Educations des électeurs au Congo-Kinshasa : un défi de la République

Educations des électeurs au Congo-Kinshasa : un défi de la République

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L'auteur argue que les élections législatives de 2006 en RDC n'étaient pas démocratiques. Il postule que les difficultés dans l'exercice de la pression du Législatif sur l'Exécutif, celles de la gouvernance par certains élus sont les conséquences de ce faux pas électoral du peuple congolais lors de ces élections. Par conséquent il propose une série de voies de sortie qui pourraient consolider la légitimité des scrutins législatifs à venir, et par ricochet, la démocratie et la gouvernance en RDC.

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Ajouté le 01 mars 2009
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EAN13 9782296212435
Langue Français
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EDUCATION

DES ELECTEURS

AU CONGO-KINSHASA

Un défi de la République

@

L'HARMATTAN, 2009 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique; http://www.librairieharmattan.com diffusion. ha rmattan@wanadoo.fr l@wanadoo.fr ha rmattan ISBN:

978-2-296-06921-3

EAN : 9782296069213

NKERE NTANDA

NKINGI

EDUCATION

DES ELECTEURS

AU CONGO-KINSHASA

Un défi de la République

L'HARMATTAN

«Dossiers, Collection

études
fondée

et documents»
et dirigée

(D.E.D.)
une manière plus ou

par Jean MPISI

Sous ce titre de l'ol/el'tion, nous proposons

moins oqjative, Pédagogique et mnàse, de mnnaître ou faire l'onnaître certains faits ou œrtains thèmes. Conffètement, la mllel'tion entend poursuivre un quadruple oqjedif 10. Produire des monographies sur un stget préàs d'histoire, de sàenee, de philosophie, de religion... 20. Publier des dOl'uments (des témoignages, des textes inéditsprovenant d'institutions plus ou moins oJjiàelles...). 30. S'atteler à éditer les tralJaUX d'enquête des étudiants, ainsi que les travaux des l'henheurs univenitaires ou indépendants. 40. Tenter d'expliquer l'adualité, l'haque iois que (elle-à sera fll'alisée sur un pqys ou sur un thème...

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publications

(juin 2008 et janvier 2009)

- E. K_A..J'vfBALE BAHEKW A, Du Shaba au Katanga. A propos du (( massacte)) de l'Université de Lubumbashi et de la Période préinsu1tel'tionnelle (1990-1993), juin 2008. - J. MPISI, Kivu, RDC: La paix à tout Prix! La l'onfirenl'ede Goma (6-23 janvier 2008), juin 2008 (et les livres suivants). - J. MPISI, Le Kivu pour la paix. Les Ades de la Confirenee de Goma (janvier 2008). - J. MPISI, Traite et esdavage des Noirs au nom du christianisme. - J. MPISI, Les papes et l'esdavage des Noirs. Le pardon de JeanPaul II. (( - J. MPISI, Les évêques cifril'ainset la traite négrÛre: Pardon de )). l'Afrique à l'Afrique
- J. MPISI, Les prêtres cifricains en Ol'tident. - J. FUJVfUNZANZA MUKETA, Kinshasa, d'un quartier à l'autre,

janvier 2009. - 1. UNYON V AKPA KA TUJ'vfBAORUj\{i\, Le l'onflit armé en lturi. La problématique de sa prévention et de sa gestion, janvier

2009.

DEDICACE A ANUARITE mon épouse, pour avoir été à mes côtés pendant toute la campagne électorale.

REMERCIEMENTS Au Chef des Travaux BAENDE Ekungola et à Hervé-Laurent MAKENGELENsimba, pour leur proof-reading de fond et de forme.

INTRODUCTION La République Démocratique du Congo qui, pour la première fois s'est identifiée comme telle en 1960, a,
législatives de juillet 2006, réaffirmé à la face du monde la nature démocratique de son système de gouvernance. S'identifier comme une «république démocratique» est sans doute l'étape la plus facile en matière d'option ou de réclamation d'orientation idéologique des régimes politiques de par le monde. Car, c'est bien une chose que de se réclamer « démocratique» en tant que régime politique, mais bien toute une autre que de vivre comme une vraie «république démocratique» fondée sur les véritables principes universels de la démocratie. Cela est d'autant plus vrai que l'on sait combien le qualificatif « démocratique» a toujours été instrumentalisé par les Etats-nations en vue de se tailler, d'entrée de jeu, une sorte de crédibilité ou de considération favorable généralement identifiable avec la démocratie comme régime de gouvernance. L'exemple classique de cette pratique concerne le cas de deux régimes communistes et despotes, celui de l'Allemagne de l'Est dénommée « République Démocratique Allemande» de 1949 à 1990 (qui pourtant était foncièrement dictatoriale), et celui de la soi-disant «République Démocratique Populaire de Corée », autrement dit Corée du Nord (où depuis sa création en 1948 l'Etat nie à ses citoyens les droits les plus fondamentaux, y compris le droit à la nourriture et à la vie !) Ainsi, définie comme « le consensus sur les valeurs et procédures qui garantit la participation du peuple dans la sélection de ses dirigeants et la par les élections

ces derniers vis-à-vis de leurs démocratie, contrairement aux impressions généralement exprimées sur elle et qui ont tendance à la présenter comme une forme de gouvernance facile à mettre en application, reste pourtant un des régimes politiques les plus complexes et les plus difficiles à matérialiser et à gérer. Cela est dû non seulement à la nature même de la démocratie qui fait que nombreux de ses principes et recommandations libérales présentent parfois des contradictions; ou au fait que la démocratie peut prendre plusieurs connotations puisqu'elle est généralement liée aux pratiques et valeurs locales; mais surtout à la difficulté d'identification certaine de l'existence même de la démocratie là où on la réclame ou on prétend qu'elle existe. Il s'agit donc de la difficulté de l'évaluation aussi bien qualitative que quantitative de la démocratie au sein d'une entité politique donnée et qui, souvent, constitue un vrai casse-tête théorique pour les chercheurs.

redevabilité

de

électeurs », la

L'une des tâches que s'est, justement, confiée cette étude consiste à confronter cette difficulté en évaluant la démocratie en République Démocratique du Congo essentiellement sur base des élections comme indicateur principal de la démocratie. En d'autres termes, il s'agit de déterminer de l'existence de la démocratie en ROC en analysant principalement les élections comme expression de cette démocratie. Mais, cet indicateur est à son tour strictement à comprendre et à interpréter uniquement à partir de la perspective de l'éducation électorale, c'est-à-dire à décider de la validité des élections législatives de juillet 2006 en ROC en tenant seulement compte de l'éducation électorale comme référence fondamentale d'évaluation. D'ailleurs, c'est essentiellement cela la tâche scientifique que cette étude 8

se donne à démontrer et, selon les conclusions, proposer par la suite des solutions pour toutes insuffisances qui auront été identifiées.

à les

Cependant, cette mission n'est pas non plus facile car le constat fréquemment fait sur l'évaluation de l'existence ou non de la démocratie dans une entité politique donnée parle justement de la difficulté que rencontrent souvent des chercheurs pour identifier les indicateurs qui puissent le mieux permettre de mesurer ou quantifier la démocratie. Néanmoins, en faisant référence aux écrits de Samuel Huntington (1991)\ Giovanni Sartori (1987)2, Anthony H. Birch (1993)3, Bingham G. Powell Jr. (1982)4, Julius Nyang'oro (1994)5, ou de Georg Sorensen (1993)6 pour ne citer que ces quelques spécialistes en la matière, je ne peux m'empêcher de constater qu'un certain consensus se dégage parmi eux puisqu'ils reviennent tous au moins sur quatre indicateurs qui semblent être les plus révélés et adaptés à quantifier et à qualifier toute démocratie. Il s'agit des indicateurs suivants: les élections; la liberté de la presse, d'expression et d'association; la légalité et la responsabilité ou redevabilité des élus vis-à-vis des électeurs. C'est la prévalence ou non de ces indicateurs au sein d'une entité politique donnée qui, selon ces auteurs, détermine de la quantité et de la qualité de la démocratie. Ainsi, ma première préoccupation dans ce travail consiste en la compréhension et en la présentation des élections comme un des indicateurs les plus probants pour mesurer la démocratie en ROC. Ceci est d'autant plus adéquat car l'interprétation commune des élections en ROC tend à les présenter souvent comme l'équivalent de la démocratie. Pourtant, en accord avec les écrits de

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Diamond, Juan J. Linz et Seymour M. Lipset les élections doivent effectivement être classifiées comme l'un des quatre « hallmarks» ou facteurs proéminents de la démocratie ci-haut cités. C'est-à-dire ceux-là sans lesquels la démocratie n'existe pas, mais qui en eux-mêmes ne suffisent pas non plus pour corroborer de l'existence totale et effective de la démocratie. En d'autres termes, une sorte de « conditions nécessaires mais non suffisantes» pour qu'on parle sans équivoque de l'existence de la démocratie.

Larry

(1988f,

Depuis la promulgation le 16 février 2006 de la nouvelle Constitution et la mise en œuvre du processus électoral mettant fin au Gouvernement de Transition, la ROC a pris un nouveau virage vers la démocratie telle qu'on ne l'avait jamais connue auparavant dans ce pays. Et ce sont justement les élections présidentielles et législatives de juillet 2006 qui en ont donné le « takeoff » ou décollage vers la démocratie avec comme mission de doter les Congolais d'une nouvelle calibre des dirigeants désormais prêts à garantir la démocratie et le développement de ce pays. Mais, à observer de près le climat à l'Assemblée nationale aujourd'hui, l'on ne peut s'empêcher d'y voir des cynismes et autres incongruités qui laissent à désirer et qui présentent les élus du peuple comme étant moins rassurants que l'avaient cru leurs électeurs par rapport aux promesses électorales. Surtout par rapport à leur statut de « watchdog» ou chien de garde du peuple vis-à-vis du gouvernement congolais. est tout à En d'autres termes, la 3ème République son début en panne de ses députés. Celle-ci est, entre autres, due au fait que la ROC est aujourd'hui à la croisée des chemins; c'est-à-dire entre le marteau du repositionnement des acteurs de la démocratie pluraliste

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post-coloniale

de la 1ère République,

ceux de la prétendue

démocratie du régime monolithique et dictatoriale de la 2ème République et l'enclume du clientélisme des acteurs de la nouvelle démocratie pluraliste post-conflit née de la Transition qui découlait des résolutions de l'Accord global et inclusif de Sun City qui recommandait le partage des responsabilités de l'Etat entre composantes et entités toutes précédemment belligérantes. Cette nouvelle démocratie pluraliste suscitée par les exigences de la globalisation ultralibérale qui souffle de par le monde a manqué à ses objectifs, quant au choix des élus du peuple en RDC lors des élections législatives de juillet 2006, faute d'une éducation électorale des électeurs congolais. L'une des conséquences fut les pratiques abusives et les considérations sectaires et fanatiques sous forme de régionalisme, de clientélisme, de corruption, de fraude et de linguisme qui devaient alors caractériser ces élections législatives de juillet 2006 et qui, aujourd'hui, ont toutes pris le dessus sur la rationalité, le nationalisme et le patriotisme qui devraient définir la législature dans toute vraie démocratie. Elles ont malheureusement et d'une manière précoce terni l'image de l'Assemblée nationale et de ses acteurs. En guise d'illustration de cette situation on peut observer que depuis l'ouverture officielle des sessions parlementaires, la majorité de députés se distingue par un absentéisme très notoire qui, plus d'une fois, a été à la base des menaces proférées par le tout-puissant président de cette auguste assemblée à tous les coupables. Aussi, bien qu'il y ait eu quelques occasions au cours desquelles certains débats de l'Assemblée ont fait état des interventions relativement bien préparées pour une infime partie des intervenants, le fait reste que pour la plupart des échanges, le niveau fait souvent 11

indignement

état des interventions

intempestives

faites

parfois des déclarations

non fondées et des lectures des

documents que les lecteurs eux-mêmes donnent l'impression de ne pas bien comprendre. Dans l'ensemble, l'impréparation notoire de députés lors des interventions parlementaires constitue une source garantie des incompréhensions qui, dans la plupart des fois, engendrent des difficultés inutiles dans la proposition et l'adoption des lois. Sans oublier le retard mis dans la constitution du bureau définitif de l'Assemblée nationale qui, aussi inutilement, avait retardé le démarrage des affaires parlementaires. La pléthore des commissions parlementaires qui rarement remettent les rapports de leurs missions et dont tout le monde veut souvent faire parti constitue une insuffisance sérieuse en matière de prestations parlementaires. Surtout quand on sait que c'est la même pratique qui prévaut quand il s'agit de la remise des rapports de vacances parlementaires par leurs Honorables. On ne saurait non plus ne pas s'indigner devant la disponibilité permanente et même la demande explicite par les parlementaires d'abandonner leur mandature pour des positions gouvernementales beaucoup plus payantes. Cette attitude, ensemble avec les combines clientélistes et prédatrices chapeautées par les députés, les majorations salariales faramineuses et égoïstes seulement pour les députés, font état d'un goût visiblement exagéré et priorisé du luxe au détriment de l'intérêt général du peuple congolais que ces derniers avaient promis de prioriser et de défendre. Ces antivaleurs, se joignant à la soumission totale de l'Assemblée nationale à la volonté de l'Exécutif, euphémiquement présentée comme un diktat du principe démocratique de la majorité parlementaire, constituent autant des faits qui font tiquer les électeurs et font que d'aucuns se 12

demandent si c'est avec une telle charpente députés vont, pendant les cinq années mandature, confronter l'Exécutif pour reconstruire profondément ruiné.

que ces de leur ce pays

Clairement, l'impression qui s'y dégage est que les espoirs de la population congolaise ne sont plus permis. Les aspirations à une vie meilleure sont absorbées par l'amateurisme d'un côté et les anti-valeurs de l'autre. Même les promesses faites au peuple par ses représentants lors de la campagne électorale de juillet 2006 sont devenues la pomme de discorde dans les relations entre ces élus et leurs électeurs. D'où l'une des grandes questions que se posent certains observateurs est de savoir par quel mécanisme les acteurs politiques au pouvoir en ROC aujourd'hui ont pu arracher la confiance du souverain primaire? Surtout quand on sait que cette confiance dans les leaders congolais n'était même pas là jusqu'à la veille de ces élections comme les confirment respectivement François Mukoka Nsenda (dans ses interrogations et réinterrogations politologiques autour des élections en RDC)8 et Shomba Kinyamba (dans ses analyses et discussions sur les contours de la confiance en ROC)9. Le fait que l'Assemblée Nationale soit aujourd'hui emplie des mêmes visages qui, hier seulement sous le Gouvernement de Transition, ont démérité la confiance du peuple maximise l'inquiétude sur les lendemains des rapports entre ces « Honorables» et leurs électeurs, en même temps qu'il renforce le besoin de comprendre et de rationaliser cette volte-face de l'électeur congolais face à ces individus. Mais cette situation révèle aussi un manque d'une tradition électorale et un déficit d'éducation des électeurs 13

en ROC. Puisque si celle-ci avait gagné du terrain les électeurs auraient élu leurs représentants en âme et conscience et ne s'en lamenteraient pas si amèrement qu'ils le font aujourd'hui. Il y a là, au regard de cette lecture, un doute certain sur la chance à donner à la démocratie en ROC, si ce n'est qu'une démocratie à la congolaise qui esquive les pratiques et les valeurs de la démocratie ci-haut référencées. C'est ainsi que, en prenant en compte les révélations sur les irrégularités dénoncées au cours des élections législatives de juillet 2006, l'on conclut que beaucoup d'électeurs et de candidats à ces élections avaient, respectivement, bafoué ces pratiques et valeurs de la démocratie, aussi bien par leur conduite lors des élections que par les relations sournoises entretenues avec les agents de la Commission électorale indépendante (CEI). Ce qui a conduit à la disqualification du vote des uns, à l'emprisonnement des autres et à l'invalidation des mandats des autres par la Cour Suprême de Justice. Ce sont là des illustrations qui dictent la relecture du processus électoral des législatives de juillet 2006 afin de non seulement rassurer les échéances locales futures, mais aussi et surtout de réorienter la marche démocratique en ce début du mandat, si l'on tient à réaliser en ROC une gouvernance démocratique de développement qui soit vraiment digne de ce nom. Cependant, parlant du paradoxe électoral constaté en rapport avec les anciens membres du Gouvernement de Transition, n'est-ce pas là aussi l'ironie et la surprise de la démocratie en général? Car, doit-on savoir l'orientation du vote avant qu'il ne soit accompli et parler encore du choix libre et objectif? Si ces élus d'aujourd'hui 14

avaient hier démérité la confiance du peuple congolais, comment alors expliquer qu'ils aient reconquis cette confiance jusqu'à se faire élire? L'ont-ils achetée? Estce démocratique? Y a-t-il une évaluation qui puisse, avec ou sans jugement des valeurs, expliquer objectivement cette volte-face des électeurs? Ceux-ci étaient-ils vraiment conscients de leur acte électoral? Autant des questions qui trouvent leurs réponses dans les lignes qui suivent. Mais visiblement, la problématique fondamentale de notre étude se résume par le défi d'une éducation électorale des électeurs congolais, à obtenir par le truchement des agents sociopolitiques de notre société cidessous identifiés. C'est pourquoi, par exemple, Philippe Bradt (2003, p. 234) argue que «pour s'exercer sans entraves et de manière significative, la participation politique exige théoriquement la réunion de nombreuses conditions. Le suffrage universel, par exemple, suppose un citoyen informé, éduqué, formant son jugement de 10. Car, le courant démocratique manière indépendante» a toujours insisté sur le problème des libertés publiques. Selon Bradt, ce sont les libertés, telles que les libertés de presse, d'opinion et d'expression, qui seules valident la mise en œuvre du droit de suffrage, le suffrage en luimême restant sans équivoque une expression de l'électeur. C'est d'ailleurs pour cette raison que la démocratie ne peut être comprise comme telle en dehors de cet indicateur éloquent, « la liberté de presse, d'expression et d'association ». Cet indicateur est d'ailleurs l'un des champs d'expression sans équivoque de la démocratie. En d'autres termes, l'acte de voter, sans faire subir aucune contrainte sur un électeur indépendant ou sur un électeur membre d'un parti politique, constitue en soi une 15

expression libre de l'opinion de l'électeur. Cela explique pourquoi ces deux indicateurs, à savoir les élections et la liberté d'expression, sont liés; et surtout pourquoi ils sont aussi les indicateurs primaires dans l'identification de tout régime, comme celui de la ROC, qui se veut en transition évidente vers la démocratie. L'importance particulière que j'attache à la compréhension des élections comme pratique démocratique provient du fait qu'elles constituent la voie à travers laquelle le peuple peut réellement participer à la prise des décisions sur des questions le concernant. Puisque certaines initiatives de l'Etat peuvent parfois nécessiter un plébiscite populaire afin d'en garantir l'adhésion du peuple. Ainsi, les élections étant libres, justes, transparentes et fréquentes représentent aussi le moyen par excellence par le truchement duquel le peuple exprime son choix sur le type de dirigeants qu'il voudrait pour lui-même, ainsi que le type de politique à suivre. Puisque cette participation à la prise des décisions ne peut toujours être directe pour l'électeur, elle se fait ainsi par le canal des « représentants élus)} qui sont censés agir au nom et pour le compte de leurs électeurs dont ils doivent traduire les desiderata et les aspirations le plus fidèlement possible. Etant donné la magnitude du rôle à jouer par les représentants du peuple au niveau de la nation, leur sélection devient un exercice complexe et exigeant beaucoup de prudence, de rationalité et de sagesse car il y va des décisions qui affectent directement la vie des électeurs et celle de la nation. Et c'est donc à ce niveau que se situe la deuxième préoccupation majeure de ce travail, à savoir « l'éducation des électeurs)} qui devient un vrai impératif, je dirais même une obligation pour la rationalisation du choix des représentants du peuple par 16

le peuple, et la maximisation représentants.

de

la qualité

de

ces

Ainsi, par « éducation des électeurs ou conscientisation électorale» on entend « la prise de conscience par les électeurs de leurs préoccupations fondamentales, et l'identification par ces derniers et par voie électorale de ceux parmi leurs compatriotes qui peuvent les articuler le mieux pour la réalisation du bienêtre individuel et communautaire. Cette prise de conscience doit aussi se traduire par la capacité des électeurs à suivre et évaluer la performance de leurs élus pendant toute la durée de leur mandat. » Cette définition montre qu'il s'agit donc d'un niveau de préparation électorale requis et qui puisse permettre à l'électeur de faire un choix responsable, utile et conséquent. De même, plus l'électeur est éduqué, plus sa participation responsable aux élections devient probable, étant donné qu'il s'agira dans ce cas d'une participation par une personne bien avertie, informée et consciente de la pertinence de son geste citoyen. Dans ce sens, l'éducation des électeurs devient aussi un facteur qui conditionne la qualité des élus ou gouvernants. Or, la qualité des gouvernants est un déterminant majeur dans la réalisation ou non du bienêtre individuel et collectif. On dira ainsi que plus les gouvernants sont de « bonne qualité» au point de vue compétence, patriotisme et nationalisme, plus il y a possibilité que ce bien-être individuel ou collectif se réalise. L'inverse ne peut que rendre sa réalisation impossible et mettre ainsi en danger la vie et l'avenir de la nation et de ses populations. En conséquence, il ressort du développement précédent que c'est dans le sens aussi bien de la
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rationalisation du choix électoral que de la légitimation du régime politique que l'éducation des électeurs devient un indicateur très indispensable dont la maîtrise ne doit échapper aux gouvernants responsables pour, non seulement mieux assoire leur légitimité, mais aussi pour consolider la gouvernance en lui donnant des acteurs capables, objectivement sélectionnés et conscients des vrais problèmes du peuple qu'ils représentent et pour qui ils sont censés travailler. Sans cela, la démocratie congolaise sous étude est vouée à l'échec, car elle ne saura donner aux Congolais, d'une part, que des élus dont la majorité aura «mieux payé» pour sa place à l'Assemblée Nationale. D'autre part, cette démocratie à la congolaise ne ferait que pérenniser un électorat postélections amorphe et incapable de participer à la gestion de l'Etat, car n'étant pas en mesure de contrôler ses représentants qui pourront, dans ce cas, se permettre du n'importe quoi sans jamais en payer le prix. Et c'est justement ce type de danger que confronte la ROC aujourd'hui au niveau de la qualification des représentants et autres leaders du peuple, et que les réflexions et propositions faites dans cette étude veulent aider à éliminer afin de préparer un lendemain beaucoup plus démocratique. De par ce sommaire introductif qui, bien sûr, ne peut couvrir tous les aspects de ce travail, il est évident que cette étude se focalise essentiellement sur la démocratie congolaise à comprendre sur la base de deux déterminants: les élections et l'éducation électorale. Le cas des élections législatives de juillet 2006 est mis en évidence pour opérationnaliser ces déterminants. Entretemps, l'abondance que revêt la matière de notre étude requiert que l'examen du défi de l'éducation électorale à

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relever par la 3ème République en ROC soit morcelé en séquences pour une bonne pédagogie. Ainsi, outre l'introduction qui esquisse cette étude et la conclusion qui propose des recommandations, ce travail comporte cinq chapitres. Le premier chapitre est une évaluation de la tradition ou expérience électorale en ROC depuis l'époque coloniale jusqu'au Gouvernement de Transition. Le deuxième chapitre présente l'éducation électorale comme concept, en identifiant aussi les agents de conscientisation électorale. Le troisième chapitre parle de l'éducation électorale avant les élections et couvre la période allant de l'époque coloniale jusqu'au Gouvernement de Transition. Le quatrième chapitre présente l'éducation électorale pendant les élections et analyse les types de contacts observables entre les candidats aux législatives et l'électorat. Le dernier chapitre analyse l'éducation électorale après les élections en focalisant sur la rétrospective électorale et le suivi post-électoral des électeurs sur les élus. Quant à l'état du sujet, dois-je dire que je n'ai pu accéder à une littérature du genre sur base des données disponibles pour moi en ROC, c'est-à-dire une littérature qui focalise sur les deux indicateurs susdits pour analyser la démocratie en ROC. C'est plutôt dans les archives de la Bibliothèque Eisenhower de la Johns Hopkins University à Baltimore au Maryland, USA, que j'ai découvert les quelques écrits axés sur certains phénomènes pouvant influencer l'objectivité qui devrait caractériser le choix électoral. C'est le cas du travail de Ted Brader sur les émotions des électeurs, ou celui de Maurice Brinton sur l'irrationnel du politique, et qui sont tous deux ci-dessous référencés. Le peu de recherches consacrées à ce thème suggère qu'il s'agit ici d'un sujet encore ouvert à d'autres études du genre, c'est-à-dire des 19

études qui abordent d'autres déterminants spécifiques comme, par exemple, le voter turnout, les programmes électoraux des candidats, la liberté d'expression, d'opinion et d'association, etc., pour étudier soit les élections soit la démocratie tout court en République Démocratique du Congo.

20

lES

CHAPITRE I ELECTIONS ET lA TRADITION ELECTORALE EN RDC

Pour évaluer les élections en RDC au lendemain du scrutin des législatives de juillet 2006, il est impérieux de prendre en considération le passé politico-social de ce pays, et dont il faut surtout bien comprendre la nature et l'évolution. C'est autant dire qu'il faudrait scruter le passé congolais en matiére électorale - c'est ce que j'appelle ici
la tradition électorale

-

afin

d'appréhender

et

de

rationaliser certaines pratiques et réalités politiques d'aujourd'hui qui ont aussi caractérisé, d'une manière ou d'une autre, le scrutin législatif de juillet 2006 en RDC mais dont les racines restent dans l'histoire de la vie politique et sociale de ce pays. Il y a « tradition électorale)} s'il y a routinisation de la pratique électorale dans une entité politique donnée, par exemple dans le cas de cette étude, la RDC. Ainsi, l'existence d'une tradition électorale va généralement présager une activité électorale régulière, maîtrisée, sans beaucoup d'erreurs, rapide dans le traitement des données électorales, etc. Cela est aujourd'hui le cas dans beaucoup des pays occidentaux et que les autres Etatsnations du monde essaient d'en devenir des émules. Bref, un scrutin qui a une telle tradition, c'est-à-dire un tel passé comme fondement, est d'emblée perçu comme étant plus crédible car impartial aux yeux des observateurs. Alors que l'absence d'une telle habitude ou tradition électorale sous-entend l'inexpérience, les probabilités d'erreurs un peu plus élevées, la lenteur dans le traitement des données électorales, les manipulations abusives des données électorales, etc. Dans chacun de ces deux cas, il s'agit de pratiques électorales qui sont

transmises d'une période ou génération à une autre dans l'histoire de la vie politique et sociale de la communauté. Ce qui veut dire qu'il ne suffit pas d'avoir une tradition électorale, mais faut-il encore qu'elle soit bonne, positive pour que ceux qui l'héritent s'en inspirent et soient fiers de son utilité à tout scrutin futur dans le pays. Dans le cas de la tradition électorale en ROC, il s'agit donc d'expériences couchées dans un passé qui est à comprendre dans les contextes de la Colonisation belge, de l'indépendance du Congo, de la période du parti-Etat le Mouvement populaire de la Révolution (MPR), ainsi que de la période de la transition politique de 1997 à 2006. C'est en effet la sommation des expériences sociales et politiques des Congolais pendant toutes ces périodes qui a façonné l'environnement politico-social dans lequel se sont déroulé les élections de juillet 2006. Dans cette étude, cet environnement sociopolitique est ainsi appréhendé à partir de deux approches, empirique d'une part et comparative de l'autre. Car, dans ce cas d'espèce, il s'agit des perspectives qui ont permis à l'auteur lui-même, en tant que candidat aux élections législatives de 2006, de déterminer de l'existence et de l'évolution ou non de ces pratiques ou réalités politiques héritées de l'histoire. Car pour l'auteur, le Congo d'aujourd'hui reste hanté par des pratiques électorales et politiques manifestement archaïques et négatives, bien qu'ayant dans certains cas connu quelques améliorations. Ce sont ces pratiques qui sont justement identifiées dans la présente analyse de l'expérience politique congolaise, et qui sont comparées puisque vécues pendant les différentes périodes de l'histoire de ce pays. Ces pratiques sont ainsi identifiées sous forme de leurs forces et faiblesses qui sont toutes 22