Biafra, la déchirure

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Français
216 pages
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Description

La guerre du Biafra, une "guerre oubliée" ? C'est pourtant le terrain où est né "Médecins sans frontières". Cette guerre civile a ravagé le sud-est du pays trois ans durant et a inspiré poètes, dramaturges et romanciers (Achebe, Soyinka, Okigbo, Saro-Wiwa...) et suscité le renouveau religieux qu'il connaît actuellement. Elle a mobilisé politiciens et organismes humanitaires et marqué ce grand pays africain d'une façon durable, contribuant à le faire connaître.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2009
Nombre de lectures 118
EAN13 9782296227101
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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CICR
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DC
DO
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JT
MASSOB

MET
NARTO

NTA
ONG
OUA
RLT
SABENA

SCNC
UDR
UNN
URSS
USAID

Abréviations

Assistant District Officer
Agence France-Presse
Anambra Vigilance Service
British Broadcasting Corporation
Bande dessinée
Biafran Organisation of Freedom Fighters
Christian Association of Nigeria
Computer-Assisted Research and Reporting
Comité international de la Croix-Rouge
Church MissionarySociety
Cable News Network
District Commissioner
District Officer
International Federation of Library
Associations
Institut national de l’audiovisuel
Journal télévisé
Movement for the Actualisation of the
Sovereign State of Biafra
Middle East Times
National Association of Road Transport
Owners
Nigerian Television Authority
Organisation non gouvernementale
Organisation de l’unité africaine
Radio télé Luxembourg
Société anonyme belge d’exploitation de la
navigation aérienne
Southern Cameroon National Council
Union pour la défense de la République
Universityof Nigeria Nsukka
Union des républiques socialistes soviétiques
United States Agencyfor International
Development

9

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On a qualifié la guerre du Biafra de ‘guerre oubliée’. C’est
pourtant le terrain oùest née l’ONG deMédecins sans
frontièreset oùles journalistes français ont d’abord acquis
les compétences interculturelles qu’ils allaient ensuite
mettre auservice d’autres conflits africains. Le conflit
biafrais est aussi le terreauqui a nourri les relations
privilégiées entre la France et ce coin d’Afrique où, la
guerre à peine terminée,unevague de francophilie
envahissait le secteur de l’éducation, amenant les
établissements secondaires à accorder aufrançaisune place
de choixdans leurs programmes de langues.C’est
égalementune expérience collective qui a inspiré poètes,
dramaturges et romanciers nigérians et suscité le renouveau
religieuxsi évident aujourd’hui en pays igbo.C’est enfinun
moment décisifdans l’histoire de ce grand pays africain.

On découvrira dans cet ouvrage, à travers le témoignage de
l’oralité, des médias, de la toile et d’une littérature en
continuelle expansion, l’histoire humaine de ce conflit, le
rôle qu’yont joué les médias, les radios en particulier, et la
profondeur dutraumatisme qu’il a laissé dans les
consciences et dans la chair de ceuxqui l’ontvécu.

1

1

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1945 : pogroms contre lesIgbo, l’une des trois ethnies
principales dupays, à Jos ; plusieurs centaines de morts.

1953 : pogroms contre les Igbo à Kano ; plusieurs centaines
de morts.

er
1 octobre1960: indépendance duNigeria.

er
1 octobre1963 : le pays devientune république fédérale
avec trois régions : celles dunord, de l’est et de l’ouest.
Nnamdi Azikiwe,un Igbo, devient président.

Décembre 1964 : élections, entachées de fraude. Tafawa
Balewa,un Hausa, est réélupremier ministre.

14-15 janvier 1966 : coup d’État militaire mené par le
major Nzeogwu(Igbo). Le gouvernement passe auxmains
des militaires. Aguiyi Ironsi,un militaire igbo, est nommé
chef d’État.

Mai-juin 1966 : massacres d’Igbo aunord dupays : plus de
30 000morts. Exode des Igbo dunordvers la région
orientale.

29 juillet 1966 : nouveaucoup d’État : Ironsi est assassiné.
YakubuGowon,un militaire chrétien d’une minorité
ethnique dunord, devient chef d’État.

18-24 septembre 1966 : nouveauxmassacres d’Igbo dans
tout le pays. Plus de 20 000morts. Nouvel exode igbo.

4-5 janvier 1967 : le haut commandement militaire se réunit
à Aburi, auGhana, etysigneun accord destiné à mettre fin

1

3

aux troubles politiques du pays. Mais Gowon rejette ensuite
cet accord sur les conseils des Britanniques. La région de
l’est proteste.

26 mai 1967 : Le Nigeria est partagé en douze États. La
région orientale (pays igbo) vote la sécession. Gowon
proclame l’état d’urgence.

30mai 1967 : la région orientale déclare son indépendance
1
sous le nom de Biafra, avecEnugupour capitale. Son
gouverneur militaire, le colonel OdumegwuOjukwu,
devient chef d’État duBiafra.

Juin 1967 : la défense civile s’organise auBiafra.

6 juillet 1967 : les compagnies pétrolières basées sur la côte
décident de faire affaires avec le Biafra, sur le territoire
duquel elles se trouvent désormais. Les troupes nigérianes
lancent alors l’offensive contre le Biafra.

14 juillet 1967 : chute de Nsukka. L’université duBiafra est
saccagée.

26 juillet 1967 : chute de Port-Harcourt, principal port
biafrais sur l’océan Atlantique, et de l’île de Bonny.

29 juillet 1967 : le major Nzeogwu, l’un des officiers
biafrais, est tué sur le front de Nsukka.

9–21 août 1967 : offensive biafraise sur le‘Midwest’et
l’ouest, régions situées à l’ouest dupays igbo. L’armée
biafraise est stoppée à Ore, dans l’État d’Ondo, entre Benin
et Lagos.

1
Ancienneville coloniale créée en 1912 pour faciliter l’exploitation de ses
mines de charbon, Enugu, aunord dupays igbo, était en 1967 la capitale de la
région de l’est.

1

4

22 septembre 1967 : l’armée nigériane a reconquis tout le
territoire perdu en août.

26 septembre 1967 : début du bombardement d’Enugu,
capitale duBiafra.

4 octobre 1967 : prise d’Enugu.

19 octobre 1967 : chute deCalabar, port côtier.

31 mars 1968 : chute d’Onitsha, marché international et
principal port fluvial igbo sur le Niger.Bataille d’Abagana,
seule grande victoire biafraise sur son propre territoire :
6000morts nigérians, 1000morts biafrais.

Avril 1968 : massacre de quelques 300civils biafrais dans
la cathédrale d’Onitsha.

12 avril 1968 : la Tanzanie reconnaît leBiafra.

8 mai 1968 : leGabon reconnaît leBiafra

14 mai 1968 : laCôte d’ivoire reconnaît leBiafra.

19 mai 1968 : chute de Port-Harcourt.

20mai 1968 : la Zambie reconnaît le Biafra.

Juin 1968 : avance des troupes fédéralesvers les trois
dernières grandesvilles duBiafra : Owerri, Umuahia et
Aba.

31 juillet 1968 : le général de Gaulle lanceun appel en
faveur de l’autodétermination duBiafra.

17 septembre 1968 : Aba et
Nigérians.

1

5

Owerri auxmains des

23 septembre 1968 : début des livraisons d’armes françaises
au Biafra.

er
1 octobre1968 : chute d’Okigwi.

2
Décembre 1968 : leà 14CICR estime000le nombre de
morts quotidiennes auBiafra.

22 mars 1969 : Haïti reconnaît le Biafra.

22 avril 1969 : prise d’Umuahia, capitale provisoire.

25 avril 1969 : l’armée biafraise reprend Owerri.

Décembre 1969 : quatre offensives nigérianes majeures.

9 janvier 1970: reprise d’Owerri,
gouvernement, par les Nigérians.

dernier

siège

du

11 janvier 1970: le chef de l’État biafrais se réfugie en
Côte d’Ivoire. Chute de l’aérodrome d’Uli-Ihiala, le dernier
encore en état. Cessez-le-feu.

12 janvier 1970: reddition duBiafra.

er
1 octobre1982 : Ojukwureçoit le pardon duprésident
ShehuShagari et revient d’exil.

8 septembre 2005 : émeutes‘biafraises’à Onitsha, touchant
le syndicat national des transporteurs (National Association
of Road Transport Owners - NARTO), le Mouvement pour
la mise en place de l’État souverain duBiafra (Movement
for the Actualisation of the Sovereign State of Biafra
MASSOB) et le Bureaude la milice de l’État d’Anambra
(Anambra Vigilance Services (AVS). Ces événements se

2
Le Comité international de la Croix-Rouge

1

6

déroulent dans le contexte de nouvelles tueries au moment
du recensement et de la préparation des élections de 2007.
Les émeutes s’étendent auxÉtats d’Anambra,Ebonyi,Edo,
Delta etImo, et jusqu’à Abuja, capitale fédérale, et se
poursuivent pendant plusieurs mois.

15 janvier 2008 : les 63 survivants des anciens militaires
igbo nigérians passés auBiafra en 1967 reçoivent enfin leur
pension et le pardon duchef d’État à Abuja.

1

7

2

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L’ouvrage bilingue rédigé par les soins de l’Ambassade de
France à Lagos (Estève 1988 : 50) rappelle qu’

entre 1960et 1967, lavie politique nigériane est
dominée par les conflits régionauxqui s’exacerbent à
partir des élections fédérales de 1964.Àla dégradation
duclimat politique, à la montée des menaces de
sécession, répond l’augmentation de laviolence et de
l’insécurité.Audébut de janvier 1966, le premier
ministre TafawaBalewa se déclare impuissant à
résoudre la situation.Dans ce contexte, le 14 janvier
1966,unviolent coup d’État met fin à la première
république et entraîne l’assassinat de nombreuses
personnalités […].

Un nouveaucoup d’État porte ensuite aupouvoir le général
Ironsi, assassiné à son tour le 29 juillet de la même année.
Plusieurs mois d’instabilité s’ensuivent et la situation dupays
s’aggrave rapidement. Pendant l’été et l’automne de 1966,
plusieursvilles dunord sont témoins de pogroms - près de deux
3
millions d’igbo sont exterminés ;de toute la fédération, les
Igbo, leur sécurité menacée, refluent alorsvers le sud-est, leur
terre ancestrale. Le 30mai 1967, le lieutenant-colonel
OdumegwuOjukwu, gouverneur militaire duNigeria oriental,
aprèsunevaine tentative de conciliation, cède à la demande
igbo et proclame la République duBiafra, qui regroupe trois des
douze États récemment créés : ceuxdes Rivières, duCentre-est

3
Le pays igbo a toujours été surpeuplé et cette haute densité de population a
amené de nombreuxIgbo à se déplacer : beaucoup se sont établis aunord du
pays, et s’ysont lancés dans le commerce.

1

9

4
et duSu6 jd-est. Leuillet, c’est la guerre : le blocus
économique total de la région sécessionniste et le soutien
logistique des puissances étrangèresvont transformer le conflit
enune lente strangulation. La capitale duBiafra,Enugu, située
aunord dupays igbo, tombe rapidement. Maisun an après, le
conflit dure toujours.En février 1968, lesvols de secours ont
commencé. Le 13 avril, la Tanzanie a reconnuleBiafra, portant
à quatre le nombre de pays soutenant sa cause :Côte d’Ivoire,
Gabon, Tanzanie et Zambie. Le 9 mai, aucours d’une
conférence de presse, le président de Côte d’Ivoire,
HouphouëtBoigny, déclare : « Même si, en raison de sa supériorité
militaire en hommes et en matériel, le gouvernement fédéral du
Nigeriavenait à occuper la totalité duBiafra, le problème de la
sécession ne serait pas résolupour autant » (Von Rosen 1969 :
147). S’il parle ainsi, c’est que la situation sur le terrain est
incertaine. Cherchant à isoler la région sécessionniste, l’armée
fédérale, partie de la côte atlantique et attaquant sur tous les
fronts, a déjà reconquis Ikot-Ekpene, àune centaine de
5
kilomètres de Port-Harcourt. Onse bat toujours pour Aba,
l’une des grandes agglomérations dusud. Alors qu’une autre
offensive, déclenchée dans le secteur d’Oguta, menace
6
l’aérodrome d’Uli ,le colonel Okweichime, chef d’état-major
de l’armée biafraise, déclare le 27 août 1968 aujournaliste
français François Debré (1968 : 86) : «comme le monde n’est
pas informé de notre réelle situation militaire, les communiqués
devictoire de l’armée nigériane sont répercutés par toutes les
agences de presse. »

4
La fédération nigériane comptait trois grandes régions à son indépendance
en 1960. Le nombre d’États passe à 12 en 1967 ; ils sont 19 en 1976, 21 en
1987, 30en 1991et 36 en 1996, plus le territoire de la capitale fédérale.
5
Voir la carte en annexe.
6
Après la chute de Port-Harcourt puis d’Enugu, le Biafra fut réduit àutiliser
des pistes d’atterrissage de fortune durant le restant duconflit. Celle
d’UliIhiala, ausud de l’État actuel d’Anambra, est restée la plus connue, car elle
avait été démilitarisée et servait régulièrement aux vols de secours affrétés par
la Croix-Rouge et les autres organisations caritatives.

2

0

Cependant que la France, déchirée entre sa longue tradition de
coopération avec les gouvernements africains, ses intérêts
économiques et politiques au Nigeria et sa tradition de défense
des droits de l’homme, observe la progression du conflit, les
médias français, qui avaient signalé la sécession biafraise dans
les 24 heures, suivent de près le développement des combats et
vont rapidement dépêcher des reporters sur place.En août 1968,
un journaliste français,ChristianBrincourt, de RTL
(RadioTélé Luxembourg), est l’un des premiers à être envoyé au
Biafra.Ilva passer douze jours à se documenter sur le pays
avant de s’yrendre. En cinq jours de mission, il engrangera
assezde données pour produire huit émissions radiodiffusées
sur Radio Luxembourg. En 1968-69, le Biafra reçoit également
des journalistes de nombreuxautres pays, dont la
GrandeBretagne. Cette implication des médias, dont les bulletins
quotidiens, àune époque oùil n’yavait ni télévision en continu
ni Internet, sont les seuls à informer sur le progrès des troupes
et la situation humanitaire, aun énorme impact sur le public
français qui découvre soudain ce pays anglophone jusque-là
7
quasi inconnupresse et la radio s. Laurtout, mais aussi la
télévision, pourtant occupés à couvrir les répercussions des
événements de mai 1968, font désormais le point auquotidien
sur l’avance des troupes nigérianes et le sort des réfugiés. « En
septembre 1968, la pression monte en France. Aucours d’une
conférence de presse, le Général de Gaulle prend clairement
8
parti pour le Biafra » (Renard 1969 : 207).

7
Dans les manuels de géographie dusecondaire de la fin des années 1950, le
Nigeria, possession britannique, n’était qu’une tache blanche sur les cartes
d’Afrique ; des années plus tard, en 1994, De Montclos, dans son ouvrage sur
Le Nigeria(1994 : 7), remarquait que « d’une manière générale, le Nigeria est
un grand inconnuque les français confondent souvent avec le Niger. »
8
Un certain nombre d’hommes d’affaires et hommes politiques français se
rendirent auBiafra pendant la guerre, notamment Bernard Kouchner,
cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins dumonde et ministre
des Affaires étrangères et européennes depuis le 18 mai 2007, quiyservit
comme médecin avec la Croix-Rouge de 1968 à 1970.

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