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DÉMONOPOLISATION, LIBÉRALISATION ET LIBERTÉ DE COMMUNICATION

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Description

Le 3 avril 2000, les ondes sont démonopolisées au Cameroun. Ce sont ainsi les secteurs de l'audiovisuel, des télécommunications et plus généralement de l'information qui se trouvent libéralisées. Ce livre tente une évaluation à mi-parcours de l'avancée de la liberté de communication au Cameroun, et questionne en particulier le cadre législatif censé contenir ces nouvelles libertés péremptoirement proclamées.

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Publié par
Date de parution 15 septembre 2001
Nombre de lectures 311
EAN13 9782296245501
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

DÉMONOPOLISATION, LIBÉRALISATION
ET LIBERTÉ DE COMMUNICATION
AU CAMEROUN@ L'Harmattan, 2001
ISBN: 2-7475-1078-6Michel TJADE EONE
DÉMONOPOLISA TION, LIBÉRALISATION
ET LIBERTÉ DE COMMUNICATION
AU CAMEROUN
Avancées et reculades
Préfacede
Francis BALLE
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan ItaUa
5-7, rue de l'École Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIEDu même auteur,
chez le même éditeur,
Radios, publics et pouvoirs au Cameroun: utilisations
officielles et besoins sociaux, 1986.ABREVIATIONS ET SIGLES CONVENTIONNELS
UTILISES
(ordre alphabétique)
ACCT : Agence de coopération culturelle et technique
ADAFNET : Appropriate Research for African Foundation
Network
ARPA: Advanced Research program for Armament
ART: Agence de régulation des télécommunications
AUPELF : Association des universités partiellement ou
entièrement de langue française
CAMNET : Cameroon Network
CAMTEL: Telecommunications
CCEI: Caisse commune d'épargne et d'investissement
CD MA : Code Division Multiple Access
CENADI: Centre national de développement informatique
CENI : Commission électorale nationale indépendante
CFI : Canal France international
DLA : Douala
DP: directeur de publication
DSTIC : Diplôme des sciences et techniques de l'information et
de la communication
DUDH: Déclaration universelle des droits de l'homme
DVD : Digital Versatile Disc
ENSP : Ecole nationale supérieure polytechnique
ESSTIC : Ecole supérieure des sciences et techniques de
l'information et de la communication
FECAFOOT: Fédération camerounaise de footballFLR : Faisceau léger de reportage
FTP : file Transfert Protocol
GCNET : Global Communication Network
GSM : Global System Mobile
HTML : Hyper Text Markup Language
lA : intell igence artificielle
lAP: Internet Access Provider
ICCNET : International Computer Centre Network
IFP : Institut français de presse
INTELCAM : International Telecommunications of Cameroon
ISSN : International Standard Serial Number
KHZ : Kilohe11z
KW : Kilowatt
MINCOM: Ministère de la communication
MINEFI : Ministère de l'économie et des finances
MTN : Mobile Telephone Network
NEWTECH : New Technology Incorporation Centre Network
ORSTOM : Office de la recherche scientifique dans les
territoires d'Outre Mer (Institut de recherche pour le
développement)
PC : Personal Computer
I>NUD : Programme des Nations unies pour le développement
RDI : Réseau de ('information (Radio Canada)
REFER: Réseau électronique francophone pour ('éducation et
la recherche
RFI : Radio france internationale
RIO: Réseau intertropical d'ordinateurs
SCM : Société camerounaise de Mobiles
8SED: Secrétariat d'Etat à la défense
SOPECAM: Société de presse et d'éditions du Cameroun
SPM : Services du Premier ministère
UJC : Union des journalistes du Cameroun
UREF: Universités des réseaux d'expression française
UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural
Organisation
TTC: Toutes taxes comprises
TVA: Taxe sur la valeur ajoutée
VIP: Very Important Personality
VOA : Voice of America
YDE : Yaoundé
9LISTE DES TABLEAUX
Tableau N°l: Les 7 patiis politiques représentés à
l'Assemblée nationale (6Clégislature
1997/2002) 33
Tableau N°2 : Le parc émetteur du réseau national de la radio
36d'Etat
Tableau N°3 : Le parc émetteur du réseau national de la
télévision d'Etat. . . . . . .. . . .. .. . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . ... 40
Tableau N°4 : Les radios en activité avant j'assainissement du
milieu 45
Tableau N° 5 : La grille-type des prix d'un câblo-opérateur à
yaoundé 47
Tableau N°6 : Les câblo-opérateurs en activité avant
49l'assainissement du milieu... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tableau N°7 : La composition du dossier de demande d'une
licence de création d'une entreprise privée de
communication audiovisuelle..................... 51
Tableau N°8 : Les chaînes étrangères distribuées au
Cameroun par les câblo-opérateurs en activité... 53
Tableau N°9 : La répartition de l'audience selon l'origine des
télévisions aux heures de grande écoute......... 55
Tableau N° 10 : Les chaînes étrangères préférées 57
Tableau N° Il : Les émissions préférées de la CRTV 59
Tableau N°12 : Les émissions préférées des chaînes
étran gères. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 59
Tableau N° 13 : La grille quotidienne des journaux télévisés
des chaînes étrangères reçues au Cameroun..... 61Tableau N°14: Les 4 premiers groupes de presse au
Cameroun ... 64
Tableau N° 15 : Les 7 premiers journaux nationaux selon les
critères d'achat et de lecture... . .. . .. . .. .. . .. . . . ... 68
Tableau N° 16 : Les 7 titres nationaux préférés par
les lecteurs......................................... 69
Tableau N° 17 : Les 18 titres étrangers préférés par les lecteurs
calT1erounais 70
Tableau N° 18 : Les 42 agences de régie agréées 76
Tableau N°19: Les 20 agences conseils agréées 77
Tableau N°20 : Les Il « providers» de yaoundé 87
Tableau N°21 : Les 5 principaux réseaux satellitaires du
monde occidental... ... ... ... ... ...... 100
Tableau N°22 : Les 2 premiers opérateurs privés de la
téléphonie mobile au Cameroun 105
Tableau N°23 : Les tarifs du téléphone mobile à yaoundé 106
Tableau N°24 : la grille comparative des tarifs d'appels
téléphoniques: réseaux mobiles/réseaux fixes... 109
Tableau N°25 : Les instruments juridiques de la liberté de
communication en Côte d'Ivoire, au Tchad et
au Cameroun 150
Tableau N°26 : La liste des 168 partis politiques légalisés au
CalT1eroun 255
12LISTE DES GRAPHIQUES
Graphique N° 1 : Répartition de l'audience entre
la CRTV et les télévisions
o 0 o o., 56étrangères
Graphique N° 2: Préférence de la télévision comme source
d'information par les Camerounais
(1999). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 0.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 058
. GraphiqueN° 3 : Synthèsehistoriquedu développement
de l'internet au Cameroun 0 84SOMMAIRE
Préface 17
Remerciements 21
Introduction
UNE COMMUNICATION AUDIOVISUELLE ENFIN
LIBEREE DE LA CAGE DUPOUVOIR EXECUTIF 23
PREMIERE PARTIE
LES AVANCEES SIGNIFICATIVES DE LA LIBERTE
DE COMl\fUNICATlON ... 27
Chapitre I
LE CADRE POLITICO-MEDIATIQUE 29
Chapitre 2
L'AUDIENCE COMPAREE DES MEDIAS NATIONAUX
ET ETRANGERS 55
Chapitre 3
LE MARCHE DE LA PUBLICITE 73
Chapitre 4
LE CAMEROUN S'ENGOUFFRE DANS LES ARCANES DU
NUMERIQUE ET DES « INFOROUTES » 79
Chapitre 5
LA PRIVATISATION DES TELECOMMUNICATIONS
ET LE BOOM DE LA TELEPHONΠMOBILE 99
DEUXIEME PARTIE
LES ENTRAVES A LA LIBERTE DE COMMUNICATION
PROCLAMEE. .. .. .... .. ... ... . ... .. . .. .... ... .. ... ... .... .. ... 111
Chapitre 6
LE CADRE NORMATIF 113
Chapitre 7
LES ENTRAVES VISIBLES ET LISIBLES 127
Chapitre 8
LES ENTRA VES SOURNOISES ET SOUTERRAINES 149
Chapitre 9
LE TOUT PREMŒR AVAl'AR DE L'ERE DE LA
CONCURRENCE AUDIOVISUELLE 165
Conclusion
PROLEGOMENES A L'INSTAURATION D'UNE SOCŒTE
DE COMMUNICA nON ET DE LIBERTES CONCRETES 177PRÉFACE
Le Cameroun ne se fait pas seulement remarquer sur la
scène internationale, ces dernières années, par le talent de ses
footballeurs, champions d'Afrique au Nigeria et champions
olympiques à Sydney en l'an 2000. D'une manière générale, ce
pays d'Afrique noire de quinze millions d'habitants seulement
se singularise de plus en plus par la qualité de ses ressources
humaines dans de très nombreux domaines.
La quasi-totalité des étudiants camerounais reçus à
l'Institut français de presse (IFP) dans le cadre de leur cursus
doctoral à l'université Panthéon-Assas ont su faire preuve à la
fois, de sérieux et de rigueur méthodologique dans la conduite
de leurs travaux de recherche en communication.
Parmi ces anciens étudiants particulièrement brillants,
au tout premier rang, il n1'est agréable de voir figurer Michel
TJADE EONE, déjà auteur en 1986 d'un premier ouvrage
intitulé « Radios, publics et pouvoirs au Cameroun: utilisations
officielles et besoins sociaux N. Jean CAZENEUVE, son
préfacier, écrivait alors: « L'important ouvrage de TJADE
EONE représente (..) le premier travail scientifique réalisé
dans cette région sur les communications de masse (..), une
belle documentation de la complexité des problèmes et de la
portée considérable de ces instruments nouveaux de
socialisation... N
Dans ce deuxième ouvrage oÙ il élargit son champ
d'investigation et d'analyse à un problème encore plus
complexe, à savoir la liberté de communication dans un pays
africain, Michel TJADE EONE confirme les qualités d'un
chercheur fécond qui ose, chemin faisant, innove.L'auteur tire argument de la libéralisation du secteur
audiovisuel et de la démonopolisation des ondes récemment
survenues au Cameroun pour proposer ce qu'il appelle
luimême une « évaluation à mi-parcours de la problématique de
la liberté de communication sociale» dans son pays.
En ouvrant enfin les ondes nationales au capital privé,
ce que les Camerounais espéraient depuis fort longtemps, ce
pays africain a courageusement préféré le pluralisme de
l'information, des idées et des opinions au monopole, à la
pensée unique et à l'idéocratie. Il a fait un choix de société pour
l'avenir et la modernité. Ce choix .pertinent constitue
assurément une avancée significative vers la mise en œuvre d'une
démocratie largement participative. Pouvait-il en être autrement
en cette ère de globalisation et du tout numérique? En effet,
l'important désormais, en ce début de siècle et de millénaire,
que l'on se situe en Afrique ou ailleurs dans notre « village
planétaire », c'est davantage J'accès libre et pluraliste aux
sources du savoir, ce qui implique ]a prévention, voire la
sanction, le cas échéant, de tout ce qui peut être de nature à
.
entraver une telle avancée démocratique.
La liberté de la communication, comme les autres
libertés, n'est jamais acquise: elle est un combat de tous les instants.
Parfois, suprême paradoxe, c'est au nom de la liberté qu'on
étouffe la liberté. Le danger est d'autant plus pernicieux que,
souvent, sous les apparences de sincérité, l'imposteur se drape
dans les oripeaux de la vel1u. Et TJADE EONE ne s'y trompe
pas, lorsque, affirmant la vitalité de la reconnaissance formelle
de la liberté de presse, il s'empresse de questionner le cadre
juridique d'exercice réel de celle-ci. Le constat qui en résulte
est que non seulement le cadre normatif d'exercice des libertés
de communication est émaillé de mesures restrictives voire
liberticides, mais encore, les libertés proclamées soutfrent de
nombreuses entraves, qu'elles soient visibles ou souterraines.
Dans ce pays comme dans bien d'autres, le droit de
communiquer librement sa pensée et d'accéder librement à la
pensée d'autrui dans la forme et avec le support technologique
de son choix, demeure cette arlésienne qui ne se laisse jamais
complètement capturer.
18Au demeurant, ne perdons pas de vue que dans ce pays
africain fait de mélanges subtils et d'équilibres fragiles, les
efforts de démocratisation de la vie sociale font face à de
nombreux défis: la surenchère des partis politiques, petits et
grands, victimes de leur surnombre et de leur manque
d'expérience, l'exaspération des revendications identitaires plus ou
moins irrédentistes, à caractère ethnique, régional ou religieux,
la dérive populiste de mécontentements sociaux contemporains
des mouvements protestataires générés par la libéralisation
politique d'une part, une sévère récession économique d'autre
part... L'on peut alors objectivement craindre qu'au nom d'une
liberté outrancière et mal située, les vecteurs de la
communication en viennent à menacer de désintégration, une
démocratisation dont ils sont pourtant à la fois la cause et la
conséquence. Il n'est pas rare en effet que certains médias
camerounais, éditorialement proches du pouvoir ou de
l'opposition, loin de prévenir de tels dangers, soient ouvel1ement rendus
coupables de les exacerber.
Dans un tel contexte, il n'était pas aisé de traiter avec
rigueur un sujet aussi délicat, dans cette Afrique où par ailleurs,
il n'est pas toujours possible de parler de liberté sans risquer de
perdre sa propre liberté...
Grâce à son sens de la nuance et de la modération,
TJADE EONE a su poser un diagnostic sans complaisance.
Ayant relevé par l'analyse et la démonstration, ce qu'il
considère comme des reculades d'une libel1é proclamée dont on
n'aurait souhaité que des avancées tout le long de son
processus, l'auteur reste cependant positif et optimiste. C'est pour cela
qu'il plaide vigoureusement pour un progrès social sous-tendu
par des médias plus libres, leur rôle social étant alors de
combler le déficit communicationnel dont souffre le Cameroun et
d'instaurer dans ce pays, une société de citoyens encore plus
inventifs.
Au bout du compte, par son regard croisé qui restitue
admirablement aussi bien les acquis que les déficits du chemin
parcouru dans la conquête des espaces de liberté, par la fermeté
de son analyse, par la parfaite maîtrise enfin d'une langue qu'il
parle aussi bien qu'il l'écrit, Michel TJADE EONE sigrle là une
œuvre magistrale qui est une contribution décisive à la
connais19sance du cadre d'exercice d'une liberté fondamentale au
Cameroun.
Une telle contribution est assurément utile aux
théoriciens et aux professionnels de la communication, aux décideurs,
aux étudiants et à toute la communauté des universitaires et des
chercheurs. C'est dire que son intérêt dépasse, et de loin, le seul
Cameroun.
Francis BALLE,
professeur à l'université Panthéon-Assas, Paris 2
Vice chancelier des universités de Paris de 1986 à 1989
el membre du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel),
de ]989 à 1993.
20REMERCIEMENTS
Je suis redevable de l'aide et du soutien multiformes et décisifs
de plusieurs amis, aussi bien dans la conduite des recherches ayant
abouti à la confection de ce livre que dans sa réalisation matérielle.
Je voudrais leur exprimer à tous, mes vifs sentiments de
gratitude.
Au tout premier rang de ceux-ci, je voudrais dire merci aux
ministres: M. Jean-Marie ATANGANA MEBARA (Enseignement
supérieur), Pr. Henri HOGBE-NLEND (Recherche scientifique et
technique), Pr. Jacques FAME NDONGO (Communication), M.
Christopher NSAHLAÏ (Transports); aux professeurs: Francis
BALLE (université Panthéon-Assas de Paris II en France), Ferdinand
CHINDJI KOULEU et Dr. Pierre DJIEUGA (université de Yaoundé
Il au Cameroun) ; aux PDG: MM Henri SACK (D/G/COM - TV
Max à Douala), Martin NLEND MBOCK (Société lnterair Services à
Paris), Joseph BIKOÏ TAM (SATET à Yaoundé), Dieudonné
NTAMACK (Continental Business Machines-CBM à Yaoundé); aux
DG: MM Bemard EDING (Société nationale de
raffinageSO.NA.RA- à Limbé), Pr. Gervais MENDO ZE (CRTV à Yaoundé) et
M. Charles KOOH II (Price Water House Coopers à Douala) ;
Je voudrais paliiculièrement remercier M. Christian
NDJOUMNKEL, spécialiste en édition, à qui je dois toute la réalisation
technique du prêt-à-clicher, entièrement réalisé au Cameroun.
Je remercie enfin Pauline Robertine BADJECK dite Joly, ma
muse, pour avoir très indirectement inspiré ce travail.
Que tous ces amis acceptent de bien vouloir partager la discrète
et humble satisfaction que procure la publication d'un livre comme
celui-ci, si modeste soit-il, en reconnaissance de leur délicate marque
d'estime et de confiance à l'endroit de son auteur.INTRODUCTION
UNE COMMUNICATION
AUDIOVISUELLE ENFIN LIBEREE DE LA
CAGE DU POUVOIR EXECUTIF
Le 03 avril 2000 est d'ores et déjà entré dans l'histoire
comme ayant été l'une de ces dates-symboles qui auront
marqué d'une pierre blanche, les longues et difficiles
problématiques successives des libertés de la pensée en général et de
la communication sociale en particulier, au Cameroun. C'est en
effet ce jour-là qu'a été signé et publié, le décret tant attendu
fixant les conditions d'exploitation des entreprises privées de
communication audiovisuellel. Ce texte rend enfin exécutoires,
les dispositions de la loi N° 90/052 du 19 décembre 1990 sur la
liberté de communication sociale au Cameroun. Pour avoir
proclamé que «la com11lunicationaudiovisuelle est libre» (art: 34)
au Cameroun, cette loi avait, dix ans plus tôt, aboli le monopole
de diffusion qui prévalait jusque-là. Mais, l'ayant déclaré, la
même loi s'était empressée de préciser:
« Toutefois, la création et l'exploitation d'une entreprise
privée de radiodtffusion sonore ou de télévision est
subordonnée à l'obtention d'une licence ». (alinéa 2)
« les conditions et les modalités d'attribution et
d'utilisation de la licence prévue à l'alinéa (2) sont jixées par voie
réglementaire, après avis motivé du Conseil national de la
communication» (alinéa 3).
I Décret 2000/158 du 03 avril 2000 signé par le Premier ministre, chef duN"
gouvernement, M. Peter MAFANY MUSONGE. Voir le texte intégral en annexe, p.
219 et suivantes.Dix ans pour attendre le décret d'application d'une loi
pourtant adoptée par l'Assemblée nationale et promulguée par
le président de la République!
Las d'attendre, certains promoteurs n'ont pas résisté à la
tentation du hors la loi. Ils ont créé leur chaîne privée de radio
et se sont mis à émettre tranquillement leurs programmes. Dans
ce contexte de semi-clandestinité, au cœur d'une position
équivoque de « ni totalement interdit, ni complètement autorisé »,
des antennes telles que « Radio Reine », « Radio Lumière »,
« Radio Soleil », « Radio Bonne Nouvelle... » ont vu le jour2 et
ont commencé à émettre en modulation de fréquence tandis que
d'autres, embusquées depuis quelque temps, annonçaient
imminente leur création. De la même façon, plusieurs
câblo-opérateurs privés (AEA, ALP HA Télé, Cameroun-Câbles, Satcom,
Spectrum, Télé-Sphère, TV-Net, TV-Plu.si distribuent au
Cameroun des images des télévisions étrangères. Elles sont
américaines (CNN, World-Net), européennes (Canal+
Horizons, CFf, Euro-News, Festival, Mangas, Planète, MCM,
RTL9, TV5), arabes et africaines (2M, TV Africa, RTS,...). Un
projet de télévision à péage (TV MAX) est même sur les rails.
D'ores et déjà, elle émet à titre expérimental4.
La démonopolisation des ondes et leur ouverture au
capital privé au Cameroun consacrent donc l'avènement d'une
communication audiovisuelle entin libérée de la cage du
pouvoir exécutif. Le Cameroun rejoint enfin l'univers des sociétés
modernes disposant d'un paysage audiovisuel pluraliste et
concurrentiel qui met tin à l'âge d'une radio et d'une télévision
monologuantes en même temps qu'il sonne le glas du long
2 Le décret du 03 avril 2000 leur a accordé une période transitoire de trois mois, du 03
avril au 03 juillet 2000 pour se conformer à la réglementation et régulariser leur
situation administrative sous peine d'une amende de 300 000 à 3 000 000 F CFA
(article 60 de la loi).
3 Ccs câblo-opérateurs distribuent une trcntaine de chaînes de radios et de télévisions
étrangères au Cameroun. voir infi-a,p. 53
4
Nous rcvenons plus loin sur cctte expérience prometteuse dans un conflit qui l'a
opposée à la CRTV d'Etat, constituant ainsi le tout premier avatar de l'ère du
pluralismc et de la concurrcnce audiovisuelle au Cameroun, 1'.165 et suivantes.
24triomphe d'une information institutionnelle et magistralement
unidirectionnelle.
Il s'agit pour notre pays, d'un enjeu de civilisation, car la
société démocratique en cours d'élaboration par ailleurs
soucieuse de bonne gouvernance, c'est-à-dire de transparence et
de participation citoyenne à la« Res publica» (chose publique)
va désormais reposer sur une grande libel1é dans le choix des
chaînes et des programmes nationaux. Demain, à n'en pas
douter, les radios et télévisions privées bouleverseront nos
habitudes d'écoute, nos modes de pensée et d'agir.
Mais que peut promettre de meilleur ou de pire cette
libéralisation des ondes tant désirée?
Le meilleur sera l'accroissement manifeste du temps
d'antenne et du capital sojiware ainsi que l'amélioration des
programmes offerts aussi bien par les nouvelles chaînes privées
soucieuses d'asseoir leur crédibilité que par leur ancêtre la
CRTV. Chaîne d'Etat désormais acculée à la compétition, cette
dernière se devra de changer d'approche et de méthode. En
toute priorité, elle devrait, à une information défensive, préférer
désormais une communication interactive. Elle devrait
résolument aller vers plus de professionnalisme, ayant renoncé à
l'habitude d'un «journalisme assis» qui donne la préférence
sinon l'exclusivité aux communiqués du gouvernement ou à la
couverture des événements d'essence institutionnel, au risque
d'être vite battue en termes d'audience et de perdre bientôt
l'essentiel de ses talents. Le meilleur, c'est aussi que le citoyen
camerounais pourra librement choisir sur son petit écran, entre
l' «overdose» des messages d'origine occidentale via les
satellites et les câbles et une offre désormais plurielle de messages
d'origine nationale.
En revanche, le pire peut être le risque d'un désordre
des ondes consécutif à une prolifération tous azimuts des
émetteurs privés. L'OIl pourrait alors craindre une dérive vers une
anarchie audiovisuelle. Mais une telle perspective semble déjà
battue en brèche au regard des mesures dissuasives qui
émaillent la loi sur la liberté de la communication sociale (I990) et
son décret d'application (2000).
25Le pire pourrait aussi être, l'hypertrophie d'une
acculturation déjà dramatiquement entamée par les câbles et les
satellites qui inondent nos maisons de rêveries des autres, si, par
malheur, les antennes des diffuseurs privés se révélaient vite de
nouvelles pOlies d'entrée des fantasmes exogènes, parce que
saturées par des fictions et feuilletons de série « B », les « B.
movies» offerts gratuitement ou à vil prix par les télévisions
occidentales.
Au demeurant, la mise en œuvre prochaine des termes du
décret du 03 avril 2000 sera un test majeur de l'application
harmonieuse et non désordonnée d'un pluralisme audiovisuel
toujours revendiqué par les gouvernés, mais longtemps ajourné
par les gouvernants. Le choix ainsi fait en faveur d'une société
de communication qui, résolument, tourne le dos à la diffusion
répétitive des seuls mots d'ordre de l'exécutif, nous suggère la
tâche redoutable d'une évaluation à mi-parcours de la
problématique de la liberté de la communication sociale au Cameroun.
Dans cette perspective, nous entendons d'abord faire un
état des lieux pour revisiter les avancées successives
enregistrées jusqu'ici dans ce long et difficile processus de luttes, sur le
plan notamment de l'affirmation juridique du principe des
libertés publiques qui se traduit sur le terrain par un pluralisme
politique intégral et un pluralisme médiatique mesuré (première
pa.'tie). Ensuite, nous allons nous efforcer d'identifier et
d'analyser les entraves auxquelles ce principe de liberté se heurte sur
le terrain de son application concrète (deuxième partie).
26PREMIERE PARTIE
LES AVANCEES SIGNIFICATIVES DE
LA LIBERTE DE COMMUNICATION
Depuis Gutenberg, inventeur de l'imprimerie (1440),
creuset où se sont forgées cumulativement la pensée et la
civilisation modernes en Occident, les médias sont devenus, au
fil des mutations technologiques, le lieu et l'enjeu des libertés
de la pensée et des libertés tout court. II s'est ainsi créé un
rapport de causalité entre le type d'organisation socio-politique
et le statut de la communication sociale. Autrement dit, dans
toute société, c'est le statut de la communication qui révèle la
nature du régime politique et le niveau de développement
économique. A un régime de dictature monolithique ou
simplement déguisée, correspondra un système fortement restriCtif de
la communication sociale, plus favorable à une transmission
unidirectionnelle et verticale qu'à une communication
interactive et horizontale ouverte au débat et au paliage des savoirs. A
l'inverse, à un régime démocratique correspondra un statut
libéraI de la communication favorable au pluralisme des médias et à
la libre expression du désaccord.
Cette corrélation entre la communication et
l'environnement politique est parfaitement extrapolable au cadre
politico-médiatique camerounais (Chapitrel). Au demeurant, les
problématiques successives de la liberté de communication ont
toujours été le reflet plus ou moins fidèle d'une société en
constante mutation. Celle-ci est marquée non seulement par unepluralité de médias plus ou moins anciens (radios, télévisions,
presse écrite) qui se livrent désormais à une concurrence
acharnée, ce que révèle leur audience respective (chapitre 2) mais
encore par des avancées significatives dans le domaine de la
publicité dont le marché est en cours de restructuration
(chapitre 3). L'on relève surtout une véritable percée de nouveaux
médias tels que l'internet (chapitre 4) et le téléphone cellulaire
mobile, à la faveur de la libéralisation des télécommunications
(chapitre 5).
28CHAPITRE 1
LE CADRE POLITICO-MEDIATIQUE
La scène politique camerounaise se caractérise
aujourd'hui par une volonté soutenue de démocratisation et de
libéralisation de la vie sociale.
L'idéal démocratique inauguré par les luttes
anti-coloniales des années 50 qui aboutirent à ('accession du Cameroun à
er janvier 1960, a été récemment consolidél'indépendance le I
par une série de lois sur les libertés publiques votées et
promulguées en 1990, dont celle ayant rétabli la liberté d'association et
du multipartisme intégral, qui a mis fin à 24 années de
monolithisme et d'Etat d'urgence dans ce pays d'Afrique centrale.
A - PLURALISME POLITIQUE ET
ELECTIONS COMPETITIVES
Dès février 199I, le monopole du parti unique que
détenait le RDPC (Rassemblement démocratique du peuple
camerounais) né en 1985 consécutivement à une transmutation
de l'UNC (Union nationale camerounaise), ex-parti unique du
premier président du Cameroun Ahmadou Ahidjo, fut brisé par
le rétablissement dans la légalité du plus vieux parti politique au
Cameroun, l'U.P.C (Union des populations du Cameroun)
creuset du nationalisme camerounais, créé en 1948. En même
temps que ce parti nationaliste retrouva la légalité après 36 ans
d'interdiction survenue en 1955 par J'administration coloniale,
fut créée la DIC (Démocratie intégrale du Cameroun).
29