Que son sang soit sur nous et nos enfants

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Lors d'un procès d'Inquisition, métamorphoser, fût-ce sur base d'indices faibles ou de délation, une jeune femme ou un jeune homme en sorcière ou en sorcier, ou encore un homme de confession juive en sous-homme relève des mêmes ressorts secrets des pulsions élémentaires – de vie ou de mort – qui hantent les représentations mentales des bourreaux et de leurs autorités. Après Feuerbach ou Freud, l'impact de ces représentations sur l'imaginaire religieux n'est plus à démontrer, pas plus que ne l'est la sublimation qui génère la création d'entités spirituelles. Mais l'intervention récente d'un philosophe anglais, Richard Swinburne de l'université d'Oxford, spécialiste de Thomas d'Aquin, rouvre à propos d'Auschwitz une plaie béante au sein de l'antijudaïsme chrétien quand ce philosophe thomiste proclame, et ce sans l'ombre d'une hésitation: "Cela devait être horrible d'être gardien à Auschwitz. Les victimes ne peuvent pas nier qu'elles ont de quoi être reconnaissantes ; en effet, dans la situation atroce qu'est la leur, si elles font de bons choix, elles peuvent accéder à la sainteté." Le vieux thème de la souffrance rédemptrice refait brutalement surface chez ce théologien classique pour, une fois encore, minimiser l'importance de ce qui fut, comme l'ont écrit tous les témoins, rupture de civilisation... À travers cette réflexion conjuguant théologie et philosophie, sociologie et psychologie, Christian Thys et Jean van der Hoeden ont cru opportun de rouvrir le dossier du contentieux judéo-chrétien qui s'étend depuis les origines juives du christianisme jusqu'aux revirements plus récents du Vatican, et ce de manière à mettre en lumière l'apport juif dans la connaissance du Jésus historique et la fécondité de la pensée des survivants ou des penseurs qui s'inspirent de Lévinas, et dont les réflexions s'ouvrent au mystère de l'"autre", de l'exclu, de l'exilé, de l'hérétique.

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Date de parution 12 décembre 2013
Nombre de visites sur la page 21
EAN13 9782342016864
Langue Français

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Jean van der Hoeden Jean Racine, l'enfant terrible de Port-Royal, Éditions Publibook
Que son sang soit sur nous et nos enfants
Christian Thys Jean van der Hoeden Que son sang soit sur nous et nos enfants
Publibook
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Introduction
C’est dans notre entourage d’enseignants que nous avons trouvé l’idée et le courage de notre entreprise par manque de réponse convaincante à une question appa-remment simple : comment les juifs se représentent-ils actuellement Jésus ? Avec la perspective de cette interro-gation, qui, visiblement, ne rencontrait pas un intérêt premier parmi nos interlocuteurs de culture chrétienne, nous rouvrions les pages pénibles d’un contentieux millé-naire, largement oublié et pour son origine et pour les réponses, les excuses mêmes, apportées il n’y a pas long-temps par le Vatican. Depuis, l’Institution n’a pas manqué d’inviter les chrétiens à s’intéresser à la culture juive. Malheureusement, force nous est de constater que les vieux stéréotypes sont tenaces et entretenus par le conser-vatisme religieux. À la lecture des documents que nous avons consultés, deux faits récents se sont imposés : un renouveau des études qui se manifeste depuis les années 2000 dans les milieux universitaires juifs et une pluralité d’interprétations qui semble irréductible.
Au fil de nos lectures, le monde juif perdait alors tant son caractère monolithique que l’impression qu’il donne souvent d’un repli identitaire, voire, dans sa mystique, de ce que certains considèrent comme son obscurantisme. Nous découvrions alors la participation de la pensée juive aux Lumières, participation à la fois si enthousiasmante pour l’expansion culturelle de l’Occident et en finale confinant au tragique dans ses déviations totalitaires.
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Le titre que nous avons retenu est tiré de Mathieu 27,25. Il signifierait que le peuple élu endosserait la res-ponsabilité de la mort de Jésus. Les conséquences antisémites qui en découlent seraient alors induites par les victimes elles-mêmes et justifieraient tous les excès ré-pressifs. C’est là une des formules évangéliques les plus anti judaïques du Nouveau Testament.
Deux thèses – osons le dire : heurtantes pour les deux religions – pourraient découler de notre étude. Selon la première, il n’est pas impossible que les dirigeants nazis, pour autant que l’on puisse leur attribuer des scrupules, se soient sentis partiellement disculpés dans leur office de mort par l’antijudaïsme chrétien. Quelles que soient les indignations que cette thèse puisse soulever, nous la re-trouvons partagée – courageusement – par certains théologiens sous la forme d’un projet de déclaration com-mune germano-polonaise en 1995, déclaration qui disait que « la tradition théologique de l’Église, faite d’antijudaïsme, a été un élément important qui a ouvert la 1 voie à la Shoah ». En raison de son caractère jugé trop radical, ce projet fut écarté des propos officiels.
La seconde thèse concerne la situation actuelle très dé-licate de l’État d’Israël. Nous avons relevé avec les historiens juifs contestataires un fantasme de pureté raciale qui n’a pas été étranger aux fondateurs de cet État et qui conduit vers une démocratie que l’on peut juger séparatiste et non représentative des citoyens qui la composent : « Le racisme et le séparatisme juifs d’aujourd’hui ne résultent pas uniquement des persécutions et des souffrances su-bies ; ils se nourrissent aussi, copieusement, de mythologies et d’historiographies ethnocentristes qui, ve-
1 G. Israël,La question chrétienne, Paris, Payot, 2011, p. 380.
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