Notre identité, ce garde-fou

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Français
166 pages
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Description

Ce livre est un récit que met en exergue la perte des valeurs culturelles nécessaires à la construction identitaire. À travers les péripéties quotidiennes, il présente des histoires touchantes depuis l'âge des illusions et de l'inexpérience jusqu'à la vie professionnelle et fait revivre la vie et les passions de toute une société. L'auteur dénonce la recrudescence dans les comportements d'attitudes non conformes aux valeurs traditionnelles.

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Informations

Publié par
Date de parution 06 septembre 2017
Nombre de lectures 11
EAN13 9782140045240
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Ntr i Nti té, c g - Mohamaké Hyabié
Notre identité, ce garde-fou est un récit qui met en exergue la perte
des valeurs culturelles nécessaires à la construction identitaire. À
travers les érpiéties quotidiennes, ’œluvre présente sde histoires
touchantes depuis l’âge es d lluisions et de xl’inepérience jusqu’à
la vie professionnelle et ait f revivre la ie vet s lepassions de toute
une société.. L’auteur dénonce la recrudescence dans les
comportements d’attitudes non conformes aux valeurs
traditionnelles. Cet ouvrage est un appel sincère pour une
meilleure réappropriation de notre identité. Ntr i Ntité,
Mohamaké Hyabié est né en 1956 à Daga-Youndoum
dans le Laghem, département de Kaolack (Sénégal). Après
deux années d’études supérieures à la faculté des sciences c g-juridiques et économiques de l’université de Dakar, il réussit
au concours du CFPS de Thiès. Après sa formation, il devint
successivement Directeur d’école à Bouthie de 1982 à 2011 et Surveillant récitGénéral au CEM1 de Gandiaye de 2011 à 2017. Il eut également le privilège
ed’occuper quelques fonctions politiques : 2 adjoint au Maire de Gandiaye
er(2002-2009), puis 1 Adjoint au Maire (2009-2014), conseiller régional
de Kaolack (2009-2014), conseiller départemental de Kaolack pour un
mandat de cinq ans (2014-2019). Actuellement à la retraite, il se consacre
à l’écriture et à la poésie.
Illustration de couverture : © faberfoto - 123RF
ISBN : 978-2-343-12895-5
17 €
Mohamaké Hyabié
Ntr i Ntité, c g -
ou de








NOTRE IDENTITÉ,
CE GARDE-FOU


Mohamaké Hyabié






NOTRE IDENTITÉ,
CE GARDE-FOU

récit






































© L’HARMATTAN-SÉNÉGAL, 2017
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR

http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com

ISBN : 978-2-343-12895-5
EAN : 9782343128955


Dédicaces
À la mémoire de mon père et de ma mère qui m’ont tout
donné.
À la mémoire de Boucar Bakhoum et de Mbagnick
Bakhoum qui m’ont toujours couvert d’affection.
À mes très chères épouses et mes très chers enfants que
j’aime tant.
À toute la famille Hyabié (Hébié) pour sa solidarité.
7

Remerciements
erÀ Dr Elhadji Guèye, 1 Maire de Gandiaye pour son
amitié et sa franche collaboration.
Au Président Pape Ousmane Kane pour ses précieux
conseils.
À M. Massamba Guèye et toute son équipe
pédagogique pour l’estime et la franche collaboration.
À M. Babacar Mbodji (bour gandiaye), M. Serigne
Bassirou Sène, Mamadou Diouf dit Karéka et son frère
Babacar Diouf pour leurs encouragements.
9

I
Ce jour-là, la surprise de Solomane avait atteint son
paroxysme. Son inquiétude était immense, sans commune
mesure. Il était figé depuis longtemps au milieu de
l’assistance ; il attendait stoïquement son sort. La sentence
était lourde : il devait être ligoté et frappé de plusieurs coups
de fouet. Il se disait qu’il avait blessé l’orgueil de toute sa
communauté. L’offense était de taille. On sait avec quelle
énergie l’instinct conservateur animait notre communauté. Il
était impossible de peindre l’effet produit par ses propos dits
blasphématoires contre une croyance, une valeur sacrée.
Quels cris ! Quelles vociférations ! Quelles successions de
grognements ! C’était un véritable brouhaha. À cet instant,
n’importe quel étranger venu dans le village, n’aurait pas été
accueilli.
Fatogoma se réjouissait de cette déconvenue de son rival.
Il ne ressentait plus son malaise causé par l’insomnie de la
veille ; l’espoir de voir Solomane croupir avait dissipé son
mal. Son désir de le voir moisir était si grand dans son cœur,
qu’il s’efforça de figurer parmi ses tortionnaires.
Solomane était plein d’énergie, d’audace et du sang froid
au milieu de cette foule immense et surexcitée. Il se tourna
vers Makhan, son seul ami qui était lui aussi dans la foule.
Les deux amis se regardèrent avec attendrissement. Ce
double regard témoignait l’expression de leur amitié et de
leur reconnaissance réciproques. Solomane continua à suivre
de l’œil, sans sourciller, cette foule qui grouillait autour de lui.
11 Il demeura raide, immobile, muet, absorbé et impassible aux
vociférations. Il attendait au milieu de cette assemblée en
délire, imperturbablement, le moment fatidique, moment
d’humiliation, d’intenses souffrances où il fallait s’armer d’un
courage à toute épreuve. Il se souvint, à cet instant, de toutes
les histoires qu’on lui avait racontées sur ses prédécesseurs
qui avaient eu à se soumettre à cette même forme de
condamnation.
Ceux-ci avaient tous, au prix de leur dignité, de leur
honneur, surmonté l’épreuve, même si certains survécurent
peu de temps après. D’autres, le cœur déchiré par cette honte,
ne purent supporter assez longtemps cette douleur physique
et morale. Ils choisirent le chemin de l’exil ou la voie du
suicide pour abréger cette situation psychologique
intolérable.
Quoique fatigué, Solomane attendait avec obstination,
sans faiblesse, sans fanfaronnade l’assaut. Le temps passait
implacable ; le cuir de ses chaussures resserrait et brûlait ses
pieds. Cette douleur cuisante endolorissait ses jambes. Par
dépit, il essayait de chasser de son esprit l’image qui
l’obsédait : celle de son rival. La rage du lion l’anima ; s’il
avait été à portée de Fatogoma, il se serait jeté sur lui et il
l’aurait tué.
Il regarda désespérément dans la direction de Makhan qui
ne put s’empêcher de verser des larmes. Son nez coulait, les
larmes inondaient sa figure. Si solide qu’il fût, Solomane ne
put contenir cette affliction de son ami. Ses lèvres se
pincèrent, le battement sur sa pommette s’accéléra. Il avait
mal ; c’était difficile de résister à toutes ces douleurs qui
l’envahissaient. Son visage était couvert de sueur. Ses
vêtements mouillés dégageaient une odeur fétide qui
l’incommodait. Il s’essuya le visage du revers de la main et,
12 avala nerveusement sa salive. Il s’efforça de rester toujours
serein et calme, au milieu de cette clameur déchainée. Il
entendait autour de lui des protestations ; on criait à tue-tête :
« À mort, à mort ! »
Enfin, vint l’heure d’infliger la peine pour la transgression.
Le corps ruisselant de sueur, trois robustes garçons aux
biceps arrondis, étaient armés de lanière en cuir ; ils se
préparaient pour lui infliger le châtiment. Parmi les
exécutants, son principal rival Fatogoma qui se mordait les
lèvres. Il était plus grand que tous les autres et avait un air
exécrable.
Solomane sentit l’humiliation en découvrant
l’acharnement inouï des trois garçons. Sa position
incommode et la chaleur agissaient sur son moral, tout autant
que l’humiliation dressée devant lui. Il étouffait un peu, en
sentant peser sur lui une lourde responsabilité, celle
d’humilier sa famille. Il dépendait de lui que l’honneur de
toute sa famille fût lavé. À travers tout ce qu’il devait endurer,
il devait porter sa dignité. Il se répétait mentalement les noms
des ancêtres depuis le premier clan. Il eut un sentiment
d’orgueil. Ce sentiment élevé de sa dignité le poussait à
souhaiter la mort plutôt que le déshonneur. Une voix
intérieure lui demandait avec insistance de préférer la mort à
ce bas monde. Elle lui demandait d’accepter de se réveiller
auprès de Dieu, dans le monde éternel, celui de la vérité, fait
d’une autre lumière.
Mais, il lui fallait vivre pour se venger de son rival qui lui
avait taillé des croupières, en le livrant à la vindicte populaire.
Il ne pouvait pas accepter cette honte ; il ne devait pas mourir
sans laver l’affront.
La seule arme qui lui restait, était de faire preuve d’audace
pour éviter sa perte. Il sentit à l’instant la nécessité,
13 d’imaginer une issue pour mettre en échec la machination de
cette équipe aussi décidée. Il resta sceptique sur l’efficacité de
sa stratégie contre ce groupe animé d’une farouche
détermination. Il s’efforça tout de même à trouver un moyen
rapide d’agir. Comme s’il eût été mû par cette idée, il se
résolut enfin à demander au patriarche la parole.
Après avoir formulé cette demande, il se tut ; il ne parut
pas s’émouvoir du regard désapprobateur de ses détracteurs.
Fa Siriki marqua une pause, il consulta des yeux son ami
Ladji qui était assis à ses côtés. Celui-ci tirait par bouffées sur
sa pipe et giclait la terre de crachats. Il acquiesça de la tête.
Le patriarche mit dans la bouche une moitié de noix de
cola, puis il offrit l’autre à Ladji qui l’accepta avec plaisir. Il
prit la parole pour la lui accorder.
Il se fit un silence général et le martyr, d’un ton naturel,
simple, parla en ces termes :
« Merci ! Fa Siriki pour cette considération. Je me soumets
à la volonté populaire. Je ne suis pas le seul à être rattrapé par
la fatalité, même les grands hommes en sont parfois victimes.
Fa Siriki, je ne doute point de votre sagesse. Elle est reconnue
dans toute la contrée ; tout le monde vous consulte sur des
questions importantes. Pour cette histoire, vous avez été
abusé, je n’ai même pas eu le temps de donner ma version.
On me prête aujourd’hui, l’intention de remettre en cause une
pratique ancestrale, ce n’est pas exact. J’ai été, peut-être,
maladroit dans mon utilisation du cousinage à plaisanterie.
Cette autre pratique est plus vieille que ma naissance.
Personne ici, ne peut mettre en doute son caractère
unificateur. Il est un puissant facteur d’équilibre et de
cohésion sociale. Fa Siriki, je ne mesurais pas l’ampleur de
mes propos. Je ne savais pas que ce cousinage à plaisanterie
pouvait me coûter si cher, soulever l’ire de toute notre
14 communauté, surtout de la part des anciens. J’ai appelé
Fatogoma « le balafré » et il s’est offusqué. Mes détracteurs
ont déformé ma pensée en l’interprétant ; ils ont dénaturé
mes propos. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, je n’ai jamais
eu une seule fois l’idée d’offenser la communauté. Comment
puis-je me permettre cette inconduite ? Mes parents ont eux
aussi des balafres, n’est-ce pas ? Comment puis-je me renier ?
Car renoncer à ses us et coutumes, c’est renier ses origines,
c’est tourner le dos à une partie de soi-même. Vous me prenez
pour un autre que je ne suis pas. Je ne vis pas cette altérité. Je
suis ce que je suis et fier de l’être. Jamais au plus grand jamais,
je ne m’abaisserai jusqu’au point de trahir mon âme. Je
n’insulterai jamais l’histoire. Moi, je suis de la lignée de
Bacary « dian », je préfère la mort plutôt que le déshonneur.
Le but de notre mission est la mort ; elle ne nous effraie point.
Tel cet ancêtre, je voudrais à mon tour pérenniser la
renommée de la famille. »
À ces paroles, un ouf de soulagement s’échappa des
poitrines. Un mouvement d’intérêt doublé de surprise
accueillit ces paroles ; un frémissement courut dans
l’assemblée, puis il se fit un moment de silence. Soudain, une
tempête d’applaudissements accueillit ces paroles.
« Écoutez ! Écoutez ! Silence ! » s’écriait-on de toutes parts.
Lorsque l’agitation fut calme, le patriarche reprit la parole.
« Délivrez ce brave garçon plein de courage et
d’honnêteté ; il vient de manifester une sincérité et une
grandeur dignes de considération. Il mérite le pardon ; il s’est
trompé de bonne foi. »
D’une voix douce, lente, il raconta à l’assistance, qui était
l’ancêtre de Solomane.
« Solomane est de la lignée de Bacary « dian » qui, à l’âge
de dix-huit ans, eut la bénédiction de son grand-père. L’on
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