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Vivre à l'est, travailler à l'ouest

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Description

Qu'ils soient dénoncés pour leur implication dans des trafics en tout genre, ou appréciés pour leur travail peu coûteux, les migrants roumains en Europe de l'Ouest, rappellent de façon récurrente le fameux "potentiel migratoire" "contenu" aux portes de l'Union Européenne. Au-delà des peurs et des affabulations politiques et médiatiques, l'ouvrage apporte un éclairage sociologique sur la circulation migratoire au départ de la Roumanie vers l'Occident à partir de nombreuses enquêtes de terrain.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2007
Nombre de lectures 87
EAN13 9782296172890
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

VIVRE À L’EST, TRAVAILLER À L’OUEST :
LES ROUTES ROUMAINES DE L’EUROPE
©L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-03274-3 EAN : 9782296032743
Swanie POTOT VIVRE À L’EST, TRAVAILLER À L’OUEST :
LES ROUTES ROUMAINES DE L’EUROPE
L'Harmattan
Aujourd'hui l'Europe Collection dirigée par Catherine Durandinème  Peut-on en ce début de XXI siècle parler de l’Europe ? Ne faudrait-il pas évoquer plutôt les Europes ? L’une en voie d’unification depuis les années 1950, l’autre sortie du bloc soviétique et candidate selon des calendriers divers à l’intégration, l’une pro-atlantiste, l’autre attirée par une version continentale ? Dans quel espace situer l’Ukraine et qu’en sera-t-il de l’évolution de la Turquie ? C’est à ces mémoires, à ces évolutions, à ces questionnements qui supposent diverses approches qui vont de l’art à la géopolitique, que se confrontent les ouvrages des auteurs coopérant à « Aujourd’hui l’Europe ». Déjà parus Mikhaïl BERMAN-TSIKINOVSKI,Une vie à créditoudu temps Otage (traduction de Gérard ABENSOUR), 2007 Samuel DELÉPINE,Quartiers tsiganes. L’habitat et le logement des Rroms de Roumanie en question, 2006. Véronique AUZÉPY-CHAVAGNAC,L’Europe au risque de la démocratie, 2006. Ioana IOSA,L’héritage urbain de Ceausescu ?: fardeau ou saut en avant , 2006. Christophe MIDAN,Roumanie 1944-1975. De l'armée royale à l'armée du peuple tout entier, 2005. Bogdan Andrei FEZI,Bucarest et l’influence française. Entre modèle et archétype urbain 1831-1921, 2005. Antonia BERNARD (sous la dir.),La Slovénie et l’Europe. Contributions à la connaissance de la Slovénie actuelle, 2005. Maria DELAPERRIERE (dir.),La littérature face à l’Histoire. Discours historique et fiction dans les littératures est-européennes,2005. Elisabeth DU REAU et Christine MANIGAND,Vers la réunification de l’Europe. Apports et limites du processus d’Helsinki de 1975 à nos jours, 2005. er Roman KRAKOVSKY,mai en Tchécoslovaquie. 1948-1989Rituel du 1 , 2004. Catherine DURANDIN (dir.), Magda CARNECI (avec la collab. de), Perspectives roumaines, 2004. Claude KARNOOUH,L’Europe postcommuniste. Essais sur la globalisation, 2004. Neagu DJUVARA,Bucarest-Paris-Niamey et retour,2004. Catherine SERVANT et Etienne BOISSERIE (dir.),La Slovaquie face à ses héritages, 2004.
INTRODUCTION Depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, la présence de migrants roumains en Europe de l’Ouest est fortement médiatisée. Qu’ils soient dénoncés pour leur implication dans des trafics en tout genre, ou appréciés pour leur travail peu coûteux dans certains secteurs économiques, ils rappellent de façon récurrente le fameux « potentiel migratoire » « contenu » aux portes de l’Union Européenne. Au-delà des peurs et des affabulations politiques et médiatiques, l’ouvrage propose d’apporter un éclairage sociologique sur la circulation migratoire roumaine en s’appuyant sur de nombreuses enquêtes de terrain menées auprès des acteurs mêmes de ces migrations. La perspective adoptée situe ces mouvements dans le cadre d’une conjoncture sociale, politique et économique en pleine mutation. En Europe, les migrations internationales furent marquées, au cours de la dernière décennie, par un triple processus : d’une part, l’ouverture soudaine des frontières des pays de l’Est vers l’ensemble des États du monde au début des années quatre-vingt-dix a permis l’apparition de mobilités jusqu’alors proscrites à l’intérieur même de la grande Europe. D’autre part, et dans le même temps, la construction de l’Union Européenne s’est accompagnée d’une forte volonté de fermeture des frontières externes, corrélée à une marginalisation de l’immigration sous toutes ses formes. Enfin, l’évolution du marché du travail occidental, en s’adaptant à une économie de plus en plus libérale, a favorisé l’exploitation d’une main-d’œuvre bon marché parmi laquelle les travailleurs étrangers en situation précaire jouent un rôle clé. Ces conditions ont contribué à l’émergence de formes migratoires originales, basées sur la capacité des acteurs migrants à circuler et à investir certaines niches d’emploi précaire, souvent de façon temporaire, en dépit des restrictions législatives les concernant. Les mobilités mises en œuvre par une frange de la population roumaine illustrent particulièrement bien ce phénomène : bien que l’obligation de visas ait été maintenue pour les ressortissants roumains jusqu’en 2002 (au contraire de la Pologne, la Hongrie et la Slovénie qui ont obtenu le droit de voyager dans l’espace Schengen dès 1991), les migrations temporaires de travail ont pris une place de plus en plus grande dans la vie sociale et économique de ce pays, dès les années quatre-vingt-dix. Un article du quotidien roumainAdevarultémoignait, en 2002, de l’impact de ces mouvements sur l’économie nationale :«en période de crise, les cueilleurs de fraises roumains d'Espagne, les assistants d'Allemagne, les commerçants et prostituées d'Italie ou les constructeurs d'Israël, ont apporté en Roumanie ces dernières années, plus de 5 milliards de dollars, soit plus que ce que nous aurait donné le F.M.I. si les accords en stand-by avaient été menés à 1 terme;Ces mouvements ne sont pas l’apanage de minorités marginalisées » .
1 Adevarul, 27 novembre 2002.
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d’après un sondage effectué en avril 2004, 5 % de la population totale, présente dans le pays au moment de l’enquête, déclarait avoir travaillé à l’étranger au cours des dix dernières années et 9 % des personnes interrogées avait au moins un 2 membre de leur foyer en migration au moment du sondage . Il s’agit ici de mobilités informelles ou faiblement encadrées, reposant sur l’activité de multiples acteurs de part et d’autre du continent, en marge –et dans le sillage- de la construction européenne. C’est dans la connexion entre des mondes sociaux et économiques coupés l’un de l’autre durant des décennies qu’il faut rechercher l’origine de ces 3 mouvements. Le coup d’État , qui a renversé la dictature en 1989, a conduit les Roumains à se tourner, très rapidement, vers leurs voisins de l’Ouest. Le despotisme de N.Ceausescu, au pouvoir durant près de vingt-cinq années, avait isolé le pays au sein même du monde soviétique et l’a laissé, après la chute du régime, dans un marasme économique, social et politique beaucoup plus profond 4 que ce qu’a connu la majorité des pays d’Europe Centrale et Orientale . L’Occident est alors apparu dans l’imaginaire roumain comme une référence, un objectif sur lequel s’aligner. La volonté politique d’intégration de l’OTAN (achevée en 2002) et de l’Union Européenne (prévue pour 2007), est devenue un véritable projet de société, perçu comme une solution majeure aux nombreuses difficultés rencontrées dans le pays. Dans ce contexte, l’écart existant entre les aspirations des individus, pour lesquels la « Révolution » devait permettre de rejoindre au plus tôt les standards de vie occidentaux, et la réalité socio-économique, a favorisé l’émergence d’une circulation migratoire vers plusieurs pays d’Europe. Les migrations temporaires sont apparues, pour de larges catégories de population, comme une alternative à la crise subie par la Roumanie après 1989 et comme un moyen d’anticiper les transformations du pays vers le capitalisme occidental. Dans la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix, tandis que les Roumains ont compris que leur situation ne s’arrangerait pas rapidement, les migrations économiques de courte durée se sont ainsi multipliées. Cette mobilité exacerbée a mis fin à plusieurs décennies de sédentarité forcée et c’est dès lors en multipliant les tentatives et en développant de nouvelles compétences que les primo-migrants roumains sont parvenus à négocier leur place dans différentes aires socio-économiques européennes. Ils ont alors mis à profit une capacité à « se débrouiller » dans des espaces informels, acquise sous la
2 Baromètre d’Opinion Publique, mai 2004. 3  Ce qui est apparu en 1989 comme une « révolution populaire » (surtout de l’étranger) s’est avéré avoir été savamment préparé et orchestré par l’armée nationale et quelques dirigeants communistes. Cf. notamment Castex M.,Un mensonge gros comme le siècle. Roumanie, histoire d'une manipulation, 1990. 4 Seule la Bulgarie connaissait alors une situation économique proche de celle de la Roumanie, mais la dictature communiste y ayant été moins violente, le tissu social ne fut pas atteint dans les mêmes proportions.
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dictature, pour gérer leur situation de clandestins ou de travailleurs au noir à l’étranger. Cette recherche examine comment ces nouveaux migrants ont réussi, en quelques années, à construire des espaces de circulation transnationaux en l’absence de toute instance officielle ou structure communautaire les organisant. En observant de près les relations sociales entre les acteurs de ces circulations, on aborde la constitution des réseaux migrants multipolaires et l’on comprend comment des stratégies autonomes de mobilité s’articulent sur de larges espaces pour donner forme à des organisations collectives informelles mais prégnantes. La première partie est descriptive : elle retrace le parcours de trois réseaux migrants en décrivant les contextes socio-économiques de départ et d’arrivée ainsi que les procédures par lesquelles les migrants sont parvenus, d’abord en saisissant des opportunités incertaines au coup par coup, à faire leur place dans certains secteurs d’emploi, puis à développer des mouvements collectifs qui, en dehors de toute structure formelle, deviennent des lieux d’échanges particulièrement actifs entre des régions de Roumanie et certaines aires socio-économiques occidentales. Une deuxième partie analyse les organisations sociales qui rendent possibles de telles mobilités collectives. En effet, même s’il n’existe manifestement pas de communauté de migrants roumains, au sens fort du terme, à l’étranger, il apparaît clairement que des entraides ponctuelles, des collaborations momentanées et la diffusion d’informations au sein de cercles restreints renforcent la capacité des acteurs à « se débrouiller » et à s’orienter dans des mondes qui leur sont étrangers. On y examine alors les liens qui unissent les migrants roumains ; les différentes formes de solidarité perceptibles en situation migratoire et les éventuelles expressions d’identité collective qui renforcent le sentiment d’appartenance à un groupe migrant. On pointera ainsi, en conclusion, les atouts de ce type d’organisation sociale, souple et peu contraignante, pour entrer dans des niches socio-économiques particulières au sein d’un espace européen tourné vers un capitalisme global.
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