Enjeu électoral et recomposition politique au Congo-Brazzaville

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Français
364 pages
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Description

Cet ouvrage s'attache à décrire les stratégies électorales des forces politiques en présence au Congo depuis 1946, les positionnements politiques des années 1990 et enfin la nouvelle géopolitique électorale congolaise post-guerre civile de 1997.

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Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 507
EAN13 9782296227033
Langue Français
Poids de l'ouvrage 14 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier tous ceux qui ont apporté des contributions à
l'amélioration de ce travail. Denombreux collègues,amis et aînés m'ont soutenu
dans ce projet. Leurs suggestions et commentaires ont eu uneinfluence non
négligeable, dans l'évolution de ce travail. Parmi eux,Patrice Yengo,Remy
Bazenguissa-Ganga,AbelKouvouama,JoachimEmmanuelGoma Thethet,
Joseph GamandzorietJeanPierre Missié, méritent une mention toute spéciale.
Je tiens à remercier tous les amis qui ont participé à l’aboutissement de
cette réflexion. Toute ma gratitude àPatrickLutherNgoma,Armand Pambou,
JeanFélixYekoka,Moïse Ndalla, et à un grand frère,Pierre Ngantsié, décédé, le
2 août 2008, àBrazzaville, à la suite d'un accident de circulation.
Tous mes remerciements aux personnes anonymes qui nous ont facilité le
travail de collecte de données de terrain.Grâce à vous, mon rêve s'est en partie
réalisé. Je n’oublie pas mes enfantsPrefina,Starene,Junior,GrâceetMerveille
et leursmamans, pour leur amour.
J’ai finalisé larédaction de cet ouvrage lors de ma visite de recherche au
Musée Royal d’AfriqueCentrale de Tervuren,Belgique du 4 juillet au 4 septembre
2007. Que son Directeur et l’ensemble du personnel trouvent ici l’expression de ma
profonde reconnaissance. Une pensée toute particulière àDanielle De Lame,
responsable de la Section Ethnohistoire et sociologie, qui a mis à ma disposition,
toutes les ressources nécessaires à la réalisation de ce travail. Ses conseils et son
soutien moral ont favorisé mon dynamisme et mon engouement à finaliser ce
projet.
Des remerciementségalement au personnel deAfrican StudiesCentre de
Leiden, PaysBas, notammentLeoDe Haan,Maaika Westra,Inge Ligtvoet, Jon
Abbink,GittyPetitpour leur accueil, lors de mon séjour de recherche du 5 janvier
au 30 mars 2009. Merci àSamuelOwuor, pour son amitié.
GeorgesBà mon avis raison d'affirmer que, qalandier avaituiconque qui
écrirait l'histoire de son temps devrait s'attendre à ce qu'il soit contesté pour tout
ce qu'il a dit et ce qu'il n'a pas dit.Conscient de cela et du fait que toute œuvre
humaine a ses défaillances, j'assume toutes les incohérences, insuffisances de ce
travail et éventuelles erreurs qui pourraient subsister.

Ce livre estdédié à la mémoire d'une personnequi m'a beaucoupsoutenu
aumomentde mes recherches,Daniel Ngodi, décédé, le 19 aout 2007. Queton
âmeserepose en paix.

INTRODUCTION

Depuis 1946, l'histoire politique du Congo accouple les élections aux partis
politiques. La principale question soulevée est celle des mécanismes mise en place
par les acteurs politiques pour mobiliser les citoyens, animer les partis politiques et
le fonctionnement de la démocratie. Reposant sur des clivages idéologiques, les
partis politiques sont entrés sur la scène politique comme des «enfants du suffrage
1
universel » ,nés de la nécessité de recruter et organiser les citoyens pour une
2
bonne participation politique et recomposer l'ordre séculaire.

Questions de recherche

Dans le cadre de ce travail, la réflexion est structurée en cinq périodes. La
première périodeest celle des années de l'ouverture au pluralisme politique de la
fin de la Seconde guerre mondiale jusqu'en 1963. La deuxièmeest celle du parti
unique (1963-1991). La troisième traite des déboires de la démocratie (1992-1997)
marquée par les conflits armés et luttes politiques. La quatrième quipart de 1997 à
2002 est caractérisée par la volonté de restaurer la démocratie et la légitimation
électorale du putsch militaire de 1997. La dernière enfin est celle de la
recomposition des forces politiques de 2002 à 2007.

Emergence des clivages identitaires et élections: 1946-1963

Cette premièrepériode est marquée par l'ouverture du Moyen Congo au
pluralisme politique. Le sentiment national renforcé par la création coloniale, avec
les premières élections qui s’étendent sur l'ensemble de l'AfriqueEquatoriale

1
M. Weber,Le savant et le politique, Paris, Plon, 1963, p.171
2
Sur les partis politiques, lire,D.L.Les partis politiques, Paris, Plon, 1993; R.Michels,Les
partis politiques: essaisurles tentatives oligarchiquesdesdémocraties, Paris,Flammarion,
1971.

8

ENJEUELECTORALETRECOMPOSITIONS POLITIQUESAUCONGO

Française (AEF) se confirme àtravers les premières formations politiques dontle
Parti Progressiste Congolais de Jean FélixTchicaya, le MouvementSocialiste
Africain de Jacques Opangaultetplustard, l'Union pour la Défense de la
Démocratie etdes Intérêts Africains (UDDIA) de l'abbé FulbertYoulou.
Les rivalités politiques serontpar la suite aucœur des recompositions
politiques internes opérées par les leaders des partis, àtravers les alliances
complexes. La plupartdes partis se sontcantonnés dans les espaces géopolitiques
(régions) etidentitaires (ethnies) afin de monnayer sa base dans le cadre des
coalitions. Cette caractérisation montre bien que la fragmentation de l'espace
politique a eu un impactsur la construction des identités ethno-régionales etles
phénomènes de brouillage.
Les acteurs politiques jouentsur les multiples divisions internes du tissu
social. A ce moment, l'arène politique a été modelée par des oppositions etdes
alliances extrêmement volatiles etfluides. Les réseauxclientélistes s'appuientsur la
capacité des acteurs à exploiter les dissensions internes, latranshumance politique,
les intérêts économiques etles liens familiaux. Des processus comme la
sécularisation de l'Etatontcontribué à l'émergence des identités ethno-régionales
sous la forme: PPC (Kouilou,vili), MSA (Cuvette, mbochi) etUDDIA (Pool,
koongo-lari). Ces clivages historiques cristallisentetstructurentla lutte politique
surune longue période sur fond detissuélectoral. Les événements de février 1959
sontassezillustratifs.
En inscrivantles luttes fractionnelles dans le double environnement
lignager d'un côté, avec l'opposition entre les aînés etles cadets de l'autre, dans la
conflictualité chaque fois renouvelée entre le Nord etle Sud, le conflitde 1959
permetla mise enœuvre d'une pratique de renouvellementde l'ordre social.
L'opposition Nord/Sud devientstructurante dupouvoir politique congolais.
Cette première période montre que le Congo n'a pas acquisune culture
d'élection aumomentde l'indépendance: la défaite estinacceptable, lavictoire est
contestée, levainqueur, àtortouà raison, accusé de fraude. C'estla guerre des
urnes qui s'ensuit.

Monopartisme et élections à listes uniques

Cette période commence avec la chute de FulbertYoulouen août1963, à
traversune insurrection populaire appelée « Trois glorieuses». La création du
MouvementNational de la Révolution (MNR) en 1963, puis duParti Congolais du
Travail en 1970ouvrentlavoie aupartiunique etau verrouillage duprocessus
électoral. La caporalisation des organisations de masse entraîne les premières
mobilisations d'embrigadementrévolutionnaire. Le socialisme scientifique devient
l'idéologie dupouvoir politique révolutionnaire.
La prise dupouvoir en 1968, par Marien Ngouabi permetl'ascension au
pouvoir desNordistes autantque celle de l'Armée désormais prééminente dans la
reproduction politique. Ceuxqui le succèdentsont tous militaires, mbosi et

INTRODUCTION

9

originaires de la Cuvette: Jacques Joachim Yhombi Opango (1977-1979) etDénis
SassouNguesso (1979-1991).
A partir de 1990, le Congo Brazzaville estparvenuà clore lestrois
décennies de pouvoir oligarchique etmonocratique, dominé par le partiunique, le
Parti Congolais duTravail. Depuis lors, la questl'Eion detatestapparue complexe,
alimentantles débats sur la démocratie, le pluralisme politique, etles conflits
armés. Le paysage politique secaractérise ainsi par la recomposition des équilibres
géopolitiques, mises en place durantla Conférence Nationale de1991.

Les déboires de la démocratie: 1992-1997

De 1992à2007, l'histoire politique congolaise a été dominée parune série
d'élections dontles issues ontparfois engendré des événements sanglants (1993,
1997). Loin de nous enfermeruniquementdans l'analyse quantitative des résultats
des différentes consultations électorales qui se sontdéroulées dans le pays, nous
nous sommes plutôtintéressés à la place des élections législatives dans la
recomposition des enjeuxpolitiques auCongo Brazzaville.
La crise ouverte enjuin 1993a été à la foisun indicateur de l’instabilité
de l’Etatet un indice de la difficile construction de l’Etat-nation. Laprivatisation
de l'Etatla forme d'a prisune partitionterritoriale avec des partis-Ethniesqui
s'étaientrepartis deszones d'influence oufiefs électoraux, avec à latêteun leader
charismatique,une milice armée etforce d'autodéfense.
La montée enpuissance des milices armées (cobras, aubevillois et
cocoyes) montre à quel niveaul'Etats'esteffondré. Toutaulong desconflits
armés de 1993et1997, ce sontdes groumiliciens qpes deui se sontaffrontés
pour défendre les intérêts des acteurs politiques. Dès lors, l'atteinte portée àl'unité
nationale et territoriale prive l'Etatde l'usage exclusif etlégitime de la force.
L'effondrementde l'Etatpour reprendre l'expression deZartofferman ataux
miliciens detous bords,une opportunité d'expression etde mouvementdansune
zone devenueun «Far West». Chacun s'approprie, le domaine public. Cette
géostratégie milicienne etles dynamiques de laviolence mettenten lumière les
stratégies etnouvinselles formesurrectSeigneionnelles desurs de guerre qui
apparaissentlibéracomme desteurs, des sauveurs etdes messies par la réalisation
des actionsvisantà assurer l'indépendancetotale, parla mise à bas ou
l’élimination descorrompus et tribalistes.
Les dernièresévénements, notammentle coup d’Etatmilitaire de 1997,
ontmontré que leschangements institutionnels sous la forme militaire ontremis
en cause certains acquis démocratiques, permettantainsi l'émergence d’une
nouvelle forme de gestion de l’Etat: le banditisme politique etla légitimation
électorale comme forme de recomposition politique.
Dans ce contexte de conflictualisation en rapportavec la crise de
désétatisationetdedéconstructionde l'Etatpost-colonial, plusieurs paramètres ont
mis enlumière lalogique de privatisation de l'Etat, puis que les différents conflits
armés ontillustré la perte dumonopole étatique, la montée en puissance des bandes

10

ENJEUELECTORALETRECOMPOSITIONS POLITIQUESAUCONGO

armées privées ou milices contre l'Etatetla désinstitutionalisationtotale de l'ordre
politique.

La légitimation électorale de la victoire militaire: 1997-2002

La séquence ouverte par le coup d'Etatmilitaire de 1997a laissé lavoie à
l'instauration d'unetransition flexible entre 1998 et 2002età la relance du
processus démocratique en2002, avec la légitimation électorale organisée par le
présidentDénis SassouNguesso, pourtransformer le putsch militaire de 1997en
victoire politique. Peudetravauxontété consacrésà cette période. En effet, les
élections de2002ontcontribué en partie à la redéfinition de l'univers politique de
l’après guerre: bricolage des alliances, leverrouillage dusystème électoral,
l’exclusion des opposants politiques, légalisation politique etrepositionnementde
nouveauxacteurs sur la scène politique.

La conquête électorale et le retour au monopartisme

En s'intéressantà cette période post- conférence nationale, nous entendons
dégager àtraversune analyse comparative, la place des élections législatives de
2002et 2007dans la recomposition politique auCongo Brazzaville. En2007, les
enjeuxélectorauxontprésentéune diversité de facettes: réactivation des alliances,
remonopolisation dujeupolitique, renouvellementdes stratégies politiques, etc. A
tous les niveaux, les repositionnements politiques ontbouleversé les équilibres
électoraux.
Ducôté de la mouvance présidentielle, la principale cible étaitles
conservateurs, courantsoutenupar Justin Itihi Lekoundzou, ayantmis en déroute
le projetde refondation soutenudepuis2002par Denis SassouNguesso. Le
renouvellementde la classe politique explique les candidatures nombreuses des
ministres.
Ducôté de l'opposition, les élections législatives ontmontré la fragilité des
formations politiques (UPADS, UDR-Mwinda, RDD, PCR,) partagées ausujetde
la Commission Electorale Indépendante, etaffaiblies par des querelles intestines de
leadership (UPADS), des décompositions etfuite en avant(UDR-Mwinda). Enfin,
la percée de nouveauxpartis proches à la mouvance présidentielle (MSD, MAR,
Club2002-PUR), la cooptation politique de Bernard Kolelas etla déconfiture du
RDPS sontautantd'enjeuxanalysés dans cetravail.

Approche méthodologique

Pour réaliser cette étude, dupointdevue méthodologique, nous avons
utiliséune démarche historique. Celle-cinous apermis de replacer, d'analyser et
d'apprécier dans leur contexte lesdifférents événements qui ontdominé la scène
politique congolaise (implosion dupartiunique, conférence nationale, élections de
1992, conflits armés, etc.).

INTRODUCTION

11

Les recherches documentaires ontété effectules biblioées dansthèques de
Brazzaville (Centre Culturel Français, Centre de Documentation duParlement,
Bayardelle, Semaine Africaine), auCentre de documentation duCODESRIA à
Dakar etsurtoutà Tervuren, à la Bibliothèque de la Section Ethnosociologie et
Histoire duMusée Royal d’Afrique Centrale. Notre séjour auMusée Royal de
l'Afrique Centrale du4 juilletau4 septembre2007nous a permis de rassembler la
documentatà la rédacion nécessairetion de cetouvrage.
Empruntantles outils d'analyse de la sociologie politique, nous nous
sommes appuyés des données à la fois qualitatives etquantitatives. Nous avons eu
recours à certaines productions partisanes etmilitantpares destis (archives,tracts,
textes politiques, sites Internet) etde leurs membres (archives privées,
autobiographies, etc.). Ainsi,une attention particulière a été donnée aux
investissements symboliques etmatériels des partis à l’égard de leurs archives etde
la construction ounon de la mémoire de l’organisation partisane. Pouàr accéder
ces sources, nous avons faitrecours auxinteractions avec les autres "terrains"
(observations, entretiens), les effets de l’accès ounon à des archives partisanes et
surtoutles reformulations des hypothèses etdes problématiqudonnéeses. Les
qualitatives ontsurtoutdiscoconcerné lesurs des différents acteurs politiques, la
littérature relative auxpartis politiques, lestextes officiels (Loi électorale,
Constitution). Lesdonnées quantitatives se sontbasées sur les statistiques des
élections de 1992, 1993,2002,2007et 2008.
La réflexivité sur les pratiques des enquêtes en sciences sociales mises en
œuvre dans les études sur les partis politiques permetde percevoir leurs
spécificités sociologiques, historiques, leurs répertoires militants, leurs relations à
divers milieux. Les premiers moments de l'enquête auprès des différents acteurs
partisans se sontavérés difficiles. Nous avons mené nos enquêtes deterrain à
Brazzaville età l'intérieur dupays du 23février2001 au16juin2007. Audelà
de cettnoe période,us avons effectuétrois missions de recherche etd'observation
électorale entre juin etseptembre2008 dansles localités de Mindouli, Kinkala et
Djambala. La dernièremission organisée en août 2008 a été celle liée à la
réalisation d'une étude commanditée par l'InstitutVie etPaixsur le Mouvement
Nsiluluetles crises sociopolitiques auCongo Brazzaville. Ces enquêtes nous ont
permis de discuter avec les populations, les acteurs politiques etles membres de la
société civile sur les enjeuxélectorauxetla démocratie auCongo, d’avoir des
informations cohérentes etexplicites sur les partis politiques etde combler levide
documentaire ausujetde certaines alliances politiques. Cette phasea ététrès
importante dans la collecte des données.
Les méthodes d'analyse des donnéesutprésenilisées dans late recherche
comportentl'analyse des publications, l'analyse qualitative etquantitative des
entretiens, les histoiresvécues, les questionnaires etlestraitements statistiques des
données etla cartographie deszones.
Cette étude noués até dictcrises poliée par lestiques qui ontmarqué le
Congo etqui ontbouleversé le paysage politique. La démarchepluridisciplinaire
adoptée noupermis d's autiliser les outils de collecte de données suivants: les

12

ENJEUELECTORALETRECOMPOSITIONS POLITIQUESAUCONGO

questionnaires, les fiches d'entretien etles guides d'interview. L'usage des
documents écrits (archives, ouvrages, articles,transcription des entretiens) etdes
données deterrains (fiches,cassettes, questionnaires) a permis la finalisation de ce
3
travail. A ce niveau, lestravauxdes auteurs comme Florence Bernault, Remy
4 5
Bazenguissa-Ganga etPatrice Yengo, nous ontété d'un grand intérêtscientifique.
Les sites Internetetla presse nationale nous ontété d'un apportintéressant.

Articulation du travail

Parler des enjeuxélectorauxdans la recomposition dupaysage politique
auCongo Brazzaville, c'estfaire de l'histoire immédiate. Cette histoire du temps
présentapparaîtde plus en plus comme le champ le plus complexe des sciences
sociales. Bien qu'elle fasse de la lecture dupassé, même récente, ellexpose
l'auteur à des risques énormes,tantdans l'analyse objective des faits etla prise de
position dans l'interprétation des événements dontles acteurs demeurentenvie.
Cetravail faitle pointsur les différentes analyses politiques de la
géopolitique électorale auCongo etessaie d’apporter des éléments de réponses,
pourtenter d’y voir plus clair sur les causes etconséquences des conflits armés
successifs, les enjeuxdes alliances politiques etles dissensions politiques internes.
De manière plus détaillée, l'ouvrage comprend dixchapitres qui couvrentl'histoire
électorale duCongo de 1946à2008.

3
F. Bernault,Démocraties ambiguës enAfrique centrale, Paris, Karthala,2006
4
R. Bazenguissa-Ganga,Voies du politique auCongoBrazzaville, Paris, Karthala, 1997
5
P. Yengo,La guerre civile duCongoBrazzaville, Paris, Karthala,2006.

1

PAYSAGEPOLITIQUECONGOLAISDE1946A1956

L'implication des congolais dansles processusélectoraux remonte à 1945.
Les partis politiquesanimés pardes leaderslocaux ou indigènesne virent le
jour qu'après les premières consultations électorales de 1946. En effet, les
mutations intervenues dans l'Empire français favorisèrent l'ouverture électorale et
l'ascension de l'élite indigène. Réduire le processus électoral à un simple prisme
d'observation serait pourtant manquer l'essentiel, dans la compréhension des
dynamiques de construction de l'électorat.Cchapitre'est la raison pour laquelle, ce
entend cerner le paysagepolitique avant les émeutes de 1959. Il s'agit de retracer
le chemin de cette période héroïque du mythe et d'expliquer les motivations des
luttes politiques à la veille del'indépendance.

Paraventdes partis

politiqueset premièresélectionsauCongo

1
Deux hommespolitiquess'opposent

Dcompétitions électoralese 1945 à 1956, lesau MoyenCongo opposent
deux personnalités: JeanFélix Tchicaya et Jacques Opangault. Ils se battent surtout
pour le siègede député à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée nationale
Française.Es’enlise sur le champn effet, pendant que la Seconde guerre mondiale
de bataille, le généralCharles deGaulle, déclenche du 30 janvier au 08 février
1944, le processus destiné à conduire progressivement les territoires d’Afrique
noire francophone vers leur émancipation.Ce processus a eu lieu au cours de la
Conférence deBrazzaville, qui réunira autour du ministre des colonies René
Pleven, exclusivement les administrateurs coloniaux, les commissaires des colonies
de l’AEFet de l’AOF, les gouverneurs des Territoires affiliés à cesFédérations et
ceux des territoires dépendants, sans aucune participation «indigène». Il est ainsi
décidé d’accorder aux populations des colonies françaises d’Afrique, la possibilité
d’élire des représentants à l’Assemblée Nationale et au Sénat français à compter de

1
Lire Jérôme Ollandet,: Vie politique au Congo-Tchicaya Opangault YoulouBrazzaville
1945-1964,Brazzaville, ed. La Savane,2008

14

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

1945, dès la fin de la guerre. Sur la base d’un double collège électoral dont le
premier est réservé aux privilégiés «citoyens de statut civil commun», autrement
dit les Européens et le second collège électoral destiné à la catégorie sociale des
«notables évolués» noirs dit «Indigènes», constitué de fonctionnaires et employés
de commerce, des anciens combattants et titulaires de décoration, des diplômés, des
chefs de cantons, des représentants des collectivités indigènes et des ministres des
cultes.

2
JeanFélix Tchicaya

Né des parents vili, le 9 novembre 1903 à Libreville au Gabon, Jean-Félix
Tchicaya appartient à la descendance princière du Royaume de Loango. Il a
fréquenté l’Ecole normale d'Instituteurs William Ponty deDakar et a été par
ailleurs condisciple deFélix HouphouëtBoigny. Tchicaya figure parmi les
premières personnalités politiques de l'ère de la décolonisation du MoyenCongo. Il
a été dans l'enseignement, préférant être comptable à Pointe-Noire avant de tirer sa
révérence à cause de son tempérament jugé coopératif avec l'Administration
coloniale. Il fera ensuite carrière dans l’Administration comme commis des
finances, affecté au magasin de ravitaillement de la main d’œuvre du chemin de
fer.Ce chantier épique et honteux qui permettra àAndréGide, dans son ouvrage
paru en 1927 «Voyage au Congo» et à l’illustre journalisteAlbert Londres dans
son livre «Terre d’ébène» (1929) de dévoiler à l’opinion métropolitaine les
horreurs du travail forcé dans les colonies.
Citoyen français, il est mobilisé lors de laDeuxièmeGuerre mondiale en
1939 et il s'engage en 1943 dans lesForces françaises libres ; sa conduite lui vaut
la Médaille de laFdans la politique, et sarance libre. Il s'engage ensuite
candidature est présentée par leCercle des évolués de Pointe-Noire. Lanouvelle
lui parvint, alorsqu'il s'embarquepour le Moyen-Congo à la fin de la guerre. Il
prend unepartie activeauCongrès constitutif du RassemblementDémocratique
Africain et est élu Vice- Président de ce parti panafricaniste de gauche. Il est inscrit
au groupe communiste et rejoint HouphouëtBoigny au sein de l'Union des
Républicains et Résistant (URR), groupe apparenté au Parti communiste.
Le21 octobre 1945, il est élu député socialiste duGabon-MoyenCongo
par le collège des non-citoyens avec 1 334 voix et facilement réélu avec 3 356 voix
en juin 1946. Il y retrouve LamineGueye (Député du Sénégal) qui fut son
professeur de mathématiques à l’Ecole normale William Ponty et certains de ses

2
Lavie deFélixTchicaya a été abordée par plusieurs auteurs. Lire à ce sujet: Balandier G.,
1985,Sociologie desBrazzavillesnoires. Paris, Presses de la Fondation nationale des
sciences politiques: Gabou A., 1999,Chronologiepolitique congolaise. Paris, Nouvelles
PerspectivesÉditions.; KouvibidilA G.-J.,2000,Histoire dumultipartisme
auCongoBrazzaville. Paris, L'Harmattan.; Nkounka Ménga, 1992,Chronologie politique congolaise.
Paris, Nemaf;Bazenguissa-Ganga, R., Voiesdu politique auCongo Brazzaville, Paris,
Karthala 1997,

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

15

condisciples tels que Félix Houphouët-Boigny, Mamadou Konaté ou Mamba Sano
respectivement élus députés des Territoires deCôte-d’Ivoire/Haute-Volta, du
Soudan (Mali) etdeGuinée-Conakryavec lesquels, il crée le Rassemblement
DémocratiqueAfricain (RDA). Il appartientà laCommission de laFrance
d'Outremer, intervientpeumais attire l'attention par la clarté de ses analyses etla netteté
de ses conceptions politiques. La décentralisation des décisions économiques, le
fractionnementdes concessionstropvastes, la création àBangui d'une filature de
coton seraient, selon lui, propres à atténuer la misère que révèle le déclin
démographique du territoire. Une augmentation dunombre de fonctionnaires
indigènes seraitsouhaitable.
Le double collège oùilvoit un "système électoral injuste etdangereux" est
pour lui inacceptable. Ilvote pour les deuxprojets deConstitution de 1946.
ViceprésidentduComité de coordination du toutrécentRassemblementdémocratique
africain (RDA) de son ami Houphouët-Boigny, JeanFélix-Tchicaya se présente
auxélections de novembre 1946sous l'étiquette duParti progressiste, section
congolaise duRDA. Il estélupar 8635voixsur23119 inscrits dans le collège des
autochtones duMoyen-Congo, la circonscriptionGabon-MoyenCongo ayantété
divisée en deuxen ce qui concerne le collège des autochtones.
Grandtribun, Tchicaya a la réputation d'un farouche anti-colonialiste, etne
jouitpas des faveurs de l'EgliseCatholique. On l'accuse de ne pas reconnaître les
bienfaits de la colonisation. Il se félicite de l'abolition du travail forcé, s'indignant
des campagnes de certains journauxfrançais qui laissententendre que le
développementéconomique de l'Afrique Equatoriale en pâtira. Mais lorsque les
conditions sociales sontbonnes les Africains s'engagent volontiers sur les
chantiers. Elles s'améliorerontavec les conventions collectives fixées hors des
contraintes administratives, le code du travail garantissantla liberté d'affiliation à
un syndicat.
Le député sutprésenter surtout un doublevisage à l'Administration età ses
électeurs. La clé de sa réussite résida dans l'étroite combinaison entreun
programme radicaledénonçant violemmentles abus de la colonisation etle
développementdesthèmes de la liberté etla fraternité qui évitentàun peuple isolé
d'être la proie des puissants. Vigilantsur les libertés politiques, Jean FélixTchicaya
proteste en 1950contre lestentatives d'arrestation duprésidentduRDA,
Houphouët-Boigny.CommeFélixHouphouët-BoignyouHamaniDiori, ilvote
contre le statutde l'Algérie de 1947 etcontre la ratification duPacte atlantique en
1949. Le 17 juin 1951, il se représente aucollège des citoyens de statutpersonnel,
toujours sous l'étiquette duRDA. Sa campagne estmoins facile car le RPFa
suscité contre lui la candidature de son cousin Pierre Tchicaya-Debo empire.
Pendantla seconde législature, il estnommé membre de laCommission
des moyens de communication etdu tourisme, puis en 1953de laCommission de
la marine marchande etdes pêches, eten 1955 de laCommission des immunités
parlementaires. Votantl'investiture d'Antoine Pinayle6mars 1952, il lui fait
confiance pour sa politique enAfrique duNord. Il soutientégalementcelle de
Pierre MendèsFrance. Ilvote lesAccords de Paris etratifie lestraités créantla

16

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

CommunautéEconomiqueEuropéenne et laCommunautéEuropéenne de l'Energie
Atomique (CECA).
En 1956, JeanFélix-Tchicaya est réélu sous l'étiquette du Parti progressiste
congolais, par 45.976 voix, soit 29,7 % des suffrages et une avance désormais
réduite sur ses deux adversaires, le socialiste Jacques Opangault qui obtient 43.193
voix et l'abbéFulbert Youlou qui en obtient 41.084.En mai 1958 il quittera le
groupe parlementaire UDSR-RDApour adhérer au parti du Regroupement africain
et des fédéralistes, dont il deviendra vice-président.Al'Assemblée, il retrouve la
Commission de la marine marchande et celle des immunités parlementaires et il est
juge titulaire à la Haute cour de justice constitutionnelle.

Jacques Opangault

Jacques Opangault est né le 13 décembre 1907 à Ikagna
(LikoualaMossaka). Originaire du Nord-Congo, il est membre du groupe ethnique mbochi.
Greffier au tribunal deBrazzaville, ilest lié d'amitié avec des cheminots européens
dont les militants de la gauche. Par ailleurs, il fait partie d'un cercleclandestin de
gauche strictement ouvert auxAfricains. Il est emprisonné en juillet 1943 pour
motif « écrits séditieux et appel à la révolte contre l'autorité colonialepar la
distribution des tracts.»Il est inculpéen compagnie de ses compatriotes Pamphile
Adada, Jacques Mwene Kolo, MoïseEckomband.Cette affaire est jugéepar le
Tribunal indigène du 2e degré.
Pendant laDeuxièmeGuerre mondiale, en tant que partisan gaulliste,
Opangault distribue des tracts contre le régime de Vichy. Militant de gauche, il
s'inscrit à la SectionFrançaise de l'International Ouvrière (SFIO) et en dévient le
SecrétaireGénéral de laFédération de l'AEF.C'est au cours de cette période
qu'Opangault s'engage dans la luttepolitique.
L’ordonnance du 22 août 1945 fixe le mode de représentation à
l’Assemblée constituante : deux députés (un par collège) pour chaque territoire ou
groupe de territoires. L’AEFa deux groupes :Gabon et MoyenCongo ;
OubanguiChari et Tchad.En octobre 1945 et juin 1946 : 2 sièges par groupe (1 par collège);
en novembre 1946, 1951 et 1956 : 1 siège par territoire pour le second collège, sans
changement pour le premier.
L'appartenance ethnique comme discriminant politique va dominer le
positionnement des deux leaders.Ce premier multipartisme indigène consécutif à
laConférence des gouverneurs coloniaux français, diteConférence deBrazzaville
(1944), a produit à partir de 1946 un bipartisme coïncidant avec le clivage
géographique Nord-Sud.D'un côté le MSAdirigé par Jacques Opangault,
ressortissant de la région de laCuvette, dans le Nord-Congo.De l'autre, le PPC,
apparenté parlementaire au PCFà l'Assemblée française, dirigé par Jean-Félix
Tchicaya, ressortissant du Kouilou dans le Sud-Congo. L'absence de tradition
politique moderne et la faiblesse de la conscience sociale des colonisés ont fait
prédominer la dimension régionale/ethnique. La situation est devenue plus critique
avec le changement de bipolarité.Car la naissance de l'Union démocratique pour la

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

17

défense des intérêts africains (UDDIA) en 1956, dirigée par l'abbéFulbert Youlou,
ressortissant du Pool, dans le sud-est, a entraîné l'affaiblissement du PPC(relégué
au sud-ouest). Le clivage géographique est conservé avec le face-à-face
MSAUDDIA. Mais le clivage Nord-Sud est aussi devenu le clivage gauche-droite.Et la
marche vers le néocolonialisme va aggraver l'adversité.
En 1957, le parti de Jacques Opangault devient le Mouvement Socialiste
Africain (MSA), conformément à unCongrès deDakar.Cet homme politiquede
grande droiture est intransigeant vis-à-vis de ses adversaires politiques.Cependant,
l'Eglise catholique déteste son appartenance supposée à laFranc-maçonnerie.C'est
dire combien le combat de Jacques Opangault fut ardu dans le NordCongo sous la
coupe de l'Eglise catholique.
Ainsi au lendemain du Référendum français de 1958 (naissance de la Ve
République, incluant l'autonomie des colonies : la "Communauté franco-africaine")
la rivalité entre les deux partis/leaders pour la direction du gouvernement autonome
aboutit à la guerre civile de 1959, évidemment mémorisée comme une guerre entre
lesBakongo ou sudistes et les mbochi ouBangala nordistes.

Enjeux

électoraux et compétitionspolitiques de 1946 à 1951

Processusélectoralrecomposé

Au lendemain de laConférence deBrazzaville, l’UnionFrançaise remplace
l’Empire français. La constitution d’octobre 1946 fixe les principes et
l’organisation de l’Union: assimilation et intégration des habitants vivant hors de la
métropole. Plusieurs mesures ont été prises: représentation de toutes les colonies
aux assemblées parlementaires, avec un double collège électoral; abolition du
travail forcé (loi du 11 avril 1946) lentement mise en application; suppression du
régime de l’indigénat (peine de police infligées par les chefs de circonscription) et
remplacement par le code pénal; établissement des libertés publiques; création des
conseils représentatifs, par la suiteAssemblées territoriales, élus, avec compétences
financières, mais ne donnant que des avis dans les autres domaines.
Quand laFrance, puissance coloniale, se résout enfin à reconnaître la
souveraineté des peuples duCongo, elle entend, dans les formes, être cohérente
avec elle-même: elle a colonisé au nom de la civilisation, elle laissera un pouvoir
civilisé, démocratique.En fait, cette volonté est affirmée dès le lendemain de la
Conférence deBlarazzaville de 1944, qui recommande, entre autres, «
participation des indigènes à la gestion de leurs propres affaires».Deux
ordonnances duGouvernement Provisoire de la RépubliqueFrançaise, les
ordonnances des 21 août et 13 septembre 1945, vont reconnaître les droits
politiques fondamentaux des indigènes dans les territoires d'Outre-Mer. Le droit de
vote est limité aux «assimilés» (les instruits formés à l'école du maître), mais droit
3
est reconnu aux indigènes de se constituer en associations politiques.

3
Bazenguissa-Ganga, R. Voies du politique, op.cit., p.43

18

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

Deux grands partis politiques vont voir le jour à la fin de 1946 : le Parti
ProgressisteCongolais deFélix Tchicaya, affilié au PartiCommunisteFrançais
PCF, et la Section locale de l'Internationale Ouvrière (qui deviendra en 1957 le
Mouvement SocialisteAfricain, MSA), de Jacques Opangault, affiliée à la Section
Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO).
Mais dès les premières confrontations électorales, ce qui était redouté par
les observateurs avertis commence à donner des signes de réalité : les lignes de
partage politiques entre indigènes épousent les lignes de partage ethniques. La loi a
institué deux collèges électoraux dans les Territoires d'Outre-mer: un collège de
métropolitains et un autre d'indigènes.Dfonctionnement des instances, lesans le
élections étaient l'unique moyen d'accéder aux sphères de prise de décision et donc
de créer un corps politique.
La campagne pour l'élection des délégués indigènes à l'Assemblée
Constituante française prend la forme le 21 octobre 1945 d'une opposition entre
deux groupes ethniques: les Kongo (les sudistes) et les Ngala (les nordistes), les
premiers se rassemblant autour deFélix Tchicaya et les seconds autour de Jacques
Opangault, alors même que ces deux partis sont chacun une représentation locale
d'un parti métropolitain. La victoire deFélix Tchicaya sur Jacques Opangault est
vécue comme une victoire du Sud sur le Nord, des Kongo sur les Ngala. L'élection
du 21 octobre 1945 est de ce point de vue plus qu'une préfiguration : un tour de
piste. Le 23 juin 1956, le parlement français adopte la loi diteDefferre ou
LoiCadre.Cette loi ajoute aux anciennes dispositions constitutionnelles relatives aux
Territoires d'Outre- Mer la généralisation du suffrage universel.

Lesélectionslégislativesde 1946à 1951

Lors desélections législatives de 1946, Jean MichelWagret dénombre
4
douze candidats, avec la prédominance des favoris du PPCet de la SFIO. Un
regard sur ces partis politiques s'impose pour mieux comprendre les dynamiques
des compétitions politiques de cette période.
Le Parti ProgressisteCongolais (PPC) deFélix Tchicaya créé en 1946,
avait fondé son idéologie dans le discours radical contre la colonisation. Leparti
adopta uneorganisation plus permanente, calquée sur celle du Rassemblement
DémocratiqueAfricain.
Le mécontentementgrandissant des évolués put y trouver un débouché
puissant, sans que leur fonds de loyalisme soit effarouché par une réaction trop
5
violente du régime colonial.Dans la premièreAssemblée législative,Félix
Tchicaya, le député du Moyen-Congo, membre du groupe d'Union Républicaine et
Résistante apparenté au groupe communiste, fait partie de laCommission de la
marine marchande et des pêches et de laCommission des territoires d'outre- mer
qui le désignera en 1949 auComité directeur duFIDES.De ce poste, il observe

4
Wagret, J.M., Histoire et sociologiepolitique duCongo Brazzaville, Paris: LGDJ, 1963
5
Bernault,F., 1996,Démocratiesambigüesen Afrique Centrale, Paris, Karthala, p.176.

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

19

attentivement les conditions du développement de l'Afrique centrale ce qui lui
inspire plusieurs interventions. Il observe que les crédits de paiement sont
inférieurs aux autorisations de dépenses ce qu'il attribue à la pénurie de métaux
ferreux, de devises et de cadres techniques.En 1951 il attire l'attention de
l'Assemblée sur les graves conséquences de la réduction des moyens duFIDES. La
situation économique de l'Afrique touchée par l'inflation, où manquent les produits
manufacturés, est inquiétante.
L'émancipation politique de l'Afrique lui tient particulièrement à cœur et
l'amène à déposer une proposition de loi tendantà instituer dans les territoires
d'Outre-mer un collège unique. Il demande que la commune mixte de Pointe-Noire
devienne commune de plein exercice.En 1954, il propose une réorganisation de
toute l'administration municipale d'Afrique noire associant plus largement la
population indigène à la gestion en créant une trentaine de communes de plein
exercice. Il réitère ses critiques concernant l'amenuisement des crédits duFIDES;
tout en comprenant les exigences d'équilibre budgétaire, il craint que ne soit
définitivement paralysé cet organisme si le vote à la majorité des deux tiers se
substituait au vote à la majorité absolue et il regrette que les assemblées locales
soient dessaisies au profit du chef de territoire du droit d'initiative. Il souhaite enfin
la construction de l'usine hydroélectrique de Kouilou, dont les débouchés seront
assurés par l'usine Péchiney de traitement du phosphate à Pointe-Noire.
La section africaine de la SFIO au Moyen-Congo réclamait aussi le collège
unique et l'égalité desdroits entreAfricains etEuropéens. Maisle parti ne parvint
pas à devenir le parti de l'opposition. Lemouvement connut plusieurs difficultés.
D'abord, la SFavec la sectionrapports ambigussouffrit desIO congolaise
européenne.Edoctrinal comparable à celuinsuite privé d'un soutien financier et
dont bénéficiait le PPC, le parti devait fonctionner dans un contexte de doctrine
anticléricale.Eeut du mal à élargir sa base et son électorat dunfin, le mouvement
6
fait de son attaché régional et ethnique.Eparti politique vintn 1951, un troisième
s'ajouter auxélections législatives:le Rassemblement du PeupleFrançais (RPF)
dirigé par Hyacinthe SambatDelhot.
Cette période est donc marquéepar l'emprise du PPCsur le champ
politique congolais.

Tableau 1:législatives de 1946à 1951Résultats des élections
Chronologie PPCSFIO RPF
1946 46% 28%
1951 44%25% 18%
Source:Bazenguissa-Ganga, op.cit, p.44; Wagret, J.M, 1963, pp.54-59

6
Ibid., p.179-180.

20

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

Réappropriation du sauveuretenjeuélectoral

Apartir de 1945, leprocessus électoral exprima l'aspect fondamental de la
subordination structurale des élites par rapport aux possesseurs de capital religieux.
La disparitiondeGrenardAndré Matsoua en janvier 1942 transforma l'Amicale de
l'AEFcrée en 1926 en mouvement messianique clandestin à caractère politique.
Pour circonscrire la place du mouvement matsouaniste dans la lutte politique entre
1946 et 1951, il convient de présenter succinctement le mythe et symbole de
Matsoua, les dynamiques du vote du « bihissi» et enfin le mensonge politique et
l'affirmation du mythe de Matsoua.

Mythe et symbole d'André Matsoua

Relecture du parcours de Matsoua et dynamiques de la résistance

Aditndré MatsouaGprocherénard est néen 1899 à Mandzakala, village
de Kinkala dans le Pool. La légende qui entoure la naissance, la vie et la disparition
7
de Matsoua déferle la chronique.Matsoua fit ses études auprèsdes missionnaires
catholiques des pères du Saint-Edevient catéchiste à MayamaMbamou etsprit de
avant derejoindre le village de Kololo.Brillant orateur, ilse passionnepour tous
les problèmesqui touchentson pays, l’avenirduCles rapports entreongo etles
Bles Noirs. Il selancs etsuite remarquerfait par laidées très avancées,par ses
son intelligence,sa passion pour la justicesociale et l’égalité etson amour
pour le peuple.Après le bref passage aux services des missions chrétiennes,
Matsoua abandonne le catéchisme pour vivre une nouvelle expérience à
Brazzaville en 1919.C’est làenseignantses premiers pas commequ’il fera
avant dedevenir fonctionnaire aux servicesdes douanesoù il est enregistré
sous lematricule 22.
ELe péripleMatsoua tente sa première aventure européenne.n 1921,
commence par la ville portuaire de Matadi, puis débarque àAnvers avant
d’atteindre Marseille. Son enrôlement au sein duBataillon des tirailleurs sénégalais
pendant laguerre duRift contre l’Emir marocainAentre 1925 etbdel Krim
1926, lui permetde régularisersa situation.Démobilisé au grade deSergent,
Matsoua devientcitoyen français. Il séjourne à Paris oùil obtientun emploi
subalterne dans un ministère. Il en profite pour suivre descours dusoir quele
PartiCommuniste donneà ses militants.Asympathisepartir dece moment, il
avec lesmembres de la Revue pro- communiste et anti- coloniale dénommée «Le
CNègres».ri des
Ela carrière politique deMatsoua quin 1926, c’est le déclic véritable de
fonde à Paris un syndicat atypique: l’Union des travailleurs nègres, puis
l’AssociationAmicale des originaires de l’AfriqueEquatorialeFrançaise,

7
Sinda Martial,–André Matsoua, fondateurdumouvementde libération duCongo. Paris:
ABC1978

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

21

populairement appeléeAmicale.Cette association est enregistréesous le
n°164649, le 29 juillet 1926 puisplacée sous les auspicesdu Ministère des colonies et
du gouverneur général de l’AEF.
Très vite,l’Aformation de l’élite capablemicale apparut comme le lieu de
de prendrele relais post- colonial, laplate forme assurantla promotionde la
résistance solidaire anti- blanc desnoirs del’AEFreconnaissance delapour la
personnalité noire, le foyer de secours mutuel, de prévoyance et de bienveillance
sociale des ressortissants del’AEFenEurope.Cette implication de l’Amicale
dans lechamp politiqueamorce denouvelles tendances dans lacarrière de
Matsoua.
Le mouvementdénonce leCl’exploitationode de l’indigénat, lesabus de
économique, stigmatise lescompagnies concessionnairesconcernant l’impôt de
8
capitation et les travaux forcés.Le combat deMatsoua estinspiré le rejetde la
collaboration avec l’oppresseur, l’inflexibilité devant la tyrannie, la constance
devant le sermentde servir la patrie et la défensedes valeurscardinales. Ilse
pose ainsi en Pape du panafricanisme dépassantle cadre de l’AEF.
Les colons françaisavaient aussitôtcompris le sens du mouvement de
Matsoua : la luttepour l’émancipation et l’indépendance des peuples d’AEFet la
libération de l’homme noir. La colonisation symbole de servitude, d’aplatissement
culturel et de négation ontologique a installé dans l’imaginaire collectif des peuples
africains troisnégations : la filiation de l’hommenoir à sonDieu; l’historicité de
l’homme noir etson passage dupassé au futur.Dans cecontexte colonial, le
combat de Matsoua instaure au- delà de la liberté et de l’idéal, le respect de la vie
et de la personne humaine, le changement culturel et la transformation de l’homme
noir danssa totalité.
Sans doute,le colonisateuravait comprisqu’à travers l’Amicale se
mettait en placeune synergiepermettant la continuité de la lutte de libération des
peuples colonisés.C’est ainsi qu’en avril 1930, Matsouaavec deux deses
collaborateurs est traduiten justice àBrazzaville, puiscondamné à trois ans de
prison et cinq ans d’interdiction de séjoursenAEFest donc persona. Ilnon grata
dans son pays.Cmanifestations àette condamnation provoqua de nombreuses
Brazzaville, mais aussi amorçal’ère de la résistance Kongo dans le Pool. Les
paysans cessentde ravitailler la ville, affrontant lespoliciers etmil iciens
autochtones. Ils rejettent les cadeaux des fonctionnaires et missionnaires
catholiques, n’utilisent plus la monnaie française, préférant agir dans la
clandestinité.

8
Pour des informationscomplémentaires, lire: -VidrovitchCoquery,C.,1972,Le Congo au
tempsdesCompagniesConcessionnaires1898-1932, Paris: Mouton; Wagret, J.M., 1963,
Histoire et sociologiepolitique duCongo Brazzaville, Paris: LGDJ; Nzaba Komada
Yakoma, R. 1996,L'Afrique centrale insurgée: la guerre duCongo Wara 1928-1931,
Paris: l'Harmattan

22

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

La désobéissancecivile des Kongo entraîne l’histoire des 3Francs, très
connue parmi les populations du Pool. L’affairedes 3Francs en effet est née de
la condamnation de Matsoua et de la dissolution de l’Amicale, remplacée par la
Société Indigène de Prévoyance (SIP).Chaque membre devait verser une cotisation
de 3Fen bloc la nouvellesociété, créée,rancs. Les fidèles de Matsoua refusèrent
gérée et dirigée par lesAdministrateurs coloniaux.Face au refus de paiement des 3
F: arrestations massives desrancs, la répression fut particulièrement sanglante
populations envoyées de force sur la ligne ferroviaire, villages brûlés, tortures et
vexations des populations du Pool, déportations et soumission.Acette répression
brutale se construit une solidarité entre les résistants traqués. Les déportations des
Amicalistes dans l’ensemble de l’AEF, les arrestations et l’exhibition de Matsoua
ne ramenèrent pas la tranquillitéau MoyenCongo.
Entre octobre 1934 et mars 1935, l’arrivée d’un nouveauGouverneur
général de l’AEF,Edouard Renard calma les choses.Ce dernier, hostile à
l’inégalité sociale dans la colonie, décida de légaliser l’Amicale devenue une
Association pour la formation des cadres africains. Il engagea unepolitique sociale
active en faveur des populations du Pool.
En se rendant au Tchad pour y rencontrer Matsoua, assigné à résidence, il
fut tué dans un accidentd’avion auCongoBpopulations duelge. LesPool
soupçonnèrent aussitôt les administrateursfrançais et l’Eglise catholiqued’avoir
fomenté un coup à Renard.E1935, Matsouan septembreprison dequitte saFort
Lamy (Tchad) à l’aidedes fauxpapiers et arrive à Paris en 1937. Ils’engage de
nouveau dans l’Alarmée française pendantDeuxièmeGuerre mondiale. Il est
arrêté et transféré auCprocédure légale ne fut, à nouveauongo pour être jugé. La
pas respecté,car Matsoua aurait du être jugé par un Tribunal militaire, puis que
accusé pour espionnage. Son ultimeprocès a eu lieu en mai 1940 au tempsdu
régime de Vichy enFtravaux forcés à perpétuitérance. Matsoua fut condamné aux
en 1941, favorisant la montée en puissance des récalcitrants quis’opposent au
nouveau gouverneurFélixEboué.
Gaulliste engagé,FélixEboue, ce descendantd’esclave noir affranchi de
laGapprécié dans sa juste valeur par les populations kongo. Selonuyane ne fut pas
un témoignagerapporté parGuy Menga dans son roman «CaseDeGaulle »,
certains lari n’appréciaient pas ce blanc à la peau noire qui avaitemprisonné
Matsoua et ses compatrioteset qui avait enmême temps accouché la politique
abjecte de l’indigénat.
Pour l’activiste camerounais Woungly Massaga,FélixEboué se montra
particulièrement impitoyabledans la répression et surtout dans l’effort de guerre.
Il utilisa des méthodes qu’aucun gouverneur blanc n’avait jusque là osé appliquer ;
il fitexécuter deschefs amicalistes sur la place publique et usades manœuvres de
toute sorte pour diviser et affaiblir l’Amicale.Eune courten 1941, aprèsdétention
dans la prisondeBrazzaville, Matsoua est transféré à Mindouli, puis à la prison
de Mayama où ildisparaît semble t-il,le 13 janvier 1942 dansdes conditions
non encore élucidéesaujourd’hui.

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

Imaginaire dela disparition etMatsouanisme

23

Par delà le verbiagegrotesque dont la littérature coloniale a pu affubler ce
personnage emblématique, ses idées ont été jetées dansl’enfer des idéologies
absurdes. Les circonstances de la disparition de Matsoua n’ont jamais été éclaircies
par les administrateurs coloniaux. Officiellement, Matsoua meurt dans sa prison de
Mayama, d’unedysenterie amibienne.Cdu fait que laest contestéeette version
précipitation avec laquelle on aurait enterré Matsoua inquiète.D’ailleurs beaucoup
de Lari du Poolne croient toujourspas àla mort de Matsouaet imaginentune
nouvelle évasionde leur leader.
Dquie ce doute et mensonge colonial va naître peu à peu une légende
conduira à l’éclosion d’une secte dont Matsoua deviendra le messie.Dans la
mémoire collective, lorsque le chef meurt, les funérailles tirent toujours en
longueur. On pleure longtemps selon les mœurs indigènes pour honorer la mémoire
des ancêtres. Les autorités avaient-elles oublié ce principe?Certainement pas.Elles
voulaient sans doute briser le mythe d’un Matsoua invincible, qui avait déjà
échappé à tant d’attentats perpétrés contre sa personne.
Les chefs traditionnelset nombreux habitantsdes environs de Mayama
qui ont appris la nouvelle de la mort de Matsoua, arrivés sur les lieux de la
détention n’ontjamais vu la dépouille mortuaire de leur leader.Ainsi décédé la
nuit, il fut inhumé quelques heures après avantque le soleil ne se lève. Quoi qu’il
en soit, l’attitude pour la moins curieuse de l’Administration coloniale devant
l’événement qui méritait à tous les égards la transparence, ne manque pas d’étonner
plus d’un observateur neutre.Et pourtant les autoritésfrançaises avaient jugé utiles
de remettre le corps du grand révolutionnaire camerounais Um Nyobe à ses
partisans, pourquoi le cas de Matsoua est il resté énigmatique ?
Une autre version évoquée dans cettedisparition tragique deMatsoua est
celle de sa déportation auxAntilles (Guadeloupe), parFélixEboué, originaire de
cette contrée.Cette thèse est partagée par certainespopulations très attachée à
Matsoua.FélixEsociales et politique de l’boué inquiet des revendicationsAmicale
devint le principal geôlier de Matsoua, car l’éveil d’une conscience nationale
constituait un danger progressiste pour la colonie et le reste de l’AEF. Pour pallier
à cette vision politique de résistance, il fallait faire oublier Matsoua à sesadeptes
par une déportationloin des frontièresde l’AEF.Dans cemême contexte, de
nombreux arguments avancent que Matsoua avait fait simplement l’objet d’un
enlèvement parFélixEboué.
Apartir de 1945, certainsaffirmèrent ahommes politiques congolais,
plusieurs reprises avoir vu Matsoua enFrance, en compagnie duGénéralDe
Gaulle, pour préparer la libération nationale. Matsoua se serait évadé de sa prison
de Mayama en 1942 pour s’enfuir enFrance pour continuer son combat.Dès lors,
les Lari du Poolcontinuaient d’exiger le retour de Matsoua auquel ils vouaient un
culte, ainsi qu’auGénéralDeGaulle.

24

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

La dernièreversion quenous avonsrecueillie lors denos entretiens est
celle dela disparition de Matsoua dans sa cellule. Matsoua doté des puissances
mystiques aurait disparu de sa prison sans laisser des traces.Cette thèse est justifiée
par l’engagementde ce dernierdans les loges maçonniques.Certains analystes
indiquent que Matsoua avait adhéré à laFranc- Maçonnerie sous le parrainage des
frères Trechot de laCompagnieFrançaise du Haut et duBasCongo (CFHBC)
Le mythe autour de la disparition de Matsoua a fini par transformer
l’Amicale en religion. Le récit et l’attente messianique répondent à une aspiration
d’appropriation identitaire et de construction de l’imaginaire social. La
mystification du personnage de Matsoua crée une nouvellereligion à l’image du
Kimbanguisme ; le Matsouanisme, définit commeun ensembledes croyances, de
rites et de pratiques permettant de s’unir aux entités supérieures (génies, ancêtres,
dieux) et de réaffirmer l’identité culturelle kongo.
Le Matsouanisme estdonc unedoctrine politique qui incite leshistoriens
de fairele devoirde fouiller et de sortir lespopulations de l’ignorance. Les
observateurs y voient tantôt une religionlocale, unesecte religieuse, tantôt un
mouvement politico-religieux revalorisant les martyrs de la résistance anticoloniale
à l’occupationcoloniale etsurtout la continuation de l’œuvre de Matsoua.Dès sa
genèse commenous l’avions vu,l’Amicale n’était qu’un mouvement politique. Il
s’est transformé en secte religieuse lorsque la voie de la légalitélui fut interdite. Il
fallait trouver un moyen efficace pour continuer la lutte. Le culte matsouaniste fut
comme une véritable inflexion tactique d’un mouvement politique, un dérivatif
inspiré par le contournement de l’obstacle colonial.
La disparition de Matsoua laisse le Pool sans guide, sans personnage
providentiel. La mutation de l’Anaissance un messianisme politico-micale donna
spirituel dont la lutte était désormais autour de l’attente dans l’espérance du
Messie, de ce personnage historique. Laconscience sociale et culturelle serade
plus en plus soudée, unifiée, consolidée et fortifiée grâce à la violence coloniale.
L’appropriation desidées panafricanistesde Padmore,DuBois et autres se traduit
par la volonté de Matsoua de lutter pour la libération des noirs de la domination
étrangère.
La perspectivehistorique du combat mené par Matsoua et Kimbangu
permet devoir des similitudes dans l’œuvre des deux personnages illustres Kongo.
Ils sontconsidérés dans l’imaginaire populaire comme des messires, des chefs
charismatiques et religieux.Cincorporées dans leses deux figures sont aujourd’hui
nouvelles constructions religieuses prophétiques et néo traditionnelles
contemporaines. Ilssont présentéscomme des hérospolitiques et prophètesdont
les idées ont fait surgir à travers de multiples réélaborations des églises
autochtones, prônant le renouveau culturel religieux et la continuation de la
tradition africaine. Matsoua demeure pour de nombreux Kongo, un des disciples de
Kimbangu, un des plus zélés propagandistes dumessie de Kamba et fondateur
d’un mouvement politique visant le refus de paiement de l’impôt, la résistance et la
révolte et surtout le renversement de l’ordre colonial.

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

Le vote du« bihissi »

25

L'absence d'un Kongo àla plushaute position politique étaitle fait le
plus étonnant du processusélectoral au Moyen-Congo de 1946 à 1951. Laplupart
des Kongo s'investissaient dans l'Amicale créé par Matsoua, qui s'étaittransformé
en mouvement religieux à la veille des premières élections à l'Assemblée
consultative de 1946. Le mythe étaitné: «Matsouareviendraun jour pour sauver
9
lesLariréinterprétation religieuse du politique permet au Matsouanisme de». La
jouer un rôle important dans la vie politique. Lorsque l’Adissoute enmicale fut
1930 et que la voie dela légalitéétait interditeaux partisansde Matsoua, il
fallait trouver unmoyen efficace pourcontinuer larésistance. Les membres de
l’Amicale considèrent Matsoua commeleader politique et Kimbangu comme
Ngunza (messie, envoyé deDieu et guérisseur).C’est aumême moment que naît
le mouvement de NzoungouFidèle, dont lesAque trèsmicalistes n’intègrent
tardivement.
Apartir de1946, les leadersAmicalistes se rivalisent le contrôle des idées
de Matsoua. Pierre Kinzonzi, toujours fidèle à Matsoua et à sa pensée relance le
mouvement en 1947. Il utilise son aura de martyr déporté au Tchad pendant huit
ans pour fonder uneEglise, avec douze apôtres.De son côté, déporté également au
Tchad en 1940,Emmanuel Nganga saura très habillement confisqué à son profit
toutes les manifestations de la nouvelle religion. Il se proclameGrand Pape de
10
l’E»glise Kimbanguiste, en attendant le «retour de MatsouaDans cemême
contexte, plusieurs autresAmicalistes se proclament grands prêtres d’Eglises
matsouanistes.
Les valeurs incarnées parMatsoua trouventleur fondement dans le
courant des idées panafricanistesdes années 1900 et du nationalisme kongo
incarné par Kimpa Vita et Kimbangu. L’imaginaire autour de la vie de ce leader
charismatique, de son action politique etde sa disparitiondonne naissance àune
conscience collective et activede contestation anticoloniale, dontAndré Matsoua
devint le symbole vivant. LeMatsouanisme a eu une influence considérable dans
l’histoire politique duCongo. LesAmicalistes incapables de fonder un parti
politique sont manipulables. L’attente de la richesse, de la puissance et d’un nouvel
ordre social rénové fera partie de tous les mouvements qui naîtront sous les cendres
de l’Antonisme.Elle a développé un phénomène de syncrétisme culturel qui
renouvelle la tradition et n’empêche l’innovation de se faire.C’est le Ngunza
(prophétesse) des mouvements messianiques.
L'année 1950 marque un tournant important dans la vie politique du
Cparticularité des élections législatives, c'est la présence d'un candidatongo. La

9
Sinda Martial,André Matsoua, fondateurdumouvementde libération duCongo. Paris:
ABC; 1978, pp.64-84
10
M. Sinda,Messianismescongolaiset sesincidences politiques, op.cit, p.261.

26

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

11
lari. Il s'agit d’Hyacinthe SambaDelhot, leader du RPF. Lesmatsouanistes qui
attendent le retour de Matsoua s'opposent à sa candidature et lui reprochent de
vouloir devancer le « vrai sauveur duCongo». Ils accusent laFrance de ne pas
permettre à Matsoua de siéger, et entament unmouvement dedésobéissance
civile :rejet des cartes d’identité et des passeports, refus du vote, boycott des
impôts et desrecensements. La neutralisation des autres candidats autre que
Matsoua est à l'origine de l'échec de SambatDelhot.Acela s'ajoutent les
dissidences et ardentes rivalités internes au sein du RPF, l'inexpérience politique du
12
candidat et surtout la tendance liée à l'européanisation politique des structures.
L'abstention record des électeurs dans le Pool lui fit perdre toute la chance de
succès. Un électeur sur quatre seulement alla voter, et parmi les bulletins déposés,
le quart portait le nom de Matsoua.
Les Matsouanistes maintenaient la présence de Matsoua d'une manière
épistolaire. Lors des élections pour le renouvellement des assemblées locales de
mars 1952, ils obtenaient 36% des voix dans le Pool contre 34% pour Tchicaya.
13
Mais leur victoire était toujours invalidée.

Mensonge politique et affirmation du mythe de Matsoua

Dès 1945, la manipulation politique des Matsouanistescommence, avec
14
les élections à l’Adisparu fut éluMatsoua, pourtantssemblée constituante.
député du Pool.Dil devenait difficile de faire la politique dans cetteès lors,
région, sans recourir aumythe puissantde Matsoua. Tchicayase fit passer pour
l'Efaire élirenvoyé de Matsoua, en pour seet du Poolen milieu matsouaniste
contre JacquesOpangault, un Mbochidu NordCongo, en se faisant passerpour
l’envoyé de Matsoua: «Vote noBihissi», autrement ditvotez les osou cendres
15
de Matsoua. Il n'avait pas hésité à se faire recommanderde Matsoua, en
prétendant l'avoir rencontré de nombreuses fois à Paris, où d'après lui,le leader
.16
vivait entourer de tous les honneurs dans un grand palais

11
Kouvibidila,G.,Histoire dumultipartisme auCongo Brazzaville, Paris, l'Harmattan,
2000, p.28
12
Bernault,F.,Démocratiesambigüesen Afrique centrale, Paris, Karthala, 1996,
pp.156158
13
Boutet, R.,Les troisglorieusesoula chute de Youlou,Dakar,Chaka, 1990, p.24
14
Lors des électionsd’octobre 1945, Matsoua pourtant décédé fut élu député du Pool. Les
Matswanistes persistent dansleur vote en faveur des «bihisi »ou os de Matsoua aux
élections du renouvellementdesAssemblées locales.
15
Le sens duvote bihissiest symbolique. Lesélecteurs matsouanistes expriment leur
pensée en ces termes: puisque Matsoua est mort, donneznous ses os pour qu'il puisse être
enterré, autrement dit, il paraît que Matsoua est mort, où sont donc ses os ? voir:
Bazenguissa-Ganga, Voies du Politique auCongoBrazzaville, op.cit., p.48.
16
Lire, Obenga, T., Histoire sanglante duCongoBrazzaville, Paris, PrésenceAfricaine,
1998, p.42; Sinda,André Matsoua, fondateurdumouvementde libération duCongo.1978,
p.75

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

27

En recourant au mythe de Matsoua, JeanFélix Tchicaya usa de la ruse
auprès des populations lari, avouant avoir vu Matsoua dansun palais parisien pour
soutenir la cause congolaise. Les électeurs, avaient pris l'habitude d'écriresur les
bulletins lenom de leur candidat lors des différents scrutins.Face àcette situation
inattendue, Tchicaya pouvait ainsi s'imposer en comptant sur ses alliés dans le
Pool, dontEmmanuelDadet.Ace moment, leMatsoua devenait uneretour de
obsession chez les Lari dont les cadres furentincapables de fonder un parti
politique en se repliantsur eux-mêmes. Jacques Opangault utilisera ausside
cette ruse mythique pour son combat politique. Lors des élections de 1951, il
17
distribua desphotos àBrazzaville, où il figurait à côté du «sauveur».
Bihissi constituait une forme de recomposition de l'espace politique
congolais de 1946 à 1952. Il réengendrait l'écriture de l'incorporation du capital
politique, le processus dereprésentation politique et d'affirmation identitaire. Mais
ni Opangault, ni Tchicaya n'arrivaient à s'approprier véritablement les propriétés
qui étaient attachées à la figure de Matsoua.

1956:Année de toutes les ruptures

Dès 1956, l'abbéFnouvelle figure decomme uneulbert Youlou s'impose
l'échiquier politique. Il surgitcomme unesorte d'intrus, de challenger inconnu
dans le paysage politique, jusque là marqué par les luttes intestines entre Jacques
Opangault etFélix Tchicaya. Leterrain politique des compétitions politiques finit
par prendre des allures ethno-régionales. La situation est devenue plus critique avec
le changement de bipolarité (Tchicaya/Opangault).Car la naissance en 1956, de
l'UnionDémocratique pour laDéfense des IntérêtsAfricains (UDDIA), dirigée par
l'abbéFulbert Youlou, ressortissant du Pool, dans le Sud-est, a entraîné
l'affaiblissement du PPC(relégué au sud-ouest). Le clivage géographique est
conservé avec le face-à-face MSA-UDDIA. Mais le clivage Nord-Sud est aussi
devenu le clivage gauche-droite.

Montée en puissance deF. Youlou, une nouvelle étoile dans la politique

Itinéraire etengagement politique

18
La biographie de Youlou a fait l'objetde plusieurs travaux.Cette
nouvelle figurepolitique qui s'impose à l'issue des élections législatives de 1956
est né le 7 juin 1917 à Madibou, dans la région du Pool, terre de prédilection des
«messies noirs», des syncrétismes religieux et des résistances. Il sortit dela
première promotiondes étudiants duGrand séminaire deBrazzaville et fut envoyé
àAkono auCameroun pour y terminer ses études secondaires.

17
Bazenguissa-Ganga, Voies du Politique auCongoBrazzaville, op.cit., p.48.
18
Pour une analyseapprofondie de ce personnage lire,Boutet, R.,Les troisglorieusesou
la chute de Youlou,Dakar,Chaka, 1990

28

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

AuGrand séminaire de Yaoundé, il rencontraBarthelemyBoganda. Il
revient au pays et enseigne quelques tempsau Séminaire de Mbamou. Par la suite,
il part terminer son dernier cycle d'études en Théologie à Libreville,Gabon. Il est
ordonné prêtre en 1946, puis affecté à la paroisse SaintFrançois deBrazzaville.
Dans l'ensemble de l'AEF, les prêtres font partie de ces indigènes à entreprendre
des études supérieures, grâce à l'enseignement des séminaires. L'Administration
coloniale ne souhaitant pas créer des établissements d'enseignementsupérieur dans
les colonies.
Ala paroisse SaintForganisations de jeunesse, desrançois, il s'occupa des
activités sportives et aussi des œuvres catholiques. Il devint aumônier de l'hôpital
général et de la prison. Il recevait des petitsemployés (boys, cuisiniers) souvent en
butte d'escroquerie et aux mauvais traitements de leurs employeurs coloniaux.
L'abbé devint presque une espèce de chef de personnel, plutôt syndicaliste. Il
mérita le titre de «l'abbé défenseur des pauvres.».C'est larépression que subit
l’abbéFulbert Youlou de la part de l'Eglise et non de l'Efait de lui, untat, qui
leader.Drépression, la pratique politique de Youlou joua sur leu fait de cette
registre du messianisme et tira profit du parcours de légitimitédésormais établi.
Membre du PPCprogressistes. Sessorties nocturnes et, Youlou avait des idées
mondaines inquiétèrent que peu MichelBernard son archevêque.
Depuis le départde MonseigneurBiechy en 1954, lesrelations deFulbert
Youlou avec le nouvel évêque deBrazzaville, MonseigneurBernard étaient
mauvaises.Ce dernier inquiet des velléitéspolitiques de Youlou et agacé par son
indiscipline n'avaitpas hésité de l'affecter à Mindouli comme directeur de l'Ecole
Catholique. Youlou se rebiffa, et il fallut la persuasion des chrétiens et des notables
du Pool pour l'infléchir.AMindouli, ilrejoignitAlphonse Massamba-Débat,
instituteur et directeur de l'Ecole primaire.Crentré du Tchad est unet homme
militant de gauche, ayant fait ses classes au parti Progressiste Tchadien.Depuis son
retour, il était inscrit au PPC.Cdes répercussionsplus tardette rencontre aura
dans leurcarrière politique.Fulbert Youlou futchoisi par unConseil ethnique.De
concert avec les chefs traditionnels lari, lesMatsouanistes rencontrent Youlou et
lui demandent de se présenter auxélections législativesde janvier 1956 afin de
sortir les Kongo des pesanteurs du matsouanisme. Si certainsconservateurs ou
19
corbeaux le jugent trop jeune, d'autres pensent à un rapprochement avec Matsoua.

Elections législatives1956 et violence électoralede janvier

En 1956, le président duConseil,EdgarFaure prit la décision de dissoudre
le Parlement et de renouveler illico toutes lesassemblées, y compris celles des
territoires d'Outre- Mer.Au Moyen-Congo, JeanFélix Tchicaya, député sortant,
devait se représenter devant ses électeurs.Cette consultation créa un engouement
inouï à en juger par le nombre important des candidats, parmi lesquels de
nombreux indépendants, dissidents du PPCet du MSA.

19
Bazenguissa-Ganga, op.cit., p.54.

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

29

Lorsque Youlou pose sacandidature, sonEvêque MonseigneurBernard
opposa son veto et lut le 11 décembre 1955, un mandement, rappelant qu'aucun
prêtre n'étaitautorisé de se présenter aux élections.Aucun nom n'était donné, mais
les fidèles comprirent instantanément qui était visé et manifestèrent leur
mécontentement. L'Ela suspension a divinisa de l'abbévêque prononçaFulbert
Youlou.Ce dernier restait membre de l'Eglise, mais, ne pouvait plus exercer les
20
fonctions de prêtre.D'après certaines informations,Fservit auxulbert Youlou
prêtres la formule:vox populi, vox dei, c'est-à-dire la voix du peuple, étant la voix
21
deDieu .Dil ne pouvait que répondre présent à l'appel deans ces conditions,
ceux qui l'engageait à briguer des suffrages.
L'opposition de l'Eglise laval'abbé de tout soupçon de collusion avec le
pouvoir blanc.De nombreux partisans de Youlou soupçonnèrent par contreFélix
Tchicaya d'avoir pactisé avec les missionnaires et l'Administration, et d'avoir
provoqué un désaveu officiel. La candidature de Youlou fut vécue comme un
22
passage forcé contre l'ordre politique antérieur.Les candidats enlice aux
élections législativesde janvier1956 furent les suivants:
−JeanFélix Tchicaya, Parti ProgressisteCongolais
−Jacques Opangault, SectionFrançaise de l'InternationaleOuvrière
−Fulbert Youlou, Indépendant
−Jean Louis Mvouama, Mouvement d'Evolution Sociale
−Félix Malekat, Indépendant
−Christian Jayle,CommunautéFranco-africaine
−EmmanuelDadet,FrontDémocratiqueAfricain
−Stéphane Tchitchelle, Indépendant
−Simon Pierre Kikhounga Ngot,Union pour le Triomphe de la Liberté et
l'Egalité
La plupart de ces candidats avaient décidé de bousculer lesdeux leaders
historiques, et surtout Tchicaya, député depuis 1946. Stéphane Tchichelle coupait
les amarres de la solidarité ethnique vili, lui lieutenant de Tchicaya, quicomptait
mettre un terme auxcomplexes entretenus entre les vili côtiers et ceux de
l'hinterland s'affichait radicalement comme opposant.De même, Kikhounga Ngot
recherchait uneespèce de reconnaissance identitaire. Lacandidature surprise de
Youlou bouleversala recomposition du paysage politique.
Les résultats des élections législatives du 2 janvier 1956 se présentent
comme suit:
−JeanFélix Tchicaya, 45.976 voix
−Jacques Opangault, 43.196 voix

20
Le texteinterdisant l'engagement des religieux et prêtres dans la politique fut lu dans
toutes les paroisses.L'abbé quine pliapas l'échinefut suspendua divinis. Il ne renonça
pas auport de la soutane. L'archevêque fut accusépar les Lari comme étant le défenseur
de Tchicaya et contre leur candidat.
21
M. Sinda, 1972,Messianismescongolaiset sesincidences politiques, op.cit, p.265.
22
Bernault,Florence,Démocratiesambigüesen Afrique Centrale, op.cit, p.236

30

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

−Fulbert Youlou, 41.084 voix
−Stéphane Tchitchelle,9.000 voix
−Simon Pierre Kikhounga Ngot,5.000 voix
Ces résultats placentFulbert Youlou en troisième position avec 27,7% des
suffrages contre 31% à Tchicaya et 29,1% à Opangault.Ce qui montre bien que
Youlou apparaissait désormais comme la nouvelle étoile politique du
MoyenCongo.A Brazzaville, il arrivait en tête avec 56% des voix exprimées et, pour la
première fois depuis 1945, le vote des bihissi avait considérablement régressé dans
le Pool.Fermement implanté dans la région natale, Youlou était devenu le 3e
leader politique du pays.
L'irruption de Youlou sur la scènepolitique impliquaaussi l'instauration
de la violence commemode politiqueentreCtelprocessus électoralongolais. Le
qu'il apparut le 2 janvier paraît tendu. Lesémeutes qui éclatèrentà la suite de ces
élections firentdes dégâtsénormes: deux personnestrouvèrent la mort, trente
quatre furent blessées et des centaines de maisons furent pillées, brûlées ou
23
saccagées.Dans ce désordre, le pillage des magasins, des échoppes et des
habitations des adversaires politiques furent perpétrés.Dans le bilan officiel, on
dénombra 464 personnesplacées à garde-à-vue, 23 habitations détruites àBacongo
et 70 à Poto-Poto. Lesdégâts matériels se chiffrant à plus de 25 millions deFrancs
24
CFA.
Dde violence, l'ans cette flambéeEglise catholique ne fut pas épargnée.A
la mission Saint PierreClaver deBacongo, le Père Rameaux fut attaqué par un
commando des jeuneslari qui le laissèrent assommé et demi- mort, alorsque le
PèreDavid qui tentait de fuir pour chercher de l'aide fut molesté.APoto-Poto par
contre, la fureurs'était emparée dessympathisants de Jacques Opangault et de
JeanFpartisans du MSélix Tchicaya. LesAs'en prirent aux Teke. Ilsportaient des
couteaux, des haches et des sagaies.Certains brandissaient des morceaux de
planches. Les représailles succédant aux raids débordèrent complètement les forces
de l'ordre.

Reconfiguration du jeu politiquepostélectorale

Les élections législatives de janvier 1956 marquèrent un véritable tournant
dans l'histoirepolitique duCongo. Le murissement de l'expérience électorale,
canalisée par les militants des partis et candidats, faisait pencher le fléau de la
balance dans le camp de la violence. Pour la première fois dans le processus
électoral amorcé depuis 1945, la rivalitéentre les classes s'exprime sousforme de
violence politique. Lesbagarres tracèrent les fiefsélectoraux et lescritères

23
J.M., Wagret,Histoire et sociologiepolitique dela République duCongo Brazzaville,
op.cit p.65
24
Tsamouna- Kitongo, «Ethnies et urbanité dans la lutte politique auCongo après 1959. »
inAfrica, Revista trimestriale di studi e documentazione.Anno XLV n°4 decembre 1990,
pp.665-679

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

31

ethniques comme éléments fondamentaux de l'engagement politique. Sedessina de
façon plus claire la carte politique du Moyen-Congo en trois ensembles: Pool, Sud
et Nord, respectivement représentés parFulbert Youlou, JeanFélix Tchicaya et
Jacques Opangault.
Les électionslégislatives de janvier 1956 indiquent lechangement du
centre de gravité du champ politique où les Kongovoulaient maintenant entrer et
participer au pouvoir selon les nouvellesrègles qui l'ordonnaient, c'est-à-dire à
travers les partis politiques. La création par Youlou de l'UnionDémocratique pour
laDéfense des IntérêtsAdonne politique.fricains bouleverse laCes élections du
renouvellement de la représentation nationale française propulse sur la scène
politique territoriale un nouveau mouvement politique, l'UDDIAet un nouveau
leader, l'abbéFulbert Youlou. Pour remporter les élections à l'Assemblée
Territoriale et contrer la montée de l'UDDIA, le PPCs'allie au MSA. La coalition
remporte les élections à une très courte majorité (23 sièges contre 22) et forme le
premier gouvernement congolais.
L'échiquier politique est devenu un peu plus compliqué. Si l'électorat
identifie le MSAau Nord, l'UDDIAet le PPC, eux, sont au Sud. L'alliance entre le
PPCet le MSAéclatéSud a doncs'est donc construite sur une division du sud. Le
avec la pluralité des leaders à savoirFulbert Youlou, Stéphane Tchichelle, Simon
Pierre Kikhounga Ngot et JeanFélix Tchicaya. Le Nord se fissure avec les Teke de
Brazzaville, peu enthousiastes à se reconnaître dans la mouvance de Jacques
Opangault.
Chaque formation politiquedisposa de son emblème. Les leaders se firent
des symboles pour se faire reconnaître auprès des électeurs. Pour Jérôme Ollandet
les électeursn'allaient pasaux urnes pourchoisirles programmes politiquesmais
lesymbolequirattachaitleshommes politiquesaux totemsdu terroir.Jacques
Opangaultétaitlecoq, JeanFélix-Tchicaya, lapanthèreet FulbertYoulou, le
25
caïman.Ces symboles identifiaient chaqueCongolais à son leader.Youlou
choisit le caïman symbole de la résistance. Les lari donnèrent à la personne de
Youlou unedimension mystique et magique. La légende le transporta auxchutes
de la Loufoulakari, près de la tombe deBoueta Mbongo, un grand résistant Kongo
tué etdécapité par les colonisateurs.Cla'est là qu'il aurait vu le caïman dans
26
rivière sacrée pour en faire son emblème.
Le caïman,très puissantdans la mythologie kongo était évidemment le
symbole qui convenait. Seigneur du fleuve et des cours d'eau, il tenait une grande
place dans l'imaginaire populaire, d'où le surnom de «Ngandou». Les adversaires
de Youlou se moquaient du caïman pourri et avertissaient le public de ne pas
enterrer la panthère trop vite. Le coq socialiste et la panthère progressiste étaient
27
rarement invoqués pour leur pouvoir de mort.

25
Jérôme OllandetTchicaya OpangaultYoulou: Viepolitique auCongo-Brazzaville
19451964,Brazzaville, éditionsLa Savane,2008
26
Voir à ce sujet,Boutet, 1989 op.cit, p.47.
27
Bernault,F.,Démocratiesambigüesen Afrique Centrale, op.cit., pp251-252

32

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

Les électionsmunicipales de novembre 1956

Des soutiensdes milieuxd'affaire

Asur le terrainélections législativesde janvier 1956, gagnéesl'issue des
restreint du Pool, Youlou manquait cruellement de moyens suffisants pourmener
une campagneà grande échelle pour la mobilisation des adhérents au sein de
l'UDDIA.Des supporters lari lui avaient fourni gracieusement un moyen de
transport et quelques subsides, tout juste de quoi assurer son indépendance
28
matérielle. SiTchicaya bénéficiait de l'appui matériel de l'administration et du
soutien des réseaux RDA, Opangault pouvaitcompter sur ceux de la SFIO.D'où la
nécessité pour Youlou de parier sur l'ambition des petits colons frustrés du pouvoir
29
colonial.
L'UDDIAavec l'Union du Moyensigna une allianceCongo (UMC), un
parti libéral, dont l'objectif était de promouvoir une collaboration avec lesAfricains
en vue d'unebonne harmonie.Ce parti piloté par René Mahé comptait des
hommes d'influence commeChristian Jayle, Joseph Vial etFerdinand Senez. La
première conséquence tangible de cette allianceavec les colonsbra zzavilloisfut
la création d'une presse à la solde de l'UDDIA, fondée grâce au soutien financier et
matériel des amis blancs et l'accès à certains réseaux politiques de la métropole.
Grâce à cette alliance, les élections municipales s'annonçaient sous les couleurs du
succès.
Par la suite, une fusion s'opéra avec leFrontDémocratiqueCongolais
dirigé parEmmanuelDadet, avec des jeunes cadres comme Patrice Lhoni, vanDen
Reysen etDecko. L'adhésion de JeanBiyoudi, responsable du Syndicat chrétien, la
ConfédérationFrançaise des TravailleursChrétiens (CFTC) fit de ce prêtre en
délicatesse avec l'Eglise, une personnalité fréquentable.

De la confusion dans le paysage politique

L'organisation des premières élections municipales donna lieu à des faits
curieux portant sur des alliances, lesquelles entretenaient de la confusion.
Dêtre le Vice- président'abord, Simon Pierre Kikhounga Ngot prévu pour
de l'UDDIA, se retira pour créer son propre parti avec son siège àDolisie: le
Groupement pour le ProgrèsEconomique et Social du Moyen-Congo.Ensuite
l'alliance Tchicaya et Opangaultse déchirent dans la conquête de la mairie de
Pointe-Noire.D'une part, Jacques Opangault dans une large coalition se mobilise
30
pour battre Tchicaya dans son propre fief.D'autre part, Tchicaya avait pris des
initiatives qui nourrissaient la confusion. Il avait offert à Tchichelle la proposition
de constituer uneliste commune.Chose impensable et exigence repoussée par les

28
Btrois glorieusesoutet, R., Lesou la chute deFulbert Youlou, op.cit., p.46
29
Bernault, op.cit., p.254
30
Wagret, J.M., op.cit., 1963 p.67

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

33

partisans de Tchicaya qui avaient concocté une liste de 50% des sympathisants de
Tchichelle.Enfin, les alliances de contre nature s'affichaient sur le terrain pour
détrôner Tchicaya.Ainsi, Youlou et Opangault, du moins leurs partisans à
Brazzaville battaient comme des chiffonniers, et à Pointe-Noire célébraient dans la
joie d'une alliance contre Tchicaya. Il s'agissait dès lors non d'une lutte doctrinale
mais personnelle.

Analyse des résultats des élections municipales de 1956

Les élections municipales se déroulèrent le 18 novembre 1956. Le
Gouvernement général, afin de prévenir les troubles semblables à ceux de janvier,
élabora un plan de protection deBrazzaville.Douze brigades de police, cinq
peloton de gendarmerie, quatre de la garde fédérale ainsi que deux compagnies de
l'armée de terre furent réquisitionnés.
Les résultatsde ces élections se présentèrent comme suit:UDDIA: 23
sièges ;SFIOet: 11 siègesPPC: 3 sièges.Ces élections montrent l'ascension
politique de l'UDDIA.A Brazzaville, Youlouest élu maire deBrazzaville par 23
voix contre 14. L'UDDIAfournissait six adjoints au maire.Au total, treize
européens siègent désormaisauConseil municipal parmi lesquels les fidèles
acolytes de l'abbé à savoir,Christian Jayle et René Mahé.Ces sièges européens se
repartissent comme suit: 9 UDDIA, 3 SFIO et 1 PPC. Youlou se fit appeler «
Mundelé Ndombi» terme bantu pour désigner unEuropéen ( Mundelé) et Ndombi
qui signifie Noir. L'abbé occupant le fauteuil d'un blanc était aussi devenu un
blanc, en fait assimilé au blanc.
APointe- Noire, la victoire appartient à Stéphane Tchichelle, récent
dissident du PPCet allié à Youlou. Tchichelle grâce aux 22 voix des élus UDDIA
fut porté à la tête duConseil municipal, le 23 novembre 1956. Pour le parti de
Tchicaya, les élections municipales de 1956 annonçaient déjà l'éclipse politique ou
mieux la déconfiture duPPC.
Ade tout ce qui précède, trois dimensions peuvent êtrela lumière
prises en compte dans l'analyse de l'évolution politique congolaise de 1946 à
1956. La première s’incarne dans la concurrence entre les leaders politiques
congolais de 1945 à 1956: Jean-Félix Tchicaya d’une part, co-fondateur du
RDAau côté deFélix Houphouët-Boigny et grand pourfendeur du colonialisme
deBrazzaville à l’Assemblée française, et Jacques Opangault d’autre part, chef de
la section congolaise de la SectionFrançaise de l’Internationale Ouvrière puis
fondateur du Mouvement SocialisteAfricain.
Cet équilibre est rompu en janvier 1956 parFulbert Youlou qui, après un
faux départ en 1946, entre dans l’arène politique de manière sensationnelle en
remobilisant politiquement les lari.Ces duels entre élites ne sont rien sans la
politisation de la société congolaise.Cet aspect recouvre la seconde dimension de
l’évolution politique congolaise, de 1945 à la crise de 1958: la concurrence des
cadres d’expression politique discriminants et restrictifs imposés par

34

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

l’administration coloniale qui ne se réforme que trop tardivement et la naissance
d’une opinion politique populaire, facilitée par des moyens d’information
modernes.Cette politisation de la société congolaise constitue l’espace de
légitimité mais aussi de lutte des leaders du territoire.
Eème dimension vient complexifier cette évolutionnfin, une troisi
politique: l’intervention de la République française soucieuse, voire inquiète selon
les analyses, face aux aspirations émancipatrices dans les colonies. La IVe
République, consciente de ce problème et désireuse de maîtriser les mouvements
d’émancipation, confie à certains de ses agents la mission d’approcher des
responsables politiques.Cette politique se concrétise dès novembre 1956 par la
victoire de Youlou à la mairie deBrazzaville, suivie par celle de son allié vili
Stéphane Tchitchelle à Pointe-Noire, au cœur du fief de Tchicaya.

Les chambresparlementaires

** LesAssemblées de l’Empire colonial français (1945-1955)

Formations
politiques

PPC
Candidat
FTchicaya
SFIO
Candidat
J.Opangault

Circonscrip-
tions

Elections
législatives
21/11/1945
01 élu

Gabon-
Moyen
Congo

Elections
législatives
2/06/1946
01 élu

Gabon-
Moyen
Congo

Elections
législatives
10/11/1946
01 élu

Moyen
Congo

Elections
législatives
31/03/1947
01 élu

01 élu

Moyen
Congo

Elections
législatives
27/10/1947
01 élu

01 élu

Moyen
Congo

Elections
législatives
17/06/1951
01 élu

Moyen
Congo

** Lesélus duGrand conseil de l’AEF(législature du 28 décembre 1946)

Partis politiques
PPC
SFIO
Total

Nombres d’élus
03
02
05 élus

PAYSAGE POLITIQUE CONGOLAIS DE1946A1956

LesAau Moyen-ssemblées législativesCongo

Formations
politiques

PPC

SFIO

RPF

Législature
1946-1947
24 sièges
15

09

Législature
1947-1948
18 sièges
10

08

Législature
1949-1951
18 sièges
15

03

Législature
1951-1952
21 sièges
17

03

01

Législature
1952-1957
24 sièges
17

07

35

36

ENJEUELECTORAL ETRECOMPOSITIONS POLITIQUES AUCONGO

L/abbéFulbert Youlou

Alphonse Massamba-Débat

Marien Ngouabi