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Français

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L'Alliance des civilisations et la diversité culturelle: de la stratégie à l'action

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Description

Ce volume tente de mener le lecteur à une meilleure compréhension des idées, des valeurs dominantes de l'époque contemporaine. Plusieurs événements mondiaux se sont succédés sur la scène internationale tels que l'offensive israélienne contre la bande de Gaza, la crise économique mondiale, l'arrivée de Barack Obama. A partir de ces évènements les auteurs ont construit des hypothèses, établit des conclusions et tracé une feuille de route pour le Vivre ensemble.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2009
Nombre de lectures 375
EAN13 9782296240544
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Sous la direction de Abdelhak AZZOUZI

L’alliance des civilisations et la
diversité culturelle :
De la stratégie à l’action

© L'HARMATTAN, 2009
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-10309-2
EAN:9782296103092

Volumes 8 et 9

Sous la direction de Abdelhak AZZOUZI

Préface de M’HammedDOUIRI

REMERCIEMENTS

C’est avec joie et satisfaction indicible que cette nouvelle
collection en quatre volumes voit le jour et vient couronner le fruit de
plusieurs mois de labeur. Mais cette épreuve je ne l’ai pas surmontée
seul. De nombreuses personnes méritent que je leur partage les
honneurs. Je tiensà remercier mon épouseAsmâaAlaoui Taïbqui
comme à l’accoutumée m’a épaulé et aidé dans le travail et la
conception de cette collection.J’ai aussi une très grande dette à
l’égard, à la fois, du Président de laFondationFès-Saiss M.
Mohammed Kabbaj, M.Saâd Kettani, HautCommissaire de la
ème
Fondation pour lede la fondation de la1200 anniversaireVille de
Fès, etM.HamidChabat,Maire de laVille de Fès et tous ses
services.Je les remercie tous pour leur disponibilité et leur soutien
infaillible.
Ma gratitude va égalementà mes collaborateurs, en particulier, les
ProfesseursMohammedFakihi,Abdallah HarsietHammad
Zouitni. Leurs qualités humaines, leur amitié, leur disponibilité ont
entretenu en moi une très grande envie de continuer.
Ma reconnaissance va aussi, tout particulièrement, à M.Xavier
Guerrand Hermès, Président de laFondation Hermès pour la paix,
M.AbassJirari,Conseiller deSaMajesté leRoiMohammedVI,M.
MhammedDouiri,Président de laRégion deFès-Boulmane,M.
MohammedGhorrabi,Wali de la région deFès-Boulmane,Dr.
Ahmed Iraki, de laFondationFèsSaïss,M.Mohammed Titna
Alaoui,Conseiller à laChambre desReprésentants,MessieursDriss
el YazamietAbdallahBoussoufrespectivementPrésident et
Secrétaire général duCCME,M.AhmedJamaï,Président duGroupe
Jamaï,MmeHouriyaBenjelloun,Présidente duPackEnergy,M.
DrissBenhima,PrésidentDirecteur général de laRAM,M.Armand
Guigui,Président duComité desCommunautés israélites deFès,
Oujda etSefrou,M.AbderrahmaneBrahimi,Directeur régional de
laRAM,MonsieurJosé KobielskiduService culturel de l’ambassade
deFrance àRabat,MmeDina NacirietMessieursMustapha
Bakouri,M’hammedGrine,Mohammed KimakhetAbdessalam
Aboudrarde laCaisse deDépôt et de gestion,M.Mustapha

Remerciements

Kabbaj, Secrétaire général de l’Académie du Royaume duMaroc,M.
Omar Azziman, président Délégué de la FondationHassanIIpour les
MarocainsRésidant à l’Étranger, Ambassadeur deSaMajesté leRoi
en Espagne,M.Abderrahmane Zahi,Secrétaire Général de la
FondationHassanIIpour lesMarocainsRésidant à l’Étranger,M.
JamesHollifield, Directeur deTheJohn G.Tower Center forPolitical
Studies,SouthernMethodistUniversity,M.RobertJordan,Baker
BottsL.L.P,Fellow andDiplomat inResidence,M.Mustapha
Chérif,Professeur desUniversités, ancien ministre et ambassadeur
d’Algérie,M.Abderrahmane Tenkoul,Doyen de laFaculté des
Lettres deFès.

Qu’ils me permettent tous de leur dire mille mercis.

6

Abdelhak Azzouzi

PRÉFACE

«Mon cœur est devenu apte à recevoir tous les êtres, c’est une
prairie pour les gazelles et un monastère pour les moines, une maison
pour les idoles, et laKaaba de ceux qui en font le tour, les tables de la
Torah et les feuillets duCoran.Je pratique la religion de l’amour[…].
1
Partout c’est l’amour qui est ma religion et ma foi». Ce passage
historique et d’une grande portéecivilisationnelle d’IbnArabi (XII
siècle), l’un des plus grands visionnaires de l’islam,résume à lui seul
l’esprit de cette nouvelle collection de quatre volumes sur l’Alliance
des civilisations et la diversité culturelle : de la stratégie à l’action.
C’est une belle initiative et une belle réussite que cette édition
reste annuelle.Elle permet une nouvelle fois de souligner la portée et
la signification particulière du dialogue et la nécessité du vivre
ensemble.Les propos ne sont ni théoriques ni rhétoriques.Les auteurs
érudits des quatre continents ont fait un pari risqué en annonçant le
sujet : de la stratégie à l’action.Donc, de la théorie à la pratique et je
suis fier et heureux de constater que c’est un pari gagné puisque les
auteurs ont tracé une feuille de route pour régler les problèmes de ce
monde qui ne sont pas seulement religieux.Ils sont politiques,
économiques, sociaux, culturels, et enfin religieux.Hommage à leurs
efforts et merci à tous ceux qui se sont engagés pour que le débat soit
vrai, les analyses profondes et les propositions pertinentes.Les
conclusions, serviront, j’en suis sûr, de base à l’élaboration de
programmes et de projets destinés à renforcer le dialogue interculturel
et dépasser les incompréhensions mutuelles, particulièrement entre
monde occidental et le monde musulman.
Les articles de cette nouvelle publication, retravaillés, recherchés
et très académiques sont issus de la deuxième édition du Forum de Fès
sur l’Alliance des civilisations et la diversité culturelle organisé à Fès
en novembre 2008. Des figures importantes du monde de la politique,
de la diplomatie, des médias, de l’économie,et surtout de la culture et
des religions ont pris part à cetteRencontre devenue annuelle. C’est

1
Ibn Arabi,Les Illuminations de la Mecque, traductionMichel Chodkiewicz, Albin
Michel, 1997.

Préface

dire la grande dimension de cetévénement annuel excellemment
organisé et parfaitement géré.Il se déroule dans un cadre chaleureux
et convivial, une atmosphère de paix, de dialogue et de partage, à
l’image duMaroc, terre d’accueil et de tolérance et de la ville de Fès,
centre historique d’échanges et creuset d’influences culturelles, qui
continue toujours à nous éblouir et à nous impressionner par ses
hommes et leurs créations sous différents angles depuis déjà 12
ième
siècles. Et nous sommes tous fiers d’avoir célébré en 2008 le 1200
anniversaire de la fondation de cette ville impériale, carrefour
intellectuel et politique, foyer de l’art et de la spiritualité, reconnue
comme patrimoine universel de l’Unesco depuis 1981.
J’ai pris l’habitude d’assister et de clôturer le Forum de Fès de
haut niveau, comme j’ai pris l’habitude de lire les volumes sur
l’Alliance des civilisations publiés dans une prestigieuse maison
d’Édition l’Harmattan. Et comme tous les auteurs de cette collection,
je demeure fermement attaché aux valeurs humaines et aux principes
universels du droit, d’équité et de respect, garants d’un développement
social, humain et économique durable.
J’aimerais souligner ici que l’alliance des civilisations et des
cultures n’est pas une nouveauté auMaroc. Elle estancrée dans notre
histoire, dans notre mémoire et dans nos valeurs.Notre pays,
précurseur en la matière, est fortement impliqué dans cette voie.Nous
avons été parmi les premiers pays à apporter leur contribution au
Sommet onusien deNewYork sur l'Alliance des civilisations, en
veillant à ce que l'ONUfasse davantage ressortir, dans sa Charte,
l'idéal exaltant présidant au projet de l'Alliance.Nous avons rendu
hommage à l'actuel secrétaire général de l'ONUet à son prédécesseur
pour leur engagement à donner leur plein effet aux conclusions issues
de ce sommet.Par ailleurs,S.M. leRoiMohammedVIa affirmé le
soutien duRoyaume au Forum deMadrid et à la promotion de la
feuille de route du processus issu de l'Alliance des Civilisations.Notre
souverain a de même fortement appuyé l'idée de conférer une portée
civilisationnelle à l'Union pour laMéditerranée. Et comme lui, nous
sommes intimement persuadés «qu’il n’est de choc qu'entre les
ignorances, alors que les civilisations sont, par essence, interactives et
s'influencent mutuellement, pour le bien de l'humanité tout entière et
dans le respect des spécificités de chaque identité et de chaque
culture ».
Je ne rédige pas ces lignes de préface pour introduire à des
volumes ou à une collection qui s’introduisent très bien d’eux-mêmes.

8

Préface

Je les écris simplement pour me tenir ici, homme d’État etfervent
défenseur de la diversité culturelle, aux côtés de cette palette
impressionnante des auteurs savants pour combiner pensées, théorie et
pratique, et pour témoigner cet humanisme qui nous unit et pour saluer
enfin le travail remarquable accompli par le jeuneProfesseur
AbdelhakAzzouzi, directeur de cette collection, et président du
Forum de Fès, dont je salue, et à travers lui tous les jeunes duMaroc,
le dévouement intellectuel, l’esprit d’abnégation et le courage pour
cette belle entreprise scientifique, un exercice délicat, rarissime, qu’il
accomplit avec professionnalisme et brio.

Fès le 27 août 2009

M. M’Hammed Douiri
Président de la Région de Fès-Boulmane

9

INTRODUCTION

Àla recherche de chemins pratiques pour un Vivre ensemble
planétaire : de la stratégie à l’action

ParABDELHAK AZZOUZI

En nous lançant de nouveau dans l’aventure de l’Alliance des
civilisations et de la diversité culturelle, nous nous sommes proposés
de baliser les avenues qui peuvent mener à une meilleure
compréhension des idées, des valeurs dominantes de l’époque
contemporaine et de la scène mondiale, et à une meilleure
compréhension entre les peuples inscrits dans l’Ouvert, persévérants
et bel agissants, soucieux de la coexistence pacifique.
Les cinq premiers volumes (deux volumes en arabe, deux
volumes en français et le cinquième en anglais) s’efforçaient de
réfuter la thèse d’un clash des civilisations considérée par tous les
auteurs comme un leurre destiné à détourner l’attention des vrais
problèmes politiques, économiques et sociaux.Le choc des
civilisations est davantage un slogan qu’une réalité.C’est le choc des
ignorances qui est une réalité partagée entre les deux camps: des
occidentaux qui imputent l’obscurantisme des fanatiques à la religion
justifiant entre autre la guerre des civilisations et des individus qui au
nom de l’islam bafouent les principes duCoran et trahissent l’esprit et
les héritages de la civilisation arabo-musulmane.Tous les auteurs ont
été unanimes à dire que c’est sur le terreau de l’ignorance que la thèse
du choc des civilisations s’est construite, réduisant les musulmans à
des dissidents désastreux menaçant par leur fanatisme le cours de
l’histoire, et c’est aussi sur le terreau de l’ignorance que le terrorisme
se développe, fonctionne, recrute, lave les cerveaux, endoctrine les
jeunes, détourne la religion, et c’est enfin sur le terreau de l’ignorance
que l’image des religions est déformée, brouillée et caricaturée.
Àpartir des études de cas, des analyses savantes, de la raison
raisonnable, du dialogue vrai, les quatre-vingts auteurs des cinq
premiers volumes ont conclu, entre autres, qu’une analyse de la scène

Introduction

mondiale se doit de prendre en considération plusieursvariables aussi
bien économiques, sociales, techniques, que culturelles et politiques.
La représentation de l’ordre comme celui du désordre doit intégrer
toutes les dimensions pour dépasser les clichés et les visions
pessimistes du monde.
Les présents volumes s’inscrivent dans la droite ligne des
précédents, en cherchant encore une fois à élucider les esprits, à
apporter des analyses savantes, à mettre fin aux amalgames, à
percevoir, à comprendre ce qui est en jeu, de manière à pouvoir
assumer les métamorphoses nécessaires.C’est là le niveau
fondamental de la problématique.Mais ils diffèrent également des
précédents du fait non seulement que les investigations érudites des
auteurs ont depuis lors considérablement progressé, nous permettant
de combler certains vides béants de l’analyse, mais parce qu’ils
s’efforcent de tracer les lignes de force pour passer de la stratégie à
l’action, de la théorie à la pratique.
Depuis la parution des cinq premiers volumes sur l’Alliance des
civilisations et la diversité culturelle, plusieurs évènements mondiaux
se sont succédé sur la scène internationale tels que l’offensive
israélienne contre la bande de Gaza, le gel momentané de l’Union
pour laMéditerranée, l’arrivée à laMaison blanche d’un nouveau
président américain, le jeuneBarackHusseinObama.
La succession de ces événements nous contraint à nous les poser,
et à partir des certitudes dont nous disposons, nous allons construire
quelques hypothèses pour arriver à des conclusions générales: la
réussite du projet de l’Union pour laMéditerrané n’est-elle pas en fin
de compte liée au processus de paix israélo-palestinien ?Dire « vive le
dialogue »quand on ne veut pas dire «à bas l’occupation», «choc
des civilisations» pour ne pas avoir à dire «conflit d’intérêts», la
« suridéologisation » desrésistances ou des oppositions (comme la
lutte palestinienne) parles acteurs dominants ne minimise-t-elle pas
leur part de responsabilité?Et comme l’avait écrit à juste titre
FrançoisBurgat : «On dénature l’esprit et les causes de la résistance.
Elles n’expriment somme toute qu’un déficit culturel et
civilisationnel, une pathologie essentielle (la maladie de l’islam) qui
n’affecte qu’une seule des deux parties au conflit, à telle enseigne que
les questions posées par ceux qui se croient exonérés de la
responsabilité doivent être posées différemment :«Êtes-vous certains
de ne pas vouloir dialoguer avec ma civilisation» veut parfois dire
«Êtes-vous certains de ne pas vouloir composer avec mon système ? »

12

Introduction

ou «Êtes-? ».vous vraiment déterminés à contester mes méthodes
«Ne voulez-vous pas vous démocratiser? » peut se traduire :
«Êtesvous sûrs de ne pas vouloir changer ce régime qui m’est si hostile
pour, au nom de la démocratie, en promouvoir un qui le serait
moins ? ».C’est bien à l’Autre, et rarement à eux-mêmes ou à leurs
alliés domestiqués, que sont vantées par les maîtres de laglobal war
1
on terror».les exigences de la réforme politique

L’offensive israélienne contre laBande deGaza

L’offensive conduite par l’armée israélienne contre laBande de
Gaza du 27 décembre au 18 janvier a fait plus de 1.300 morts et plus
de 5.000 blessés palestiniens. Cette offensive programmée de longue
date, n’avait pas pour objectif de «faire cesser les tirs de roquettes »
ou de « faire respecter le cessez-le-feu ».Les tirs de roquettes ont fait
moins de 20 victimes en 10 ans. Ce qui s’est passé à Gaza aux yeux de
tous les observateurs, des rapports des organismes internationaux
respectés, est révoltant et inhumain.Il s’agit d’un massacre collectif
d’un peuple meurtri par le blocus, par une injustice durable.Les
Palestiniens n’ont pas d’État.Ne méritent-ils pas de vivre sous une
entité juridique digne de ce nom?Ne sont-ils pas des êtres humains
comme vous et moi ?Tout a été démoli par des tirs israéliens dans un
rapport de force complètement déséquilibré.On a assisté au terrorisme
de l’État d’Israël contre lesPalestiniens. Des dizaines de millions de
personnes ont défilé à travers le monde pour soutenir lesPalestiniens à
Gaza.Le mot d’ordre des cortèges : fin de l’offensive israélienne, fin
du blocus de Gaza, suspension des accords entreIsraël et l’Union
européenne, etc.Les politiques et militaires israéliens sont accusés de
crimes de guerres : utilisation d’armes interdites telles que des bombes
ème
au phosphore (entrainant des brûlures au 3degré), utilisation
d’obus puissants dans des zones civiles dans lesquelles l’armée
israélienne savait qu’ils causeraient un grand nombre de victimes,
utilisation de familles palestiniennes comme bouclier humain, attaques
d’hôpitaux et debâtiments réservésaux soins des civiles, ainsi que

1
Voir l’article de FrançoisBurgat, «Dépasser le « dialogue des cultures » : portée et
limites du traitement culturaliste de la violence politique », dansAbdelhakAzzouzi
(sous.dir.),Figures et valeurs du dialogue des civilisations et des cultures,Vol. 3,
L’Harmattan, 2008, p. 113-129.

13

Introduction

l’assassinat desambulanciers dans des véhicules pourtant signalés par
un logo, assassinat de nombreux policiers qui n’avaient pas de rôle
militaire… et la liste est longue.De quoi s’agit-il réellement?
Pourquoi les crimes de guerre d’Israël continuent dans l’impunité
totale ?
Le problème ici, rappelons-le, est politique et non religieux.Tout
le monde s’accorde à dire qu’enPalestine, il s’agit d’un problème de
colonisation, et de droit des peuples à vivre ensemble.Israël depuis sa
création croit qu’il a le droit de confisquer et de coloniser les terres
palestiniennes et justifie la persécution et le massacre prolongé des
Palestiniens de plus en plus exaspérés et désespérés.Il faut voir la
source des problèmes.Hamas est la conséquence directe de la
colonisation israélienne. Face à ce constat, lesPalestiniens réagissent
en commettant des attentats suicides, en envoyant des missiles.Je ne
crois pas queHamas va être démoli. Car dans cette arène de guerre
absolue et déséquilibrée, de massacres et de barbaries, je ne crois pas
que la plaie desPalestiniens, lesquels ont perdu un membre de la
famille, parfois toute la famille, un proche, leur patrimoine, se
fermera.Je ne crois pas. Dans les déclarations desPalestiniens de
Gaza qui ont perdu une maison, parfois toute la famille (transmises en
direct par les chaînes satellitaires arabes uniquement !!!), ils jurent de
continuer les combats jusqu’à la fin.
LaPalestine est la blessure centrale du monde arabe.LaPalestine
saigne dans chaque peuple arabe.Il faut fermer cette blessure.Toutes
les Administrations américaines sont responsables et complices d’un
tel désastre. C’est à partir de là que les terroristes chauffés à blanc
naissent. C’est à partir de là qu’une grande frange de la population
arabe exprime son hostilité envers les décideurs américains (je dis
bien les décideurs et non le peuple américain), et c’est à partir de là
que des individus au nom de l’islam bafouent les principes de la
religion musulmane, trahissent l’esprit et les héritages de la
civilisation arabo-musulmane et commettent des attentats. Car à leurs
yeux les Américains demeurent les protecteurs des massacres des
Israéliens contre lesPalestiniens.
La puissance américaine a de surcroît utilisé plus de quarante fois
son droit de véto au conseil de sécurité pour bloquer des résolutions
critiquant ou condamnantIsraël.Quand je suis en discussion avec mes
étudiants à la Faculté, je comprends que la complicité américaine est
une source première de l’anti-américanisme et des activités terroristes
auMoyen-Orient et dans le monde.Je peux ici céder la plume à un

14

Introduction

ancien dirigeant américain, le Président JimmyCarter qui fut à
l’origine d’une paix durable entreIsraël et l’Égypte, et qui dans son
1
ouvrage (Palestine:Peace notApartheid ) confirme cet ordre d’idées.
Son témoignage est plus qu’éloquent et réel : « deux facteurs
étroitement liés ont contribué à la perpétuation de la violence et aux
crises régionales: l’approbation, ces dernières années, d’actions
israéliennes illégales par uneMaisonBlanche et unCongrès américain
dociles, et la déférence avec laquelle les autres dirigeants
internationaux permettent à cette politique américaine officieuse de
prévaloir auMoyen-Orient.Il y a enIsraël d’incessants débats publics
et médiatiques sur la politique à suivre enCisjordanie, mais en raison
de puissantes forces politiques, économiques et religieuses
auxÉtatsUnis, les décisions du gouvernement israélien ont rarement été
remises en question ou condamnés, et lesAméricains, dans leur
majorité, ignorent les conditions qui règnent dans les territoires
occupés.Dans le même temps, les dirigeants politiques et les médias
européens se montrent fortement critiques à l’égard de la politique
israélienne, ce qui affecte les opinions publiques.En 2003, les
Américains ont été surpris et furieux qu’un sondage d’opinion publié
par leInternational Herald Tribune, effectué auprès de sept mille cinq
cents citoyens de quinze nations européennes, indique qu’Israël était
considéré comme la plus grave menace à la paix mondiale, avant la
Corée du nord, l’Iran ou l’Afghanistan ».Pour établir une paix durable
ème
entreIsraël et laPalestine, le 39Président desÉtats-Unis, a
demandé à la fin de son remarquable ouvrage, le respect des décisions
de l’ONU, en d’autres termes le retour aux frontières de 1967.En
examinant le sort de laPalestine, il dénonce une logique d’apartheid
qui empêche son développement économique, réduit ses habitants à la
misère et au désespoir.
Malgré la critique de certains pays arabes, le traité de paix
israéloégyptien en 1979 était la preuve que la diplomatie peut apporter une
paix durable entre anciens adversaires.Bien qu’on souligne souvent
leurs différences, l’accord de retrait israélo-syrien de 1974, les accords
de campDavid de 1978, la déclarationReagan de 1982, les accords
d’Oslo de 1993, le traité entreIsraël et laJordanie de 1994, la
proposition dePaix arabe de 2002, l’Initiative de Genève de 2003 et la
feuille de route deQuartette contiennent tous des dispositions
communes qui peuvent être renforcées si on y travaille de bonne foi et

1
Jimmy Carter,Palestine : Peace notApartheid,Simon andSchuster, 2006.

15

Introduction

si l’Administration Obama grave pour de bon dans la pierre la création
immédiate de l’État palestinien, le retrait des forces armées
israéliennes de tous les territoires occupés, la réalisation d’un juste
règlement du problème des réfugiés.En somme, l’application
intégrale de la résolution 242 (1967) du conseil de sécurité et la
résolution 338 (1973) dans toutes leurs parties.Si le jeune président
éluObama a la volonté, il pourra le faire.Sinon, on assistera à une
tragédie, pourIsraël, pour lesAméricains, pour leMonde, si la paix
est rejetée et s’il est permis à un système d’oppression, d’apartheid, de
massacre de continuer de triompher.

L’automne politique méditerranéen

ÉmileBquel spectaclearrault écrivait avec raison en 1832, «
touchant présentera l’humanité, lorsqu’aux bords de laMéditerranée,
où la civilisation s’est développée par le choc de tant de flottes et la
lutte de tant de cités rivales réfléchies dans ses ondes, l’Europe,
l’Afrique et l’Asie, comme aux bords d’une coupe immense et
magnifique où elles n’ont communié qu’en la rougissant de leur sang,
désormais se tendent des bras amis, communieront pacifiquement
entre elles, et offriront dans cet accord sublime le symbole de
l’association universelle que nous venons fonder».L’utopie de la
communication est vue alors comme vecteur d’association universelle,
une garantie pour la paix et les progrès de la civilisation, un moyen
d’unifier l’Orient et l’Occident comme l’esprit à la matière.Mais
malheureusement cette homélie méditerranéenne tarde à se traduire
dans les faits par des vagues ininterrompues de promesses politiques
intraduisibles dans la réalité et de faits tragiques.L’inventaire de ce
qui a été tenté depuis les années 70 du siècle dernier pour la
M:éditerranée est à la fois impressionnant et désagréablePolitique
méditerranéenne globale dès 1972 devenue «rénovée » en 1990, puis
lancement en 1995 du processus deBarcelone entre les 15 pays
européens et les 12 pays duSud et de l’Est de laMéditerranée,
signature par la suite des accords d’association dans la perspective
d’une zone de libre-échange en 2010, ouverture en 1996 du fonds
MEDAet en 2002 de la «facilité euroméditerranéenne
d’investissement et de partenariat ».Sur le plan politique, création en
1990 d’un dialogue 5+5, Forum méditerranéen en 1994 avec 11 pays à
l’initiative de la France et de l’Égypte, lancement en 2003 par la

16

Introduction

commission Prodi d’une «politique européenne devoisinage »pour
les pays qui n’ont pas vocation à entrer dans l’UE, mise en œuvre en
2004 d’un instrument financier de voisinage et de partenariat.
Vaste inventaire s’il en est.Pourtant il n’a jamais convaincu et en
tout cas ne suffit pas, laissant ce sentiment désagréable que l’automne
politique dure toujours plus longtemps que les utopies du printemps
dans ce bazar méditerranéen.
Le projet d’Union pour laMéditerranée a le mérite d’apporter de
nouvelles approches engendrant lors de son lancement des signaux
d’espoir, de bonnes intentions pour faire face aux urgences de
l’homme méditerranéen.Car il s’agit d’une relance par le haut du
processus deBarcelone qui tarde à se concrétiser convenablement.
L’idée maîtresse est la parité, en d’autres termes il s’agit
d’associer de manière partenariale les deux rives de laMéditerranée.
Parité dans les approches, parité dans les prises de décisions, parité
dans la préparation et la gestion des projets et parité dans la
gouvernance.Contrairement à une idée retenue, l’UPMne signifie pas
la mort duProcessus deBarcelone mais au contraire son
enrichissement.L’acquis d’Euromed est réel mais il s’agit, dans cette
nouvelle perspective, de rompre intégralement avec ce qu’il y a de
paternaliste dans les démarches européennes. «Il ne s’agit pas d’une
politique européenne de plus au bénéfice desMéditerranéens mais
d’une élaboration en commun par les riverains duNord et duSud de
politiques et de projets concrets ».
Cependant, depuis l’offensive israélienne contre laBande de Gaza
en décembre 2008, des voix avaient signalé la mort de l’UPM!
D’aucuns disent que leProcessus deBarcelone a été lancé dans le
contexte optimiste des accords d’Oslo avant de subir de plein fouet
son arrêt, et par voie d’implication l’UPMconnaîtra le même sort.
L’UPM?doit-t-elle mourirOn ne le souhaite pas.Partout dans le
monde tout s’accélère et tout se recompose.L’histoire de la
Méditerranée est à un tournant décisif.Elle est victime de cette
pénurie de régionalisation alors qu’elle doit faire face à cinq
transitions majeures: énergétique, climatique, démographique,
économique et politique.L: nous unir ou’alternative est très claire
nous marginaliser.
Le projet de l’Union pour laMéditerranée nous a donné
l’occasion de reposer des questions de fond au sujet des relations entre
les deux rives de laMéditerranée.Le diagnostic est éloquent.La
solution est dans la régionalisation.Elle constitue la dimension

17

Introduction

régionale des relations économiques internationales et indique une
intensification/polarisation des échanges au sein de grands groupes
régionaux.Elle est la panacée pour un système productif commun.Les
régions qui gagnent sont les régions qui savent unir leNord et leSud :
l’ASEAN+3 enAsie orientale et l’Alena enAmérique à titre
d’exemple.Les deux expériences sont une forme territoriale majeure
de la régionalisation.Il est intéressant de signaler ici que 90% des
échanges commerciaux transnationaux des groupes industriels
japonais se font enAsie orientale comme il est important de noter que
ces deux ensembles régionaux ont réussi à construire des relations
internationales sur un modèle novateur et innovant dépassant de loin
les paradigmes classiques d’échangesNord-Sud fondés sur la
délocalisation, le partage inégal et la domination.

Vers un nouveau
musulman

départ

entre

les

Amériques

et

le

monde

Dans son discours adressé auMonde musulman auCaire, le
Président américainBarackOnouveau départ »bama a appelé à un «
entre lesÉtats-Unis et le monde musulman. «Nous nous rencontrons à
un moment de tension entre lesÉtats-Unis et les musulmans à travers
le monde (…).Je suis venu ici pour déclencher un nouveau départ
(…) fondé sur l'intérêt commun et le respect mutuel.L'Amérique et
l'islam ne doivent pas s'exclure, ne doivent pas être en compétition ».
Le président américain a également rappelé les liens qui unissent les
États-Unis à l’islam et au monde musulman, faisant référence à son
histoire personnelle (son père, citoyen kenyan, était musulman) et
rappelant que «l’islam fait partie intégrante de l’Amérique ».Le
président américain a ensuite énuméré dans son discours sept points
de friction que lesÉtats-Unis et le monde musulman peuvent et
doivent résoudre par le dialogue.
Il s’agit à mon sens d’un discours digne d’un chef d’État
américain qui veut assurer la paix et la sécurité internationales sur les
bases de la légalité internationale et du respect mutuel.Car la
connaissance précieuse reste assez peu commune.Elle obligerait à
considérer en dehors des préjugés, des partis pris, des arrière-pensées,
tous les graves problèmes de ce monde, cette obligation de trouver, de
civilisation à civilisation, des ponts de compréhension, des langages
unifiants qui connaissent, respectent et valorisent les positions

18

Introduction

différentes, pour conjurer périls et catastrophes possibles, dire nos
espoirs humains et tenaces.
Il s’agit aussi d’une grande rupture salutaire avec les discours
belliqueux de son prédécesseur et de sonAdministration qui se
référaient aux études deSamuelHuntington et deBernardLewis pour
diviser davantage deux mondes, deux méga-identités l’Orient et
l’Occident qui apparaissent à leurs yeux dressés l’un contre l’autre.
C’est à partir de là que l’image de l’islam est déformée et dénaturée.
En tant que religion, culture et civilisation, l’islam est devenu celui
qui prône l’intolérance, la violence et le fanatisme.
Le discours duPrésident américain s’est situé dans la
convergence entre l’Orient et l’Occident.L’homme, la civilisation, la
culture doivent surmonter la sommation de l’ignorance et de la
méconnaissance qui risquent de condamner l’humanité dans des
clichés et des préjugés et des polémiques sans aucun rapport avec la
vérité.C’est là une forte raison de revenir sur ces partis pris, ces
arrière-pensées pour les diagnostiquer et les réfuter, pour se projeter
dans l’avenir.Je crois que le discours duPrésident américain a réussi
ce pari.Reste la démarche la plus délicate : celle de passer à l’action.
Par exemple, il faut que l’Administration américaine, forte de son aura
sur l’échiquier international, contribue efficacement à un règlement
juste et équitable de la question palestinienne sur la base de la légalité
internationale.C’est à partir de là seulement que lesAmériques
peuvent consolider les règles d’un humanisme mondial.

Les véritables équations de champ de 2008-2009

Nous pouvons à présent, à partir de l’analyse des événements
précédents, établir les véritables équations de champ du sujet qui nous
interpelle dans ces volumes.
D’abord, l’approche culturaliste contribue à camoufler les
variables politiques et profanes des tensions internationales.La
centralité médiatique mondiale du conflit israélo-palestinien fait que le
musulman est représenté comme un fanatique et un fondamentaliste.
La question enPalestine est politique et non religieuse.Il ne faut pas
faire l’amalgame.Il s’agit d’un problème de colonisation.
Deuxièmement, l’offensive israélienne contre laBande de Gaza a
eu des conséquences directes sur toute la consolidation de l’Union
pour laMéditerranée.Plusieurs réunions de hauts décideurs des 43

19

Introduction

États de l’UPMont été annulées entre décembre 2008 et mai 2009
retardant en fait la mise sur la route d’un projet tant attendu par les
deux rives de laMéditerranée.En somme, le règlement du problème
israélo-palestinien est une variable déterminante dans l’avenir de toute
une région.
Au demeurant, alors que le principe de centralité de la dimension
stratégique de laMéditerranée a été présenté, cetteMéditerranée qui
commence d’ailleurs à sortir de l’ornière dans laquelle elle a été
enfermée depuis la dernière crise palestinienne, on ne peut pas se
limiter uniquement à des projets techniques.L’UPMne peut pas être
ramenée à la dépollution de laMéditerranée, autoroutes de la mer,
programme commun de protection civile,Plan solaire, espace
euroméditerranéen d’enseignement supérieur scientifique, de la recherche,
de la formation ainsi que l’initiative méditerranéenne de
développement des entreprises.Il faut une forte volonté politique
d’accompagnement.Il faut avoir une vision politique et diplomatique
globale pour gérer les conflits méditerranéens.Les thématiques
générales et prioritaires prévues par l’UPMne peuvent réussir sans un
engagement politique réel.Elles doivent être menées simultanément.
Ils sont les deux notions d’une même équation et tout changement qui
affecte l’un des termes se répercute sur l’autre.L’Europe doit ici
changer sa politique étrangère pour définir une politique extérieure
commune notamment enMéditerranée.Car le plus urgent reste le
Proche-Orient.UneConférence de paix internationale doit être
envisagée dansle cadre de l’UPMet qui obligerait le quartet, à
commencer par lesÉtats-Unis, à changer et à étudier raisonnablement
la proposition de paix arabe proposée par leRoiAbdallah d’Arabie
Saoudite, soumise depuis le sommet arabe deBeyrouth de 2002 et
réactivée par le dernier sommet arabe deDoha.C’est là une forte de
chance d’ouvrir les portes d’uneAlliance des civilisations solide et
pérenne porteuse d’une paix durable.Les problèmes que d’aucuns
imputent à la religion sont d’abord politiques et ensuite politiques.
La troisième équation porte sur l’échec de la politique deBush au
Moyen-Orient et avec leMonde arabe.Le discours deBarackObama
auCaire est une façon indirecte de dire que l’Amérique a jusque-là
échoué dans sa politique étrangère avec le monde arabe et perdu la
guerre antiterroriste, sept ans après l’avoir commencée.Les armes ne
peuvent aucunnement remplacer le dialogue vrai.Je suis tout à fait

20

Introduction

1
d’accordavecAlexandreAdler, qui dans son dernier essai , justifie
l’échec américain à partir de trois constats : philosophique, stratégique
et opérationnel.Défaite philosophique: «En sept ans de guerre
antiterroriste, aucun des objectifs du combat n’a pourtant pu être
atteint :l’hégémonie absolue desÉtats-Unis s’est donc consumée à
Bagdad.La crainte du terrorisme n’a produit en dehors de l’Inde,
aucun resserrement des liens deWashington avec les autres pôles de
puissance et de la planète (…).BenLaden a donc remporté la
première manche, philosophique ou, si l’on veut, macro-politique.En
haussant le niveau de destruction du terrorisme et en contraignant
ainsi l’Amérique à sortir de sa posture clintonienne d’hégémonisme
« béninet négligeant», al-Qaïda précipitait son adversaire vers une
2
hégémonie active et belligérante, mais aussi plus aléatoire».Défaite
stratégique : «Le nouveauMoyen-Orient démocratique et
mondialiste, rêvé par les néoconservateurs de l’Administration
américaine, n’a nulle part vu le jour.Les pressions démocratiques
exercées par lesÉtats-Unis ont même considérablement affaibli le
3
rapport de force global».Défaite opérationnelle: «Si les premiers
engagements enAfghanistan en 2001 et enIrak en 2003 ont semblé
conduire à un triomphe militaire manifeste, il a fallu malheureusement
déchanter assez vite. (… )Les opérations de conflictualité nécessitent
dans la réalité un service de renseignement humain, indépendant et
performant, une armée d’ingénieurs au service de la reconstruction
d’un pays donné, une force terrestre tout entière aguerrie au combat
d’infanterie, pour occuper le terrain, et, last but not least, une bonne
entente avec un arrière, vite découragé par l’incertitude et la lenteur
4
des résultats».
En fait, la nouvelleAdministration américaine a compris que la
politique étrangère desÉtats-Unis d’Amérique a été porteuse des
paradoxes et une grande hypocrisie dans le partage de la
responsabilité.L’appel au dialogue doit être réel et partir de bases
solides.L’incrimination des opprimés (la lutte des palestiniens par
exemple) servent à masquer la responsabilité politique des autres.Le
peuple palestinien souffre quotidiennement depuis plus d’un
demisiècle.Qui plus est, le malaise palestinien alimente dans les esprits des

1
AlexandreAdler,Le monde est un enfant qui joue, Grasset, 2009, p. 47.
2
Ibid., p. 48.
3
Ibid., p. 50.
4
Ibid., pp. 54-55.

21

Introduction

masses arabes l’hostilité envers les faiseurs de la politique étrangère
de l’Occident, lesÉtats-Unis en premier, devenus des experts dans
leurpolitique de deuxpoids deux mesures.
Le discours duPrésidentObama auCaire a une portée
symbolique mais aussi politique majeure.Il s'est prononcé en faveur
de la création d'unÉtat palestinien, a rappelé le «lien inébranlable»
entre lesÉtats-Unis etIsraël tout en réclamant la fin de la colonisation
des territoirespalestiniens.La nouvellepolitique courageuse du
Président américain est la bonne.Elle est nécessaire pour régler les
problèmes de l’heure.La convocation récente par l’Administration
américaine de l’ambassadeur d’Israël àWashington pour demander à
l’État hébreu l'arrêt de la colonisation àJérusalem-est sur un quartier
trèsprécis est un signe de changement intégral dans lapolitique
étrangère américaine.
Pour instaurer une paix durable entre les nations, la conclusion
des auteurs des cinq premiers volumes était qu’il faut d’abord
dénoncer les dangers des approches où les défauts attribués à la
civilisation et à la culture des autres servent à masquer tout le reste,
pour ensuite instaurer un réel dialogue, un registre de réflexion
susceptible de concourir à la résorption et au règlement des tensions
internationales.Cette conclusion de taille est valable pour ces
volumes.C’est la politique que prône aujourd’hui lePrésident
américain et sonAdministration face à la crise auProche-Orientpar
exemple.C’est unetâche difficile.Mais c’est la seule panacée pour
changer intégralement le cours de l’histoire.Lapaix dans la région
commence enPalestine.
Il a été dit qu’il fallait « passer de la force à la parole ».Oui cela
est assurément nécessaire.Mais laparole ne suffitpas, il fautpasser à
l’action.Pour paraphraser les paroles de FedericoMayor, lors de
l’ouverture de la première réunion du Groupe deHautNiveau des
NationsUnies pour l’Alliance des Civilisations, «Le temps est à
l’action.Le temps est à la rencontre, au dialogue, à la connaissance
réciproque.Le temps est à l’élaboration d’attitudes solidaires.Le
temps est à la mobilisation de tous en faveur de la concorde, de la
réconciliation ».
]

Dès le départ, lephilosophe et islamologue algérienMustapha
Chérif déclare sans fard qu’un dialogue n’est pas seulement un
face-àface entre étrangers ou êtres différents, il est aussi un dialogue avec

22

Introduction

soi-même. Dans ce contexte, il ne faut pas occulter les différences ou
les conflits, ni chercher seulement à consoler les gens et à trouver
temporairement un compromis, mais on doit agir sur la base des
principes de justice valables pour tous.Le dialogue accepte la
divergence, les oppositions et les contradictions comme lois de la
nature ou lois sociales à maîtriser, le dialogue suppose un sens
profond de l’ouvert, une sortie de soi, unexode vers l’autre, un
décentrement, en reconnaissantque l’autre également a unepart de
vérité.De même, « j’ai besoin de l’autre pour pratiquer l’autocritique,
avancer, rester vigilant et garder l’horizon ouvert.Il n’y a pas de
civilisation sans cohérence entre unité et pluralité, sans lien entre paix
et justice, tel est l’enjeu du dialogue.Il nous faut œuvrer sans relâche
à cette entreprise de traduction mutuelle si nous voulons vivre
ensemble en bonne intelligence au lieu de s’isoler, de se dénigrer et de
s’opposer ».Le dialogue ici n’est pas seulement un leurre ou une
utopie, il s’agit d’une obligation immédiate pour contourner périls et
catastrophes possibles.Le dialogue, d’après les commandements de
l’islam a trois objectifs :1)l’interconnaissance, but lié à la nécessité
de connaître l’autre et de se faire connaître.Ila découvertel s’agit de
réciproque, découvrir qui est réellement l'autre, ses valeurs, ses
conceptions, sa spiritualité et de faire tomber les préjugés et
l’ignorance ;2) la recherche commune spirituelle et théologique, afin
deparvenir à lapossibilité d’uneparole commune et de normes
universelles.Cette recherche doit conduire chacun, par le
questionnement mutuel, à approfondir sa foi, ses convictions, ses
« vérités »en vue d’accéder à une vérité valable pour tous, à des
règles de vie communes justes, sans syncrétisme, ni relativisme; 3)
l’action.C’est à l’émulation saine, à la multiplication des actes de
piété, de bien et de justice que le dialogue appelle.
Interconnaissance, parole commune, action sont les trois raisons
vitales du dialogue interreligieux.Cela veut dire que l’interreligieux
ne signifie pas qu'on passe sous silence nos propres vérités de peur,
d'être en porte-à-faux avec nos interlocuteurs.Ce qui est vrai pour
chacun doit être exprimé clairement, sans dissimulation, y compris les
différences fondamentales et critiques.L'amour du prochain est aussi à
ce prix de la franchise, sans heurter.Par l’action, l’auteur insiste qu’il
faut d’abord pratiquer le débat intra-islamique ou intra-chrétien.Cela
s'impose d'autant plus que le croyant se décline selon différentes
figures.Il faut, en outre,être au moins deux parties, on doit accepter
la différence et la diversité.Un décentrement est incontournable, car il

23

Introduction

ne suffit pas de connaître par leslivres.Il faut rencontrer l’Autre pour
tenter de le comprendre.On comprend l’Autre en se substituant à lui.
L’auteur conclut que pour œuvrer au vivre ensemble, les religions
peuvent témoigner qu’elles sont capables de répondre au monde, de
dépasser la «désignification »,ou à tout le moins de susciter une
nouvelle interprétation du «sens » qui se dérobe.Les religions juive,
chrétienne et musulmane ne peuvent pas ne pas se sentir responsables,
séparément et ensemble, par rapport, à la destinée de l’homme au
regard de l’au-delà du monde, et à son destin historique.
Le dialogue des cultures, la rencontre des civilisations sont
l’avenir de notre humanité.C’est à ce prix qu’est l’enjeu de la vie de
la pensée.Nous avons le droit de vivre notre temps, de préserver ce
qui peut l’être, de sauver ce qui fait notre différence et notre richesse,
de nous émerveiller devant les dons de la technologie et de ses
prouesses au cœur de la marche du monde.C’est dans ce contexte que
le poète sénégalaisAmadouLamineSall et le professeureAziza
Bennani,Ambassadeur duMaroc à l’UNESCO, procèdent à une étude
critique du multiculturalisme et de l’interculturalité.Celle-ci diffère
du multiculturalisme et de la pluralité culturelle qui renvoient à la
coexistence dans un même espace social et/ou politique de personnes,
groupes ou communautés de cultures différentes (avec une
cosmovision, une compréhension de la vie, des relations entre
personnes propres…) et où chacune des composantes préserve son
identité spécifique.Ce phénomène, amplifié par l’interconnexion entre
sociétés et cultures, induite par la mondialisation, a révélé ses limites
dans la plupart des cas, d’où l’impérieuse nécessité de le dépasser.
L’interculturalité, en revanche, renvoie au processus caractérisé par
des relations et des échanges culturels entre personnes, groupes ou
communautés de cultures différentes, fondés sur la reconnaissance des
droits culturels de chaque groupe ou communauté et où chaque entité
peut affirmer sa singularité.Le respect de cette singularité, de même
que la diversité des cultures et la reconnaissance de leur égale dignité
aboutissent alors sur une cohabitation harmonieuse et un
enrichissement mutuel des différentes composantes (AzizaBennani).
En se référant à son maître de toujours, l’homme d’ÉtatLéopold
SédarSenghor,AmadouLamineSall ne voit pas dans le
multiculturalisme un frein.Au contraire, c’est une belle ouverture sur
le monde et la société des hommes.«Si nous savons veiller sur la
ruine de l’esprit, conjurer la misère spirituelle, réconcilier l’éthique et
le progrès, nos peurs seront moins grandes, nos questions moins

24

Introduction

angoissantes. La paranoïa de nos cultures et identités assiégées
pourrait être comprise comme unsystème d’alerte, mais elle ne saurait
nous emprisonner dans un système défensif sclérosant ».Ici, la culture
c’est la chair même du fruit, et l’identité le noyau.Les deux sont
inséparables.Si un seul arrivait à manquer, le fruit ne serait pas.En
d’autres termes: la culture serait l’ensemble des us et coutumes
particuliers à un groupe, une race, une civilisation.L’identité en est la
marque spécifique, la souche première.Le multiculturalisme ne doit
pas être compris comme une perte identitaire programmée.Notre idéal
commun est dans la richesse et l’échange fécondants des cultures.
Sur un ton alarmiste et réaliste,AzizaBennani voit dans la
mondialisation un tremplin pour fructifier les échanges.Mais, si elle
est propice au multiculturalisme, elle ne favorise pas forcément, par
voie de conséquence, la compréhension de l’autre, le dialogue et la
coexistence.Les exemples contemporains de multiculturalité ont
démontré leurs limites et leur incapacité à éviter les risques de conflits
sociaux.Par ailleurs, ils n’ont pas permis la nécessaire intégration des
différentes composantes sociales au niveau national et international.
L’histoire contemporaine abonde de cas qui témoignent d’une
tendance à déshumaniser l’autre.Elle démontre également la difficulté
ou l’incapacité de traiter le phénomène multiculturel de façon réussie :
Afghanistan,Inde,Irak,Irlande duNord,Rwanda, exYougoslavie,
etc.Le modèle républicain français avec sa politique de va-et-vient au
sujet de la question de l’émigration, ou le modèle hollandais avec ses
« blocs communautaires », sont également significatifs à cet égard.La
nécessaire reconnaissance de l’égale dignité des cultures s’impose
plus que jamais, c’est ce dont rendent compte en l’occurrence certains
articles de laDéclaration universelle de l’UNESCOsur la diversité
culturelle, 2001: «la diversité culturelle est, pour le genre humain,
aussi nécessaire que l’est la biodiversité dans l’ordre du vivant » (art.
1) et «la défense de la diversité culturelle est un impératif éthique,
inséparable du respect de la dignité de la personne humaine » (art. 4).
Passant à des mesures concrètes, en d’autres termes à l’action,
l’auteur préconise d’agir en priorité sur deux niveaux pour réussir le
modèle interculturel: l’un politique et l’autre éducatif et culturel.Le
premier suppose une volonté préalable de réaliser les adaptations
politiques, législatives et sociales nécessaires, réparer les injustices de
toutes sortes, promouvoir la solidarité et l’égalité des chances, établir
un nouvel ordre, dans le cadre d’une société inclusive.Le second
niveau requiert une stratégie claire pour l’apprentissage du vivre

25

Introduction

ensemble, sur la base d’une connaissance et d’une compréhension
mutuelles (loin de toutes sortes de préjugés et de stéréotypes qui
constituent des écrans déformants de la réalité), l’apprentissage du
vivre ensemble sur la base de l’acceptation de l’autre dans sa
différence (le terme tolérance est peu approprié dans ce contexte), du
respect de l’identité de l’autre.Une politique éducative adaptée aux
exigences des principes de l’interculturalité devrait constituer un pilier
central de l’action à planifier, en renforçant l’éducation de qualité,
cela est dit et redit dans différentes rencontres et plusieurs enceintes
dont celles duCMIESIet de l’UNESCOpar d’éminents spécialistes et
penseurs prêts à mettre leurs compétences au service de cette
éducation.On remarque, dans ce contexte, la floraison des conclusions
et des recommandations de plusieurs initiatives sur la problématique,
l’existence d’un appareil normatif international qui offre de riches
éléments pouvant servir de base théorique pour la planification
d’actions concrètes et pragmatiques adaptées.
C(ela dit, en reprenant les conclusions de deux de ses ouvragesÀ
Pact with theDevil:Washington'sBid forWorldSupremacy and the
Betrayal of theAmericanPromise (Routledge, 2007) et Foreign
Attachments:ThePower of Ethnic Groups in theMaking of American
ForeignPolicy (Harvard, 2000), le grand théoricien américain des
Relations internationales Charles AnthonySmith relève le paradoxe
du multiculturalisme américain. Alors que sur le plan national, le
multiculturalisme est hissé au rang de la règle sacrée, sur le plan de la
politique étrangère, c’est à une sorte d’« uniculturalisme » qui pèse sur
le processus décisionnel.Vaste problème s’il en est, et toute
l’espérance est de voir le nouveauPrésident américain s’attèle à
concrétiser ses origines et la pluralité du peuple américain dans la
politique étrangère de son pays.
La deuxième partie essaye d’analyser la crise intellectuelle et
morale, plus grave que les crises financières et les maladies de
l’économie virtuelle mondialisée.La question qui se pose avec acuité :
que reste-t-il de l’homme quand on rejette l’humanisme, les principes
éthiques les plus constants et tout projet de civilisation ?
Selon le grand penseur syrienBurhan Ghallioun, le monde en
décomposition est l’origine de la méfiance: décomposition dans le
domaine social, politique et économique. «Cette perte de confiance
dont nous nous plaignons est la conséquence des changements rapides
qu’a subis et continue de subir, chaque jour davantage, notre monde
d’aujourd’hui.La globalisation, avec l’accélération de l’histoire qui

26

Introduction

l’accompagne, l’ouverture de l’espace mondial, la fin de la guerre
froide, la chute de l’empire soviétique, tout cela bouleverse aussi bien
nos façons de voir que les réalités auxquelles nous étions habitués.
Elle nous prive, également, hommes de la rue, intellectuels, opérateurs
économiques ou responsables politiques, des connaissances, des
méthodes, des manières de faire «confirmées »sur lesquelles nous
avons l’habitude de nous appuyer pour nous orienter et maîtriser notre
monde extérieur.Elle nous laisse très peu de prise sur les réalités qui
ne cessent d’ailleurs de nous piéger, nous situant tous face au défi
d’improviser dans un environnement géopolitique, politique,
économique, social, culturel et spirituel en pleine mutation.Comme
toutes les périodes de transition, la globalisation est synonyme, pour
tous,États, sociétés et individus, d’incertitude, de vulnérabilité, de
précarité, de complexité et de spéculation ».
L’auteur aperçoit cependant une possibilité de restauration de la
confiance grâce à la prise de conscience de l’importance du concept de
capital immatériel et son rôle décisif dans la reproduction du système
social et international.Undeuxième élément est l’émergence, en
marge du processus d’intégration globalisatrice, d’une société
mondiale réelle et solidaire.L’échec du système de relations
internationales face aux défis de la mondialisation, même en
aggravant le déficit de confiance, fait naître l’espoir d’un monde
meilleur et encourage le développement d’une conscience collective
commune transnationale avec des élans solidaires et des convergences
d’intérêts de plus en plus puissantes.L’auteur est convaincu que
l’aggravation du sentiment de perte de confiance qui caractérise notre
monde d’aujourd’hui est lié autant à la crise des valeurs que nous
traversons qu’à la rupture de nos modèles de pensées, idéologiques,
politiques et économiques.Et, c’est là l’origine de la corruption de nos
institutions qui paraissent soit usées, soit dépassées et donc
inadéquates.Les ruptures subjectives et objectives sont telles que nous
nous sentons dans l’impossibilité de saisir la signification des
événements et le sens de nos comportements mutuels.Nous ne
sommes plus convaincus ni sûrs de ce que nous faisons et des résultats
de nos actes.
On trouve le même sentiment chez le géopolitologue français
CharlesSaintProt.La véritable crise, plus grave encore que
l’écroulement des bourses, de l’économie virtuelle et des niches
financières est le matérialisme tout puissant.Ce matérialisme
éradicateur du spirituel est particulièrement à l’œuvre au sein des pays

27

Introduction

occidentaux.Le monde de l’après-guerre froide, c'est-à-dire le monde
e
duXXIsiècle, est un univers purement matérialiste.Ce monde ne
nourrit aucun grand dessein capable de soulever l'espérance de
l'humanité tout entière.C’est le monde de la globalisation qui est
surtout marqué par le sentiment de la perte ou de l'absence du sens.
L’Occident semble entraîner tous les autres mondes dans l’épuisement
du divin, la sortie de la religion de laCité vers une sorte de destination
inconnue.Le mondede la globalisation est surtout marqué par le
sentiment de la perte ou de l'absence du sens.Plus encore que
l’acculturation, le danger de la «de-signification ».L’humanité dans
ce monde globalisé court le risque d’être privée « de l’élément éthique
de la vie ».C’est ainsi d’après l’auteurla confrontation n’est donc pas
entre l’islam et unOccident qui est d’ailleurs de moins en moins
chrétien dans la mesure où les civilisations européennes et
nordaméricaines vouent un culte exclusif au progrès matériel et au dogme
utilitariste écartant toute éthique spirituelle.La véritable confrontation
– celle dont l’avenir de l’humanité fournit l’enjeu – se trouve entre les
civilisations et le danger d’une nouvelle barbarie.Cette prise de
conscience devrait favoriser un dialogue entre les civilisations,
c'est-àdire entre les trois grandes religions monothéistes et universalistes
comme le démontreArmand Guigui dans son article.
Pour remédier à cette perte de confiance,Burhan Galliuon
propose la réalisation de deux objectifs : 1)l’émergence d’une éthique
globale rapprochant les gens de cultures différentes et les réunissant
autour d’un certain nombre de valeurs humaines bien intériorisées, qui
ne peuvent être que des valeurs de paix, de justice, de liberté et de
solidarité ;2) la mise en place des cadres de négociations globales
refondant le multilatéralisme et le développement des mécanismes de
dialogue et des logiques de coopération multiforme. Cela dit, le retour
de la confiance, dans les relations internationales et dans les relations
sociales, ne se fera ni par les seuls moyens économiques ni par des
moyens militaires.Il a besoin pour se concrétiser de la promotion
d’une nouvelle culture à la hauteur de la société mondialequi est en
train de se constituer, de sa complexité, de sa diversité et des défis
qu’elle ne cessera de nous lancer. Elle a besoin également d’un
nouveau mode d’organisation régi par une rationalité autre que celle
qui fait dépendre la défense des intérêts nationaux des uns de la ruine
des autres. Cette rationalité selon CharlesSaintProt consiste à 1)faire
l’effort de mieux se connaître les uns les autres. Cela implique des
échanges, des rencontres, des débats. Cela implique également de

28

Introduction

favoriser de part et d’autre un meilleur accès à la connaissance des
autres religions, des autres civilisations,comme les programmes
scolaires(par exemple, l’enseignement de l’Histoire)ou universitaires
(par exemple, le droit comparé), les émissions de radio, de télévisions,
le cinéma,l’édition, etc.; 2) cerner les convergences, faire ressortir
clairement les valeurs partagées, les idéaux fondamentaux.Il faut une
alliance afin d’agir en commun et œuvrer pour l’insertion d’idéaux
éthiques et des valeurs spirituelles dans la trame des réalités lesplus
concrètes.C'est-à-dire pour réconcilier le spirituel et le temporel,dîn
wa dounya.Ici, l’auteur dans une analyse savante et académique,
donne raison à l’islam comme religion de valeurs que les occidentaux
doivent comprendre, non comme le jugent les néoconservateurs
américains, maisparcequ’il contient beaucoupde valeurs moralesque
l’Occident aperdues de vue.La globalisation sauvage a fait perdre à
l’Occident les valeurs civilisationnelles comme elle a introduit la
débâcle dans le domaine économique. «La débâcle financière
mondiale qui a commencé en2007 avec la crise dessubprimesaux
États-Unis, amis en évidence la fragilité d’un système financierqui
n’est jamais qu’une machine folle lancée à vive allure, sans règle, sans
contrôle du politique et sans morale.Cette crise financière permet de
rappeler qu’il existe une alternative éthique: il s’agit de la finance
islamique laquelle repose sur le principe fondamental que l'argent ne
peut être utiliséquepour financer l'économie réelle.La traduction de
ce principeest simple: tout crédit doit avoir en face un actif bien
identifié.Cela interdit non seulement les produits toxiques mais
encore toute l'économie virtuelle de la finance.Ainsi, la finance
islamique pourrait-elle participer à une réorganisation éthique des flux
de capitaux à l’échelle mondiale ».
Le grand philosophe canadienHervé Fischer suggère de
nouveaux concepts nous aidant à penser les défis de la diversité
identitaire et culturelle face à l’idéologie néo-coloniale de la
mondialisation. C’est ainsi que l’auteur propose de qualifier cette
nouvelle image du monde et notre rapport d’individu aux sociétés de
masse, de cosmogonie impressionniste.Notre structure de pensée
évolue de la causalité linéaire vers les configurations en arabesque. Et
comme on évoque métaphoriquement le web comme un hypertexte,
l’auteur se réfère à une hyperhumanité, au sens où nous voulons en
augmenter la conscience et l’esprit de solidarité, mais égalementpour
souligner l’importance de créer de nouveaux liens pour lui donner un
sens, comme dans nos navigations internet.L’auteur propose aussi de

29

Introduction

reconnaître que la loi darwinienne de l’adaptation par sélection ne
suffit plus à expliquer notre évolution et lui oppose la loi de la
divergence.
Épaulé par ces concepts,Hervé Fischer convient que plus qu’une
adaptation, nous avons besoin d’une rupture, d’un saut qualitatif,
d’une volonté, qui se traduiront par une nouvelle bifurcation de notre
évolution humaine. Et ce n’est pas à partir du pragmatisme et de
l’économieque la nouvelle consciencepeut naître, maisplutôt àpartir
de la philosophie et de l’art.L’auteur se réclame des vertus
divergentes de l’esprit nomade du coureur de planètes.Nous avons
besoin de cultiver une vision décentralisée, latérale, ou périphérique
sur le monde.Le vocabulaire est abondant pour désigner ce nécessaire
strabisme intellectuel, et c’est un signe des temps. En effet, tout
artiste, tout philosophe, tout scientifique fait de ce regard décalé une
méthode de recherche et de découverte. C’est à partir de là que Fischer
défend l’idée d’une éthique planétaire: «Les enjeux ne sont plus
seulement épistémologiques ou sociologiques, ou esthétiques.Ils sont
devenus éthiques.L’objectifprioritaire de notre évolution n’est
désormais plus la puissance de latechnoscience, mais notre capacité à
faire prévaloir une divergence qui paraîtra d’abord naïve et irréaliste,
mais qui monte à l’horizon de notre avenir : la nécessité d’une éthique
planétaire.Je n’évoque ainsi, bien entendu que les droits élémentaires
de chaque être humain à boire de l’eaupotable, à manger à sa faim, à
disposer d’un toit et d’une sécurité physique minimale, à recevoir des
soins médicaux et une éducation de base.Je ne parle que de ces droits
de l’homme si souvent déclarés et constamment bafoués. Cette éthique
planétaire est la seule valeur, la seule vérité universelle que nous
puissions réaffirmer face au relativisme généralisé de notre temps ».
Le grand écrivain et ami duMarocHenryBonnier braque son
projecteur sur le dossier de laMéditerranée qui vient de se doter d’un
nouveau cadre institutionnel: l’Union pour laMéditerranée.Il donne
un titre très éloquent à son article «Foi et raison enMéditerranée ».
La foi pour l’écrivain français est un chemin personnel que la raison
peut baliser, éclairer et faciliter.La raison, de son côté, est une faculté
d’analyse de discernement dont chacun d’entre nous est doté et qu’il
lui appartient de développer et d’éduquer.Il regrette que le réel débat
sur laMéditerranée est en panne.La foi d’un côté, la raison de l’autre,
rien de tel pour attiser des incompréhensions, pour créer des conflits,
alors que tout devrait concourir à nous rassembler, à nous réunir et à
nous unir. À partir de là,HenryBonnier émet le souhait que l’Union

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Introduction

pour la Méditerranée, en ses attentes, en ses espoirs, en ses réussites,
nous aideà regarder au dessus de la ligne d’horizon !
LeDoyenAbderrahmaneTenkoul reprend la relève et commence
sa dissertation en posant des questions pertinentes : qu'est-ce qui peut
expliquer aujourd'hui la nécessité debâtir la maison
méditerranéenne ?Àquellesexigences ce projet devrait répondre pour
aboutir au succès escompté?Quelle approche faut-il privilégier pour
éviter les erreurs du passé et réconcilier entre eux les habitants de cette
maison ?Tenant compte des avancées majeures réalisées dans le
domaine de la coopération économique et technologique, n'est-il pas
temps d'impulser une nouvelle dynamique méditerranéenne par le
biais de la culture et de l’interculturel?Par rapport à ces questions,
l’auteur relève deux types de visions.La première peut être qualifiée
de pessimiste, en ce sens que ses tenants estiment que les
contradictions entre de nombreux pays de laMéditerranée sont si
profondes qu'il est impossible de les subsumer ou de les dépasser afin
de permettre la réalisation de l'union tant rêvée et souhaitée.La
seconde vision est, au contraire, nourrie d'espoir et d'optimisme, sans
néanmoins céder ni à l'angélisme ni à une quelconque utopie.Ses
partisans considèrent que les différents processus mis à l'œuvre depuis
déjà plusieurs décennies, pour développer sur des bases justes la
coopération entre les pays du bassin méditerranéen, finiront par
triompher des obstacles qui ont empêché l'élan vers un regroupement
solidaire, interdépendant et harmonieux (voir ici l’article duPr.
MohamedJouili sur la vision méditerranéenne optimiste deTaha
Hussein).AbderrahmaneTenkoul voit juste lorsqu’il avance que ces
deux visions, si opposées soient-elles, méritent en fait d'être toutes
deux prises en considération si l'on veut construire une union
méditerranéenne respectueuse des intérêts de tous ceux qui la
composent.Car si ce projet exige de nous détermination et volonté, il
ne peut ne pas susciter en nous des doutes quant à la façon dont il faut
le réaliser, des appréhensions sur l'orientation à lui donner, des
craintes pour notre devenir tant dans notre propre environnement que
dans le monde.

La troisième partie aborde la thématique épineuse de la gestion du
pluralisme identitaire.L’exemple le plus éloquent est celui duQuébec
abordé par deux experts canadiensPatriceBrodeur etDominique
Poirier.LeQuébec accueille environ 45.000 nouveaux arrivants par
année, et 55.000 étrangers comptent venir s’y installer à compter de

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Introduction

2010. Grâce à une entente particulière avec leCanada, le
gouvernement québécois, sélectionne environ la moitié de ses
immigrants.LeQuébec favorise les immigrants de langue française, si
bien que l’on assiste depuis une trentaine d’années, et de façon plus
intensive depuis10 ans, à l’arrivée d’étrangers venus duMaghreb.Le
Québec accueille aussi bon nombre deMoyens-Orientaux,
d’Asiatiques, d’Européens, d’Indiens.Bref, des gens de toutes
origines, et de toutes confessions religieuses : musulmans, sikhs, juifs
orthodoxes, bouddhistes.Mais la gestion de cette diversité culturelle
et religieuse ne se fait pas sans heurts, puisque l’an dernier, les
Québécois ont vécu ce que l’on a communément l’habitude d’appeler
les accommodements raisonnables.L’accommodement raisonnable
est, d’abord et avant tout, une notion juridique issue du droit du
travail, définie par laCourSuprême duCanada.Il s’agit en fait d’un
assouplissement à certaines règles, pour éviter qu’un citoyen ne soit
discriminé en raison de l’âge, du sexe, d’un handicap, ou d’une
religion.L’accommodement doit être raisonnable.C'est-à-dire qu’il ne
doit pas entraver le bon fonctionnement d’une entreprise, ou porter
atteinte aux droits collectifs.La commissionBouchard etTaylor,
nommée par le premier ministre canadien a donc tenté, dans leurs
propres mots, «de saisir le problème à sa source et sous toutes ses
facettes, en prêtant aussi une attention particulière à ses dimensions
économique et sociale.L’insertion et la reconnaissance
professionnelle, l’accès à des conditions de vie décentes, et la lutte
contre la discrimination constituent, en effet, des conditions
essentielles pour assurer l’intégration culturelle de tous les citoyens à
la société québécoise».Dans la rédaction de leur rapport, la
concentration a porté sur six orientations : 1) « inscrire nos analyses et
nos recommandations dans la continuité du parcours québécois, 2)
privilégier la recherche d’équilibres et de compromis, 3) valoriser
l’action citoyenne et la responsabilisation des acteurs individuels et
collectifs, 4) tenir compte des choix fondamentaux que lesQuébécois
ont faits au cours des dernières décennies, 5) permettre l’expression
des différences dans l’espace public, 6) placer au cœur de nos
réflexions la thématique de l’intégration dans l’égalité et la
réciprocité.
Les différentes conditions et recommandations présentées dans le
rapport de laCommissionBouchard-Taylor ne sont pas sans limites et
défis analytiques.Par exemple, le rapport séculaire entre majorité
canadienne-française et peuples autochtones souvent problématique

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Introduction

politiquement, ainsi qu’aux communautés anglophones, et à certains
groupes aux statuts civilsde factode seconde classe (exp. travailleurs
saisonniers, réfugiés, etc.) représente des défis importants dans la
société québécoise qui sont occultés ou traités en marge dans ce
rapport.Il en résulte donc une situation paradoxale dans la mesure où
ce rapport vise une inclusion de tous les citoyens duQuébec dans sa
gestion du pluralisme identitaire.Il n’en demeure pas moins que les
conditions et recommandations mentionnées dans le rapport final de la
CommissionBouchard-Taylor, si diversifiée et bien intégrée dans son
ensemble, rappellent à quel point le dialogue des civilisations et des
cultures est au cœur même d’une bonne gestion du pluralisme
identitaire (voir dans un autre contexte l’article deKhaliféKazem sur
lesCroissants de l’islam entre rivalités, perceptions et dialogue
interreligieux et l’article deRémiSagna sur le rôle de la Francophonie en
matière du dialogue des cultures et de la diversité culturelle ).
Enfin,Jean-FrançoisLisée passe en revue l’adoption, par
l’UNESCO, en octobre 2005, par 142 États contre deux, de la
Convention sur la protection et la promotion de la diversité des
expressions culturelles, qui a pour la première fois, démontré la
capacité des États d’agir de concert pour freiner la logique
commerciale dans le domaine de la culture.La Convention ne balise
cependant pas l’utilisation des langues nationales et ne les protège pas,
dans l’espace économique du moins, contre de nouvelles avancées de
la logique commerciale.

La quatrième partie de ces deux volumes porte sur les tenants et
les aboutissants du pluralisme culturel et certaines pratiques
interculturelles.Le juriste françaisOlivier Devaux aborde la
thématique du dialogue des cultures sous le prisme du rapprochement
des droits. D’après l’auteur, s’il est un domaine où les particularismes
culturels, les identités ethniques, les valeurs religieuses… sont censés
s’exprimer, c’est bien celui de la législation.Les services ministériels,
les commissions parlementaires, les députés et les sénateurs en séance
plénière rivalisent d’ambition dans leur volonté affichée de rédiger des
textes originaux, adaptés au pays auquel ils s’appliquent, fondés sur le
refus de tout modèle étranger.Les convergences avec d’autres
systèmes juridiques sont regardées avec défiance, accusées de relever
d’un mimétisme réducteur, considérée comme la marque d’un manque
d’indépendance, presque comme une trahison par rapport aux besoins
d’une population, légitimement attachée à ses coutumes et à ses

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Introduction

pratiques ancestrales, celles qui ont fait leur preuve.Le droit contribue
à orienter la société en façonnant les rapports sociaux, les relations
d’affaires, les modes d’exercice du pouvoir.Sur des bases négociées,
les normes adoptées en commun, sur un fondement égalitaire, vont
contribuer à rapprocher les peuples soumis aux mêmes prescriptions.
Ils s’y conformeront comme à quelque chose d’extérieur à eux et
finiront par se les approprier jusqu’à y voir un élément de leur
identité.Ici, le rapprochement des droits va au-delà d’une contribution
au dialogue des cultures.Il contribue à les concilier d’autant plus
efficacement que les réformes, pour autant que leur introduction dans
la législation soit expliquée et préparée, ne suscite pas nécessairement
de réaction de rejets et peuvent favoriser des modifications jusque
dans les modes de vie et les structures mentales.
DanielleCabanis dans un remarquable article trace un beau
tableau autour des rites alimentaires dans les trois religions
monothéistes.Les musulmans, les chrétiens et les juifs ont des dates
marquées par des rites alimentaires dans un contexte de convivialité
familiale et amicale.Àchaque fois, autour de menus, religieux ou
non, qu’on compte bien déguster d’année en année, il y a des
retrouvailles, un partage, un plaisir auxquels tous ou presque tous sont
attachés.La perfection est atteinte lorsqu’aux hôtes statutaires se sont
ajoutés des hôtes extérieurs qui ont partagé le menu, devenant ainsi
des compagnons au sens initial du terme, ou si l’on préfère des
« copains ».Ce besoin de partage est si fort que même lorsque la
pratique religieuse stricte s’est affadie, on garde en mémoire la
tradition de l’assiette supplémentaire qu’il faut prévoir pour le pauvre
de passage, auquel l’usage était d’associer le pèlerin, le religieux en
déplacement ;et plus généralement, nombreux sont les textes qui
exaltent l’hospitalité sous toutes ces formes.Le professeure d’histoire
aborde la thématique des rites alimentaires sous toutes ses formes dont
les rites religieux et idéologiques entre exclusion et partage, les rites
sociaux entre distinction et partage avant d’aborder celui des rites
alimentaires sous l’effet de la mondialisation dont l’exemple de
McDonald’s est des plus éloquents.Les rites alimentaires, conclut
l’auteur, sont avant tout l’héritage d’une histoire et d’une culture.Ils
comportent une dimension individuelle (plaisir, épanouissement
physique, esthétique, etc.), mais aussi fonction normative (rythmes,
rôles des personnes, appartenance, différenciation, etc.).Ils ont
beaucoup été modelés par les religions qui opèrent, encore
aujourd’hui, une fonction de contrôle, spirituelle et mystique.Ces rites

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