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D'Oussama Ben Laden à Saddam Hussein

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Description

La guerre contre l'Irak était-elle une guerre contre le terrorisme ? Etait-elle vraiment une guerre visant à libérer un peuple ? A-t-elle été plutôt motivée par la volonté de Bush d'éliminer à tout prix Saddam Hussein ? Ce regard en profondeur démontre que la seule issue de cette période était la guerre car elle était le but recherché par l'administration Bush. Il étaye notamment comment les faucons néoconservateurs américains ont pu mener leurs actions afin de justifier leur War for Business.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2010
Nombre de lectures 136
EAN13 9782296678262
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

D’O USSAMA B EN L ADEN

À S ADDAM H USSEIN


La politique de George W. Bush
au Moyen-Orient
Mohamed Abdel Azim


D’O USSAMA B EN L ADEN

À S ADDAM H USSEIN


La politique de George W. Bush

au Moyen-Orient


L’H ARMATTAN
Du même auteur


• Israël et ses deux murs, les guerres ratées de Tsahal , Paris, L’Harmattan, 2009.
• Israël et la bombe atomique, la face cachée de la politique américaine , Paris, L’Harmattan, 2006.
• « L’Iran et les Arabes, les deux portes du Moyen-Orient », EurOrient , L’Harmattan, n° 26, printemps 2008.
• « Les armes nucléaires israéliennes : sources d’instabilité régionale », EurOrient , n°25, automne 2007.
• « La fatalité de l’affrontement guerrier de l’État hébreu », EurOrient , n°24, printemps 2007.


Photo de couverture
AP-Sipa


© L’H ARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’ÉcoIe-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-09092-7
EAN : 9782296090927

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Avant-propos
Le monde garde l’image d’un George Bush esquivant de justesse les projectiles lancés par un journaliste en colère. Cette image apparaît comme l’épitaphe de deux mandats entachés par le plus grand fiasco américain jamais subi au Moyen-Orient. Au printemps 2003, en signe de vengeance et de mépris, les Irakiens frappaient de leurs chaussures les statues monumentales de Saddam Hussein jetées à terre par les troupes américaines. « Cinq ans plus tard, à la mi-décembre 2008, ils les jettent à la figure du chef de la coalition venue les libérer d’une sanglante dictature, en le traitant de chien », écrit le quotidien Le Monde dans son édition du 17 décembre 2008. En janvier 2009, George Walker Bush quitte la Maison Blanche sans avoir capturé Ben Laden et sans avoir rétabli la situation devenue chaotique en Irak depuis qu’il a déclenché les hostilités en mars 2003. Les Talibans sont toujours en place et l’organisation Al-Qaïda n’a pas été démantelée. Le 43 ème président des États-Unis (2000-2008), qui mène une campagne de lutte contre le terrorisme, déclenche deux guerres durant ses deux mandats. La première se déroule en 2001 contre les Talibans en Afghanistan et la deuxième a lieu contre l’Irak deux ans plus tard. Aucune des deux ne sera gagnée. Les États-Unis ont échoué dans l’effort d’affaiblir Al-Qaïda en menant leur guerre contre le terrorisme, selon les résultats d’un sondage effectué dans 23 pays et publié le 28 septembre 2008 {1} . En 2003, les États-Unis tentent d’apporter la démocratie en Irak par la force du feu. L’Amérique attaque l’Irak. Motif invoqué : les armes de destruction massive irakiennes et des liens entre Saddam Hussein et l’organisation terroriste Al-Qaïda.

C’était le 20 mars à 3h30, heure de Paris. Le monde apprend que l’armée américaine tire sur Bagdad une quarantaine de missiles de croisière Tomahawk à partir de sous-marins et de bâtiments de surface. Deux bunkers sont visés où Saddam Hussein et les principaux dirigeants irakiens sont supposés être. Trois jours auparavant, dans son discours de quinze minutes, le 17 mars 2003, le président Bush, qui donnait 48 heures à l’Irak avant de déclencher une guerre, déclare : « On a pris la décision d’attaquer l’Irak il y a longtemps. » Le tout est dans le "longtemps". Le Baltimore Sun du 16 mars écrit que, lors d’une des premières réunions du Conseil de sécurité nationale de sa présidence, plusieurs mois avant les attentats terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone, Bush exprime déjà sa détermination de renverser Saddam Hussein et sa volonté d’insérer des troupes américaines en Irak.

Pour ce faire, il fallait simplement trouver le bon prétexte. Les armes de destruction massive et des liens avec Al-Qaïda sont-ils des prétextes valables ? Sont-ils les vraies raisons de cette guerre ? L’ancien ministre britannique des Affaires étrangères, Robin Cook, qui quitte le gouvernement Blair pour protester contre la décision de partir en guerre sans l’autorisation de l’ONU, déclare : « L’Irak n’a probablement pas d’armes de destruction massive dans le sens normal du terme ». En ce qui concerne les possibles liens de l’Irak avec des terroristes et des agents d’Al-Qaïda, personne n’y croit. Même dans le gouvernement américain, personne ne croit sérieusement qu’il y a un lien important entre les intégristes islamiques et le régime laïc nationaliste baasiste d’Irak. Saddam Hussein et Oussama Ben Laden sont des ennemis mortels depuis des décennies. L’affirmation continue durant des mois d’une entente Al-Qaïda-Irak est une tentative désespérée de lier Saddam Hussein aux attentats du 11 septembre.

« Lorsque notre coalition les chassera du pouvoir, nous vous distribuerons les vivres et les médicaments dont vous avez besoin. Nous détruirons l’appareil de la terreur et nous vous aiderons à construire un nouvel Irak qui sera prospère et libre. La menace terroriste qui pèse sur les États-Unis et le reste du monde diminuera dès que Saddam Hussein sera désarmé. Contrairement à Saddam Hussein, nous croyons que le peuple irakien mérite la liberté et est capable de l’assumer. Les États-Unis, avec d’autres pays, œuvreront à promouvoir la liberté et la paix dans cette région », déclare le président Bush, mais personne, même dans l’établissement militaire américain, ne le croit sérieusement.

« Substituons "le peuple irakien" par "le peuple égyptien", "le peuple de la péninsule arabique", "le peuple pakistanais", ou ceux d’autres dictatures appuyées par les États-Unis, pour ne pas parler des Palestiniens qui vivent sous une occupation israélienne soutenue par les États-Unis. Le gouvernement américain croit-il que ces peuples méritent la liberté ou qu’ils soient capables de l’assumer ? » Quand le parlement de la Turquie, sous la pression de l’opinion publique, a voté pour interdire aux États-Unis l’utilisation du territoire turc pour envahir l’Irak, l’administration Bush fait un appel aux forces armées turques pour faire pression sur le gouvernement pour renverser cette décision démocratique », écrit, le 20 mars 2003, Patrick Martin, dans son article « Les vingt mensonges de George W. Bush ». Mais pour la guerre contre le terrorisme, et entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden, qui choisir ? Bush opte pour Saddam Hussein. Contrairement à Ben Laden, Saddam Hussein est visible. Il sera dorénavant l’ennemi désigné de Bush.
Introduction
Provoquer un état de chaos régional est l’hypothèse qui explique les raisons de la détermination américaine à secouer la bouteille du Moyen-Orient. Clausewitz écrit que les guerres sont la continuité de la politique par d’autres moyens. Qu’en est-il de la situation lorsqu’un des acteurs (le plus fort) refuse toute autre possibilité de solution pour éviter une guerre ?
J’essaie de montrer comment, en si peu de temps, la volonté d’aller en guerre d’un acteur puissant déborde, inhibe et bloque toute action politique pour ceux qui s’y opposent. Dans cet ouvrage, je choisis de mener une analyse focalisée sur les 6 mois d’avant la guerre et durant lesquels les conditions de la guerre sont fabriquées. Durant six mois, il y a eu une quantité considérable de déclarations, de mensonges et de manipulations de toutes sortes. Ici, je ne réponds pas à la question du pourquoi la guerre a lieu. Cet aspect, maintes fois débattu, fait appel à des analyses qui renvoient systématiquement à la puissance, aux intérêts et à l’enjeu du pétrole.
Dans cet ouvrage, je me concentre sur la question du comment. Celle qui s’intéresse à l’usage politique du discours et à la manière dont l’administration Bush adopte pour arriver à son objectif de guerre. Je démontre à quel point un groupe d’hommes peut entraîner des centaines d’autres décideurs, chefs d’État ou de gouvernement derrière. Comment des millions d’hommes ne peuvent-ils pas s’imposer face à une machine de guerre puissante qui se met en marche ? Au fond, Bush aurait-il pu faire machine arrière ? Cette guerre pouvait-elle être évitée ? Comment Bush a-t-il pu, entre septembre 2002 et mars 2003, forcer le monde entier à le suivre pour envahir l’Irak ?
Qu’en est-il donc de la situation lorsqu’un des acteurs (le plus fort) refuse toute autre possibilité de solution pour éviter la guerre ? A la lecture des événements entre septembre 2002 et mars 2003, on se rend compte que quels que soient les scénarios, il n’existe aucune alternative pour la diplomatie pour éviter la guerre. Je tente ici de comprendre comment un groupe de néoconservateurs américains déterminés justifient leurs actions afin d’atteindre leur objectif coûte que coûte.
Reste la question relative au lien entre cette guerre et la lutte contre le terrorisme. Est-elle la conséquence des attaques du 11 septembre 2001 ? Bob Woodward, dans Plan d’attaque (2004) avance la thèse selon laquelle le plan d’attaque contre l’Irak se trouvait déjà sur le bureau de George Bush dès le 12 septembre 2001. Le dossier de cette guerre est déposé sur le bureau des conseillers à la Défense du président George W. Bush par deux hommes.
Le premier est Paul Duns Wolfowitz, un homme politique américain, secrétaire adjoint à la Défense entre 2001 et 2005. Le second est Donald Rumsfeld. C’est suite aux attaques du World Trade Center , perpétrées la veille à New York et à Washington, que le plan d’invasion de l’Irak est activé. Il faut attendre un an avant que la scène internationale soit usurpée par ce dossier qui va mobiliser intensément le monde entier durant six longs mois afin d’éviter la guerre.
« Où est-il allé chercher ça ? » se demande un responsable de la CIA sur les propos de Dick Cheney qui, en août 2002, affirme : « Il n’y a pas de doute que Saddam Hussein a maintenant des armes de destruction massive. » Les déclarations de George W. Bush et de ses proches collaborateurs, sur le danger que représentait l’Irak entre 2001 et 2003, sont pointées du doigt par une étude publiée en janvier 2008, par le Center for Public Integrity et le Fund for Independence in Journalism.
Durant les deux années qui ont suivi les attentats terroristes de 2001 aux États-Unis, le président George W. Bush et de hauts responsables de l’administration américaine avancent 935 fausses déclarations sur l’Irak et sur la menace supposée qu’il fait peser sur la sécurité des États-Unis, écrit l’étude du Center for Public Integrity {2} .
Parmi ces 935 fausses déclarations, on en compte 231 concernant les armes de destruction massive en Irak et 28 sur les liens de l’Irak avec Al-Qaïda. Nous allons les retrouver tout au long de ce livre. En dehors du président Bush, plusieurs hauts responsables américains, qui occupent à l’époque des fonctions diverses, ont eu leur part de fausses déclarations : le vice-président Dick Cheney, la conseillère à la Sécurité nationale Condoleezza Rice, qui sera plus tard à la tête de la diplomatie américaine, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, le secrétaire d’État Colin Powell, le vice-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz et les porte-paroles de la Maison Blanche Ari Fleischer et Scott McClellan. En ce qui concerne le secrétaire d’État Colin Powell, on recense 244 fausses déclarations sur les armes de destruction massive en Irak et dix sur l’Iran et Al-Qaïda {3} .
D’après cette étude réalisée par deux organisations de journalistes aux Etats-Unis, ces déclarations « faisaient partie d’une campagne orchestrée qui a galvanisé efficacement l’opinion publique et, dans ce processus, a conduit la nation vers la guerre, incontestablement sous de faux prétextes. Il n’est maintenant plus contesté que l’Irak ne possédait pas d’armes de destruction massive et n’avait pas de liens significatifs avec Al-Qaïda.
En bref, l’administration Bush a mené la nation vers la guerre sur la base d’informations erronées qu’elle avait propagées méthodiquement, et cela s’est terminé par une action militaire contre l’Irak le 20 mars 2003 », souligne l’étude de Charles Lewis et Mark Reading-Smith, membres du Fonds pour l’indépendance en journalisme.
La moralité de cette histoire dirait que les fins justifient les moyens et que, dans certaines conditions, tout est permis, y compris l’espionnage des membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette révélation est celle d’un hebdomadaire britannique. Elle intervient alors que certains diplomates se plaignent de menaces économiques dont leurs pays font l’objet dans la perspective d’un deuxième vote onusien sur l’Irak à la mi-mars 2003.
« Les États-Unis se livrèrent à une campagne agressive d’écoutes téléphoniques auprès des délégations du Conseil de sécurité de l’ONU. Et cela dans leurs efforts pour rallier les États indécis avant le vote d’une seconde résolution concernant l’Irak ». L’accusation est portée, le 2 mars, par The Observer. Selon l’hebdomadaire dominical britannique, cette opération est menée par l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA). Elle consistait à placer sur écoute téléphonique les délégués onusiens chez eux, à leur bureau de New York, et à intercepter leurs courriers électroniques.
The Observer s’est procuré ce qu’il présente comme un mémorandum d’un haut responsable de la NSA, daté du 31 janvier 2003, adressé à ses agents et à un service de renseignement allié. D’après cette note, « toute la gamme d’informations susceptibles de donner aux décideurs américains un atout supplémentaire dans la réalisation de leurs objectifs et permettant d’exclure les mauvaises surprises » doit être obtenue.
La note demande aux agents de la NSA de se procurer le plus de renseignements possibles sur les intentions de vote, les négociations en cours, les alliances politiques au Conseil de sécurité concernant le vote d’une deuxième résolution. Il y est précisé que cette surveillance s’appliquera tout particulièrement aux délégations indécises du Conseil de sécurité : l’Angola, le Cameroun, le Chili, la Guinée, le Mexique et le Pakistan.
Selon The Observer , le mémorandum aurait été mis en circulation le 31 janvier, soit quatre jours après le rapport du chef des inspecteurs de la Cocovinu, Hans Blix, sur l’attitude irakienne face à la résolution 1441. Ce mémorandum est envoyé par Frank Koza, responsable à la NSA des cibles régionales (une section chargée de l’observation des pays stratégiquement importants pour les États-Unis).
C HAPITRE I L A CONSTRUCTION DES FAITS
« Les forces américaines subiraient des pertes en cas de guerre contre l’Irak. Cette guerre risque d’être plus sanglante que la guerre du Golfe en 1991. Il faut que les Américains comprennent que si l’armée reçoit l’ordre d’entrer en Irak, ce sera la guerre et qu’elle sera très dangereuse et sale. Il y aura des pertes. »
Richard Myers, chef d’État-Major américain, 4 mars 2003.
A- La morale, le droit et la politique
Londres a reçu juste avant l’invasion de l’Irak en 2003 des informations selon lesquelles Saddam Hussein avait démantelé ses armes de destruction massive, affirme un ancien fonctionnaire du Foreign Office devant la commission Chilcot. Cette commission d’enquête britannique d’enquête sur le conflit irakien, qui débute ses auditions fin novembre 2009, a pour objectif de faire la lumière sur l’engagement du Royaume-Uni dans la guerre en Irak. Tony Blair, quant à lui, comparaît début 2010 pour expliquer notamment pourquoi il a décidé de suivre George W. Bush dans cette offensive.
Le 24 février 2009, le gouvernement britannique annonce qu’il mettra son veto pour bloquer la publication des minutes de réunions cruciales au cours desquelles Tony Blair et ses ministres ont pris la décision controversée en 2003 de participer à la guerre en Irak. Lors d’une déclaration devant la chambre des Communes, le ministre de la Justice, Jack Straw, estime que la publication de ces comptes-rendus aurait risqué de "porter gravement atteinte" à la confidentialité des réunions du Cabinet qui regroupe les principaux ministres du gouvernement britannique.
Le tribunal chargé de veiller au respect de la liberté d’information a ordonné fin janvier 2009 la publication des détails de deux réunions tenues les 13 et 17 mars 2003, où la légalité d’une intervention militaire en Irak au regard du droit international avait été étudiée. Les raisons de garder les détails de ces réunions dans l’ombre du secret montrent que certains éléments de la politique de Londres ou de Washington ne sont pas en phase ni avec la morale ni avec le droit. La morale et le droit sont deux concepts régulièrement invoqués, non sans arrière-pensée, par chacun des deux camps en lice dans la crise internationale dont l’Irak est le centre. Lorsque le président américain Georges W. Bush brandit, au nom de Dieu, la défense de la liberté contre l’axe du mal, son homologue français Jacques Chirac répond par la nécessité de respecter la règle internationale.
De même, on se sert du droit pour faire de la politique, on instrumentalise le droit international via les Nations unies, pour son propre intérêt, car plus on est faible, plus on est attentif au droit international, et inversement, car le droit est le rempart des faibles. Le droit est fait pour se substituer à la violence. Qu’importe, puisque pour le président Bush, la justification de la violence, c’est le combat pour le bien, dans une sorte de messianisme inhérent à la façon dont les États-Unis voient leur rôle dans le monde. Cette inspiration morale exprime aussi une dimension religieuse propre au président américain et que l’Europe a tendance à ignorer totalement. La mission de l’Amérique de George W. Bush, c’est aussi de permettre à chacun dans le monde d’avoir « la liberté de rencontrer Dieu », résume l’hebdomadaire américain Time , qui fait la une de son édition début mars 2003 sur "Bush et Dieu".
« L’Amérique fait face à de grands défis. Nous sommes appelés à défendre notre nation et à conduire le monde vers la paix, et nous relèverons ces deux défis avec courage et confiance », déclare le président américain le 10 février 2003. « L’action internationale ne peut, sous peine d’être discréditée, s’affranchir des principes sur lesquels elle se fonde : le respect du droit, la responsabilité, l’équité, la démocratie », assure de son côté le président français le 7 janvier 2003. Il s’agit avant tout de "plaidoiries d’avocats", d’une "rhétorique" qui n’est pas dénuée d’ambiguïtés. Il est en effet très rare d’en appeler à la morale sans que des intérêts ne soient aussi en jeu. Ainsi, personne ne l’a invoquée pendant le génocide du Rwanda ou du Cambodge, faute d’intérêts pour intervenir. L’Europe, de son côté, ne considère plus sa propre civilisation comme La civilisation, sans doute parce qu’elle est plus habituée (que l’Amérique) aux cultures étrangères, particulièrement l’islam. Le temps des ultimatums, des protectorats et du fardeau de l’homme blanc est passé. L’Europe défend une vision séculaire du monde, écrit Régis Debray dans l’ International Herald Tribune.
Pourtant, la morale ou le droit ne sont pas tout entiers dans un camp ou dans l’autre. Jacques Chirac évoque lui aussi la "morale internationale" et Georges W. Bush réclame la fermeté face à l’Irak pour éviter, dit-il, le discrédit des Nations unies. Il y a toujours eu une tendance des États à invoquer la morale et à jouer aussi sur les deux claviers, parfois de façon paradoxale. Mais n’oublions pas que la notion de morale est fondamentalement étrangère à la conduite des États. C’est ce qui donne lieu à ce que ceux qui se rangent du côté du droit international ou ceux qui prônent la voie pacifique se trouvent injuriés. C’est ce qu’on voit lorsque le sentiment anti-français des Américains pousse ses partisans à créer un site Internet sous le nom : LaFranceFaitChier.com.
Ce site Internet, prospère aux USA, recueille des millions de visiteurs à quelques semaines du début de la guerre. C’est un homme d’affaires qui a créé FranceStinks.com (LaFranceFaitchier.com) pour exprimer sa déception et sa colère face à la position pacifique de Paris dans le dossier irakien. Cet homme d’affaires a 50 ans. Il possède plusieurs sociétés et fait de la production télévisuelle à Burbank (Californie), mais n’accepte de révéler que son pseudonyme, "Yankee Doodle", car il assure recevoir trop de lettres d’insultes. « Les Américains, dont moi, avaient toujours gardé une place spéciale dans nos cœurs, dans notre style de vie et notre cuisine et tout le reste pour la France », dit-il. La position de la France est alors vécue comme une trahison. « Quand vous vous sentez proche de quelqu’un, le sentiment de trahison est d’autant plus douloureux ». Pour exprimer ce sentiment et donner une tribune à ceux qui pensent comme lui, il passe quatre jours à mettre sur pied son site. Ce dernier prend comme symbole la tour Eiffel barrée d’un sens interdit. Le site s’ouvre par une profession de foi : « Oui, quand il s’agit de savoir qui sont vos amis et vos alliés, la simple vérité est que la France fait chier ! Les Français sont heureux de nous vendre leurs fromages coulants et leur vieux jus de raisin hors de prix, mais quand il s’agit de respect réciproque. »
Le site comprend seize pages de blagues et de dessins humoristiques antifrançais, du genre : « Combien de Français faut-il pour défendre Paris ? Personne ne sait. Jamais essayé » ou « Qu’a dit le maire de Paris à l’armée allemande quand elle est entrée dans la ville ? » Réponse : « Une table pour 100.000, m’sieur ? » Des photomontages comme cette une d’un magazine de l’armée française : « Drapeaux Blancs : de nouvelles technologies pour vous sauver la vie » ou la rubrique forme qui donne trois exercices pour aider à garder les mains en l’air plus longtemps. Yankee Doodle lance également un appel à une Tea Party : allusion aux patriotes américains qui jettent dans le port de Boston, le 16 décembre 1773, des ballots de thé appartenant à la couronne britannique, donnant le signal d’un soulèvement qui allait aboutir à l’indépendance. Il demande à ses concitoyens en colère de jeter dans les toilettes tous les produits français. « Purifiez votre maison, détruisez vos produits pour les remplacer par des produits américains ou de nos alliés dans le monde. Buvez de la bière anglaise, du vin italien, mangez des saucisses polonaises. »
Il dresse également une liste de 162 marques et entreprises françaises qu’il convient de boycotter et demande aux internautes en colère de l’aider à la compléter. Il propose aussi une boutique en ligne dans laquelle il est possible de commander des t-shirts, caleçons, casquettes, sacs, mini-slips, tasses ou ours en peluche frappés du logo anti-France.
Yankee Doodle fonde en même temps et sur le même principe le site GermanyStinks.com , pour s’en prendre à l’Allemagne, proche de la France dans le dossier irakien, mais assure que sur les quelque 300 000 connections reçues en 5 jours les "hits" anti-français sont cinq ou six fois plus nombreux. « C’est parce que nous, Américains, n’avons jamais été proches des Allemands », explique-t-il.
Yankee Doodle assure que, dans les milliers de messages acerbes ou insultants qu’il reçoit d’internautes français, une immense majorité utilise le terme "cow-boys" dans un sens péjoratif. « Mais moi, je pense que oui, nous sommes des cow-boys, et fiers de l’être. Le cow-boy est honnête, courageux, ne cherche pas la bagarre mais ne se défile pas si on le cherche… Alors je travaille à un site web consacré à cela. Mon message aux Français, c’est : si ces avions s’étaient encastrés dans le Louvre ou le Quai d’Orsay, vous ressentiriez les choses différemment. »
Emprunte lexicale, entre le bien et le mal
Nous sommes le 17 octobre 2002, c’est tout juste cinq mois avant le début de la guerre. Voyant que Bush use de formules faisant allusion au mal avec la notion de l’axe du mal, Saddam Hussein emprunte à George W. Bush sa formule de lutte entre le bien et le mal pour s’attaquer aux États-Unis. En prêtant serment pour un nouveau mandat de sept ans à la tête de l’Irak, le raïs déclare dans un discours : « La question irakienne n’est plus une question qui concerne l’Irak comme en 1995 (date du premier référendum présidentiel), elle n’est plus une question arabe mais elle est désormais au centre de la lutte entre le bien et le mal. »
Saddam Hussein use des mêmes termes et formules que le président américain évoque pour dépeindre la lutte entre son pays et le terrorisme international après les attentats du 11 septembre 2001. Le chef de l’Etat irakien estime que, depuis ces attentats, « chacun fait face, dans son domaine, à l’entêtement et à la politique du mal » des États-Unis. « Les conséquences de cette politique seraient catastrophiques », dit-il, avertissant que « le sang appellera le sang. » Evoquant une possible guerre entre l’Irak et les États-Unis, Saddam Hussein somme son peuple d’être à la hauteur des attentes de « Dieu, de la patrie et de l’Histoire. Si vous êtes encore une fois mis à l’épreuve dans une bataille à grande échelle, Dieu, la patrie et l’Histoire attendront de vous une performance inégalée. Les administrations américaines successives ont été un jouet aux mains du lobby sioniste. » La diffusion par les télévisions irakiennes du discours de 40 minutes, truffé de références à la grandeur de la civilisation irakienne, est saluée par des salves de tirs automatiques dans Bagdad.
Le président irakien l’a prononcé devant les plus hauts dignitaires du régime et son fils Qoussaï, chef du corps d’élite de la Garde républicaine. Saddam Hussein prête serment, jurant de préserver l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Irak et de sauvegarder le système républicain et les principes de la révolution du 17 juillet 1968. Saddam Hussein est reconduit à 100% des voix avec une participation de 100% lors d’un référendum à la mi-octobre 2002. Son apparition, dans la salle où il a fait son discours, est saluée par des applaudissements soutenus.
Plusieurs poètes saluent le résultat du référendum, mêlant les odes à la gloire de Saddam Hussein aux exhortations à la libération de Jérusalem. En s’apprêtant à prononcer le serment, la main droite sur une copie du Coran, il a la gorge nouée par l’émotion, s’y prenant à deux fois pour commencer sa lecture. Il reçoit ensuite des mains du numéro deux du régime, Izzat Ibrahim, une épée et un crayon, symbolisant le sabre et la plume.
Saddam Hussein commente alors devant les membres du Conseil de commandement de la révolution le résultat du référendum, estimant que l’Irak est désormais mieux préparé à se battre. Il souligne devant la plus haute instance du régime que le référendum est l’expression d’un pacte d’allégeance du peuple à sa personne dans les conditions actuelles de frappe éventuelle contre son pays.
Au même moment à New York, l’ambassadeur américain aux Nations unies, John Negroponte, déclare que son pays « déposera dans un avenir proche devant le Conseil de sécurité une résolution contenant les exigences claires et immédiates auxquelles l’Irak doit se conformer sur son désarmement. »
B- Rumsfeld était plus sympa
Déçue, une parente allemande du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld explique que Rumsfeld était plus sympa avant. En février 2003, Margarete Rumsfeld a 85 ans. Elle n’en revient pas d’entendre que son parent éloigné tient des propos qui font scandale, selon les médias, dans toute l’Europe. « Ma patrie, l’Allemagne, fait partie de la "vieille Europe" », dit-elle. Etonnée, elle raconte : « Mais il y a deux ans encore, il nous a écrit qu’il ne nous oubliait pas. » En jugeant les relations germano-américaines "empoisonnées", en estimant que la France et l’Allemagne font partie de la "vieille Europe", ou en plaçant, l’Allemagne au même niveau que Cuba et la Libye en raison de sa position sur l’Irak, Donald a profondément déçu Margarete. « Il est devenu vieux… Et dur », se déclare la vieille dame en secouant la tête. La dernière visite de Donald Rumsfeld dans le village natal de ses ancêtres, Weyhe-Sudweyhe, près de Brême, dans le nord de l’Allemagne, remonte à 1976.

La première fois qu’elle l’a rencontré, Margarete Rumsfeld s’en souvient comme si c’était hier : c’était en 1972, il avait un pantalon à carreaux et une chemise ouverte. Il circulait à bord d’une Volkswagen Coccinelle de location. Mais la communication n’était pas facile, lui ne parlant que l’anglais et elle que l’allemand. Car les origines germaniques de Donald Rumsfeld datent : ses ancêtres ont émigré d’Allemagne vers le Nouveau Monde en 1866. Ce n’est qu’à la troisième et à ce jour dernière visite, en 1976, qu’une discussion intense est possible. Donald Rumsfeld, entre-temps promu ministre de la Défense du président américain Gerald Ford, était accompagné d’un interprète.

A l’époque, le village avait été bouclé par les forces de sécurité, pour permettre à l’hôte de marque de savourer un rôti de porc chez ses "parents allemands", Margarete et son mari. Même si le secrétaire américain à la Défense se rend régulièrement en mission officielle en Allemagne, Margarete Rumsfeld n’a aucun espoir de recevoir encore une fois sa visite. Mais s’il venait, il se souviendrait de ce qu’il entendrait, avertit-elle : « Je lui passerais une avoinée. »

Donald Rumsfeld était le plus jeune secrétaire à la Défense entre 1975 et 1977, sous l’administration Ford, avant d’être aussi le plus âgé à occuper cette fonction en tant que 21 e secrétaire à la Défense entre 2001 et 2006. Dès 1975, il entame le début de la longue Bagdad road. Il promet alors à Saddam Hussein toute une panoplie d’aides américaines. La guerre contre l’Iran est déclenchée par le raïs en 1980. En 1983, Rumsfeld se rend à Bagdad et rencontre l’homme fort de l’Irak.

Une visite qui débouche en 1984, sur le rétablissement des relations diplomatiques entre Washington et Bagdad, rompues à la sortie de la guerre des Six jours en 1967. Le schéma américain est tiré de l’histoire par un scénario à la grecque selon lequel les portes de Téhéran se trouvent dans les pays arabes et notamment l’Irak. C’est le cas des armées grecques en l’an 404 av. J.-C., lorsqu’elles décident d’attaquer les Perses, aident l’Egypte à devenir indépendante de cet empire. C’est par la suite que les Grecs obtiennent une victoire définitive contre les Perses sur la terre d’Irak, près de Karbala.

A l’heure actuelle, le premier scénario (l’usage de l’Irak pour accéder à l’Iran) échoue dans sa tentative d’ouvrir les portes de Téhéran. Il s’agit de pousser et de soutenir l’Irak. A deux reprises, Saddam Hussein a été soutenu de façon officieuse par Washington. Il s’engage tout d’abord dans une guerre de 8 ans contre l’Iran dans laquelle il échoue. Deux ans après la fin de cette guerre, le raïs envahit le Koweït en 1990. Cette invasion donne lieu à la guerre du Golfe en 1991. En 2003, Saddam Hussein est accusé de détenir l’arme nucléaire. L’armée américaine entre à Bagdad pour démanteler le supposé arsenal nucléaire de Saddam Hussein. Aucune arme de destruction massive n’a depuis été trouvée sur le sol irakien et même la présence de l’armée américaine sur le sol irakien ne parvient pas à instaurer la stabilité régionale. Au contraire, la porte donnant lieu au chaos est entrouverte.
Échec du premier scénario
Depuis les années Reagan et celles de Bush père, l’idée d’un Nouvel Ordre , régional d’abord et ensuite mondial, fait chemin. Reste donc, pour la région, à trouver le facteur déclencheur qui justifie la mise en place d’une telle conception ou au mieux la mise en place de l’un des schémas-scénarios de chaos par l’affrontement entre les voisins du Golfe. L’axe du mal comme justification n’a pas fonctionné. Il fait appel à un schéma chrétien et religieux. L’idée d’un Grand Moyen-Orient est trop vague et mal définie. Enfin, l’avancement d’un Nouveau Moyen-Orient n’a pas vraiment mobilisé les foules suite à une opposition farouche de l’Arabie et de l’Egypte (deux pays alliés de taille dans cette région) qui se sentent visés par l’idée de démocratisation. L’un des scénarios des néoconservateurs américains à long terme est non seulement de partager l’Irak sur des bases éthiques, mais aussi, depuis 2002, le Royaume arabique en deux États indépendants {4} . La question est alors : par qui commencer et de quelle manière ?
L’Irak est qualifié de porte du Moyen-Orient. C’est ce que préconise un analyste de la Rand Corporation (institut de recherche stratégique travaillant avec le Pentagone), Laurent Murawiec, en 2002 {5} . Le partage de l’Arabie ou l’attaque contre l’Iran sont classés. Après l’Afghanistan en 2001, c’est l’Irak qui arrive dans la ligne de mire de l’administration Bush, dès l’été 2002. Lors d’une réunion d’information au Pentagone, organisée en juillet 2002 par le DPB ( Defense Policy Board ) présidé par Richard Perle, Laurent (d’Arabie) Murawiec déclare, aux 31 membres du DPB : « Les Saoudiens sont actifs à tous les niveaux de la chaîne terroriste, au niveau des cadres comme à celui des militants de base, au niveau des idéologues comme à celui des meneurs {6} . »
La crainte d’une instabilité pousse l’Amérique de Bush à faire marche arrière. En août 2002, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, affirme que le rapport « ne reflète qu’un point de vue personnel qui n’est pas celui du Pentagone ». En septembre 2002, l’expert français Laurent Murawiec démissionne de la Rand Corporation . Le dossier est pour le moment classé et l’histoire se déroulera sur le sol irakien, via la sacrée trinité évolutive : terrorisme, lien entre un régime et la terreur, intervention militaire.
Le test de la théorie du chaos entre en application en Irak. L’action intense de l’interventionnisme américain dans la région n’est pas le fruit d’une stratégie simple ou d’une réaction spontanée aux événements présents dans la région. Il s’agit d’un processus long et complexe. Basée sur la pensée des néoconservateurs, cette action traduit un plan élaboré tiré d’une pensée réaliste qui s’inscrit dans la durée. La division sunnite/chiite est la partie visible qui permet la mise en place d’une partie du plan des néoconservateurs, afin de mettre en place le modeling made in USA dans cette partie du monde.
Le long chemin des néoconservateurs
Qu’en est-il donc du rôle et des conséquences de l’interventionnisme américain ? Les orientations des réalistes américains, dont les néoconservateurs sont des adeptes, tendent à considérer les relations internationales comme anarchiques et essentiellement basées sur la seule notion de puissance. La pensée réaliste des néoconservateurs est conçue durant les années 1970, lorsque le plus jeune secrétaire à la Défense américaine, Donald Rumsfeld, entre au Pentagone. Durant les années 1950, le monde arabe vit une vague d’indépendance et l’apparition de mouvements à vocation unificatrice de panarabisme {7} . Les Américains voient d’un mauvais œil les prémices d’une union arabe et interviennent dès le début de 1950, avec un plan solide visant à perturber durablement toute émergence d’une structure relevant d’une unité ou d’un écartement de leur influence.
Au milieu des années 70, Donald Rumsfeld devient le 21 eme secrétaire à la Défense (1975-1977), durant l’administration du républicain Gerald Ford. Ce dernier est le seul président des États-Unis non élu par une élection populaire. Il accède à la fonction de président suite à la démission de Nixon en 1974. Une nouvelle politique de modeling américain voit le jour et les néoconservateurs se préparent alors à l’arrivée de Ronald Reagan au pouvoir.
Rumsfeld procède alors à la mise en place d’un groupe chargé de la conception des projets. Ce groupe travaille durant des décennies et donne lieu plus tard à la création, à la fin du millénaire, de l’OSP (Office of Special Plans). Ce bureau des projets spéciaux est tout simplement un think tank dédié au Moyen-Orient. Il est secret et confié dans sa gestion en exclusivité au fameux Paul Wolfowitz, qui rejoint le Pentagone en 1977, sous l’administration Carter. Une autre unité similaire, la ID ( Iranian Directorate ) est à son tour créée en 2006, afin de travailler exclusivement sur l’Iran. L’OSP est composé d’un nombre limité de personnes. En raison de sa fonction ésotérique et de son aspect secret dans sa vocation de renseignement, les conseillers politiques de ce comité le surnomment la cabale .
Il a comme membre Abram Shulsky, qui travaille sur le sujet durant trois décennies. On trouve aussi parmi ce groupe d’évaluation du renseignement le prince de l’ombre du Pentagone, Richard Perle et Douglas Feith. Ce dernier appartient au Conseil de sécurité nationale au début de la présidence de Ronald Reagan, en 1981. En 2005, il est accusé d’avoir répandu de fausses informations au sujet de l’Irak. On trouve aussi le sous-secrétaire à la Défense, William Luti, proche du vice-président Cheney.
La politique des néoconservateurs américains est basée sur un regard analytique sur l’histoire du monde et des peuples arabes afin de dessiner les scénarios futurs. Dans leurs rapports avec le monde arabe, durant les années 1970, ils considèrent que le facteur d’instabilité régionale est causé par l’Irak, alors que le gouvernement de Carter veut en faire un contrepoids à l’Iran de Khomeyni. La realpolitik du réaliste Henri Kissinger, basée sur la crisis resolution via la médiation directe, diminue le poids de l’opposition du groupe du Pentagone (Wolfowitz et Rumsfeld) qui prône déjà l’interventionnisme direct.
Le fameux petit groupe vise essentiellement l’application du principe considérant les Arabes comme des peuples qui n’ont pas encore dépassé l’ère de la tente et qui tentent de se rapprocher de la vieille Europe. En face, le réaliste Kissinger mène un plan et exécute la politique de shuttle (navette) des années 1970. Henri Kissinger, lorsqu’il conçoit le plan de paix, le place sous le signe de la tente. Au lendemain de la guerre de 1973, il opte alors pour l’organisation de la fameuse réunion en plein désert sous une tente au Sinaï pour signer le cessez-le-feu et pour ainsi annoncer la couleur de sa politique sous le signe de la mobilité {8} . Cette politique de shuttle aboutit à la signature du premier accord de paix entre l’Egypte et Israël, le 26 mars 1979. Les néoconservateurs élaborent alors une autre voie. C’est à partir de l’année 1979 qu’ils visent à changer, par le recours aux notions de chaos et de catastrophe, l’avenir de la région.
C- Les genèses, 1979 est l’année cruciale
Ely Karmon note que « la révolution iranienne de 1979, a mobilisé l’identité chi’ite ». D’après Karmon il y a un lien entre la révolution iranienne, la guerre Iran-Irak, la transposition sur le territoire pakistanais de la rivalité entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, ainsi que la politique d’islamisation instaurée par le général Zia Ul-Haq dès 1979. Le choix de l’année 1979 par Ely Karmon mérite que l’on évoque l’importance de cette année dans l’histoire régionale récente du Moyen-Orient et surtout l’usage des conséquences de cette année par les néoconservateurs américains pour expliquer les raisons qui ont poussé Washington à se mobiliser.
Depuis la guerre des Six jours en 1956, l’année 1979 est la date la plus importante dans la région. L’année 1956 marque le départ définitif des anciennes puissances coloniales (françaises et britanniques). Année de rupture avec le passé persan, l’année 1979 est celle du début de la conception de la politique de American Modeling du Moyen-Orient dans son ensemble.
D’un point de vue historique, et depuis l’islamisation de l’Iran, l’extension persane s’est faite surtout en direction de l’Orient. Il n’y a pas eu d’action hostile envers ses voisins de la rive occidentale du Golfe. Rappelons par ailleurs qu’en l’an 1502, un conquérant azéri, fondateur de la dynastie des Safavides (membres d’un ordre religieux soufi), établit la dynastie des Safavide en Perse et le chiisme devient alors la religion de la Perse.
Cette orientation est le résultat d’une volonté de s’affirmer face à la domination des Ottomans (sunnites) et de créer une identité spécifiquement iranienne. La conversion est alors obligatoire, sous peine de mort. L’empire ottoman est puissant et en pleine expansion depuis deux siècles. En 1590, le 5 eme shah safavide d’Iran, Abbas I er ’ signe un traité de paix avec les Turcs. Le chiisme est la religion officielle de l’Iran depuis la révolution de 1979.
Les néoconservateurs associent leurs actions à ce qu’ils considèrent comme le bien démocratique. La conception d’une nouvelle realpolitik basée sur l’interventionnisme est l’axe principal de la pensée des néoconservateurs. Ils entendent revitaliser des valeurs patriotiques américaines et mènent une politique basée sur les intérêts des États-Unis. Ils utilisent ainsi des valeurs comme les droits de l’homme ou celles de la démocratisation comme moyens visibles de l’expansionnisme. Ils véhiculent donc l’idée de chasser le mal par le bien démocratique. Ces principes politiques sont tirés de la fameuse théorie du réaliste le plus influent, Hans Joachim Morgenthau.
Les réalistes tendent à montrer que seule la puissance est le pivot des relations internationales {9} . Le réaliste conservateur Morgenthau est l’un des penseurs de l’école des réalistes qui se développe durant les années 1960, dont Paul Wolfowitz et Richard Perle sont des adeptes. Ils prônent une politique étrangère américaine directe qui met de côté les questions d’éthique. L’application de cette théorie est mise en place par les néoconservateurs. Ils considèrent que le chaos et l’anarchie sont des terrains propices à la régulation et à l’interventionnisme. Une couverture sous l’enseigne de la démocratisation est alors adoptée comme ligne du Political Marketing.
Sur le plan régional, la fin des années 1970 et le début des années 1980 sont agités dans le Moyen-Orient. A la fin de cette décennie, l’intervention soviétique en Afghanistan a lieu. Deux présidents sont assassinés : le président afghan en 1979 et le président égyptien en 1981. En 1979, le shah d’Iran, Reza Pahlavi, atteint d’un cancer, est obligé de fuir son pays vers l’Egypte, suite à la révolution menée par l’ayatollah Khomeyni. Ce dernier proclame, le 1 er février, la République islamique en Iran, annonçant le retour à la pureté religieuse et le rejet de l’occidentalisation, notamment américaine. Au même moment, en févier 1979, des incidents ont lieu sur la frontière entre l’Irak et l’Iran. Le 16 juillet, un homme s’empare de Bagdad. Il s’agit de Saddam Hussein qui devient président de l’Irak, après avoir écarté du pouvoir son oncle, Hassan Al-Bakr.
Le 4 novembre 1979, une crise majeure éclate entre l’Iran et les États-Unis. Il s’agit de la crise des otages. Suite à l’accord du président Carter autorisant le traitement médical du shah d’Iran, un groupe d’iraniens, contrôlés par le nouveau pouvoir, occupe l’ambassade américaine à Téhéran et garde 66 otages jusqu’au 20 janvier 1981. L’Irak est aidé à partir en guerre contre l’Iran. Le raïs s’engage et, en septembre 1980, le nouvel homme fort de Bagdad, Saddam Hussein, déclenche les hostilités. Son armée se lance dans une attaque contre son voisin iranien dans une longue et sanglante guerre qui ne donne aucun résultat. Saddam Hussein est motivé par une aide américaine. Il a alors un objectif clair : contrôler l’accès au détroit d’Ormuz et surtout s’emparer de la province pétrolifère et de l’une des 30 provinces iraniennes au sud-ouest du pays (Khouzistan). Saddam Hussein échoue dans sa mission, malgré l’aide massive apportée par les États-Unis, la France et l’Union soviétique. Le raïs est aussi aidé par les monarchies du Golfe dont les Émirats arabes en tête. Ces derniers craignent une victoire iranienne et l’instauration en Irak d’un régime chiite, alors que Saddam Hussein est considéré comme laïc et surtout sunnite.
Suite à la révolution islamique en 1979, le shah d’Iran est accueilli par l’Egypte de Sadate. Les relations diplomatiques sont alors coupées entre Washington et Téhéran. Deux ans après, le président égyptien Sadate est assassiné. Le nom de l’auteur de l’attentat est alors donné à l’une des avenues de Téhéran. L’Iran est, depuis un an, en guerre contre son voisin l’Irak, mais les 8 ans de guerre ne donnent aucun résultat concret. Les néoconservateurs pensent à l’usage de la méthode de la bouteille de l’anarchie pour instaurer The equilibrium made in USA.
Le recours à la bouteille de l’anarchie
Pour provoquer un état d’anarchie aidant à mener une politique interventionniste américaine, l’administration Bush et les faucons néoconservateurs américains sont des adeptes et des praticiens des principes des deux grandes théories en matière de relations internationales : la théorie du chaos et celle des catastrophes. C’est donc dans l’anarchie que la puissance se porte le mieux et qu’elle peut remplir la vocation d’arbitre par la force. La guerre en Afghanistan, l’invasion de l’Irak et la gestion de la violence durant quatre longues années sont des dossiers essentiellement gérés selon les bases de la théorie du chaos. Le triangle Afghanistan, Irak, Iran peut alors remplir la fonction d’un triangle de catastrophes.
Ce triangle est particulièrement propice aux secousses n’est pas nouveau. Durant les années 70 et 80, il tremble déjà. Les moudjahidines mènent le combat contre les troupes de l’Union soviétique à partir de 1979. La guerre entre l’Irak et l’Iran commence en 1980. Washington aide Saddam Hussein contre le régime islamique de Téhéran et apporte son soutien logistique aux combattants afghans. Ces scénarios prévoient déjà, depuis l’administration Carter puis celle de Reagan (dans laquelle Ronald Rumsfeld se charge du dossier afghan et irakien), la gestion d’un état de tension permanent. Sous l’administration Bush père, Saddam Hussein envahit le Koweït en 1990, la suite, on la connaît. La linéarité de Washington se met donc en place et de multiples plans sont initiés. Il y a tout d’abord le plan Bush père des années 90, visant à établir un Nouvel Ordre mondial.
Dans cette phase, Washington aide Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran qui a coûté la vie à un million d’hommes (1981-1988). Plusieurs documents montrent que Washington a encouragé Saddam à déclencher ce conflit. Le 20 décembre 1983, c’est Rumsfeld, en tant qu’envoyé spécial du président Reagan, qui rencontre Saddam et lui apporte le soutien américain. Washington est par la suite informé de l’usage d’armes chimiques par Saddam mais reste sans agir.
Un document gouvernemental américain top-secret, daté de 1984, révèle : « Le président Carter a fait passer à Saddam Hussein un feu vert pour déclencher la guerre en 1980 contre l’Iran {10} » et en 1986, le chef de la CIA, William Casey, apporte le soutien de son agence aux groupes du djihad afghan au Pakistan {11} . La CIA aide à la mise en place des camps d’entraînements des combattants musulmans au Pakistan, visant à former des combattants prêts à partir affronter les Soviétiques en Afghanistan. C’est ce qui donne naissance à la nébuleuse structure d’Al-Qaïda (la base). En 1990, huit jours avant l’invasion du Koweït, Saddam Hussein convoque April Glaspie, l’ambassadrice américaine à Bagdad. Glaspie lui explique que les États-Unis ne prendront « aucune position sur un conflit de frontières entre l’Irak et le Koweït {12} . »
La première guerre contre l’Irak a lieu en 1991. A cette époque, Washington continue à apporter son aide logistique aux combattants afghans. Washington, qui secoue la bouteille régionale, parvient à la chute de l’Union soviétique en 1991. Les moudjahidines, qui mènent les combats contre les troupes soviétiques, s’emparent de Kaboul en 1992 {13} . Mais Washington n’a pas prévu que la bouteille qui tombe cache Oussama Ben Laden. C’est durant l’été 1998, lors des attaques au Kenya et en Tanzanie, que Washington est touché pour la première fois par les conséquences de l’orientation made in USA . Les premières attaques contre le World Trade Center ont lieu. Le réseau Abdel Rahman se montre cinq ans plus tard. Le 26 février 1993, à midi, une voiture piégée explose dans le sous-sol du World Trade Center, à New York.
Cinq ans plus tard, en 1998, les attaques contre l’ambassade américaine au Kenya se produisent. La taupe du FBI, l’agent égyptien Emad Salem, révèle, lors du procès du WTC en 1995, que les explosifs, fournis par le FBI, devaient être factices {14} .
Les questions sur le rôle ou l’échec du FBI restent posées au même titre que son inaction durant les attaques du 11 septembre en 2001. L’attentat contre les tours jumelles du World Trade Center provoque un choc planétaire. La suite, on la connaît : la guerre contre le terrorisme est déclenchée par George W. Bush. D’abord en Afghanistan en 2001, puis en Irak en 2003. Depuis, les choses ne sont pas rentrées dans l’ordre et l’Amérique ne sait pas mener une politique cohérente au Moyen-Orient.
En 2000, un nouvel état stable (ou gamme d’états préférés) est rétabli. Aucune possibilité de retourner à son vieil état stable mais les perturbations ont commencé. Alors qu’il se trouve dans un état d’équilibre instable, le système absorbe les changements de façon continue. La bouteille retourne peu à peu à sa position initiale. Pour arriver à la deuxième phase (la bouteille tombe), les États-Unis essayent de pousser le col de la bouteille le plus loin possible afin de la renverser (c’est le cas envers Saddam Hussein) : provoquer l’état de catastrophe. L’équilibre instable commence par l’invasion de l’Irak en 2003. L’Amérique semble déterminée à pousser le col de la bouteille du Moyen-Orient le plus loin possible. En renversant la bouteille, un état de chaos global doit, selon la conception des néoconservateurs américains, donner lieu à une meilleure visibilité dans la gestion de la région dans les décennies à venir {15} .
Le processus commence par la tournée de George W. Bush dans les pays du Golfe début janvier 2008, avec le pari difficile de rallier l’Arabie et les Emirats à ses vues sur l’Iran. Bush déclare alors que « l’Iran est une menace croissante » sur fond de regain des tensions entre les États-Unis et l’Iran provoquées par les manœuvres de bateaux iraniens à proximité des navires américains dans le détroit d’Ormuz. Suite à ces incidents, le chef d’État-Major américain met en garde l’Iran. Mais vues de Téhéran, ces actions semblent perçues comme un défi. Téhéran se sent sur un terrain solide. « Bush tente en vain de nuire aux relations entre l’Iran et ses voisins » déclare le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki. Le Pentagone réplique et avertit qu’il est « prêt au recours à la force pour défendre sa marine » alors que la Maison Blanche montre son inquiétude devant la livraison de systèmes de missiles antiaériens S-300 par la Russie à l’Iran.
Les choses s’accélèrent. Washington, qui veut ouvrir les portes du Moyen-Orient, pense gagner en favorisant des processus continuels d’adaptation qui lui permettent de contrôler quelque peu la façon dont les changements par le chaos sont entraînés dans la mouvance et l’incertitude.
L’administration Bush et les néoconservateurs disposent encore d’une année durant laquelle tous les scénarios de provocation d’un état de chaos sont possibles. On assistera certainement à des poussées répétitives de la bouteille du Moyen-Orient qui tombera un jour. Cette bouteille contient deux ingrédients majeurs pouvant jeter toute la région dans la mer agitée de la catastrophe. Il s’agit d’un possible affrontement entre chiites et sunnites ou des frappes des installations nucléaires iraniennes. L’état de catastrophe recherché par les néoconservateurs aura certainement des conséquences dévastatrices au-delà de la région. Les voix des réalistes ou celles de la realpolitik, comme James Baker ou Kissinger, tentent de freiner la machine de Bush. Les élections de novembre 2008 risquent de changer la donne, mais la bouteille du Moyen-Orient restera toujours dans sa position initiale d’équilibre précaire prête à être renversée par une secousse inattendue et mal calculée.
Face à Saddam, Bush met en place la machine de guerre des faucons américains. Ces derniers sont membres de l’administration Bush et sont pour beaucoup aux affaires sous d’anciens présidents républicains. Ils adoptent pour des raisons idéologiques et stratégiques une logique de guerre contre l’Irak que rien ou presque ne peut arrêter, explique le journaliste Jean Guisnel dans son livre Bush contre Saddam {16} . L’Axe du al désigné par George W. Bush succède à l’Empire du Mal cher à Ronald Reagan. Le pétrole, le facteur visible qui constitue le but concret de la guerre, n’est pas la motivation principale de l’objectif de George W. Bush. Les néoconservateurs visent sur tout la recomposition géopolitique du Moyen-Orient avec un remodelage du rôle du trio Irak, Iran et Arabie Saoudite. Cinq ans après le début de la guerre en Irak, le bilan opérationnel officiel de l’armée américaine en Irak atteint le seuil symbolique de 4000 soldats américains morts alors que l’on est incapable de préciser le nombre de civils irakiens tués dans cette guerre sanglante qui dure depuis cinq années. Depuis le début de l’invasion américaine, le 20 mars 2003, et l’opération Liberté pour l’Irak, plusieurs dizaines de milliers de civils irakiens ont été tués, même si le bilan exact n’est pas établi en raison de la difficulté de recueillir des informations précises.
Iraq Body Count , un organisme respecté qui réunit les bilans sur la base des informations de presse, estime qu’entre 82 349 et 89 867 civils irakiens ont péri dans le conflit. Mais selon d’autres estimations, le bilan des civils irakiens tués plafonne à plus d’un million de morts.
Une guerre inévitable
Une analyse discursive des propos et des déclarations de Bush avant la guerre entre le mois de septembre 2002 et février 2003 montre que la guerre ne peut être évitée d’aucune manière. On se rend compte à quel point le monde devient une scène de grand théâtre dans laquelle les dirigeants du monde entier sont devenus des acteurs qui perdent leurs références et qui ne peuvent ni jouer, ni improviser une possible fin paisible de la scène. Le scénario ne peut donner lieu qu’à une fin tragique. On voit que les acteurs qui tentent de persuader le metteur en scène d’opter pour jouer la scène autrement et aller vers une issue paisible n’y arrivent pas. Ils le préviennent alors du cauchemar en le laissant réaliser son rêve de déclencher un état de chaos.
Bénis soient ceux qui pouvaient y voir clair durant ces mois de confusion où la logique est devenue illogique et où le mensonge planétaire est devenu le standard des relations internationales. Durant plusieurs mois, le monde est devenu le spectateur de son propre destin. Le mensonge et la manipulation dessinent un scénario de chaos dans la région tout entière et rend stérile tout dynamisme dans les efforts de recherche de la paix et dans l’évitement de la guerre.
L’histoire montre qu’aucune des accusations, pourtant sur le cas irakien n’était valide. Ni celles du lien de Saddam Hussein avec Al-Qaïda, ni celles des armes de destruction massive qui menacent le monde entier, ni même les supposées armes nucléaires ne sont prouvées. La question est donc la suivante : pourquoi la guerre a-t-elle eu lieu ? A relire les déclarations de Bush et à écouter ses différents discours à la télévision et devant la presse internationale, on se rend compte que nous étions devant une machine déterminée à faire la guerre et à produire, pour ce faire, d’interminables déclarations. Cynisme à l’état pur, manque de vérité et absence d’arbitrage, comment les hommes peuvent-ils être dupes et, volontairement, croire à la version du plus fort ? Le temps est trop court, la quantité d’informations est considérable. Six mois pour fabriquer une guerre top chrono. En 2002, les États-Unis se préparent à une guerre éclair contre l’Irak pour renverser le président Saddam Hussein et détruire son supposé arsenal d’armes de destruction massive. Ces déclarations sont celles des responsables américains à la presse durant le week-end du 21 septembre 2002.
« Notre intérêt est d’intervenir très rapidement pour décapiter le régime et ouvrir l’accès à l’Irak de manière à montrer que nous sommes là comme des libérateurs et non pour occuper le pays », dit ce responsable du Pentagone au Washington Post sous couvert d’anonymat. Sans parler de guerre éclair, le secrétaire américain à la Défense, Ronald Rumsfeld, confirme le 22 septembre 2002 qu’une éventuelle action militaire en Irak vise le président Saddam Hussein et son entourage en cherchant à épargner la population et les infrastructures civiles.
Rumsfeld aime tellement les Irakiens qu’il veut à tout prix envoyer des bombes sur leurs têtes. « Naturellement on ne veut pas infliger de souffrances au peuple de ce pays. Une telle approche est évidente », dit-il à la presse à bord d’un avion le conduisant à une réunion à Varsovie de ministres de la Défense de l’OTAN. Naturellement, le ciel pleuvra des obus durant des années sur les habitations irakiennes. Naturellement, des millions d’Irakiens seront réfugiés et bien évidemment et très naturellement, des centaines de milliers d’Irakiens seront tués par l’armée américaine et naturellement les soldats américains subiront des troubles psychiatriques graves et par milliers.
Rumsfeld, comme tout autre néoconservateur, n’aime pas les méthodes diplomatiques. Ces méthodes sont dignes de la vieille Europe dit-il et, c’est évident pour lui, il faut créer une situation de chaos. M. Rumsfeld dénonce alors et durement les fuites dans la presse américaine sur les options d’intervention militaire qui sont sur le bureau de George W. Bush, ajoutant que le président n’a pas encore pris de décision. Le scénario que favorise l’administration et sur lequel travaillent les stratèges du Pentagone constitue une approche radicalement différente de l’intervention militaire étendue et massive de 1991, après l’invasion du Koweït par l’armée irakienne. Les Américains, avec des alliés, alignent plus de 500 000 hommes, après avoir préparé le terrain avec plusieurs semaines de bombardements et de lancements de missiles.
Cette fois-ci, le général Tommy Franks, le chef du commandement des forces américaines dans le Golfe, utilise cinq fois moins d’hommes. Les fuites dans les médias américains et les déclarations de responsables sur les scénarios militaires se confirment depuis septembre 2002. Le républicain John McCain, l’influent sénateur républicain de l’Arizona (sud-ouest) et le candidat pour les élections de 2008, estime dès lors, sur la chaîne de télévision NBC, qu’un recours américain à la force contre Bagdad est inévitable.
« Je crois que nous aurons une guerre car Saddam Hussein est un danger clair et immédiat pour les États-Unis en raison de ses armes de destruction massive et de son refus persistant à les détruire », lance le sénateur McCain. Selon lui, le régime irakien ne doit pas tenir longtemps alors qu’il est considérablement affaibli, tant militairement que politiquement, depuis la guerre du Golfe. Il a aussi estimé qu’une guerre éclair était le scénario le plus plausible. M. McCain prédit aussi que M. Bush obtiendra une résolution de soutien des Nation unies et du Congrès américain sans difficultés.
Un an après les attaques terroristes contre les États-Unis, des informations à propos du possible exil de Saddam Hussein circulent alors que d’autres font l’objet d’inquiétudes parmi les scientifiques. En effet, selon des déclarations devant le Congrès américain, un ancien scientifique du régime de Bagdad explique que l’Irak pourrait inoculer des virus à des voyageurs qui ne se doutent pas qu’ils sont infectés, afin de propager des épidémies dans des pays occidentaux.
Les responsables américains de la santé annoncent, deux jours après ces déclarations, le 23 septembre 2002, qu’en cas d’épidémie de variole aux États-Unis, une vaccination serait proposée à l’ensemble de la population sur une base de volontariat, et cela dans un délai d’environ dix jours. Cette décision est annoncée lors de la publication d’une version révisée d’un guide de vaccination pour la variole élaboré par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d’Atlanta (Géorgie, sud-est), dont la principale nouveauté est d’envisager une vaccination de masse.
Les responsables américains de la santé publient alors le plan prévoyant la vaccination de toute la population américaine contre la variole en cas d’attaque bioterroriste, révèle le même jour le Washington Post. Le plan aborde tous les problèmes liés à cette vaccination massive, des questions de logistique au traitement des graves effets secondaires. Il prévoit, à la première alerte, de vacciner dans les cinq jours quelque 288 millions de personnes. Il ne sera activé que si un cas de variole est diagnostiqué, ce que les responsables de l’administration jugent improbable mais pas impossible. Il n’y aura, heureusement, aucun cas.
La variole est une maladie qui fut éradiquée en 1980. Le dernier cas remonte à plusieurs décennies aux États-Unis, elle est provoquée par un virus aujourd’hui considéré comme l’arme bioterroriste la plus dangereuse, en raison de son caractère extrêmement contagieux et de son taux de mortalité élevé, autour de 30%.
Gouvernement provisoire
Une réunion de travail "d’Irakiens libres" a lieu à Washington le 10 décembre 2002. Cette réunion de travail sur les thèmes de la défense et des institutions débute avec une dizaine "d’Irakiens libres". Cette rencontre, prévue sur deux jours, est consacrée « aux enjeux d’une politique de défense pour un Irak démocratique et pluraliste, en paix avec ses voisins et respectueux des résolutions des Nations unies », selon un communiqué.
Cette réunion se tient dans le cadre du programme américain intitulé "l’Avenir de l’Irak", destiné à préparer la relève en cas de chute du président Saddam Hussein. La réunion se veut ouverte à des Irakiens désireux de jouer un rôle dans un Irak post-Saddam Hussein, sans qu’ils soient nécessairement affiliés à des mouvements d’opposition. Une réunion de travail du même type, consacrée aux questions économiques, fut tenue une semaine auparavant dans la capitale américaine avec une trentaine de personnes.
« Il faut établir un gouvernement provisoire dès le début d’une opération contre le régime irakien de Saddam Hussein », affirme Ahmed Chalabi, l’un des principaux leaders de l’opposition irakienne à la veille du congrès à Londres, à la mi-décembre 2002. Six des principaux mouvements de l’opposition irakienne participent à l’organisation du congrès de l’après-Saddam Hussein avec quelque 300 à 350 participants rassemblés.
Les six principaux mouvements figurent tous sur la liste des bénéficiaires des 92 millions de dollars que vient de débloquer le président américain George W. Bush : 1- Le Congrès national irakien (CNI), basé à Londres, dispose, via l’un de ses dirigeants, Ahmad Chalabi, d’un fort soutien du Pentagone. Fondé en 1992, le CNI est un regroupement hétéroclite d’opposants irakiens et il a participé à une vaine offensive contre le président irakien Saddam Hussein en 1995. En 1998, Bill Clinton débloque 100 millions de dollars, mais le Département d’État suspend le versement des fonds, le CNI étant accusé de mauvaise gestion. M. Chalabi, soupçonné de caresser l’ambition de succéder à Saddam Hussein, est critiqué au sein du CNI. 2- Le Mouvement de l’entente nationale (MEN) est essentiellement formé d’anciens militaires et de personnalités civiles de l’intérieur ou en exil.
Créé en 1976 par des anciens du parti Baas, dont son secrétaire général Iyad Alaoui, il dispose lui aussi de partisans parmi les "faucons" du Pentagone. 3- Le Parti démocratique du Kurdistan (PDK, de Massoud Barzani), créé en 1946.4- L’Union patriotique du Kurdistan (UPK, de Jalal Talabani), fondée en 1977.
Le PDK et l’UPK, qui partagent le contrôle du nord de l’Irak depuis qu’il échappe à l’autorité de Bagdad en 1991, annoncent, le 24 septembre 2002, avoir élaboré un projet de constitution instaurant un système fédéral en Irak et définitivement mis au point un plan similaire "pour la région du Kurdistan" devant faire partie de l’Irak. Les deux partis disposent au total de 40 000 combattant s que certains à Washington voient jouer en Irak le rôle de l’Alliance du Nord (qui a renversé les talibans) en Afghanistan. 5- L’Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (ASRII), fondée en 1982 et dirigée par l’ayatollah Mohammad-Baqer Hakim, est basée à Téhéran. Ce groupe est composé d’Irakiens de la communauté chiite, qui représente environ 60% de la population irakienne. Il y a entre 10000 et 15000 hommes dans ses "brigades Badr" dans des camps d’entraînement en Iran. 6- le Mouvement pour la monarchie constitutionnelle (MNC), dirigé par Al-Charif Ali Ben Al-Hussein, de la dynastie hachémite et cousin du roi Fayçal II d’Irak, déposé lors de la révolution de juillet 1958. Son objectif est le rétablissement d’une monarchie.
Le septième groupe religieux, al-Daoua al-Islamiya, issu d’une scission du parti islamiste chiite al-Daoua, n’a rejoint le comité préparatoire que le lendemain. L’ASRII est le principal groupe de l’opposition chiite avec le parti al-Daoua, solidement représenté dans le sud de l’Irak, mais qui décide de boycotter le congrès de Londres. L’ASRII fait savoir qu’elle refuse les fonds débloqués par les États-Unis. La liste des autres mouvements et personnalités indépendantes participant à la réunion fait l’objet de tractations. « Nous avons l’intention de créer une coalition, un gouvernement provisoire sur le sol irakien au début du processus de libération de l’Irak », déclare M. Chalabi, dirigeant du Congrès national irakien (CNI), une coalition hétéroclite d’opposants irakiens. Il s’exprime lors d’une conférence de presse au London Metropole Hotel , où se déroule la rencontre. M. Chalabi présentE, aux côtés d’Al-Charif Ali Ben Al-Hussein du Mouvement pour la monarchie constitutionnelle, autre groupe organisateur du congrès, un rapport établi par 32 personnalités irakiennes qui, selon lui, établit les principes d’un futur gouvernement irakien sans Saddam Hussein.
Prenant pour acquise une future intervention militaire menée par les États-Unis contre l’Irak, M. Chalabi estime que l’opposition n’a aucun intérêt à former un gouvernement en exil. Les quelque 300 à 350 représentants de l’opposition irakienne dont l’unité est encore balbutiante se sont par la suite rassemblés, les 14 et 15 décembre 2002 à Londres pour un congrès qui parie déjà sur l’après-Saddam Hussein, sur fond de pression montante des États-Unis contre le régime de Bagdad.
L’organisation de ce congrès n’a pas été chose facile. Prévu à Londres puis à Bruxelles, il est reporté à plusieurs reprises en raison de rivalités au sein d’une opposition irakienne éclatée. En témoignent l’intense activité diplomatique et la multiplication des contacts entre les dirigeants des différentes composantes plus ou moins soutenues par les États-Unis.
La question de la représentativité de chacun au sein d’un Irak débarrassé de Saddam Hussein est d’ailleurs l’une des questions clefs qui font dérailler le processus jusqu’à maintenant. Les deux partis kurdes, forts de plusieurs milliers de combattants présents dans le nord de l’Irak, le disputent aux mouvements chiites du sud dont certains disposent de bases d’entraînement en Iran. L’Iran, qu’une guerre sanglante a opposé à l’Irak de 1980 à 1988 mais qui est opposé à une intervention militaire américaine, donne asile à l’ASRII, principal groupe de l’opposition chiite et à ses "brigades Badr", et est devenu le passage obligé pour les différents opposants au régime de Bagdad.
Le parti islamiste al-Daoua dénonce alors la tenue du congrès aux ordres des États-Unis, ce dont se défend Washington qui débloque, sur demande expresse du président George W. Bush, 92 millions de dollars d’aide pour des groupes d’opposants irakiens, en équipements militaires et en entraînement. Washington nomme alors un Monsieur "Irakiens libres", Zalmay Khalilzad, (futur ambassadeur à Bagdad) chargé de la coordination de l’opposition. Selon le CNI, les États-Unis décident alors d’entraîner 10000 Irakiens, ce qui n’est pas du goût des partis kurdes qui défendent l’idée d’un État irakien fédéral où le Kurdistan jouirait d’une large autonomie.
D- Le début : Saddam doit partir
Fin janvier 2002, Bush prononce son fameux discours sur l’axe du mal, à la lecture duquel chacun comprend alors qu’il vise essentiellement l’Irak. Déjà en avril 2001, le président américain déclare qu’il a « acquis la conviction que Saddam doit partir ». En juin 2002, il développe son idée de guerre préventive . La décision n’est donc pas prise d’un coup, mais par évolutions successives, sans réunion formelle de l’administration, et même, selon USA Today , sans qu’aucun rapport exhaustif n’ait été commandé à la CIA.
Le président George W.