191 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

La communication nombre

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
191 pages
Français

Description

L'exploration communicationnelle des nombres commence par la relation entre médias et statistiques : sondages, données financières, Audimat, "chiffre du jour", voire controverse sur les "statistiques ethniques" montrent que les médias sont utilisateurs et producteurs de nombres, et que ceux-ci sont à la fois objectivés, objectivant, subjectifs, et sujet à interprétation !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2008
Nombre de lectures 388
EAN13 9782296214682
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction de
Julie Bouchard

La communication
nombre

L’harmattan

MEI « MÉDIATION&INFORMATION».
Revue internationale de communication

UNE REVUE-LIVRE. — Créée en 1993par Bernard Darras (Université de ParisI) etMarie
Thonon (Université de ParisVIII),MEI « Médiation et information »est une
revuethématique bi-annuelle présentée sous forme d’ouvrage de référence. La responsabilité éditoriale
etscientifique de chaque numérothématique estconfiée àune Direction invitée, qui
coordonne lestravauxd’une dizaine de chercheurs. Sontravail estsoutenupar leComité
de rédaction etle Comité de lecture.

UNE REVUE-LIVRE»INTERNATIONALE. —Médiation et information»MEI «est une
publication internationale destinée à promouvoir etdiffuser la recherche en médiation,
communication etsciences de l’information. Onzeuniversités françaises, belges, suisses
oucanadiennes sontreprésentées dans le Comité de rédaction etle Comité scientifique.

UN DISPOSITIF ÉDITORIALTHÉMATIQUE. — Autour d’unthème oud’une problématique,
chaque numéro deMEI « Médiation et information »estcomposé detrois parties. La
première estconsacrée àun entretien avec les acteurs dudomaine abordé. La seconde est
composée d’une dizaine d’articles de recherche. Latroisième présente la synthèse des
travauxde jeunes chercheurs.

Monnaie Kushana, représentation de Miiro
Source :Hinnels, J., 1973.Persian Mythology.Londres : Hamlyn PublishingGroupLtd.

Médiation et information,tel estletitre de notre Retenirunteltitre pourune revue de
commupublication. Untitre dontl’abréviationM EInication etde médiation étaitinévitable. Dans
correspond aux trois lettres de l’une des plus l’univers du verbe, le riche espace sémantique
riches racines des langues indo-européennes. demeiestabondammentexploité par de
nomUne racine si riche qu’elle ne pouvaitêtre que breuses langues fondatrices. Envédique,mitra
divine. C’estainsi que le dieu védique Mitra ensignifie “ami oucontrat”. En grec,¢me…<ein
futle premier dépositaire.Meitratémoigne designifie “échanger”, ce qui donne naissance à
l’alliance conclue entre les hommes etles dieux.¢mo…<aioj“qui change etse répond”. En latin,
Son nom évoque l’alliance fondée surun quatre grandes familles serontdéclinées :mutare
contrat. Il estl’ami des hommes et“mde façonuter, changer, mutuel…”,munus“qui
plus générale detoute la création. Dans l’ordreappartientà plusieurs personnes”, mais aussi
cosmique, il préside aujour en gardantla “cadeau” et“communiquer”,meare“passer,
lumière. Il devientMithra le garant, divin etcirculer, permission, perméable,traverser…” et
solaire pour les Perses etil engendre leenfinmigrare“changer de place”.
mithraïsme dans le monde grec etromain.
©2008, auteurs & Éditions de l’Harmattan.
7, rue de l’École-polytechnique. 75005 Paris.
Site Web :http://www.librairieharmattan.com.
Courriel :diffusion.harmattan@wanadoo.fretharmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-07303-6

Direction de publication
Bernard Darras

Rédaction en chef
Marie Thonon

Édition & révision
Pascal Froissart

Secrétariat
Gisèle Boulzaguet

Comité scientifique
Jean Fisette (UQÀM, Québec)
Pierre Fresnault-Deruelle (ParisI)
Geneviève Jacquinot(ParisVIII)
Marc Jimenez(ParisI)
Gérard Loiseau (CNRS, Toulouse)
Armand Mattelart(ParisVIII)
J.-P. Meunier (Louvain-la-Neuve)
Bernard Miège (Grenoble)
Jean Mouchon (ParisX)
Daniel Peraya (Genève)

Comité de rédaction
Dominique Chateau(ParisI)
Bernard Darras (ParisI)
Pascal Froissart(ParisVIII)
Gérard Leblanc (École nationale
supérieure « Louis-Lumière »)
Pierre Moeglin (ParisXIII)
Alain Mons (BordeauxIII)
Jean Mottet(ParisI)
Marie Thonon (ParisVIII)
Patricio Tupper (ParisVIII)
GuyLochard (ParisIII)

Correspondants
RobertBoure (ToulouseIII)
Alain Payeur (Université duLittoral)
Serge Proulx(UQÀM, Québec)
Marie-Claude Vettraino-Soulard (ParisVII)

Les articles n’engagentque leurs auteurs ;tous droits réservés.
Toute reproduction intégrale oupartielle, faite sans le consentement
de son auteur oude ses ayants droits, estillicite.

Éditions Op. Cit. — RevueMEI« Médiation et information »
6, rue des Rosiers. 75004 Paris (France)
Tél. & fax: +33(0) 1 49 40 6657
Courriel :revue-mei@laposte.net

Revue publiée avec le concours duCentre national dulivre

Illustration de couverture :
©William Playfair, 1821.« Chartshewing atoneview,the price ofthe
quarter ofwheat, &wages of labour by theweek, fromtheyear 1565to
1821 ».Figure comparant les émoluments hebdomadaires d’un bon ouvrier
et le prixdublé, illustrant le déclin dupouvoir d’achat — qui a connu un
destin historique : elle signe l’entrée des représentations graphiques dans le
cercle restreint des arguments rhétoriques recevables.

Sommaire

Présentation des auteurs ...........................................................................VII
La communication nombre. Présentation
Julie Bouchard ................................................................................................. 1

Entretiens
Communiquer, gouverner, et être gouvernés par les chiffres.
Questions à Jacques Durand et Alain Desrosières.........................................7

Dossier
La communication, le nombre, et le néolibéralisme
Julie Bouchard ...............................................................................................23

Une ration quotidienne de statistiques. La pratique éditoriale
du “chiffre du jour” dans la presse écrite
Étienne Candel ..............................................................................................37

Statistiques ethniques, débats sociétauxet études en
communication. L’universalisme français à la lumière du
différentialisme anglo-saxon
LaurentBéru................................................................................................. 53

Des statistiques à mi-chemin entre dits et non-dits : étude des
rapports d’activités disponibles sur le secteur dutéléachat
Stéphanie Hurez............................................................................................ 75
Convaincre dans l’incertitude. Les publicitaires et les chiffres
Alexandre Coutant........................................................................................ 93

Sommaire

Comment mesurer les “performances” des universités ?
Quelques réflexions sur la mise en place d’indicateurs à
l’Université de Picardie
Frédéric Lebaron......................................................................................... 105

L’organisation, charnier de chiffres
VincentPetitet............................................................................................ 119

L’impérialisme des statistiques de réseaux
Roger Bautier ..............................................................................................129

Hypothèses (parole auxjeunes chercheurs)

L’État “statistique”, l’objectivité et la transparence
Anne-Claire Jucobin ...................................................................................141

Statistiques et imputations de responsabilité. “Les Français
sont responsables de 50% des émissions de gazà effet de serre”
Jean-Baptiste Comby.................................................................................. 149

Regards sémiotiques sur les statistiques en cosmétique
AnthonyMathé ...........................................................................................159

Conditions de publication .......................................................................173
Numéros parus........................................................................................174
Bulletin d’abonnement............................................................................181

La communication nombre
Présentation des auteurs

ROGERBAUTIERestProfesseur de Sciences de l’information etde la
communication à l’Université de ParisXIII, etestmembre duLaboratoire des
Sciences de l’information etde la communication (LabSic,ÉA1803). Il a
publié en2000(en coll. avec Élizabeth Cazenave)La presse sous l’avènement
e
de la communication auXIXsiècleauxPressesuniversitaires de Grenoble.
LAURENTBÉRUestmembre duCentre d’histoire des récits, de l’information et
des médias en Europe (CHRIME, Université de ParisIII).
JULIEBOUCHARDenseigne à l’IUTde Montreuil (Université de ParisVIII), etest
membre duLaboratoire « Communication etpolitique » duCNRS(Paris).
Elle publie en2008Comment le retard vient auxFrançais ? Analyse d’un
discours sur la recherche, l’innovation et la compétitivité. 1940-1970,aux
Éditions duSeptentrion (Lille), avecune préface de Pierre Papon, ancien
Directeur général duCNRS.
ÉTIENNECANDELenseigne auCELSA(École des hautes études en sciences de
l’information etde la communication, Université de ParisIV), etest
membre duGroupe de recherches interdisciplinaires sur les processus
d’information etde communication (GRIPIC).
JEAN-BAPTISTECOMBYestchargé de recherche auCentre d’analyse etde
recherche interdisciplinaires sur les médias (CARISM, Université de ParisII,
IFP). Membre associé duLASSP(IÉPde Toulouse), il participe également
aux travauxde l’Association pour la prévention de la pollution
atmosphérique (APPA).
ALEXANDRECOUTANTestchargé de recherche auCentre européen des produits
de l’enfant. Il estmembre de l’Équipe de recherche de Lyon en Sciences de
l’information etde la communication (ÉLICO, Université de LyonII
« Louis-Lumière »).
ALAINDESROSIÈRESestadministrateur de l’INSÉÉetchargé de mission à la
Direction de la coordination statistique etdes relations internationales. Il
estmembre duGroupe de sociologie politique etmorale de l’École des
hautes études en sciences etduCentre Alexandre-Koyré (CNRS). En2008,
il publie en deux volumesGouverner par les nombresauxPresses de l’École
des Mines de Paris.

JACQUESDURANDa été successivementDirecteur adjointduDépartementdes
recherches de Publicis, Chef duService des études d’opinion de l’ORTF,
Directeur de la recherche etdudéveloppementde Médiamétrie… Il a
publié de nombreuxouvrages etarticles (dont un grand nombre sonten
ligne surhttp://pagesperso-orange.fr/jacques.durand/Site/
IndexF.htm)

Présentation des auteurs

STÉPHANIEHUREZenseigne à l’Université de Metz(« Paul-Verlaine ») etest
membre duCentre de recherche sur les médiations (CREM).
ANNE-CLAIREJUCOBINprépare sous la direction de Françoise Boursinunethèse
de doctoratauCELSA(École des hautes études en sciences de l’information
etde la communication, Université de ParisIV) sur lethèmeChiffres et
communication. La statistique publique dans le discours gouvernemental.
FRÉDÉRICLEBARONestProfesseur de sociologie à l’Université de Picardie
(« Jules-Verne »). Membre junior de l’Institut universitaire de France
depuis2005, il estégalementle Directeur duCentreuniversitaire de
recherches sur l’action publique etle politique – Épistémologie etsciences
sociales (CURAPP). Il préside l’association Raisons d’agir etdirige la revue
Savoir / Agir.Il a publié en2003Le savant, le politique et la mondialisation,
auxÉditions duCroquant, Broissieux(Bellecombe-en-Bauge), 192p.

ANTHONYMATHÉestconsultanten sémiologie etcommunication, etil est
membre duCentre de recherches sémiotiques (Université de Limoges). Il
prépareunethèse de doctoratsous la direction de Jacques Fontanille sur le
thèmeSémiotique des apparences. La mode et la beauté dans la culture
e
française duXXIsiècle.

VINCENTPETITETestconsultanten stratégie etchargé de cours à l’Université de
ParisVIII. Membre duLaboratoire « Communication etpolitique » (CNRS,
Paris), il a publié en2007Enchantement et domination : le management de
la docilitéauxÉditions des archives contemporaines (Paris).

La communication nombre
Présentation

*
Julie Bouchard
Université de ParisVIII(IUTde Montreuil) &
Laboratoire « Communication et politique »,CNRS

Un nombre: 12. Douze contributions donton peutespérer qu’elles
renouvellentl’intérêtdes Sciences de l’information etde la
communication (SIC) pour les statistiques. Quelques décennies aprèsun premier
engouementpour les chiffres etles statistiques, il ne s’agitpourtantpas
de promouvoir la mise en équations de la communication, à l’instar des
premiers cybernéticiens etautres figures fondatrices, mais bien d’étudier
lavie sociale des statistiques dupointdevue desSIC. Car si les
statistiques etla communication débordentets’entremêlentdepuis
longtemps, il semble aujourd’hui plus que jamais intéressantetnécessaire de
parcourir le champ des statistiques avec les problématiques développées
dans le champ de la communication.

Or les statistiques participentaucontenuéditorial des médias (sondages
d’opinions, nouvelles économiques, résultats de l’“Audimat”, etc.) qui
sontà la foisutilisateurs, producteurs etéditeurs de ces nombres. Deux
contributions de ce numéro apportentà ce sujet un éclairage original.
Étienne Candel conduit un exercice de sémiotique pragmatique en
s’intéressantàune forme statistiquetriviale età la pratique éditoriale qui lui
estassociée : le “chiffre dujour” dans la presse quotidienne. Qualifiable
d’informationnèmeen raison de ses dimensionsultra-réduites, le “chiffre
dujour”, complété par le commentaire (etnon l’inverse), porte en
général sur des domaines déjà quantéconomie, sporifiés :t, enquêtes
d’opinion… Routinisé, le chiffre dujour devient un« rendez-vousconvenu
entre le journal et son lecteur »qui s’inscrit« dans la mémoire culturelle des
formes graphiques »etdansune construction éditoriale qui articule
précision etpassion,». « Le chiffre ainsi mis en scène,de la mesure« démesure
écritÉtienne Candel,se donne à la fois commede l’indiscutable –parce
qu’il est indissociablement lié à ses donations comme donnée objective,

*

bouchard@damesme.cnrs.fr

MEI, nº28 (« La communication nombre »),2008

comme signe-chose, comme référentialité, exactitude et précision – et comme
dudiscutable,parce que, format par excellence de l’information à retenir,
forme prise dansune réception passionnelle, il oriente et polarise des
circulations, et avec elles des discussions. La ration duchiffre, c’est, proprement,une
quantité donnée d’informations faciles à retenir, à évoquer, à répéter et à
transmettre. »LaurentBérus’intéresse pour sa partaucontenuchiffré
dans les médias par les controverses auxquelles il donne lieu. Son analyse,
portantsur la controverse autour des statistiques ethniques qui a lieuen
France depuisune dizaine d’années, souligne combien« le débat français
autour des statistiques ethnoraciales cristallise l’embarras hexagonal, et révèle
l’autocensure idéologique et morale de bon nombre de chercheurs »en
général, eten Sciences de l’information etde la communication en
particulier, moins influencés que leurs collègues anglo-saxons par lesCultural
Studies. La réticence à quantification ethnique n’estpourtantpas propre
aumonde de la recherche, puisqu’elle estpartagée par les responsables de
chaînes detélévision, clients d’un ethnocentrisme républicain qui défend
l’indistinction etl’indifférence ethnoraciale. Ambitieux, LaurentBéru
déplore cetétatde fait:« Pourtant, pour évoquer et lutter contre
l’institutionnalisation de pratiques racistes, impérative devrait être l’étude qualitative
et quantitative à ce sujet. »

L’organisationest un autre lieude production, d’utilisation etde
représentations liées auxstatistiques ; elle estl’objetdans ce numéro de quatre
contributions. Dans le secteur médiatique, StéphanieHurezprocède à
une analyse critique des chiffres publiés dans les rapports d’activité des
sociétés detéléachatetdans les comptes-rendus duConseil supérieur de
l’audiovisuel. Rappelantleset les carences pl« faillesus oumoins
importantes »des données chiffrées institutionnelles, la chercheure porteun
regard critique sur ces données. Dans le secteur de la publicité, Alexandre
Coutants’interroge sur l’usage des statistiques par les publicitaires dans le
cadre de l’interaction avec leurs clients. Le pointde
départestl’observation d’une contradiction : le dénigrementsystématique des études
quantitatives dans la littérature professionnelle desmarketersetdes
publicitaires, etl’étrange persistance de leurusage aumomentdes échanges
entre publicitaires etannonceurs. Fustigés entantqu’outil de
connaissance,« lespublicitaires,écritAlexandre Coutant,attribuent auxchiffres
une fonction alternative :convaincre et séduire les annonceurs ».Flagrant
délitde braconnage, en quelque sorte, diraitMichel de Certeau:
« contraints parune norme dont ils ne partagent pas la logique, ils ont trouvé
le moyen de détournerune imposition en lui inventantune fonction
alternative »,écritencore Alexandre Coutant. De son côté, fouillantducôté de
la production des indicateurs de performances, Frédéric Lebaron fait
remonter à la surface la hiérarchisation des critèresutilisés dans la mesure
des performances dans lesuniversités. Comptetenude la multiplicité des
fonctions d’unetelle institution, qu’elles soientmanifestes (transmission,

2

Présentation

Julie Bouchard

production et valorisation de connaissances, dynamisation de l’« économie
de la connaissance »,insertion professionnelle des étudiants, l’des« égalité
chances », etc.) ouqu’elles soientlatentes (reproduction de la structure
sociale, intégration etsocialisation des jeunes scolarisés, production de
« bien-être »collectif, contribution à lavie sociale, etc.),« leprocessus
d’objectivation en cours tend principalement aujourd’hui à imposer la
domination de critères de type “économiques” auxétablissements, audétriment
d’autres mesures et, partant, d’autres catégories d’évaluation de
l’activitéuniversitaire »,écritFrédéric Lebaron. Prenantl’exemple de l’Université de
Picardie («Jules-Verne »),Frédéric Lebaron aborde alors la question de
l’usage etde l’application« négociée »à l’échelle locale des mesures de
performance. Enfin, VincentPetitetclôtles analyses sur l’organisation et
sur les statistiques en s’attardantsur les articulations entre comptabilité,
managementetcommunication.faisant corps a« Envec la fiction,écrit
VincentPetitet,la communication ouvre des perspectives séduisantes et
originales à l’individu, projette des fictionsvraisemblables de réussites et de gains
financiers prometteurs. Ce qui s’institue, c’estun rapport entre l’individuet
le projet comptable de l’organisation, quivaut aussi arraisonnement duréel
par le chiffre. »

Grâce à l’article de Roger Bautier, ce sontles modèles mathématiques et
statistiques à l’œuvre dans les appareillagestechniques qui sontenfin
traités. La mise en place duWorld Wide Web a suscité en effet une série
de recherches sur la modélisation quantifiée dudéveloppementdes
réseaux. La « science des réseaux», avec lathéorie des graphes etla
physique statistique, livreun stock de connaissances permettantnon
seulementl’analyse des réseauxmais aussi son intégration dans le
développementd’outils participantaufonctionnementconcretduWeb. Le succès
de la science des réseaux, analyse Roger Bautier, s’accompagne d’un
« bouleversement ausein de l’espace public de la science et, même, de l’espace
public général, qui revient à marginaliser,voire à disqualifier l’apport des
sciences humaines et sociales à l’étude des réseauxen question. »Or la science
des réseaux, dontlavaleur ne faitaucun doute, n’esten mêmetemps ni
dépourvue de«vision politique »niuniverselle.

La partHie «ypotréserhèses »,vée auxjeunes chercheurs, rassemble les
contributions detrois doctorants etnous amène plus loin encore,vers
d’autres problématiques et terrains. On approche ainsi la communication
gouvernementale etles statistiques sur la délinquance avec Anne-Claire
Jucobin. La chercheure s’intéresse audéferlementconjointdes
statistiques etdes commentaires sur les statistiques. Montrantque
«l’objectivité et la transparence se retrouvent associées systématiquement, comme les
valeurs premières de l’exercice d’un pouvoir dominé par la “perfection
gestionnaire”», Anne-Claire Jucobin lève aussi levoile surune confusion :
l’objectivité n’estpas latransparence, c’est-à-direune absence de
média

3

MEI, nº28 (« La communication nombre »),2008

tion, mais bien« regarder sousun certain angle, qui est défini par le
négatif, par l’exclusion des subjectivités. »Jean-Baptiste Combyaborde quantà
lui la communication intergouvernementale par la question climatique et
la médiatisation duil analproblème ;yse ici plus particulièrement« le
succès que la rhétorique de la responsabilité individuelle rencontre auprès des
instances de publicisation »ou« comment les “Français” deviennent
responsables de la moitié duproblème climatique en France. »La construction du
problème climatique en France n’estpasvucommeun donné mais
comme le résultat« d’une lecture spécifique des causes /solutions
duproblème »qui sectorise les origines duproblème etqui, dansun certain
équilibre des rapports de force entre les divers acteurs, débouche sur la
médiatisation d’une« individualisation statistiqu»e des responsabilitésqui
restentindifférenciées. Enfin, explorantla presse etla publicité pour les
cosmétiques, AnthonyMathé proposeune étude sémiotique des éléments
chiffrés, dontl’efficience seraità la fois« symptomatique de la mécanique
duParaître »et« révélatrice de lavaleur de la Science dans le champ
social. » « Entre objectivité et fictionnalité »,les statistiques non seulement
objectivent un résultatmais aussi accompagnentla perception sensorielle
àvenir. Il existe ainsi, suggère AnthonyMathé,«une fictionnalité des
énoncés statistiques »capables de« susciterune identification sociale etune
appropriation subjective d’une forme symbolique. »On assiste ici àtravers
une analyse de corpus auredoublementde la force probatoire des
énoncés chiffrés par le pouvoir fictionnel.

Ce numéro deMÉIparvientdonc à multiplier les approches
etlesterrains autour dunombre aumomentoùla crise financière de2008, sa
médiatisation etles commentaires qui l’accompagnent, lui confèreune
acuité particulière. Plus fondamentalement, il s’agitde contribuer à
inscrire la quantification comme objetsusceptible d’être appréhendé par les
SICetce, bien au-delà de l’étude de la quantificationsurle champ de la
communication, ainsi que nous le proposons dans le premier article de ce
numéro.

Enfin, comme de coutume, ce numéro s’ouvre parun entretien. On lira
donc ici latranscription d’un échange entre Alain Desrosières,
administrateur de l’INSÉÉethistorien des statistiques, etJacques Durand, ancien
Directeur de la recherche etdéveloppementde Médiamétrie, acteur et
penseur pionnier aucroisementde la statistique etde la communication.
Praticiens, l’un etl’autre, chacun à leur manière, ils sontpassés ducôté
de l’étude de lavie sociale des nombres. Ils reviennentsur leurs parcours
personnels etsur quelques problématiques etobservations à propos des
nombres entantque construction sociale.

4

ENTRETIENS

Communiquer, gouverner, et
être gouvernés par les chiffres. Questions à
Jacques Durand et Alain Desrosières

*
par Julie Bouchard
Université de ParisVIII(IUTde Montreuil) &
Laboratoire « Communication et politique »,CNRS

Acteur pionnier de la mesure d’audience, Jacques Durand a consacré sa carrière
professionnelle au développement d’indicateurs dans le domaine de l’audiovisuel.
Acteur volontiers réflexif, marqué par sa rencontre avec Roland Barthes dans les
années 1960, cet économiste de formation a de surcroît beaucoup écrit sur lavie
sociale des statistiques. — Statisticien, Alain Desrosières a fait sa carrière à
l’INSÉÉet est l’auteur de nombreuxtravauxréputés sur l’histoire des statistiques,
plus particulièrement sur l’histoire des statistiques économiques. Influencé par les
séminaires de sociologie de Pierre Bourdieudans les années 1960et par la
sociologie des sciences anglo-saxonne des années 1970, il a étéun des initiateurs en
France des études sur la construction sociale des statistiques. Réunis à l’occasion de
ce numéro, ils exposent leurs parcours, leurs réflexions épistémologiques et leurs
analyses des évolutions qu’ils ont connues par l’expérience, observées ouanalysées.

Julie Bouchard. — Jacques Durand et Alain Desrosières, que ce soit à travers
les mesures d’audience oules statistiques économiques, chacun àvotre
manière,vous avezchoisi de faire des statistiquesun devos objets de
recherche. Comment expliquez-vous cet intérêt auregard devos parcours
personnels ?

Jacques Durand.—C’est unevieille histoire pour moi puisque j’ai
commencé mathèse d’économie en 1949. À l’époque, j’avais choisiun
sujet un peubaroque pour lesusagesuniversitaires, l’étude dupublic du
cinéma. Mon patron dethèse à Nancy, RobertGoetz-Girey, avaitétéun
peusurpris, mais il m’a encouragé. En me documentantsur le public du
cinéma, j’ai constaté qu’ilyavaitpeud’études sur le public en France à
cette époque. Il me semble que les premiers résultats de mesure

*

bouchard@damesme.cnrs.fr

MEI, nº28 (« La communication nombre »),2008

d’audience ontété lancés par l’IFOP(Institutfrançais d’opinion publique)
en 1949 en publiantchaque annéeune oudeuxenquêtes sur l’audience
de la radio. Pour le cinéma, seul le Centre national de la
cinématographie, dontj’ai découvertlestravauxpendantmathèse, publiaitdéjà des
statistiques ; il s’agissaitalors de comptages dunombre d’entrées dans les
salles de cinéma présentés sous forme detableauxstatistiques. J’ai été en
faitsurtoutmarqué par la littérature américaine sur le sujetqui était
beaucoup plus florissante. Je me souviens d’un ouvrage
intituléHollywood Looks at its Audiencequi comportait un ensemble de sondages sur le
public américain ducinéma. J’ai beaucouputilisé ce livre comme source
d’exemples dans mathèse.

À la fin des années 1950, après mathèse, j’ai été embauché par Publicis.
Il existaitdéjà à cette époque des sondages réalisés à la demande detel ou
teltitre de presse sur l’audience de la presse écrite. Ces sondages étaient
perçus d’un mauvais œil par les publicitaires qui lesvoyaientcommeun
instrumentde mise envaleurdeetpartel ou teltitre. SiSélection
duReader’s Digest, par exemple, faisait une enquête, c’étaitpour montrer la
durée de lecture de son lectorat. Les publicitaires, n’accordantguère de
crédità ce procédé, ontproposé que les enquêtes soientmises en
commun de façon à produire des données comparatives permettantaux
annonceurs de choisir parmi l’ensemble destitres. Ilya eualorsun
premier organisme, leCÉSP(Centre d’étude des supports de publicité), qui a
été créé en 1956. L’IRÉP(Institutde recherches etd’études publicitaires)
a été créé juste après. Cetorganisme professionnel avaitpour mission
l’exploitation des enquêtes duCÉSP. Publicis,une des deuxgrandes
agences de publicité à l’époque avec Havas, n’avaitpas pris conscience du
développementdes nouvellestechniques en matière de choixdes
supports de publicité. Publicis a souhaité alors suivre le mouvementet
adopter les méthodes qui étaientaugoûtdujour. Connaissantmathèse,
ils ontpensé que je pourrais développer les études attendues, etplus
spécialementles études sur le public. Je me suis alors retrouvé chezPublicis
auDépartementdes recherches pour développer ces études.

Alain Desrosières.— J’ai fait toute ma carrière dans la statistique
publique à l’INSÉÉ(Institutnational de la statistique etdes études
économiques). J’ai faitl’école préparatoire de l’INSÉÉ, l’ÉNSAÉ(École nationale
de la statistique etde l’administration économique), entre 1963et1965.
Les enseignements principauxportaientsur les probabilités, l’économie,
l’économétrie, les statistiques. Ilyavaitaussiun peude sociologie. Cette
période étaitmarquée par l’espritcritiquevigoureuxqui régnaitdans le
monde étudiant, etétaitinfluencé par le marxisme. Nous étions alorsun
certain nombre àvouloir prendre durecul sur les matières enseignées
mais sans disposer des outils pour le faire. L’enseignementde sociologie
de l’ÉNSAÉétaitalors faita d– celauré peudetemps – par Pierre
Bour

8

Questions à Jacques Durand et Alain Desrosières

Julie Bouchard

dieu,toutjuste revenud’Algérie oùil avaitdéjà rencontré des gens de
l’INSÉÉ(Claude Seibel, Alain Darbel). Bourdieunous a alors sensibilisés à
l’idée d’une historicisation des statistiques en général etdes
nomenclatures en particulier. Il employait une métaphore qui nous a beaucoup
frappés à l’époque, la métaphore des lunettes. Il nous disaitque nous
regardions le monde àtravers des lunettes, que l’on nevoitpas etqu’il
fautsavoir les enlever pour pouvoir les regarder etétudier leur
fonctionnement. Autrementdit, Bourdieunous a initiés à l’idée que les
nomenclatures netombentpas duciel, qu’elles ont une histoire, etqu’elles sont
différentes d’un pays à l’autre.

Ensuite, j’aitravaillé sur la comptabilité nationale etsur différents sujets
économiques. Puis j’ai euenvie de revenir à la sociologie etde mettre en
application cette idée d’historicisation. Avec quelques-uns dontJacques
Mairesse etMichel Volle, nous avons organisé en 1976à Vaucressonun
colloque sur l’histoire de la statistique impliquantdes historiens
quantitativistes de l’École des hautes études en sciences sociales. Deuxlivres
plutôt volumineux, intitulésPour une histoire de la statistique, en sontsortis.
Rétrospectivement, il estapparuque nous concevions l’histoire de la
statistique d’un autre pointdevue que les Anglo-saxons. Il s’agissaitpour
nous, dans l’Histoire de la statistique, de l’histoire des enquêtes, des
recensements, des institutions, des nomenclatures… Peudetemps après, on a
ludes livres en anglais commeThe Historyof Statistics, de Stephen
Stigler, dontle contenu,très différent, porte sur l’histoire des probabilités,
des statistiques mathématiques, des notions de corrélations etde
régression, etc. Le même mota des senstrès différents. C’estl’un des intérêts
dusujet.

Si on cherche à comprendre pourquoi des gens s’intéressentà la
statistique de l’extérieur, il me semble que l’on peutidentifier
deuxpréoccupations différentes : la statistique comme outil de preuve etla statistique
comme outil de gouvernement. La statistique comme outil de preuve est
liée auxchercheurs enmarketing, en psychologie, en économie, etc. qui
se serventde la statistique pour prouver, argumenter,testerune
hypothèse. La statistique comme outil de gouvernementestliée à la
gouvernementalité foucaldienne etintéresse surtoutla science politique, la
sociologie, l’histoire. Ce ne sontpas du toutles mêmes gens qui s’intéressentà
l’outil de preuve età l’outil de gouvernement.

Mon cheminementpersonnel, après l’ÉNSAÉpuis la prise de recul
évoquée précédemment, consiste, dans la mouvance de la nouvelle sociologie
des sciences, àvoir commentla forme même de l’argument, le
formalisme, intervientdans letype d’argumentation. Un exempletypique est
l’analyse des débats entre méthodes de régression logistique etanalyse des
correspondances. L’opposition des deuxméthodes estdevenueunetarte

9

MEI, nº28 (« La communication nombre »),2008

à la crème. L’analyse sociologique permetde dire quiutilise quelle
méthode pour faire quoi. Mon hypothèse estque les méthodes de
régression logistique serventauxconseillers duPrince dansune perspective
d’action etd’intervention. L’analyse des correspondances plaîtplutôtaux
sociologues qui s’inscriventdans la lignée de Pierre Bourdieu. Les outils
statistiques ne serventpas auxmêmes gens pour argumenter de la même
façon.

Julie Bouchard. — Comment définiriez-vous, devotre pointvue et dumoins
intentionnellement, la pertinence intellectuelle et la pertinence sociale devos
recherches respectives surun des pans de l’histoire sociale des statistiques ?

Alain Desrosières. — La pertinence sociale des études sur la sociologie ou
l’histoire des statistiques se loge à l’intérieur d’unetension forte. Ilya en
effet uchiffres inconne demande sociale de «testables ». Cette demande
estlégitime : la presse oules décideurs, par exemple,veulentargumenter
en ayantrecours auxchiffres. D’une certaine façon, il n’ya pas de
demande sociale pourun débatcritique sur les statistiques, de manière
générale. Ce serait un peuscier la branche sur laquelle nous sommes
assis. Ce que l’on peutdire, c’estqu’ilya certaines circonstances
particulières où une situation de crise survient. Ce futle cas notammentl’année
dernière avec la controverse sur les statistiques duchômage. On a rouvert
alors la boîte noire mais normalement, l’indice des prixsort, letauxde
chômage sort, on le commente, on discute. On les remetrarementen
question.

Ilya doncunevraie question, de nature politique, concernantla
pertinence des études sur la construction sociale des statistiques. On peut
croire comme certains, età justetitre, que la conduite d’unevoiture ou
l’usage d’un ordinateur se passe de questions incessantes sur leur
fonctionnementqui contreviendraientdetoute façon à l’usage de ces outils.
Mais il estaussiutile etintéressantqu’une association comme Pénombre
se donne pour mission de créerun espace de débatsur lesusages sociaux
des nombres (cf. Encadré à la fin de l’entretien).

Mon expérience me montre que quand on s’intéresse à la construction
sociale des statistiques, les gens autour découvrentavecvous que les
statistiques netombentpas duciel. Beaucoup de gens encore, etmême
beaucoup d’économistes, croientque la réalité estce qui sortde la
banque de données. Ils ne saventpas qu’ilyaun arrière-plan de la
banque de données, oùdes petites mains s’activentpour caler
ouredresser les chiffres. Lorsqu’on révèle auxgens cetarrière-plan, ilya deux
types d’effets. Ilyaun effetde libération lié à la découverte de ce qui
étaitignoré etqui aide à comprendre les situations de controverse. Ilya
aussiun effetde déstabilisatcelion :ui qui dit« Attention, les chiffres
sontdiscutables » estsouvent vucommeuntrouble-fête. Pour intervenir

10

Questions à Jacques Durand et Alain Desrosières

Julie Bouchard

dans les médias sur ces aspects, l’adaptation du discours estnécessaire :
usage d’exemples, récitsvivants, etc.
Julie Bouchard. — Abordant les statistiques comme des constructions sociales,
vous êtes moins attachés à dévoiler, à dénoncer ou à critiquer la part
d’idéologique et d’arbitraire que comportent les statistiques qu’à décrire et expliciter
les rouages de ces « obtenus ». En quoivos approches se distinguent-elles de la
critique des statistiques ? Et que font-elles de la critique ?

Jacques Durand.— Les mesures d’audience des médias fontface à une
critique permanente : celle de participer à la dégradation de la qualité des
programmes. Plusieurs réponses ontété apportées à cette critique. Une
première réponse existe chezles spécialistes de la mesure d’audience qui
sententle besoin de se justifier et, en quelque sorte, de se disculper. Il
s’agitici de distinguer nettementce qui relève, d’un côté, de la mesure
d’audience entantquetelle et, d’un autre côté, de la programmation. Les
spécialistes de la mesure d’audience insistenten effetsouventsur le fait
que leur métier consiste à mesurer l’audience, sans s’occuper des
programmes qui relèventde la responsabilité des gestionnaires de chaîne,
utilisateurs des mesures d’audience. Pour eux, donc, l’outil seraitneutre
mais lesusages, eux, ne le seraientpas.

Un deuxièmetype de réponse a existé aumomentde l’éclatementde
l’ORTF(Office de radio et télédiffusion française) en 1974. Une loi avait
alors étévotée pour que le financementdes chaînes
soitdorénavantattribué en fonction de deuxcritères, l’audience etla qualité des programmes.
On nous a bien faitcomprendre à l’époque auCÉO(Centre d’études
d’opinion) qu’il étaitdevenunécessaire de disposer d’une mesure
objective etnon contestable de la qualité des programmes comme on disposait
d’une mesure de l’audience. Cela n’a pas ététrès facile. Un des
spécialistes de la sociologie de latélévision, Michel Souchon, s’yopposaiten
affirmant vouloir faire des études etnon pas déterminer les montants de
la redevance. On a dûcomposer avec cela pourtrouverune procédure
pour la mesure de la qualité des programmes en sachantqu’il existaitpar
ailleursune commission, la Commission de la qualité, qui devaitporter
des jugements sur les programmes. AuCÉO, on a désiré opérer comme en
matière demarketing: d’abord considérer qu’il existait une demande du
public et voir ensuite si les programmes conçus répondaientà cette
demande. On procédaitalors par enquête. Le cabinetduministre s’est
opposé à cela auprétexte qu’il ne s’agissaitpas ici de faire des études
marketingmais de répondre àun besoin culturel ousocial déterminé en
fonction d’objectifs définis dans les cahiers des charges des sociétés plutôt
qu’en fonction de la demande dupublic. On a faitalorsun systèmeun
peubancal etcoûteuxqui a duré quelques années avantque les sociétés
puissentêtre ramenées àun système beaucoup plus simple.

11