.
Représentations et pratiques à l’époque contemporaine, Paris, Karthala, 2003, 355 p.
50 F. Cooper, Décolonisation et travail : l’Afrique britannique et française 1935-1960, Paris,
Karthala/Sephis, 2004, 578 p.
51 A. Nzoghe, Les problèmes du travail au Gabon de 1920 à 1939, mémoire de maîtrise
d’histoire, dir. Jean-Louis Miege, université de Provence Aix-Marseille, 1979, 146 p.
52 L. Dravo Ondénot (de), Le problème de la main-d’œuvre gabonaise et ses conséquences au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, mémoire de DEA d’histoire, dir. Rey
Goldzeiguer, université de Reims, 1980, 85 p.
53 A. Nzoghe, L’exploitation forestière et les conditions d’exploitation des peuples de la
ecolonie du Gabon de 1920 à 1940 : le travail forcé, thèse de 3 cycle d’histoire, dir.
JeanLouis Miege, université de Provence Aix-Marseille, 1984, 371 p.

32


54Mamfoumbi a fourni une étude sur le travail forcé au Gabon . Il a repris le
même schéma qu’Anselme Nzoghe en inventoriant les différentes formes de
ce travail dans la colonie du Gabon. Comme ce dernier, Christian
Mamfoumbi assimile le travail sur les chantiers forestiers à du travail forcé.
Le deuxième thème le plus traité est celui des conditions matérielles
des travailleurs gabonais. Il concerne les travaux de Jeanne-Thérèse Ogoula
Fiti et de Clotaire Messi Me Nang. La première a étudié les conditions de vie
et de travail des ouvriers gabonais dans la période de l’entre-deux-guerres,
en mettant en exergue la modicité des salaires des travailleurs de
55l’administration et du secteur privé . Quant au deuxième, il s’est intéressé à
la condition sociale des travailleurs des chantiers forestiers dans la région de
56l’Estuaire .
Enfin, les deux derniers travaux sont ceux de Gilbert Ondimba Epigat
et de Rufin Didzambou. La première étude porte sur le syndicalisme aéfien à
57partir des cas congolais et gabonais . Elle montre le rôle des mouvements
syndicaux et politiques dans le processus de décolonisation au Congo et au
Gabon. Mais, malheureusement, on note un déséquilibre dans le traitement
du sujet. Autant les renseignements sont abondants sur le Congo, autant ils
sont insuffisants sur le Gabon. Par conséquent, on apprend très peu sur la
naissance du syndicalisme au Gabon. Surtout, on ne saisit pas le caractère
politique du syndicalisme gabonais. Ce qui, au demeurant, ne permet pas de
vérifier la thèse que postule l’auteur à savoir : « les mouvements politiques
et les mouvements syndicaux étaient indissociablement liés et avaient pour
58objectif l’indépendance africaine . » La deuxième étude traite, elle, des
59incidences des migrations de salariat au Gabon . Le déplacement des
populations des villages vers les zones économiques est analysé comme un
processus de prolétarisation des ruraux gabonais.

54 C. Mamfoumbi, Contribution à l’étude du travail forcé en Afrique Equatoriale Française
e cycle dans l’entre-deux-guerres (1919-1939) : l’exemple du Gabon, thèse de doctorat de 3
d’histoire, dir. Jean Devisse, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1984, 659 p.
55 J.-Th. Ogoula Fiti, Les conditions de travail au Gabon entre les deux guerres mondiales
(1919-1939), mémoire de maîtrise d’histoire, dir. Catherine Coquery-Vidrovitch, université
Paris 7, 1978, 73 p.
56 C. Messi Me Nang, Les travailleurs des chantiers forestiers dans la région de l’Estuaire
(1920-1960), mémoire de maîtrise d’histoire, dir. Nicolas Metegue N’Nah, université Omar
Bongo de Libreville, 2000, 136 p.
57 G. Ondimba Epigat, Les mouvements syndicalistes et les mouvements politiques du Congo
eet du Gabon (1940-1964), thèse de doctorat de 3 cycle d’histoire, dir. Jacques Droz et René
Gallisot, université Paris 1, 1978, 414 p.
58 G. Ondimba Epigat, Les mouvements syndicalistes…, op. cit., p. 395.
59 R. Didzambou, Les migrations de salariat au Gabon de 1843 à 1960 : processus et
incidences, thèse pour le doctorat nouveau régime en histoire, dir. M. J. Valette, université de
Poitiers, 1995, 305 p.

33


En somme, l’historiographie africaine en général, et gabonaise en
particulier, consacrée au monde du travail s’est surtout focalisée sur le rôle
des mouvements syndicaux dans l'apparition des courants nationalistes en
Afrique et sur l’histoire sociale des formes d’exploitation de la force de
travail des Africains, que ce soit à travers le salariat, la condition matérielle
des ouvriers, les migrations ou encore le travail obligatoire. Les hommes au
centre de l’économie capitaliste apparaissent comme les parents pauvres de
l’historiographie sur le monde du travail. Les travailleurs africains sont
encore assez mal connus. Au-delà des recherches sur la mise au travail
industriel, sur les processus de prolétarisation et sur les organisations
syndicales, il importe de redécouvrir le monde du travail comme un espace
social de construction de comportements. De même que l’économie, les
attitudes des travailleurs s’inscrivent dans la dynamique qui structure le
monde du travail. L’étude des conduites ouvrières se situe dans l’axe de la
recherche entre le travail industriel et la vie hors-travail. Comme le
soulignent Michel Agier, Jean Copans et Alain Morice « on ne peut
sérieusement comprendre le monde du travail sans étudier simultanément
tous ces lieux où les ouvriers dorment, mangent, obéissent ou donnent des
ordres, et tissent finalement l’essentiel de ces liens sociaux, ethniques,
religieux, matrimoniaux qui assurent leur reproduction et sans lesquels il n’y
60a pas d’univers professionnel non plus . »

Les sources pour l’histoire des travailleurs des chantiers forestiers

Cette étude ambitionne de dépasser les perspectives d’une histoire des
organisations syndicales et des processus de prolétarisation pour étudier les
travailleurs dans leur dimension sociale. La démarche essentielle consiste en
une exploration du monde du travail des chantiers forestiers à partir des
sources disponibles sur le sujet. L’étude sur l’histoire des travailleurs
forestiers du Gabon entre 1892 et 1962 puise dans plusieurs documents : les
sources d’archives, les sources imprimées, les récits de vie, les témoignages
oraux.
Les sources d’archives constituent la catégorie de documents la plus
importante ayant servi à l’élaboration de cette étude. Elles proviennent de
trois principaux dépôts. Le premier, le plus riche et le plus abondant, est
celui du Centre d’Archives d’Outre-mer (CAOM) d’Aix-en-Provence. Ce
centre contient les archives émanant des anciennes autorités administratives
des territoires français d’outre-mer. Le fonds du gouvernement général de
l’Afrique équatoriale française (AEF), dont faisait partie la colonie du
Gabon, a été en premier consulté. Ce fonds contient plusieurs séries
numérotées de A à Z, elles-mêmes subdivisées en sous-séries. Les séries D

60 M. Agier, J. Copans et A. Morice, Classes ouvrières d’Afrique noire, op. cit., p. 9.

34


et H renferment l’ossature des matériaux pour l’histoire des travailleurs
gabonais. La série D, intitulée « Politique et administration générale »,
fournit une foule de renseignements sur la situation politique, économique et
sociale de la colonie du Gabon entre 1889 et 1953. En fait, il s’agit des
rapports annuels portant sur le Gabon en général et des rapports mensuels,
trimestriels ou semestriels présentant la situation de chaque circonscription
administrative dans divers domaines. En s’intéressant aux rubriques
politique, économie, travail et main-d’œuvre, on peut saisir les difficultés
inhérentes à l’émergence d’un monde du travail au Gabon, mais aussi les
solutions préconisées par l’autorité coloniale pour les résoudre. Il faut noter
que la série D contient également les dossiers de l’Inspection Générale des
colonies. Ces rapports de mission sont de précieuses mines de
renseignements car ils donnent des points de vue plus critiques sur la
situation de la colonie. Ainsi, sur la question du travail et de la
maind’œuvre, les rapports de la mission Devouton (1938-1939) montrent les
conditions de vie et de travail déplorables des ouvriers sur les chantiers
forestiers. La série H, qui porte le titre « Travail et main-d’œuvre », est
constituée, comme son nom l’indique, des rapports issus des services
chargés des affaires relatives au travail et à la main-d’œuvre. On y trouve
abondamment des dossiers sur le problème du recrutement, notamment dans
la période 1920-1945. Toutefois, de 1947 à 1958, on a un tableau plus
détaillé sur le monde du travail grâce aux rapports de l’inspection générale
du Travail instituée en AEF en 1946. Ensuite, le fonds dit « Ministériel » a
été consulté. Il s’agit des archives du ministère des Colonies, puis de celui de
la France d’Outre-mer. Ces archives complètent celles du gouvernement
général de l’AEF sur diverses affaires politiques et économiques au sein
desquelles apparaissent des questions touchant au monde du travail.
En deuxième lieu, a été visité, toujours en France, le dépôt d’archives
de l’Académie des sciences d’outre-mer (ASOM) sis au 15 rue Lapérouse
edans le 15 arrondissement de Paris. Ce centre contient les archives privées
de Moïse Landeroin, ancien administrateur de la circonscription des
Ouroungous de 1923 à 1925. C’est d’ailleurs le seul fonds qui ait un rapport
avec le sujet de cette étude. Il est constitué de notes, de correspondances et
de rapports sur la situation politique et économique de la circonscription des
Ouroungous. Plusieurs de ces rapports sont les doubles que l’administrateur
a conservés avec lui. Les séries ML 33, 34 et 35 possèdent des informations
sur l’exploitation forestière dans la région et les conséquences que cela
générait sur la production agricole. L’administrateur incriminait le
développement de l’activité forestière à l’origine de la famine que
connaissait la circonscription dont il avait la charge. Il recommandait de
limiter l’octroi des permis d’exploitation aux autochtones, afin de les
ramener au travail de la terre.

35


Le troisième grand centre d’archives qui permet d’élaborer une
histoire des travailleurs forestiers gabonais est celui des Archives nationales
du Gabon (ANG), sises au boulevard du Bord de Mer, quartier Batterie IV à
Libreville. Ce centre contient les archives de l’administration coloniale,
restées sur place au moment de l’indépendance. En fait, plusieurs rapports
sont des doublons des archives conservées au CAOM d’Aix-en-Provence.
Cependant, les deux dépôts se complètent utilement. Les recoupements
peuvent être opérés, et permettent de suivre de manière linéaire l’évolution
de la situation politique, économique et sociale de la colonie du Gabon, à
travers l’examen continu des rapports rédigés par les administrateurs. Aux
Archives nationales du Gabon, trois fonds intéressent le chercheur en
histoire des travailleurs. Il y a le fonds dit « Présidence de la République »
qui comprend essentiellement les rapports et autres correspondances de
l’administration coloniale, le fonds « Région » qui concerne les rapports
spécifiques à chaque circonscription et le fonds « Eaux et Forêts ». Ce
dernier fonds est très intéressant. Il contient les rapports d’inspections des
permis forestiers rédigés par les fonctionnaires du service forestier de la
colonie du Gabon. Ces rapports d’inspection donnent de précieuses
indications sur l’équipement des entreprises forestières, sur les effectifs des
travailleurs, sur les dispositions en matière de logement, de santé, de
rémunération et de ravitaillement des ouvriers. Mais ces archives sont
nonclassées, ce qui impose au chercheur un fastidieux travail de compulsion de
fiches volantes et poussiéreuses. Il faut dire que l’institution documentaire
du Gabon connaît de multiples dysfonctionnements dont nous avons fait
61écho par ailleurs . Le dépôt de Libreville renferme aussi des archives sur la
période postcoloniale, celles de l’administration locale au lendemain de
l’indépendance du pays. Malheureusement de nombreux dossiers sont encore
interdits au public. Certains rapports des années 1960 à 1968 nous ont été
refusés, en dépit du fait que, au regard de la loi des trente ans, la proscription
devait déjà être levée sur les dossiers se rapportant à cette période. Ce qui
explique, d'ailleurs, l'arrêt de cette étude à l’année 1962.
Si les archives, coloniales pour l’essentiel, représentent des sources
d’une valeur informative considérable, elles présentent néanmoins quelques
limites. Les rapports politiques ou économiques sont généralement pauvres
en détails, ce qui nuit à l’affinement des analyses. Ils dressent un tableau
général de la situation de la colonie ou des circonscriptions. En outre, les
archives coloniales livrent des informations inégales. Les administrateurs
insistent essentiellement sur les problèmes de recrutement des travailleurs et
ses conséquences sur la démographie du pays. Ils se soucient peu de donner
une vision d’ensemble sur le monde du travail. Ainsi, les rapports de

61 C. Messi Me Nang, « Les Archives nationales du Gabon : déliquescence d’une institution
documentaire », Afrique et histoire, n° 3, 2005, p. 157-164.

36


l’époque ne nous renseignent pas suffisamment sur la vie des travailleurs
dans les enclaves forestières. De même, les archives coloniales ont
l’inconvénient de manquer cruellement de statistiques sur le monde du
travail. Cela s’observe particulièrement pour la période d’avant 1946 où
n’existait pas encore un service de l’inspection du Travail. Il est donc
difficile de constituer des séries continues sur les salaires, les effectifs de
travailleurs ou encore sur le nombre de syndiqués. Les statistiques fournies
dans la présente étude sont le fruit d’un patient travail de recoupement dont
le mérite est de proposer, à défaut d’une vision précise, une estimation
approchée de la réalité. Enfin, ces archives coloniales comportent un certain
nombre de clichés. Il en est ainsi des discours sur la prétendue « paresse
congénitale » des travailleurs gabonais. Les sources coloniales sont donc à
considérer avec circonspection, en tenant compte des préjugés des
administrateurs coloniaux.
Les sources imprimées sont aussi une catégorie de documents pour
l’écriture de l’histoire des travailleurs forestiers. Elles sont constituées par
les publications officielles comme l’annuaire statistique ou le Journal officiel
de l’AEF. Ce dernier, on ne l’a pas encore suffisamment souligné, est une
véritable mine de renseignements. On y trouve l’ensemble des textes portant
sur le monde du travail au Gabon, c’est-à-dire toute la législation coloniale
en matière de travail et de main-d’œuvre. Certes compulser le Journal
officiel sur une période de soixante-dix ans (1892-1962) est un exercice
laborieux, mais cela présente un grand intérêt pour le chercheur qui a la
patience pour s’y engager. Ce document permet de voir les mesures
réglementaires mises en place pour favoriser l’émergence d’une force de
travail autochtone et pour fixer les travailleurs dans les chantiers forestiers.
De même, grâce au Journal officiel, on peut constituer des séries statistiques
qui permettent d’avoir une idée sur l’effort fourni par les circonscriptions de
l’intérieur du Gabon au recrutement de la main-d’œuvre pour les
exploitations forestières de la zone côtière. Les sources imprimées
concernent aussi la littérature parue à l’époque de notre étude, où les faits
sont traités par des administrateurs, des entrepreneurs, des missionnaires.
62Les ouvrages du négociant en bois Antonin Fabre , du
lieutenant63 64gouverneur Charles de Chavannes , du Père Marcel Briault ou encore du

62 A. Fabre, J.-M. Isaac, H. Jean-Louis, Le commerce et l’exploitation des bois du Gabon.
Guide pratique à l’usage des colons, commerçants et des industriels, Paris, Société des
Editions géographiques, maritimes et coloniales, 1927, 182 p.
63 Ch. Chavannes (de), Le bois d’okoumé. L’origine et son commerce, Antibes, F. Genese,
1930, 16 p.
64 M. Briault, Dans la forêt du Gabon. Etudes et scènes africaines, Paris, Grasset, 1930, 197
p.

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