Environnement et populations

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Voici une synthèse de l'état des relations entre les populations et l'environnement dans le monde. Cet ouvrage présente une vision des risques que font courir nos modes de vie à l'équilibre écologique de la planète et met en question la durabilité de nos modes de développement, ouvrant sur un large champ de questions que les scientifiques et les politiques ne peuvent plus, ni éluder, ni réduire au seul problème de la croissance démographique. Sont examinés ainsi les processus toujours croissants d'urbanisation, d'intensification agricole, de déforestation, d'utilisation de l'eau, de sécurité alimentaire,...

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Date de parution 01 février 2004
Nombre de visites sur la page 277
EAN13 9782296352216
Langue Français

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ENVIRONNEMENT ET POPULATIONS:
LA DURABILITÉ EN QUESTIONLISTE DES AUTEURS
AUBERTIN Catherine, économiste
Sécurité alimentaire et crise écologique
AUCLAIR Laurent, agro-économiste
La déforestation dans les pays du sud: Interactions entre population
et développement
CLAUDE Jacques, hydrologue
Ressources et usages de l'eau: un défi pour le développement
DOMENACH Hervé et PICOUET Michel, démographes
Dynamique démographique et environnement durable
FAUCHEUX Sylvie et O'CONNOR, économistes
Pour une compatibilité durable entre environnement et
développement
HAMELIN Philippe, démographe
La transformation des espaces ruraux: de la production agricole au
développement rural
PINSON Daniel, urbaniste
Environnement et urbanisation
QUESNEL André, démographe
Dynamiques de peuplement, appropriation de l'espace rural et
environnementCollection « Populations»
dirigée par:
Yves Charbit, Maria Eugenia Cosio-Zavala, Hervé Domenach
La démographie est au cœur des enjeux contemporains, qu'ils
soient économiques, sociaux, environnementaux, culturels, ou
politiques. En témoigne le renouvellement récent des
thématiques: développement durable, urbanisation et mobilités,
statut de la femme et de l'enfant, dynamiques familiales, santé de
la reproduction, politiques de population, etc.
Cette démographie contextuelle implique un renouvellement
méthodologique et doit donc prendre en compte des variables en
interaction, dans des espaces de nature diverse (physiques,
institutionnels, sociaux).
La collection Populations privilégie les pays et les régions en
développement, sans pour autant oublier leurs liens avec les pays
industrialisés et contribue à l'ouverture de la démographie aux
autres disciplines. Elle est issue d'une collaboration entre les
chercheurs de l'Institut de Recherche pour le Développement
(IRD), de Populations et Interdisciplinarité (Université Paris
VRené Descartes) et du Centre de Recherches Populations et
Sociétés (Université Paris X-Nanterre).Sous la direction de
Hervé DOMENACH et Michel PICOUET
ENVIRONNEMENT ET POPULATIONS:
LA DURABILITÉ EN QUESTION
L'Harmattan Hongrie L'Harmattan ItallaL'Harmattan
Hargita u. 3 Via Bava, 375-7, rue de l'École-Polytechnique
1026 Budapest 10214 Torino75005 Paris
FRANCE HONGRIE ITALIE<9L'Hannattan, 2004
ISBN: 2-7475-6008-2
EAN:9782747560085INTRODUCTION
C'est seulement depuis une vingtaine d'années que les
problématiques environnementales sont étudiées en interaction avec les
évolutions démographiques et les mutations sociétales. Lors de la 34e
session de la Commission de la population et du développement de
l'ONU (New York, 2001) qui constituait une marque supplémentaire
de l'importance accordée aux enjeux internationaux en la matière, un
groupe de scientifiques a présenté la contribution de la France! sur le
thème Population, environnement et développement: synthèse de
l'état des relations entre la population et l'environnement dans le
monde et prospection du futur proche, en analysant les différents
thèmes qui caractérisent directement l'évolution de nos sociétés.
Reprenant et étayant leurs analyses, cet ouvrage présente une vision
des risques possibles que font courir nos modes de vie à l'équilibre
démo-écologique de notre planète. Sont ainsi examinés
successivement, à travers le prisme des paramètres démographiques, les
processus toujours croissants d'urbanisation, d'intensification
agricole, de déforestation, d'utilisation de l'eau, de sécurité
alimentaire qui procèdent directement des activités humaines et posent
la question de la gestion des ressources.
Les relations entre les populations et leur environnement font
l'objet depuis quelques aImées d'une attention particulière de la part
des gouvernements engagés à souscrire aux revendications montantes
de la part des populations sur la qualité de la vie au Nord et les
besoins vitaux au Sud, que les chercheurs stigmatisent par ailleurs
par des analyses de plus en plus alarmistes. La peur des catastrophes
est partie prenante de I'histoire humaine: les disettes récurrentes, le
1 Ministère de l'emploi et de la solidarité, Division de la population et des
migrations.INTRODUCTION
déferlement de la peste et autres épidémies majeures, les cataclysmes
naturels, tels que sécheresses, séismes, inondations, cyclones,
éruptions volcaniques, etc. Surmontant ces malédictions, l'humanité a
développé un dynamisme démographique qui l'a mise à l'abri de sa
disparition, peuplant et occupant la planète avec une telle rapidité
qu'elle ouvrait un nouveau champ de risques dû au nombre des
hommes.
Avant même que celui-ci ne devienne préoccupant, Malthus tirait
la sonnette d'alarme prêchant la tempérance pour contrôler la
tendance naturelle des hommes à s'accroître au-delà des ressources
nécessaires à leur subsistance. Les néomalthusiens de notre époque
ont repris à leur compte ces thèses de la surpopulation coupable de
tous les maux de la planète, mais dans un contexte complètement
différent: une croissance démographique sans précédent dans notre
histoire, et des phénomènes écologiques troublants et inquiétants, à
l'aune de nos connaissances tout au moins.
Cette conception des relations population environnement recouvre
bien des aspects: idéologiques, politiques et économiques, elle
regroupe des militantismes aussi divers que celui de l'écologie
fondamentaliste ou celui de la technocratie libérale anglo-saxonne, et
elle a acquis une forte représentation médiatique. C'est là un autre
fait nouveau: la circulation de l'information. ses connexions au
niveau mondial, son instantanéité et son caractère offensif par la
pratique de la mise en boucle d'événements toujours plus
dramatiques, alimentent le sentiment que tout va de mal en pis et que le futur
des enfants d'aujourd'hui s'obscurcit davantage chaque année. Les
alertes écologiques se succèdent sans explication sur leur caractère,
leur an1pleur, leur impact, ou sur les solutions envisageables. Passé
l'émotion du moment, elles cèdent la place à d'autres informations,
laissant dans l'opinion un sentiment de crainte croissante. Cette
surmédiation occulte la connaissance réelle de ces phénomènes, mais
plus encore pèse sur les politiques à mettre en œuvre dans le long
terme.
Le sujet est complexe, les dérégulations multiples. Lors des
grandes conférences internationales consacrées à notre planète, dont
la conférence de la Terre, à Rio en 1992, fut le prototype, les
10INTRODUCTION
scientifiques se sont mobilisés pour faire connaître leurs analyses et
tenter d'orienter les décisions politiques. On sait que ce qui a été
retenu portait principalement sur la maîtrise de la biodiversité et de
vagues engagements pour diminuer les grandes pollutions.
L'agenda 21, adopté à l'occasion de cette conférence, laissait
cependant penser qu'une prise de conscience universelle de la double
précarité humaine et écologique prenait le pas sur le « tout croissance
économique». En réalité, les mutations environnementales nécessitent
une stratégie d'anticipation de la vulnérabilité planétaire dont les
milieux )?olitico-institutiOlmels ne semblent pas avoir encore pris la
mesure. A l'issue de la dernière conférence de Johannesburg, en 2002,
ce constat semble même s'être aggravé et les lois du marché n'avoir
pas encore intégré l'irréversibilité croissante du processus de
dégradation de la planète. C'est pourquoi, cet ouvrage déroule le fil
des ces analyses à travers le prisme des questions démographiques -
que nous développons en préalable dans le chapitre premier - tout en
s'intéressant aux enjeux des politiques de développement.
L'urbanisation croissante est devenue un défi pour le
développement, COlmnel'analyse Daniel Pinson dans sa contribution: Depuis le
passage au troisième millénaire, la ville impose sa suprématie
démographique sur la planète: 47,4 % de personnes au monde
étaient, en effet, des urbains en 2000 et ce pourcentage devrait
atteindre 58 % environ en 2015. Au-delà de l'augmentation des
humains, l'accroissement de leurs activités constitue, en dehors de la
lutte qu'elles suscitent entre eux, des facteurs avancés pour expliquer
IDle dégradation de l'environnement d'ampleur planétaire. Avec la
Conférence de Rio de 1992, de nouvelles approches se sont dessinées
et ont pu se concrétiser dans les conclusions de la Conférence
Habitat II d'Istanbul en 1996, organisée par l'UNCHS (Centre des
Nations unies pour les établissements humains) (Cavalier, 1996) qui a
hissé la question de la ville à un niveau où insalubrité et pauvreté sont
mieux associées et distinguées, allant au-delà de la seule question du
logement qui avait marqué la première conférence sur l'habitat à
Vancouver. en 1976.
En contrepoint, l'extraordinaire évolution du monde rural,
qu'analysent les chapitres successifs de Philippe Hanlelin et André
Quesnel, se traduit par un bouleversement de notre relation à la
11INTRODUCTION
biosphère et par une véritable recomposition des territoires et de leurs
usages. Il y a un siècle, la production agricole structurait et organisait
les espaces ruraux et constituait l'activité dominante partout dans le
monde, aussi bien en ternles de main-d'œuvre employée, que de
chiffres d'affaires ou d'échanges conunerciaux. 90 % des 1,6
milliards de terriens de l'époque, étaient des ruraux; aujourd'hui, le
nombre de ruraux a été multiplié par 2, celui des urbains par 20, et
les habitants des villes seront bientôt largement majoritaires.
L'agriculture ne structure plus l'espace rural et la révolution agricole
contemporaine relève d'ajustements macro-économiques qui ignorent
de plus en plus les sociétés locales et les cycles écologiques.
Parallèlement à ces évolutions sociétales. les forêts et l'eau sont
devenus des enjeux primordiaux de la relation
population-environnement et de la problématique de développement durable à l'échelle de
la planète, comme le montrent Laurent Auclair et Jacques Claude
dans leurs contributions respectives. En effet, ce début du troisième
millénaire voit se poser avec de plus en plus d'acuité la question de la
limitation des ressources en eau et tout spécialement dans les régions
arides. sounùses à des sécheresses récurrentes. où la rareté des. .
ressources conditionne le développement socio-économique. Il a fallu
attendre les années 70 (Conférence de Mar del Plata, 1977) pour que
la prise de conscience d'un risque de pénurie en eau conduise à mettre
en place des stratégies de gestion intégrée des ressources naturelles
aquatiques. Si les instances internationales et les conventions qu'elles
ont fait adopter (Agenda 21 de la CNDED-Rio 1992, Convention
internationale pour combattre la Désertification 1994, Conférence
mondiale sur l'eau, Paris 1998) ont largement contribué à ce
mouvement, les perspectives restent pessimistes en la
matière. Paradoxalement, la déforestation, c'est-à-dire le processus de
régression du couvert forestier, est largement plus médiatisée. Elle est
perçue comme une catastrophe écologique à l'échelle planétaire. Le
phénomène tend à s'accélérer au cours des dernières décennies, en
particulier dans la zone intertropicale. Bien que les chiffres relatifs à
la déforestation fassent l'objet de vives controverses, les institutions
internationales estiment que 134 millions d'hectares de forêt ont été
détruits entre 1980 et 1990 et 154 au cours de la
décelmie 1990-2000. Mais, si la déforestation est aujourd'hui un
12INTRODUCTION
processus quasi planétaire, les causes apparaissent multiples et
différenciées selon les aires géographiques.
Les questions de sécurité alimentaire et sanitaire sont apparues
parallèlement à la prise de conscience de la faim comme résultante,
non pas d'une insuffisance de production agricole, mais de
l'impossibilité d'avoir accès à l'alimentation du fait de ressources
insuffisantes en terres, en eau, en semences, en force de travail et
surtout en pouvoir d'achat, comme l'indique la contribution de
Catherine Aubertin. L'expression sécurité alimentaire se confond
maintenant avec celles de sécurité sanitaire et risque alimentaire. On
est passé d'une approche quantitative de la question alimentaire à une
vision qualitative qui amène à dénoncer les solutions d'hier - aide
alimentaire et productivisme, développement économique et
libéralisation des marchés - et leurs maîtres d'œuvre -les institutions
économiques et financières intemationales - comme les principales
causes du problème.
Ainsi, la gestion de l'envirOlmement et des ressources naturelles,
dans la perspective d'une compatibilité durable entre environnement
et développement, s'inscrit désormais dans une logique de
gouvernance participative COl1IDle l'analysent Sylvie Faucheux et Martin
O'Connor. fondée sur de nouvelles formes de collaboration entre le
Nord et le Sud, et impliquant tout à la fois la recherche scientifique et
teclmologique, l'industrie, les institutions publiques et la société
civile. La dynamique de l'échange écologique inégal ayant permis la
croissance économique du Nord, sans qu'en résulte une distribution
équitable des bénéfices économiques, a progressivement attiré
l'attention sur la question récurrente des externalités internationales
et des transferts de coûts envirOlmementaux opérés par des acteurs
économiques puissants vers des acteurs plus faibles, séparés par de
grandes distances.
Ainsi, par delà les diverses mutations des sociétés, des ressources
et de leurs usages, les phénomènes démographiques traduisent
d'abord le creusement d'inégalités et une partition marquée du monde
entre le Nord et le Sud. Au début de ce XXI" siècle, un sixième de la
population mondiale reçoit 78 % des revenus mondiaux et contribue
pour 80 % à la pollution de la planète. L'urgence est, aujourd'hui, de
13INTRODUCTION
faire en sorte que les pays les plus pauvres puissent accueillir les
3 milliards d'honunes supplémentaires qui s'y concentreront dans les
prochaines décennies, tout en tentant de pallier à la dégradation des
agro-systèmes et aux mutations envirOImementales et climatiques
probables. Les dérives de l'industrialisation de l'agriculture et de
l'alimentation instruisent progressivement le procès d'un
développement économique toujours plus inégalitaire pour les hOllUlles et
dangereux pour la planète. Ces perspectives préoccupantes, et les
défis qu'elles suscitent, constituent la trame de cet ouvrage.
14CHAPITRE 1
DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET
ENVIRONNEMENT DURABLE
Hervé DOMENACH et Michel PICOUET
*Démographes
La population de la planète comptait un milliard d'hommes en
1800, trois milliards en 1960, six milliards au tournant du XXI" siècle
et se stabilisera vraisemblablement autour de neuf milliards dans trois
à quatre décennies. Cette accélération de la croissance démographique
nourrit l'idée, largement répandue depuis Malthus, qu'elle est la
cause principale de la plupart des problèmes actuels de
l'environnement. En réalité, l'analyse des interrelations entre les
dynamiques démographiques et l'environnement révèle une très
grande diversité de situations, que l'on a parfois tendance à simplifier
en opposant les pays du Nord à faible croissance de population et les
pays du Sud à forte croissance. Débarrassé de l'idéologie
malthusienne, un exan1en scientifique des relations entre les usages des
ressources et les populations concernées montre que le facteur
démographique n'est, ni le seul en cause, ni nécessairement le plus
prépondérant.
En effet, la transforn1ation des modes de production et de
consommation, l'émergence de nouvelles dynamiques sociales, le
.
Directeurs de recherche à l'I.R.D. (Institut de recherche pour le développement).DYN DÉMOGRAPHIOUE ET ENVIRONNEMENT DURABLE
désenclavement des campagnes, les concentrations de population en
milieu urbain, etc. peuvent être des causes majeures d'une
exploitation accrue des rares ressources disponibles. En fait, l'action exercée
sur les systèmes écologiques dépend beaucoup du fonctionnement des
sociétés, de la façon dont les êtres humains perçoivent
l'environnement et de la valeur qu'ils lui accordent (Almaric, 1996).
Il en résulte une confrontation géopolitique d'appréciation des
problèmes envirOlmementaux: Pour les pays du Nord, les besoins
élémentaires des populations sont satisfaits bien au-delà de ce qui est
nécessaire et la préoccupation environnementale conceme
essentiellement la péremlité d'une qualité de vie non négociable; pour les pays
du Sud, la demande de sécurité alimentaire, souvent loin de satisfaire
les besoins vitaux des populations. limite l'appréhension des
problèmes environnementaux aux conditions locales de raréfaction
des ressources. Ces deux situations coexistent souvent avec acuité
dans les pays émergents soumis à de sévères dérèglements
environnementaux.
Ces clivages sont à la source d'un dialogue de sourds, où chacun
tend à imputer à d'autres la cause des problèmes écologiques de la
planète, actuels ou à venir, comme ce fut le cas au sommet de la Terre
à Rio de Janeiro en 1992, à la Convention pour le protocole d'accord
sur les changements climatiques de Kyoto en 1997 et que la
Conférence de Johannesburg, en 2002, n'a pas résolus, loin s'en faut.
Ils détenninent en conséquence les politiques en matière de population
et de préservation de l'environnement, mais qu'il s'agisse des pays du
Nord ou du Sud, ces politiques ont cependant plusieurs points en
conmlUn : l'échelle de décision tend à devenir globale et les objectifs
économiques et stratégiques prévalent, au détriment souvent des
solutions recherchées localement. Si tout le monde s'accorde, bien
entendu, sur l'importance d'une sécurité écologique durable, c'est aux
échelles locale et régionale que se jouent d'abord les enjeux du
développement. Ceux-ci se déclinent ainsi en plusieurs champs
d'intervention qui répondent aux altérations des ressources
planétaires: pluies acides, salinisation, pollutions chimiques, risques
alimentaires, déchets toxiques, enjeux énergétiques... qui
conditionnent les exploitations conunerciales et politiques des ressources
naturelles. la sécurité alimentaire et la sécurité sanitaire des
populations (Keyfitz, 1996).
16CHAPITRE 1
En l'état actuel des connaissances, et avec l'hypothèse d'une
population mondiale stabilisée autour de 9 milliards d'habitants, on
estime les réserves planétaires d'aluminium à un millier d'années
d'utilisation environ, 500 ans pour celles de zinc, 50 à 80 ans pour le
pétrole, près d'un siècle pour le gaz naturel, etc. almonçant ainsi la tin
des modes de production en vigueur, la nécessaire révision d'un mode
de consommation des ressources naturelles non renouvelables. et donc
la perspective de mutations sociétales importantes. Parallèlement, les
baisses de la fécondité et de la croissance naturelle démographique
s'accélèrent et la question n'est plus d'endiguer une croissance
démographique incontrôlée (Charbit, 2000, Chasteland et Chesnais,
1997), qui a alimenté les craintes récurrentes de nombreux auteurs
depuis longtemps. On sait maintenallt que, de par l'élan accumulé par
la constitution de classes en âge reproductif très importantes,
l'augmentation des effectifs de population restera élevée pendant
encore quelques décennies dallS de nombreux pays (Afrique centrale
et orientale, Chine, Inde...). Dans ce contexte, la recherche s'est
logiquement tournée vers les questions interdisciplinaires
d'accompagnement de cette croissance démographique dans les pays
concernés (Conulloner, 1991), qui conditiOlment les différentes
politiques de développement, souvent confrontées à un héritage de
pauvreté, d'analphabétisme, de sous-équipement, voire d'alimentation
insuffisante ou carencée et de Sallté défectueuse. Se pose donc la
question d'assurer à tous les individus une alllélioration substantielle
de leurs conditions de vie, une garantie d'accès aux ressources
essentielles et un développement humain et social de qualité. Si l'on
suit ce raisOlmement, la valorisation de l'environnement, sous toutes
ses formes, n'est alors qu'une résultante parmi d'autres des
allléliorations sociétales : éducation, Sallté de la reproduction, emploi,
alnénagement du territoire, gestion des ressources...
Ainsi, la croissance démographique n'est que l'une des causes de
l'exploitation accrue des ressources disponibles et d'une gestion de
l'espace souvent erratique, et ne déternline pas nécessairement la
dégradation de l'environnement. La transfonnationdes besoins joue
un rôle majeur, de même que les mutations familiales et sociales, les
logiques de production de rente associées à l'absence de sécurité de la
tenure foncière, le désenclavement des canlpagnes et l'urbatlisation...
En caricaturallt, on peut considérer que deux tendances théoriques
17DYN. DÉMOGRAPHIOUE ET ENVIRONNEMENT DURABLE
s'affrontent, opposant deux analyses idéologiques. Pour l'une, la
croissance démographique est la source de tous les draInes humains:
guerres, épidémies, famines, pauvreté, et aujourd'hui, dégradation de
l'environnement et cataclysmes écologiques; pour l'autre, elle n'est
qu'un facteur spécifique dont le rôle n'est pas nécessairement
détern1inant et ne comporte pas que des aspects négatifs. Signe des
temps, les opinions publiques, nationales et internationales,
commencent à peser, dOill1antaux questions d'environnement une
dimension universelle même si les préoccupations exprimées
concernent le plus souvent les échelles locales.
L'appréciation des relations entre la dynaInique des populations et
l'environnement (Domenach et Picouet, 2000) relève de deux niveaux
interactifs: global, parce que l'enjeu d'une planète viable touche
aussi bien le devenir de ses ressources que leur qualité; et régional,
parce que c'est à ce niveau que les politiques de développement
peuvent promouvoir un juste équilibre entre la croissance économique
et les recompositions territoriales.
Les arbitrages relèvent des grandes évolutions démographiques et
écosystémiques qui affectent les sociétés humaines à travers:
- Les mécanismes de régulation démographique: la fécondité, la
mortalité et les nouveaux facteurs de morbidité avec leurs effets
sur la santé et la survie des populations;
- Les structures par âge et le processus de vieillissement de la
population, fortement engagé dans les pays du Nord et
perceptible dans le reste du monde:
- Les distributions spatiales de population et la mobilité des
hommes, qui relèvent des processus de concentration en milieu
urbain et de la transfonllation des espaces ruraux;
- La sécurité alimentaire et sanitaire des populations, comme
éléments indissociables et emblématiques d'une crise de
civilisation:
- Les mécanismes politico-institutionnels qui conditionnent
l'évolution des usages des ressources et des territoires et mettent
actuellement en cause le développement durable d'une planète
viable.
18CHAPITRE 1
LA RÉGULATION DÉMOGRAPHIQUE CONTEMPORAINE
Les dynamiques démographiques des populations du monde sont
très diverses et ne peuvent se réduire à un monde dual, où les
populations les plus pauvres seraient prolifiques et jeunes, et les les plus riches atteintes par le vieillissement et peu
reproductives. L'examen de la situation mondiale permet de nuancer
cette dichotomie et surtout d'évaluer l'impact des évolutions
démographiques sur les ressources de la planète, sachant que la
population mondiale connaîtra progressivement des changements de
structure importants pour aboutir à un certain nivellement des
différences entre les continents dans une trentaine d' amIées.
Les tendances récentes de la fécondité sont nettement orientées à la
baisse mais cOlmaissent des intensités très diverses selon les régions
du monde. La mise en place partout dans le monde de progranmIes de
planification familiale a contribué à la réduction de la descendance
qui répond à des rythmes et des seuils divers selon les groupes
sociaux, les traditions culturelles et religieuses, le niveau d'éducation
ou d'urbanisation; par exemple, entre le début des années 1970 et
2002, l'indice synthétique de fécondité est passé de 5,8 enfants par
fenune à 2.1 en Tunisie. mais seulement de 7.6 à 4.1 en Bolivie. La0 0
o'
moyemle mondiale de cet indice est, en 2002, de 2,8 enfants par
fenune, avec une forte anIplitude des valeurs extrêmes qui vont de 7,2
et 8,0 pour la Somalie et le Niger respectivement, contre 1,2 pour
l'Espagne et l'Italie et 1.3 pour l'Allemagne, le Japon et la Russie.
De la même manière, la baisse de la mortalité est générale et
contrastée. Dans les pays européens, le taux de mortalité infantile est
à son niveau le plus bas, avoisinant 5 pour mille, tandis que nombre
de pays en développement vielment seulement de passer en dessous de
50 pour mille, tout en conservant encore souvent des régions entières
où le taux se situe entre 50 et 100 pour mille (Afrique subsaharienne,
Asie du Sud). Par ailleurs, apparaissent depuis peu des renversements
de tendance dans certains pays confrontés à des crises
épidémiologi.ques, telles que la résurgence du paludisme sous sa fonne résistante
ou la pandémie du sida (36 millions de perSOlUlesde 15-49 ans
19DYN DÉMOGRAPHIOUE ET ENVIRONNEMENT DURABLE
infectées, dont 4,5 millions en Afrique du sud et 4,2 millions en
h1de2),jusque là apparemment circonscrite à l'Afrique, mais dont on
découvre tardivement, au fil des révélations officielles, que de grands
pays comme la Chine et l'illde sont également concernés; il faut,
aussi, mentiOlmer les périodes, de crises économiques, de conflits
armés, de déliquescence de l'Etat... notanm1ent dans le continent
subsaharien (Ouganda, Ghana, Ruanda, Zambie, Mozambique etc.)
mais aussi en Afghanistan, Éthiopie, Somalie, etc. Cette situation
n'affecte encore que très peu l'évolution des indices mondiaux, mais
elle reste préoccupante et met en cause l'idée que les risques
sanitaires, épidémiologiques ou naturels puissent être complètement
maîtrisés à tenue et assurer un nivellement progressif des disparités
de mortalité existantes dans le monde. De fait. le crédit de cette
hypothèse s'avère quelque peu entamé en raison de l'apparition de
risques nouveaux mal maîtrisés, tels que: la diffusion du sida,
l'épizootie de la vache folle et sa transmission à l'homme sous la
fonne insidieuse de la maladie de Creutzfeldt-Jacob, plus récenunent
la diffusion exceptiOlmellement rapide de la pneumopathie atypique
(SRAS), la menace de nouvelles maladies neurodégénératives,
aggravée par l'alimentation industrielle et les manipulations
chimiques, sans oublier l'impact sur la santé humaine des
dégradations environnementales affectant la qualité de l'air, des eaux
consommées, l'exposition aux UV dans les zones où la couche
d'ozone se raréfie, etc. Cette nouvelle perception des tendances de la
mortalité mondiale - les perspectives de population établies par les
Nations Unies l'intègrent dorénavant - n'est pas liée à la capacité de
la médecine ou de la biologie à surn10nter ces nouveaux risques de
morbidité, mais bien au risque que les politiques et les pratiques
économiques font porter à la santé des individus. Les exemples
alarmants ne manquent pas, même s'il reste difficile de connaître,
avec précision, les conséquences de certaines pratiques agricoles ou
industrielles sur l'envirom1ement. en tennes de survie du milieu
biophysique de la planète et des espèces vivantes (perte de la
biodiversité, pesticides, intrants chimiques, etc. ). En revanche,
certaines conséquences de la dégradation des facteurs
environnemen2 Source: World Population Data Sheet, 2003, (Population reference bureau,
Washington)
20CHAPITRE 1
taux sur la santé commencent à être bien identifiées: les usages
intensifs d'insecticides sont, ainsi, fortement mis en cause dans la
maladiè de Parkinson, dans les leucémies et certains cancers. Du fait
de la complexité des chaînes alimentaires, de la difficulté de contrôler
la succession des transformations des produits bruts en produits
consommables, des effets à retardement d'une infection, etc., le risque
de contamination est devenu permanent, sans que l'on puisse
apprécier son degré de gravité sur les populations actuelles ni sur
celles à venir. Par ailleurs, de fortes présomptions semblent montrer
que les manipulations génétiques sur les produits alimentaires
présentent des risques importants pour la santé publique à terme, de
même que les polluants chimiques ont une probable incidence sur la
fertilité des hommes et l'apparition de nouvelles pathologies.
Ainsi, malgré la baisse de fécondité enregistrée dans la plupart des
pays, mais avec un retard certain pour le continent africain, il faudra
attendre encore trois ou quatre décennies avant que la population
mondiale ne soit régulée et stabilisée. Mais les mutations écologiques
en cours et les nouvelles perceptions des risques environnementaux
sont désormais susceptibles de remettre en cause cette projection des
facteurs démographiques et on ne peut plus exclure l'hypothèse d'une
surmortalité plus ou moins grave et plus ou moins ponctuelle, que
provoquerait une quelconque catastrophe sanitaire ou écologique
mettant en cause la chaîne alimentaire et sanitaire.
L'ÉVOLUTION DES STRUCTURES PAR ÂGE: DU
RAJEUNISSEMENT AU VIEILLISSEMENT
Actuellement, la forte croissance des pays du Sud a rajeuni la
population mondiale, mais il faut remonter aux années 70 pour
trouver le maximum atteint par les moins de 15 ans en proportion de
la population totale: 37,5 %. Depuis, cette proportion ne cesse de
décroître, ne représentant plus que 30 % en 2002, par le double effet
de la baisse de la fécondité et de l'allongement de la durée de vie. En
un quart de siècle, l'importance relative des enfants de moins de 15
ans est passée de plus de 40 % en Amérique Latine et en Asie, à 28 et
30 % respectivement en 2002, tandis que l'Afrique conserve une
21DYN DÉMOGRAPHIOUE ET ENVIRONNEMENT DURABLE
proportion de 40 %, mais l'Europe de 17 % seulement. La croissance
démographique se concentre, désormais, au sommet de la pyramide
des âges, fait nouveau dans l'histoire humaine et fondamental pour le
futur. car même dans le cas où la fécondité arriverait à se maintenir
dans certains pays, l'arrivée des nouvelles générations sera à peine
suffisante pour maintenir les effectifs des moins de 60 ans. Se
profilent ainsi les signes d'un processus de vieillissement intensif, qui
atteindra probablement la quasi-totalité des pays dans un demi-siècle,
constituant sans doute le phénomène le plus déterminant auquel les
sociétés humaines devront faire face dans les prochaines décennies.
Les perspectives démographiques sont claires à ce sujet: les effectifs
de personnes âgées de plus de 80 ans estimés à 66 millions en 1998,
atteindront probablement un demi milliard dans une cinquantaine
d'années; le nombre des centenaires dépasserait 2 millions, et les
personnes âgées de plus de 65 ans constitueraient près du quart de la
population mondiale.
Dans les pays du Nord de l'Europe, le vieillissement de la
population est déjà bien avancé et se poursuit. En France, la proportion des
personnes âgées de plus de 60 ans a dépassé les 20% et pourrait
atteindre 25 à 30 % dans les décennies à venir, tandis que la moyenne
d'âge de la population des 20 à 59 ans révolus augmente et pourrait
atteindre 40 ans en 2050 (Parant, 2001); la plupart des pays
européens suivent cette tendance, le Japon également.
Les problèmes de vieillissement de la population ne concerneront
les pays du Sud qu'à mesure que se dissiperont les effets de « l'inertie
démographique» : les effets de la baisse de fécondité n'ont d'impact
sur l'effectif total de population que deux ou trois générations plus
tard, les générations intermédiaires ayant une fécondité modérée voire
faible mais conservant un grand nombre de reproducteurs.
Globalement le processus est pourtant entamé puisque pour les pays du Sud,
la proportion de personnes âgées de 65 ans passerait de 5,5 % en
1998 à 6,5 % dès 2015, les taux correspondants pour les pays du
Nord étant de 14,1 % et de 18 %. De même que pour la baisse de
fécondité, la spécificité des pays du Sud tient à la rapidité avec
laquelle le processus de vieillissement évolue: tandis que la France a
mis soixante ans pour passer d'une proportion de 7 % à 14 % des
65 ans et plus, la Tunisie ne mettra que 20 ans, Cuba 15 ans
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