Un couple d'enseignants communistes

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Français
163 pages
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Description

Les personnalités d'André et Marcelle Blanc, formées entre les deux guerres au sein de familles engagées politiquement à gauche, sont caractérisées par un militantisme actif forgé à l'Ecole de la République. Tous les deux seront fortement impliqués dans le combat antifasciste. Après la participation active à la Résistance en Bourgogne, les succès universitaires du géographe André Blanc le conduisent en 1948 à Zagreb dans le cadre de ses recherches. Isolés à Zagreb André et Marcelle Blanc ne disposent d'aucun moyen d'analyse de la situation... C'est "l'affaire Tito", la rupture entre la Yougoslavie socialiste et le bloc soviétique, c'est l'époque des procès dans les "démocraties populaires".

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Date de parution 01 mars 2005
Nombre de lectures 203
EAN13 9782336280172
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Un couple d'enseignants communistes~L'Hannattan,2005
ISBN: 2-7475-8073-3
E~:9782747580731Marcelle Denis
Un couple d'enseignants communistes
1936 - 1952
L'Harmattan Harmattan Konyvesbolt L'Harmattan Italla
5-7, rue de l'École-Polytechnique 1053 Budapest, Via Degli Artisti 15
75005 Paris Kossuth L. u. 14-16 10214 Torino
FRANCE HONGRŒ ITALŒAbréviations
B.C.R.A. Bureau Central des Renseignements et d'Action
C.C. Comité Central
F.F.I. Forces Françaises de l'Intérieur
F.N. Front National
F.N.V. Front National Universitaire
F.T.P.Francs-Tireurs et Partisans
O.C.M. Organisation Civile et Militaire
P. Parti
P.C.F. Parti Communiste FrançaisAux lecteurs,
Ces pages ont été écrites pour témoigner et essayer de
comprendre.
Jamais je n'ai voulu faire ici un travail d'historienne.
Juge et partie à la fois, je craindrais manquer d'objectivité
alors que bien des données demeurent aujourd'hui encore bien
discutables et inconnues.
Mais la génèse de "notre affaire" avec le Parti
Communiste Français exige des analyses de situations, de
caractères, de personnalités, et une certaine connaissance de
l'histoire pour trouver la clé de l'engrenage dans lequel l'idéal
de vie que nous nous étions forgé justifiait notre engagement
moral, politique, voire physique.
Or, au fil des conversations, des discussions, des
corrections d'épreuves d'examens et de concours - en particulier de
celui de la Résistance - il faut bien admettre que les jeunes
générations ne connaissent pas, ou mal, l'histoire de notre
pays. Quant à la nôtre, celle qui s'éteint, moins longtemps
scolarisée (l'enseignement n'était, pour elle, obligatoire que
jusqu'à 12 ans...), elle avait le plus souvent étudié une
chronologie de faits dans la perspective du Certificat d'Etudes et,
dans le meilleur des cas, retenu les leçons de ses parents,
témoins directs des faits contemporains, et de ses maîtres
d'école, celles qui étaient officialisées par tout un programme
qu'ils s'efforçaient de remplir en vue toujours des fameux
certificats et concours des bourses.
On savait, en sortant de l'Ecole Primaire, que les faits
ne se découpent pas en tranches mais qu'ils s'enchaînent,
qu'ils relèvent de causes et de prétextes, et ne peuvent, en
aucun cas, être perçus comme des flashes objectifs.L'histoire, c'est un tout dont aucun événement, aucune
période ne doit être appréhendée isolément, en dehors de la
chronologie du temps et du degré de maturation des
civilisations car l'homme, qui fait l'histoire en même temps qu'il la
subit, se rapporte à la fois avec lui-même et avec les autres
hommes. Chaque génération vit une expérience qui ne se
transmet pas. L'histoire d'un individu cautionne celle de
l'avenir et la marche de l'histoire emprunte la voie tracée et
vécue depuis la nuit des temps. Dans cette perspective, il faut
nécessairement analyser les faits présents en fonction du
passé en tenant compte de l'individu et de la société.
L'être humain s'intègre dans un ensemble de
circonstances relevant du temps et de l'espace qu'il dépasse pour
faire l'histoire. L'emploi de termes différents quand on veut
en parler - souvenirs ou devoir de mémoire - ne change rien.
Ainsi se justifie l'appréhension, même succincte, mais
nécessaire, de faits historiques déterminants dans la formation
de notre personnalité, dans la prise de conscience de notre
devoir; c'est la raison pour laquelle notre réflexion plongera
ses raCInes:
- dans l'analyse de notre personnalité en fonction de notre
origine, notre milieu familial engagé politiquement;
- dans l'éducation civique que nous avons reçue de toutes
parts;
- dans une appréhension des faits politiques et historiques
vécus;
- dans l'étude des difficultés sous-jacentes rencontrées, au
lendemain de la seconde Guerre Mondiale, par une
Yougoslavie longtemps inféodée aux vieilles démocraties
occidentales et qui cherche, résolument, une indépendance
aussi bien économique que politique par une voie nouvelle
sans toutefois se jeter dans les bras du modèle soviétique;
- dans les conséquences à la fois politiques et humaines que la
soumission au Komintern des partis communistes allait
engendrer.
8Et si nous nous retournons sur notre passé, encore bien
proche, point n'est besoin ni de connaissances philosophiques
approfondies, ni de reconnaissance officielle pour faire
prendre conscience du nouveau sens de la vie qu'ont connue
les femmes et les hommes de la génération qui disparaît. Déjà,
que d'années à leur actif, plus d'un demi-siècle depuis la
période de cette vie étrange qu'ils menaient pour eux et pour
les générations à venir... Il ne s'agissait pas seulement de
vivre, mais surtout de survivre.
Voilà bien une ambiguïté relevant du sens de la vie.
Et pourtant, quelle chance ont-ils eue... de rêver et de
croire à un idéal de bonheur, de liberté et de paix. C'était leur
jeunesse, leurs espoirs, même leur certitude. Leurs maîtres
leur avaient appris à croire dans l'homme parce qu'ils
croyaient en eux, en l'avenir parce qu'ils les avaient portés
sur les fonts baptismaux de la connaissance, de la culture, du
respect de l' autre.
La réalité s'est chargée du reste... qu'ils n'attendaient
pas de la part de ceux pour lesquels ils avaient été prêts à faire
le sacrifice suprême de leur vie.
Et la vie est belle quand on a 20 ans...
9INTRODUCTION
"L'Affaire", notre "affaire", celle de mon mari André
Blanc et la mienne, (c'est ainsi que nous appelions l'épreuve que
nous avons subie), orienta nos vies bien indépendamment de
nous-mêmes. Nous évitions de l'évoquer, même entre nous, et
son énigme ne fut percée qu'avec le temps et l'expérience.
Il a fallu bien des années, plus d'un demi-siècle, pour
que des révélations venues de l'extérieur m'obligent à ouvrir
les yeux, à comprendre un enchaînement de faits
systématiquement orchestré avec une hypocrisie inimaginable et telle
qu'elle ne pouvait même pas effleurer l'esprit. Mon mari avait
été moins naïf que moi. Certaines de ses réflexions me
reviennent en mémoire et éclairent le passé. Il avait, depuis bien
longtemps, compris, déjà peut-être même au moment de
l'éclatement de "notre affaire", en 1949, mais trop tard, que
nous étions les victimes désignées d'une véritable cabale. Le
temps a passé; André s'est enfermé dans un si grand
isolement qu'il a rompu avec toutes ses attaches anciennes,
refusant de rencontrer ses camarades d'autrefois, ses amis de
jeunesse, voire ses camarades de la Résistance. Déçu, amer,
coupé de ses liens avec le passé, c'était désormais un homme
seul, très seul, mais qui me resta attaché jusqu'à sa fin. Un
suicide. Si j'ai réussi à le sauver de plusieurs tentatives, la
dernière, en 1977, alors que j'étais à l'étranger, fut fatale.
Malgré notre divorce en 1952 (un bien curieux divorce... sur
lequel j'aurai l'occasion de revenir) notre couple tenait: très
attachés l'un à l'autre nous avions partagé tant de choses
heureuses et malheureuses. Trente années ont passé brisant un
homme et un couple que pourtant tout le monde enviait,
disloquant en même temps une famille. Cinquante années ont eu
raison de ma crédulité.Je l'ai dit, je le rappelle sans crainte de me répéter, que
pour tenter d'analyser les faits il est nécessaire de connaître
le terrain sur lequel ils se sont déroulés et il est
indispensable pour le lecteur de se plonger dans le contexte du moment
certes, mais de ne pas ignorer l' histoire, les conditions de
vie, le rôle des "grandes puissances" qui ont modelé des
civilisations trop souvent perçues en référence à la nôtre: on
juge à travers soi.
Ce qui s'est passé à la charnière des années 50 (de
1945 à 1952) ne doit pas être considéré isolément, en
découpant purement et simplement une tranche de l'histoire.
Celle-ci n'offre pas une suite de faits isolés les uns des
autres. Ils s'imbriquent. Leur enchaînement n'a rien d'un
"fleuve tranquille". S'ils se succèdent, c'est dans le passé
qu'ils plongent leurs racines en fonction des hommes et des
choses.
Or, que sait-on, aujourd'hui encore, généralement, de
cette Yougoslavie dont l'actualité a éveillé un intérêt plutôt
éphémère, qui a fait parler d'elle, de Tito, replacée de nos
jours dans l'actualité et qui se rappelle au monde de temps
en temps... C'est précisément pour ces raisons, simples pour
certains, essentielles pour d'autres, qu'il apparaît
indispensable de chercher à savoir pour comprendre: le rôle joué par
lesdites "grandes puissances" n'est pas toujours en leur
honneur. D'ailleurs, qu'est-ce qu'une "grande puissance",
celle qui s'impose aux autres par la force? l'économie? la
politique?.. au nom de la civilisation et de la culture? Ne
serait-ce pas plutôt celle qui respecte le droit des hommes,
de tous les hommes quels que soient leur culture, leur
religion, leur mode de vie, dans la liberté et la tolérance. Les
donneurs de leçons ne sont pas toujours ceux auxquels on
pense. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point.
Aujourd'hui, il faut ressusciter le passé, aussi
douloureux soit-il, car le silence n'est pas une preuve de courage:
il faut parler par souci d'honnêteté.
12Mon intention n'est pas de critiquer, de condamner à
l'emporte-pièce, de donner libre-cours à des polémiques,
mais de tenter d'analyser ce qui s'est passé à notre égard,
comme à l'égard de beaucoup d'autres. Les erreurs, les fautes,
la déstabilisation des personnalités, les crimes commis au
nom d'un idéal sont connus... mais n'oublions pas non plus...
que "celui qui n'a jamais pêché lance la première pierre. .." Et
je demeure convaincue que les responsables de ce qu'on
appelle "les procès", qu'ils soient de Moscou, de Prague, de
Paris, de Hongrie, de Pologne... n'étaient pas de véritables
communistes. C'étaient des hommes qui s'étaient forgé une
image, qui s'étaient révélés des meneurs d'hommes et qui,
imbus de leur pouvoir, voulaient le conserver dans l'optique
d'une civilisation autre que la leur, mais qui leur dictait un
chemin conduisant soi-disant à une terre promise en oubliant
toutes les potentialités dont chaque individu est porteur.
Dans le cas précis qui nous intéresse, le lecteur ne sera
donc pas surpris si l'auteur essaie de "remettre les pendules à
l'heure". La Yougoslavie de Tito mérite bien cet effort... et...
qu'est-elle devenue? que nous réserve-t-elle ?
13CHAPITRE I
Qui étions-nous donc?
Des enfants issus de milieux modestes
Des de milieux politisés
Des enfants de la "communale"
Des amoureux de la Paix
de la Justice
des autres hommes