Déchets ménagers
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Derrière la silhouette familière de chaque poubelle se cache un univers économique particulièrement florissant dont l'activité devrait assurer une préservation efficace de notre environnement. Qu'en est-il ? Somme-nous en mesure de développer la réduction des emballages à la source, le tri, la valorisation matière par le recyclage, le compostage ? De fructueuses expériences menées sur le territoire français et partout dans le monde donnent d'efficaces réponses. Pourquoi ne les applique-t-on pas ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2005
Nombre de lectures 191
EAN13 9782336250182
Langue Deutsch

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’Harmattan, 2005
9782747580700
EAN : 9782747580700
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Dedicace Avant-propos Déchets ou produits ? L’invisible dépotoir Croissance et paradoxes Objectif fric... La dynamique dans la sclérose Deux poids, deux mesures... Fin des illusions du confort politique du mythe du feu purificateur Démoniaques dioxines Dégâts sournois et irréversibles Le fond du problème La mascarade des contrôles de dioxines Précieuses et incontournables décharges Valoriser la matière Ce n’est pas la mer à boire ! Le 14 Septembre 1990 Porte à porte et communication La crise socio-rudologique La pesée embarquée Acceptabilité sociale Les coups tordus de l’incinération Les produits résiduels ménagers Ectoplasmiques D.I.B. Le bout des boues Brûler de l’eau Le crépuscule de l’incinération Insidieux mâchefers Sidérant... Supercherie et dissimulation Le mystère des subventions publiques Aux portes de l’irrationnel Eco-emballages : drôle de truc... Evolutions prévisibles Anecdotes Hommage à tous ceux qui trient GLOSSAIRE Remerciements,
Déchets ménagers

Dany Dietmann
A Sonia, Natanaël, et tous les gamins du monde, pour qu’ils héritent d’une planète où la vie et l’avenir puissent poursuivre leur conjugaison.
Avant-propos
L e feu a profondément marqué l’histoire de l’humanité, puisque c’est en le maîtrisant que l’homme a imposé sa différence et son pouvoir de domination sur les espèces inféodées à l’environnement des terres émergées.
Fascinant par sa lumière, séduisant par sa chaleur, terrifiant par ses dévastations, le feu par ses pouvoirs modificateurs et réducteurs de la matière, garde pour lui ce côté magique partagé entre le maléfice de l’enfer, et le bénéfice vital de la chaleur et de la lumière du feu solaire.
C’est dans ce contexte, que fort naturellement, s’est établi le mythe du feu purificateur donnant à l’industrie humaine la possibilité de faire disparaître par la flamme les miasmes embarrassants, malodorants, perturbants d’un environnement anthropique de plus en plus complexe.
Du feu de l’éclair incendiant la savane, au feu de bois chauffant les maisons, sans oublier le feu des hauts fourneaux pour produire les aciers ; le feu d’explosion de nos inventions à moteurs thermiques, le feu nucléaire rasant Hiroshima, ou tout simplement le feu des incinérateurs, il en apparaît une infinité de variables, dont les produits de décomposition ou de synthèse génèrent des impacts sanitaires et environnementaux fort éloignés de la notion de purification véhiculée par la bonne conscience collective. Contributeur majeur des excès de gaz carbonique responsables de l’effet de serre et géniteur de nombreux produits carcinogènes* ou teratogènes*, le feu consommateur destructeur de la matière et de ce que nous nommons improprement déchets, s’érige en paradoxe face à un monde en recherche de durabilité.
Sur une planète minuscule, peuplée aujourd’hui de plus de six milliards d’humains, il n’est plus possible d’ignorer les limites connues des ressources indispensables à la pérennisation des chaînes alimentaires garantes de la survie nécessaire des espèces. Il convient au contraire de refuser la déchirante réalité d’inacceptables habitudes simplificatrices pour ouvrir le chantier à des pistes nouvelles, orientées vers des initiatives porteuses de responsabilités et de maintien des potentialités d’avenir.
A l’heure où les exigences discutables de la croissance et de la productivité boursière poussent les décideurs économiques et politiques à trouver des solutions rapides, spectaculaires, médiatiquement et électoralement exploitables, nous assistons à la montée en régime d’oligopoles* particulièrement puissants, métastasant* progressivement la nébuleuse des organismes publics décisionnels pour générer le maximum de profits.
Dans cette optique, l’énormité de la masse de déchets produits par nos sociétés de consommation, devient un gigantesque pactole dont il s’agit de s’attribuer la maîtrise, afin d’extraire la substantifique moelle du porte-monnaie des consommateurs ; l’incinération devient alors une championne de l’extorsion en terme de profits, et de pollution en terme d’environnement. Présentée comme une incontournable fatalité par les technostructures des multinationales multicartes, l’incinération des ordures ménagères ne dispose plus d’aucun avenir ; de nombreux pays l’ont déjà compris. Fort de mon expérience de Maire, dans une communauté de communes pratiquant le tri et la pesée embarquée, j’ai vu les écocitoyens à l’œuvre pendant treize ans, ne produisant plus aujourd’hui, que 103 kg de déchets par habitant/an, et prouvant par leur comportement exemplaire que l’incinérateur est quasiment inutile.
Déchets ou produits ?
E n présence d’une pêche savoureuse, l’homme et l’écureuil ont des comportements particulièrement intéressants. Le premier mange la pulpe et jette le noyau, alors que le second mange le contenu du noyau et jette la pulpe. Ce qui est considéré comme un produit intéressant pour le premier, n’est qu’un déchet pour le second, et réciproquement.
Cela n’altère en rien la valeur intrinsèque d’une pulpe ou d’un noyau, puisque la première, par sa couleur, son parfum, sa saveur, joue son rôle de séductrice pour éveiller l’appétit d’un consommateur qui se trouve de fait instrumentalisé, disséminateur de noyau hors du champ d’influence de l’arbre mère, pour permettre la naissance d’un petit pêcher dans un espace plus propice.
Cet exemple nous montre que lorsque nous qualifions un produit de déchet nous avouons une incompétence qui peut être sociale, économique, technologique ou politique. Il n’est pas nécessaire de remonter bien loin dans notre histoire pour retrouver les fermes du milieu du siècle dernier dans lesquelles la notion de déchet n’existait pas. Des eaux grasses destinées aux cochons, aux rejets organiques qui rejoignaient les fumiers et les jardins, ou aux fumées qui s’arrêtaient au niveau des planchers des combles pour boucaner les viandes salées tout en préservant le bois de charpente des attaques des insectes phytophages*, en évitant de surcroît, que le panache de fumée visible de très loin, n’attire l’attention d’envahisseurs mal intentionnés ; tout allait dans le sens de l’utile et de l’économie.
En introduisant la notion de « Déchet ultime », le législateur accepte la pérennisation de l’incompétence, sans ouvrir la voie d’un avenir durable qu’aurait pu induire la notion de « Produit primaire », retournant à la roche mère pour réapprovisionner les rayons de notre supermarché planétaire dont les stocks s’épuisent dramatiquement sur l’autel des exubérances de la croissance.
Au stade actuel, il n’y a que les produits résiduels de la fission nucléaire qui puissent mériter le qualificatif de déchet puisque leur radioactivité en fait des substances incompatibles avec un développement non contrarié des cellules, nécessaires à l’établissement du maillage des chaînes alimentaires. Pour le reste, il ne fait aucun doute que les ressources cognitives de la science permettent la prise en charge de tous les autres produits résiduels de l’activité humaine pour les inscrire dans un nouveau cycle. En évaluant les coûts de ces processus de réhabilitation matière, il deviendrait possible d’interdire à la source, la fabrication massive de substances dont le recyclage s’avérerait trop pénalisant en termes financiers, sanitaires ou environnementaux. Sans vouloir faire de démagogie, cette vision impose la nécessité de créer de nouveaux centres de recherche, de mettre en œuvre de nouvelles technologies, de proposer de nouvelles formations, de redéfinir de nouvelles stratégies logistiques, d’ouvrir les espaces de reconquête des équilibres naturels que la planète est en train de perdre.
A quelques années du tarissement des ressources pétrolières mondiales, cette ouverture constituerait un fantastique laboratoire amortisseur des conséquences de ce big bang pétrolier qui s’annonce, puisqu’il permettrait d’économiser les précieuses ressources matières que nous détruisons aujourd’hui dans les incinérateurs et qui malheureusement nous manqueront demain.
Entre l’autisme techno-politique et la myopie du libéralisme, il n’y a que la citoyenneté et la foi qui soient capables d’ouvrir de tels espaces de lucidité pour transmettre aux générations futures la notion de noblesse des produits plutôt que la médiocrité des déchets.


Entre l’écureuil, l’arbre, l’air, le sol, s’établissent des relations où le déchet de l’un devient produit pour l’autre .
Sur une planète dont la masse est constante depuis 4,6 milliards d’années, cette alternance d’échanges est nécessaire pour garantir la pérennité des produits nécessaires à l’organisation du futur. Dés qu’un produit sort de son cycle de valorisation, il devient encombrant, nuisant, voire dangereux pour le maintien des équilibres des cycles périphériques. Il passe alors de l’état de produit à l’état de déchet ou de polluant.
L’invisible dépotoir
I l y a 3,7 milliards d’années, les cyanobactéries tiraient profit de l’assimilation du dioxyde de carbone dissout dans l’eau de mer, pour rejeter dans les océans et dans l’air d’énormes quantités d’oxygène, contribuant ainsi à la genèse de l’atmosphère. Elles n’ont pas cessé leur travail depuis, et c’est grâce à elles que les organismes aérobies ont gagné le privilège de se développer sur les sols des terres émergées. A noter que le dioxygène sous forme O 2 , ne suffisait pas pour assurer la vie sur les terres émergées, et qu’il aura fallu de subtiles alchimies pour que la couche d’Ozone O 3 enveloppe notre espace atmosphérique d’une ceinture capable de renvoyer vers l’infini les dangereux rayons solaires ultra violets « B ». Notre espace respiratoire était né, composé de 21% de dioxygène, de 78% de diazote et de 1% de gaz divers comme par exemple le dioxyde de carbone, CO 2 et d’autres gaz rares.
Calées sur cette réalité gazeuse, nos alvéoles pulmonaires ont programmé la subtilité des échanges entre l’intimité profonde de nos cellules et le dioxygène de cet air pesant 1,293 kg le m 3 . Invisible, mais puissant lorsqu’il se déplace ; inodore, mais porteur des plus douces fragrances ou des plus fétides pestilences de décompositions diverses. Indispensable également à toute forme de feu, l’air dans son invisibilité trompeuse assure alors le transport des innombrables molécules synthétisées par la chimie du feu et celle des hommes. L’air devient alors l’invisible dépotoir dans lequel nos poumons doivent trier et extraire les molécules de dioxygènes environnées d’aérosols divers : composés organiques volatils, hydrocarbures aromatiques polycycliques, pesticides, oxydes d’azote, métaux lourds gazeux etc... sans oublier les furanes et dioxines spécifiquement mentionnées dans la convention de Stockholm parmi les 12 substances les plus dangereuses de notre environnement planétaire.
En bout de course, ces substances finissent par retomber sur les plantes ou sur les sols où la plupart d’entre elles vont alimenter les processus de bio accumulation des chaînes alimentaires. Pour celles qui parviendront à échapper dans un premier temps au captage biologique, ce n’est que partie remise puisque le ruissellement et l’infiltration des eaux de pluie dans les sols, va leur ouvrir des voies nouvelles vers d’autres cheminements bactériens, où vers des milieux aquatiques récepteurs, concentrateurs de polluants divers.
La fin du XX ème siècle nous aura appris qu’en terme biologique, les dispersions atmosphériques ou les dilutions aquatiques constituent le premier stade de la concentration dans les chaînes trophiques, et que la position de l’espèce humaine dans les schémas des pyramides alimentaires fait qu’en termes de contamination tissulaire, l’homme se place largement en tête des statistiques de fixation de substances toxiques. L’expérience du WWF consistant à analyser les échantillons graisseux prélevés sur six députés européens volontaires (2004) a été particulièrement probante puisque les résultats révélèrent, à dose élevée, la présence dans chaque parlementaire de plusieurs dizaines de substances tératogènes, carcinogènes ou perturbatrices endocriniennes*. L’évidence s’impose, les taux de dilution des rejets polluants dans l’environnement n’ont aucune signification en termes sanitaires, puisqu’il suffit de faire varier le volume du flux dispersant pour minimiser les taux de rejet, alors que la masse globale rejetée annuellement peut poursuivre sa progression cumulative avec des conséquences proportionnées en bout de chaîne alimentaire.
C’est ainsi que notre invisible dépotoir respiratoire se voit confier par le législateur, le rôle peu enviable de dispersant de pourcentages officiellement négligeables, mais cumulativement catastrophiques... En clair : « ce qui ne se voit pas n’existe pas ! Circulez !Il n’y a rien à voir ! »
Croissance et paradoxes
P arallèlement aux déchets invisibles, la réalité palpable des déchets visuellement et matériellement perturbants, donne le vertige.
En 1992, la masse globale des déchets ménagers s’élevait à 20 500 000 tonnes ; or, sans que le pouvoir d’achat des français ne progresse vigoureusement, et sans que la démographie ne manifeste une évolution galopante, on constate qu’en 2002 la masse annuelle des déchets ménagers atteignait 30 000 000 de tonnes, soit une croissance de 50% en 10 ans. Pour les adorateurs de la croissance, de tels chiffres doivent tout de même semer le trouble, puisque dans les faits ils ne s’accompagnent d’aucune progression sociale, en engendrant bien au contraire, la nécessaire densification de services qui aggravent notoirement les charges des contribuables, ainsi que la pollution de l’environnement. Cette situation révélatrice nous installe aux antipodes du développement durable en traduisant toute l’ampleur et l’ambiguïté du gouffre qui isole le discours politique des actes constatés.
Au-delà du paradoxe, le cul de sac dans lequel la problématique des déchets nous précipite, traduit de la part des décideurs un manque de volonté notoire lorsqu’il s’agit d’imposer des règles de fabrication de produits et d’emballages, focalisées sur une nécessité de réduction massique accompagnée d’une nécessaire valorisation matière in fine.
En établissant une dichotomie entre le producteur de produit et d’emballage, qui choisit la voie du profit maximum, et les collectivités publiques qui doivent assurer le traitement des déchets résultant de l’achat et de l’utilisation de ces produits, le législateur a coupé le lien devant assurer une juste répartition, entre d’une part, la liberté et les profits des uns, et d’autre part, les responsabilités et devoirs des autres. Cette problématique se complexifie encore lorsque les collectivités publiques fuient leurs responsabilités en déléguant leurs devoirs de service à des acteurs économiques privés, pour solutionner les problèmes posés par l’explosion stratégiquement programmée de la masse des déchets.
Dès lors le système bascule vers les processus les plus lucratifs, boulimiques de croissance, en tissant la toile sclérosante des rentes de situation, allergiques à la prise en compte des mesures de prévention. Cette évolution financièrement contestable, ne devient possible qu’à la seule condition d’ouvrir l’accès à guichets ouverts à la tirelire des contribuables, par le biais des taxes foncières et diverses redevances. C’est là que les instances politiques sont invitées à ouvrir la voie aux ponctions financières perversement induites.
Dés lors que sont installés les secteurs géographiques et réseaux de collecte des déchets, les déchetteries, les centres d’enfouissement techniques, les incinérateurs, les réseaux d’épandage ou de dispersion environnementale des mâchefers, le système s’enclenche pour assurer la durabilité des rentes de situation. On constate également que les procédures d’appel d’offres dans le domaine de la collecte et du traitement des déchets sont trop souvent tronquées par le fait que la concurrence ne joue plus et que les commissions doivent alors se contenter d’une seule proposition fixant des conditions particulièrement défavorables aux collectivités.
Cette absence de concurrence dans un secteur aussi lucratif, laisse à penser que les monopoles semblent particulièrement bien installés et bien organisés, et que la répartition géographique homogène des marchés gagnés par les acteurs économiques localement dominants, présente toutes les apparences physiques d’une organisation nationale d’inspiration oligopolistique*. Ces situations solidement cadenassées par des conditions de réciprocité plus ou moins occultes, font, qu’il est beaucoup plus facile de trouver des acteurs politiques locaux ou nationaux porteurs de projets d’inspiration monopolistique privée, que d’autres, porteurs de projets législatifs organisant la composition et la réduction des emballages à la source, ou induisant des systèmes favorisant le bénévolat valorisé des citoyens s’impliquant dans le geste du tri ou dans la valorisation matière. Autant de passages obligés vers un objectif crédible de développement durable qui se trouve donc ardemment combattu au nom du profit.
Objectif fric...
L a gestion des 30 000 000 de tonnes/an de produits résiduels ménagers, mise en perspective des 35 000 000 de foyers fiscaux français, permet d’échafauder de lucratives hypothèses dont le cadre s’inscrit dans l’évaluation la plus précise possible du degré maximum d’étranglement financier supportable des collectivités et surtout des ménages. Bien pratique, cet accès au financement public par le biais de délégations et de conventions entre les collectivités publiques et les acteurs économiques privés, n’invite pas à la minoration des coûts par la recherche de solutions porteuses d’économie pour les ménages, ou de comportements capables de réduire le volume des déchets, c’est-à-dire le pactole des rentes de situation acquises par les différents acteurs des multinationales impliquées dans ce juteux marché.
Pour la communication, toute la manipulation consiste à se draper dans la toge de la noblesse du service rendu à la collectivité citoyenne, à stigmatiser l’horreur de l’évolution débridée des miasmes et pestilences des déchets de la société contemporaine, sans oublier d’y ajouter, bien évidemment, une dose de démagogie laissant entendre, que nous ne sommes plus au Moyen Âge, et que le citoyen moderne et branché, a autre chose à faire de la préciosité de son temps, que de se poser des questions sur les tenants et aboutissants de la problématique des déchets ; et de conclure, que ce service de collecte et de traitement devient particulièrement complexe et cher par le fait des exigences des protecteurs de l’environnement et des Directives Européennes. La messe est dite, la pilule financière devrait pouvoir passer, la pompe à fric est amorcée.
Dès lors l’arborescence organisationnelle va faire gonfler la bulle des valeurs ajoutées potentielles, en visant trois objectifs : La centralisation territoriale et décisionnelle pour réduire le nombre de décideurs, tout en s’éloignant au maximum des « bruits de fond » du terrain, et en gagnant surtout un espace de chalandise le plus vaste possible. La complexification contractuelle, logistique et technologique, permettant de brouiller la perception objective des responsabilités, de la pertinence des processus, des résultats, et des coûts. La généralisation des modes de fonctionnement des services, permettant de réduire à néant tous les particularismes ou opportunités structurelles susceptibles de réduire les coûts au bénéfice des foyers.
Ce carcan étant établi, il suffit que les appels d’offres ne fassent pas l’objet d’une concurrence débridée (ce n’est jamais le cas ! ), pour que l’acteur économique privé se retrouve seul pétitionnaire, avec des prix que l’unicité de l’offre rend peu discutables.
Le scénario précité est déploré par de très nombreux élus, et notre Communauté de Communes de la Porte d’Alsace constate à chaque appel d’offres de renouvellement du marché de collecte des déchets, une augmentation tonitruante des prix de la prestation. Une forte majorité de Communautés de Communes est logée à la même enseigne.
Il est clair que s’il y avait entente oligopolistique entre les grands groupes de spécialistes des déchets, les résultats seraient sans doute fort voisins. Peut-on leur reprocher de tirer parti d’une législation des marchés que la représentation nationale de l’Assemblée se garde bien de modifier ou d’amender dans le sens de la préservation de l’intérêt économique des citoyens ? Serait-ce là, la traduction des résultats obtenus par le lobbying parlementaire des multinationales ?
La dynamique dans la sclérose
E n dehors de l’aveu d’incompétence que constitue la persistance de la problématique des déchets, il faut se rendre à l’évidence que la pérennisation des avantages financiers offerts par ce gisement aux différents acteurs, induit la mise en œuvre du concept de « dynamique dans la sclérose » ou « multiplication des actions et des équipements en veillant bien à ce que rien ne change sur le fond lucratif de l’affaire ».
C’est dans ce sens que l’incinérateur devient l’outil structurant de cette apologie de la sclérose, puisque chaque unité construite induit de fait un blocage de 20 ans, correspondant à la durée de vie de l’engin, à ses exigences de fonctionnement, et surtout à la durée des contrats financiers engageant les collectivités publiques et leurs contribuables. Dès lors que cette option se trouve choisie, l’intelligence et l’innovation sont reléguées sur le banc de touche, puisque la seule obsession existentielle de l’incinération se résume au verbe remplir, étant donné que les fours d’incinérateurs doivent être en permanence à pleine charge pour permettre la valorisation énergétique maximale, mais également le maintien des critères de combustion permettant théoriquement, d’atteindre les normes de rejets toxiques imposées par la loi du 20 Septembre 2002. Vingt ans durant lesquels il ne faut surtout pas réduire la masse des déchets disponibles. Vingt ans pendant lesquels il ne faut surtout pas trier puisque chaque produit résiduel combustible trié dans un objectif de valorisation matière par recyclage, se trouve retiré de la gueule de l’incinérateur, faisant baisser le potentiel calorifique nécessaire à l’incinération optimale, soit permettre aux fumées de cheminer pendant 2 secondes, dans un espace de post-combustion dont la température est égale à 850 ° C. Vingt ans d’aggravation de la contamination dioxinée de notre environnement alimentaire.
Le fait de déclarer : « L’urgence nous impose de donner la priorité à la construction d’un incinérateur qui nous laissera ensuite le temps de mettre en œuvre et de régler une politique efficace de tri et de recyclage... », relève d’une ignorance profonde du sujet, ou plus probablement d’une hypocrisie coupable garantissant vingt ans de sclérose et de rentes sonnantes et trébuchantes. L’autre discours consistant à poser en préalable à tout projet d’incinération l’obligation de mettre en œuvre par la communication et l’information de proximité, toutes les solutions permettant d’atteindre les meilleurs résultats en terme de réduction à la source et de valorisation matière, afin de réduire au maximum tous les déchets combustibles, est très mal perçu par les lobbies. Rien de plus normal puisque cette façon de faire va à l’encontre de la centralisation anonyme, en redonnant la main à la citoyenneté, au bénévolat valorisé, et surtout à la diversification de micro-solutions contraires aux exigences de généralisation voulues par un système prônant la taxation démotivante plutôt que la responsabilisation citoyenne par la redevance.
En utilisant ces différentes ficelles, les 14 000 habitants des 33 communes de la Communauté de Communes de la Porte d’Alsace, sont parvenus à réduire la masse des produits résiduels ménagers de 400 à 103 kg/habitant/an. Mais ils disposent d’un système de redevance basé sur la technologie de la « pesée embarquée » faisant en sorte que l’effort de tri se trouve rétribué par la réduction des coûts.Avec moins de 1400 tonnes/an de produits résiduels sans fermentescibles, il est aisé de comprendre que les élus de ces 33 communes refusent de participer à la construction d’un incinérateur de 80 000 tonnes/an à Aspach le Haut au prorata de la taxe/habitant. Projet qui ne dispose aujourd’hui que d’un potentiel d’ordures ménagères bien inférieur à 50 000 tonnes/an, provenant de communes où le tri classique est loin d’avoir atteint les résultats de la Porte d’Alsace. La levée de boucliers est parvenue à entraîner le moratoire du projet d’incinérateur.
Quels subterfuges les porteurs de serviettes des incinérateurs utiliseront-ils pour déjouer cette fronde éco-citoyenne incinératicide ?
Grave question, puisqu’il en va de l’avenir confortable de la dynamique dans la sclérose, et de ses juteux profits.
Deux poids, deux mesures...