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Guinée chronique d'une démocratie annoncée

De
308 pages
Ce livre retrace le processus des déséquilibres de la transition démocratique en Guinée. L'analyse montre comment les contextes de développement des partis politiques et le dépouillement des institutions démocratiques en Guinée vont servir de tremplin à la dérive de confiscation du pouvoir. Cet ouvrage tente de mettre en exergue les blocages, les dérapages, la dérégulation institutionnelle et les inconstances de gouvernance qui ont perturbé le processus d'alternance au pouvoir en Guinée.
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Guinée
CHRONIQUE D'UNE DÉMOCRATIE ANNONCÉE

Par O. Tity Faye

L'HARMATTAN

1

ère

édition,

Trafford

Publishing,

2007

@ L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairiehannattan.com diffusion.harmattan~wanadoo.fr harmattan 1~wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05098-3 EAN : 9782296050983

À mes enfants, Havanatou Tity Faye (Eva), Aly Zen Badara Faye, Babacar Sidiqh Faye (Abdy) et Bintou Tity Faye. Qu'ils

marchent sur le « sentier dor » pour atteindre la voielactée...
et aident les plus justes à y parvenir. Que la nouvelle génération dont ils font partie trouve dans ce livre la force de la paix et du devoir.

TABLE DES MATIÈRES

Avan t Tout l - LES MOUVANCES POLITIQUES 1.1 -Les coordinations régionales et la genèse de lethnostratégie 1.2 -La Crise Sociale, tremplin de la transition démocratique 1.3 -L'État-providence et le mythe du service public de L'État 1.4 -Les dangereuses autorisations. . .35

9 17 23 26 32

II - 1992, L'ANNÉEDE TOUS LES DANGERS 11.1-La légalisation des partis politiques IL1.bLa dispersion des partis politiques
III - LES ALLIANCES POLITIQUES ET LES PREMIÈRES ÉLECTIONS 111.1-L'avant-garde des alliances: le Forum démocratique national. 111.2-L'implantation géographique des partis politiques et le phénomène des fiefs 111.3 - La perspective des élections législatives 111.3.1 - De nouvelles impulsions politiciennes
IV

40 41 47

53 54 56 59 60

- LA STRATÉGIE DES ALLIANCES ÉBRANLE
68 69 72 77

LE PO UV 0 IR I\Z 1 -Les jeunes leaders: Oury Bah de rUfd IV. 2 -1993, une nouvelle donne politique! I\Z3 -Les présidentielles avant les législatives

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IY4 - La question de la candidature unique lYS - L'article94 du Code Pénal. ..
V - LE POIDS DES PARTIS POLITIQUES ET DES LEADERS POLITIQUES V.l -Le financement) une pierre d)achoppement pour les candidatures aux présidentielles V.2 -La Commission Électorale Nationale: une gestion inachevée V.3 -Les candidats et leurs motivations V.3.1 - La contestation de la Candidature de Lansana Conté V.3.2 - Le Conseil National de la Communication... VI - LE RENDEZ-VOUS MANQUÉ DE 1993 VI.1 - Les barouds d)honneur de 1993 VL1.2 - L'élection présidentielle au fil des évènements VLl.3 - L'hypothétique second tour des élections présidentielles VLl.4 - Lansana Conté élu: L'homme et le président de la 3e République VI.2 - La contestation des résultats de l'élection présidentielle

82

86

89 90 91 93 99 lOI 106 107 .111 .113 116 117

VII -L'ASSEMBLÉE NATIONALE EN PERSPECTIVE.. 120 VILl - Une diplomatie guinéenne en quête d)identité .121 VIL1.2 - La recomposition du paysage politique pour les législatives 123 La scission du Pdg- Rda 12S L'alliance pour le renouveau national 126 VIL1.4 - Un procès des gangs et des leçons! 128 VIL2 - Des électeurs démunis 130 VIL2.1 - L'éclatement de la crise latente au sein du Rpg 132 VIL2.3 - Les élections législatives du Il

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Faye

juin 1995
VIII - LA CRISE ANTICIPÉE

133

DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE 139 VIlLI - La Codem, une force de négociation 140 DÉCLARATION COMMUNE 140 RÉSULTAT DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DU Il JUIN 1995 145 VIIL1.2 - Les perturbations du Pup 146

IX - LORSQUE L'ASSEMBLÉE NATIONALE S'INSTALLE... 147 IX.1 - Les groupes parlementaires 150 IX.1.2- La première session de li\ssemblée nationale: Espoirs déçus 151 X - LE MANIFESTE DE L'ARMÉE X.1 - L'insurrection X.1.2 - Réactions et interfaces X.1.2.3 - La thèse du coup d'État
XI - LA CRISE CONSTITUTIONNELLE XI.2 - Le Premier ministre entre le marteau et lenclume ... XI.3 - Boubacar Biro Diallo : une tentative de contrepouvoir. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . .. . . . . . ... . .. . .. . ..

159 159 162 165
170 175
184

XII. 1998 : ENVERS ET CONTRE TOUS XII.1 - L'arrestation du candidat du RPG XII.2. - Le départ de Sidya Touré XII.3 - Le procès du candidat du Rpg XIL4 - Les élections communales: une logique de confiscation du pouvoir XII.5 - La guerre aux portes de la Guinée XII - LE PAS FATIDIQUE... ! XIII -LA MÉPRISE

188 195

199
201 207 209 217 225

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LES 18 JOURS QUI DEVRAIENT « CHANGER» GUINÉE XIV- REPÈRES SUR LE PARCOURS Du fonctionnement des institutions nationales [héritage historique La faute constitutionnelle Les droits et devoirs des partis politiques La question de la représentativité [économie politique de lëconomie [impératif de bonne gouvernance [éducation politique de lëlectorat. [émiettement ethnopolitique
IN D EX.

LA 231 240 240 241 244 246 250 251 252 254 257

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 261

RÉFÉRENCES DOCUMENTAIRES
SIG LES.

277

. . . . . . .. . . . . . . . . .. .. . . . . . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . .. .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . ... . . . . . . . .. . 299

Avant Tout

Que cela soit écrit. . .

a Bonne Gouv,ernance a un objectif: la participation de tous au devenir de chacun à des degrés divers. C'est pour cette raison que la Démocratie est sa mère nourricière de fait. Les principes de la Démocratie offrent la possibilité aux populations non seulement de s'exprimer mais aussi de participer aux activités d'intérêt national. Lorsque des hommes décident d'utiliser les mêmes principes à des fins plus personnelles, lensemble du processus devient une dynamique de déséquilibres incontrôlables. Il convient de rendre compte de tels déséquilibres, de les analyser, afin d'impulser une prise de conscience vers le changement. Tel est l'objectif visé par la Chronique d'une Démocratie Annoncée. Cependant, écrire une chronique se révèle plus difficile quon ne le croit au départ. Le calendrier précis des faits et le déroulement des évènements ne sont pas faciles à retracer. Même si Ion a été un observateur privilégié. Il est encore plus malaisé dëcrire une chronique dont la plupart des acteurs sont vivants. Il y a toujours, et encore, le risque positif de confrontation dans l'appréciation des faits dans leur ordre d'arrivée et de préséance. La chronique a - dans tous les cas - le mérite de mettre sur la table d'observation, les faits.

L

Dans cette perspective, La Chronique d'une Démocratie Annoncée est une prétention en même temps qu'une offre.
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Comme prétention, elle tente de retracer le processus de réformes démocratiques dans un pays qui -pour aboutir au processus de démocratisation- est passé au travers d'un régime totalitaire de parti unique et un pronunciamiento militaire. Cette chronique met donc en exergue les réticences réelles et fictives aussi bien que les contraintes du passage aux pratiques démocratiques. Ce faisant, elle suscite une interrogation majeure: ya t-il eu inadéquation entre l'action des hommes, les impératifs de réformes indispensables et la satisfaction des besoins sociopolitiques et économiques des populations bénéficiaires? Comme offre, la Chronique d'une Démocratie annoncée, est une quête de corrections. Elle offre la possibilité aux acteurs et témoins - victimes et héritiers - de cerner les erreurs de jugement, circonscrire les fautes et établir des critères dëvaluation pour l'avenir. Cette chronique part d'une logique simple: les hommes politiques qui ont la prétention de présider aux destinées d'une nation, doivent pouvoir s'observeret se faire observer par les autres. Cest ce qui leur permettra de tirer des leçons leur permettant d'adapter lejeu politique à l'intérêt irrécusable de la nation. En termes plus simples, cette chronique est un constat qui décrit le processus de démocratisation institutionnelle en Guinée de 1984 à 1995. C'est-à-dire, de la prise du pouvoir par l'armée jusqu'aux élections nationales qui ont marqué théoriquement la fin de la transition démocratique. Ces contextes indissociables offrent un témoignage sur la dérive politique qui a entraîné la confiscation du pouvoir de 1995 à 2003 et de 2003 vers les années qui vont suivre. Le processus de transition démocratique en Guinée est un exemple africain. A ce titre - dans l'exercice autant que dans la théorie - des éléments communs et des similarités existent avec plusieurs pays africains où la Démocratie sert
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de couverture à lexploitation et à plus d'appauvrissement des populations. Dans certains de ces pays, la rupture des équilibres sociopolitiques et économiques a entraîné des guerres civiles meurtrières et dévastatrices. Ce travail est - essentiellement - basé sur une expérience personnelle de terrain. Cependant, les reportages des journaux nationaux privés, des média du service public de l'État en Guinée et des journaux internationaux ont servi de références pour diversifier les angles de vue dans l'analyse, l'interprétation des faits, et lënoncé des hypothèses. C'est pourquoi, je tiens à ce que tous les journalistes concernés, cités ou non, acceptent ici l'expression de ma gratitude, de ma reconnaissance et de mon profond respect.

Il

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Aux Journalistes Guinéens

Chers confrères, Nous avons ensemble - et dans des circonstances souvent pénibles - assuré la couverture médiatique de la transition démocratique en Guinée. Ensemble, nous avons participé à la promotion d'une presse indépendante et libre. Aujourd'hui, cette presse a su consolider sa place en tant qu'institution en Guinée. Plus encore, elle sest imposée comme un pouvoir. Cest vrai, un pouvoir en ce sens que la presse privée nationale est devenue une référence directe ou indirecte pour une grande majorité de Guinéens. Car nous voulons, victorieux ou non, être le rempart contre toutes les formes de tyrannie et de spoliation. Nos confrères du service public - bien que soumis à des contraintes - ont à maintes reprises permis dobtenir des informations gouvernementales. Ainsi, ils ont aussi, à leur façon, contribué à rendre plus crédible notre travail. Les faits - qui sont sacrés dans notre métier - nous ont toujours réunis. Même si nos commentaires ont eu des tonalités et des contenus différents au gré d'intérêts divergents.

Chersconfrères- si notre premier devoirest d'informer j'ai toujours cru et je crois encore que nous avons un autre: celui de transmettre aux générations futures notre vécu. Ainsi, nous éviterons que l'histoire de la Guinée et de toute l'Afrique soit encore l'objet d'interprétations obscures, et infondées de l'intérieur comme de lextérieur. Mieux, nous ne devrons plus laisser aux autres le soin d'écrire pour nous, notre histoire. Je crains, pour ce faire, que nos archives soient à risque à cause de la faiblesse de nos moyens. Pour toutes ces raisons, à partir de la couverture journalistique - que nous avons faite des évènements - j'ai écrit cette chronique sur la transition démocratique en Guinée. Je souhaite en cela, rendre un hommage à notre 12

O. Tity

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travail, notre persévérance, et à nos efforts de participation à l'instauration d'une Démocratie majuscule et plurielle pour le bonheur de tous. Même si les résultats ne sont pas ceux espérés les tracés sont faits. N'oublions pas nos confrères qui nous ont quitté à miparcours tels que Biram Sacko, Aboubacar Condé, Abou Conté, Jean Baptiste Kourouma, etc. Et, tous les autres, non cités, mais tout aussi valeureux. Chers confrères, l'objet de mon propos est de retenir les faits sous le spot light de l'actualité. Il s'agit de conserver les éléments de cette histoire au profit des générations futures.

Elles en tireront les leçons pour un avenir plus assuré. « La
parole senvole, l'écrit reste ». Ne laissons pas les évènements disparaitre dans le cycle infernal du temps. Je vous convie chers collègues, à écrire sur tout ou partie de cette transition, à livrer votre témoignage comme vous l'avezfait par jour, par semaine ou par mois dans vos colonnes. Je vous convie à fournir de nouveaux apports afin que la génération future ait - désormais - des points de repères. Partant, vivants ou morts nous contribuerons - encore et ensemble - à consolider la multi-expression.

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NOTES

En vue de respecter leurs opinions, il a été expressément omis de citer ou de paraphraser lesjournalistes dont les articles ont fait l'objet de consultation. Ils ont été utilisés pour cerner, vérifier, confirmer ou infirmer lesfaits. A cepoint de vue leurs apports sont encore plus estimables. L'auteur assume la responsabilité de la description des situations, des analyses et des conclusions qui en découlent. Mon grand remerciement à celui qui a soutenu la parution de ce livre en requérant l'anonymat. Que mon épouse, Adama Touré, trouve, ici, l'expression de ma reconnaissance pour ses utiles corrections.

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Le passage d'un régime d'exception à une démocratie libérale devrait se profiler comme un bond qualitatif. Mais il dépend des hommes qui mènent ce changement de laisser en émerger et sëpanouir le plus d'aspects positifs. C'est le défi auquel le peuple de Guinée et les acteurs prépondérants de la transition démocratique ont été confrontés. Ils le sont encore. Avons-nous emprunté la mauvaise voie ou choisi les mauvais guides à la croisée des chemins? La Guinée vit toujours la confrontation avec ses propres démons et tout semble faire croire qu'ils sont incontrôlables. Le fait est que les démons sont peu ou prou diagnostiqués pour être apprivoisés, domestiqués ou au besoin mis en cage L'histoire récente de la Guinée en est un exemple. Le premier régime politique de la Guinée a été enseveli sans analyse approfondie; sans faire de différence entre les acquis à conserver et les travers à supprimer. Le résultat est connu: une déchirure sociale et politique qui a enfanté de tout sauf le bien -être. Il est temps de changer d'optique et de faire les corrections qui s'imposent. Écrire sur lesfaits alors qu'ils se déroulent et que les acteurs sont vivants comporte, certes, des risques. Mais il convient de le faire afin de susciter des réactions constructives et la réflexion pour la construction d'un avenir meilleur. Que cela soit écrit et accompli !

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I - LES MOUVANCES

POLITIQUES

n Guinée les mouvements politiques renaissent d'une cyclique de crises après la prise du pouvoir par l~rmée en 1984. La junte au pouvoir porte alors l'appellation de Comité militaire de redressement national (Cmrn), composé de militaires directement venus des casernes. Malgré la multiplication de fautes et erreurs dès la première année, le gouvernement militaire bénéficiera d'un état de grâce. Les populations sont en quête d'un changement qui effacerait les effets d'une Révolution sous la férule d'un parti unique. Triomphalement, l'armée au pouvoir clame d'abord sur le plan économique la libéralisation des initiatives individuelles. Sans mesures d'accompagnement, les répercussions vont générer des effets pervers qui seront mal contrôlés. Mais avant, la première crise résulte de la liquidation des structures du régime défunt -et du parti-État-le Parti démocratique de Guinée (Pdg). Ce dernier remplissait aussi bien des fonctions politiques que socioéconomiques et administratives auprès des populations. Dès 1985, se précise la fin de cet État-providence sous le Pdg. Le nouveau pouvoir se désengage des activités économiques dans les secteurs tertiaires et de la petite industrie de consommation. Il élimine ainsi la structure économique étatique dirigiste mise en place par le régime défunt. rabandon de l'ancien ordre économique crée donc un vide dans les activités économiques des populations. Elles tentent

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de le combler par des groupements d'intérêt économique et socioculturel. Ce seront les associations préfectorales et de villages pour l'entraide. Dans un premier temps -remplaçant les structures- brigades du parti-État - ces associations stimulent les activités sociales et économiques en attendant la mise en place, plus tard des Communautés rurales de développement (Crd). Fondées sur l'irrédentisme consacrant le terroir de naissance comme critère de choix du champ d'actions, les associations n'avaient pas alors de connotation politique. Elles étaient l'expression de la volonté des populations à survivre à la liquidation de structures qui les avaient encadrées durant un quart de siècle. On assiste alors à la genèse d'un phénomène d'ethnisme. Il se développe dans le sens du sursaut atavique de l'instinct de conservation qui oriente l'individu vers le groupe social
protecteur: la tribu, l'ethnie et la famille. A l'origine,
ces

types d'associations ont été à la base de réalisations de microprojets. Elles ont contribué à la construction de ponts pour désenclaver leur localité, la construction dëcoles, etc. Cest avec lëmergence des mouvements politiques -de 1985 à 1990- que la plupart de ces associations se dilueront dans le militantisme politique. L'unique référence politico idéologique qui leur fut proposée est la protection de lethnie. Il faut reconnaître qu'il y a eu une longue réticence de la part de ces populations. Après plus de vingt années d'expérience du parti unique, elles semblaient vivre dans la phobie de la chose politique. Les associations vont pourtant servir comme structures de base des mouvements politiques et des partis politiques. Les évènements et les manipulations qui suivirent vont finir par vaincre les réticences.
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Le 4 Juillet 1985, le coup d'État manqué du Colonel Diarra Traoré -annoncé par le gouvernement- est un point d'achoppement. Diarra Traoré fut Premier ministre et était ministre d'État chargé de l'éducation nationale au moment des faits. Le coup de force qui lui est attribué n'est pas considéré comme un putsch militaire découlant des contradictions au sein de la junte militaire au pouvoir. Celuici le perçoit comme une tentative de remise au pouvoir de l'ancien régime. Pire, Ion crée dans l'esprit populaire l'image de reconquête du pouvoir par lethnie du Président défunt: l'ethnie malinkéI. Vendetta et vandalisme s'abattent sur elle. Pourtant, la désapprobation populaire du coup d'État dans la capitale, Conakry, avait été unanime. Le président de la République, le colonel Lansana Conté assistait alors à une session de la Communauté économique des États de l~frique de l'Ouest (C.e.d.e.a.o) à Lomé, au Togo. Lorsqu'il revient le 5 Juillet, l'accueil des populations est un plébiscite. rarmée lui rend les honneurs, lui jure fidélité en lui offrant le grade de Général de brigade. Le 6 juillet, le discours qu'il prononce sur lesplanade du Palais du Peuple déclenche une vague de persécutions contre l'ethnie malinké. En effet, il déclare que les gens responsables d'attaques contre les familles malinkés et leurs propriétés ont parfaitement bienfait leur devoir pour la défense du pouvoir. Il leur dit en Soussou : « Wo fatara ». Wo fatara veut dire vous avez bien fait en soussou2, sa langue maternelle dans laquelle il fit une partie de son discours. Ceci scelle le destin politique d'une des plus grandes régions de la Guinée -la Haute Guinée- principal terroir de lethnie malinké. Le virus de la sécession politique y était ainsi injecté. Les hommes politiques en profitent. En particulier
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le Pro Alpha Condé qui y installe les bases du Mouvement démocratique national (Mnd) et de son futur parti politique, le Rassemblement du peuple de Guinée (Rpg). Partie de la Guinée à bas âge, Alpha Condé a fait ses études en France où il a été professeur à la Sorbonne. Il est fameu~ pour avoir été président de la Fédération des étudiants d~frique noire en France (F.e.a.nf) de 1967 à 1978. Il fait également partie de la liste des opposants de longue date au régime du président Ahmed Sékou Touré. Parmi les mouvements qu'il a crées, on cite un Parti des travailleurs. Mais cest avec le Mouvement national démocratique (Mnd) que le Pro Alpha Condé sengage sur la scène politique en Guinée. A cause du livre qu'il a publié La Guinée,Albaniede l'Afrique, certains n'hésitent pas à lui attribuer des penchants socialistes ou communistes. Au moment où le professeur Alpha Condé introduit son mouvement politique, les dazibaos de l'ancien consultant de la Banque mondiale, M. Bâ Mamadou Boye dénonçaient le fait que la junte militaire retardait la mise en place des institutions démocratiques pour s'éterniser au pouvoir. Comme Alpha Condé, il avait été au nombre des opposants à l'ancien régime, de lextérieur. Bâ Mamadou Boye fut le président de l'Organisation unique pour la libération de la Guinée (O.U.l.g)3.Revenu de la Côte d'Ivoire, où il gérait une entreprise de construction de logements, Bâ Mamadou Boye fut conseiller du président Lansana Conté. Il est devenu l'un des piliers des mouvements dopposition à son ancien employeur pour des raisons qu'il dévoilera tout au long du processus de transition. De lextérieur aussi, les anciens opposants au régime défunt se rassemblent autour de quelques personnalités. Ils exercent une forte pression sur le pouvoir pour le démarrage du processus démocratique. En même temps, certains parmi eux inondent le Cmrn de propositions dans l'intention avouée 20

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de s'associer à la gestion du pouvoir. Face à la réticence des militaires, cette opposition extérieure se fait entendre à travers les médias étrangers. Leurs critiques ont un sérieux impact à l'intérieur du pays où la multiplication des travers dans la gestion des deniers publics choque les populations. D'autant plus qu'au bout d'un temps relativement court, une bourgeoisie militaro- administrative sëtablissait de fait. Devant la poussée des mouvements politiques, le gouvernement militaire se crispe et oppose une autodéfense dont l'expression politique se matérialise en un Comité de soutien à l'action de Lansana Conté (Cosalac). Il est composé de civils et dirigé par El hadj Kane, un notable de la capitale. Dans lombre, El hadj Kane fera preuve d'une véritable ingéniosité politique dans la création et l'institutionnalisation d'une mouvance présidentielle autour du colonel Lansana Conté. Les témoignages concordent pour ressortir que la décision des associations préfectorales et de villages à jouer un rôle politique -à partir des groupements ethniques- a été stimulée par l'apparition spontanée du Comité de soutien au président Lansana Conté. Chacun croyait alors que l'armée se contenterait d'avoir libéré le pays de la dictature. LOn

s'attendait au retour en caserne de cette armée pour jouer
le rôle dévolue à une armée républicaine: la préservation du territoire national et la protection des acquis de la République. Mais dans la déclaration que le Cosalac publie, il est question de soutenir l'armée au pouvoir et la personne du président de la République, le colonel Lansana Conté. LOpinion publique sen étonne. Les intellectuels sont frustrés. Les mouvements politiques se vautrent dans la critique. Les démarches, différentes et opposées, conduisent à un processus ethnocentrique que nul ne pourra contrôler dans les années à venir.
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En effet, dans le levier directionnel du Cosalac se retrouvent, en majorité, les ressortissants de la Basse Guinée; notamment de lethnie soussou dont le chef de l'État est originaire. Cependant, le comité fait une requête auprès des notables de la Moyenne Guinée, vivant dans la capitale Conakry, afin d'acquérir leur adhésion. Ceux-ci ressentent aussitôt le besoin de se regrouper à l'instar de la Basse Guinée. Deux raisons prévalent. Premièrement, ils veulent donner une réponse reflétant les aspirations des couches sociales de la région. Deuxièmement, cela leur permet de prendre des mesures d'autoprotection face au regroupement à caractère politique initié par le Cosalac. Il va, sans dire, que les leaders des mouvements politiques ont joué, à l'arrière-plan, un rôle important. C'est le point de départ de la renaissance des quatre coordinations régionales. Dans l'histoire politique de la Guinée, ces coordinations avaient déjà servi de structures organisationnelles et de défense pendant la période de lutte pour l'indépendance nationale sous les appellations d'Unions. Pourtant, Ion savait qu'il y avait eu des affrontements sanglants entre elles dans le passé. L'affrontement le plus connu et le plus meurtrier fut celui qui opposa les soussous aux peulhs en 1959. Plus tard, c'estle chef de l'État qui adresse aux coordinations régionales renaissantes une lettre pour solliciter leur adhésion au Comité de soutien à l'action de Lansana Conté. Cette lettre qui lançait un appel en faveur d'une unité politique contre une invasion des mouvements politiques venus de lextérieur, déclenche la réaction contraire. Elle suscite plutôt un repli tactique de la part des autres coordinations régionales. Les ingrédients du processus de formation ethnocentrique des futurs partis politiques se mettent en place. Lethnostratégie va pourtant devoir s'accommoder sur la scène politique guinéenne d'une autre stratégie. Celle qui consiste à inciter le
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Guinéen au rejet du Guinéen.

1.1 - Les coordinations l'ethnostratégie

régionales

et la genèse de

Les mouvements politiques sëlaborent autour des coordinations régionales. Les vieux routiers de l'opposition à l'ancien régime, devenus de nouveaux opposants au régime en place, les exploitent à fond. Le pouvoir en place -encore auréolé de sa période de grâce prolongée- leur a offert les éléments essentiels de discours et de prises de position politiques. Parmi les ingrédients, il y a la déclaration faite par le président de la République, le 6 juillet 1985, et la formation du Cosalac. En Haute Guinée, la cause était entendue. La coordination du Mandé4 -qui la représente- exige du chef de l'État des excuses publiques qui se font encore attendre. Le mot dordre y devient: rejet du régime et autodéfense organisée. Au FoutahS (Moyenne Guinée), on ressuscite le souvenir de la «situation particulière du Foutah» pour rebâtir la coordination régionale sur des bases solidaires. Dans les années 70, sous la Révolution, lethnie peulhe avait fait lobjet d'attaques de la part du Président Ahmed Sékou Touré. Ce dernier l'avaitaccuséde « sabotage économique et de complot contre la nation ». La coordination de la Basse Guinée se met en mouvement à partir du Cosalac dans des circonstances singulières. A Conakry, la capitale guinéenne, un personnage haut en couleur dénommé le prince de Wonkifong écrit une lettre critiquant l'ethnie peulhe dans un document. [intéressé est considéré par plusieurs comme mentalement déséquilibré. Toutefois, sa lettre est publiée par Bâ Mamadou Boye, le leader du futur parti politique, l'Union pour la nouvelle
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république (Unr), et distribuée dans la ville. Lévènement entraîne une réunion des notables de la Basse Guinée. Le comité de conciliation qui est mis en place veut empêcher une contradiction antagonique flagrante entre les ethnies. Il y réussit. Cest ce comité qui devient la tête de pont de la coordination de la Basse Guinée. Mais en face, et en travers de son chemin, il y aura toujours le Cosalac. D'autres mouvements distincts naîtront de leurs contradictions. La Guinée Forestière observait tous ces mouvements en prenant conscience du fait quelle peut être aussi une force électorale avec laquelle il faudra compter. Les mouvements politiques constitués se contentant au départ de pamphlets, de dazibaos, de déclarations et d'articles de presse pour mobiliser ont, désormais, leurs terrains de recrutement fertiles: les coordinations régionales. Leur origine historique et sociopolitique repose sur l'ethnie en tant que groupe organisé de défense et de soutien. À l'avenir, il va être difficile d'implanter des partis politiques avec les caractéristiques et composantes nationales requises. Lautre stratégie typique de la diasporaphobie est animée par le Cosalac et soutenu par le pouvoir en place. Elle ne contribue pas non plus à fortifier la nation guinéenne en tant quentité globale dans la diversité. Les mouvements politiques les plus organisés avaient été formés à partir de lextérieur par les réfugiés politiques et économiques sous la première République. Les personnalités apparaîtront au fil des évènements sur la scène politique. Parmi eux, on peut citer, outre Alpha Condé et Bâ Mamadou, Mansour Kaba, Jean Marie Doré6, Abdoulaye Porthos Diallo, etc... .De jeunes leaders politiques émergent également de cette diaspora guinéenne. Pour stopper leurs élans et leurs avancées politiques à l'intérieur du pays, les termes de Guinéens de la diaspora et Guinéens de l'extérieur sont utilisés pour les distinguer. Le 24

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label sert alors à désigner ceux qui ne sont pas restés pour vivre la Révolution sous l'ancien régime. Implicitement, cela signifiait qu'ils nant le droit de participer à la direction du pays que derrière ceux qui ont vécu la période révolutionnaire de la Guinée: les sédentaires. Il n'était pourtant pas question d'héritage politique à monopoliser ou à partager. Le putsch du 3 Avril 1984 a entraîné une rupture politique brutale et absolue. Toutefois, les notions de guinéens de l'extérieur et de guinéens de la diaspora se confondent -facilement- avec la notion de l'anti-guinéen. Ce dernier terme a fleuri dans le discours révolutionnaire pour désigner aussi bien les opposants à lextérieur que les États et personnalités qui les accueillaient ou les supportaient. En tous cas, l'esprit populaire sen empare et les positions deviennent tranchées. Même dans les familles -après les premiers moments de retrouvailles avec les parents venus de lextérieur- la rupture est nette dans les débats sur l'avenir de la Guinée. LCépée forgée sous la 1re République pour lacérer lopposition extérieure d'hier a pourfendu le corps social à l'intérieur sous la 2e République. Dans l'administration, les nouveaux venus ou guinéens de l'extérieur qui occupent des postes de responsabilité technique se heurtent à un mur d'hostilité soutenue par cette expression: « ils ne connaissent pas la Guinée ». De leur coté, ces guinéens de l'extérieur ainsi tenus en instance se drapent dans le manteau de prophètes qui apportent la science et la technologie du développement. La contradiction devient antagonique. Saconséquence la plus manifeste est, sans doute, la suppression de la structure gouvernementale du secrétariat d'État initialement crée pour la mise en place des structures d'accueil en faveur des Guinéens venant de lextérieur. La stratégie de distinction entre Guinéens se concrétise de plus en plus. Toutefois, elle se heurte à lethnostratégie.
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Les deux s'énoncent et se développent en se bousculant sur le terrain politique. Les conséquences vont influencer le destin de la Guinée. En même temps, la gestion du pays par le gouvernement militaire et le Cmrn générait une crise sociale qui se manifeste sous diverses formes.

1.2 - La Crise Sociale, démocratique

tremplin

de la transition

Dans cette période où se profile le processus vers la constitution de partis politiques -en Guinée comme dans plusieurs autres pays africains- les mouvements politiques bénéficient du besoin dexpression longtemps refoulé des populations ainsi que des composantes de la société civile. Fraîchement sortis des impératifs de la bipolarisation favorisant alors lexpression des sensibilités politiques antagoniques ou hybrides, les hommes politiques innovent peu ou pas du tout. Ceci limite les discours à des dénonciations et aux critiques. En Guinée -comme partout en Afrique- la conséquence immédiate fut une course effrénée pour semparer du pouvoir politique. Cet objectif relégua au dernier plan l'usage de thèmes et prescriptions utilitaires pour soigner les plaies que laisse tout régime unitaire, de dictature, de quelque nature qu'il soit. Les mouvements politiques et, plus tard, les partis politiques se rabattent sur les thèmes immédiatement mobilisateurs. Ils agitent le sceptre conquérant de la Conférence nationale souveraine avec son fouet correcteur; le Gouvernement d'union nationale de transition. Cette

régulation politique - alors automatisée en Afrique - ne
prendra pas corps en Guinée. Elle y est remplacée par la 26

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critique directe des hésitations et lenteurs du pouvoir à emmancher, concrètement, le processus démocratique. Celui-ci avait été annoncé dans la déclaration de prise du pouvoir par l'armée en 1984. Il avait été repris dans le discours dénommé discours-programme prononcé par le chef de l'État, le 22 décembre 1985. En décembre 1988, tout cela avait été soutenu par l'annonce de l'instauration du multipartisme sous la forme d'un bipartisme. En 1989, la volonté de poursuivre le processus démocratique avait été réactualisée par une proposition de bipartisme précédée d'une période transitoire de cinq ans. Une intention de juguler lethnostratégie? Elle avait déjà gagné du terrain, constituant la seule source d'inspiration des mouvements politiques. Ces derniers s'opposent donc farouchement aux propositions du pouvoir. Alors que la Loi fondamentale- qui remplaçaitla Constitution révolutionnaire de 1982 - devrait être votée le 23 décembre 1990. A ce moment, la Guinée bénéficie d'une avance honorable sur le discours de la Baule qui instituera les bases d'une politique de coopération avec la France fondée sur la transition vers la Démocratie et la Bonne gouvernance. Les évènements de l'Est avec la perestroïka et la glasnost se profilaient à l'horizon. En Afrique, plusieurs pays étaient en butte avec les conséquences de la bipolarisation idéologique et économique. Mais, le Cmrn et le gouvernement qui ont donné l'impression de se contenter de conduire la transition souhaitaient, désormais, perdurer au-delà; même dans une légalité conquise à la force du poignet, voire du fusi1... Bâ Mamadou Boye condamne cette attitude, en 1990, dans un de ses tracts intitulé Six ans ça suffit. Il fait remarquer

à propos de l'armée et du président de la République: « Les
choses ont commencé à changer après le 5 juillet 1985, quand
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ils ont pensé que le peuple de Guinée leur avait donné un mandat ». Dans le changement d'attitude du pouvoir en place deux facteurs sont à considérer. Le premier est le soutien exprimé par les populations de la capitale au président Lansana Conté à la suite du coup de force manqué du 4 juillet 1985. Le second est - indubitablement - la naissance du Cosalac en tant que structure politique organisée. Plus préoccupés de politique que dëconomie, les acteurs politiques sont surpris par l'éclatement de la crise sociale. Elle avait tiré ses éléments fertilisants de la situation générale du pays. La masse des chômeurs, y compris les diplômés sans emploi, s'était considérablement gonflée. Trois catégories se distinguaient alors: 1°- Les 12.000 déflatés de la fonction publique. Déflatés est l'appellation donnée aux travailleurs qui sont licenciés suite à l'application du Plan d'ajustement structurel (P.a.s) -à partir de 1986- financé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Entre 1988 et 1989, pour réduire le nombre pléthorique de travailleurs engagés dans la fonction publique guinéenne hérité de la 1re République, le gouvernement avait organisé un test d'épuration en vue de faire une sélection. LOpération s'inscrivait dans la logique des mesures d'assainissement économiques du P.a.s. Ce plan deviendra plus tard, en 1991, la Facilité d'ajustement structurel renforcé (F.a.s.r). 2°- Les licenciés des 120 unités de production nationales vendues. Entre 1985 et 1986, suivant sa politique de désengagement, l'État avait cédé ces unités à des opérateurs économiques privés guinéens. 3°- Les diplômés sans emploi des universités guinéennes (1986-1990). Les nouveaux sortants des universités ne bénéficiaient plus -automatiquement- d'un emploi dans la fonction publique. Comme ce fut le cas sous le régime 28

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défunt. Dans la réalité, le désengagement de l'État dans plusieurs secteurs de l'économie nationale ne rencontre pas l'émergence d'une couche d'investisseurs nationaux capables de gérer la transition vers une économie nationale de marché. Or, l'investissement étranger est en fonction exponentielle de la volonté en matière d'investissements intérieurs en termes de potentialités et de garanties juridiques suffisantes et rassurantes. Les dirigeants en Guinée nen offraient pas! Par contre les quelques investisseurs courageux qui voulaient bien tenter l'aventure à leur propre risque sont très tôt découragés par les demandes intempestives de pots de vin et de commissions à payer aux personnalités gouvernementales et dans les structures de l'administration nationale. Le constat révolte et anime la contestation. D'autant que la démarche qui conduit les réformes économiques s'accompagne de scandales financiers exempts de toutes sanctions ou pénalités. Ils sont résolus dans les alcôves secrètes des départements ministériels au cas par cas et au gré des intérêts particuliers, en dehors de la justice. En cette période, le classement de la Guinée selon l'Indice de développement humain (Idh) à la 162ème place attire l'attention sur lextrême pauvreté des populations et l'absence d'investissements sérieux dans les secteurs clefs de lëducation, la santé, leau, l'électricité, l'habitat. Dans la même période, cependant, le revenu par tête d'habitant était passé de 130 $ US en 1985 à 430 $ US en 1990. Pour apaiser le mécontentement général, les discours du chef de l'État étaient concentrés sur la nécessité de corriger les tares, notamment dans la gestion administrative. Le 1er octobre 1988, il disait à propos du redressement des mentalités, si celui - ci nécessiteplus d'une génération; celui des institutions sefaisant par étape, c'est-à-dire au pas, il est
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Guinée

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reconnu que celui de l'administration et de l'économie devra se faire au galop7. Il fustige la corruption et les détournements presque institutionnalisés des hauts fonctionnaires de l'État. Le 1er octobre de l'année suivante (1989), cette moralisation de la vie publique par le président de la République, se poursuit

sur un autre registre. Il s'en prend à tous en déclarant:

«

ily a

aussi la tendance à l'enrichissement rapide par l'accaparement des biens publics. Cette tendance est généralement encouragée

par lesparents et amis »8. Ces discours n'apaisent nullement. De novembre 1991 à 1992,la crise de l'université, l'Institut polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry (Ipganc), éclate. Elle fait des morts et des blessés mais surtout accentue la division du pays. Les revendications, visant l'amélioration des conditions de vie et d'études, se noient rapidement dans un règlement de compte entre fractions ethniques estudiantines manipulées par les mouvements politiques mais aussi le pouvoir en place. C'est au cours de ces évènements que naît la vocation politique de Bah Oury, futur leader de l'Union des forces démocratiques (Ufd). Suite à la mort de deux étudiants tués lors d'une confrontation avec les forces de lordre, il est arrêté en participant à une manifestation de protestation. Étudiant en France, à l'époque des faits, les diverses réactions des mouvements d'opposition -à lextérieur et à l'intérieur du pays- en faveur de sa libération contribuent à le faire connaître de lopinion nationale. Son charisme et ses prises de position font de lui un moment le porte-parole des jeunes en Guinée. Cette crise de l'université du fait de sa politisation entraîne le pays au bord de la guerre civile! Les bastions ethniques en dehors de l'université s'organisaient pour la défensive. Tout pouvait arriver.
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