Fahrenheit 4.0

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274 pages
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Description

Fahrenheit 4.0 caractérise la fusion du monde virtuel et du monde réel. C'est également la « température » à laquelle le livre papier disparaît au profit du tout-numérique. À partir du temps de lecture d'un livre sur une liseuse, les algorithmes prédisent la rentrée littéraire. Les entreprises de commerce électronique envoient désormais des livres avant même que nous les ayons commandés. Pour aller à l'encontre de cette révolution, l'auteur fait ici la louange de la lecture sous toutes ses formes.

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Informations

Publié par
Date de parution 15 juin 2016
Nombre de lectures 40
EAN13 9782140012952
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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disparaît au profit du tout-numérique. partir du temps de lecture d’un livre sur une liseuse, les algo-
ussi, je décide symboliquement de brûler les livres de ma biblio-
ais comme chacun sait, au jour des Cendres débute le Carême, pé-
Qu’est-ce qui justifie cet optimisme béat de tous ces lettrés versificateurs ? Sans doute l’interdiction de l’euthanasie poétique encourage l’acharnement thérapeutique. Conclusion, il faut cesser d’alimenter Houellebecq. Mais il est sans doute déjà trop tard, d’Ormesson est entré dans la Pléiade, et Beckett n’y est pas encore. Un homme sur cinq fait semblant de lire en public pour attirer l’attention et un quart des hommes posent volontairement de façon visible le livre dont ils ont parlé pour attirer leurs conquêtes dans leur lit. […] l’inverse, l’arrière d’un Kindle n’a vraiment rien de sexy ! Je vous conseille sans fausse pudeur la chronique familiale de Nabokov, dans une version plus charnelle, en papier. J’ai fait mes humanités en couchant avec la marquise de Merteuil et en fantasmant sur de Nabokov.
est docteur en droit de l’Université Jean-Moulin, Lyon III. Directeur des affaires juridiques d’une fédération professionnelle dans l’industrie, il anime la rubrique littéraire « Et tout le reste est littérature » dans . Il est également membre du « Cercle Montesquieu ». Il a publié quatre essais au cours des dernières années.
ThierryCHARLES
Fahrenheit 4.0
Essai sur la disparition du livre
SOCIO-ÉCONOMIEDE LA CHAÎNE DU LIVRE Série « Essais »
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09608-7 EAN : 9782343096087
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Fahrenheit 4.0
ÉTUDES&ESSAISCollection fondée et dirigée par Julien DENIEUILSérie « ÉTUDES» Partant du constat d’un manque évident de documents et de publications en la matière, la collection « Socio-économie de la chaîne du livre » s’est donné pour objectif d’exposer et de rendre accessibles, au plus large public, des textes s’intéressant à la socio-économie contemporaine de l’édition française et francophone. Dans son acception strictement socio-économique, la collection regroupe des travaux qui portent sur les problématiques des différents maillons de la chaîne (processus de production et de commercialisation du livre, de l’auteur au prescripteur), et qui prennent en compte les évolutions du secteur éditorial (innovations numériques, notamment). Selon une acception plus symbolique, plus militante, la collection propose également des écrits qui abordent, d’une manière ou d’une autre, les notions d’indépendance éditoriale et de diversité culturelle, de même que la singularité du vecteur livre au sein de l’espace public, dans un contexte capitalistique marqué entre autres, ces dernières décennies, par une concentration et une financiarisation accrues du paysage éditorial. Série « ESSAIS» La série « Essais » accueille des écrits plus personnels d’auteurs manifestant une vision originale et singulière de l’objet-livre et de la lecture, et se détachant des lignes théoriques attendues.
Déjà paru : Jean-Luc PIOTRAUT, Sébastien EVRARD(dir.),Le droit et l’édition. Regards français et étrangers sur les mutations engagées, 2016.
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Thierry CHARLESFahrenheit 4.0 Essai sur la disparition du livre
« –lui dis-je, en allongeant les jambes, Hamilcar,Hamilcar ! prince somnolent de la cité des livres, gardien nocturne ! tu défends contre de vils rongeurs les manuscrits et les imprimés que le vieux savant acquit au prix d’un modeste pécule et d’un zèle infatigable. Dans cette bibliothèque silencieuse, que protègent tes vertus militaires, Hamilcar, dors avec la mollesse d’une sultane ! Car tu réunis en ta personne l’aspect formidable d’un guerrier tartare à la grâce appesantie d’une femme d’Orient. Héroïque et voluptueux Hamilcar, dors en attendant l’heure où les souris danseront, au clair de la lune, devant les Acta sanctorum des doctes bollandistes. »Anatole France
«Dans sa nouvelle “Le Congrès”, où le narrateur poursuit le projet insensé de rassembler tout le savoir pour finalement s’aviser de l’atopie de l’entreprise, Jorge Luis Borgès conclut : de temps à autre il faut brûler la bibliothèque d’Alexandrie. »Luc-Marie Augagneur
«Un livre devrait être un geste. »Jacques Rigaut
à PGW, 1 s’il ne devait en rester qu’un !
1  «Il n’y a que deux sortes de lecteurs de Wodehouse,affirme un critique anglais,qui l’adorent et ceux qui ne l’ont pas lu ceux Quant à Walter. » Benjamin, il affirme qu’on peut prendre dans son lit les livres et les putains : «les notes de bas de page sont pour les uns ce que sont les bank-notes glissés dans les bas pour les autres», aussi nous n’en abuserons pas.
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«De loin la littérature d’une époque se dessine aux yeux en masse comme une chose simple ; de près elle se déroule successivement en toutes sortes de diversités et de différences. Elle est en marche ; rien n’est encore accompli. Elle a ses progrès, ses écarts, ses moments d’hésitation puis d’entraînement. Il y a lieu de les noter à l’instant, de signaler les fausses routes, les pentes vertigineuses ; ce n’est pas toujours en vain.»Sainte-Beuve
r donc le petit chat est mort. Morts les félins de Céline et de O Léautaud…Hier soir, j’ai décidé de brûler tous les livres de ma bibliothèque, pris de vertige devant les piles qui s’amoncellent, désespéré d’en venir à bout. Comment vous dire ? Je vis entouré de livres, voire «séquestré par eux».C’est Anne qui m’a convaincu. «Tu ne les emporteras pas au paradis», a-t-elle soupiré dans un demi-sommeil. Ce sont des paroles lourdes de sens, si on y pense. Il y a là de quoi réfléchir pour le reste de la nuit. Aussitôt, le doute s’est installé : le livre papier serait-il devenu un simple artefact de décoration ? À minuit, il n’était plus temps de tergiverser ou de jouer avec les mots. Ma décision était prise. Mais je ne voudrais pas que l’on croie que c’était une lubie soudaine, ni même un caprice, une brusque poussée de fièvre. Au contraire, c’est un acte mûrement réfléchi. Je connais mes classiques ! Prospero, héros de la pièce de ShakespeareLa Tempête est le duc de Milan, mais son frère le détrône, car il trouve qu’il lit trop et qu’il ne gouverne pas assez. Il est alors envoyé en exil sur une île déserte. Magicien, il contrôle les esprits et les éléments naturels grâce à ses livres et règne en maître sur l’île. Et quand Prospero déclare renoncer à sa magie et à noyer tous ses livres, «il
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