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L'Afrique vue par ses jeunes

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L'Afrique continue de connaître de nombreux problèmes structurels de développement. En partant d'une évaluation objective de la situation actuelle des économies et des sociétés africaines, des perceptions qu'ont les jeunes africains des grandes problématiques de leur continent, de ses priorités et de ses futurs possibles, et d'un ensemble de témoignages, force est de constater que les jeunes africains ont une vision moins morose de l'avenir de leur continent.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2008
Nombre de lectures 18
EAN13 9782296430778
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


Driss Guerraoui Noureddine Affaya
L'AFRI QU
VUE PAR SIHS JI1U\ 11S
LE CHAOS ET L'ESPOIR
L' Harmattan
7, rue de I'Ecole-Polytechnique,
75005 Paris - France
Association de Recherche en Tél.. : 01 40 46 79 14
Communication Interculturelle Fax: 01 43 29 86 20 Ouvrage publié avec le concours de la Fondation CDG, la Fondation BCP
et le Service de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade de France
au Maroc
Publications de l'Association de Recherche
en Communication Interculturelle
L' fiemattan
Dépôt légal :
2007/816
ISBN :
978-2-296-03-595-9
2007









SOMMA LRIE
SOMMAIRE
Avant-propos 7
Introduction 9
PREMIER PARTIE
L'AFRIQUE
RÉALITÉS , POTENTIALITÉS ET DÉFIS DU FUTUR
Préambule : l'Afrique comme objet de réflexion 13
CHAPITRE I
UNE SITUATION SOCIALE ET POLITIQUE PRÉOCCUPANTE 19
CHAPITRE II
UN POTENTIEL ÉCONOMIQUE IMPORTANT ...33
CHAPITRE III
.37 LES DÉFIS DU FUTUR
DEUXIEME PARTIE
LES JEUNES ET L'AVENIR DE L'AFRIQUE
RÉSULTATS D'UNE ENQUÊTE
CHAPITRE I
LA SITUATION DE L'AFRIQUE ET DU MONDE VUE PAR LES JEUNES 45
CHAPITRE II
LES JEUNES AFRICAINS ET LES GRANDES MUTATIONS SOCIALES .51
CHAPITRE III
L'AVENIR DE L'AFRIQUE VU PAR LES JEUNES . . . . 71
CHAPITRE IV
LES GRANDES PRIORITÉS DE L'AFRIQUE SELON LES JEUNES . 83














Sr )I YNES
TROISIEME PARTIE
Attitudes et opinions
-Pour plus d'optimisme
Bassirou Bâ 95
-Se libérer des préjugés sur l'Afrique
103 Kisito Ngor Ndour
-Demain, une Afrique meilleure
Sarah Belkasmi 107
-Une jeunesse qui saura rendre à l'Afrique sa fierté et sa dignité
117 Ana Lita Lopez Rocha
-Une Afrique en quête perpétuelle de repères
Njiki Hugues . 121
-L'Afrique s'en sortira
Mohamed Lamine Doumbia 129
-Plus de maturité et de solidarité
133 Ousmane Tamboura
-Des défaillances et de l'espoir
Mohamed Nawfel Amer 139
-A condition de participer
Armel Lionel Okoya 145
-Le devoir d'agir
Sergio Da Silva Intchete 153
-Pour un nouveau village africain
159 Naoua Vincent Muyaya
-Renforcer le leadership des jeunes
163 Diallo Abdoul Kassim
-Se forger son propre avenir
Lamine Jaiteh 167
-Crise de confiance
Moro Ngui Arsel 169
-Je suis plutôt optimiste
175 Kwabena Boateng
SOMMAML ,
CONCLUSION GÉNÉRALE 177
ANNEXES ...179
- Déclaration Finale du 2ème Sommet Pan- Africain
des Jeunes leaders 181
- Données essentielles sur l'Afrique ...187
BIBLIOGRAPHIE . .193 ÀVANT-PROPO,
AVA I -PROPOS
La tragédie que connaît actuellement le Continent africain avec son
lot de pauvreté, d'analphabétisme, de maladies, de chômage, de pressions
migratoires, de guerres tribales, de menaces intégriste et terroriste et de
fractures diverses repose en des termes nouveaux le débat sur l'avenir des
sociétés et des économies africaines et par voie de conséquence sur les
perspectives du développement futur de tout le Continent.
Face à l'afro pessimisme ambiant, nous avons voulu interroger les
africains eux-mêmes pour savoir plus sur la vision qu'ils ont de leur
propre avenir. Aussi avons-nous réalisé une enquête auprès des 100 jeunes
leaders représentants 25 pays parmi les 44 pays qui ont participé au
travaux du Sommet PanAfricain des Jeunes Leaders, organisé sous la
Présidence effective de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à l'Université
Al Akhawayn à Ifrane du 18 au 23 août 2005 et nous avons recueilli des
témoignages auprès de jeunes appartenant à 13 pays du continent, connus
pour leur qualité de leaders au sein de la Confédération des étudiants et
stagiaires africains au Maroc.
L'étude, fruit de cette enquête et de ces témoignages, a bénéficié
d'un appui de la Fondation de la Caisse de Dépôt et de Gestion, de la
Fondation de la Banque Centrale Populaire, du Service de Coopération et
d'Action Culturelle de l'Ambassade de France et de la mobilisation des
membres du Secrétariat Général de la Confédération des Etudiants et
stagiaires africains au Maroc.
Nos plus vifs remerciements aux responsables de ces institutions et
à tous les jeunes pour leur concours précieux, leur confiance sans cesse
renouvelée et leurs contributions à la réalisation de cette étude. Qu'ils
trouvent tous ici l'expression de notre profonde reconnaissance.
Driss Guerraoui Noureddine Affaya INTRODl CTIO GÉ.N111:.A1.171
INTK'()I l'(1 - 1()N
L'Afrique continue de connaître, de façon aigue et dramatique, de
nombreux problèmes structurels de développement, notamment de
pauvreté, de maladies graves, d'analphabétisme, de chômage des jeunes, de
pressions migratoires internes et externes, de fracture numérique, de
guerres tribales, de lutte politiques internes, mais aussi d'intégrisme et de
terrorisme, problèmes qui menacent la paix et la stabilité au sein de
l'ensemble du continent.
Ces problèmes se trouvent aggravés dans certains pays par la crise
de gouvernante des champs économique, politique, social et religieux, la
persistance du poids de la dette, une valorisation non optimale des
ressources humaines, naturelles et énergétiques, un retard en matière d'accès aux
nouvelles technologies de l'information et de la communication et par la
crise de production et de reproduction des élites politiques , administrati-
,.
ves et managerielles à la mesure des défis qui sont lancés au continent.
Cependant, aussi paradoxale que cela puisse paraître, l'Afrique
dispose de potentialités humaines, naturelles et économiques importantes qui
augurent d'un avenir qui pourrait bien contredire l'afro pessimisme
dominant concernant ce continent.
C'est ce qui ressort des conclusions de la présente étude et des
résultats de l'enquête que nous avons réalisé auprès d'un échantillon de
100 jeunes, âgés de 18 à 35 ans, représentants 25 pays africains parmi les
44, ayant participé au sommet panafricain des jeunes leaders, sommet
organisé par le Royaume du Maroc en partenariat avec le Secrétariat
Général de l'Organisation des Nations Unies, le Programme des Nations
Unies pour le Développement et The Global Peace Initiative of Women,
en août 2005.

PAR SI ,)It lo
En effet, en partant d'une évaluation objective de l'état de la
situation actuelle des économies et des sociétés africrilnes (première partie),
des perceptions qu'ont les jeunes africains des grandes problématiques de
leur continent , de ses priorités et de son futur p,.:;sible (deuxième
partie) et d'un ensemble de témoignages recueillis auj,..-s de jeunes leaders
représentants 13 pays africains (troisième partie), force est de constater
que les jeunes africains ont une vision sereine , raisonnée , mesurée et
moins morose de l'avenir de leur continent.
Certes, ces jeunes lient cette vision à la réalisation de nombreuses
réformes politiques, économiques et sociales, mais ils situent les défis de
l'Afrique là où les observateurs, mêmes les plus avertis, ne semblent pas
y prêter l'attention nécessaire. Et c'est à ce niveau que résident la
pertinence, l'audace et l'originalité de leur analyse.
A l'heure où l'Afrique est au coeur des nouveaux enjeux
économiques et géopolitiques du monde et devient au centre d'intérêt des
nouvelles ambitions régionales des principales puissantes anciennes (Etats Unis,
Europe, Japon) et émergentes (Chine, Inde, Brésil) et au moment où nous
assistons à une réorganisation des alliances stratégiques entre les grands
réseaux transnationaux qui dominent le système de l'économie mondiale
en vue d'occuper des parts de plus en plus importantes du marché africain,
cette étude pourrait fournir des éléments d'aide à la compréhension des
dimensions cachées de l'Afrique de demain. RUN I E R E P, RT1E
L'Afrique
Réalités, potentialités
et défis du futur






Rr \I ITE - po -rF.NTI \ 1 - 1- 1-' FT "FTT, I I I, 13
PR LA Mnu
L'Afrique comme objet de réflexion
Comment peut-on cerner la problématique des jeunes et des élites
en Afrique ? Peut-on prétendre le faire dans un continent immense
composé de cinquante trois pays et traversé par toutes les formes de diversité
politique, linguistique, sociale, culturelle et ethnique et par une évolution
différenciée des réalités économiques.
Il est clair que ces questions ne sont pas aisées à traiter. On trouve
une bibliographie d'une rare richesse, dans tous les domaines, à partir de
questionnement et de traitement théorique généraux, ou des travaux
spécifiques sur un pays déterminé. Cependant, tous les chercheurs africains ou
ceux qui font de l'Afrique leur objet de réflexion constatent que ce
continent reste malgré tout un continent sous- analysé, à cause de la complexité
des situations concrètes et en raison des différents types d'obstacles
épistémologiques qu' affrontent les chercheurs (africains) dans ce domaine.
11 y a presque quarante ans René Dumont estimait que «l'Afrique
noire est mal partie' ». Ce fut un constat controversé et taxé de pessimisme.
Aujourd'hui il y a des réalités frappantes qui ne cessent de confirmer la
véracité du jugement de Dumont. Des guerres civiles qui perdurent, des
élections tronquées, des épidémies graves, l'analphabétisme, des
infrastructures défaillantes, des élites corrompues, autant de maux et de
déficits qui poussent les observateurs internationaux à dire que « l'Afrique est
le seul continent qui ne soit pas encore prêt d'atteindre d'ici 2015 les
René , °j'Y' e,st partie, Paris, 1')69.


1:;\ rR/ 'r r: P\ Si S. JEUNE:, 14
Objectifs du Millénaire pour le Développement' » . Et pourtant ce
continent ne manque pas de ressources et d'atouts. Une nouvelle conscience de
soi africaine commence à s'affirmer, des dictatures continuent à tomber,
des expériences de transition démocratique sont en cours dans un certain
nombre de pays, des potentialités naturelles énormes se voient valorisées
et des réformes économiques commencent à donner leurs fruits.
Ces contrastes montrent à quel point l'Afrique souffre d'absence de
choix fondateurs, d'une renaissance équilibrée d'un continent en proie à
des stratégies occidentales et locales contradictoires. Cette situation a
incité les Nations Unies en 2000 à lancer un appel urgent pour que la
pauvreté en Afrique soit réduite de moitié d'ici 2015. Aussi, les pays du G8
ont-t-ils décidé d'annuler la dette de 13 pays africains afin de leur
permettre de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement en 2015.
Or, pour surmonter leurs déficits structuraux les pays africains doivent
atteindre un niveau de croissance égal à 7% par an, soutenus par des
efforts financiers assez substantiels de la part des pays développés.
Or, la question que posent les observateurs de l'Afrique consiste à
s'interroger sur les finalités de l'aide. Car, tout le monde sait que
l'effacement de la dette comme les aides octroyées par les pays riches profitent
d'abord aux élites dirigeantes et aux réseaux tissés autour des pôles du
pouvoir. On sait également avec sa pauvreté, alliée à la corruption, la
dépendance, et le manque de leadership, les malheurs de l'Afrique
poussent des populations entières à perdre tout espoir ou provoquent le
découragement et la démobilisation des jeunes, vivant dans des sociétés où la
misère prolifère, la poussée démographique s'accélère, la richesse se
confisque et les enjeux de pouvoir ressemblent à une fiction tragicomique.
Les jeunes africains, acteurs principaux du présent et de l'avenir du
continent, se trouvent face à un véritable dilemme, car comment participer
à la reconstruction de leurs pays respectifs alors qu'ils sont exposés à une
double déstructuration, celle du colonialisme, ancien et nouveau, et celle
des élites qui gèrent la période post-coloniale ?
2- Jean-Marie Guéhenno, Alellre ta force au service de lient de ',Attique 2006,
Jeune Afrique, 1 lor.s-scrie


F O 15 1 . _
11 y a des attitudes qui considèrent que s'il y a plus de pauvreté,
moins de croissance, un manque d'infrastructure performante, d'eau
potable, de réseau routier développé, d'électricité fiable, et d'assainissement
décent, c'est-à-dire tout ce qui garantit le minimum de bien être des
populations, et si l'Afrique souffre de tout ces déficits c'est la faute au
colonialisme ancien et nouveau. Or, d'autres voient que si cette explication est de
l'ordre de l'évidence, cela ne change rien à la situation, et ne justifie
aucunement les autres causes du sous développement de l'Afrique.
La situation actuelle de l'Afrique est la conséquence, en plus des
effets de la colonisation, de l'impunité dont profitent ceux qui ont été
responsables de la gestion des affaires en terme de crimes économiques et
politiques. C'est ce qui fait dire à la majorité des observateurs que le
problème réel dont souffre le continent est celui de ses élites, intellectuelles
et politiques. Celles qui ont vécu dans les villes, formé en Occident et
devenu les « instruments » des stratégies occidentales ainsi que des
réseaux d'intérêts qui se tissent autour des pouvoirs, hormis quelques
exceptions. Les élites qui ont profité du pouvoir, et qui continuent à le
faire, ont choisi de se démarquer de leurs populations, surtout rurales, et
elles ont créé, ainsi, des hiérarchies économico- sociales et culturelles
produisant des distorsions profondes au sein des sociétés africaines, des
dérapages identitaires, ethniques et des conflits dramatiques. Il s'agit d'une
véritable situation de crise complexe, où les conditions existentielles sont,
chaque fois, exposées à des bouleversements que personne n'arrive à
encadrer ou à maîtriser.
Un des aspects de cette crise est théorisé par Fabien Eboussi
3» . Pour Boulaga, déjà en 1977, dans son livre intitulé « la crise du Muntu
lui « le Muntu est l'homme dans la condition africaine et qui doit
s'affirmer en surmontant ce qui conteste son humanité et la met en péril. C'est à
lui de faire l'évaluation de sa situation, de ce avec quoi et contre quoi il a
à compter pour se faire une place, sa place dans un monde commun, dans
le dialogue des lieux en quoi consiste concrètement 4» .
3- Fabien Ebeassi. Roulago, Lu crise du Muna Ed présence africaine, Para 1977.
4- t'abien Ebaussi Boula,f;a, Penser raison, 96titiit et liberté , Espri4 décembre
2006.
L'/\1 , 1 ,;IQUE: Vlilt P,vR Ses )IJJNes 16
Tout un programme ; mais à qui incombe cette mission
d'affirmation de soi, de combat, d'évaluation et de reconstruction ? Tout le monde
pense aux jeunes, or, le problème c'est que ces jeunes, produit d'un
double traumatisme, celui du colonialisme et du pouvoir despotique post
colonial, se retrouvent contraints, en général, à choisir la fuite en avant, que ce
soit en se réfugiant dans les cercles de la violence et de l'intégrisme, quelle
que soit leur nature et leurs références, ou bien dans l'envie farouche
d'émigrer vers l'Occident. Pierre Allard, dans son texte « sauver l'Afrique »
évoque « un récent sondage auprès des diplômés du baccalauréat, dans un
pays de l'Afrique de l'Ouest, indiquait que pour la majorité d'entre eux, le
meilleur plan de carrière qu'ils se souhaitaient commençait par un départ
vers l'Europe ».
Le choix de partir et d'émigrer en dehors de l'Afrique est devenu un
mouvement réel parmi les jeunes comme le révèle les résultats de
l'enquête que nous avons réalisé (voir deuxième partie). Dans le monde du
sport, des arts ou dans tous les domaines qui permettent la symbolisation
de l'Afrique, le critère de la réussite ne se trouve plus dans les pays
africains mais plutôt ailleurs. La situation devient insupportable quand on sait
que l'Afrique se vide, progressivement, de ses cadres formés pour servir
leurs patries. Ils se trouvent séduits par les conditions de vie matérielle et
professionnelle que leur offrent les pays occidentaux.
En quittant leurs pays, ils laissent leurs populations dans le désarroi,
exposées au marteau de pouvoirs corrompus et l'enclume du mal
développement. Ce qui contribue, d'une manière tragique, à la destruction des
liens qui fondent la solidarité entre les communautés et à la désintégration
des structures sociales qui garantissent l'équilibre de la société toute
entière. C'est ce qui fait dire à la majorité de ceux qui se préoccupent du
sort de l'Afrique que la situation pitoyable dans laquelle se trouve le
continent noir est imputable aux actions irresponsables de ces élites. Comme le
dit si bien Cheikh Hamidou Kane, c'est « la responsabilité de ces élites qui
est en cause dans l'opprobre, le déshonneur qui frappent l'identité
africaine noire singulièrement, dans le monde contemporain. Ces élites se
sont appropriées, ont intériorisés, ont fait leurs, la négation par l'Occident
de toute réalité, de toute signification, de tout mérite, de toute valeur à


L'APRIQL , u. RÉ,A] LT Dur I D17 EU 17
l'identité et aux voies du passé de l'Afrique. Les élites africaines
occidentalisées ont été convaincues à tort qu'elles peuvent bâtir une Afrique
Moderne dépourvue de racines qui lui soient propres, et sustentée par les
seules valeurs imitées de l'Occident, et très souvent dévoyées et
incorrectement appliquées comme souvent cc qui est imité'» .
Non seulement l'Afrique est mal partie selon René Dumont, mais
elle est aussi victime de la « trahison de ses clercs » et les dérapages de ses
dirigeants. Ce qui nécessite une véritable prise de conscience des
nouvelles situations engendrées par la colonisation et les responsables civils ou
militaires, qui ont mené des politiques qui n'ont fait que développer le
sous-développement. Pour que cette prise en charge de soi africain soit
effective, nombreux sont ceux qui réclament la primauté de régler ses
comptes avec le legs du colonialisme. Franz Fanon déjà dans « Peau noire,
masques blancs » dénonça la duplicité et le mensonge du colonialisme
classique par des procédures de « rationalisation du colonisée ». Or la
« manière la plus décisive de mettre un terme à la colonisation, pour Cheikh
Hamidou Kane, c'est de détruire les coffrages qui lui avaient servi de
fondations, et qui lui avaient tranché dans la chair vive du continent, pour y
déterminer des niches d'exploitation aux profits de maîtres étrangers'» .
La prise de conscience du soi africain passe impérativement, pour
Achille Mbembe, par l'élaboration d'une pensée post-coloniale, qui prend
en considération les efforts que certains africains ont pu effectuer pour la
réappropriation de la négritude, mais qui insiste sur « l'humanité -à- venir,
celle qui doit naître une fois que les figures coloniales de l'inhumain et de
la différence raciale auront été abolies -1» .
Il s'agit, en fait de tout un programme, sinon d'un projet qui
pourrait être adapté à chaque pays africain, selon sa complexité et ses
contextes politiques, ethniques, économiques et culturels où la jeunesse constitue
le coeur de ce projet, le moteur susceptible de déclencher une dynamique
5- Cheikh l'amidon les élites nJricaines,face a leur responsabilité Dakar. novembre
2005,in www.manifestede.s121.com
6- Cheikh Ilamiclou Kane,I1Utl
7- Achille Albembe, Qu'est ce que la pensée coloniale 2 17.v ist. )érembre 2006

FRIcuiF. 1>m: 18
globale de restructuration, d'engagement et de loyauté réelle aux attentes
des populations africaines. Ce projet suppose la construction d'une pensée
stratégique nouvelle, des choix appropriés, des objectifs précis et une
volonté collective pour préparer l'avenir. Or les réalités africaines
actuelles engendrent, de façon générale, des inquiétudes sérieuses à propos de la
mise en application d'un tel projet par les élites en place.
Car, toute proportion gardée, il existe un grand dilemme entre les
préoccupations de l'intelligentsia africaine et les attentes concrètes des
populations. L'une se trouve en déphasage avec les réalités alors que la
masse s'engouffre dans les différents défis du quotidien et la lutte
continuelle pour se prendre en charge dans des conditions de vie, voire de
survie réellement dures.
La présente étude se propose de mettre en perspective certains des
aspects des réalités sociales et politiques de l'Afrique (chapitre 1), son
potentiel économique (chapitre 2) et les principaux défis, que les Etats
et les populations du continent auront à affronter (chapitre 3).



rcyri:NT riz , 1= I . I)l' 1=1'1 'I: I.:À1=1,11QUE. RFni.i I I 19
CIt A I'Irl - 1 1_: 1
Une situation sociale et politique préoccupante
L'observation des indicateurs socioéconomiques les plus pertinents
relatifs à l'éducation, la santé, l'emploi et la pauvreté de même qu'une
appréciation de la gouvernance de l'économie et de la société révèlent, en effet,
que la situation sociale et politique dans le continent africain est très
préoccupante, hormis quelques exceptions de pays et un nombre réduit de zones
connues pour leurs performances en matière de développement humain et
pour leur engagement effectif en faveur du processus démocratique.
1- LA PRÉDOMINANCE DE L'ANALPHABÉTISME
De l'avis de tous les experts, l'analphabétisme figure parmi les
facteurs majeurs qui contribuent à entraver la marche du continent vers un
développement humain global, freine son intégration dans la société de
l'information, de la communication et du savoir, tout en ayant des
répercussions négatives durables sur les conditions de vie des populations
africaines entières.
Selon les données disponibles en 2004, le niveau d'alphabétisation
de la population africaine âgée de 15 ans et plus ne dépasse pas 19% au
Mali et 22% au Burkina Faso. L'Afrique subsaharienne dispose d'un taux
d'alphabétisation de 63,3% contre 78,9% dans les pays en développement
et 90,7% dans les pays de l'Asie de l'Est et du Pacifique. Dans les pays du
Maghreb, le taux d'alphabétisation atteint 74,3% en Tunisie, 69,9% en
Algérie et 52,3% au Maroc.
Par sexe, le taux d'alphabétisation des femmes africaines âgées de
15 ans et plus est de 11,9% au Mali (contre 26,7% pour les hommes),