Chypre et l'Union européenne : Mutations diplomatiques et politiques

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Français
250 pages
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Description

Cet ouvrage étudie les relations multiples: celle de la Grèce, la Turquie, la France, l'Allemagne et celle de l'Union européenne. Etudier la "question chypriote" du point de vue de ces perspectives permet de mettre en balance le jeu politique de pays appartenant à des sphères géopolitiques distinctes et donne un éclairage particulier à certaines questions européennes.

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Date de parution 01 septembre 2007
Nombre de lectures 77
EAN13 9782296175389
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Chypre et l’Union européenne :
Mutations diplomatiques etpolitiques

© L'HARMATTA,2007
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03490-7
EAN: 9782296034907

MagaliGruel-Dieudé

Chypre etl’Union européenne :
Mutations diplomatiques etpolitiques

L'Harmattan

Aujourd'huil'Europe
Collection dirigée par Catherine Durandin

ème
Peut-on en ce débutdeXXIsiècle parler de l’Europe ?Ne faudrait-il pas
évoquer plutôtlesEuropes ?L’une envoie d’unification depuis lesannées
1950, l’autre sortie dubloc soviétique etcandidate selon des calendriers
diversàl’intégration, l’une pro-atlantiste, l’autreattirée paruneversion
continentale ?Dans quel espace situer l’Ukraine etqu’en sera-t-il de
l’évolution de la Turquie ?
C’estàces mémoires,àces évolutions,àces questionnements qui supposent
diversesapproches quivontde l’artàlagéopolitique, que se confrontentles
ouvrages desauteurs coopérantà«Aujourd’hui l’Europe ».

Déjàparus

MikhaïlBERMAN-TSIKINOVSKI,Unevieà créditouOtagedu
temps(traduction deGérardABENSOUR),2007
SamuelDELÉPINE,Quartiers tsiganes.L’habitat et le logementdes
RromsdeRoumanie en question,2006.
VéroniqueAUZÉPY-CHAVAGNAC,L’Europeau risquede la
démocratie,2006.
Ioana IOSA,L’héritage urbaindeCeausescu:fardeau ou saut en
avant ?,2006.
ChristopheMIDAN,Roumanie 1944-1975.De l'armée royaleà
l'arméedu peuple tout entier,2005.
BogdanAndreiFEZI,Bucarest et l’influence française.Entre modèle
etarchétype urbain 1831-1921,2005.
Antonia BERNARD(sous ladir.),La Slovénie et l’Europe.
Contributionsàla connaissancede la Slovénieactuelle,2005.
Maria DELAPERRIERE(dir.),Lalittérature faceàl’Histoire.
Discours historique et fictiondans les littératures est-européennes,
2005.
ElisabethDU REAUetChristineMANIGAND,Vers laréunification
de l’Europe.Apports et limitesdu processusd’Helsinkide 1975ànos
jours,2005.
er
RomanKRAKOVSKY,Ritueldmu 1ai enTchécoslovaquie.
19481989,2004.
CatherineDURANDIN(dir.),Magda CARNECI(avec lacollab. de),
Perspectives roumaines,2004.
ClaudeKARNOOUH,L’Europe postcommuniste.Essais sur la
globalisation,2004.

Remerciements

Noustenonsàexprimer notrevive gratitudeà M.le
Professeur HansgerdSchulte poursonaide précieuselors
de l’élaboration de ma thèse de doctoratdontest tiré cet
ouvrage.
Nous remercions égalementmafamille pour leur soutien
tout au long de ce projet.

Présentation

Celivre, fruitd’untravail derecherches danslecadre
d’unethèse de DoctoratenEtudes européennes soutenue
à la SorbonneNouvelle à Paris en 2006, estlepremier
volume de deux ouvragesconsacrésàChypre.Le
deuxièmelivre, s’inscrivantdanslecadre historique et
international, esten préparation chezle même éditeur et
dans lamême collection que celui-ci.

A Aurélien,

Introduction

SOMMAIRE

Première partie :La Grèce etla Turquie

I.Des obstaclesaurapprochementgréco-turc
1. Ladélimitation du plateaucontinental et des eaux
territorialesen merÉgée
1.1 Leplateaucontinental
1.2Le contentieuxdelamerÉgée
2.Ladélimitation des espacesaériens
3.Le problème de ladémilitarisation de lamerÉgée
4.Le problème des minorités

17

31

31

34
34
37
38
40
43

II.La Question de l'appartenanceàl'Union européenne et à
l’OTA43
1.LaGrèce 44
1.1Les relations de laGrèceavec l'OTANetl’Union européenne
44
1.2 Les spécificités de l'adhésion grecqueàl’Union européenne47
2.La Turquie 50
2.1Les raisons de l'adhésionturqueàl'OTAN50
2.2Le rôle initial de la Turquieausein de l'OTAN51
2.3 La Turquie, l'Europe etl'Union européenne 54
3.Le jeu ambigudesEtats-Unis 57

Deuxième partie : la France

59

I.Lapolitique françaiseàl’égard deChypre : les documents
officiels61
1.Les conditions d’adhésion61
2.Les pointstechniques63
3.Les points économiques66
4.Le pointpolitique71
5.Le planAnnan77
6.Les développements politiques suiteàl’échec duplan
Annan78

13

149

149
149
149
154

136
136
142

87

95
97
102

I.Réflexion sur l’Europe etsurChypre
1.L’Europe
1.1L’aspecthistorique etmythologique de l’Europe
1.2 Une réflexion sur l’Europe

II.Ladivision deChypre etdivision de l’Allemagne
1.Ressemblances oudifférences ?
2.Faut-il reconnaître la RTCN?

105

I.Une évaluation sur les critères politiques etidéologiques :
position de l’Allemagneavant1974 105
1.Les relations entre la République fédérale d’Allemagne et
Chypre 105
1.1Les relations politiques, commerciales etculturelles 105
1.2 Une intervention ouest-allemandeàChypreaulendemain des
heurts de décembre 1963? 112
2.Les relations entre la République démocratiqueallemande
etChypre 114
2.1Les relations politiques 114
2.2Les relations commerciales etculturelles 119
3.Les relations de l’Allemagne réunifiéeavecChypre 122
3.1L’intérêtde l’Allemagne pour les pays de l’Estestancien 123
3.2L’intérêtde l’Allemagne pourChypre 124
3.2.1Une posit1ion modérée24
3.2.2Une position plus nuancée 125
3.2.3Laposition duparti politiqueCDU/CSU133
3.2.4Laposition duparti politiqueSPD135

Quatrième partie : l’Europe

83
85
85
87

14

Troisième partie : l’Allemagne

II. Lacoopération bilatérale entre la France et Chypre
1. La structure
2. Lesrelations économiques
3.Les relations culturelles
3.1Les relations culturelles entre la France etChypreavant
l’interventionturque (1974)
3.2L’évaluation de l’attribution des boursesà Chypreavant
l’interventionturque (1974)
3.3Les nouvelles perspectives
3.4Lasituationactuelle de l’attribution des bourses

2. Les enjeuxdel’Europe moderne

158

II. L’adhésion de Chypre àl’Union européenne160
1. Les motivations dela République deChypre pour
l’adhésionàl’Union européenne 160
2.Lalongue marche deChyprevers l’Union européenne 162
2.1Les relations récentes entre l’Union européenne etChypre 166
2.1.1L’accord d’association 166
2.1.2Le jumelage 167
2.1.3Lesaides communautaires 168
3.Le processus de négociations pour l’adhésion deChypreà
l’Union européenne 170
3.1Lastratégie dePré-adhésion pour l’accession deChypreà
l’Union européenne : l’acquis communautaire 177
3.2 Les critères d’adhésion : critères politiques (Droits de
l’Homme) etéconomiques 179
3.3 Les critères d’adhésion : dernière évaluation de l’Union
européenne 182
4.Les réactionsvis-à-vis de l’entrée deChypre dans l’Union
européenne 187
4.1Laréaction de la RTCN vis-à-vis de lacandidature etde
l’adhésion deChypreàl’Union européenne 187
4.2 Laposition européenne 191
4.3 Le dilemme de l’Union européenne faceàlaquestion chypriote
192
5.L’Union européenne peut-elle êtreune solutionau
problème deChy19pre ?7

Conclusion

Chronologie de l’histoire chypriote

Récapitulatif

Liste desabréviations etdes sigles

Index

Bibliographie

201

215

217

219

221

225

15

Introduction

Chypre estuneîle de la Méditerranée orientale,située à75
kilomètres des côtesturques, 100kilomètres des côtes syriennes et
libanaises et1000kilomètres dusud-estd’Athènes.Avecune
superficie de 9251 km,Chypre estlatroisième île de la Méditerranée,
après la Sicile etla Sardaigne.Elle s’étend sur240kilomètres d’Esten
Ouestetsur 100kilomètres du Nordau Sud.Son pointculminant, le
mont Olympe s’élèveà1952m.L’île estpeuplée d’environ 800 000
habitants dontl’élémentgrec estprédominantà78 %.Depuis 1974,
1
date de l’invasion par l’arméeturque de lapartieNord-Estde l’île,
celle-ci estdivisée en deuxparties par la« ligneverte »(ou« ligne
attila») qui divise égalementsacapitaleNicosie.Au Sud de l’île,à
Akrotiri et àDhekaliasetrouventégalementdeuxbases militaires
britanniques « souveraines » qui ne relèventdonc pas de lalégislation
chypriote.Les bases représentent 2,8 % du territoire.

er
Lme 1ai2004,Chypre estentrée dans l’Union européenne.
La République deChypre, rappelons-le, estlapartie sud de l’île de
Chypre sous influence grecque etrappelonsaussi qu’elle seulea
adhéréàcette même dateàl’Union européenne en signant aunom de
l’île entière.La Républiqueturque deChypreNord n’apas pula
rejoindreàcause de son statutd’occupation etde
lanonreconnaissance par lacommunauté internationale.
Pourtant,àl’aube duréférendum qui eutlieudans les deux
côtés de l’île etqui proposait un plan de réunificationauxChypriotes,
l’opinion généralevoyait une fin procheàcette séparation.On pensait
que lesChypriotes du Sud étaientfavorablesàl’unification etmême si
l’on n’étaitpas complètementsûr de l’issue du voteau Nord, on
pensaitglobalementque le plan serait approuvé.Les résultats
révélèrent unetout autre situation :à unetrès grande majorité, le non
l’emportaet àlagrande surprise générale, lesvotes négatifs ne

1
Selon lacommunautéChyprioteturque etlesTurcs ce n’estpasune invasion, mais
une intervention.
17

venaientpas dela Républiqueturque deChypreNord (RTCN) mais
de la République deChypre.Ce scrutin remettait totalementen
question l’analyse de lasituation que les expertsavaientfaite
jusqu’alors.Il posait aussiun problèmeàl’Europe quiaccueille
désormais en son seinunÉtatdivisé.L’adhésion deChypreàl’Union
européenne était àlabase de notretravail.Le résultatde ce
référendum l’éclairaitd’une lumière nouvelle.
En effet, lapolitique menéeàChypre semblait avoir eupour
butdetrouverune solutionauproblème de ladivision.Mais,au
2
regard durésultatduréférendum, il semblaitquetel n’étaitpas le cas.
C’est unvéritabletournantpolitique, cependantnon historiqueausens
positif du terme, queChypreapris enavril2004.En effet, lasituation
reste inchangée,alors que les experts, lacommunauté internationale
avaientpensé enfin retrouveruneunité chypriote.Lapopulation
chyprioteturque, maintenue sous perfusion économique d’Ankara,
fatiguée partrenteannées d’embargo,avaitsouhaité s’allieràl’Union
européenne en laquelle ellevoyait un gage d’ouverture etde
prospérité.Aulendemain duréférendum, elleareplongé dans
l’isolementetlaprécarité économique.
L’examen de la« question chypriotse »upposeune double
approche :un pointdevue «intérieucelr »,ui de l'île, et un pointde
vue « extérieur », celui de l’Union européenne.Nous ferons intervenir
dans lapremièreapproche les mères patries, laGrèce etla Turquie,
paysauxrelationstendues.Ladeuxièmeapproche seracelle des deux
« grandes puissances eulropéennes »,’Allemagne etlaFranceainsi
que l’Union européenne.Les deuxpays interviendrontdifféremment
dans le contexte européen en qualité de pays fondateurs de l’Europe et
acteurs importants dans le processus de l’Union européenne etl’Union
européenne, elle-même, dans le cadre de l’adhésion deChypre.
Notre choixs’estdonc posé surune étude des relations
multiples.Nousajouterons cependantqu’étudier la« question
chypriotde »upointdevue de ces perspectives permetde mettre en
balance le jeupolitique de paysappartenant àdes sphères
géopolitiques distinctes :celle de laGrèce etde la Turquie, pays qui
se considèrent toujours comme puissances garantes deChypre, celle
de paysavec laFrance, quia un rôle important vis-à-vis deChypreau
sein duConseil de sécurité desNationsunies, celle de l'Allemagne,

2
Si l’onanalyse lapolitique de fond des deuxcommunautés chypriotes, grecque et
turque, nous pouvons ladéfinir, en partie, comme obstacleàlaréunification : en
témoigne le référendum enRépublique deChypreainsi qu’enRTCNle24avril2004.
18

quiaune relation privilégiéeavec la Turquie etenfin celle de l’Union
européenne, qui estdirectementaucoeur de l’action de
l’élargissement.Ce qui faitl’originalité etaussi l’enjeurisqué de notre
démarche estde mettre envaleur, mieuxque ne le feraitl’étude des
relations bilatérales, certaines questions européennes.Ainsi, pour ne
prendre qu’un exemple, nous nous efforcerons de montrer comment
un différend comme celui duconflitchypriote,àpriori secondaire
pour les pays européens qui nous concernent,apuavoirtoutes sortes
de répercussions pour lastabilité politique enEuropeainsi que dans
l’axe gréco-turc.On comprendradès lors que cetravail ne peutse
placer que dansune optique large qui n’estplus celle simplementde
l’histoire diplomatique, mais qui souhaite s’inscrire dansune histoire
européenne etdes relations internationales, qui prennenten compte
aussi bien l’étude de ladocumentation etdes faits internationauxque
l’examenaussi minutieuxque possible de l’opinion publique oudes
acteurs secondaires.
Si laGrèce etla Turquie ont un rôle central dans laquestion
chypriote, d’une façon générale,Chypre n’est une priorité ni pour la
France, ni pour l’Allemagne.Mais, nousavonsvoulusavoir quelle
étaitlaposition des deuxgrands pays quiavaientjouéun grand rôle
pour l’Europe.Deuxpays qui,aussi, onteu un certain poids dans le
processus de l’unification de l’Allemagne.C’estcette réflexion
générale qui nousa amenéeàinscrire cetravail de recherche sur
e
ChypreauXXsiècle, l’une des périodes les plus riches en
événements, de l’histoire récente,avec le projetambitieuxde répondre
auxinterrogations que suscite laquestion étudiée, le plus
impartialementpossible, en essayantde limiter les reconstructions
historiques etles idéologies passées,tantôt turque,appliquéeànoircir
letableau,tantôtgrecque, destinéeaucontraireàen magnifier les
acquis.
En écrivantce livre, nousavonsvoulumieuxcomprendre la
situation particulière deChypre, île méditerranéenne,aumoment
même oùelle sollicitaitsonadhésionausein de l’Union européenne.
Dès lors, il devenaitlégitime de s’interroger sur laplace qu’allait
prendre enEurope cetoutnouveaumembreaupassé etauprésent très
troublé par laposition qu’il occupe, partagé géographiquementet
culturellemententreOrientetOccident.Quelles sontlestensions entre
la Grèce etla Turquie ?Quelles répercussions ont-elles sur le
problème chypriote.Quels pouvaientêtre lesapports de l’île de
Chypre pour l’Europe ?Que pouvaitapporter l’Europeàcett?e île

19

Quel serait l’accueil réservé par les membres del’Europe, et
particulièrementpar ses membresinfluents que sontl’Allemagne etla
France, entreautres,àce pays géographiquementdivisé entre deux
sociétés bien distinctes, culturellementfortes d’influences orientales,
avectoutce que celaentraîneauniveausocial etpolitique ?
Notre rédaction étant untravail d’actualité, nousavons dû
mettre des limitestemporellesànos différentes parties, ce qui nous
semblaitde natureàrendre l’analyse laplus cohérente possible.Le
choixd’arrêter notre étude en2004 paraîtnaturel puisque cette date
correspondàladernière mise enœuvre de l’action desNationsunies
sur l’île,auréférendum historique.Ce choixsetrouve délibéré, car il
trouve son origine dans la volonté de prendre en compte l’actualité
présente etbrûlante de l’adhésion de la République deChypre, seule,à
l’Union européenne.Nousavons considéré qu’il s’agissaitd’un point
de rupture dontnous devionstenir compte.De ce fait, ladifficultéa
été de recentrer ce sujeten pleine évolution etd’analyser les surprises
dudéroulementde la vie politiqueàChypre.
Chypre, île divisée.Làestle pointle plus marquantde
l’histoire chypriote, pointqu’on dénommerale plus souvent
« problèmechypriotoe »u« question chypriote ».Il estsans doute
difficile pour nousFrançais de concevoir ladouleur d’être dans son
pays sansyêtre dufaitde divergences politiques ethistoriques qui
fontque l’État unique devientdeuxÉtats,antagonistes parfois.Sans
doute est-il plus simple pour nosvoisinsallemands de comprendre cet
aspectdramatique de lasituation chypriote, euxqui ontconnula
division de leurNation.Division chypriote géographique etpolitique,
maisaussi division religieuse, culturelle etethnique.Mais cette
division de faitn’est-elle pas le refletd’une division plusancienne et
plu?s profondeCommentexpliquer ladivision politique ?Par
l’histoire, peut-être, par l’importance des influences des mères-patries
3
Turquie,Grèce etGrande-Bretagne .

Rappel historique

Selon les études réalisées, l’île deChypre futhabitée dès le
VIème millénaire.Lesarchéologues, les historiens, les géographes et

3
Si l’on considère que laGrande-Bretagnea un rôleaussi importantque celui des
mère-patries, laGrèce etla Turquie.
20

leslinguistes se sontinterrogés sur le rôle ducarrefour deChypretout
aulong des siècles.L’histoire que l’on peutretraceràtravers les
recherches meten évidence ladoubleappartenance de lacivilisation
chypriote, quitientàlafoisaux traditions orientales etgrecques.
L’âge de bronze, qui débutavers2300, fut une période de prospérité
grâceàl’exploitation des mines etaudéveloppementducommerce.
Dans l’antiquité, l’île deChypreappartenaitàun large monde
hellénistique.LesMycéniens fondèrent une colonie sur l’île en l’an
1450 av.J.-C., lesGrecs, des cités-royaumes en l’an 1200 av.J.-C.
puis lesPhéniciens en l’an 1000av.J.-C..L’île estconnue pour son
cuivre que l’onyextraitetque lesRomainsappellentaes cyprium
(littéralement« métal deChypre »).Chypre estensuite incluse dans
l’Empire romain, puis dans l’EmpireByzantin.
RichardCoeur deLion conquitl’île en 1191 etladonna àGuy
deLusignanunan plustard.Celui-ci fondale royaume latin de
Chypre.Elle passaensuite sous le contrôle deVenise en 1489 etles
Turcs s’en emparèrenten 1571.L’Empire ottoman perditl’île de
Chypre en 1878.En effet, leSultan ladonnaen bailau Royaume-Uni
et àl’issue de la PremièreGuerre mondiale, lesBritanniques en firent
une colonie de lacouronne.En 1931 eutlieu un premier soulèvement
populaire des chypriotes grecs pour réclamer l’unionavec laGrèce,
l’Enosis.Les émeutes entre lesChypriotes grecques etChypriotes
turcs commencèrenten 1955.Lesaccords deZurich etdeLondres
furentsignés en 1959 etmirentfinàlalutteanti-coloniale.Chypre
devint alorsuneRépublique indépendante en 1960,ainsi que membre
desNationsUnies etduCommonwealth.LeRoyaume-Uni, la Turquie
etlaGrèce devinrentlesÉtats garants de l’équilibre constitutionnel.

En 1961,Chypre devintmembre duConseil de l’Europe.En
1963, le président Makarios proposadesamendementsàla
Constitution de 1960.Cette proposition, connue sous le nom des « 13
amendements deMakarios »,visait àrépondreàlasituation de
blocage institutionnel persistantdepuis plusieurs mois.Ce coup de
force du Présidentchypriote contribua àexacerber lestensions entre
les deuxcommunautés, conduisant àdeviolentsaffrontements
intercommunautaires en décembre 1963.Cetépisode sanglant très
controversé dans son déroulement, marquacertainementlafin des
espoirs de cohabitation pacifique entre les deuxcommunautés, qui
n'aurontde cesse de se séparer, etde s'affronter dansune lutte
fratricide.

21

Bienque lesÉtats-Unisaientessayé d’entreprendreune
médiation entre les deuxalliés de l’OTAN, laGrèce etla Turquie, sur
laquestion chyprioteafin d’éviterune guerre entre ces deuxpays
susceptibles de déstabiliser le flancSud-Estde l’OTAN, cestentatives
se soldèrentparun échec faisantdeChypre leterrain d’affrontements
incessants entre les milices chypriotes grecque et turque, ce quia
conduitl’ONU àenvoyerun contingentde casques bleus (UNFICYP)
sur l’île en 1964.Suiteàladictature des colonels qui se miten place
enGrèce, le 15 juillet1974 lagarde nationale dirigée par des officiers
grecs lança unetentative de coup d’Étatcontre le président Makarios
avec l’aide dugroupearmé de l’EOKA B.Le20juillet1974, la
Turquie intervintmilitairementpour protéger les intérêts de la
communautéturque, etoccupaleNord de l’île en deuxjours.En
Grèce, le refus de l’armée de s’impliquer davantage dans ce conflit
marqualafin de ladictature des colonels.Selon l’accord d’échange de
populations du 2août1975, lesChypriotes grecsvivants dans leNord
de l’île se sontréfugiésauSud et viceversa.Lesvillages mixtes, qui
étaientde moins en moins nombreuxdisparurentetlaissèrentlaplace
àdeuxcommunautés distinctes.Cette mêmeannée se miten placeun
Étatfédéréturc deChypre, il s’autoproclama Républiqueturque de
ChypreNord en 1983, il ne futreconnuseulementpar lesautorités
turques.Cetteaction futcondamnée par l’ONUdans sa Résolution
541 du18 novembre 1983.L’Organisation desNationsUnies s’est
efforcée detrouverun règlementqui mette finàladivisionavant
l’entrée deChypre dans l’Union européenne.Les dernièrestentatives
en2003-2004 ontéchoué comme les précédentes depuis 1968.
Lareprise des négociations entre les deuxcommunautés, et
toutprogrèsversune solutionàce conflitqui sépare de faitles deux
communautés depuis plus de quaranteans, semble désormais
largementconditionnée par l’avancée des négociations d’adhésion de
la Turquieàl’Europe.

Il estnécessaire de revenir sur lagenèse culturelle, religieuse,
politique ethistorique deChypreafin de pouvoir se forger sapropre
opinion sur ce cas particulier.Les spécificités deChypre sontd’avoir
une double culture (grecque et turque),une double religion, mais ces
spécificités empêchent-ellesuneunification entre les deuxpeuples ?
Les deuxcivilisations sur l’île deChypre nous ontamenéesàêtre
prudentes dans notreanalyse.Un grand nombre de paramètres sontà
prendre en compte dans le problème chypriote.Dès lors, on peutse

22

demander sila distinction entre deuxgroupes ethniques nevapas de
soi.Les spécialistes de laquestion n’en sontpas persuadés.

Chypreaété successivementachéenne, phénicienne,
égyptienne, perse, ptolémaïque, romaine, byzantine, franque,
vénitienne, ottomane,anglaise puis divisée entre lesChypriotes grecs
et turcs.Ne pourra-t-elle pas enfin devenir chypriote ?Laréponseà
cette question donneraitsans doute lasolution duproblème chypriote.
Malgré l’entrée de l’île dans l’Union européenne, l’espritpublicà
Chypre reste singulièrementplongé, d’une manière certainement
abusive, dans l’histoire.

Progressionchoisiepour notre étude

Larestriction de notrethème de recherches setraduisait
nécessairementparune diminution de laportée de notre propos, mais
nous nous sommes pourtantefforcées de ne pasabandonner
entièrementle souci de représentativitéauquel nous nevoulions pas
renoncerauprofitde l’exactitude.Nousavons doncanalysé les points
d’une manière chronologique etprécise, car il étaitdifficile de
proposerune étude plus large dusujet.En revanche, notre propos
retrouveune portée plus générale lorsqu’il s’agitdes débats politiques.

Nous reviendrons, dans le premier chapitre de notretravail,
sur les problèmes gréco-turcs puis nousavons choisi d’analyser
l’évolution des mutations diplomatiques française,allemande et
européennevis-à-vis duproblème chypriote etde l’entrée deChypre
dans l’Union européenne.
L’espace hélleno-turc, non seulementne pouvaitpas être écarté, mais
était totalementindispensableànotre étude, dans lamesure oùde
nombreuses décisions en matière de politique ontété prises dans les
deuxpays mères-patries.D’un pointdevue «extérieur », il revient à
s’interroger sur les obstaclesaurapprochementgréco-turc, sur la
question de l’appartenance de la Turquieàl’Union européenne, de
revenir sur l’adhésion de laGrèceàl’Union européenne etd’expliquer
l’appartenance des deuxpaysàl’OTAN.Ce sontdes points essentiels
qui permettentde comprendre lestensions de ces deuxpaysvis-à-vis
duproblème chypriote.Ces divergences grecques et turques ontdes

23

conséquences pourune étude sur laquestion chypriote.La Grèce etla
Turquie onten effet uneapproche différente pour déterminer leurs
droits dans cettezone méditerranéenne, les deuxpaysveulent
défendre leurs intérêts etcréentdes litiges difficilementsolvables.Il
seradonc nécessaire de revenir sur lagenèse politique etstratégique
de larégion gréco-turqueafin de pouvoir observer le processus
historiqueà Chypre.
Il nousasemblé essentiel de définir les objectifs etle
fonctionnementde lapolitique extérieure des grandes puissances
européennes, selon nos critères définis, en insistantd’abord sur la
réception faite des pays sur le plan bilatéral eteuropéen, quiva
concentrer l’essentiel de sesaspirations envers l’élargissement.Il
revientaussiàs’interroger sur l’image que l’îlea àl’étranger, sur la
place qu’elletientdans lapolitique générale de l’Allemagne etde la
France. À partir de quand ces pays ont-ils pris conscience de l’intérêt
représenté par Chypre ?Quelles stratégies ontété mises en place pour
se rapprocher d’elle ?Quel rôle pouvaitjouerune puissance
secondaire comme Chypre dans les plans d’ensemble des
démocraties ?C’estaussiàces questions que nousaurons latâche
difficile de répondre.Nousverrons commentles relationsavec
l’Allemagne etlaFrance ontévoluévis-à-vis de chaque camp, la
République de Chypre etla Républiqueturque de ChypreNord.
Comments’est traduite dans les faits l’action des grandes puissances
d’un pointdevue diplomatique, économique etculturel,tantcette
question esten fait aucœur duprocessus de décision.Toutes ces
questions doivent, nous l’espérons, jeterune lumière nouvelle surune
République chypriote quelque peuoubliée, bien que remise en
questionàl’heure de l’élargissementde l’Union européenne.La
perspective, dès lors que l’ontente de la traduire dansun contexte
européen, faitsurgirune série de questions :en quoi l’île est-elle
intéressanteaux yeuxdes Allemands etdes FrançaCommenis ?t
l’Allemagne etlaFrancetentent-elles de développer leur culture dans
ce pays sous influences britannique, grecque et turque ?Bien qu’il
s’agisse d’un sujetgénéralementplus connu, grâceauxnombreux
ouvragestraitantdirectementouindirectementde cette période etde
ce qu’ontpu apporter comme éclaircissements lesarchivesallemandes
etfrançaisesaccessibles, lapériode conflictuellealaissé de grandes
pages d’ombre etd’imprécision sur l’action des grandes puissancesà
Chypre. Ainsi, cette étude devramontrer dans quelle mesure ily aeu
aucours de l’histoire contemporaine des mutations politiques et

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diplomatiquesallemandes etfrançaises etdetrouver les raisons de ces
inflexions, cette étude montrera aussi letravail que les pays ontmis en
œuvre pourune meilleure coopération.Noustenterons de définir les
opinions propresàl’Allemagne et àlaFrance sur l’entrée deChypre
dans l’Union européenne etles divergences des deuxpays sur le sujet.
Cette piste detravail repose làencore surun parti pris de méthode :
nous chercherons systématiquement àconfronter l’analyse des
mesures concrètes qui ontété prises dans les domaines politique et
diplomatiquevis-à-vis deChypreà uneanalyse de lafaçon dontces
mesures ontété présentées, justifiées, légitimées par leurs concepteurs,
débattuesausein de l’Assemblée nationale française etduBundestag
allemand ou auniveaudu Sénatfrançaisainsi qu’ausein des partis
politiques français et/ou allemands.Nous considèrerons l’analyse des
différentstypes de discours de justification comme faisantpartie de
notre entreprise detravail de recherche.
Pour laFrance, précisément, il estintéressantde se demander
dans quelle mesure elle joueun rôleàChypre.Elletente de
développertantbien que mal laculture françaisetant appréciéeauprès
dupeuple grec etparmi les élitesturques.Bien que le développement
de lasensibilité française se fasse d’une manière fantomatique, la
France n’estpas si neutre que l’on peutle croire.En effet, ellea un
rôle important ausein duConseil de sécurité de l’ONUetdonne son
avis pour le règlementde laquestion chypriote.Dans le cadre
européen, l’adhésion deChypreàl’Union européenne devrait
représenter pour laFranceune chance de développer ses relations et
ses échangesavecun pays francophile partageantlamêmeambition
d’un renforcementdupartenariateuro-méditerranéen etdes échanges
avec leProche et Moyen-Orient.Nousallons donctenter de mettre en
lumière lapolitique de laFrance enversChypre etd’en définir
l’évolutionà travers les rapports de l’Assemblée nationale française et
du Sénat.
Quant àl'Allemagne, si son influence paraît très secondaire
par rapport àcelle du Royaume-Uni, son importance est àprendre en
compte comme peuvententémoigneràlafois l’effortd'implantation
d’upoline «tique culturelle »(Kulturpolitik) destinéeàs’affirmerau
côté de laculture française etanglaise, l’essor de collaboration et
l’expansion des intérêts économiques.Dans quelle mesureya-t-ilun
intérêtallemandà Chypre ?Quel intérêtl’Allemagnea-t-elleà
satisfaire sareconnaissance officielleà Chypre ?Commentetpour
quelles raisons chercherait-onàintégrerChypre dans les projets

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