La communication publique au Cameroun
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Description

La communication publique apparaît aujourd'hui comme un couloir émergent de la communication des organisations au Cameroun, malgré le processus vacillant de sa professionnalisation. Faisant désormais partie du management des institutions publiques, cette spécialité de la communication organisationnelle a pourtant un avenir glorieux devant elle.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2011
Nombre de lectures 36
EAN13 9782296472587
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La communication publique
au Cameroun
Léopold N GODJI


La communication publique
au Cameroun


Préface de Laurent-Charles Boyomo Assala
Nous sommes conscients que quelques scories
subsistent dans cet ouvrage.
Vu l’utilité du contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi
et comptons sur votre compréhension.


© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56570-8
EAN : 9782296565708

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Au Pr. Alphonse Tonyè, Dr. Armand Élono, Augustin Tchoupsia, Valentin Siméon Zinga, Serge Aboukakar Njikam, Thierry Ndi Meka, David Emmanuel Fouadem Kom, Jean René Ebah III, Annie Stella Deuni Kameni, Martin Philippe Njomkam, Romuald Ntchuisseu, Biaise Miké Mbappé, Beyada, Simone et l’agence de communication Ibcom.
Préface
La compréhension de la place de la communication, mieux la reconnaissance de l’importance à associer la communication dans le management des institutions publiques n’a pas toujours été facile comme dans les autres organisations. Le fait que compétition et concurrence, rigueur et exigence d’une certaine rentabilité soient des valeurs plutôt caractéristiques des entreprises dites privées et, depuis quelques années déjà, de certaines organisations non gouvernementales, a permis à ces organisations de prendre très vite une avance sur les premières en termes de mise en œuvre d’une communication professionnellement.
Envisager la communication publique dans son acception anglo-saxonne et européenne depuis le début des années 1980 n’est plus un simple rêve chez nous, mais plutôt une exigence incontournable. À ce sujet, si l’Occident a bénéficié d’énormes réflexions, rapports, recherches et de la production d’une littérature relativement abondante sur la question, ainsi que d’une véritable professionnalisation des départements de communication d’institutions publiques, il n’en est pas de même pour un pays comme le nôtre où on tarde à s’aligner dans une démarche professionnelle. Ceci peut se comprendre lorsque l’on connaît nos administrations encore très conservatrices du point de vue des principes et des règles les gouvernant.
C’est au début des années 1990 avec l’apparition au Cameroun de la dénomination de Services de l’information ayant donné naissance aux Cellules de communication (Celcom) des ministères et entreprises publiques et parapubliques, que la volonté de l’État à voir ses différentes institutions communiquer s’est affichée. Ces Celcom sont restées malheureusement dans la seule dimension de l’information comme on le constate. Ceci à cause de la conjugaison de plusieurs pesanteurs parmi lesquelles le profil des « fonctionnaires » qui les occupent, la méconnaissance des bien-fondés de la communication par certains responsables qui ne mesurent pas encore l’intérêt à communiquer efficacement, les difficultés à les doter des budgets conséquents, sans oublier un certain laxisme et une inefficacité généralisés qui collent à nos services publics. Attendre les recommandations de la hiérarchie, produire de manières irrégulières et sans visée stratégique des plaquettes ou animer une émission hebdomadaire à la radio publique sont loin de leur donner une crédibilité professionnelle.
Le citoyen, au centre de la communication publique, fondamentalement non-marchande, change totalement la donne et complexifie les enjeux, tant il a le droit de savoir comment sont gérées les institutions publiques dont il est à la fois « actionnaire » parce qu’étant un contribuable, et « client » parce qu’étant usager.
L’intention de l’auteur de l’ouvrage, un de nos anciens étudiants récemment sortis de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic) dans la spécialité Communication des entreprises et des organisations (Relations publiques) se dévoile et se lit aisément.
Dressant l’évolution et l’historique de la communication publique avec un accent sur son essence et ses fondements politiques et juridiques, culturels et civiques voire son rapport à la gouvernance et les effets de la décentralisation sur elle, cet ouvrage trace le chemin d’une communication publique jouant un rôle majeur dans un contexte où le discours politique recommande efficacité et performance aux administrations et institutions publiques et/ou parapubliques.
La présentation que l’auteur fait des nombreux champs et possibilités de communication à envisager par les institutions publiques et/ou parapubliques, les différentes formes de celle-ci, l’importance de la méthode qui passe par une planification des actions communicationnelles avec un accent sur certains de ses pans comme la communication interne des institutions publiques, les outils et moyens à mettre en œuvre, le rôle des relations presse et des technologies de l’information et de communication, suscite la réflexion et lève le doute sur l’importance de la communication des organisations.
La question portant sur la professionnalisation des Celcom des institutions publiques dont il est souhaitable qu’elles soient érigées en Divisions de communication, est, plus que jamais, une nécessité. La mise sur pied d’un organe en charge de la coordination de la communication gouvernementale, à l’instar du Sig (Service d’information du gouvernement) en France comme le relève l’auteur est envisageable.
La question polémique de la présence des journalistes dans les Celcom qui cause également selon l’auteur un réel problème dans la traduction d’une vraie communication au sens scientifique du terme entre les administrations et les citoyens n’est pas éludée. Les perspectives à intégrer d’autres techniques de communication comme les relations publiques, la publicité, et même de l’Edition apparaissent obligatoires et légitimes aujourd’hui.
Le temps où les responsables publics entrevoyaient la communication comme un département de plus et développaient une certaine crainte à communiquer semble décidément révolu. Aujourd’hui, la nécessité de mettre sur pied un échange réel et permanent, un dialogue franc avec un accent sur le développement d’une compréhension et d’une adhésion des publics autour des activités et actions que l’on mène, est inévitable et justifie l’existence des organisations modernes.
Les problématiques que l’ouvrage soulève et essaie d’y répondre sont d’un intérêt capital pour les décideurs, les communicateurs des organisations en général et enfin les étudiants, futurs professionnels. Chacun à des niveaux variables trouvera dans l’ouvrage des réponses au concept et contours de la « communication publique » apparemment récente au Cameroun.
Pr. Laurent-Charles Boyomo Assala
Directeur de l’Esstic, Secrétaire permanent du Conseil nationale de la communication.
Introduction
S’il y a un mot qui a été le plus galvaudé en cette fin et début de siècle, c’est bien le mot communication. Dans l’administration aujourd’hui, il est de coutume d’entendre justifier tout échec d’un programme gouvernemental par un problème de communication : c’est un problème de communication, Il n’y a pas eu de communication sur tel ou tel sujet, on ne communique pas chez nous, etc.
La communication publique, l’expression est suffisamment évocatrice, de prime abord pour signifier les acteurs et/ou les utilisateurs de ce couloir de la communication des organisations. Mais à toucher du doigt sa pratique, l’on note illico la difficulté qu’il y a pour les agents publics chargés de la mettre en œuvre de cerner les angles professionnels de cette spécialité de la communication des organisations. En effet, les responsables des institutions publiques sensés être les plus aguerris à s’exprimer sur la question restent encore dans une inculture quant à faire comprendre ce concept aux profanes et à lui trouver une justification évidente.
Pourtant, le défi est grand et les enjeux énormes puisqu’il s’agit de mettre en lumière les activités des institutions publiques aux citoyens qui en ont besoin car étant les principaux bénéficiaires des actions que mènent ces institutions. C’est aussi un devoir du côté des premiers et un droit pour les seconds. L’information, plus que ce dont nous parlons ici, est devenue un produit qui se consomme chaque jour. Mais lorsqu’elle provient d’un ministère ou d’une collectivité décentralisée ou encore d’une institution publique ou parapublique, il s’agit d’un droit pour les récepteurs (les citoyens) à partir du moment où tout ce que l’on fait dans ces institutions est en faveur de l’intérêt général.
Aussi est-il question, et l’enjeu devient plus grand, d’un échange entre les pouvoirs publics et la population pour qui on travaille. Faciliter la compréhension et l’acceptation par les publics des lois, des décisions et de la réglementation en relation avec l’action publique apparaît très important tant en interne qu’en externe, puisqu’il faut vulgariser les missions et les construire, accompagner et développer l’adhésion autour des charges des institutions publiques qui sont guidées dans leurs actions par le sens de l’intérêt commun.
Egalement, la participation des publics et des citoyens aux décisions qui sont prises et engagées par les autorités publiques est une mission moderne de l’administration. Longtemps caractérisées par l’opacité, l’autorité et la fermeture envers l’extérieur, les administrations ont toujours confisqué les informations, fermant leur porte à l’échange et à un dialogue avec le peuple et les médias. Les missions et le travail qui y étaient abattus étaient considérés comme réservés aux élites alors que la place des citoyens dans la prise des décisions se présente comme indispensable et obligatoire pour des résultats essentiellement profitables à la nation.
Aujourd’hui, la donne a changé sur l’importance du rôle de la communication dans les organisations modernes. Le secteur public doit développer toutes les formes de communication (communication interne, communication financière, communication de crise, communication institutionnelle, communication de gouvernance, communication événementielle, communication d’acceptabilité, communication de persuasion…) et consulter les citoyens dans les prises de décision afin qu’ils (citoyens) se sentent motivés et croient leurs les décisions prises dans ces administrations.
Dans les pays en développement, cette communication des administrations semble encore ne pas trouver ses lettres de noblesse, du moins jusque-là. En effet, la journalistisation {1} du secteur avec la présence exclusive (le cas du Cameroun) des cadres diplômés du journalisme dans les Celcom a laissé longtemps dans le « sommeil » cet axe de la communication des organisations, qui a besoin bien de créativité et d’innovation. Ceci dans le but d’intéresser les citoyens et de les impliquer dans la gestion des affaires de la cité, appelées à un changement de profondeur sur des thèmes variés comme la responsabilité civile, la corruption, l’environnement, la santé, les travaux d’intérêt commun, le sens du patriotisme, la culture, l’éducation, l’énergie, les impôts, etc.
Et pourtant ! Pourquoi faut-il communiquer ? Les responsables investis des pouvoirs publics (ministres, secrétaires généraux des ministères, directeurs généraux d’entreprises et institutions publiques et parapubliques, les administrateurs et les élus locaux…) sont restés en retard des exigences de la démocratie qui demande l’ouverture et l’échange entre les gouvernants et les gouvernés sur les politiques publiques.
Les contraintes de la mondialisation et les exigences de la démocratie ont fait que la pratique de la communication publique demande l’utilisation des techniques de management moderne, de relations publiques, de marketing et de publicité, avec le concours et l’apport des sciences parallèles comme les sciences sociales et les sciences politiques.
On parle de communication gouvernementale pour désigner l’ensemble des actions concertées de tous les ministères pour tenir informé et rendre compte des activités d’un gouvernement. Si généralement dans certains pays, la légitimité de prise de parole dans ce sens est reconnue au réputé porte-parole du gouvernement (qui est un homme politique dans la plupart du temps), il n’est pas outré de anathématiser le rôle qu’essaye de jouer celui-ci en terme de posture de défenseur politique que de « communicateur gouvernemental » au sens professionnel du terme. Justement, dans certains pays, l’on continue d’observer des « griots » politiques qui ne lésinent pas sur leur loquacité pour tenir des paroles hautaines vis-à-vis de la contradiction au lieu de voguer dans une argumentation rationnelle.
Les collectivités territoriales décentralisées (les communes et les régions), très proches des populations, doivent pour leur part créer des espaces de participation des citoyens dans la gestion des affaires de la cité. De plus en plus ces populations expriment leur besoin d’être informées sur leurs droits et devoirs, les taxes et impôts qui leur sont exigés, les actions de salubrité qu’organise l’exécutif communal et les projets et travaux d’urbanisation entrepris au quotidien : c’est la communication des collectivités ou la communication territoriale.
Les institutions et entreprises publiques {2} ou parapubliques qui sont sous le contrôle de l’État et dont les tâches et les missions intéressent les citoyens doivent se sentir concernés dans cette mouvance communicationnelle. Dans ce registre, on retrouve des entreprises commerciales et des entreprises de service public qui régulent certains secteurs de la vie publique.
Le ton de la communication du gouvernement fut longtemps donné par Paul Biya, président de la République, dans son instruction générale sur l’organisation du travail gouvernemental. Dans une posture de pédagogue, il y demandait d’informer régulièrement les citoyens : « la communication est une composante essentielle du travail gouvernemental. En effet, il ne suffit pas de bien faire, il faut aussi et surtout faire savoir ce que l’on fait. Les citoyens doivent être régulièrement informés, afin qu’ils puissent percevoir les motivations et les axes de l’action des pouvoirs publics » {3} . À croire le président, il était désormais recommandé aux détenteurs de la charge publique de placer la communication au cœur de leurs actions. Il ne faut pas oublier que désormais, les institutions publiques tendent à se retourner vers les démarches autrefois reconnues aux entreprises privées. Cette démarche vise à intégrer à la fois une nouvelle culture communicative et prend en compte une évolution dans les procédés qui se traduisent par « l’apparition de nouvelles exigences {4} » au rang de la « recherche de l’efficacité » {5} .
Comment se fait-il que l’on dise encore du Cameroun qu’il est un pays où l’on ne communique pas assez ? Existe-t-il une communication mal planifiée ou tout simplement son absence ? Où se situerait le blocage ? Beaucoup de réponses sont susceptibles d’être avancées par les uns et les autres suivant les idées que chacun a de la communication des institutions publiques. Heureusement là, nombreux sont ceux qui pensent scientifiquement et professionnellement que les institutions publiques, au plus haut sommet de l’État, n’ont pas toujours une bonne idée de la communication alors que « si certaines planètes semblent accueillantes, l’air y est si rare (…). Sur la très séduisante planète parrainage, justement, les places sont très chères notamment dans la région du sponsoring sportif où le marché est détenu par un nombre très réduit d’agences. D’autres endroits se révèlent en revanche un peu plus accueillants comme la planète de la communication publique où les perspectives sont encourageantes » {6} . C’est dire que la communication publique a un avenir si le politique comprend qu’une bonne communication vaut mieux qu’une action « brutale » et « punitive » qui exige des citoyens un changement de comportement massif et civique. L’autre avantage étant qu’en communicant de manière professionnelle, l’on évite d’avoir autour des initiatives publiques ce que les anglo-saxons appellent la miscommunication qui se manifeste à travers les phénomènes de mishearing et de misunderstanding.
Chapitre 1 Une communication au service du citoyen
Encore confondue par nombre d’écoles à la communication politique, la communication publique trouve sa légitimité dans le besoin des citoyens d’être au courant des démarches et des décisions qui sont prises pour leur bien-être général par les pouvoirs publics.
Cette confusion est, sur le plan organique et fonctionnel, justifiable tant la proximité entre les émetteurs et les récepteurs de ces deux champs de communication est souvent très étroite et peu distincte. Les premiers ont reçu mandat de gérer la res publica et sont parfois contraints de lier les actions de communication qu’ils mènent à ce mandat. Les seconds, parce que tentés de justifier leur droit à l’information par le fait qu’ils détiennent le droit de vote pour « sanctionner » les responsables des pouvoirs publics par rapport à leurs résultats, brandissent implicitement l’enjeu qu’il y a pour eux d’être informés des initiatives publiques.
Trivialement, il faut tout d’abord comprendre que la communication publique est synonyme d’au moins six constituants fondamentaux {7} à savoir que sont les fondements politiques, démocratiques, juridiques, environnementaux, de la gouvernance, etc. Tout d’abord, elle est mise en œuvre par les institutions publiques ; ensuite, respecte le principe dit « non-marchand » c’est-à-dire ne recherche pas le gain marchand ou chrématistiques comme les autres types de communication (publicité, communication de marque, communication financière etc.). Egalement, elle doit être mise en œuvre dans le souci de l’intérêt général des citoyens qui sont ses premiers bénéficiaires en tant que usagers et tant que contribuables.
Plusieurs prétextes peuvent motiver la pratique de cette forme de communication à commencer par une observation historique qui n’est pas du moins reluisante.
1. Historique de la communication publique
Il est difficile et essentiellement risqué de dire quand a commencé la pratique de la communication publique à travers le monde.
Parce que les États ont toujours échangé avec leurs citoyens et expliqué les démarches qui soutiennent les différentes actions et activités de leur gouvernement, l’entreprise qui consiste à subodorer sur les origines de la communication publique serait au moins polémique du point de vue des nombreuses disciplines qui s’intéressent à la vie en société. On peut relativement relever que la communication publique est essentiellement humaine et date depuis la vie en communauté. Seulement, il est discutable de considérer ces anciennes pratiques de communication au sens où l’on l’entend aujourd’hui, puisqu’il s’agissait d’une simple forme d’information verticale à sens unique et très souvent des privilégiés vers les sujets.
Dans la Rome antique et l’Égypte ancienne
Dans l’empire romain, lorsque l’empereur avait des messages à transmettre à sa population (habitants de la cité), il le faisait dans les amphithéâtres ou devant les ministres et les différents représentants des communautés. Les thèmes de ces échanges pouvaient porter par exemple sur les comportements des citoyens dans la cité, le payement des impôts et taxes, le respect des valeurs et règles du vivre ensemble.
Alors, l’empereur pouvait appeler les citoyens à un changement de comportement digne des habitants de la cité et, au même moment, attiraient leur attention sur un certain nombre de faits qui concernaient le bien-être des privilégiés d’abord, et ensuite celui des citoyens. Philippe Bretton et Serge Proulx présentent cette pratique de communication en ces termes : « tout, à Rome, s’organisait autour de la volonté de faire de la communication sociale une des clefs de voûte de la vie quotidienne. L’architecture des villes, notamment l’institution des forums, portait en elle cette volonté » {8} . En d’autre terme, faire de la communication un point essentiel de gouvernance publique peut consister à valider l’idée d’un échange permanent entre les gouvernants et les gouvernés. Echange dans la mesure où aucune institution publique ne peut trouver tout son sens politique que lorsqu’elle prend en charge le besoin du peuple qui ne se transmet que grâce aux formes diverses de communication possible entre le gouvernant-émetteur et le gouverné-récepteur qui devraient pratiquement être des interlocuteurs. De la même manière, en Egypte pharaonique, des démarches similaires furent visibles avec des fonctionnements identiques. Sauf qu’ici, la diffusion des messages du pharaon était faite à travers des plaques sur lesquelles étaient consignées les instructions et les recommandations de ce dernier ou son opinion dans une perspective de pérennité des valeurs caractéristiques de la vie publique.
Dans l’Afrique traditionnelle
Paradoxalement à ce que l’on a fait croire, la communication publique n’est pas essentiellement le fait de l’Occident car la vie en communauté, nous le relevions déjà, est toujours sous-tendue par la nécessité d’un échange entre les différentes parties prenantes de la vie sociale. Plus précisément en Afrique, la communication interpersonnelle s’est largement exprimée au cours de son histoire.
En effet, lorsque les rois et les notables avaient des messages à transmettre à leurs populations, ils le faisaient à travers des rencontres sous les fameux arbres à palabre et les « lieux sacrés » où l’on diffusait l’information à toutes les familles du village qui, au préalable, avaient été mobilisées par des tambours et des flûtes quelques jours avant. Après donc que les tambours avaient permis d’alerter les populations sur une rencontre populaire par exemple, les instructions et les recommandations y étaient délivrées et portaient très souvent sur les valeurs traditionnelles, les conduites citoyennes et les astuces d’amélioration des récoltes révélées à travers la communication avec les ancêtres. Éventuellement, des échanges routiniers entre les notables et les membres de la communauté permettaient qu’amples explications soient faites sur les recommandations « divines » du roi. A la même occasion, les doléances et les préoccupations des populations étaient transmises aux notables qui se chargeaient de les transmettre à leur tour au roi, qui avait quitté ses convives après son discours.
Le cas des Bamiléké au Cameroun est référentiel avec des cérémonies rituelles qui mettent le chef traditionnel devant ses populations. Auparavant, ces rencontres se faisaient après des rites et des danses ainsi que des commémorations qui attiraient les populations sur leur sens civique, gage d’une paix durable et d’une compréhension entre tous les membres de la cité. Parallèlement, les doléances de la population arrivaient à être traitées et résolues dans un futur proche aussi bien rationnellement que spirituellement et traditionnellement. Il faut dire que la société bamiléké a toujours accordé une place importante aux rites traditionnels dans la résolution de ses problèmes. Chaque fois qu’il y avait des informations à transmettre aux populations, les agents et serviteurs du roi le faisaient à l’aide des outils de communication acoustiques (flûtes, cornes de buffle, sifflets…) dans un langage qui était décodé par les initiés. Bien évidemment, caractériser ces formes d’échanges comme des formes de communication publique revient à prendre l’institution traditionnelle et communautaire d’antan comme des institutions publiques. Ainsi, les institutions étatiques d’aujourd’hui ne sont que des importations occidentales.
La communication publique moderne
C’est aux États-Unis que la communication publique dite moderne a pu s’exprimer dans le sens d’une communication interactive en l’occurrence. À juste titre, les cantons américains ont la particularité dans leur modèle démocratique de donner la possibilité aux citoyens de participer directement aux processus de prise de décision à travers les réunions et les fora de discussion sur les projets publics. Cela n’est pas surprenant du seul fait que les États-Unis demeurent un pays de liberté et de démocratie où les droits des citoyens à l’information sont primordiaux. D’ailleurs, dans certains cantons, cette communication fut la plus interactive possible et prenait en compte les préoccupations des citoyens dans les prises de décisions. Egalement, le rendre-compte ou l’ accountability des gouvernants aux gouvernés y sont fondamentaux et essentiels pour la bonne marche des cantons. Cette dimension états-unienne de la communication publique est différente de celle européenne, puisque les pratiques et les considérations administratives y sont nettement aux antipodes. À ce niveau, il faut souligner que les Nord-américains ont très tôt eu un sens poussé du marketing dans le service public alors que les Européens, dont la France, défendent plutôt la valeur non-marchande de l’« entreprise publique » qui est managée plus par des techniques administratives que par des techniques marketing défendues par les Américains où la distinction entre le secteur privé et le secteur public est étanche.
À chaque fois, ceux qui incarnent le pouvoir public ont toujours mis le peuple au courant des démarches et des politiques entreprises à leur endroit et dans l’intérêt général. D’ailleurs, lorsque l’on parle du gouvernement du peuple {9} par le peuple et pour le peuple en référence à la démocratie, l’on n’a pas à s’interroger du rôle que doit jouer ce peuple et l’importance que l’on accorde à sa sensibilisation, son information, sa persuasion et la prise en compte de son point de vue dans les décisions. À cet effet, quelques facteurs auraient permis de booster et faciliter la création d’un environnement dans lequel la communication publique trouve sa marque.
Premièrement, la naissance de la presse écrite en Occident. Son développement donne la possibilité dès les années 1800 aux administrateurs locaux d’informer les populations par des communiqués de presse qui étaient à cette époque une presse publique murale, et où les habitants venaient pour prendre le pouls de la vie publique.
Puis, une volonté politique qui appelait les Américains déjà à un changement de comportement tel que le président Thomas Jefferson le voulait dans son public relations, qui désignait le nouvel état d’esprit des Américains responsables et soucieux du développement de leur pays.
Pareillement, lors des grands moments de la vie de la nation américaine, les outils de communication modernes ont été utilisés pour persuader les citoyens des choix gouvernementaux sur des questions variées. Et bien, par exemple, lorsque la deuxième guerre mondiale éclata, les Américains pour la plupart, ne trouvaient pas l’intérêt pour leur pays à intervenir dans une guerre loin de leurs frontières. Il a fallu donc que l’État investisse financièrement dans la production des films et des supports de communication les plus sophistiqués présentant les opportunités des États-Unis à participer à cette guerre. Des affiches et tracts ainsi que des annonces radiodiffusées eurent grandement servi dans cette campagne de persuasion qui visait l’aval de l’opinion publique qui compte beaucoup dans la démocratie américaine.
Le cas du Cameroun et des autres pays africains
L’histoire de la communication publique, singulièrement au Cameroun et en général dans beaucoup de pays africains, est étroitement liée à la façon de gérer les affaires publiques comme leur ont léguée les colons avant les indépendances. Dans plusieurs pays, surtout ceux de l’Afrique francophone, les administrateurs ont été formés pour des missions précises de commandement et d’autorité qui ne les obligent pas toujours de recueillir l’avis des populations dans la gestion des affaires de la cité. Jacqueline Morand-Deviller décrie ce fonctionnement de l’administration française qui « cultiva longtemps le goût du secret et de l’autoritarisme. L’élaboration des actes administratifs, comme elle le dit, se faisait dans le huis clos des "bureaux" sans que les destinataires de la décision soient informés et conviés à faire valoir leur point de vue » {10} . Elle reconnaît tout de même pour le cas de la France que les choses ont changé avec le secret qui a été levé « avec la loi du 17 juillet 1978 qui fait de la communicabilité au public des documents administratifs la règle, le secret devenant l’exception (…). Ce droit à la communication est une garantie fondamentale pour l’exercice des libertés publiques » {11} . Toute chose qui a développé une méfiance de ces administrateurs quant à communiquer dans un sens plus large. Pour nombre de pays africains encore, afin justifier la non-communication qui les caractérise, les agents publics brandissent en permanence l’autorisation préalable de leur hiérarchie pour tout acte de prise de parole et d’information quelconque. Or, comme cette autorisation est souvent complexe à obtenir et le besoin du public d’être informé pressant, l’on ne peut que s’en douter de cette attitude administrative. Au contraire, les pays de la colonie britannique semblent largement avancés en termes de communication et de liberté des populations à émettre leurs avis dans la gestion de la cité. Les pays anglo-saxons du continent sont à juste titre ceux qui ont tôt compris l’importance de l’échange et de la consultation des populations sur des questions d’intérêt commun.
Au Cameroun, l’administrateur que laissent les colons français est en effet chargé de « redresser » les populations afin que celles-ci adhèrent aux initiatives entreprises par l’État dans une logique de construction d’une nation au sens politique du terme. L’administrateur qui se prend donc comme une autorité n’éprouve pas en tout cas le besoin de rendre compte aux citoyens-sujets que l’on pense incapables de comprendre les politiques publiques considérées comme réservées et élitistes.
Naturellement, si information il y avait, c’était dans son sens vertical et unidirectionnel, c’est-à-dire du haut vers le bas sans aucune possibilité de feedback de la part de l’opinion publique qui n’existe pas en réalité dans ce contexte. La communication publique d’après indépendance jusqu’à une certaine époque récente, fut visible notamment dans son volet de sensibilisation des populations sur le bien-fondé de la paix, de la nécessité de l’État-nation et de la citoyenneté. Ce qui fut notablement intéressant à partir du moment où, elle visait globalement le changement de comportement des citoyens en contexte de quête d’une identité nationale et d’un vivre-ensemble différent.
Visiblement, nombre de textes ont sans cesse fait montre de la volonté politique de l’État à communiquer. Des textes qui tardent à se traduire en réalité s’ils sont au quotidien mis en difficulté par certains fonctionnaires qui ne trouvent pas encore la place de la communication dans la bonne marche des affaires publiques. Par ailleurs, l’absence d’une structuration réelle des Celcom (inaptes !) à jouer leur rôle, peut contribuer à la compréhension de la pratique relativement médiocre de la communication publique dans nos administrations.
À en croire Jacques Fame Ndongo, qui fut responsable de la communication présidentielle, puis ministre en charge de la communication au Cameroun, la volonté du président Paul Biya d’informer les citoyens et de les mettre au courant des actions et activités de la présidence de la République apparaît déjà en 1984 et plus précisément le 31 juillet 1984 avec la création de « la Cellule de communication présidentielle » {12} qui fut « administrativement rattachée au cabinet civil et dirigée par un conseiller en communication » {13} . En revanche, il précise dans la même lancée qu’à « l’époque, le terme "communication" n’était pas encore vulgarisé au Cameroun. On était encore à la bonne vieille "information" » {14} car « les administrations n’avaient, au mieux, que des chefs de service de l’information et de la documentation » {15} . Une façon de démontrer l’immaturité de la communication des institutions publiques qui perdure jusqu’à nos jours du fait d’une absence de véritable politique du gouvernement sur la question.
Encore, et c’est là où il faut se poser des questions, l’on peut se demander quelle est précisément la cible que visent les actions de communication mises en œuvre par les Celcom des institutions publiques ? Est-ce les citoyens ou les partenaires de l’État, ou encore les autres institutions ministérielles et publiques/parapubliques ? À vrai dire, on est tenté de répondre que les cibles de cette communication sont paradoxalement, en dernier lieu, les citoyens pour qui on gouverne. Cette situation a longtemps placé évidemment les Celcom dans un amateurisme. Si non, comment peut-on comprendre la nomination des professeurs de lycées, des conseillers d’orientation, des professeurs d’éducation physique et sportive, ou encore de médecins et des ingénieurs de génie civil dans ces Cellules appelées à jouer un rôle fondamental dans le management des institutions publiques ? Passablement, peut-on comprendre encore la présence exclusive des journalistes dans ces cellules à l’opposé des autres pays où des efforts de professionnalisation ont été entrepris avec la présence des professionnels de la communication des organisations à savoir les spécialistes de la publicité, du marketing, des relations publiques, de la communication sociale. Des professionnels outillés techniquement pour mieux comprendre les enjeux et les logiques qui gouvernent toute action de communication respectant les stratégies de cible, d’objectifs, d’outils appropriés et de média planning ?
De l’autre côté, on ne perçoit pas toujours une communication réellement professionnelle des institutions publiques appelées à être comprises afin d’être proches des populations. C’est certainement en réaction à cette absence d’organisation que la circulaire n° 005/CAB/PR du 26 juin 1989 relative à la communication gouvernementale a déploré « le déficit de la communication gouvernementale, prescrit la transparence dans la gestion de l’espace médiatique en préconisant quelques techniques de marketing politique que les ministres, assimilés et hauts responsables doivent utiliser » {16} . Une circulaire qui donnerait corps à un déploiement des Celcom en termes de stratégie intégrée et de moyens de communication innovants et créatifs.
Au niveau du gouvernement, des blocages liés aux moyens matériels et financiers, à l’ habitus du fonctionnaire ainsi qu’aux procédures administratives continuent de porter un coup sur l’envol de ces structures au point où banalement, l’on qualifie les seules conférences de presse qu’organisent les différents ministères de « communication gouvernementale ». Or, s’il existait au sein des institutions publiques et parapubliques des stratégies de communication efficacement mis en place, l’on indiquerait aux gouvernants qu’une conférence de presse ne constitue qu’un moyen de communication parmi tant d’autres. Plus prospectivement, la création d’un organe chargé de coordonner la communication gouvernementale est souhaitable.
Pourtant, des volontés politiques voulant donner un souffle à la communication des institutions publiques ont existé mais ont été mal traduites dans la pratique ! On peut faire allusion à la même circulaire évoquée plus haut relative à la communication gouvernementale qui recommandait déjà en 1989 des outils de communication institutionnelle et de relations publiques aux services de communication des institutions publiques et gouvernementales : « déjeuners, dîners de presse, notes d’information, documentaires télévisés ou filmés, publiscopie, campagnes multimédia, affiches, dépliants, prospectus, brochures, plaquettes etc. » {17} . Dans cette optique, les outils et moyens de communication de relations publiques que préconise le professeur Jacques Fame Ndongo pour rendre visible les actions gouvernementales dans son sens le plus large s’intègrent dans la vision d’une communication qui sort de ses pratiques informationnelles. La présence des journalistes dans ces Celcom et l’absence des professionnels de relations publiques, de marketing et de publicité laissent encore à désirer une réelle volonté des gouvernants qui tardent à impliquer et à informer les citoyens des initiatives qui sont prises à leur endroit.
Au départ, des services provinciaux de la communication ont donc été crées avec des conseillers en communication à leur tête dans les préfectures. C’est précisément à la date du 23 août 2002 que ces structures animées par des journalistes deviennent des délégations départementales et provinciales de la communication et sont structurellement liées au ministère en charge de la communication. Une initiative qui plonge ces départements déconcentrés de communication administrativement autonomes des services du gouverneur ou des préfectures dans un somnambulisme total, alourdi par des moyens humains et financiers que les communicants publics qualifient de ridicules. Cette situation qui célèbre le travail d’« administrateur de la communication » {18} au lieu d’une administration de terrain, de conception et de mise en œuvre est de nature à justifier le déploiement quasi absent des agents publics en service dans les régions et les départements.
Le problème qui se pose est notamment celui du déploiement de ces structures qui se sont rarement exprimées dans une campagne de communication planifiée au niveau déconcentré. Restés dans les bureaux, les fonctionnaires nommés dans ces structures, affirment certains, n’ont jamais eu des moyens financiers conséquents pour faire valoir leur utilité dans les initiatives de gestion locale. Dans les départements par exemple, un budget de fonctionnement est alloué au délégué en charge de la communication qui s’évertue très souvent de le justifier en fin d’année budgétaire sans aucune activité concrètement entreprise.
Au niveau des ministères et des institutions publiques et parapubliques, les missions assignées aux Celcom sont rarement mises en œuvre dans leurs expressions complètes en terme d’une communication véritablement professionnelle qui obéit au schéma classique d’une stratégie de communication avec des objectifs clairement définis et mesurables. Généralement les Celcom chargées de promouvoir l’image de ces institutions ont parfois été contraintes d’abandonner leurs stratégies de communication qui sont restées dans les papiers.