Natures

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La Nature, par définition, n'a rien à dire. Elle est silencieuse. Pourtant, l'homme l'a toujours couverte d'intentions. Cette nature qui nous environne et nous domine répond aussi à nos besoins. Mais, selon les lieux, les époques, s'agit-il des mêmes besoins et mêmes populations ? Cette problématique invite le lecteur au voyage : voyage au coeur des lieux de nature, au coeur des cultures humaines, peut-être au coeur de l'homme lui-même. La condition humaine dans la Nature est une construction aux multiples facettes, reposant sur les perceptions, les représentations, sur les imaginaires et les cultures.

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Date de parution 01 juillet 2014
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EAN13 9782336352237
Langue Français

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La Nature, par déïnition, n’a rien à dire ; elle est et restera silen cieuse. Pourtant, l’homme l’a toujours couverte d’intentions. Adulée ou redoutée – mais s’agit-il de la même Nature ? – cette Nature, qui nous environne et nous domine, est aussi une ressource permettant de répondre à des besoins – mais, selon les lieux et les époques, s’agit-il des mêmes besoins et mêmes populations ? Et l’idée de nature, à travers le désir de nature, rejoint-elle celle de bien-être, d’équilibre à retrouver, de qualité de vie à maintenir ou à reconquérir ?
Répondre à ces questions, c’est inviter le lecteur au voyage : voyage au cœur des lieux de nature, au cœur des cultures humaines, peut-être même voyage au cœur de l’homme lui-même ! D’un continent, d’une époque et d’une culture à l’autre, ce voyage suit les rythmes de la nature – les saisons, les cycles de vie, les bouleversements séculaires ou brutaux... – tout autant que les rythmes des hommes : celui de leurs pas quand la nature les déplace, de leurs croyances, de leur quête de subsistance pour eux-mêmes ou leurs troupeaux, celui de l’élaboration planiïée ou non de leurs cadres de vie.
Du Sahara au Japon, des parcs naturels nord-américains aux jardins monastiques français, en compagnie des marcheurs de l’Himalaya ou des pasteurs transhumants de Laponie, le lecteur plongera au cœur des polémiques entre admirateurs et ennemis de la grande faune sauvage ; il méditera sur la condition humaine dans une Nature qui est, certes, la résultante de quatre milliards d’années d’histoire de la Terre, mais qui est aussi, et peut-être même avant tout, une construction aux multiples facettes, reposant sur les perceptions et représentations, sur les imagi
 est géographe et japonologue, chercheur au CNRS. Elle travaille sur la culture du voyage au Japon.
professeur émérite à l’Université François Rabelais de Tours. Elle tra vaille sur les perceptions et imaginaires de l’espace. est géographe, maître de conférences à l’Univer sité Paris 8. Il s’intéresse aux relations entre sociétés et nature. Tous trois appartiennent au laboratoire de recherche Espaces, Nature et Culture (ENeC), CNRS et Paris 4-Sorbonne.
Natures, miroirs des hommes ?
sous la direction deSylvie Guichard-Anguis,Anne-Marie Frérot et Antoine Da Lage
Collection Géographie et cultures 2014
NATURES, MIROIRS DES HOMMES ?
sous la direction de Sylvie Guichard-Anguis, Anne-Marie Frérot et Antoine Da Lage
L’Harmattan
COLLECTION « Géographie et Cultures » Publication du LaboratoireEspaces nature et culture
Fondateur :Paul CLAVALDirectrice :Catherine FOURNET-GUÉRIN Comité de rédaction :Jean-Louis CHALEARD, Louis DUPONT, Édith FAGNONI, Catherine FOURNET-GUÉRIN, Delphine GRAMONT, Isabelle LEFORT, François TAGLIONI
Série « Fondements de la géographie culturelle » Marc Brosseau,Des Romans-géographes. Essai,1996, 246 p. Françoise Péron, Jean Rieucau,La Maritimité aujourd’hui,1996, 236 p. Robert Dulau, Jean-Robert Pitte, (dir.),Géographie des odeurs,1998, 231 p. Fabien Chaumard,Le commerce du livre en France. Entre économie et culture, 1998, 221 p. Joël Bonnemaison, Luc Cambrézy, Laurence Quinty-Bourgeois (dir.),Les territoires de l’identité, 1999, 583 p. (2 tomes) Pernette Grandjean (dir.),Construction identitaire et espace, 2009, 202 p. Série « Histoire et épistémologie de la géographie » Paul Claval, André-Louis Sanguin (dir.),La Géographie française à l’époque classique,1996, 345 p. Jean-François Staszak (dir.),Les Discours du géographe,1997, 284 p. Jean-Pierre Augustin, Vincent Berdoulay,Modernité et tradition au Canada, 1997, 220 p. Vincent Berdoulay, Paul Claval,Aux débuts de l’urbanisme français, 2001, 256 p. Jean-René Trochet, Philippe Boulanger,Où en est la géographie historique ?,2004, 346 p. Thierry Sanjuan (dir.),Carnets de terrain. Pratique géographique et aires culturelles, 2008, 243 p. Série « Culture et politique » Henri Goetschy, André-Louis Sanguin (dir.),Langues régionales et relations transfrontalières en Europe, 1995, 318 p. Georges Prévelakis (dir.),La Géographie des diasporas,1996, 444 p. Emmanuel Saadia,Systèmes électoraux et territorialité en Israël,1997, 114 p. Anne Gaugue,Les États africains et leurs musées. La Mise en scène de la nation,1997, 230 p. Paul Claval, André-Louis Sanguin (dir.),Métropolisation et politique, 1997, 316 p. André-Louis Sanguin (dir.),Vivre dans une île. Une géopolitique des insularités, 1997, 390 p. Thomas Lothar Weiss,Migrants nigérians. La diaspora dans le Sud-Ouest du Cameroun,1998, 271 p. Jérôme Monnet (dir.),Ville et pouvoir en Amérique : les formes de l’autorité, 1999, 190 p. André-Louis Sanguin (dir.),Mare Nostrum, dynamiques et mutations géopolitiques de la Méditerranée, 2000, 320 p. Yann Richard, André-Louis Sanguin (dir.),L’Europe de l’Est quinze ans après la chute du mur. Des États baltes à l’ex-Yougoslavie, 2004, 330 p. Hélène Velasco-Graciet, Christian Bouquet (dir.),Tropisme des frontières. Approche pluridisciplinaire. t. 1,2006, 290 p. ;Regards géopolitiques sur les frontières, t. 2,2006, 231 p. François Taglioni, Jean-Marie Théodat (dir.),Coopération et intégration. Perspectives panaméricaines, 2008, 275 p. François Moullé, Sabine Duhamel (dir.),Frontière et santé. Genèses et maillages des réseaux transfrontaliés, 2010, 286 p. Amaël Cattaruzza,Territoire et nationalisme au Monténégro. Les voies de l’indépendance, 2010, 310 p. Delon Madavan, Gaëlle Dequirez, Eric Meyer,Les communautés tamoules et le conflit sri lankais, 2011, 214 p. Série « Études culturelles et régionales » Béatrice Collignon,Les Inuits. Ce qu’ils savent du territoire,1996, 254 p. Thierry Sanjuan,A l’Ombre de Hong Kong. Le delta de la rivière des Perles, 1997, 313 p. Laurent Vermeersch,La ville américaine et ses paysages portuaires,1998, 206 p. Robert Dulau,Habiter en pays tamoul, 1999, 300 p. Myriam Houssay-Holzschuch,Ville blanche, vies noires : Le Cap, ville Sud-Africaine,1999, 276 p. Federico Fernández Christlieb,Mexico, ville néoclassique. Les espaces et les idées de l’aménagement urbain (1783-1911), 2002, 249 p. Yann Richard,La Biélorussie. Une géographie historique, 2002, 310 p. Jacques-Guy Petit, André-Louis Sanguin,Les fleuves de la France atlantique. Identités, espaces, représentations, mémoires,2003, 221 p. Vincent Marcilhac et Vincent Moriniaux,Les établissements de restauration dans le monde, 2012, 367 p. Hors-série :Jean-Robert Pitte, André-Louis Sanguin (dir.),Géographie et liberté. Mélanges en hommage à Paul Claval, 1999, 758 p.
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03367-9 EAN : 9782343033679
SOMMAIRE
Introduction : nature, patrimonialisation et imaginaires ................................5 Antoine Da Lage, Anne-Marie Frérot, Sylvie Guichard-Anguis Localisation des lieux étudiés dans les articles.............................................15
PARTIE I : Besoins de nature, besoin de sens ?...........................................17 La nature dans les jardins religieux : un chemin vers l’éternel.....................21 Étienne Grésillon Laziyara, une pratique de l’espace en Mauritanie saharienne .....................35 Yehdih Tolba Les réponses aux besoins de nature en Amérique du Nord : « penseurs » et « faiseurs » dewilderness.........................................................................43 Caroline Moumaneix Des traces dans la montagne : le parcours rituel duVKXJHQGǀ(Japon).........57 Anne Bouchy Cheminer du Mont Taishan au Mont Nishan : en Chine, province du Shandong ......................................................................................................73 Jocelyne Fresnais-Vaudelle L’Homme et la Nature : de l’ordinaire à l’extra-ordinaire, rencontres et mutations.......................................................................................................91 Stéphanie Chanvallon Le rapport ambigu aux grands prédateurs : quelle patrimonialisation pour ces animaux fascinants qui dérangent ? ......................................................107 Laine Chanteloup
PARTIE II : Quand la nature déplace les hommes… .................................123 De l’alpe en Laponie : regards croisés sur l’espace pastoral ......................127 Éric Canobbio Mythes, grands espaces et aventure : le Sahara des voyageurs et des touristes.............................................................................................145 Bruno Lecoquierre Marcher dans l’Himalaya, imaginaires et pratiques....................................165 Isabelle Sacareau
« Arrachez les arbres pour garer les voitures » ou la difficile cohabitation du tourisme et de la nature : l‘exemple des parcs nationaux du sud-ouest des États-Unis ............................................................................................179 Annick Hollé Voyager à sa propre rencontre : lecture des déplacements touristiques dans les espaces protégés canadiens ...........................................................193 Stéphane Héritier De la marche comme thérapie ....................................................................213 Bernard Ollivier Les sentiments reflétés à travers un paysage : une rhétorique japonaise pour dépeindre la nature .............................................................................223 Mariko Okada
PARTIE III : Les pieds sur terre, la nature dans la tête .............................233 Un marcheur en Grèce ancienne : Pausanias ..............................................237 Colette Jourdain-Annequin Quand la nature déplace les Sahariens :ils n’ont pas la tête attachée et se saisissent des dos................................................................................249 Anne-Marie Frérot Le bain dans les eaux thermales au Japon : une relation fondamentale à la nature....................................................................................................261 Sylvie Guichard-Anguis La nature sous la cendre : les incendies de forêt en Corse, comme image du désastre ou promesse de renouveau ? ....................................................277 Pauline Vilain-Carlotti Les animaux qui dérangent : entre regarda prioriet pratiques au quotidien ................................................................................................291 Coralie Mounet La nature consommée : visions d’ici, visions d’ailleurs .............................303 Jean Louis Yengué Enfermés entre quatre murs : les besoins de nature des détenus ................317 Olivier Milhaud
EN GUISE DE CONCLUSION .................................................................331 Sylvie Guichard-Anguis, Anne-Marie Frérot, Antoine Da Lage
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INTRODUCTION NATURE, PATR)MON)AL)SAT)ON ET )MAG)N A)RES
Antoine Da Lage Laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENeC) UMR 8185 Université Paris 8
Anne-Marie Frérot Laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENeC) UMR 8185 Université de Tours
Sylvie Guichard-Anguis Laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENeC) UMR 8185 CNRS
GENÈSE DE LA DÉMARCHE : CONSTRUCTION D’UN OBJET DE RECHERCHE Quand des ruralistes, des urbanistes et des écologues confrontent leurs regards sur la nature, quand des biogéographes, des spécialistes de géographie sociale ou de géographie culturelle scrutent les relations entre les sociétés et leurs natures, quand des africanistes, des spécialistes du grand Nord ou de l’Himalaya, de l’Amérique latine ou de l’Asie du Nord-Est relatent leurs observations sur les pratiques quotidiennes, saisonnières ou exceptionnelles des hommes et des femmes d’aujourd’hui dans la nature (avec d’utiles retours sur des exemples pris dans l’histoire), les questions sur la nature, et plus encore la question de la Nature, s’en trouvent renouvelées. Comprendre pourquoi la nature est parfois adulée et parfois redoutée (mais s’agit-il de la même nature ?), comprendre si les besoins de nature sont vitaux pour l’homme ou s’ils sont un luxe (mais s’agit-il des mêmes besoins et des mêmes populations ?), telle est la problématique de ce livre, reflet de douze séances de rencontres et de partages d’expériences. Il se veut une invitation au voyage : voyage au cœur des lieux de nature, voyage au cœur des cultures humaines, peut-être même voyage au cœur de l’homme lui-même. Un voyage qui suit les rythmes de la nature, les saisons, les cycles de vie et prend en compte les bouleversements séculaires ou brutaux. Un voyage qui suit les rythmes des hommes : celui de leurs pas quand ils marchent dans la nature, celui de leurs croyances, celui de leur quête de subsistance pour eux-mêmes ou leurs troupeaux, celui de l’élaboration planifiée ou non de leurs cadres de vie. Un voyage dans une Nature qui est,
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Collection Géographie et cultures
certes, un donné de quatre milliards d’années d’histoire de la Terre, et plus particulièrement de l’Holocène, mais qui est, tout autant, et peut-être même d’abord, un construit aux multiples facettes, reposant sur les perceptions et représentations, sur les imaginaires et les cultures.
QUAND LA NATURE DÉPLACE LES HOMMES… Les hommes et les femmes passent une grande partie de leur vie, de leurs journées à se déplacer : pour pouvoir s’approvisionner (qu’ils soient chasseurs-cueilleurs ou clients de supermarchés), pour aller travailler ou chercher du travail, pour aller faire la guerre ou coloniser, pour s’exiler, mais aussi pour leurs loisirs, pour partir à la découverte du monde ou à la rencontre de l’Autre. Les mobilités humaines sont un des objets classiques de la géographie – ainsi, le Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges de 1997 a-t-il eu pour titre « La planète “nomade” : les mobilités géographiques d’aujourd’hui ». Tout type de lieu et de milieu est en effet propice aux déplacements : à la campagne, en ville, sous terre (le métro…), sur mer ou dans d’autres milieux « naturels » (le désert, la forêt, la haute montagne…). Pour certaines populations, les déplacements dans le monde n’ont jamais été aussi rapides. Gagner toujours un peu plus de temps continue à justifier des investissements considérables, dans de nombreuses régions, destinés à la construction d’aéroports, de lignes de trains à grande vitesse, etc. Comme s’il n’y avait pas de limite à ces gains de temps ! Mais cette course à la vitesse n’a pas aboli le plus ancien des modes de déplacement, et sans doute un des plus lents : la marche. Pour les uns, marcher est une nécessité, pour d’autres, un devoir, et pour d’autres encore un plaisir. En effet, la marche et les déplacements à pied semblent, paradoxalement, jouir d’une popularité toujours croissante dans les pays jadis dits « développés ». Toute une littérature séduisant le grand public occupe les rayons des kiosques et des librairies ou est mise en ligne sur Internet ; de même, se multiplient toutes sortes d’associations destinées à la promotion de cette activité sous une forme récréative. Selon ces diverses manifestations, sans oublier les messages véhiculés par toutes sortes de média, la marche permet, non seulement de rester en forme au contact de la nature, mais aussi constitue un excellent moyen d’aller au-devant de l’Autre et à la rencontre de soi. Dans les pays anglo-saxons, le succès d’un ouvrage comme celui de Rory Stewart (Stewart, 2009) qui dépeint un tableau de la société contemporaine en Afghanistan découverte au cours d’une longue marche de plusieurs mois, atteste de cet engouement. Il est certes des cas où marcher dans la nature est une contrainte subie : on connaît ces situations très fréquentes d’exode après un cataclysme naturel, pendant un conflit armé ou à cause d’un épisode de famine. Mais il en est
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Natures, miroirs des Hommes ?
d’autres, plus librement consentis, où la marche met les hommes dans un état de nature, de liberté et de spiritualité qui procurent la sérénité. En marchant dans la nature, ou plutôt dans ce qu’on appelle nature – même quand ce sont des espaces et des milieux très anthropisés dès lors qu’une certaine dominante végétale, rocheuse ou aquatique contraste avec la ville ou le village que l’on a quittés – un autre rapport au monde s’établit, une autre perception de l’espace et du temps. C’est la prise de conscience de l’environnement, d’appartenir à un grand tout, au cosmos, et surtout la prise de conscience de notre corps. Reprendre corps dans son existence peut aller jusqu’à retisser des liens avec l’effort, la faim, la soif, le froid, la chaleur, etc. et vise parfois à procurer la santé physique et psychique, la possibilité de guérir dans le silence et l’effort.
À travers différents exemples, le présent écrit ouvre la question de « l’utilité » de la marche dans la nature. Mais son inutilité n’est-elle pas fondamentale ? Il va de soi que marcher est une activité ancestrale et naturelle. Pourtant, peu de travaux ont été consacrés à la marche en tant qu’objet de recherche. L’historien Joseph Amato (2004) démontre comment la marche – longtemps une nécessité que ce soit pour faire la guerre ou à des fins de pèlerinage, sans oublier la traversée des villes depuis leur apparition, etc. – est devenue de nos jours un choix. Le sociologue David Le Breton analyse l’imaginaire contemporain « des chemins et de la lenteur » pour en faire « l’éloge » : « Les imaginaires contemporains de la marche sont heureux, ils réfèrent plutôt au loisir, à la disponibilité » (Le Breton, 2012, p. 25). Le philosophe Christophe Lamoure rappelle que tous les grands philosophes marchaient et nous invite à la promenade comme les péripatéticiens; page après page, il nous enseigne la manière d’adapter nos pas à nos pensées, et inversement (Lamoure, 2007)... Parmi les sciences humaines et sociales, la géographie s’est encore peu emparée de ce thème de recherche.
La confrontation de questionnements ayant trait aux déplacements dans la nature et portant sur deux aires culturelles – l’Asie du Nord-Est avec le Japon d’une part (Guichard-Anguis et Moon, 2008 ; Guichard-Anguis, à paraître), le Sahara africain d’autre part (Frérot, 2011) – que tout semble opposer, dans leur localisation, leur mode de vie, leur rapport à la nature, leur niveau de développement, a constitué le point de départ de cette réflexion. Or, ces travaux, qui abordent la nature dans sa dimension patrimoniale, comme lieu de mobilité, support d’une mémoire, d’un imaginaire influant sur la territorialité des groupes sociaux, aboutissent aux mêmes résultats scientifiques. Force est de constater que dans ces deux aires culturelles, comme dans bien d’autres, l’environnement et le paysage ne peuvent être pensés en dehors des liens dynamiques matériels et idéels que les sociétés entretiennent avec la nature et que les logiques à l’œuvre dans la production des territoires sont indissociables de leurs dimensions
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Collection Géographie et cultures
symboliques, des représentations de la nature et des perceptions du paysage comme contenu et contenant. Dans ces deux cas, le lien analogique entre nature et culture est fondamental. Au Japon comme au Sahara, nous sommes loin de l’univers cartésien « de mécanicien où l’approche poétique n’a plus de place » (Durand, 1969, p. 19), loin du monde occidental qui dévalue la pensée symbolique, le raisonnement par similitude et la métaphore dont regorgent les parlers japonais et bédouins (arabes et berbères). La perception et les représentations de ces espaces sous cet angle engendrent des usages et pratiques de cette nature qu’il semble fructueux de rapprocher, malgré les évidentes différences géographiques, culturelles, sociales et économiques. En effet, et particulièrement dans ce type de contrées et de cultures, la nature est non seulement envisagée dans sa matérialité (relief, environnement, végétaux, produits, terroirs, etc.), mais aussi, et surtout, dans sa temporalité (les saisons, le rythme de la journée de travail, de prières, ou dans une toute autre dimension un rapport à la mémoire, voire une quête de l’éternité) et sa dimension immatérielle (ainsi c’est le lieu de séjours des divinités au Japon ou des saints en Afrique, le cadre de fêtes, etc.).
Dans les deux cas évoqués ci-dessus, c’est aussi, et parfois d’abord à des fins spirituelles qu’on marche au sein de cette nature. Le voyage est matérialisé dans l’espace tout en étant un voyage intérieur. Ainsi, quels sont les rapports entre les conditions matérielles d’existence d’un groupe humain déterminé et ses expressions symboliques ? En revanche que deviennent ces symboles engloutis dans la modernisation mondialisée ? S’agit-il de discours ? D’une réappropriation d’imaginaires à des fins de patrimonialisation ? En allant à la rencontre de ces vies et des capacités de ces sociétés à la symbolisation, nous cherchons également à en comprendre les limites, afin de mieux saisir notre propre rapport à la nature dans les sociétés occidentales.
C’est en ce sens qu’il nous a semblé tout à fait pertinent de mettre en miroir de ces recherches des travaux portant sur un Occident (Da Lageet al., 2008) où se sont instaurés un discours et une perception d’une nature idéalisée et déifiée. Cette déconstruction permet de se demander par exemple si les liens que les populations vivent avec leur territoire (qu’elles s’y sentent bien ou qu’elles le subissent), ainsi que les images mondialisées véhiculées sur l’environnement mondial (et le territoire-monde), ne sont pas parmi les premiers facteurs de création d’imaginaires sur la nature : la nature telle qu’on voudrait qu’elle fût plutôt que la nature telle qu’elle est. Quand, à propos de nature et de pèlerinages sur des chemins de nature, nous entendons parler de religion (la « vraie », celle qui relie à Dieu ou aux dieux, et celle par laquelle on relie Dieu, les dieux à sa propre humanité), nous nous demandons si certains discours pro-nature, pro-biodiversité, pro-paysages, pro-conservation/préservation, ne sont pas assimilables à un nouveau dogme (infaillible ?) qui doit être accueilli comme une Vérité immanente et non comme une pensée socialement construite. Parmi la palette d’aires protégées
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Natures, miroirs des Hommes ?
existant sur le globe, on compte même les « sanctuaires de vie sauvage » ! Mais sans aller jusqu’à cette institutionnalisation d’une nature sanctuarisée, il n’est qu’à inventorier le nombre de livres, d’articles ou de sites Internet sur « les arbres remarquables », sur « les merveilles de la nature » etc., bien plus considérables que les quelques écrits sur la nature ordinaire.
Si les uns (au Japon ou au Sahara) marchent dans la nature à des fins spirituelles, d’autres (en Occident ?) se fabriquent et fabriquent du pseudo-spirituel dans lequel ils font de force marcher la nature ! Au final, nous cherchons tous à comprendre le monde tel que les hommes le vivent et l’expriment dans la patrimonialisation de la nature et à travers leur territorialité imprégnée d’imaginaires. Ce questionnement s’est avéré universel. Partout, les hommes et les sociétés ont besoin de nature.
LA NATURE, UN BESOIN, QUI DÉRANGE, PARFOIS… Alors que le taux de population urbanisée dépasse presque partout largement la moitié de la population globale, et que le cadre de vie de chacun n’est plus seulement anthropisé, mais extrêmement artificialisé, il n’a jamais été autant fait référence à la nature. Il s’agit alors parfois de la nature destructrice (séismes, tsunamis, ouragans, sécheresses, canicules…) ou de celle entendue comme un lieu de production ; mais il convient aussi de prendre en considération celle vers laquelle l’homme vient rechercher certains bienfaits. Cette demande n’est pas récente comme l’attestent bon nombre de pratiques (la médecine à base de simples…) qui peuvent être déclinées selon les époques et les régions du monde. On peut aller au devant de la nature comme l’attestent de nombreuses pratiques récréatives (la marche, le bain, le pique-nique…), sportives, touristiques, etc. Mais on peut aussi faire venir cette nature à domicile en créant un jardin ou bien en consommant quelques-unes de ses productions ; bref, en faisant venir la nature dans son assiette. Et alors l’idée de nature rejoint celle de bien-être, d’un équilibre à retrouver, d’une qualité de vie à maintenir ou à reconquérir. Cet accès plus ou moins facile à la nature (à des lieux de nature ou à des produits naturels et sains), cette satisfaction plus ou moins fréquente des besoins de nature est de plus en plus prise en compte dans les études qualitatives sur les espaces de vie, en terme de justice spatiale par exemple. Mais si le besoin de nature apparaît aujourd’hui comme une évidence, il est des cas où l’on se passerait bien de certains éléments de la biodiversité ! En effet, alors que certains idéalisent la nature (romantisme,wilderness, écologisme…), d’autres se méfient des « espèces invasives », des « animaux prédateurs » et ne voient dans la nature qu’un milieu où s’exerce la « loi de la jungle »… D’autres encore regrettent que les communes doivent supporter le surcoût de l’entretien généré par la nature en ville qui, en quelque sorte, devrait être aseptisée : oui aux espaces verts et aux arbres d’alignement, mais
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