256 pages
Français

Les Feux Follets de Bourg d'Iré

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Description

1942. Suite à la déportation de ses parents, Juifs d'Europe de l'Est, Francine, neuf ans, aînée de quatre enfants, doit endosser le rôle de "petite maman". De cachettes en orphelinats, de "Ténardiers" en "Bons Samaritains", "Les Feux Follets de Bourg d'Iré" est un livre-témoignage, travail de mémoire, mais aussi message universel d'espoir.

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Date de parution 01 janvier 2007
Nombre de lectures 76
EAN13 9782296161252
Langue Français
Poids de l'ouvrage 15 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

1939-1940
La famille August
PRÉFACE
de Serge Klarsfeld
Le récit de Francine August est avant tout l’épopée d’une fratrie : en 1942, Francine et Bernard, les jumeaux ont neuf ans, Simone et Monique 7 ans et 6 ans, trois filles et un gar-çon. Leur père, Abram est le seul déporté à être né comme ma mère Raïssa à Cahül, une bourgade de Bessarabie, aujourd’hui la Moldavie, à l’époque la Russie et après 1918, la Roumanie, en quelque sorte l’Alsace-Lorraine russo-roumaine.
Leur mère Sara est polonaise. La famille vit bourgeoise-ment rue des Dames à Paris dans le 17ème arrondissement jusqu’à l’arrestation d’Abram en septembre 1941, dénoncé comme résistant, déporté en septembre 1942 comme Juif. En juillet 1942 Sara est victime de la rafle du Vel d’Hiv et elle retrouve Abram à Drancy. Tous deux seront déportés ensem-ble en septembre 1942. Pendant plus de cinq ans, préservés par leur mère qui les a placés juste à temps en pension chez une fermière dans la Nièvre, ils seront ballottés d’une institu-tion à une autre après le non-paiement de la pension.
Les quatre enfants August font partie de ces nombreux enfants juifs qui, comme moi, furent un temps des Juifs catholiques, non instruits ou peu instruits et pour cause dans le judaïsme et élevés des années durant dans la foi chrétienne et protégés par la charité chrétienne, ce qui ne va pas sans laisser des traces dans la psychologie et la culture des enfants
qui ont traversé cette expérience. Une bien triste période marquée par l’absence puis la perte irréparable de la mère.
La survie de cette fratrie est exemplaire du sort des enfants juifs de France puisque plus que dans tout autre pays, la population non juive a protégé les enfants : sur 70.000 d’entre eux qui vivaient en France, 59.000ont survécu, le moins mauvais bilan de toutes les communautés importantes en Europe comme en témoigne le récit de Francine August.
Il y a des gens haut placés ou richissimes ou particulière-ment intelligents mais qui ne laissent pas de traces parce que personne n’aura écrit leur biographie ou parce qu’ils n’auront pas écrit eux-mêmes leur autobiographie. D’autres éprouvent le besoin de laisser leur trace ou du moins le récit des épisodes qui ont le plus influencé leur vie. Dans la génération des orphelins de déportés, nombreux sont ceux qui ont fait l’effort de revivre leur tragique enfance pour en extirper les moments les plus heureux et les plus douloureux, la vie de famille quand la famille était au complet, les séparations brutales, la solitude affective, l’espoir d’un retour et le désespoir de l’attente déçue. Francine a écrit avec une extrême sensibilité et un ton toujours juste le scénario dramatique vécu par les six membres de la famille August pendant les six années de ce conflit où six millions de Juifs virent leur vie tranchée par la haine anti-juive.
Pour ces orphelins, cet effort de leur volonté c’est aussi la possibilité de rendre hommage à leurs parents assassinés, mais qui le plus souvent ont pris des précautions qui ont sauvé leurs enfants. Dans la reconnaissance qu’ils expriment, il y a aussi la volonté de faire connaître leurs parents, d’en tracer
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le portrait, la personnalité et la tendresse avant qu’ils ne disparaissent pour toujours quand disparaîtront leurs enfants puisque les enfants des orphelins de la Shoah n’ont jamais connu leurs grands-parents. C’est le cas des deux fils de Francine, l’un scénariste en Californie, l’autre producteur en France.
C’est aussi un legs précieux qu’ils font à leur descendance que ce témoignage sur leurs origines, leur enfance et leur bonheur familial anéanti avant d’être reconstitué à l’âge adulte par la création d’une nouvelle famille où ils ont veillé sur leurs propres enfants tout en veillant sur la mémoire de leurs parents et en la faisant vivre ou revivre.
Il est souvent question du devoir de mémoire. Plus qu’à tous autres c’était aux enfants de déportés de l’assumer et ils l’ont fait, collectivement comme en témoigne notre associa-tion des Fils et Filles des Déportés Juif de France et souvent individuellement comme en témoigne l’excellent récit de Francine August.
S.K., président des Fils et Filles des Déportés Juifs de France
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