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L'Afrique... quelles institutions pour demain ?

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L'intégration est de nos jours une obligation catégorique pour les dirigeants et peuples d'Afrique. L'auteur estime qu'il est nécessaire de sortir du clivage "fédéralistes" et "souverainistes" d'autant plus que sur le principe, tout le monde est d'accord pour les Etats-Unis d'Afrique. Mais une entité panafricaine ne peut être viable sans des institutions solides et assumées aussi bien par la société civile, les partis politiques, les institutions et tous les corps intermédiaires.

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Ajouté le 01 octobre 2009
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EAN13 9782336251752
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L’AFRIQUE…QUELLES INSTITUTIONS POUR DEMAIN ?

MICHEL NKOTI BOHOLE

L’AFRIQUE…QUELLES INSTITUTIONS POUR DEMAIN ?

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-07813-0

A mes enfants, afin que chacun d’eux agisse comme un levain qui contribuera à faire germer l’arbre de l’Afrique de demain

Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. Isaac Newton

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage, comme le premier volume qui le précède, est le résultat d’une longue chaîne de solidarité. Amorcé à Paris en avril 2003, et achevé à Kribi en avril 2009, il est le fruit de la volonté d’un citoyen du Cameroun, d’Afrique et du monde, qui estime avoir beaucoup reçu des autres, et qui essaye à son tour de donner un peu. Les responsabilités administratives, sociales, culturelles, et surtout politiques, ne m’ont pas souvent laissé le temps de m’y pencher. C’est à partir de Juin 2007 qu’un certain concours de circonstances m’a permis d’y consacrer suffisamment de temps. De nombreux voyages ont été nécessaires, bien des bibliothèques ont été visitées dans un certain nombre de capitales européennes et africaines, de nombreux ouvrages ont été lus. Les délais de recherche et de rédaction étant longs, peut-être qu’à la parution du présent ouvrage, certains sujets abordés auront évolué, seront dépassées. Tel spécialiste de telle période, de telle région ou de tel sujet sera peut-être scandalisé par le schématisme de tel ou tel chapitre. Il serait impossible d’énumérer les noms de toutes les personnes qui m’ont aidé de leurs conseils, de leurs encouragements, de leur assistance multiforme au cours des six années de rédaction de cet ouvrage, qu’il s’agisse d’éminents professeurs, de directeurs et agents de bibliothèques, de proches parents et d’amis ; je pense aussi aux secrétaires, chauffeurs de taxis, cuisiniers de restaurants et de cantines universitaires etc…
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Quelques-uns ont requis l’anonymat ; qu’il me soit permis de citer au moins, en plus de ma femme et de mes enfants, Innocent Ondoa Nkou, Claude Melone Loe, Michel Mahouve, Serge Benae, Pierre Mahouve Ntheppe, Martin Ndende,Guy She Etoundi, Jean Marie Abouna, Xavier Ekambi, Marie Antoinette Ekambi, Roger Mboulley, Elise Mboulley, Jean Marcel Cluzelle, Collins Mahouve, Anicet Eloundou, Joël Aristide Mbvoula, sans oublier Joséphine Mbonga Ewala, la secrétaire qui a sorti ce texte de sa forme manuscrite. Enfin, je remercie d’avance les lecteurs et lectrices des quelques lignes qui vont suivre.

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AVANT PROPOS

L’ambition de l’auteur des quelques lignes qui vont suivre a été de dire ce qu’il observe, ce qu’il croit comprendre, ce qu’il espère de toutes ses forces, et surtout ce qu’il propose. Son propos se fonde sur sa vision du monde actuel, sur la situation actuelle de l’Afrique et sur sa conviction que ce continent aux multiples facettes peut faire beaucoup mieux qu’aujourd’hui, pourvu qu’il accepte de s’unir véritablement. A l’heure où même les plus grands sentent la nécessité de grandir davantage en s’unissant, l’éventualité de l’émergence d’une nouvelle et unique nation africaine à travers une multitude de réalités et d’êtres ne peut se ramener à des discours, à des formules, à des images ou à des mythes ; il faut plutôt des propositions concrètes, qui ont certainement déjà été faites, mais sur lesquelles il n’est ni inutile, ni superflu de revenir, tant que cet impératif salvateur ne se sera pas réalisé. La présente contribution propose quelques esquisses de réponses à des questions que les Africains d’aujourd’hui et de demain peuvent se poser à propos de leur éventuel futur pays unique, quelques pistes de réflexion sur la situation présente par rapport aux heures grandioses ou tragiques du passé et surtout une projection sur l’avenir. Elle n’embrasse pas une période déterminée ; elle propose plutôt des itinéraires possibles en partant de la situation globale de la totalité des pays de l’Afrique d’aujourd’hui. Des années s’écouleront, des siècles peut-être, avant que la balkanisation actuelle ne prenne fin, cédant
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ainsi la place à une seule et unique entité étatique. Beaucoup « d’encre et de salive » coulera ; beaucoup de sueur, de larmes et peut-être même de sang aussi ; des situations évolueront, certaines même changeront du tout au tout. En parcourant ces lignes après leur écriture, l’auteur souhaite que le sentiment qui prédominera chez le lecteur ne soit pas celui d’avoir déjà lu ou entendu ce qui s’y trouve. L’auteur espère beaucoup mieux : que ce lecteur, citoyen d’Afrique ou du monde, quelque soit sa race, son lieu de résidence, rejoigne la cohorte des Africains qui se aux demandent comment un continent potentialités humaines et économiques si connues peut-il se trouver dans la situation catastrophique que même les observateurs les plus complaisants lui reconnaissent aujourd’hui ? La présente contribution est publiée à un moment semblent où la plupart des pays Africains traverser une crise politique, économique, sociale et morale sans précèdent. Pour nombre d’observateurs impartiaux, la réalité et le quotidien de l’Afrique d’aujourd’hui qui ont pour noms concussion, trafics de toutes sortes, tribalisme, népotisme, incivisme, irresponsabilité et inhumanité apparaissent comme un solide legs des aînés sociaux de toutes sortes ; certains n’hésitent pas à penser que la situation est irrémédiablement compromise, qu’il n’y a plus rien à faire… La présente contribution voudrait, à la suite de biens d’autres, rendre justice à certains « pères des indépendances », rassemblés en pensée politique sous l’appellation du « Groupe de Casablanca », qui n’a malheureusement pas été suivi par le « Groupe de Monrovia ». Elle se veut une réaction contre le découragement, la résignation, voire la démission, un refus
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de penser que tout est fini, que les Africains ne peuvent pas se ressaisir, une invitation aux générations présentes et surtout futures à ne jamais perdre de vue que rien de vraiment grand ne se construit sans qu’il y ait au départ un rêve réellement puissant, puis, un labeur continu et réfléchi, un humanisme à toute épreuve, un sens élevé de l’autre et de l’Etat et une volonté inébranlable de les servir, et que les triomphes et les défauts du dehors, sont des reflets fidèles des qualités et des insuffisances du dedans. La situation de l’Afrique d’aujourd’hui devrait amener tous ses enfants à réfléchir sur son avenir. Puissent ces quelques lignes y contribuer…

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INTRODUCTION

Ces lignes s’adressent avant tout aux jeunes Africains, originaires de tous les Etats de l’Afrique d’aujourd’hui, surtout ceux qui sont nés après les années 90, les années pendant lesquelles la crise économique, et par ricochet politique et morale, a secoué le vieux continent ; ces jeunes qui, à tort ou à raison,critiquent tout et ambitionnent de prendre la relève de leurs aînés qui ont hérité des Etats d’aujourd’hui après les « Pères des indépendances », ces jeunes qui s’interrogent sur ce que ces pères et aînés ont été réellement, ont fait, et qui cherchent dans leurs comportements, dans leurs actes et écrits, des réponses aux questions qui les tourmentent sur la situation de leurs pays respectifs et de tout leur continent en général. Ces jeunes qui vont souvent jusqu'à oublier que leurs pères et aînés ont participé à de nombreuses batailles sur les différents fronts politiques, économiques et sociaux, souvent dans des conditions extrêmement difficiles, avec les moyens de leur temps. L’écrasante majorité de ces jeunes estiment que la situation actuelle de l’Afrique incite à penser que ces pères et aînés n’ont pas gagné ces batailles, pour ne pas dire qu’ils les ont même perdues, que leurs rêves n’étaient pas suffisamment puissants, que leur espérance n’était pas assez forte. Les leurs seront-ils plus puissants et plus forts ? Il faut l’espérer, tant l’Afrique est par bien des côtés déplorable aujourd’hui. De nombreuses voix s’élèvent à nouveau pour dire que la seule issue à cette situation est l’unité politique réelle du continent en une seule entité étatique. C’est du reste une des raisons majeures qui m’ont
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poussé à écrire ces lignes, qui ne constituent pas, loin s’en faut, une étude prospective et exhaustive de ce que peut être l’Afrique de demain. L’objectif est beaucoup plus modeste : égrener et évoquer quelques pistes de réflexion et essayer de parier sur l’avenir. D’aucuns trouveront ces lignes quelque peu utopiques, peut-être même simplistes jusqu’à la banalité des sentiers battus. Je pense sincèrement que si ces sentiers de l’union réelle pour un mieux- être de tous les Africains étaient tellement battus, nous n’en serions certainement pas là. D’autres parleront de rêves. Je réponds qu’au fond dans la vie tout commence par le rêve ; et que l’interprétation humaine du rêve constitue un travail considérable, avec des résultats souvent si petits, un travail qui suppose une modestie tellement nécessaire, avec pour seule espérance être parmi ceux qui soulèvent la réflexion qui doit aboutir un jour peut-être au sursaut de tous les Africains. La réflexion sur un rêve peut aussi aider à mieux saisir certaines situations. J’aimerais tant que les générations présentes et futures comprennent qu’il faut cette union politique et économique réelle, qu’il faut y travailler avec foi en pensant intensément à l’avenir de ces peuples, de ce continent où pratiquement tout apparaît aujourd’hui si morose, si terne, si sombre. Je serai certainement accusé de rêver les yeux ouverts, tant l’avènement des Etats-Unis d’Afrique, susceptible de faire du continent africain un acteur majeur sur la scène mondiale rencontre et continuera à rencontrer une opposition farouche à l’intérieur comme à l’extérieur. A cette accusation, je réponds que pour ma part, l’invitation à réfléchir qui est la pierre angulaire de cet ouvrage, devrait amener tout Africain libre, informé, équilibré et responsable à se demander si la recherche de la lumière sur certaines zones d’ombre ne peut aider à mieux saisir
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les différentes tares des pays de l’Afrique d’aujourd’hui, et par conséquent à mieux préparer leur jugement des événements et des hommes d’une part, et à prendre de bonnes résolutions sur l’avenir du plus grand nombre d’autre part. Alors, l’Afrique demain peut-être unie, décidément un rêve ? Après tout pourquoi pas, si ce rêve ressemble à celui qu’eut Martin Luther King à propos de l’émancipation des hommes de couleur en Amérique, à celui de John Fitzgerald Kennedy à propos d’un Noir Président des Etats-Unis d’Amérique un jour ? Ces deux rêves datent des années 60 ; qui pouvait prévoir en ce moment-là, que moins de cinquante ans plus tard, ces deux prophéties, pourtant pas moins compliquées que les EtatsUnis d’Afrique, se réaliseraient ? Alors continuons à rêver, à rester positifs, à penser que nous pouvons le faire. « Yes we can », a dit justement Barack OBAMA. Ainsi « l’histoire dira un jour son mot, l’Afrique écrira sa propre histoire1 », demain peut être…

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Patrice Lumumba, dans sa dernière lettre à sa femme.

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Première Partie :

LA MARCHE VERS UNE AUTRE AFRIQUE

A-

LES ACTEURS DE DEMAIN

Les acteurs, au sens strict de la vie politique, sont ceux qui en poursuivent les enjeux, c'est-à-dire visent à conquérir ou influencer le pouvoir d’Etat pour faire triompher des intérêts collectifs déterminés. Le peuple, dans les régimes non démocratiques, n’est qu’un observateur passif et paralysé, inattentif peut-être. Ces régimes-là ne sont heureusement plus qu’un triste souvenir aujourd’hui en Afrique. Dans les régimes de l’Afrique actuelle et ce sera beaucoup mieux demain, le peuple est un arbitre, à temps très partiel comme partout au monde, des péripéties de la vie politique. L’arène proprement dite appartient à des acteurs collectifs, partis et groupes de pression, et à des acteurs individuels, les militants et les dirigeants. Certaines organisations politiques visent à exercer directement au moins une partie, sinon la totalité du pouvoir politique : ce sont les partis ; les autres se contentent d’influencer de l’extérieur le pouvoir politique afin d’infléchir son action dans un sens favorable aux intérêts qu’ils représentent : ce sont les groupes de pression. Entre les uns et les autres, il existe un problème commun, celui de la représentativité.
I- Les partis politiques.

Il faut attendre l’émergence au XIXe siècle de la démocratie moderne, c'est-à-dire l’attribution du droit de suffrage à des catégories nombreuses de citoyens, pour voir apparaître les partis au sens contemporain du terme, à savoir des organisations dotées d’un minimum d’institutionnalisation et de stabilité. Paradoxalement, les partis sont nés malgré l’ostracisme des fondateurs de la démocratie politique. Par exemple, les Pères de la
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constitution américaine de Philadelphie en 1787 craignaient vivement la pression des factions sur l’indépendance des représentants du peuple. Cela dit, les objectifs poursuivis par les partis politiques sont d’ampleur variée. Parfois l’enjeu est limité : il s’agit d’opérer une mobilisation politique autour d’un homme ou d’une équipe pour leur permettre de l’emporter. Certains partis ne sont que de simples organisations autour d’un leader. L’enjeu est plus large lorsqu’il s’agit également d’infléchir une politique, de faire prévaloir certains intérêts déterminés de groupes sociaux. Doctrines et programmes apparaissent alors qui ont pour objet d’expliquer un projet ou une politique, d’en souligner les références et cohérences, d’attester la légitimité et le sérieux de l’entreprise partisane. Enfin, l’enjeu des luttes partisanes peut être le modèle de société, c'est-à-dire un projet global affectant l’ensemble du système social et politique. Il convient d’ajouter que là où la vie politique se trouve enfermée dans d’étroites contraintes ou même étouffée, il arrive que d’autres organisations soient détournées de leur mission normale et de facto investies du rôle que ne peuvent jouer correctement les partis. Tel a souvent été le cas des églises ; on l’a vu à de nombreuses époques de l’Histoire ; par exemple en Irlande ou en Pologne hier et aujourd’hui, également aussi dans certains pays de confession musulmane où le fondamentalisme prêché dans certaines mosquées véhicule des options nationalistes et conservatrices. Cette activité politique de substitution s’est trouvée dévolue également à des clubs de pensée ; par exemple des cercles d’écrivains et d’intellectuels dans la Russie tsariste ou l’empire ottoman, et plus près de nous, des organisations syndicales en Afrique du Sud et dans nombre de pays du Tiers-monde dépourvus de vie démocratique.
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Pour des raisons variées, des dirigeants des partis politiques de l’Afrique actuelle jouissent généralement d’une forte longévité politique ; cela tient principalement et entre autres au fait qu’ils en sont à très peu d’exceptions près les fondateurs, et que dans ce continent, des traditions plusieurs fois séculaires confèrent à celui qui a initié quelque chose une aura difficile à effacer. C’est ainsi que, sauf séismes politiques relativement rares, ils conservent parfois presque indéfiniment le contrôle de leur organisation grâce à leur prestige, souvent leur compétence ou expérience, aussi à l’information privilégiée qu’ils détiennent sur l’état d’esprit des militants et des cadres, et enfin à leur haute main sur les ressources financières ou les mécanismes statutaires tels que le contrôle des flux d’adhésion, les procédures d’exclusion etc… C’est une manifestation du phénomène oligarchique si présent ici et d’ailleurs sous d’autres cieux aussi. De ce fait il en résulte une nette tendance à la gérontocratie qui freine le renouvellement du personnel politique. Dans les systèmes de partis stables, particulièrement les partis uniques installées au pouvoir jusqu’aux années 90, la sclérose progressive était plus nettement marquée et difficilement évitable. Dans l’Afrique de demain à coup sûr, les dures exigences de la compétition politique conduiront soit à un relatif auto-renouvellement intérieur, la lutte des générations débouchant inévitablement sur une promotion inévitable des « jeunes », soit à l’émergence du fameux phénomène des cycles : une génération politique neuve s’impose à travers un nouveau parti qui réussit ; solidement installée aux commandes, (mandats électifs, responsabilités dans l’organisation), elle vieillit progressivement avec le parti, qui entame alors un déclin progressif, parfois très lent, jusqu’à ce que la « vieille maison », devenue « écorce vide », se trouve désertée par
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ses militants et ses électeurs ; elle est alors très discréditée, à moins qu’elle ne se trouve prise d’assaut par de « Jeunes Turcs » décidés à une rénovation radicale . C’est pour cela que, comme nous l’avons souligné avec insistance plus haut, la création des partis politiques dans cette Afrique de demain devra être précédée d’une très large et profonde réflexion, ce d’autant qu’en raison du phénomène oligarchique, ces partis seront appelés à remplir, avec beaucoup de difficultés, dans un espace politique terriblement composite, leur fonction primordiale de sélection, comme partout au monde, du personnel politique national et local. Tout dépendra d’ailleurs du choix qui sera fait, en termes de famille, d’espèce ou de genre de partis. Il est difficile d’imaginer un seul instant le retour au parti unique. Autrefois nombreux en Afrique, ils se caractérisaient par un monopole officiel de la vie politique et relevaient de deux modèles savamment mélangés : parti d’avant-garde et parti du peuple tout entier. Par leur coté avant- gardiste ils se rattachaient à une conception élitiste en recherchant la cohésion politique par un haut niveau de formation idéologique d’un tout petit nombre ; ce verrouillage garantissait généralement une meilleure rigueur doctrinale du discours, une plus grande radicalité des pratiques, surtout face, de temps en temps, à l’existence de noyaux fermes de militants aguerris et exigeants pouvant constituer une contrainte gênante sur les gouvernants soucieux d’intérêts collectifs plus larges ou désireux de modérer le cours de la vie politique. Le côté avant-gardiste faisait l’objet de toutes les attentions par rapport à l’objectif de réalisation de l’ambition de contrôle exclusif de la vie politique, et parce que les dirigeants proclamaient leur irréductible spécificité, fondée, disaientils, sur l’accomplissement d’une mission historique dont ils étaient les seuls porteurs. Par leur côté parti du peuple
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tout entier, ils se sentaient des instruments privilégiés de régulation sociale. Ils constituaient assurément un relais décisif du pouvoir des gouvernants, qu’ils s’en servent de façon active pour mobiliser autour des objectifs définis par eux, ou de façon passive pour encadrer et contrôler. Dans ce contexte, l’osmose entre le parti et la société, entre ses dirigeants et ceux des grandes institutions politiques, économiques, militaires et culturelles etc… conduisait à transposer, en leur sein, de façon ouverte ou larvée, les antagonismes et rivalités qui traversaient l’ensemble de la société. L’homogénéité politique ne pouvait être que de façade dans une telle organisation qui constituait, en outre, le passage obligé pour tous ceux qui rêvaient d’accéder aux sommets. Enfin, il n’était pas simple de savoir qui contrôlait qui. Comme depuis les années 90 dans l’écrasante majorité des Etats de l’Afrique actuelle, l’Afrique de demain fera certainement le choix des partis de rassemblement à vocation majoritaire; leur terrain d’élection est la démocratie pluraliste, là où le verdict du suffrage universel constitue, comme chacun le sait, la seule procédure légitime pour trancher la compétition entre partis rivaux. Qu’ils soient conservateurs ou réformistes, c’est leur acceptation sans réticence du jeu du suffrage universel à travers des élections disputées qui leur confère leur physionomie spécifique. Seuls ou avec des alliés, ils cherchent à conquérir une majorité présidentielle, parlementaire ou locale. Pour attirer à eux un nombre significatif d’électeurs, il leur faut éviter de s’enfermer dans un ghetto social ou idéologique trop restreint ; il s’ensuit une certaine modération du propos, des doctrines ou des programmes, qui facilite d’ailleurs, parce qu’elle rassure, la perspective de l’alternance ; mais provoque aussi une pratique difficilement réductible des
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